Cartographie de l’oubli de Niels Labuzan

Cartographie de l’oubli de Niels Labuzan.

JC Lattès, août 2016, 522 pages, 20 €, ISBN 978-2-70964-937-7.

Genres : littérature française, Histoire.

Niels Labuzan naît en 1984 et vit à Paris ; il est écrivain et il a voyagé en Afrique. Après avoir eu un coup de cœur pour Ivoire de Niels Labuzan en 2019 (son deuxième roman), j’ai voulu lire Cartographie de l’oubli, son premier roman paru 3 ans avant. Celui-ci se déroule aussi en Afrique mais il est différent car c’est un roman historique qui se déroule de 1889 à 2004.

Juin 1889. Jakob Ackermann, originaire de Brême, défiguré à l’âge de 7 ans à cause d’un jeu qui a mal tourné avec sa chienne, Friza, a maintenant 19 ans et il est soldat. L’Allemagne, surpeuplée, a besoin « de colonies de peuplement ». Ce sera la création de Windhuk en Afrique du sud-ouest et ça démarre avec Jakob et une vingtaine d’autres soldats allemands.

Janvier 2004. C’est la journée de commémoration pour se souvenir du massacre des Hereros à Okahandja en Namibie. Le narrateur est métis. « Chez moi, les hommes sont blancs, les femmes sont noires. Depuis deux générations. » (p. 46). Il participe au devoir de mémoire mais se sent-il Allemand, Africain ?

Été 1891. Damaraland. « Curt Von François étendait insidieusement son ombre sur l’Afrique. » (p. 30). L’Afrique du sud-ouest découvre la civilisation européenne et des Allemands deviennent Africains. Mais quel sera le devenir des peuples indigènes ? Les Hereros acceptent des accords mais les Damaras, habituellement soumis, ne respectent pas le traité. « La colonisation prenait une autre tournure. Il ne s’agissait plus simplement d’implanter des Allemands ou de faire briller une quelconque idée, il s’agissait de la terre, de ses ressources, et de qui était le plus fort pour en jouir, peu importe les moyens employés. » (p. 41).

Mars 1893. Le chef Nana, Hendrik Witbooi, tient tête à l’armée allemande… « […] les victoires de Witbooi étaient sues par les autres peuples. » (p. 80).

1904. Les Hereros se regroupent alors que le gouverneur veut les parquer dans des réserves. C’est leur chef, Samuel Maharero, et le massacre qui sont commémorés cent ans plus tard, en 2004. « Il n’y avait rien à faire, l’Afrique n’appartenait plus aux Africains, elle était aux Européens qui avaient gagné le droit de vie et de mort en ce début de siècle. Cela prendrait du temps, mais tant qu’il y avait des survivants, l’espoir n’était pas perdu. Un instant, il imagina bénéficier de l’aide des Britanniques, eux aussi détestaient les Allemands, mais il dut s’avouer que ça n’arriverait pas. Une grande puissance n’allait pas en défier une autre pour la survie de quelques indigènes. Il devait être réaliste. » (p. 414).

La vie est rude avec la chaleur, la poussière, et on se demande ce que les Allemands sont venus faire dans cette galère ! Il y a quelques passages avec la faune africaine « oryx, impalas, koudous, autruches » (p. 103) mais aussi bœufs, chèvres et chevaux (sûrement importés avec les soldats) mais cette histoire est surtout une histoire humaine. Cependant, un événement surprenant : début 1897, il y a eu une peste bovine (p. 219-221) : « Cette maladie était un fléau, un fléau venu d’un autre pays. » (p. 230) ; tout ça n’est donc pas nouveau…

La colonisation allemande (durant le IIe Reich) est moins connue que les autres colonisations européennes. Je connais (un peu) l’histoire des Boers en Afrique du Sud mais je ne savais pas que les Allemands avaient colonisé, à la fin du XIXe siècle, d’autres pays du sud-ouest comme la Namibie. Cette colonisation, c’est une histoire d’envahissement, de propagande, de mépris, de profit (les matières premières) et de rentabilité. « Savoir-faire allemand et main-d’œuvre africaine. » (p. 142). Le roman est parfois un peu long mais c’est une belle réussite pour un premier roman et il est passionnant : j’ai appris pas mal de choses et j’ai bien aimé le personnage de Jakob Ackermann qui aime ce pays. J’ai moins aimé l’extermination génocidaire des Hereros et des Namas qui précède de 30 ans celui des Juifs d’Europe (durant le IIIe Reich… Je remercie Niels Labuzan d’avoir mis en lumière cette partie de l’Histoire que je ne connaissais pas du tout et j’attends avec impatience son 3e roman !

Je mets cette lecture dans Animaux du monde #3 et À la découverte de l’Afrique.

Vigile de Hyam Zaytoun

Vigile de Hyam Zaytoun.

Le Tripode, janvier 2019, 128 pages, 13 €, ISBN 978-2-37055-185-6.

Genres : littérature française, premier roman.

Hyam Zaytoun est comédienne. Hypokhâgne, khâgne, art du spectacle, art dramatique, créations contemporaines au théâtre, actrice dans des films, des séries télévisées… Vigile est son premier roman. Plus d’infos sur son site, http://www.hyam-zaytoun.com/.

Une nuit d’avril, une jeune femme se réveille et se rend compte que son mari, Antoine, fait un arrêt cardiaque. En attendant les secours, « […] le geste, le geste, le geste qui sauve, répétitif. Il fait passer ma peur, occupe mon énergie, tout entière dans mes mains, dans mon dos qui s’incline, près de toi, en rythme… » (p. 14-15). Antoine et la narratrice sont les jeunes parents de Margot (6 ans) et Victor (3 ans). Après avoir géré le quotidien, la jeune femme rejoint Antoine à l’hôpital. « J’y crois. Tes yeux vont s’ouvrir, ta main se tendre vers moi dans un sourire. » (p. 30). Arrêt cardiaque, infarctus, fonctions vitales, coma, assistance respiratoire, « légume »… Des mots cliniques qui angoissent mais il faut « mettre des mots sur ce qui nous arrive. » (p. 48). La narratrice passe par plusieurs étapes : tristesse, culpabilité, colère, sentiment d’injustice. « Je suis ta vigile, ton garde du corps… » (p. 52). Mais elle va tenir le coup, grâce à la famille, aux amis, au peu d’espoir que le médecin lui a donné, et aux souvenirs (la naissance des enfants, leur rencontre, leur voyage en Inde…).

Je continue de rattraper mon retard dans mes notes de lectures. Vigile est un roman fort, tenace (comme la vie !), violent mais sensible (rempli d’amour) : c’est ce qui m’a fait apprécier ce roman « médical ». Je n’ai pas l’habitude d’en lire mais j’ai autant apprécié que Le matin est un tigre de Constance Joly ou Principe de suspension de Vanessa Bamberger et je vous le conseille vivement.

Porc braisé d’An Yu

Porc braisé d’An Yu.

Delcourt, collection Littérature, septembre 2020, 208 pages, 20 €, ISBN 978-2-413-03821-4. Braised Pork (2020) est traduit de l’anglais (Chine) par Carine Chichereau.

Genres : littérature chinoise, premier roman.

An Yu naît à Beijing (Chine) mais, à l’âge de 18 ans, elle part étudier à New York (États-Unis) puis s’installe à Paris (France). De retour à Beijing, elle écrit ce premier roman, Porc braisé, en anglais.

C’est lors d’un partenariat entre les éditions Delcourt et le groupe FB Hanbo(o)k Club que j’ai gagné ce livre en juillet ; j’étais super contente et je les remercie ; je l’ai reçu le 11 août et je l’ai dévoré dans la journée ! Porc braisé est paru hier donc voici ma note de lecture et je peux d’ors et déjà vous dire que c’est un coup de cœur pour moi.

Jia Jia et Chen Hang sont mariés depuis 4 ans. Au déjeuner, Chen Hang annonce à son épouse « que peut-être ce serait une bonne idée de refaire le voyage à Sanya cette année » (p. 8) puis il va prendre un bain. Jia Jia le retrouve mort dans la baignoire… Il a fait un étrange dessin. « Mon mari m’a laissé un dessin. Qui représente un homme-poisson. Une tête d’homme avec un corps semblable à celui d’un poisson. » (p. 51).

Un mois après, Jia Jia a pris ses habitudes dans le bar de Leo, de l’autre côté de sa rue, un bar de luxe. Mais elle voudrait vendre l’appartement (trop grand et trop cher à entretenir pour elle seule). Elle aimerait aussi reprendre la peinture et vendre ses toiles. Elle commence à fréquenter Leo et profite de sa liberté. Même si elle sait qu’elle boit trop (de Champagne) et se sent un peu coupable, « […] elle voulait essayer, se libérer de Chen Hang, vivre une autre vie. » (p. 59).

Jia Jia n’a plus que sa grand-mère et sa tante qui l’ont élevée après la mort de sa mère ; elle voit très peu son père qui les avait abandonnées lorsqu’elle était enfant pour vivre avec une autre femme, Xiao Fang.

Lorsque son appartement est enfin loué, Jia Jia a un revenu mensuel et décide de voyager au Tibet sur les traces de l’homme-poisson. Elle y rencontre Ren Qi, un écrivain qui recherche son épouse disparue. « Aujourd’hui, les artistes sont formatés pour rester de bons petits robots. Pas seulement les artistes peintres, les écrivains, les musiciens aussi. Les athlètes même ! Ils peignent, écrivent, jouent la même chose encore et encore. Les mêmes oiseaux et montagnes, les mêmes histoires, les mêmes personnages. » (p. 126).

Une erreur : quand l’aquarium de la tante prend feu, il est écrit « les poisons et le corail » (p. 109) au lieu de « les poissons ».

Porc braisé est le roman d’une jeune femme malheureuse. Malheureuse depuis l’enfance (père parti, mère décédée). Malheureuse en mariage (ce n’était pas le grand amour avec Chen Hang. Malheureuse dans sa vie (elle a arrêté de travailler et de peindre et restait chez elle mais elle n’a pas eu d’enfant avec Chen Hang). Ce n’est cependant pas une histoire triste parce que Jia Jia reste optimiste (elle fait preuve de résilience et veut reconstruire sa vie) ; elle va de l’avant quoi qu’il arrive. Et lorsqu’elle part au Tibet, il y a un côté un peu… Je dirais plutôt magique que fantastique (avec le monde de l’eau). D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé que cette romancière chinoise emmène son personnage féminin au Tibet, à la découverte des populations locales et de leurs traditions, ce qui va bouleverser sa vie. Un très beau roman de cette rentrée littéraire à découvrir avec une belle couverture bleue et une nouvelle autrice à suivre !

Je mets cette lecture en bonus dans le Challenge de l’été (Chine).

Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-joo

Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-joo.

NiL, janvier 2020, 216 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-37891-061-7. Palsip yi nyeon saeng Kim Jiyeong (2016) est traduit du sud-coréen par Kyungran CHOI et Pierre Bisiou.

Genres : littérature sud-coréenne, premier roman.

Cho Nam-joo naît en 1978 en Corée du Sud. Elle est scénariste pour la télévision et Kim Jiyoung, née en 1982 est son premier roman.

Séoul, Corée du Sud. Kim Jiyoung a 35 ans ; elle est mariée depuis 3 ans à Jeong Dahyeon, 38 ans, qui travaille dans une grande entreprise de high tech et le couple a une fillette d’un an, Jeong Jiwon. Jiyoung travaillait dans une société de communication mais elle a arrêté de travailler pour s’occuper de Jiwon.

Automne 2015. Jiyoung a des comportements bizarres : elle parle comme sa mère, elle dort avec Jiwon en suçant son pouce puis elle déclare être Cha Seungyeon, une des amies du couple, décédée il y a un an… Elle parle et agit comme la morte et, surtout, elle sait des choses que seuls Daehyeon et Seugyeon savaient ! « Jeong Dahyeon s’est figé. Cela remontait à presque vingt ans. Une après-midi d’été, le soleil dardait ses rayons sur le stade qu’aucune ombre ne protégeait. Il ne se souvenait pas pourquoi il s’était trouvé là mais il avait croisé Cha Seungyeon qui, tout à trac, lui avait déclaré qu’elle l’aimait bien. Qu’elle l’aimait bien et qu’elle l’aimait tout court. Elle transpirait, bégayait, ses lèvres tremblaient. » (p. 14-15). Et il y a d’autres alertes…Que se passe-t-il ?

Flashback. Enfance de Jiyoung avec Kim Eunyeong, sa sœur aînée, et leur petit frère. Les deux filles vivent des injustices car les garçons sont prioritaires et sont toujours mieux traités que les filles : les filles souvent n’étudient pas, elles vont à l’usine pour payer les études de leurs frères, plus âgés ou plus jeunes, même s’ils sont moins doués pour étudier. École primaire, collège, premières règles, lycée… « Les filles, presque inconsciemment, entassaient petit à petit au fond de leur cœur la désillusion et la peur des hommes. » (p. 73). Heureusement Jiyoung et sa sœur, nouvelle génération de filles, ont pu faire les études qui les intéressaient.

Un truc bizarre. « […] en 2001, […] Kim Jiyoung eut vingt ans […] » (p. 81) mais si elle est née en 1982, en 2001, elle n’aurait eu que 19 ans, à moins que les 9 mois de grossesse compte dans l’âge de l’enfant comme au Japon ?

J’ai dévoré ce très beau roman, féminin, féministe, universel ! Un premier roman, en plus, très réussi. Les femmes sud-coréennes (et pas que) sont victimes de sexisme, de dénigrement, de violence ; elles doivent être au service de leurs parents, de leurs frères, puis de leur patron lorsqu’elles travaillent, et enfin de leur mari et leurs enfants. Quelle vie !… Cho Nam-joo s’est inspirée de tout ce qu’elle a trouvé comme témoignages et interviews pour rédiger cette somme littéraire passionnante sur les conditions peu avantageuses des femmes. Le message est clair, fort, mais pas vindicatif, ni violent. Si j’ai bien compris, un film adapté de ce roman est sorti au cinéma en Corée du Sud en 2019, peut-être verrons-nous ce film en France ?

Bien que des lois d’égalité hommes-femmes existent, la société sud-coréenne (et bien d’autres dans le monde, c’est pourquoi je pense que ce roman est universel) dénigre toujours la femme et la condition féminine. D’ailleurs mon passage préféré est : « Tel était le dilemme : en appliquant les lois vous passiez pour une profiteuse, en renonçant vous nuisiez aux conditions de travail d’autres collègues. » (p. 164).

Une lecture coup de poing, coup de cœur pour le Challenge coréen, le Challenge de l’été (Corée du Sud) et le Petit Bac 2020 (catégorie Prénom pour Jiyoung, j’ai lu que c’est un des prénoms féminins les plus donnés en 1982).

Le livre de M de Peng Shepherd

Le livre de M de Peng Shepherd.

Albin Michel Imaginaire, juin 2020, 592 pages, 24,90 €, ISBN 978-2-22644-293-2. The Book of M (2018) est traduit de l’américain par Anne-Sylvie Homassel.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, premier roman.

Peng Shepherd naît à Phoenix en Arizona où elle vit mais elle a aussi vécu à Beijing, Kuala Lumpur, Londres, Los Angeles, Washington DC et New York (source : son site). Elle est diplômée du NYU MFA (écriture créative et arts). Le livre de M est son premier roman et a reçu le Prix Neukom en 2019 (bien mérité !). Son deuxième roman, The Cartographers, va paraître. Plus d’infos sur son site officiel, http://pengshepherd.com/.

Depuis deux ans, les humains perdent leur ombre puis, plus ou moins vite, perdent aussi leurs souvenirs, leur être intérieur. Beaucoup se suicident ou deviennent dangereux. Ce phénomène est appelé l’Oubli. Mais tout le monde n’est pas touché ; il y a donc des survivants avec leur ombre et des survivants sans ombre. « Pourquoi avait-il fallu que les ombres soient ce lieu du corps où gisent les souvenirs ? Pourquoi l’Oubli épargnait-il certaines personnes ? Et lorsqu’on en était affecté, pourquoi la disparition des souvenirs se produisait-elle à des délais aussi variables ? Et quand cet effacement s’accomplissait, pourquoi la terre elle-même semblait oublier, de même que les hommes ? » (Ory, p. 12).

Dans ce roman de science-fiction, pas d’explosions nucléaire ou bactériologique rendant la Terre inhabitable, pas de zombies ou d’extraterrestres envahisseurs ou de robots détruisant l’humanité. C’est un des points forts du Livre de M : un monde post-apocalyptique totalement différent des autres déjà vus (lus) auparavant. Quoique j’ai pensé, durant ma lecture, à L’aveuglement de José Saramago (écrivain portugais) qui raconte la fin du monde à cause d’une cécité fulgurante (roman paru en 1995 et adapté en un excellent film, Blindness, réalisé par Fernando Meirelles en 2008).

Un autre point fort du Livre de M, ce sont les personnages qui sont vraiment très bien créés et suivis par Peng Shepherd (j’ai vraiment eu l’impression qu’elle aimait chacun d’entre eux) : je ne suis pas restée sur ma fin au sujet des personnages, de leur passé et leur histoire alors que la majorité d’entre eux perdaient la mémoire !

D’ailleurs, revenons au résumé et aux personnages. Le lecteur suit donc quelques personnages principaux, très bien choisis et représentatifs de l’humanité : un Indien – d’Inde, pas d’Amérique – (Hemu Joshi) avec lequel tout commence et sa doctoresse indienne (Avanthikar), un Américain d’origine chinoise (Ory), une Américaine noire (Max), un couple d’homosexuels (Paul et Imanuel), un groupe d’Américains classiques (Ursula et sa bande dans leur van), une Iranienne (Naz) principalement, les chapitres alternant avec l’un ou l’autre.

Il y a d’abord Orlando Li Zhang (Ory) et son épouse Maxine Webber (Max) de Washington : ils sont dans un hôtel en forêt dans le Great Falls National Park, au-dessus d’Arlington (Virginie), pour célébrer le mariage de leurs amis (Paul et Imanuel). Ils apprennent ce qui se déroule à Boston puis dans plusieurs États et, peu à peu, les convives partent. Deux ans après, il ne reste plus qu’Ory et Max mais celle-ci a perdu son ombre depuis 7 jours et il n’y a plus rien à manger… C’est en allant à Arlington qu’Ory rencontre un groupe de 12 personnes dont 4 ont encore leur ombre, conduit par Ursula : ils veulent aller à la Nouvelle-Orléans rejoindre Celui qui Rassemble (il a d’autres surnoms). Mais, lorsqu’il rentre à l’Elk Cliffs Resort, Max a disparu avec son petit magnétophone à cassettes sur lequel elle va s’enregistrer pour garder sa mémoire.

Premier flashback. Mahnaz (Naz) Ahmadi est une Iranienne championne de tir à l’arc. Elle a quitté Téhéran pour Boston où elle s’entraîne pour les Jeux Olympiques. Elle est avec son entraîneur et ses coéquipières lorsque les infos montrent le premier homme sans ombre : Hemu Joshi a perdu son ombre au marché aux épices de Pune en Inde. Or, Boston sera la première ville touchée aux États-Unis.

« Ce qu’on a oublié, ça ne manque pas, non ? » (Max, p. 136). Eh bien, essayez de vivre sans votre mémoire, sans le souvenir qu’il faut manger, dormir ou respirer tout simplement !

Je vais mettre ce roman dans le challenge Les étapes indiennes. Bien sûr Peng Shepherd n’est pas une autrice indienne mais une partie du roman se déroule en Inde où tout commence – ce qui apporte et peu d’exotisme – et se rapporte régulièrement à des légendes indiennes (voir ci-dessous avec Hemu et ARI). C’est que, en Inde, le « Jour sans Ombre » existe vraiment à cause de l’angle de la Terre ; c’est un jour célébré mi-mai, lorsque le soleil est au zénith mais, normalement, l’ombre revient ! « Tous les ans, juste avant midi, d’immenses foules se rendaient sur les parvis des marchés pour attendre le moment où le soleil passait si exactement au-dessus d’eux que leur ombre disparaissait pendant quelques stupéfiantes secondes. » (p. 50). Pas de magie dans cet événement : « Une explication parfaitement scientifique. » (p. 50) sauf si les ombres ne reviennent pas ! J’ai remarqué une petite erreur : un des deux frères de Hemu s’appelle Vinay et quelques lignes plus bas, Vijay… (p. 52).

Deuxième flashback. Peu avant l’Oubli, un Américain de la Nouvelle-Orléans a également perdu la mémoire mais dans un grave accident de voiture. Il est surnommé ARI pour « Amnésie Rétroactive Intégrale ». ARI et le docteur Zadeh se rendent en Inde pour rencontrer Hemu Joshi et la doctoresse Avanthikar. Peut-être pourront-il comprendre ce qu’est l’Oubli et y remédier ? Mais « Il n’y a dans aucun champ de la connaissance humaine quelque chose qui puisse l’expliquer. Psychiatrie, neurologie, physique, biologie… » (docteur Zadeh, p. 214). Hemu, bien qu’amoindri par son état, raconte pourtant à ARI des légendes indiennes (d’où le challenge Contes et légendes #2). D’abord le Rigveda, en particulier la légende de Sanjna qui est tellement aveuglée par son époux bien-aimé, Surya, le Soleil, qu’elle crée une ombre identique à elle, Chaaya, pour la remplacer !

Ensuite (c’est ma préférée), celle de Gajarajan, un éléphanteau sauvé du massacre, et de sa jeune sœur (qu’il n’a pas connue), Manikan qui peint et qui est en liaison avec Gajarajan (d’où le challenge Animaux du monde) : cela prouverait-il que la mémoire peut se transmettre d’un être à un autre même à distance mais… comment ?

En tout cas, de bête curieuse qui attire les journalistes du monde entier, Hemu devient bien malgré lui, cobaye scientifique avant de totalement perdre pieds… Typique de notre société.

Vous êtes bien plongé dans cet incroyable roman ? Alors, en route pour la Nouvelle-Orléans ! Malgré les dangers et même si vous avez oublié pourquoi vous y alliez ! « On le saura bien assez tôt. On y arrivera. » (p. 240).

Ce résumé et cette présentation peuvent vous paraître un peu long mais je voulais vraiment vous parler des personnages principaux et aussi de la complexité et de la richesse de ce roman de science-fiction atypique. Ory aime Max, Imanuel aime Paul, Naz aime sa sœur Rojan, ARI aime l’humanité, mais pourront-il sauver ceux qu’ils aiment ? Amour et violence se côtoient tout au long du roman avant un final ahurissant mais plausible. Et j’avais réellement l’impression d’y être ! Un premier roman innovant, rythmé, exceptionnel !

Je tiens à remercier les éditions Albin Michel Imaginaire car j’ai reçu ce livre avant sa parution [mon billet ici] et, je voudrais dire que faire paraître ce roman après le confinement et une pandémie mondiale, c’est assurément gonflé mais n’hésitez pas à investir dans Le livre de M car c’est une excellente lecture ! Science-fiction mais pas que : vous découvrirez pourquoi lors de la lecture.

En plus des challenges cités dans le billet, je mets bien sûr cette lecture dans Littérature de l’imaginaire #8.

Et si les chats disparaissaient du monde… de Genki Kawamura

Et si les chats disparaissaient du monde… de Genki Kawamura.

Pocket, novembre 2018, 176 pages, 6,50 €, 978-2-26628-657-2. 世界から猫が消えたなら (Sekai kara neko ga kieta nara, 2012) est traduit du japonais par Diane Durocher.

Genres : littérature japonaise, fantastique.

Genki Kawamura 川村元気 naît le 12 mars 1979 à Yokohama (Kanagawa, Japon). Il travaille dans le monde du cinéma (scénariste, producteur) et c’est son premier roman (il a d’ailleurs été adapté au cinéma en 2016, bande annonce ci-dessous).

Le narrateur, un jeune homme de 30 ans, facteur de son métier, pense qu’il n’a qu’un rhume mais il souffre tellement qu’il consulte. « Ce n’était pas un rhume. Mais un cancer du cerveau de stade 4. » (p. 10). Il accuse le coup mais il n’a plus qu’une semaine à vivre, ou un peu plus ou un peu moins… Il reçoit alors chez lui la visite du diable qui lui annonce qu’il va mourir demain mais qui lui propose une solution : « Tu dois faire disparaître une chose de cette planète. En contrepartie, il te sera accordé un jour de vie supplémentaire. » (p. 18). Le jeune homme hésite puis accepte l’échange.

Téléphones, films, montres… « Qu’est-ce qui était le plus triste ? L’idée de ma propre mort, ou celle de la disparition de choses importantes ? » (p. 90).

Les quatre premiers jours sont faits de rêves et de souvenirs. De sa mère, décédée il y a quatre ans, et des deux chats qu’ils ont eus (l’un après l’autre) : Laitue et Chou (ce dernier vit d’ailleurs avec lui depuis le décès de sa mère). Et de son père, horloger, avec qui il a coupé les ponts.

Mais le diable annonce que le vendredi, les chats disparaîtront ! « Si les chats disparaissaient du monde… Que gagnerait-on ? Que perdrait-on ? » (p. 127). Pour le jeune homme, c’est un dilemme de trop, d’autant plus qu’il aime Chou plus que tout !

Lorsque j’ai vu ce roman (en poche) à la librairie en novembre 2018, j’ai craqué : chat sur la couverture, littérature japonaise et thème qui m’a plu, ce qui faisait trois bonnes raisons d’acheter ce livre ! J’ai choisi de le lire début avril lors d’un marathon de lecture et je n’ai pas été déçue : c’est beau, c’est triste, c’est… miaou ! Et puis, il y a une réelle réflexion sur la mort, le sens de la vie et ce qu’on peut faire sans risquer de nuire. Il y a tous ces petits bonheurs, ces petits riens tout au long d’une vie que le narrateur (et le lecteur aussi) laisse passer sans se rendre compte de leur importance et puis oublie… Ce roman est donc comme un conte philosophique qui remettrait gentiment sur le droit chemin avec un peu d’humour.

Quant au narrateur (on ne saura pas son nom), il décide d’écrire une lettre au jour le jour, un peu comme un journal ou un testament, et ce n’est que vers la fin du livre que le lecteur comprend à qui il l’écrit.

Une belle lecture pour les challenges Animaux du monde, Lire en thème (en avril, auteur découverte, encore jamais lu), Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour chat) et Un mois au Japon (qui continue d’ailleurs en mai).

Interfeel d’Antonin Atger

Interfeel d’Antonin Atger.

PKJ, juin 2018, 496 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-26624-828-0. En janvier 2020, parution en poche (544 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26630-480-1).

Genres : littérature française, premier roman, littérature jeunesse, science-fiction.

Depuis que j’ai rencontré Antonin Atger aux Cafés littéraires de Montélimar en octobre 2019, j’avais très envie de lire son premier roman, Interfeel. Ce fut chose faite, en février. J’avais pris quelques notes lors de la rencontre mais je ne sais pas où je les ai mises, peut-être même qu’elles sont au travail.

Antonin Atger naît en 1982 ; c’est un jeune auteur lyonnais. Je me rappelle qu’il a voyagé au Canada et au Japon avant de revenir en France et d’écrire Interfeel. Avec ce premier roman, il a gagné le premier concours d’écriture PKJ/We Love Words. Plus d’infos sur son blog et sur son compte Twitter.

Nathan Ethanin est un ado comme les autres qui étudie au lycée. Mais, dans ce monde du futur, chacun porte un Interfeel qui permet à tous de ressentir les sentiments et les émotions des autres. « Interfeel, le réseau de partage des émotions, était devenu le sixième sens de l’humanité. » (p. 15). Or, en bordure de la ville où vivent Nathan et ses parents (sa mère est médecin et son père est journaliste), il y a toute une communauté de gens qui refusent Interfeel et qui communique à l’ancienne. « Il ne put s’empêcher de ressentir une sorte de pitié pour ces personnes… et du dégoût. » (p. 19).

Mais, un vendredi soir, au dernier cours, le professeur de philosophie humaine, après la fin de son cours sur la servitude volontaire, se déconnecte et saute par la fenêtre ! Nathan et les autres ne comprennent rien à cet acte. « Une question surgit dans sa tête. La première. Pourquoi est-ce que je ne ressent rien ? » (p. 31). Pourtant, la vie de Nathan va changer !

Après une semaine de questionnement et de réflexion, Nathan prend le métro pour le quartier est et rencontre Élisabeth, une non-connectée et Sans-Réseau. Malgré son appréhension, il passe un agréable moment avec elle mais il est arrêté et interrogé par la police et Élisabeth est effacée de sa mémoire ! Cependant il continue de se poser des questions comme « Pourquoi est-ce que les Forces Spéciales sont intervenues aussi rapidement dans notre classe ? Pourquoi est-ce que je me suis fait torturer pour m’être promené deux heures dans le quartier est ? Pourquoi a-t-on décidé d’effacer ma mémoire ? » (p. 144).

Amitié, amour, réflexion, courage et trahison, les notions de liberté et de conditionnement sont à l’honneur dans Interfeel. « Alerte à la population […]. Les Forces Spéciales sont toujours à la recherche des cyristes responsables de l’évasion de Claude Érat. Nathan Ethanin, Hanek Ethel, Adila Vonal, Nadem Kijian et Élisabeth Saana, tous âgés de seize ans. Ne vous fiez pas à leur jeune âge, ils sont armés et dangereux. Prévenez immédiatement les autorités si vous avez la moindre information. » (p. 237). Les cyristes sont des cyber-terroristes.

En tout cas, je n’aimerais pas que tout le monde connaisse mes émotions, je ne porterais donc pas cet Interfeel si j’étais dans le monde de Nathan.

Ces presque 500 pages se dévorent sans que le lecteur s’en rende compte, du moins ce fut mon cas ! Et j’attends la suite de ce roman d’anticipation avec impatience ! Malheureusement, le tome 2, Les résistants, est paru en janvier 2020 et la médiathèque l’a sûrement acheté mais soit il n’était pas livré soit je ne l’ai pas vu et je n’ai pas pu l’emprunter ; je dois attendre la reprise donc.

Une lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #9, Lire en thème (c’était la première fois que je lisais cet auteur), Littérature de l’imaginaire #8 et Printemps de l’imaginaire francophone 2020.

Watership Down de Richard Adams

Watership Down de Richard Adams.

Monsieur Toussaint Louverture, septembre 2016, 544 pages, 21,90 €, ISBN 979-10–9072-427-3. Watership Down (1972) est traduit de l’anglais par Pierre Clinquart (entièrement revue et corrigée) et ce roman est paru pour la première fois en France sous le titre Les garennes de Watership Down (Flammarion, 1976).

Genres : littérature anglaise, premier roman, fantastique.

Richard Adams naît le 9 mai 1920 à Newbury (Berkshire, Angleterre). Il étudie l’Histoire à Oxford et travaille au ministère de l’environnement. Après Watership Down, il écrit plusieurs autres livres, pour la jeunesse ou les adultes, qui ne sont pas traduits en français. Il meurt le 24 décembre 2016 à Oxford.

Dans la garenne, les lapins vivent heureux et forment une Hourda, « un groupe de lapins particulièrement vigoureux ou intelligents, âgés de plus d’un an, qui entourent le Maître et sa hase, et commandent les autres. » (p. 15). Les « périférés », ceux qui ont moins d’un an, vivent à l’extérieur et doivent faire leurs preuves. C’est le cas de Hazel et de son frère chétif, Fyveer. Mais Fyveer a des visions et voit le danger approcher. Effectivement, une société de Newbury va construire « des résidences modernes de grand standing » (p. 18) sur leur terrain ! Mais le Maître n’a pas voulu entendre et ils ne sont que quelques-uns à partir vers l’inconnu : Hazel, Fyveer, Bigwig, Dandelion, Rubus, Pipkyn, Rahmnus, Léondan, Spidwil, Akraam, Silvère (que des mâles, ce qui posera problème plus tard, évidemment).

« Les lapins mirent longtemps avant de se regrouper au milieu du champ. En les attendant, Hazel se rendit compte à quel point il était dangereux de vagabonder ainsi à travers une campagne inconnue sans un terrier où s’abriter. » (p. 65). Heureusement, dans la garenne où ils sont arrivés, il y a des salades, des carottes… « Quel pays ! Quelle garenne ! Rien d’étonnant à ce que les habitants soient gros comme des lièvres et sentent aussi bon que des princes… » (p. 110). Mais c’est une prison dorée et ils doivent fuir ; Fraga se joint à eux et ils vont vivre à Watership Down, au sommet d’une colline du Hampshire. « Ah ! Il y a tant d’horreurs sur la terre… Et elles viennent des hommes, acheva Holyn. Les autres vilou se contentent de suivre leur instinct, et Krik les inspire autant qu’ils nous inspire. Ils vivent ici bas et doivent bien se nourrir. Les hommes, eux, ne s’arrêteront pas avant d’avoir détruit la Terre et éradiqué les animaux… » (p. 186).

Si je ne pouvais dire que deux mots sur ce roman, je dirais « pavé » et « chef-d’œuvre » ! Il y a un petit côté Bilbo le Hobbit, dans les descriptions des personnages et des lieux, mais le récit est bien sûr différent, quoique parsemé par les légendes des ancêtres, Shraavilshâ et Primsault, sous forme d’histoires ou de poèmes racontés le soir à la veillée.

« Jamais l’avenir n’avait semblé aussi radieux depuis le pressentiment de Fyveer et le départ vers l’inconnu. » (p. 235).

En lisant ce roman, le lecteur est plongé dans la garenne, ainsi que dans le parcours des lapins, il frémit, il farfale (farfaler, c’est manger de l’herbe en soirée, au coucher du soleil, avant de rentrer dans la garenne), il devient un lapin ! Car le lecteur change et évolue avec les lapins, qui comprennent de nouvelles choses, qui mûrissent, qui développent de bonnes idées, qui vont même aider d’autres animaux (mulot, oiseau…) ; les thèmes de l’amitié, du courage, du respect, de l’exil et de la recherche d’un nouveau chez soi où on se sent bien sont très développés. Mais le problème reste qu’ils n’y a aucune hase dans la garenne de Watership Down : comment le résoudre ?

Apparemment Richard Adams a, avec Watership Down, été le précurseur d’œuvres comme Star Wars, Harry Potter, La croisée des mondes, etc. (c’est l’éditeur qui le dit). Je pense que les Anglais sont forts pour créer ce genres d’histoires, de mondes imaginaires avec des personnages hauts en couleur et attachants, avec des descriptions phénoménales, le tout étant très littéraire, très agréable à lire. L’auteur explique que cette histoire est née en 1966 (comme moi !) lorsque, lors d’un trajet en voiture (kataklop disent les lapins), ses filles, Juliet et Rosamond, lui ont demandé une histoire qu’elles n’avaient encore jamais entendue, et Richard Adams a improvisé en s’inspirant des histoires antiques et classiques ; ensuite pendant deux ans, il a écrit mais il n’avait jamais écrit avant : quel exploit ! C’est tout à fait normal que Watership Down soit considéré comme un classique intemporel (vendu à plus de 50 millions d’exemplaires dans le monde) ! Et j’aimerais lire d’autres titres mais j’ai l’impression qu’ils ne sont pas traduits en français…

Pour les challenges Animaux du monde, Contes et légendes #2, Lire en thème 2020 (pour avril, le thème est un livre « découverte », c’est-à-dire un auteur encore jamais lu), Littérature de l’imaginaire #8 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Rue du Dragon-couché de CHI Wei-jan

Rue du Dragon-couché de CHI Wei-jan.

Calmann-Lévy Noir, janvier 2019, 464 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-70216-059-6. 私家偵探 Private Eyes (2011) est traduit du chinois (Taïwan) par Emmanuelle Pechenart.

Genres : littérature taïwanaise, roman policier.

CHI Wei-jan (紀蔚然) est docteur en littérature anglaise, romancier, dramaturge et professeur de théâtre à l’Université de Taipei (Taïwan). Rue du Dragon-couché est son premier roman et il a reçu deux prix littéraires : le Taipei Book Fair et le China Times Open Book Award.

« Après avoir donné ma démission, mis fin à un mariage vidé de toute substance, vendu mon appartement de Xindian, plaqué le milieu théâtral où je m’étais fait un petit nom, rompu à l’amiable avec mes vieux potes (pour les beuveries et les parties de poker, ne comptez plus sur moi !), muni d’un patrimoine des plus réduit et donc aisément transportable, j’ai franchi l’infernal tunnel de Xinhai menant à Wolong Street, ce trou du cul du monde qui a « le charnier » en toile de fond, et là, je me suis installé comme détective privé. » (p. 13, premières phrases du roman).

La première cliente de Wu Ch’eng est Madame Lin : le comportement de sa fille à changé à l’encontre de son père et elle est inquiète. Grâce à un super chauffeur de taxi, T’ien-Lai, Wu Ch’eng va pouvoir suivre Monsieur Lin et résoudre cette première affaire.

Comme Wu Ch’eng est ami avec un policier du poste de police de Wolong, Ch’en Yao-tsun, son attention se porte ensuite sur une affaire que la police n’arrive pas à résoudre : trois retraités ont été tués avec un objet contondant, deux chez eux sans effraction et un pendant sa promenade matinale au parc.

« Les descriptions réalistes et affirmations péremptoires des journalistes ne me convainquent pas, pas plus que leur hypothèse de meurtres en série. Pour avancer, j’ai besoin de davantage d’informations et de détails palpables. » (p. 200).

Mais il est suspecté et assailli (harcelé !) par les journalistes ! « Je n’ai tué personne mais cela ne garantit en rien que je puisse être tranquille. » (p. 229).

La première enquête de Wu Ch’eng n’est pas extraordinaire mais elle lui met le pied à l’étrier et le met en contact avec la police. Dans ce bon polar, l’auteur dénonce habilement la politique et les médias de Taïwan. J’ai passé un bon moment et je lirai cet auteur à nouveau s’il est encore traduit en français.

Si vous êtes intéressés par la littérature de Taïwan, ou simplement curieux, je vous conseille https://lettresdetaiwan.com/.

Pour les challenges Animaux du monde (ici animal sur la couverture), Lire en thème 2020 (animal sur la couverture en mars) et Polar et thriller 2019-2020.

The Rook de Daniel O’Malley

The Rook de Daniel O’Malley.

Super 8, mars 2014, 656 pages, 22 €, ISBN 978-2-37056-004-9. Parution en poche sous le titre Au service surnaturel de Sa Majesté chez Pocket, mai 2015, 672 pages, 8,60 €, ISBN 978-2-26625-056-6. The Rook (2012) est traduit de l’australien par Charles Bonnot.

Genres : littérature australienne, science-fiction, fantastique.

Daniel O’Malley naît en 1950 à Canberra (Australie) mais il étudie l’histoire médiévale à l’Université d’État de l’Ohio (États-Unis). Il est romancier, principalement de science-fiction. Un deuxième tome de la série Au service surnaturel de Sa Majesté est paru en 2016 en Australie sous le titre Stiletto et en 2017 en France sous le titre Agent double chez Super 8. Plus d’infos sur le site officiel de l’auteur, RookFiles et sur sa page FB.

Une nuit d’hiver pluvieuse, Londres. Une jeune femme se réveille dans un parc avec des cadavres autour d’elle ; elle ne sait plus qui elle est mais elle a dans sa poche deux lettres qui donnent quelques explications et son nom : Myfanwy Thomas. « Si tu lis ces lignes, c’est que tu as survécu à plusieurs menaces immédiates. Pourtant, tu es en danger. Le simple fait d’être moi ne signifie pas que tu es en sécurité. En plus de ce corps, tu as hérité d’un certain nombre de problèmes et de responsabilités. Va te mettre en lieu sûr et ouvre la deuxième enveloppe. » (p. 9).

« Elle avait tant de souvenirs à construire et tant d’expériences dont elle savait qu’elles seraient plaisantes à vivre. » (p. 23).

En fait, Myfanwy Thomas ou Tour Thomas travaille à la Checquy, une organisation secrète qui existe depuis des siècles, dévouée à la Grande-Bretagne – quel que soit son souverain – et qui possède en son sein des membres surnaturels. Mais Myfanwy pense qu’il y a un traître à la Cour. Au lieu de fuir, elle reprend la vie de Tour Thomas et son travail au Beffroi dans la City en suivant les consignes laissées dans les lettres qu’elle a écrites avant de perdre la mémoire. « Mon Dieu, qui aurait cru que ce serait aussi affreusement compliqué de se faire passer pour soi ? songea-t-elle en ouvrant le dossier de Myfanwy. » (p. 62).

« Tous ces gens qui ignorent les secrets que je connais. » (p. 434).

« Je regardai ces gens et les enviai tous, même le bébé baveux. Surtout le bébé baveux. Les gens normaux étaient libres de vivre leur vie, avec leurs petits soucis et leurs petites souffrances, certains que le surnaturel ne viendrait pas les embêter. Mince, ils n’étaient même pas obligés de croire au surnaturel. C’était à nous de nous en inquiéter. » (p. 560-561).

The Rook est un pavé qui m’a fait très envie à sa parution et que j’ai dévoré ! Il y a une partie épistolaire avec les lettres (extraits en italique) que Myfanwy Thomas a écrites pour elle-même, plus tard, car elle savait qu’elle perdrait la mémoire. Et puis il y a toute la partie aventure, action, suspense, science-fiction, fantastique. Vers le milieu du roman, c’est un peu long mais l’intérêt pour l’histoire et les événements surnaturels reviennent vite et ça repart jusqu’à la dernière page.

Une belle surprise donc, qui depuis sa parution, a reçu le Prix Aurealis 2012 du meilleur roman de science-fiction (*) et a bénéficié d’une adaptation en série télévisée diffusée dès l’été 2019 aux États-Unis donc elle devrait arrivée ici cette année, non ?

(*) Aurealis est un prix littéraire, créé en 1995, décerné en Australie pour les romans (et les recueils de nouvelles) dans les genres de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, horreur). Lien vers le site officiel.

Une lecture que je mets dans les challenges British Mysteries #5 (l’auteur est Australien mais le roman se déroule à Londres) et Littérature de l’imaginaire #8.