Transport d’Yves Flank

Transport d’Yves Flank.

L’antilope, mai 2017, 136 pages, 15 €, ISBN 979-10-95360-40-7.

Genre : premier roman.

Yves Flank naît en 1949 à Paris mais il vit près de Montpellier. Ingénieur puis comédien, le voici maintenant auteur avec ce premier roman tragique qui se retrouve dans plusieurs sélections de prix littéraires.

Un wagon, fermé de l’extérieur, une seule « ouverture barrée de fils barbelés » (p. 11) et des humains entassés, parqués comme des animaux, femmes, hommes, de tous âges, un seul enfant, Samuel, qui a dû se faufiler sans être vu, ça parle en plusieurs langues européennes, français, allemand, espagnol, italien, yiddish, il n’y a rien ni à manger ni à boire, mais il y a des odeurs nauséabondes de sueur, de pestilence… « Ouvrez, bande de cons, ouvrez cette putain de porte, bordel de merde » (p. 13).

La première partie du roman, c’est un homme brun qui raconte ; il est épuisé mais solide, il a du bon sens, il peut aider, réconforter l’enfant, (trans)porter les cadavres pour les empiler dans un coin, avec d’autres bras, mais il y en a de plus en plus… Des dizaines d’heures enfermés dans ce wagon, cinquante ou soixante peut-être, un voyage interminable… « […] je crois que nous allons rouler, rouler indéfiniment jusqu’à l’épuisement et l’inconscience. » (p. 21).

La deuxième partie du roman, c’est une femme rousse, elle ne raconte pas, elle se parle à elle-même, elle hurle en elle-même, elle se souvient de l’homme qu’elle aime, de leurs caresses, de leurs ébats amoureux (c’est assez sensuel et ça fait vraiment bizarre dans un roman qui raconte ce long voyage en enfer vers un autre enfer), elle le supplie. « Sors-moi de cet enfer, aide-moi, souviens-toi mon amour. » (p. 48). Cette phrase revient comme un leitmotiv, elle supplie l’homme qu’elle aime – qui n’est pas là – comme si elle suppliait Dieu. « mon amour, mon amour, pourquoi m’as-tu abandonnée ? » (p. 49). Et, en même temps, tout comme l’homme brun, qu’elle ne connaît pas, elle s’occupe de l’enfant, Samuel, qui n’est pas le sien mais qui représente à lui tout seul tous les enfants et une part d’innocence.

Transport est un huis-clos, court mais puissant, oppressant, dérangeant, j’ai déjà lu (depuis l’adolescence) de nombreux récits et témoignages mais je ne m’attendais pas à ça après avoir jeté un coup d’œil à la 4e de couverture (ben oui, je lis la 4e de couv’ parfois !). Souvent les témoignages sur le « transport » ne font que quelques lignes, quelques pages, ils s’attachent plus aux baraquements, aux expériences, aux chambres à gaz… Comment en est-on arrivé là ? Comment tout un peuple a-t-il pu être banni, enlevé, déporté ? « […] le fonds de l’air était vicié, il fallait bien se débarrasser de quelque chose ou de quelqu’un pour pouvoir à nouveau respirer. » (p. 108). Ce roman est une extraordinaire leçon de courage, dans l’horreur, une réflexion sur la responsabilité de chacun, sur ce qu’on est amené à faire dans certaines conditions… « À partir de quand la haine croise-t-elle la vie des gens ? » (p. 112). Y a-t-il encore une place pour la vie ? Y a-t-il encore une place pour le rêve, pour l’amour ? Ce n’est sûrement pas un roman d’été mais je viens de le lire, au début de l’été et je ne veux pas laisser passer la chronique de lecture de ce roman atypique, « singulier » dit l’éditeur, il est pourtant à mon avis « pluriel » et il est un vibrant hommage de l’auteur à ses deux grands-mères qu’il n’a pas connues, Perla et Rachel.

Je ne m’interroge pas sur la légitimité d’Yves Flank à raconter ce moment tragique qu’il n’a pas vécu car, en tant qu’écrivain, il peut dire, écrire, raconter, inventer même, mais on sait bien que tout ça n’est pas de la fiction, que tout a été réel et même pire… Je me doute bien que c’est le genre de romans que vous n’aurez pas envie de lire (un peu comme Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer) mais, franchement, vous passeriez à côté d’une (belle ?) (grande ?) œuvre littéraire et philosophique !

Une lecture que je mets dans le Challenge de l’été et Petit Bac 2018 (catégorie Déplacement / moyen de transport).

Publicités

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea.

L’iconoclaste, août 2017, 222 pages, 17 €, ISBN 979-10-95438-40-3.

Genre : premier roman.

Jean-Baptiste Andrea naît le 4 avril 1971 à Saint Germain en Laye dans les Yvelines (au nord de Paris). Il étudie à l’Institut Stanislas, il est en fait réalisateur et scénariste. Il est également diplômé d’études politiques. Ma reine est son premier roman.

Été 1965, Shell, 12 ans, vit avec ses parents dans leur station essence « sur la route qui descendait vers la vallée de l’Asse » (p. 11) en Provence. La vie n’est pas facile, il y a le travail mais il y a peu de passage, la télévision (il est fan de Zorro), mais aucune communication entre les parents et leur « attardé de fils » (p. 12) qui n’est plus scolarisé et qui n’a aucun ami… Lorsqu’il entend ses parents appeler sa sœur aînée pour lui dire qu’ils sont trop vieux et ne peuvent plus s’occuper de lui, il comprend qu’on va venir le chercher et décide de partir… De partir à la guerre, loin. Mais il ne va pas très loin, sur la colline d’à côté, et rencontre Viviane, presque 13 ans, une adolescente parisienne un poil rebelle. « Je suis la reine du plateau et des montagnes. Tu veux me servir ? – Oui. Je sais faire le plein. » (p. 59). Elle lui apprend qu’il est recherché et doit se cacher, elle l’emmène dans une grotte mais au bout de quelques jours, elle ne vient plus. Shell est seul… lorsque Matti, un vieux berger mutique arrive dans sa camionnette verte avec son chien, un patou nommé Alba. « Ce matin-là, dans cette pièce toute jaune de soleil neuf, j’ai compris quelque chose d’important. J’étais bizarre, pas normal, plein de problèmes, d’accord. On n’arrêtait pas de me le répéter. Mais finalement tout le monde était comme moi. » (p. 154).

Que dire de ce roman ? … Que je ne l’ai pas aimé… Pourquoi ? Parce que je n’ai ressenti aucune émotion à sa lecture, je ne me suis pas attachée à Shell et encore moins à Viviane, je n’ai pas été attirée par les descriptions, bref je me suis ennuyée mais ennuyée grave ! Je sais que beaucoup de lecteurs ont aimé ce « roman de l’enfance » mais je sortais de la lecture de Neverland de Timothée de Fombelle, d’ailleurs paru chez le même éditeur, un gros coup de cœur pour moi qui m’a fait paraître Ma reine bien fade, bien creux… Pourtant Ma reine a reçu plusieurs prix littéraires en 2017 et en 2018 (une dizaine !!!), ça me paraît incroyable ! Mais tant mieux pour l’auteur, l’éditeur et les lecteurs qui on apprécié cette lecture 😉

Dites-moi si vous avez lu et aimé ce roman, et pourquoi !

Une lecture que je mets dans les challenges… Eh bien, il n’entre dans aucun challenge ! Il aurait dû aller dans 1 % Rentrée littéraire 2017 puisque je l’ai lu à l’automne 2017 mais j’ai trop tardé pour publier ma note de lecture… Ah si, il entre dans Lire sous la contrainte avec la contrainte « tout au féminin ».

Le Club Vesuvius de Mark Gatiss

Le Club Vesuvius (Une aventure de Lucifer Box, 1) de Mark Gatiss.

Bragelonne, collection Le mois du cuivre, février 2015, 264 pages, 25 €, ISBN 978-2-35294-824-7. Je l’ai lu en Bragelonne poche, février 2018, 300 pages, 9,90 €, ISBN 979-1-02810-439-9. The Vesuvius Club (2004) est traduit de l’anglais par Laurence Boishot.

Genres : littérature anglaise, science-fiction, steampunk, espionnage.

Mark Gatiss naît le 17 octobre 1966 à Sedgefield dans le comté de Durham (au nord-est de l’Angleterre). Ses parents travaillaient tous les deux à l’hôpital psychiatrique Edwardian situé en face de chez eux et (je suis sûre que c’est lié !), il s’est intéressé dès l’enfance aux aventures de Sherlock Holmes, du Doctor Who, aux films d’épouvante. Résultat ? Il est acteur (cinéma, télévision, humour, policier, espionnage), scénariste (en particulier pour la série Doctor Who), producteur (il est cocréateur et coproducteur de la série Sherlock dans laquelle il joue le rôle de Mycroft Holmes) et auteur ! Du même auteur, dans les aventures de Lucifer Box : L’ambre du diable (Bragelonne, 2016, traduit de The Devil in Amber, 2006) et Black Butterfly (2008, pas encore paru en français).

Lucifer Box, peintre diplômé de la Royal Academy of Arts, est aussi agent secret. « Vous savez comment ça fonctionne, ici : on aime les mystères et les secrets, les passages dérobés et la poudre aux yeux. C’est ce qui nous motive, ha ha ! (p. 22). Il est sous les ordres de Joshua Reynolds, un avocat de toute petite taille mais « un haut personnage dans le gouvernement de Sa Majesté – dans les ombres et le plus grand secret, évidemment. » (p. 23). Deux géologues sont morts et l’agent Crott a disparu à Naples, il va falloir enquêter : direction le sud de l’Italie avec Naples et le Vésuve.

Lucifer Box est un personnage incroyable, artiste impertinent, dandy, aussi sûr de lui que Sherlock Holmes ! Et, s’il habite au 9 Downing Street, une adresse mythique, c’est parce qu’il a hérité la maison de ses ancêtres (qui possédaient tout le quartier auparavant). « Vous allez sans doute me traiter de crâneur, mais après tout, il faut bien que quelqu’un y habite. » (p. 26). Il est loyal envers son pays et « ne recule devant nul sacrifice quand il s’agit de rendre service au roi et à la Couronne. » (p. 163) [C’est peut-être le roi Édouard VII (règne de 1901-1910) ou le roi George V (règne de 1910-1936) : je pense que l’histoire se situe au début des années 1900, sûrement avant la Première guerre mondiale, puisqu’il est dit dans le roman « Après tout, on n’était plus au XIXe siècle. » (p. 91)] et il est très coquin : « Ne vous méprenez pas, chers lecteurs, je sais apprécier une petite pipe de temps en temps, mais comme l’a dit Gengis Khan, c’est un plaisir à consommer avec modération. » (p. 225). Non mais, de quoi pensiez-vous qu’il parlait ? D’une pipe d’opium ! J’aime beaucoup lorsqu’il s’adresse aux lecteurs, j’ai bien ri.

Un humour tout britannique donc, rien qu’avec les noms des personnages : bon Lucifer Box ce n’est déjà pas banal, mais il y a Jocelyn Crott, Everard Supple, Eli Verdegris, Frederick Scallop, Christopher Miracle, Bizarre Beagle, Charles Jackpot, Bella Bok, Crétacé Nonhomme… qui permettent des jeux de mots amusants.

La première partie du roman se déroule à Londres, elle est plutôt mystery, historique et espionnage, la deuxième partie se déroule à Naples et là, on est plus dans le côté science-fiction, steampunk. « Ce procédé, M. Box, c’est l’avenir ! Un monde nouveau, fait de machines et d’automates ! Nous contrôlerons les flots de magma de toute la planète. Une fois que le monde aura assisté à la destruction de Naples, les chefs d’État se bousculeront pour nous donner tout ce que nous voulons ! » (p. 255). Vaste et dangereux programme ! Et une très chouette lecture, je me suis laissée emporter, j’ai voyagé (Naples, Pompéi), j’ai eu chaud (Vésuve), j’ai frissonné, je n’ai pas pu lâcher le livre alors je l’ai lu en une journée (bon, j’ai pris un petit goûter quand même !) et j’ai hâte de lire la suite !

Un mot que je ne connaissais pas : sidérodromophobie (p. 99), c’est un terme médical pour la peur irraisonnée de prendre le train. Je ne suis pas touchée, j’aime beaucoup prendre le train, par contre je n’aime pas les retards qui font rater une correspondance mais ça ce n’est pas une phobie…

Une lecture que je mets dans les challenges British Mysteries, Littérature de l’imaginaire, Mois anglais, Polar et thriller, Rentrée littéraire janvier 2018 (pour l’édition en poche que j’ai lue), S4F3 #4, Vapeur et feuilles de thé et Voisins Voisines 2018. Je la mets aussi dans le Défi 52 semaines 2018 pour le thème « chaleur » (#26) : à la lecture de ce roman, faites attention de ne pas revivre ce qu’ont vécu les habitants de Pompéi !

Je ne recopie jamais la 4e de couverture sauf s’il y a une très belle phrase ou une citation. Là, ce sont deux belles phrases / citations qui donnent vraiment envie de lire le roman : « Imaginez Oscar Wilde installé dans une chaise longue avec, dans une main, une cigarette hors de prix, et dans l’autre, Le Club Vesuvius, plié de rire à la lecture de ce petit chef-d’œuvre. Tout est dit. » The Times Literary Supplement. « Impossible d’imaginer un début littéraire plus délicieux, plus décadent, plus macabre, plus inventif et plus hilarant que celui-ci. J’en redemande ! » Stephen Fry.

En coup de vent…/ 60 – Prix La Passerelle 2018

Je vous ai déjà parlé des précédentes éditions du Prix La Passerelle, 2013-2014-2015 (c’est regroupé car le blog n’existait pas avant mai 2015), 2016 et 2017 et je sais que certaines notes de lectures ne sont toujours pas publiées, même si j’ai aimé ces romans… et mon billet de présentation du Prix 2018. Ce prix littéraire, créé en 2013 par les bibliothécaires de la médiathèque La Passerelle à Bourg lès Valence pour ses lecteurs, a évolué : en 2017, trois bibliothécaires des médiathèques du réseau ont intégré le comité de lecture et en 2018, ce sont deux lecteurs (une lectrice et un lecteur pour être plus précise) qui ont intégré le comité de lecture. Mais, ce que vous voulez connaître, ce sont les six romans en lice et le gagnant ! Les années précédentes, lorsque le gagnant n’était pas celui pour lequel j’avais voté (ce qui a été en fait à chaque fois le cas !), je me réjouissais tout de même car c’était un bon roman qui méritait de gagner. Pour cette édition 2018, le dépouillement des bulletins a eu lieu le vendredi 8 juin en soirée et, cette année, je suis profondément déçue… Certes j’hésitais entre 4 romans (sur 6) mais le gagnant est le roman que je n’ai pas aimé du tout ! 😥 Voici les 6 romans en lice par ordre alphabétique d’auteur :

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea (L’Iconoclaste, 2017)

Principe de suspension de Vanessa Bamberger (Liana Levi, 2017)

La fonte des glaces de Joël Baqué (P.O.L., 2017)

L’été des charognes de Simon Johannin (Allia, 2017), zut j’ai oublié de publier ma note de lecture !

Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer (Quidam, 2017)

Une toile large comme le monde d’Aude Seigne (Zoé, 2017)

Le gagnant 2018 est… Ma reine, dont je n’ai pas publié la note de lecture mais elle doit traîner par là, au brouillon, alors je la rajouterai un de ces jours… ou pas !

Avez-vous lu et apprécié (ou non) un ou plusieurs de ces romans ?

De mon côté, je prépare déjà le Prix 2019 😉 Mais en bonus, voici Chaos, l’œuvre de Nassera (avec son autorisation, bien sûr).

Throwback Thursday livresque 2018-11

Pour ce jeudi 15 mars, le thème du Throwback Thursday livresque 2018 est « famille ». Je pensais ne rien avoir pour ce thème – la famille n’étant pas mon sujet de lecture préféré – mais je me suis finalement rappelée de Une famille normale de Garance Meillon, un premier roman paru en janvier 2016 qui m’avait surprise. À noter que le deuxième roman de Garance Meillon, La douleur fantôme, vient de paraître chez Fayard (le 7 mars).

Vous pouvez voir les autres participations chez BettieRose. Bonne fin de semaine.

Toxique de Samanta Schweblin

Toxique de Samanta Schweblin.

Gallimard, collection Du monde entier, avril 2017, 128 pages, 14 €, ISBN 978-2-07-019781-1. Distancia de rescate (2014) est traduit de l’espagnol par Aurore Touya.

Genres : littérature argentine, premier roman.

Samanta Schweblin naît en 1978 en Argentine. Elle est nouvelliste (Des oiseaux plein la bouche, Seuil, 2013) et Toxique est son premier roman. Elle vit actuellement à Berlin, en Allemagne.

Dans la campagne argentine, près d’un lac, Amanda a loué une maison de vacances avec sa fillette, Nina, et son mari doit les rejoindre plus tard. Amanda fait la connaissance de Carla qui vit là avec son mari, Omar, éleveur de chevaux, et leur fils de neuf ans, David. « Si je te raconte – dit-elle –, tu ne voudras plus qu’il joue avec Nina. » (p. 16). David était un amour jusqu’à ses trois ans, puis il est tombé malade… Carla n’en dit guère plus à Amanda mais un dialogue s’installe entre Amanda et David. Carla est-elle folle ? Nina est-elle en danger ? « En quoi es-tu si différent aujourd’hui du David d’il y a six ans ? Qu’as-tu fait de si terrible pour que ta mère te rejette désormais ? » (p. 38-39). « David n’a rien fait ! – et voilà que je crie, voilà que je suis celle qui semble folle. C’est toi qui nous fais peur, à nous tous, avec ton délire de… » (p. 50).

Quel est le danger ? David ? Carla ? Le lieu en lui-même ? La vieille sorcière de la maison verte ? Autre chose dans l’eau ou dans l’air ? En tout cas, Amanda et Nina, tout comme David il y a six ans, ont bien été contaminées par quelque chose de toxique. Et Amanda n’a pas pu respecter la distance de secours (la distancia de rescate) pour préserver sa fille… Quelle claque ce roman ! Court, d’une grande intensité, presque fiévreux, qui amène son lecteur au bord de la terreur ou de la folie (ou des deux !). Mais, à travers ce roman, Samanta Schweblin dénonce évidemment l’énorme pollution qui empoisonne les terres, l’eau et les êtres vivants (humains et animaux) à cause de tous les produits chimiques de l’agriculture intensive (ici des champs de soja qui sont pourtant si beaux, si verdoyants…).

L’éditeur nous dit : « L’écriture magnétique et obsessionnelle de Samanta Schweblin part à la recherche de ce moment où tout bascule, où les vacances virent au cauchemar, où les relations d’amour condamnent au lieu de sauver. Formidable radiographie de la peur, Toxique est un bref roman à la tension vertigineuse, qui progresse comme une enquête à plusieurs voix vers une terrible vérité. Il cache un secret qui nous effraie autant qu’il nous attire. » Que vous dire de plus ?… Lisez Toxique !

Une lecture pour le Challenge de l’épouvante, Littérature de l’imaginaire, Pumpkin Autumn Challenge (pour le Menu 2 – Creepy, Spooky, Halloween) et le Défi Premier roman.

Mademoiselle à la folie de Pascale Lécosse

Mademoiselle à la folie de Pascale Lécosse.

La Martinière, août 2017, 128 pages, 14 €, ISBN 978-2-73248-453-2.

Genre : premier roman.

Pascale Lécosse vit dans la région parisienne et a reçu le Prix de l’auteur indépendant 2016 pour ce premier roman paru le 17 août 2017. Pas d’autres infos sur l’auteur !

Catherine Delcour, surnommée Mademoiselle, bientôt 48 ans, vit sur l’île Saint-Louis à Paris ; elle est comédienne de théâtre et, après une incursion au cinéma, est revenue au théâtre. « Je n’ai pas peur du temps qui passe mais du temps perdu. » (p. 8) : j’aime beaucoup cette phrase, elle donne le ton du roman. Ses grands-parents étaient d’origine russe, ses parents sont morts, elle est orpheline et partage sa vie avec Jean Rivière, son amant, marié, Ministre de la culture, et Mina Flamand, son assistante et amie. « Nous levons nos coupes, nous buvons à la vie. Tout va bien. » (p. 19). Eh bien, non, tout ne va pas bien… Catherine se sent fatiguée, elle est de plus en plus confuse, égarée et colérique. « Je perds le fil, je (*) sens que tout cela m’échappe. » (p. 48). Mais après avoir consulté un spécialiste, Catherine se réfugie dans son monde. « C’est la forme précoce de la maladie que je développe, la plus vaporeuse, la plus avide. J’ai dans la tête un mal gourmand qui me transforme en rosier stérile. Une saleté qui fait de moi une autre. Je voudrais l’espérance. » (p. 74).

J’ai repéré quelques fautes… « Il m’a consolé […], m’a encouragé » (p. 9) et « tu m’aurais épousé ? » (p. 43) ; c’est Catherine qui parle alors où sont les « e » ? C’est d’autant plus bizarres que les autres adjectifs en ont ! (*) Ici, j’ai corrigé, j’ai mis « je » car il est en fait écrit « le ».

La vie de Catherine se déroule comme on détacherait les pétales d’une marguerite, un peu, beaucoup, à la folie, et sur un ton léger, l’auteur traite d’un sujet grave, une maladie qui n’est jamais nommée mais dont on devine tout de suite le nom. Par contre Catherine a un caractère spécial… Elle parle de la mort de ses parents de la même façon que de son amant, de son assistante, de son Champagne ou de ses rôles, sans pathos, comme si elle était détachée de sa propre vie et de son passé, pourtant ça l’a touchée, c’est sûr. Le roman alterne les chapitres où Catherine est la narratrice et ceux où Mina est la narratrice, c’est intéressant d’avoir les deux points de vue et l’auteur livre ainsi deux beaux portraits de femmes qui ont toutes deux laissé passer le véritable amour pour se consacrer à autre chose. Il y a beaucoup de dialogues (comme au théâtre) alors le roman se lit vite, peut-être même trop vite (j’ai eu une petite impression d’inspiration à la Amélie Nothomb, je ne sais pas si c’est avéré), mais je l’ai lu sur mon balcon, au soleil, et c’était bien agréable cependant le « danger » est qu’il soit aussi vite oublié que lu…

Une lecture pour les 68 premières fois 2017 que je mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2017 et Défi Premier roman 1017.