Manuel de survie à l’usage des jeunes filles de Mick Kitson

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles de Mick Kitson.

Métailié, collection Bibliothèque écossaise, août 2018, 256 pages, 18 €, ISBN 978-10-226-0800-8. Sal (2018) est traduit de l’anglais (Écosse) par Céline Schwaller.

Genres : littérature écossaise, premier roman.

Mick Kitson naît au Pays de Galles mais vit en Écosse (dans le Fife, côte est) avec son épouse. Il étudie l’anglais à l’Université de Newcastle Upon Tyne. Rocker (dans les années 80, avec son frère, dans le groupe The Senators), journaliste, professeur d’anglais, il signe avec Manuel de survie à l’usage des jeunes filles son premier roman.

« M’man » est souvent bourrée et Robert, le beau-père, abuse de Sal (13 ans) depuis qu’elle en a 10… Peppa a bientôt 10 ans et Robert a menacé de s’en prendre également à elle alors Sal a installé un verrou sur la porte de sa chambre. « Si j’avais posé un verrou sur ma porte, Robert l’aurait défoncée à coups de pied et il aurait réveillé Peppa. Il n’aurait pas réveillé m’man parce que quand elle avait bu et qu’elle était dans les vapes on ne pouvait pas la réveiller. » (p. 12). Sal craint que, si les services sociaux interviennent, elle et Peppa soient séparées alors elle va agir en secret et tout préparer pour qu’elles s’enfuient dans la forêt de Galloway, une forêt sauvage des Highlands. Dans la forêt, les filles sont d’abord seules, et pas malheureuses malgré le froid, puis elles rencontrent Ingrid, une Allemande de l’Est, médecin immunologue, mais âgée et malade. Évidemment, la police recherche Salmarina et Paula (les prénoms de Sal et Peppa) et la mère va essayer de changer : « Sobre depuis trois semaines. Un jour à la fois. Je n’arrive pas a y croire. Je m’en sors sans antidouleurs !! » (p. 150). Mais est-ce aussi simple que ça ?

Les descriptions et les détails peuvent dérouter au début mais c’est ce qui fait de ce roman un véritable manuel de survie ! Vous allez tout savoir sur les crottes de lapin et comment poser un piège, sur l’étanchéité du Gore-Tex, sur les dents des brochets, et tant d’autres choses. C’est que Sal est une ado de son temps qui a tout cherché sur YouTube et Wikipédia et tout acheté sur Amazon pour pouvoir fuir et survivre avec sa petite sœur !

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles est un roman coup de poing, difficile, cruel comme un conte de fée moderne dans lequel Sal et Peppa seraient peut-être pas des princesses mais des petits chaperons rouges ; m’man non pas une méchante marâtre mais une mère alcoolique, dépassée et peut-être même qu’elle ferme les yeux sur ce qu’elle ne veut pas voir ; et Robert un ogre ou le loup du Petit chaperon rouge. Pourtant, dans leur horrible malheur, les filles ne sont pas malheureuses, parce qu’elles ne veulent pas être des victimes, elles se débrouillent même très bien, elles sont matures, pétillantes de vie et presque, le lecteur courrait avec elles dans cette forêt sombre et froide ! Contrairement à Dans la forêt de Jean Hegland (le postulat de départ est différent) que je n’avais pas aimé (explications dans ma note de lecture), cette histoire de deux sœurs m’a… je ne dirais pas enchantée vu le thème, mais retournée ! Les filles ne seront donc jamais tranquilles, elles risqueront toujours le pire, quel que soit le nombre d’histoires, de contes, de prévention pour dénoncer les viols et la pédophilie… Et ce n’est pas le roman suivant que j’ai lu qui dira le contraire… (Pêche d’Emma Glass). En tout cas, Mick Kitson développe un roman nature writing étonnant, sensible, puissant et il faudra suivre cet auteur.

Un roman lu pendant le Challenge de l’été que je mets aussi dans 1 % Rentrée littéraire 2018, Défi littéraire de Madame lit (en octobre, littérature britannique) et Voisins Voisines 2018 (Écosse).

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La vraie vie d’Adeline Dieudonné

La vraie vie d’Adeline Dieudonné.

L’iconoclaste, août 2018, 270 pages, 17 €, ISBN 978-2-37880-023-9.

Genres : littérature belge, premier roman.

Adeline Dieudonné naît le 12 octobre 1982 en Belgique ; elle vit présentement à Bruxelles. Elle est nouvelliste (Amarula, sa première nouvelle, parue dans le recueil Pousse-café en 2017, remporte le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles), dramaturge (Bonobo Moussaka, 2017) et romancière (La vraie vie, son premier roman, remporte le Prix Première Plume 2018 et le Prix du roman Fnac 2018). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.adelinedieudonne.com/.

Première et deuxième pages, je suis horrifiée par ce père de famille chasseur qui pose fièrement sur les cadavres des animaux sauvages (souvent protégés) qu’il a abattus et qu’il a triturés pour avoir des trophées comme une défense d’éléphant par exemple. En plus, il garde les cadavres empaillés des animaux dans une chambre spéciale de sa maison. Le genre de sale type qu’on devrait buter d’office ou qui devrait se faire écrabouiller et bouffer par un des animaux qu’il chasse (si toutefois il est comestible…). Je ne donne pas cher de la peau de ce roman si l’autrice continue avec ce minable colérique qui n’aime que la chasse, « la télé et le whisky » et qui traite sa femme comme « un ficus » : « Ma mère, elle avait peur de mon père. » (p. 11)…

Et puis, je laisse emportée par ce roman ! La narratrice (on ne saura pas son prénom) est la fille de ce barbare, elle a 10 ans, et son petit-frère, Gilles, en a 6. « Il riait tout le temps, avec ses petites dents de lait. Et, chaque fois, son rire me réchauffait, comme une minicentrale électrique. […] Le rire de Gilles pouvait guérir toutes les blessures. » (p. 18). Mais, après un terrible accident, un été dans les années 90, Gilles n’est plus le même. « Le regard fixe et la bouche entrouverte, il m’a suivie comme un somnambule. » (p. 36). Gilles ne parle plus, ne mange plus… « J’essayais de le distraire. Il me suivait comme un robot docile, mais il ne vivait plus à l’intérieur. » (p. 47). La fillette rêve d’une machine à remonter le temps pour que tout ça n’ait pas lieu. Mais il n’est pas possible de créer une telle machine et Gilles va devenir un enfant cruel, « un serial killer. Le Jack l’Éventreur des chats […] » (p. 111). « Je crois qu’en réalité, il ne ressentait presque plus rien. Sa machine à fabriquer les émotions était cassée. Et le seul moyen d’en ressentir était de tuer ou de torturer. » (p. 161). Un jour, après une nuit horrible, la mère dit deux fois à sa fille « Gagne de l’argent et pars. » (p. 208 et 209).

J’ai lu en 2017 deux romans parus chez L’iconoclaste, tous deux parlent de l’enfance : Neverland de Timothée de Fombelle qui fut un coup de cœur et Ma reine de Jean-Baptiste Andrea que je n’ai pas du tout aimé (c’est pour ça que ma note de lecture a traîné…). La vraie vie – qui parle aussi de l’enfance – se situe, à mon avis, entre les deux : j’ai aimé mais ce n’est pas un coup de cœur. Plutôt un roman coup de poing car quelle histoire atroce ! Cinq ans d’horreur ! Mais, mieux vaut la fiction qu’une histoire réelle dans la vraie vie ! La vraie vie est un roman initiatique puissant, intense, avec une pointe de mystère voire de fantastique et de suspense, presque un conte macabre ; le style est maîtrisé, ciselé, subtil et je ne regrette pas d’avoir poursuivi ma lecture malgré la haine que j’éprouvais pour ce brutus des temps modernes. À lire mais âmes sensibles, s’abstenir !

Un roman pour 1 % Rentrée littéraire 2018, Challenge de l’épouvante (franchement, on peut facilement le mettre dans ce challenge !), Challenge de l’été 2018 et Voisins Voisines 2018 (Belgique).

La Purge d’Arthur Nesnidal

La Purge d’Arthur Nesnidal.

Julliard, août 2018, 152 pages, 16 €, ISBN 978-2-26003-250-2.

Genre : premier roman.

Arthur Nesnidal naît le 30 avril 1996 à Fontenay aux Roses. Il étudie la littérature et la philosophie à l’Université de Clermont Ferrand. Wikipédia dit qu’il est journaliste à Siné Mensuel : je n’ai trouvé aucun article de lui mais un article sur lui de Léa Gasquet [lien]… La Purge est son premier roman.

Dans ce roman – largement autobiographique – l’auteur raconte une première année à Hypokhâgne. Il appelle les classes préparatoires « l’implacable machine de la grande industrie intellectuelle » (p. 9) et les étudiants des « troufions de l’esprit et son lot de déchets » (p. 9) vomis par cette machine, des « ânes bâtés » (p. 13). Bref, un véritable enfer sur terre ! Alors pourquoi s’infliger ça ?

Par exemple, un cours comme « Le dix-neuvième siècle, du romantisme au symbolisme », pourquoi ne pas lire un livre spécialisé ou suivre un mooc ? Ah… le diplôme, le prestige, les postes de pouvoir… !

Pourquoi devenir un robot savant ? Apprendre par cœur… Ne dormir que trois heures par nuit… Se ruiner la santé…

Clairement Arthur Nesnidal se regarde écrire… Tout le monde n’a pas les capacités intellectuelles (hum…) et les moyens financiers (surtout) pour étudier… Lui crache allègrement dans la soupe et galvaude beaucoup de clichés comme les repas servis à la cantine par un « bovin désabusé » (p. 33)…

Une phrase très belle : « Beauté d’une grammaire à jamais déclinante, inviolable et farouche, nous déchiffrons ta grâce dans de vieux parchemins, et voici que des hommes, anciens et oubliés, passent un bras tremblant par deux mille ans d’Histoire effleurer doucement la joue du latiniste. » (p. 31), mais inutile, vaine, incompréhensible…

Page 52 : « Sous tes coups, je serai rature » et moi, je sature… Grosse déception pour mon premier roman de la rentrée littéraire… Vous l’avez compris, pour moi ce roman est une purge ! Mais certains crient au génie… Donc à vous de vous faire votre propre idée !

Pour 1 % Rentrée littéraire 2018 et Challenge de l’été.

Le printemps des barbares de Jonas Lüscher

Le printemps des barbares de Jonas Lüscher.

Autrement, septembre 2015, 208 pages, 17,50 €, ISBN 978-2-74673-723-5. Frühling der Barbaren (2013) est traduit de l’allemand par Tatjana Marwinski.

Genres : roman, littérature suisse.

Jonas Lüscher naît le 22 octobre 1976 à Zürich (Suisse). Il grandit à Berne et étudie au Séminaire évangélique de Muristalden : il est professeur d’école primaire mais il travaille comme scénariste de cinéma à Munich où il étudie la philosophie. Le printemps des barbares est son premier roman et deux ans après, paraît Monsieur Kraft ou la théorie du pire.

« Comment pouvait-on considérer comme un simple jeu quelque chose qui avait tant d’impact sur la société ? » (p. 97-98, sur les finances).

J’ai lu trois chapitres puis j’ai lu en diagonale car je m’ennuyais, c’est trop répétitif…

Je vous dis quand même de quoi ça parle. Un mariage : la famille du marié est riche, celle de la mariée non ; la richesse est étalée pendant que banques et pays s’effondrent.

« Dans une longue caravane, traînant derrière eux leurs valises, les Anglais partaient sur la route qui s’enfonçait droit dans le désert, tel l’ancien peuple d’Israël, chaîne d’ombres vacillantes sur le sable rougeoyant. » (p. 185).

Dans une postface, la traductrice, Tatjana Marwinsski dit que « Entrer dans l’univers de Jonas Lüscher, c’est se laisser entraîner dans un maelström de situations qui culminent dans la catastrophe et la cocasserie. C’est découvrir un style précis et raffiné, qui brille d’autant plus qu’il décrit un monde régi par le clinquant, la violence et le cynisme. C’est s’amuser des aventures d’un antihéros, Preising, « néant de volonté », pour reprendre les termes de Deleuze à propos de Bartleby. Ridicule et touchant, profondément inadapté au monde dans lequel il vit, ce personnage candide et maladroit fait rire mais aussi réfléchir : à un relativisme omniprésent qui excuse les pires dérives, à un quotidien dominé par l’abstraction, où tout devient jeu avant de déboucher sur la barbarie. […] » (p. 197).

J’ai trouvé que ce paragraphe écrit par la traductrice était plus intéressant que le roman lui-même ! Mais peut-être que je suis passée à côté de cet auteur… Quelqu’un d’autre l’a lu ?

Alors, littérature allemande pour le Défi littéraire de Madame lit en août et je tourne autour du pot ! Auteur autrichien en début de mois et maintenant auteur suisse mais alémanique (donc de langue allemande) et Jonas Lüscher vit à Munich (Allemagne) depuis 2001 et pour ce Printemps des barbares, il a été nominé en 2013 pour le Prix suisse du livre (Schweizer Buchpreis) à Bâle (mais c’est Carambole de Jens Steiner qui a reçu le prix) et le Prix du livre allemand (Deutscher Buchpreis, DBP) à Francfort (mais c’est Das Ungeheuer de Terézia Mora qui a reçu le prix) mais il a reçu le Prix Franz-Hessel (un prix franco-allemand de littérature contemporaine créé en 2010).

Pour le Challenge de l’été, et Voisins Voisines 2018 (Suisse et Allemagne).

Dans la ville des veuves intrépides de James Cañón

Dans la ville des veuves intrépides de James Cañón.

Belfond, collection Littérature étrangère, mars 2008, 380 pages, 23 €, ISBN 978-2-7144-4348-9. Tales from the town of widows (2007) est traduit de l’américain par Robert Davreu.

Genres : littérature colombienne, premier roman.

James Cañón naît à Ibagué en Colombie en 1968. Si ce roman est traduit de l’américain et pas de l’espagnol, c’est parce que l’auteur a d’abord étudié à l’université de Bogotá avant d’aller étudier à New York (il est diplômé de l’université de Columbia) où il vit toujours. Plus d’informations sur son site officiel en anglais.

Dimanche 15 novembre 1992, des guérilleros font étape dans le village isolé de Mariquita : ils embarquent tout ce qui est de sexe masculin et tuent froidement ceux qui refusent de les suivre. Ne restent que trois hommes, le padre Rafael, un adolescent de 13 ans que sa mère a déguisé en fille, un jeune homosexuel qui travaillait dans le village voisin et quelques enfants de moins de 12 ans. Mais les hommes sont toujours présents à la fois dans le cœur des mères, épouses, sœurs et célibataires (pensées, souvenirs, désir de leur retour) et dans le roman grâce aux courts témoignages de guérilleros ou de militaires insérés entre chaque chapitre.

Les femmes ne supportant plus d’être seules, elles décident qu’il faut mettre des enfants au monde. Mais après une tentative de procréation infructueuse (avec le padre devenu très lubrique) et après avoir failli mourir de faim, les femmes perdent leurs repères et vivent dans le chaos. Rosalba, la veuve du brigadier, proclamée maire, en instaure de nouveaux : agriculture et économie, homosexualité féminine organisée, collectivisme obligatoire et nouvel ordre social. Mais certaines femmes sombrent dans la folie après la perte de la notion du temps et de leur féminité (leurs menstruations ont disparu).

Un roman très original : il est rare qu’un homme traite d’un sujet aussi féminin, aussi intime. En plus de façon à la fois réaliste et surréaliste (typique de la littérature sud-américaine en fait). J’avais pris beaucoup de plaisir à lire ce roman que j’avais beaucoup conseillé autour de moi, malheureusement James Cañón – qui a reçu le Henfiel Prize for Excellence in Fiction en 2001 pour des nouvelles publiées dans des revues littéraires et plusieurs prix pour ce premier roman en particulier aux États-Unis et en France – n’a depuis écrit que des essais.

Mais comme Dans la ville des veuves intrépides est paru en France il y a dix ans, je voulais le remettre au goût du jour pour le Défi littéraire de Madame lit (le mois de juillet est consacré à la littérature colombienne).

Transport d’Yves Flank

Transport d’Yves Flank.

L’antilope, mai 2017, 136 pages, 15 €, ISBN 979-10-95360-40-7.

Genre : premier roman.

Yves Flank naît en 1949 à Paris mais il vit près de Montpellier. Ingénieur puis comédien, le voici maintenant auteur avec ce premier roman tragique qui se retrouve dans plusieurs sélections de prix littéraires.

Un wagon, fermé de l’extérieur, une seule « ouverture barrée de fils barbelés » (p. 11) et des humains entassés, parqués comme des animaux, femmes, hommes, de tous âges, un seul enfant, Samuel, qui a dû se faufiler sans être vu, ça parle en plusieurs langues européennes, français, allemand, espagnol, italien, yiddish, il n’y a rien ni à manger ni à boire, mais il y a des odeurs nauséabondes de sueur, de pestilence… « Ouvrez, bande de cons, ouvrez cette putain de porte, bordel de merde » (p. 13).

La première partie du roman, c’est un homme brun qui raconte ; il est épuisé mais solide, il a du bon sens, il peut aider, réconforter l’enfant, (trans)porter les cadavres pour les empiler dans un coin, avec d’autres bras, mais il y en a de plus en plus… Des dizaines d’heures enfermés dans ce wagon, cinquante ou soixante peut-être, un voyage interminable… « […] je crois que nous allons rouler, rouler indéfiniment jusqu’à l’épuisement et l’inconscience. » (p. 21).

La deuxième partie du roman, c’est une femme rousse, elle ne raconte pas, elle se parle à elle-même, elle hurle en elle-même, elle se souvient de l’homme qu’elle aime, de leurs caresses, de leurs ébats amoureux (c’est assez sensuel et ça fait vraiment bizarre dans un roman qui raconte ce long voyage en enfer vers un autre enfer), elle le supplie. « Sors-moi de cet enfer, aide-moi, souviens-toi mon amour. » (p. 48). Cette phrase revient comme un leitmotiv, elle supplie l’homme qu’elle aime – qui n’est pas là – comme si elle suppliait Dieu. « mon amour, mon amour, pourquoi m’as-tu abandonnée ? » (p. 49). Et, en même temps, tout comme l’homme brun, qu’elle ne connaît pas, elle s’occupe de l’enfant, Samuel, qui n’est pas le sien mais qui représente à lui tout seul tous les enfants et une part d’innocence.

Transport est un huis-clos, court mais puissant, oppressant, dérangeant, j’ai déjà lu (depuis l’adolescence) de nombreux récits et témoignages mais je ne m’attendais pas à ça après avoir jeté un coup d’œil à la 4e de couverture (ben oui, je lis la 4e de couv’ parfois !). Souvent les témoignages sur le « transport » ne font que quelques lignes, quelques pages, ils s’attachent plus aux baraquements, aux expériences, aux chambres à gaz… Comment en est-on arrivé là ? Comment tout un peuple a-t-il pu être banni, enlevé, déporté ? « […] le fonds de l’air était vicié, il fallait bien se débarrasser de quelque chose ou de quelqu’un pour pouvoir à nouveau respirer. » (p. 108). Ce roman est une extraordinaire leçon de courage, dans l’horreur, une réflexion sur la responsabilité de chacun, sur ce qu’on est amené à faire dans certaines conditions… « À partir de quand la haine croise-t-elle la vie des gens ? » (p. 112). Y a-t-il encore une place pour la vie ? Y a-t-il encore une place pour le rêve, pour l’amour ? Ce n’est sûrement pas un roman d’été mais je viens de le lire, au début de l’été et je ne veux pas laisser passer la chronique de lecture de ce roman atypique, « singulier » dit l’éditeur, il est pourtant à mon avis « pluriel » et il est un vibrant hommage de l’auteur à ses deux grands-mères qu’il n’a pas connues, Perla et Rachel.

Je ne m’interroge pas sur la légitimité d’Yves Flank à raconter ce moment tragique qu’il n’a pas vécu car, en tant qu’écrivain, il peut dire, écrire, raconter, inventer même, mais on sait bien que tout ça n’est pas de la fiction, que tout a été réel et même pire… Je me doute bien que c’est le genre de romans que vous n’aurez pas envie de lire (un peu comme Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer) mais, franchement, vous passeriez à côté d’une (belle ?) (grande ?) œuvre littéraire et philosophique !

Une lecture que je mets dans le Challenge de l’été et Petit Bac 2018 (catégorie Déplacement / moyen de transport).

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea.

L’iconoclaste, août 2017, 222 pages, 17 €, ISBN 979-10-95438-40-3.

Genre : premier roman.

Jean-Baptiste Andrea naît le 4 avril 1971 à Saint Germain en Laye dans les Yvelines (au nord de Paris). Il étudie à l’Institut Stanislas, il est en fait réalisateur et scénariste. Il est également diplômé d’études politiques. Ma reine est son premier roman.

Été 1965, Shell, 12 ans, vit avec ses parents dans leur station essence « sur la route qui descendait vers la vallée de l’Asse » (p. 11) en Provence. La vie n’est pas facile, il y a le travail mais il y a peu de passage, la télévision (il est fan de Zorro), mais aucune communication entre les parents et leur « attardé de fils » (p. 12) qui n’est plus scolarisé et qui n’a aucun ami… Lorsqu’il entend ses parents appeler sa sœur aînée pour lui dire qu’ils sont trop vieux et ne peuvent plus s’occuper de lui, il comprend qu’on va venir le chercher et décide de partir… De partir à la guerre, loin. Mais il ne va pas très loin, sur la colline d’à côté, et rencontre Viviane, presque 13 ans, une adolescente parisienne un poil rebelle. « Je suis la reine du plateau et des montagnes. Tu veux me servir ? – Oui. Je sais faire le plein. » (p. 59). Elle lui apprend qu’il est recherché et doit se cacher, elle l’emmène dans une grotte mais au bout de quelques jours, elle ne vient plus. Shell est seul… lorsque Matti, un vieux berger mutique arrive dans sa camionnette verte avec son chien, un patou nommé Alba. « Ce matin-là, dans cette pièce toute jaune de soleil neuf, j’ai compris quelque chose d’important. J’étais bizarre, pas normal, plein de problèmes, d’accord. On n’arrêtait pas de me le répéter. Mais finalement tout le monde était comme moi. » (p. 154).

Que dire de ce roman ? … Que je ne l’ai pas aimé… Pourquoi ? Parce que je n’ai ressenti aucune émotion à sa lecture, je ne me suis pas attachée à Shell et encore moins à Viviane, je n’ai pas été attirée par les descriptions, bref je me suis ennuyée mais ennuyée grave ! Je sais que beaucoup de lecteurs ont aimé ce « roman de l’enfance » mais je sortais de la lecture de Neverland de Timothée de Fombelle, d’ailleurs paru chez le même éditeur, un gros coup de cœur pour moi qui m’a fait paraître Ma reine bien fade, bien creux… Pourtant Ma reine a reçu plusieurs prix littéraires en 2017 et en 2018 (une dizaine !!!), ça me paraît incroyable ! Mais tant mieux pour l’auteur, l’éditeur et les lecteurs qui on apprécié cette lecture 😉

Dites-moi si vous avez lu et aimé ce roman, et pourquoi !

Une lecture que je mets dans les challenges… Eh bien, il n’entre dans aucun challenge ! Il aurait dû aller dans 1 % Rentrée littéraire 2017 puisque je l’ai lu à l’automne 2017 mais j’ai trop tardé pour publier ma note de lecture… Ah si, il entre dans Lire sous la contrainte avec la contrainte « tout au féminin ».