Évangile des égarés de Georgina Tacou

Évangile des égarés de Georgina Tacou.

Gallimard, collection L’Arpenteur, janvier 2020, 198 pages, 18 €, ISBN 978-2-07287-000-2.

Genres : littérature française, roman.

Georgina Tacou naît en 1970 en France. Elle est la fille de Constantin Tacou, un Roumain né en Grèce, exilé en France, traducteur et éditeur (à partir de 1976, L’Herne et les Cahiers de l’Herne). Elle est actrice, scénariste et romancière. Son premier roman, La mort n’en saura rien, paraît en 2009.

Première partie. Flora veut mourir, elle voit un psy. « Mon chemin dans cette ville, les déambulations solitaires sont terminées. Je suis allée au bout. J’attends que la route nouvelle se signale à moi. Je suis devenue une pierre. » (p. 17). Mais en voyant Mars de Fritz Zorn dans la bibliothèque du psy, elle reprend goût à la vie. « C’est avant tout le livre d’un immense écrivain, porté par une voix puissante, implacable, qui fait mouche et sens, un livre révulsé, une apologie de la colère, qui vous lamine, vous entraîne sans pitié là où l’on ne veut pas aller, cet endroit si inconfortable : au cœur des choses. » (p. 30).

Je précise à propos du mot « colère » dans l’extrait ci-dessus : le véritable nom de cet auteur suisse est Fritz Angst qui signifie peur et son nom de plume est Fritz Zorn qui signifie colère. Comme il est de langue allemande et qu’il y a plusieurs extraits de Mars (unique livre paru en 1976) qui m’ont intriguée dans cet Évangile des égarés, il est possible que je le lise (si je le trouve à la bibliothèque) pour Les feuilles allemandes, challenge qui aura lieu en novembre.

Deuxième partie. Le psy fait interner Flora (avec son accord) à Merveil-sur-Arc. Le Refuge est rempli d’égarés, c’est « le royaume des désœuvrés » dit Flora (p. 68). « J’apprends. J’apprends des égarés ce que le monde refuse : la fantaisie, l’élan, les audaces minuscules. Ces petites choses qui, si on ne les tente pas ici, ne seront jamais tentées. » (p. 119). Chaque chapitre concerne un(e) égaré(e), Flora, Alexia, Vasco, Judith, François, Karim avec qui Flora va se lier pendant les deux mois d’internement.

Troisième partie. C’est le témoignage de Vladimir, le fils adolescent de Flora, le regard qu’il porte sur sa mère, sur ses parents divorcés, sur sa vie au lycée et aussi sur le monde connecté qu’il a abandonné avec quelques copains. J’ai beaucoup aimé cette partie, fulgurante.

Le style moderne et vif de Georgina Tacou n’est pas banal mais ce roman m’a scotchée. Le témoignage de Flora et la vie de Fritz m’ont touchée et parfois fait sourire. « Je sens les connards, les menteuses. […] Même les animaux me parlent, même les objets, même un coin de ciel. Rien n’est silencieux, tout est vacarme. » (Flora, p. 53). Contrairement à Monstrueuse féerie de Laurent Pépin qui donnait la parole au psychologue (avec un côté fantastique), cet évangile des égarés donne respectueusement la parole aux malades, aux égarés et c’est vraiment émouvant parce que tout le monde peut basculer un jour…

Georgina Tacou est une autrice à découvrir et j’ai très envie de lire son premier roman, La mort n’en saura rien. L’avez-vous lu ?

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 40, un livre qui se déroule en milieu scolaire, la troisième partie se déroule dans le lycée de Vladimir).

L’aliéniste de Fábio Moon et Gabriel Bá

L’aliéniste de Fábio Moon et Gabriel Bá.

Urban Comics, collection Indies, septembre 2014, 72 pages, 15 €, ISBN 978-2-36577-541-0. Traduit du portugais par Marie-Hélène Torres.

Genres : bande dessinée brésilienne, comics, adaptation d’un classique brésilien.

Fábio Moon (dessinateur) et Gabriel Bá (scénariste) sont des frères jumeaux nés le 5 juin 1976 à São Paulo au Brésil. Il sont connus pour Daytripper, bande dessinée (en 10 volumes parus entre 2009 et 2010) qui a reçu le Prix Eisner de la meilleure mini-série en 2010 et le Prix Harvey de la meilleure histoire en 2011. J’ai déjà parlé de Gabriel Bá pour Umbrella Academy 1 (d’ailleurs il faut que je lise les deux autres tomes).

Lorsque j’ai emprunté L’aliéniste de J.M. Machado de Assis, j’ai aussi emprunté la bande dessinée – que j’avais repérée chez Antigone – parce que j’étais curieuse de lire le texte puis de voir la mise en images.

Je ne vous refais pas un résumé, l’histoire est la même.

« La science est mon unique emploi. Itaguaï est mon univers. » (Simon Bacamarte, p. 7). C’est que, à Itaguaï, les fous inoffensifs vivaient libres et les fous furieux étaient enfermés chez eux jusqu’à ce qu’ils meurent. L’objectif de Simon Bacamarte était donc de les soigner.

Les personnages sont bien dessinés, l’aliéniste Simon Bacamarte, son épouse, Dona Evarista, son ami l’apothicaire, Crispin Soares, le père Lopes, les malades… L’asile, la Maison Verte, est beau aussi, et immense, même si, dans la bande dessinée, la maison est plus jaune que verte. Mais j’ai aimé ce jaune (identique à ce que vous voyez sur la couverture), je l’ai trouvé très… brésilien ! En tout cas, ça m’a plu de voir les gens si bien dessinés, tous différents, et de voir la révolte et l’évolution de l’histoire en images.

« Si un homme donnait cours à son imagination ou même s’il songeait à dire le plus petit mensonge, on le mettait immédiatement à la Maison Verte. Tout était folie. Les passionnés d’énigmes, les auteurs de charades, d’anagrammes, les médisants, les curieux de la vie d’autrui, ceux qui ne pensaient qu’à la débauche, les contrôleurs municipaux, personne n’échappait aux émissaires de l’aliéniste. S’il respectait les fiancées, il n’épargnait pas les galantes, disant que les premières cédaient à une impulsion naturelle et les secondes à un vice. Qu’un homme soit avare ou généreux, il allait quand même à la Maison Verte ; d’où l’allégation qu’il n’y avait pas de règle pour la pleine santé mentale. » (p. 53).

Alors, êtes vous gens de raison ou déments ? Mais, attention à la lucidité, elle est signe de folie, de désordre mental… Eh oui, personne n’est parfait !

Pour La BD de la semaine et les challenges 2021, cette année sera classique, BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 60, un livre qui a deux auteurs), Mois Amérique latine et Les textes courts. D’autres BD de la semaine chez Noukette.

L’aliéniste de J.M. Machado de Assis

L’aliéniste de J.M. Machado de Assis.

Métailié, collection Suites, janvier 1984, réédition mars 2005, 98 pages, 6,50 €, ISBN 978-2-86424-534-5. O Alienista (1881) est traduit du portugais (Brésil) par Maryvonne Lapouge-Pettorelli.

Genres : littérature brésilienne, novella, classique.

Joaquim Maria Machado de Assis est né le 21 juin 1839 à Rio de Janeiro (Brésil). Ses parents étaient pauvres mais travaillaient dans un domaine appartenant à une aristocrate. Il a appris à lire, à écrire, et même le français, l’anglais, l’allemand, le grec ancien et est devenu typographe dès l’âge de 13 ans. Puis il est entré au Ministère de l’Agriculture et, passionné de littérature, a fondé (avec avec Joaquim Maria et Manuel de Oliveira Lima) l’Academia Brasileira de Letras en juillet 1897 (sur le modèle de l’Académie française). Journaliste, romancier, nouvelliste, dramaturge, critique littéraire et poète, il décrivait parfaitement les évolutions du Brésil à la fin du XIXe siècle et au tout début du XXe siècle (abolition de l’esclavage, proclamation de la république, bouleversements sociaux, progrès scientifique et technique…). Il est considéré comme le plus grand auteur brésilien et une petite info : passionné par le jeu d’échecs, il fit partie des cercles précurseurs du jeu d’échecs au Brésil (première référence à ce jeu dans la nouvelle Questão de Vaidade soit Question de vanité en 1864, fréquentation d’un club d’échecs dès 1868, premier problème d’échecs d’un auteur brésilien, Machado, publié en 1877 et premier tournoi d’échecs organisé au Brésil en 1880). Il est mort le 29 septembre 1908 à Rio de Janeiro laissant une bibliothèque de quelques 1400 ouvrages.

« Un médecin fonde un asile pour les fous dans la ville et fait le diagnostic de toutes les manifestations d’anormalité mentale qu’il observe. Peu à peu l’asile se remplit, bientôt il abrite la population presque tout entière, jusqu’à ce que l’aliéniste, en conséquence, sente que la vérité réside dans le contraire de sa théorie. Il fait alors relâcher les internés et enfermer la petite minorité de personnes équilibrées, parce que, en tant qu’exceptions, c’est elles qui sont réellement anormales. Puis il les libère. N’y aurait-il pas un seul homme normal ? […] » (préface de Pierre Brunel, p. 5). Voilà le postulat de départ de ce récit. Qu’est la normalité ? Qu’est la maladie mentale ? Le médecin a-t-il toujours raison ? Interrogeons-nous avec Machado !

Simon Bacamarte (Simão Bacamarte en portugais) a étudié en Europe, il est aliéniste diplômé. Il revient dans son Brésil natal, dans la petite ville d’Itaguaï, et y installe un asile, la Maison Verte (Casa Verde en portugais). Le conseil municipal et une partie de la population le suivent (sauf le père Lopes qui pense que vouloir enfermer les fous est un symptôme de démence) car il est bon de se « débarrasser » des fous, des monomaniaques, des illuminés, des violents. D’ailleurs le premier chapitre s’intitule « Où il est raconté comment Itaguaï s’enrichit d’une maison de fous » donc cet asile est un enrichissement pour la petite ville et « L’inauguration eut lieu en grande pompe […]. » (p. 29).

Le brave aliéniste espère « découvrir enfin la cause du phénomène et le remède universel » (p. 30), ainsi il pense « faire là œuvre utile pour l’humanité. » (p. 30). L’apothicaire Crispim Soares, avec qui l’aliéniste est ami pense même que cette œuvre est « Utile et excellente » (p. 30). L’aliéniste s’attelle « à une vaste classification de ses pensionnaires » (p. 33) [vous remarquerez l’utilisation du possessif] et devient même lyrique, « Donc il s’agit d’une expérience, mais une expérience qui va changer la face de la terre. Jusqu’ici, la folie, objet de mes travaux, était une île perdue dans l’océan de la raison. J’en viens à soupçonner qu’il s’agit d’un continent. » (p. 40).

Mais que faire si, au bout de quelques mois, pratiquement tout le monde est enfermé ? « La Maison Verte est une prison privée » (p. 51) déclara un médecin et même « Bastille de la raison humaine » (p. 59) selon un poète local. « La terreur s’accentua. […] La terreur positivement. » (p. 55). Une rébellion s’installe et ses membres sont de plus en plus nombreux. « À mort le docteur Bacamarte ! À mort le Tyran ! » (p. 61). Cette révolte menée par les canjicas serait-elle une allégorie politique et du pouvoir ? C’est qu’il y a eut un changement de gouvernement au conseil municipal et « Onze morts et vingt-cinq blessés » (p. 74).

Même l’épouse de Simon Bacamarte, Dona Evarista de Costa e Mascarenhas, est internée soi-disant pour démence ! Mais « la science est la science » (p. 46), n’est-ce pas ? Même si l’aliéniste décide subitement de « réexaminer les fondements de sa théorie concernant les affections cérébrales […]. » (p. 82). Et donc le lecteur sera bien surpris du retournement de situation !

Les premiers titres de Machado sont classés par les spécialistes en romantisme puis, après 1880, en réalisme (personne ne sait ce qu’il s’est réellement passé pour que le « nouveau Machado » soit si différent et l’auteur est toujours resté discret). L’aliéniste paru en 1881 est donc dans la deuxième partie de ses textes, en réalisme. En tout cas, il existe un débat : est-ce un court roman ou une longue nouvelle ? De mon côté, je dirais que L’aliéniste est effectivement un texte réaliste empli d’absurde et d’humour (voire d’ironie), qu’il est résolument moderne dans sa façon d’analyser l’âme humaine alors qu’il a été écrit il y a 140 ans, et qu’il m’a beaucoup plu, c’est pourquoi je lirai d’autres titres de J.M. Machado de Assis (si vous en avez un particulièrement à me conseiller ?).

En tout cas, lorsque j’ai choisi ce titre pour le Mois Amérique latine, je ne savais pas qu’il était paru en 1881 ! Il entre donc dans le challenge 2021, cette année sera classique, ainsi que dans le Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

Demain, l’adaptation en bande dessinée, L’aliéniste de Fábio Moon et Gabriel Bá, scénariste et dessinateur de bandes dessinées, frères jumeaux nés à São Paulo au Brésil.

Octobre de Søren Sveistrup

Octobre de Søren Sveistrup.

Albin Michel, février 2019, 640 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-22643-899-7. Kastanjemanden (2018) est traduit du danois par Caroline Berg. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, février 2020, 736 pages, 9,20 €, ISBN 978-2-25324-153-9.

Genres : littérature danoise, roman policier.

Søren Sveistrup naît le 7 janvier 1968 à Kastrup (banlieue de Copenhague) au Danemark. Il est scénariste, plus spécialement connu pour la série télévisée Forbrydelsen c’est-à-dire The Killing. Octobre est son premier roman et a reçu le prix Barry 2020 (prix littéraire policier décerné depuis 1997).

Octobre 1989. Marius Larsen, commissaire proche de la retraite, se rend à la ferme d’Ørum pour un problème de bétail mais, sur place, c’est l’horreur !

Octobre « de nos jours ». Laura Kjær est torturée… « Quand elle revient à elle, elle ignore combien de temps elle est restée évanouie. Il fait encore noir. La voix est toujours là et on dirait presque qu’elle lui a manqué […]. » (p. 21).

Alors que, pour Rosa Hartung, ministre des Affaires sociales, c’est la rentrée parlementaire, Naia Thulin, une jeune inspectrice de la Crim’ depuis 8 mois se rend avec un agent d’Europol sur une scène de crime. « La victime s’appelle Laura Kjær, elle a 37 ans et elle travaillait comme assistante dentaire dans un cabinet de groupe dans le centre de Copenhague. Il semble qu’elle soit allée se coucher et se soit fait surprendre dans son lit par son agresseur. Son petit garçon de 9 ans qui dormait dans sa chambre, située au bout du couloir, n’a rien vu, rien entendu. » (p. 48). Sur la scène de crime, un bonhomme en marrons et une seule empreinte dessus, celle de Kristine Hartung, la fille de la ministre, disparue il y a un an !

L’enquête se révèle difficile, compliquée même car l’agent d’Europol (depuis 5 ans), Mark Hess, un Danois, a en fait été mis à pied par son patron, Freimann…

Mais quelques jours après, c’est Ann Sejer-Lassen qui est torturée et, sur son épaule, un bonhomme en marrons avec toujours les empreintes de Kristine Hartung. Quant aux maris des deux femmes mortes, Hans Henrik Hauge et Erik Sejer-Lassen, ils ne sont pas clean du tout… « Notre assassin se doute sûrement que nous nous apercevrons tôt ou tard que ses victimes ont été signalées aux services sociaux. » (p. 332).

Attention où vous allez mettre les pieds et les yeux. « Contrairement à Hess, Thulin n’a jamais mis les pieds dans un quartier de haute sécurité, même si elle en a évidemment entendu parler. Cet endroit, plus connu sous le nom de QHS psychiatrique, est la plus grande unité pénitentiaire pour malades mentaux du pays. Les quelque trente détenus qui s’y trouvent ont été jugés sur la base de ce qu’on appelle le degré de dangerosité particulière, que les instances juridiques peuvent utiliser dans les rares cas où l’on estime que le criminel jugé est un danger permanent pour ses congénères. Quand cette dangerosité est mise sur le compte d’une pathologie mentale, le détenu est enfermé dans ce QHS psychiatrique, un établissement à mi-chemin entre un hôpital psychiatrique et une prison de haute sécurité. Ceux qui y sont internés le sont toujours pour une durée indéterminée. Parmi les détenus, appelés ici des patients, on trouve des assassins, des pédophiles, des tueurs en série et des pyromanes. Certains d’entre eux ne seront jamais autorisés à reprendre leur place dans la société, parce que leur pathologie les rend imprévisibles et que les psychiatres jugent qu’ils le resteront indéfiniment. » (p. 435-436).

Octobre est un premier roman énorme (pas seulement par son nombre de pages), violent (mais pas trop glauque), intense, intelligent, mené de mains de maître (ils sont forts, ces Scandinaves !) et j’ai hâte que cet auteur publie un autre titre. Tout est bien ficelé, les personnages sont soignés, l’intrigue, le suspense et le rythme sont au top, et je n’ai pas vu le temps passer durant la lecture de ces 700 et quelques pages. Je verrais bien Octobre adapté en série ou en film (et pas seulement parce que l’auteur est scénariste).

Un roman policier idéal pour Décembre nordique que je mets également dans les challenges Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Danemark).

Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 22.

Le bonhomme de neige de Jo Nesbø

Le bonhomme de neige de Jo Nesbø.

Gallimard, collection Série noire, mai 2008, 528 pages, 22 €, ISBN 978-2-07078-641-1. Snømannen (2007) est traduit du norvégien par Alex Fouillet.

Genres : littérature norvégienne, roman policier.

Jo Nesbø naît le 29 mars 1960 à Oslo (Norvège). Jeune footballeur, étudiant à la Norwegian School of Economics à Bergen, journaliste économique, auteur compositeur interprète du groupe de pop rock Di Derre, avec son frère Knut Nesbø, de 1992-1998 (j’ai écouté quelques titres, c’est pas mal), le voici maintenant romancier (romans policiers et littérature jeunesse) depuis 1997, nouvelliste et scénariste. C’est la première fois que je lis cet auteur mais j’ai vu (et apprécié) la série télévisée Occupied.

Le bonhomme de neige est le 7e tome de Une enquête de l’inspecteur Harry Hole. Zut, moi qui pensais commencer par le début… En tout cas, en 2017, ce roman est adapté au cinéma par Tomas Alfredson (réalisateur suédois) avec Michael Fassbender (acteur germano-irlandais) dans le rôle de l’inspecteur Harry Hole (mais je n’ai pas vu ce film).

5 novembre 1980, la neige arrive sur Lillestrøm. Sara Kvinesland rend visite à son amant avant qu’il ne déménage. Son fils l’attend dans la voiture. Lorsqu’elle revient quarante minutes plus tard, il lui dit qu’il a vu le bonhomme de neige et « Nous allons mourir. » (p. 17).

2 novembre 2004. Harry Hole, à 40 ans, est inspecteur principal à la Brigade criminelle d’Oslo. Son service doit enquêter sur une femme disparue depuis un an. « Elle était femme au foyer, et avait été vue pour la dernière fois au jardin d’enfants où elle avait déposé son fils et sa fille, le matin même. » (p. 27-28). Une nouvelle enquêtrice, Katrine Bratt, est affectée à la brigade.

Dans la nuit du 2 au 3 novembre, Birte Becker disparaît laissant seul son fils de 10 ans, Jonas. Le père, Filip, professeur, est à Bergen. Hole et son équipe sont sur l’affaire. En fait, un bonhomme de neige est apparu dans leur jardin et, au lieu de regarder la route, ses yeux en charbon sont dirigés vers la maison et autour du cou, il a l’écharpe rose de Birte…

« Ça, c’est une des vieilles affaires de Hole, non ? […] Il croyait qu’il y avait un tueur en série dans la nature. […] tu sais sans doute qu’il se trompait ? Et que ce n’’était pas non plus la première fois. Il est littéralement obsédé par les tueurs en série, Hole. Il se croit aux États-Unis. Mais il n’a pas encore trouvé le sien dans ce pays. » (p. 76). C’est que Harry Hole a suivi une formation au FBI et qu’il est spécialisé dans les tueurs en série. Et, surtout, il a reçu cette lettre : « La première neige ne tardera pas. Et il resurgira alors. Le bonhomme de neige. Et quand la neige aura disparu, il aura de nouveau pris quelqu’un. Ce que tu devrais te demander, c’est ceci : ‘Qui a fait le bonhomme de neige ? Qui fait les bonhommes de neige ? Qui a enfanté The Murri ?’ Car le bonhomme de neige lui-même ne le sait pas. » (p. 91) alors il est sûr qu’il y a un tueur en série !

Une femme disparue, une autre dont la tête est retrouvée sur un bonhomme de neige, une clinique de chirurgie plastique, le syndrome de Fahr, un flic kleptomane de Bergen disparu depuis plus de dix ans années, l’enquête suit plusieurs pistes. « Le meurtrier en série est un narcissique qui met en scène une pièce dans laquelle il tient le rôle principal ; l’invincible, le plus puissant, celui qui triomphe à la fin. » (p. 200).

Côté perso, Harry Hole se remet doucement de sa séparation d’avec Rakel qui compte épouser un autre homme mais ils continuent de se voir et Hole peut également voir Oleg, 12 ans, dont il s’est occupé comme d’un fils.

Une phrase à méditer. « Plus je vieillis, plus je suis d’avis que le mal est le mal, avec ou sans maladie mentale. » (Ståle Aune, p. 519).

L’enquête est assez rapide, elle dure 3 semaines (donc du 2 au 23 novembre) mais le roman trouve son épilogue en décembre. Une enquête violente, brutale, qui ne fait pas la part belle aux journalistes et à certains policiers prêts à balancer pour sauver leur peau… Mais Harry Hole semble invulnérable. Et les personnages qui l’entourent sont divers et attachants (pour la plupart). De plus, la musique a une grande importance (le lecteur sent que l’auteur est aussi musicien) et il y a une véritable bande son pop rock. Le bonhomme de neige est un polar dense et efficace et je lirai d’autres titres de Jo Nesbø, c’est sûr et certain !

Pour le Challenge du confinement (case Policier), Décembre nordique, Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Norvège). Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 17.

Journaux troublés de Sébastien Perez et Marco Mazzoni

Journaux troublés de Sébastien Perez et Marco Mazzoni.

Soleil, collection Métamorphose, août 2020, 104 pages, 23,95 €, ISBN 978-2-30208-328-8.

Genre : bande dessinée franco-italienne.

Sébastien Perez naît à Beauvais dans l’Oise. Il est auteur d’albums illustrés pour la jeunesse et de bandes dessinées pour les adultes. Du même auteur : Les Fées de Cottingley (2016). Plus d’infos sur son site officiel.

Marco Mazzoni naît le 17 janvier 1982 à Tortona dans le Piémont (Italie). Il étudie à la Brera Art Academy de Milan. Il est illustrateur et coloriste. Son domaine de prédilection est la faune et la flore. Du même auteur : Poucette (2018). Plus d’infos sur son site officiel et sa page FB.

Cette étrange bande dessinée parle des « psychopathologies de la vie quotidienne ». Je vous l’ai déjà sûrement dit, je suis curieuse et j’aime les romans (souvent historiques) qui parlent d’aliéniste et les romans (policiers ou contemporains) qui parlent du milieu psychiatrique.

Dans une forêt, deux explorateurs découvrent une immense maison abandonnée. C’est en fait un ancien asile psychiatrique.

De l’anorexie à la personnalité multiple en passant par la bipolarité, la dépression, l’hypocondrie, le narcissisme, etc., soit 13 thèmes – comme autant de pièces dans la maison – traités de la même façon. Un texte plutôt poétique avec un dessin couleurs pleine page puis une double page de vignettes en noir et blanc avec un texte court et enfin un dessin couleurs double page. Les dessins couleurs sont somptueux et forment à la fin une fresque.

« La vie n’a rien d’un paisible cours d’eau… Les tumultueux courants se répètent et me font vaciller… Ils n’ont de cesse de me poursuivre… Ne me laissant d’autre choix que celui de fuir… » (p. 26-27 pour l’anxiété sociale).

Sont ainsi présentées des pathologies comme l’anorexie, l’anxiété sociale, la bipolarité, la boulimie, la dépression, la dysmorphophobie, l’hypocondrie, l’hystérie, le masochisme social, le narcissisme, l’obsession compulsive, la paranoïa ou la personnalité multiple.

Un livre surprenant, très bien construit, qui ravira aussi bien ceux qui aiment les belles illustrations que ceux qui s’intéressent à la psychiatrie et aussi tout simplement les curieux comme moi. La collection Métamorphoses est majestueuse et il y a de très beaux titres dans lesquels j’irai piocher !

Pour La BD de la semaine et les challenges BD et Challenge du confinement (case BD). Plus de BD de la semaine chez Noukette. Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 9.

Ils l’ont lu : Mademoiselle Maeve, Mo, Noctenbule, entre autres.

Monstrueuse féerie de Laurent Pépin

Monstrueuse féerie de Laurent Pépin.

Flatland, collection La Tangente, octobre 2020, 102 pages, 8,50 €, ISBN 978-2-490426-12-6.

Genres : littérature française, fantastique, novella, premier roman.

Laurent Pépin est un psychologue clinicien de 40 ans qui réside à Saintes en Charente Maritimes. Monstrueuse féerie est son premier roman (une novella est un court roman) ; un mot sur la couverture du livre : c’est une illustration de Kawanabe Kyôsai (1831-1889), un artiste japonais. Deuxième titre à paraître chez Flatland : L’angelus des ogres en avril 2021 (déjà écrit) et troisième titre : Clapotille (en cours d’écriture).

Un petit garçon terrifié par son père fait entrer les Monstres dans sa tête. « Il y a toujours une fenêtre que je laisse ouverte pour que les Monstres puissent entrer. Je ne le fais pas vraiment exprès. Mais tous les Monstres rentrent dans toutes les têtes de la même façon : on les y invite. Parce qu’il y a quelque chose en eux qui nous fascine, qui nous comble, ou du moins qui absorbe notre esprit logique en polarisant nos réflexions. Quand ils sont là, c’est trop tard. Ils ne sortent plus et la terreur grandit. » (début du roman, p. 5).

Le petit garçon est devenu adulte, tant bien que mal, et il est « psychologue dans le service pour malades volubiles du Centre psychiatrique, et [son] travail de recherche, au-delà des interventions à but thérapeutique, consistait pour l’essentiel à établir des ponts entre la poésie classique ou contemporaine et le contenu délirant des décompensations poétiques des patients du Centre. Je n’aime pas dire : « les patients ». Je les appelle les Monuments, en général. » (p. 10).

Comme il a du mal à communiquer avec les gens considérés comme normaux, sa vie au milieu des Monuments lui convient très bien. En plus il a rencontré une Elfe et vit un conte de fée. Mais, lorsque sa mère meurt d’un cancer, il souffre de problèmes de peau, d’accès de panique… et l’Elfe disparaît, le laissant seul et désemparé. « Quand je disparais, ça ne veut pas dire que je n’existe plus ou que tu n’existes plus. » (p. 24).

L’auteur va alterner les chapitres de l’adulte qui vit mal la séparation et de l’enfant envahi par les Monstres. Car, pour surmonter tout ça, il faut comprendre les traumatismes de l’enfance et aussi les traumatismes vécus par les parents. Mais ce n’est pas facile du tout… « Il n’y avait rien d’autre dans le monde que les Elfes, les Monstres et les Monuments. » (p. 40). Et c’est toujours terrifiant !

Les relations parents-enfants et les relations de couple sont parfois disproportionnées et toxiques… surtout quand l’un des protagonistes a des problèmes mentaux. « – J’ai des problèmes avec des souvenirs… Ils m’empêchent d’exister, c’est vrai. Mais j’existe quand tu es avec moi. – Il faut exister le reste du temps aussi. Je ne peux pas vivre comme ça. Je ne veux pas. » (p. 53) et « Je savais que j’avais tort mais j’étais prisonnier de moi-même. » (p. 64).

Lecteurs, venez rencontrer les patients, je veux dire les Monuments, Didier, Pierrot, Pierrette, Henri, Jean-François, Blanche, Christine, Paulette et leur psychologue qui aurait bien besoin d’être soigné lui aussi !

Désenchanté, ce psychologue à l’imagination débordante, passionné de poésie et de musique, tenaillé entre la colère, la peur et le désespoir, cite aussi bien Boris Vian que Harry Potter. En tout cas, la toile que l’auteur tisse entre son personnage psychologue, les patients Monuments, les Monstres, l’Elfe et les lecteurs fait presque peur parce qu’elle enveloppe vraiment tout : « Comment faire pour empêcher les Monstres de me hanter ? » (p. 77) et qu’il sera difficile de s’en dépêtrer après la lecture ! Monstrueuse féerie est un monstrueux roman sur les humains, le monde dans lequel ils vivent et les mondes qu’ils créent pour eux-mêmes ou pour les autres (il y a d’ailleurs une monstrueuse revisitation du conte Hansel et Gretel). Pour vivre heureux, faut-il « tuer » le père, « tuer » la mère, « tuer » l’enfant que l’on était ? Mais, attention, parce que finalement, « Ne devient pas fou qui veut. » (p. 98) !

Attirée par ce qu’en disait l’éditeur : « Avis aux amateurs : conte pour adultes teinté de pataphysique, de psychanalyse, de poésie et d’humour noir. », j’ai émis le souhait de lire Monstrueuse féerie et je remercie Laurent Pépin (que je ne connaissais pas du tout avant d’avoir un échange avec lui sur le groupe FB Nouveau Monde) de m’avoir envoyé son premier roman qui fut une grande claque ! Mais, comme j’aime lire des fictions sur le monde aliéniste (plutôt historique) et psychiatrique (je parle de fictions et pas de documents car je n’y comprendrais sûrement pas grand-chose…), je me suis sentie à l’aise à la lecture de ce récit presque kafkaïen (surtout à cause des cafards), enfin à l’aise façon de parler tant il est déstabilisant et un brin horrifique. Par certains côtés, cette lecture m’a d’ailleurs fait penser à un premier roman américain lu récemment, Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill, et à une bande dessinée lue la semaine dernière et qui sera sur le blog mercredi prochain (pour La BD de la semaine), Journaux troublés de Sébastien Pérez et Marco Mazzoni, qui traite de la psychiatrie de façon différente mais aussi avec poésie. Mais je vous laisse découvrir tout ça par vous-mêmes et, si vous le souhaitez, lire une interview de Laurent Pépin sur L’ours danseur.

Une lecture que je mets dans 1 % rentrée littéraire 2020, le Challenge du confinement (case Contemporain), Littérature de l’imaginaire #8 (pour le côté fantastique horreur) et Maki Project 2020 (novella, imaginaire).

Ils l’ont lu : Le chien critique, La lectrice compulsive, L’ours danseur.

Quand tu liras ces mots de Giles Blunt

Quand tu liras ces mots de Giles Blunt.

Le Masque (JC Lattès), octobre 2008, 432 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-70243-332-4. The Fields of Grief, ou By the Time You Read This (2006) est traduit de l’anglais (Canada) par Oristelle Bonis.

Genres : littérature canadienne, roman policier.

Giles Blunt naît le 2 février 1952 à Windsor en Ontario (Canada). Il étudie la littérature anglaise à l’université de l’Ontario. Il vit une vingtaine d’années à New York puis s’installe à Toronto. Il est auteur de romans policiers (depuis 1989) et scénariste. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.gilesblunt.com/.

Automne, Algonquin Bay. L’inspecteur John Cardinal vit avec son épouse, Catherine, dans une jolie petite maison. Ils sont mariés depuis bientôt 30 ans et ils s’aiment mais Catherine est dépressive. Elle va mieux depuis un an, elle prend son traitement, elle enseigne de nouveau la photographie à l’université et elle a prévu une expo de ses photos. « Lorsqu’elle allait bien, en effet, Catherine Cardinal avait une personnalité solaire, rayonnante, le terme ‘maniaco-dépression’ – le diagnostic de ‘trouble bipolaire’ et, pire encore, de ‘psychose’ – évoquait à Delorme l’image de gens brisés, hagards, alors que Catherine irradiait au contraire la douceur, l’intelligence et une profonde sagesse. » (p. 23). Mais ce soir-là, Cardinal est appelé au Gateway et la femme morte au pied de cet immeuble neuf est Catherine… Suicide ? Meurtre ? Tout le monde conclut au suicide, d’autant plus qu’elle a laissé un feuillet sur lequel est écrit de sa main « John chéri, Quand tu liras ces mots […] et s’il y avait eu un moyen de faire autrement… » (p. 34). Mais le jour de la crémation, Cardinal et leur fille Kelly reçoivent une carte : « Quel effet ça fait, connard ? Bien malin qui pourrait dire comment ça va finir. » (p. 58). Et si Catherine ne s’était pas suicidée ? Cardinal, qui est au repos va enquêter de façon discrète ; il contacte sa collègue Lise Delorme – qui a été mise entre temps sur une affaire de pédophilie et de pornographie enfantine – et Tommy Hunn, un ancien collègue qui travaille au « service d’analyse des documents de l’institut de criminologie de l’Ontario » (p. 73). Quant au Dr Frederick Bell, le psychiatre qui suivait Catherine, il joue à un jeu dangereux : pourquoi un taux de suicide plus élevé, et ce depuis toujours, chez ses patients ?

La série avec le personnage de John Cardinal à Algonquin Bay voit le jour en 2000. Quand tu liras ces mots est le 4e tome, après Forty Words for Sorrow (2000) = Quarante mots pour la neige (Le Masque, 2003, Pocket, 2005), The Delicate Storm (2002) = Sous un ciel de tempête (Le Masque, 2004, Pocket, 2006) et Blackfly Season (2005) = Surgie de nulle part (Le Masque, 2007, Pocket, 2009) que je n’ai pas lus mais ça n’a pas gêné la compréhension des personnages et de ce roman haletant. Heureusement que Cardinal n’a pas cru au suicide est a enquêté ! J’ai été sous tension (sûrement comme Cardinal) tout le temps, l’enquête (non officielle) est trépidante et passionnante. Quant à l’enquête de Lise Delorme, sur la pédophilie et pornographie enfantine, elle est vraiment glauque… Le plus important dans cette histoire, ce sont les personnages, leur chagrin et les relations qu’ils ont entre eux ; l’auteur aime ses personnages et ça se ressent bien. Je lirai assurément d’autres titres, si je les trouve, et tant pis s’ils sont parus avant, comme ça j’aurai le plaisir de retrouver Catherine alors qu’elle est morte.

Une excellente lecture polar pour le Challenge de l’été (Canada) et pour Polar et thriller 2020-2021.

Le bal des folles de Victoria Mas

Le bal des folles de Victoria Mas.

Albin Michel, août 2019, 256 pages, 18,90 €, ISBN 978-2-22644-210-9.

Genres : littérature française, premier roman.

Victoria Mas naît en 1987 à Chesnay (Yvelines). Lorsqu’on voit son visage, on devine tout de suite qu’elle est la fille de Jeanne Mas (célèbre chanteuse des années 80). Elle a travaillé dans le cinéma avant de se lancer dans l’écriture.

Mars 1885. À La Salpêtrière, Charcot utilise l’hypnose sur Louise, 16 ans, pour recréer les crises d’hystérie et en étudier les symptômes avec ses élèves. « C’est grâce à des patientes comme Louise que la médecine et la science peuvent avancer. » (p. 12). Dans cet hôpital parisien, spécial, il y a des femmes entre 13 et 65 ans, des « aliénées », des « folles », des « hystériques » mais qu’est-ce qui les a vraiment conduites là ? En dehors de la police ou d’un père voire d’un frère. Geneviève Gleizes est infirmière depuis 20 ans, ce travail est sa raison de vivre depuis la mort de sa jeune sœur.

De son côté, Eugénie, fille de notaire, bonne à marier, découvre le Livre des Esprits d’Allan Kardec et comprend les pouvoirs qu’elle garde secrets depuis l’enfance. « Il lui semble que jusqu’ici elle regardait dans la mauvaise direction, et que désormais, on la fait regarder ailleurs, précisément là où elle aurait toujours dû regarder. » (p. 57). Mais ces choses n’ont pas leur place dans la maison Cléry et son père la fait interner à La Salpêtrière au moment où approche le « bal des folles ». « Chaque année, c’est la même effervescence. Le bal de la mi-carême – le « bal des folles » pour la bourgeoisie parisienne – est l’événement du mois de mars – l’événement de l’année, d’ailleurs. » (p. 78).

Que dire de plus sur ce roman qui a déjà été largement partagé sur les blogs et les réseaux sociaux ? Il a été récompensé : Prix Stanislas du premier roman, Prix Patrimoines BPE, Prix Première Plume et Prix Renaudot des lycéens. Il est de plus parmi les 30 livres à lire en 2019 selon Le Point.

Je vais être franche, je l’ai lu sans déplaisir, je l’ai apprécié à sa juste valeur : c’est un premier roman simple (je n’ai pas dit simplet ou simpliste !), bien écrit, qui raconte la situation de certaines femmes au XIXe siècle mais je n’ai rien appris que je ne savais déjà… Toutefois j’ai bien aimé le personnage d’Eugénie et surtout celui de Geneviève ; elles sont un peu les deux femmes « fortes » (et pas folles !) qui ont des opinions (ce qui était rare puisque personne ne demandait jamais son avis à une femme), qui pensent par elles-mêmes et qui peut-être chacune à leur façon pourront faire bouger les mentalités.

Une lecture pour les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 (lu avant la fin du challenge), Lire en thème (auteur français) et Petit Bac 2020 (catégorie Mot au pluriel avec « folles »).

La vidéo est intéressante à écouter d’autant plus qu’il n’y a pas d’intempestifs « euh… » !

Le cri de Nicolas Beuglet

Le cri de Nicolas Beuglet.

XO, collection Thriller, septembre 2016, 496 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-84563-820-4.

Genres : littérature française, roman policier.

Nicolas Beuglet vit dans la région parisienne. Il a travaillé pour la télévision. Il est maintenant écrivain. Son premier roman, Le premier crâne, est paru en avril 2011 chez Michel Lafon mais sous le pseudonyme de Nicolas Sker et j’ai très envie de le lire mais il n’est pas facile à trouver et il n’existe pas en poche… Peu d’infos sur cet auteur apparemment discret mais il a une page FB pour ses livres.

Après une dispute avec son mari, Sarah se retrouve dans sa voiture en pleine nuit sous la neige lorsqu’un appel d’un collègue l’envoie à l’hôpital psychiatrique de Gaustad près d’Oslo. Sarah Geringën est inspectrice de police et se rend sur place avec Thobias Lovsturd, légiste, mais ils n’ont pas très envie d’enquêter dans cet établissement : Gaustad détient « le sinistre record d’Europe de lobotomies » (p. 24). « L’hôpital semblait figé dans le passé. Tant et si bien que, sans l’écran d’ordinateur qui dépassait du meuble de l’accueil, on aurait pu se croire à la fin du XIXe siècle. » (p. 26). Un patient amnésique et inconnu de 76 ans interné pour « de récurrents troubles de la personnalité » (p. 33) se serait étranglé lui-même et serait mort d’une crise cardiaque mais il a une inscription bizarre sur le front : 488. Et, durant l’enquête, Sarah et Thobias découvrent bien d’autres choses… « – 488 était-il là hier soir – Oui, il a crié, comme tous les soirs… Son cri à lui. Un truc moche… Vraiment moche… » (p. 63). Vous comprenez le titre du roman, Le cri.

Le cri (Skrik) d’Edvard Munch (Norvège, 1893)

« La vie nous tuerait tous si nous n’avions pas l’oubli, madame Geringën. Cet oubli qui fait que nous ne pensons pas chaque seconde à l’absurdité de notre existence. Nous vivons sans savoir d’où nous venons et nous mourons sans savoir où nous allons. Comment vivre entre les deux ? Comment ne pas être paralysé par cette absence de sens ? » (p. 126).

Avec les résultats de leurs recherches, toujours secrètes, les scientifiques veulent (en temps voulu) « briser une fois pour toutes les résistances athéistes » (p. 441).

Dans cet excellent thriller scientifique et mystique, le lecteur voyage avec Sarah, de la Norvège aux îles de l’Ascension, en passant par la France où elle rencontre Christopher, un journaliste d’investigation français dont le frère a été assassiné. Le cri, c’est la peur, la folie, la folie des hommes et la folie des débuts de la psychiatrie, un roman inspiré de faits réels et ça fait froid dans le dos, c’est même plus qu’effrayant ! Mais je ne veux pas en dire plus, j’ai dévoré ce roman, et j’espère que vous aussi vous le dévorerez. Ont suivi Complot en mai 2018 (que j’ai dévoré aussi récemment) et L’île du Diable qui vient de paraître, en septembre 2019 (et que je veux absolument lire).

Ce très bon roman a reçu plusieurs prix : Prix du Polar des Petits Mots des Libraires 2017, Prix du Roman Populaire 2017, Prix des nouvelles voix du polar 2018 (catégorie roman français, Pocket), Prix Polar en Nivernais 2018 et c’est largement mérité !

Une lecture parfaite pour Polar et thriller 2019-2020.