La boîte aux lettres du cimetière de Serge Pey

LaSolutionEsquimauAWLa boîte aux lettres du cimetière de Serge Pey est un des six romans en lice pour le Prix La Passerelle 2015.

Éditions Zulma [lien], mai 2014, 203 pages, 17 €, ISBN 978-2-843-04705-3.

Genre : récit.

Serge Pey est né à Toulouse le 6 juillet 1950 dans une famille d’immigrés espagnols. Il est écrivain, poète, fondateur de revues (Émeute en 1975 et Tribu en 1981), maître de conférences, éditeur… Visitez son site officiel, http://sergepey.fr/.

Collioure, Pyrénées orientales, XXe siècle. Un déjeuner avec plusieurs personnes, le père, la mère, le narrateur enfant, son frère, sa sœur et puis des amis : des bergers descendus de la montagne, des ouvriers agricoles, des camarades grévistes et même deux inconnus. La table de la cuisine accolée à la table de la salle à manger n’est pas suffisante pour accueillir tout le monde. Le père sort de ses gonds la porte d’entrée qu’il vient de faire et, la posant sur deux tréteaux, en fait une table supplémentaire. L’enfant est ébahi par le vertical devenant horizontal et par le trou béant dans la maison qui laisse entrer la lumière du jour. « Toute porte est une politesse entre le dedans et le dehors d’un homme. » (p. 11).

BoiteLettresMachadoLe récit qui donne son titre au recueil est celui de la boîte aux lettres. « Avec cette boîte aux lettres, nous avons vraiment un drôle de cimetière. » (p. 20). J’ai appris que cette boîte aux lettres existe, sur la tombe d’Antonio Machado, et que les visiteurs y glissent des courriers et des poèmes pour le poète décédé en 1939. (Source photo : Blogs.rue89.nouvelobs.com).

D’autres récits suivent mais ce livre n’est ni vraiment un roman ni un recueil de nouvelles. Ce sont des souvenirs d’une vie rurale, pleine de poésie et très imagée, proche des animaux, de la nature, et au rythme des saisons. Une vie agréable durant la laquelle les enfants s’amusent sainement – pendant que les adultes font de la politique – et apprennent aussi bien à lire et écrire qu’à philosopher et faire de la poésie.

De la porte devenue table, en passant par l’enfance de la maman à l’orphelinat, la boîte aux lettres rouge installée dans le cimetière, l’ancienne porcherie devenue école, la tante borgne surnommée Hirondelle, l’émigré manchot dont l’arrivée coïncide avec l’arrestation de camarades, la grand-mère qui hypnotise la poule avant de la tuer, le clown Molino… « Tuer un manchot n’est pas un grand fait d’armes, mais nous l’avons fait. » (p. 53).

La boîte aux lettres du cimetière, c’est la vie de réfugiés espagnols, une vie simple et honorable, racontée avec affection et humour (les mouches et Moscou, Fidel Castro et Cuba, Mars et Angèle, l’enterrement de Jiri le poète…). « Le socialisme, pensais-je, c’était peut-être des centaines de glaces à la vanille que l’on donnerait aux enfants à la sortie d’un hôpital. » (p. 71).

D’autres extraits

« Je respecte trop les livres pour permettre qu’on les souille. » (p. 88).

« La poésie est l’irruption, dans le présent, de tout ce qui a été absent. » (p. 148).

« Toute vie appelle. Toute vie commence par une porte. Toute vie est une porte. » (p. 198).

Mon passage préféré

« Papa nous porta ensuite des radis et nous fit remarquer qu’ils étaient rouges au-dehors et blancs à l’intérieur. Il nous fit constater que pour les hommes, c’était pareil. Il fallait faire attention aux hommes qui arboraient la couleur qu’ils portaient à l’extérieur, car souvent elle cachait celle qu’ils avaient à l’intérieur. La difficulté c’était de voir ce qu’il y avait au-delà des déguisements. Ne soyez pas comme les radis, nous disait-il. Ne soyez pas rouges à l’extérieur et blancs en dedans. Nos couleurs appartiennent certes à la survie, mais surtout à l’honneur. » (p. 119).

MoisEspagnolMai2015-2Une belle découverte qui me donne envie de lire Le trésor de la guerre d’Espagne paru en avril 2011, également aux éditions Zulma [lien] car les deux livres ont des personnages en commun.

Bien que l’auteur ne soit pas espagnol et que l’histoire se déroule en France, il est clair que La boîte aux lettres du cimetière raconte l’histoire de réfugiés espagnols, de leurs idées politiques, de leur exil, de leur espoir et de leur vie de l’autre côté des Pyrénées alors je vais sûrement le mettre dans le Mois espagnol de Sharon.

Publicités