Au loin le ciel du Sud de Joseph Andras

Au loin le ciel du Sud de Joseph Andras.

Actes Sud, collection Domaine français, avril 2021, 112 pages, 9,80 €, ISBN 978-2-330-14905-5

Genres : littérature française, récit.

Joseph Andras – de son vrai nom Romain Mercier – naît en 1984. Il vit au Havre en Normandie. Un premier roman en 2016 : De nos frères blessés (Prix Goncourt du premier roman) que j’avais repéré mais pas lu. Un livre-disque en 2017 : S’il ne restait qu’un chien avec le rappeur slameur D’ de Kabal. Puis un deuxième roman en 2018 : Kanaky – Sur les traces d’Alphonse Dianou, pour lequel il est parti en Nouvelle-Calédonie. Je ne connaissais pas cet auteur mais j’ai très envie de lire Ainsi nous leur faisons la guerre paru également en avril 2021 mais qui, lui, traite de la cause animale.

L’auteur, depuis la rue de Charonne, part sur les traces de Hô Chi Minh avant qu’il ne soit Hô Chi Minh, c’est-à-dire lorsqu’il était à Paris (dès 1917 ou 1918, les sources varient) sous le nom de Nguyên Tât Thanh « tout juste débarqué de Londres, ‘incognito’ dans un garni. » (p. 16) puis sous le nom de Nguyên Ai Quôc (175 noms différents ont été répertoriés !) et qu’il a créé le Groupe des patriotes annamites.

Né à Hoang Trù, un village au nord du Vietnam, le jeune homme a travaillé sur des bateaux pendant des années ce qui lui a permis de voyager (Europe, Afrique, Amérique) avant de s’installer à Londres puis à Paris. Comme il était en situation illégale, il changeait régulièrement de nom et de lieu de résidence donc, cent ans après, il n’est pas facile de retrouver des traces sérieuses mais il ressemblait à « la version vietnamienne de Charlie Chaplin » (p. 27) et il était fortement surveillé par la police.

« Sur une carte de Paris – échelle un vingt millième –, tu as signalé d’une pastille de couleur l’ensemble des lieux dont on a indice ou preuve qu’il les fréquenta. Si la capitale sur lui se tait, mutique sous tes pas, au moins as-tu ceci : curieuse constellation sur le plat du papier. » (p. 36). Avec cet extrait, vous voyez que l’auteur se tutoie lui-même ce qui m’a surprise au début de la lecture mais je m’y suis habituée !

Nguyên Ai Quôc était fasciné par la révolution bolchevique. Juillet 1920. « C’était donc un jour d’été à Petrograd et Lénine parla des colonies. Pillées, massacrées par une poignée d’États et d’affairistes. Il parla de la révolution soviétique qui gagnerait à se propager en Orient, en Asie, aux quatre coins du monde. Il parla des soixante-dix pour cent de l’espèce humaine, tributaires, captifs, face contre terre, que les bolcheviks aspiraient à représenter. Il dit la révolution prolétarienne universelle, il dit ces trois mots et tu imagines la fierté qui dut l’étreindre lorsqu’il les prononça devant les délégués, plus de deux cents de partout venus, de Bulgarie de France d’Inde de Corée du Mexique, pour assister au second congrès de l’Internationale communiste. » (p. 59).

Et un jour Nguyên Ai Quôc disparut des radars de la police française pour réapparaître Hô Chi Minh dans son pays d’origine. Lors de son périple dans Paris, l’auteur note les endroits correspondants au passé (comme les barricades) ou ceux correspondants au présent (comme les attentats de 2015), des lieux parfois oubliés ou méconnus mais ayant vécu l’Histoire. Ce récit a été rédigé de l’hiver 2017 à l’été 2020 soit près de trois ans de travail.

Au loin le ciel du Sud est à la fois un récit historique (empreint de poésie) et un récit politique. Malheureusement on sait dans quels abîmes, le jeune homme chétif et insignifiant (adjectifs empruntés au récit, il y en a d’autres) a plongé le peuple qu’il voulait délivrer (à juste titre) de la colonisation… L’auteur s’efface tellement lui-même devant l’Histoire et le personnage qu’il se tutoie tout du long. Son récit précis, documenté et rythmé est vraiment agréable à lire même si on apprend finalement peu de choses sur le jeune Annamite qui a vécu à Paris comme s’il était pratiquement invisible bien qu’étroitement surveillé. À noter qu’en 2019, Joseph Andras a préfacé Ho Chi Minh. Écrits et combats d’Alain Ruscio paru chez Le temps des cerises.

Je suis toujours surprise lorsque je lis un livre et qu’il ne rentre dans aucun challenge !

Livret de famille de Magyd Cherfi

Livret de famille de Magyd Cherfi.

Actes Sud, mars 2004, 72 pages, 9,50 €, ISBN 978-2-7427-4806-8.

Genres : littérature française, récits, poésie.

Magyd Cherfi naît le 4 novembre 1962 à Toulouse en Haute-Garonne (France). Dès l’enfance, il aime la littérature et la poésie. Avec le groupe Zebda, fondé en 1985, il écrit les textes et chante. Puis, lorsque Zebda fait une pause (en 2003), il sort un album solo, Cité des étoiles, et écrit son premier livre, Livret de famille (en 2004). Suivent La trempe (2007), Ma part de Gaulois (2016), Ma part de Sarrasin (2020), chez Actes Sud, et il écrit de nombreuses chansons pour plusieurs artistes. Plus d’infos sur son site officiel.

Écrire – Prologue de ce recueil de récits et de poésie. « Je m’élance dans un grand élan dans le vide […] j’écris comme on se jette. Je me jette et j’attends… La liberté, l’égalité, que sais-je ? » (p. 8).

Conte des noms d’oiseaux – Il n’est pas tendre avec la cité, qu’il compare à un zoo. « Nés pour perdre, être moqués, s’en faire une arme et haïr le monde entier. La honte nous avait courbés, et ces maudits noms de famille qui le faisaient pas… » (p. 10). Alors d’autres noms, comme des noms d’oiseaux ou d’autres animaux. Humour, références littéraires et poésie. « C’était tout qui n’allait pas dans nos cervelles de moineaux / Le nom, la famille, les yeux, la couleur de la peau / La vilenie nous allait comme un gant / On a fini brigands. » (p. 15-16).

Western africain – « J’ai fait un sacré voyage, là-bas où Dieu n’existe plus. » (p. 19), un texte très court (2 pages) plutôt pessimiste mais très beau.

À cheval – Souvenirs d’enfance. Un Indien, une Amazone, un cow-boy, Zorro… « Tous mes héros étaient à cheval. » (p. 21).

Lettres afghanes – Un très court texte (2 pages) sur les fous de Dieu, « ces têtes barbelées » (p. 23-24).

Le foot à droite – Réflexion sur les riches footballeurs. « Ces joueurs-là, la France métisse, ils s’en battent les couilles, comment leur en vouloir. On leur demande rien d’autre que de taquiner le cuir, c’est ce qu’ils font. » (p. 26). Et dénonciation d’une « équipe de France […] hermétique, individualiste et profiteuse » (p. 29). Je n’aime pas le foot mais je suis d’accord avec l’avis qu’il développe.

Ma ville – Amusante réflexion sur sa ville, ses prostituées et sa culture… avec une parabole.

Allez ouste ! – Une poésie pour un politique beau parleur. « Ma parole tu nous as pris pour des langoustes / Allez ouste ! » (p. 33).

La rançon – L’usine AZF et son explosion… « Cette cheminée qui vomissait toute la laideur de l’humanité a explosé. » (p. 37).

Adieu Toulouse !!! – Français ? Tout est question d’accent ! « J’suis lucide, il faut que je m’intègre. » (p. 40).

Autobus impérial – Les 17 ans passés à la cité des Bleuets. « On étouffait dehors, on étouffait dedans et les préfabriqués ne nous supportaient plus. » (p. 44). Puis le déménagement dans une maison construite de leurs mains, le père et les sept enfants, et 45 minutes de bus pour aller au collège avec, oh joie… des filles françaises ! Ce récit est précédemment paru dans Traversée de la France (Serpent à plumes, 2001).

La honte – Hommage à sa mère. « On aimait pas nos mères, elles étaient laides, incultes et méchantes. » (p. 56). Des paroles difficiles, liées à la honte, mais de la tendresse pour sa mère.

Vercingétorix – Ah, nos ancêtres les Gaulois ! Ah, les philosophes des Lumières ! « – Ne renie pas ta race, maugréa Mémède. – Mais je renie rien du tout, j’assume, j’affirme ! » (p. 62).

Depuis le temps que j’avais envie de lire cet auteur ! Avec des textes courts voire très courts (de 2 à 5 pages chacun), il raconte sa famille, son enfance, sa ville, ses origines et sa religion d’origine, sa découverte d’autres idées, d’autres horizons, etc. le tout avec poésie et humour (parfois carrément cynique), c’est tout simplement grandiose et je lirai d’autres titres, c’est sûr !

Je mets cette lecture dans Lire en thème car c’est vraiment drôle, tendre et très agréable à lire (le thème d’août est un livre feel-good, qui détend, fait rire, ou se fait se sentir bien) et dans Les textes courts.

Et, comme c’est l’été et qu’il fait très chaud, je vous mets une petite chanson !

Le ballet des retardataires de Maïa Aboueleze

Le ballet des retardataires : Tokyo, tambours et tremblements de Maïa Aboueleze.

Intervalles, septembre 2019, 160 pages, 16 €, ISBN 978-02-36956-082-1.

Genres : littérature française, premier roman.

Maïa Aboueleze naît en 1981 à Alençon (Normandie). Ses passe-temps : la lecture dès l’enfance et la danse à l’adolescence. Elle étudie la danse à Caen et à Angers puis le théâtre et le taïko à Paris. Elle est « une des rares Européennes à avoir pénétré le monde ultra fermé et traditionnel du taïko au Japon, et la première à avoir séjourné dans l’école la plus secrète de Tokyo. » (source : éditeur).

La narratrice, 30 ans, part au Japon pour intégrer « la plus prestigieuse école de tambours japonais de Tokyo, Kamizawa Taïko. » (p. 8). Ce témoignage est unique avec de belles phrases telles que « Les baguettes, lourdes et larges, s’abattent sur la peau de l’instrument. Rien n’est maîtrisé, ni les vibrations ni les hurlements du bois ni les baguettes elles-mêmes qui semblent avoir leur vie propre, puis un jour elles obéissent et le bruit devient son, le son devient musique et le taïko, animal sauvage, effrayant, fascinant, fait alliance avec le joueur et laisse entendre les soubresauts de la terre. » (p. 12).

Le taïko ne m’est pas inconnu puisque j’ai assisté à un concert à Ôsaka et j’avais été très impressionnée par la taille des tambours, par leur son et par le fait que deux femmes (plus petites que les tambours) jouaient. Mais c’est vrai que je n’y connaissais pas grand-chose… Le rythme est éprouvant, les douleurs physiques et les brimades constantes…

Mais ce témoignage (c’est plus un récit autobiographique qu’un roman) ne m’a pas réellement convaincue… Pourtant que de souvenirs, Tokyo, les corbeaux, le parc Ueno, les lutteurs de sumo, le thé… et les problèmes pour communiquer en anglais (pourtant tous les Japonais apprennent l’anglais).

Et il y a quelque humour. « Donc je risque de mourir à cause d’un incendie, d’un typhon, d’un tremblement de terre, d’un tsunami ou d’une éruption volcanique. » (p. 110).

Si vous êtes curieux ou si vous voulez découvrir le monde fermé du taïko, ce petit livre est peut-être pour vous.

 Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 14.

Sibir de Danièle Sallenave

Sibir : Moscou Vladivostok, mai-juin 2010 de Danièle Sallenave.

Gallimard, collection Blanche, janvier 2012, 320 pages, 19,50 €, ISBN 978-2-07013-641-4.

Genres : littérature française, récit de voyage.

Danièle Sallenave naît le 28 octobre 1940 à Angers (Pays de la Loire). Elle étudie à l’École normale supérieure (Lettres, Lettres classiques) et à l’Université Paris-Nanterre (histoire du cinéma). Elle est autrice (membre de l’Académie française depuis 2011 au fauteuil n° 30), traductrice (de l’italien), journaliste (France Culture, Le Messager européen, Le Monde, Les Temps modernes) et aussi professeure et chercheuse. Elle publie de nombreux livres depuis 1975 et reçoit plusieurs prix littéraires.

Mai 2010, Danièle Sallenave participe à un voyage avec d’autres auteurs français ; elle atterrit à Moscou et va prendre le Transsibérien pour rallier Vladivostok (10 000 km, 9 fuseaux horaires !). Elle a déjà voyagé en Russie depuis 1977. « Cela sert le cœur, de nostalgie, d’amour, d’une espèce de compassion positive, presque sans mots. » (p. 17).

Sibir signifie Sibérie en russe. Que voici un voyage magnifique, raconté au jour le jour, très instructif, d’autant plus que l’autrice se rappelle ses anciens séjours en Russie donc, en plus du récit de ce voyage en Transsibérien, il y a des tas de souvenirs, d’anecdotes historiques, politiques, architecturales, littéraires. Bien sûr, cela rend la lecture plus difficile mais c’est tellement passionnant et enrichissant !

C’est aussi une réflexion sur la mémoire et l’oubli pour aller de l’avant, pour construire l’avenir (mais comment faire abstraction des millions de morts, des déchets dangereux, etc. ?). « Tout cela caché, tapi, enfoui, rayonne dans l’ombre d’une lumière maléfique. » (p. 63).

Danièle Sallenave note que « à l’heure où l’Europe est travaillée par des revendications identitaires, ethniques, religieuses, linguistiques, la Russie semble affronter des problèmes très proches des nôtres. » (p. 82).

À chaque gare, les auteurs et les accompagnateurs sont accueillis en grande pompe mais le folklore paraît parfois… bancal ! Cependant, à chaque fois, les Russes sont gentils et accueillants.

« Et, appelée au secours, la mémoire du temps révolu ne suggère que des images de violence, peu accordées au calme des lieux, si provisoire soit-il. Pourtant elle est nécessaire : pris entre un avenir incertain et un passé dont personne ne nous parle, le moment présent n’est qu’une fragile passerelle, sur quoi s’exerce de surcroît la pression et le formatage du « discours touristique ». D’où le travail qu’il faut faire après un voyage pour le compléter, le contredire, et aussi s’y soustraire. » (p. 87).

J’ai aimé son honnêteté et sa lucidité. « Nous autres, Occidentaux un temps (ou longtemps !) séduits par le communisme, nous « en étions revenus » définitivement dans les années soixante-dix ou quatre-vingt (Gide, c’était dès la fin des années trente !). Mais cet élan, cette approbation plus tard suivis d’un rejet vif, prononcé, irréfutable, cela ne nous avait rien coûté : nous avions joué avec la vie des autres, nous avons été complices de leur mort. » (p. 145-146). Terrible…

Elle est aussi honnête sur le voyage en lui-même. « Une inquiétude récurrente me taraude : qu’est-ce que je vois, qu’est-ce que je comprends ? » (p. 187). Il est vrai, que lors d’un voyage, on ne peut pas tout voir, et puis ici, elle sent bien qu’on leur cache des choses. Et quand, en plus, on ne parle pas le russe couramment…

Elle n’omet (presque) rien. « C’est ça aussi, la Russie : une mafia arrogante, multimillionnaire, et les restes encore vivants du monde d’autrefois, de sa simplicité sans chichis… » (p. 297).

J’ai adoré ce voyage, l’Oural, la Sibérie, le Tatarstan, la Bouriatie… jusqu’à Vladivostok qui est à l’extrême sud-est de la Russie. Ce récit, intense, surprenant, tendre mais lucide, m’a fait penser à C’est bon d’être un peu fou, un film documentaire réalisé par Antoine Page (dont je vous ai parlé ici, en bas du billet).

J’ai noté des auteurs que je ne connaissais pas, comme Ğabdulla Tuqay (l’autrice écrit Tuqaï), un poète et éditeur tatar de Kazan et Ferdynand Antoni Ossendowski, un auteur et géologue polonais né dans l’empire russe, près de Ludza (Lettonie).

Sur la couverture, la photo représente un « nerpa, petit phoque du lac Baïkal » (p. 232) [infos et photos sur Wikipédia].

« On ne peut quitter l’Europe : le train la pousse devant lui dans sa lente progression, obstinée, vers l’est. » (p. 274). Alors, la Russie : européenne ou asiatique ?

Ce livre n’est pas récent mais ce voyage est intemporel et, malgré ce qu’il s’est passé durant 10 ans, je pense qu’il est toujours pertinent et d’actualité.

Un rêve… Parler russe et visiter la Russie !

Je mets cette lecture dans le Petit Bac 2020 (catégorie Lieu pour Sibir). Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 3.

Le courage des autres de Hugo Boris

Le courage des autres de Hugo Boris.

Grasset, janvier 2020, 180 pages, 17 €, ISBN 978-2-246-82059-8.

Genres : littérature française, témoignage.

Hugo Boris naît le 18 novembre 1979 à Paris. Il fréquente l’Institut d’études politiques de Bordeaux et l’École nationale supérieure Louis-Lumière à Paris. Il est auteur et réalisateur (courts métrages et documentaires). Il publie en 2003 sa première nouvelle, N’oublie pas de montrer ma tête au peuple (Mercure de France, Prix du jeune écrivain) et en 2005 son premier roman, Le baiser dans la nuque (Belfond). Le courage des autres était en lice (avec 4 autres romans parus en janvier 2020) pour le premier Prix littéraire Europe 1 – GMF mais n’est pas le lauréat. Du même auteur, entre autres : Police (2016) adapté au cinéma par Anne Fontaine (sortie en salles en 2020).

Pour une fois, je mets le début de la 4e de couverture : « Hugo Boris vient de passer sa ceinture noire de karaté lorsqu’il fait face à une altercation dans le RER. Sidéré, incapable d’intervenir, il se contente de tirer la sonnette d’alarme. L’épisode révèle une peur profonde, mélange d’impuissance et de timidité au quotidien. Trait de caractère personnel ou difficulté universelle à affronter l’autre en société ? Ce manque de courage l’obsède. Sa femme lui suggère de « se faire casser la gueule une bonne fois pour toutes » pour l’exorciser. »

Pendant 15 ans, l’auteur a observé dans le métro, pris des notes et il pense qu’il est « attentif mais veule […] un lâche, un spectateur qui n’intervient presque jamais chaque fois qu’il le devrait » (p. 10). « […] je suis une merde, une lavette, un faible, un infirme. Je suis malade de la peur. J’ai une maladie de la peur. Je suis devenu la proie de ce mot. » (p. 69).

À 27 ans, le narrateur – qui pratique le karaté depuis 10 ans – vient d’obtenir sa ceinture noire. J’imagine qu’il sait se défendre, se battre. Le lendemain, il est dans le RER et il est témoin d’une violente altercation. Il tire le signal d’alarme ce qui, à mon avis, est déjà pas mal ! Pas la peine de se faire tabasser ou de prendre un coup de couteau ! Mais pour lui, ce n’est pas suffisant, il se sent coupable. « […] je me dis que des années de karaté ne m’ont rendu capable que de cela, tirer une sonnette. » (p. 22). C’est qu’il y a une différence entre « les combats en kimono, sur le tatami, […] souples, polis et courtois » (p. 23) et se battre contre un inconnu violent.

Je pense que c’est la première fois que je lis ce genre de livres et il m’a beaucoup plu. D’un côté, l’auteur emmène son lecteur dans le quotidien, le collectif, la violence mais d’un autre côté, il cite Julian Barnes, Maupassant, Saint-Exupéry… Bien sûr ce témoignage autobiographique (il n’est écrit roman ni sur la couverture ni sur la page de titre) peut paraître répétitif mais ça ne m’a pas dérangée. Mes chapitres préférés racontent le métro de Moscou (p. 88-91), la vieille dame de 80 ans qui a un tatouage sur le bras (p. 93-94) et le « quai 9 3/4 » (p. 99-102)

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Les chapitres sont cours, voire très courts, répartis en 3 parties : Sidération, Admiration et Affirmation comme une évolution de l’auteur. En tout cas, ce petit livre qui se lit rapidement permet au lecteur de s’interroger sur ce qu’il ferait, sur comment il réagirait en cas d’agression (verbale ou physique) dans le métro (ou ailleurs). De mon côté, je ne sais pas, je ne suis pas ceinture noire de karaté 😛 mais… je suis bien contente de ne pas habiter Paris et de ne pas prendre le métro (même si c’est sûrement source d’observation et de rencontres).

Un premier billet pour le Challenge du confinement pour la case (auto)biographie.

Le monstre de la mémoire de Yishaï Sarid

Le monstre de la mémoire de Yishaï Sarid.

Actes Sud, collection Lettres hébraïques, février 2020, 160 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-330-13170-8. Mifletzet HaZicharon (2017) est traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz.

Genres : littérature israélienne, récit épistolaire, Histoire.

Yishai Sarid naît en 1965 à Tel Aviv (Israël). Il étudie le Droit à l’Université hébraïque de Jérusalem et devient avocat puis procureur général avant de se lancer dans l’écriture de romans policiers parus chez Actes Sud : Une proie trop facile (2000, 2015), Le poète de Gaza (2009, 2010), Le troisième temple (2015).

Historien, spécialiste de l’antisémitisme et des camps de la mort, le narrateur est guide de la Shoah pour des adolescents. Il pensait être fort mais… « Je me suis jeté dans l’arène à corps perdu, avec la fougue d’un jeune taureau. J’ai immédiatement commencé à encadrer des groupes dans le musée, les salles d’études, le long de l’allée des Justes, j’ai déversé sur notre jeunesse une partie du savoir que j’avais emmagasiné et je l’ai fait avec talent. » (p. 14).

Le roman est une lettre qu’il écrit au président de Yad Vashem (l’Institut international pour la mémoire de la Shoah à Jérusalem). La lettre est en un seul chapitre. Pas le temps de respirer.

Comment ne pas oublier et comment transmettre 75 ans après les événements ? Comment le faire avec empathie et compassion ? Les jeunes comprennent-ils ce qu’on leur montre, ce qu’on leur dit, ou cela les dépasse-t-il comme quelque chose de lointain qui n’arrivera plus ? L’objectif étant de « galvaniser la jeunesse et l’État d’Israël » (p. 25).

Le titre dit toute la monstruosité des faits mais aussi de la mémoire politisée, instrumentée à outrance, et du tourisme qui s’est créé (comme si les camps étaient devenus des parcs d’attractions sous couvert d’historique) avec des « mièvreries ritualisées » (p. 55)…

Birkenau. « […] tout est là, devant nous, bien réel, exactement là, on peut toucher l’endroit où l’humanité a été assassinée. » (p. 30). 75 à 80 % des déportés étaient exterminés dès leur arrivée (p. 33). « Extermination industrialisée des camps » (p. 41).

Mon premier passage préféré. « Si les Juifs s’étaient révoltés dès le début et avaient refusé de collaborer, l’opération n’aurait pas pu être menée avec autant de facilité, leur disais-je, les Allemands auraient dû fournir beaucoup plus de main-d’œuvre, ce qui aurait peut-être permis de retarder un peu le processus, impossible de le savoir avec certitude. […] J’expliquais aux élèves la peur paralysante, l’annihilation de la volonté […]. Le système allemand s’appuyait sur deux choses : l’instinct animal de survie (à tout prix) qui huilait les rouages de leur entreprise de mort, et le renoncement humain devant la force écrasante. » (p. 54).

Mon deuxième passage préféré. « La Shoah n’est pas l’œuvre des Polonais mais bien des Allemands, lui répondis-je. Les Polonais ont profité de l’occasion pour continuer les pogroms, un sport national qu’ils ont pratiqué tout au long de leur histoire, c’est inhérent à leur mode de vie. Ils haïssent les Juifs parce que les Juifs ont crucifié Jésus, que c’étaient ces mêmes Juifs, sachant lire et écrire, qui collectaient les impôts au nom de la noblesse. De plus, les femmes juives étaient propres parce qu’elles allaient au bain rituel une fois par semaine, à la différence des Polonaises. À l’auberge, le Juif leur servait du vin qui montait vite à la tête, se faisait payer mais ne buvait jamais avec eux, ne partageait avec eux ni la joie des pauvres gens, ni leurs deuils. Son visage restait éveillé alors qu’ils s’abrutissaient d’alcool et quand il avait un instant de libre, il plongeait le nez dans un livre couvert de mots ensorcelés alors qu’eux étaient illettrés. C’est donc par jalousie et bêtise que de temps en temps, à quelques années d’intervalle, ils se permettaient une descente chez les youpins, débarquaient au milieu de la nuit, éventraient les édredons et cassaient les meubles, violaient les femmes et les filles, parfois coupaient les membres du mari les uns après les autres jusqu’à ce l’expression de suffisance s’efface de son visage, et après, ils allaient trinquer. Mais jamais ces imbéciles d’ivrognes n’ont envisagé d’assassiner tout le peuple, cela dépasse leur imagination et leur capacité d’action. » (p. 102-103).

Le narrateur s’interroge et interroge son directeur. Le devoir de mémoire, que représente-t-il réellement ? « […] c’est un monstre qui vit dans la mémoire. » (p. 73) et « […] à quoi bon tous ces rabâchages ? » (p. 139) d’autant plus que la jeunesse actuelle s’en fiche.

Un récit pas facile à lire, dérangeant, mais fort instructif voire salutaire. Que dire de plus… Il vaut mieux que vous le lisiez pour vous rendre compte par vous-mêmes !

Pour le Challenge de l’été (Israël).

Je ne reverrai plus le monde d’Ahmet Altan

Je ne reverrai plus le monde : textes de prison d’Ahmet Altan.

Actes Sud, collection Lettres turques, septembre 2019, 224 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-330-12566-0. Dünyayı Bir Daha Görmeyeceğim (2018) est traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes.

Genres : littérature turque, récit, textes de prison.

Ahmet Altan naît le 2 mars 1950 à Ankara (Turquie). Il est journaliste et écrivain. Deux autres œuvres traduites en français, chez Actes Sud : Comme une blessure de sabre (Kılıç yarası gibi) en 2000 et L’amour au temps des révoltes (İsyan günlerinde aşk) en 2008. Il est accusé d’avoir participé au putsch du 15 juillet 2016 et il est en prison depuis septembre 2016 (il aura bientôt 70 ans, sortira-t-il un jour de prison ?).

Voici les premières phrases du livre (dans le livre, chaque phrase est à la ligne) : « Je me suis réveillé. On sonnait à la porte. J’ai jeté un œil au réveil électronique à côté de moi… « 5:42 », les chiffres clignotaient. « La police », me suis-je dit. Comme tous les opposants de ce pays, chaque soir je m’endormais imaginant qu’à l’aube, on frapperait à ma porte. Je savais qu’ils viendraient. Ils sont venus. » (p. 9) puis « Un paisible matin de septembre s’éveillait, ignorant tout de ce qu’il se passait chez moi. » (p. 10).

Son frère, Mehmet, professeur d’économie à l’université, journaliste et écrivain est également arrêté.

Quarante-cinq ans plus tôt, les deux frères avaient vu leur père, Çetin Altan, célèbre contestataire des années 60, arrêté de la même façon qu’eux aujourd’hui.

Ces textes de prison, ces phrases sont d’une magnifique grandeur, d’une véritable intensité et sincérité. Malgré une « peine de réclusion à perpétuité aggravée » (p. 156), Ahmet Altan va continuer de vivre, de penser, de rêver et d’écrire quand il le peut. Et surtout il va tenter d’échapper à la peur, à la folie qui guettent en prison.

« Cette flamme qui me dévorerait , ce serait tantôt l’idée de la mort, tantôt les textes que j’écrirais dans ma tête, tantôt l’orgueil de ne pas vouloir rester dans les mémoires sous un nom déshonoré par la peur, tantôt les fantasmes sexuels les plus débridés, tantôt de doux rêves de bonheur, tantôt une sorte de schizophrénie propre aux écrivains qui savent recréer une réalité superbe sur les débris de celle à laquelle ils ont tordu le cou, tantôt la flamme de l’espoir. » (p. 30).

Ahmet Altan a une grosse culture littéraire (auteurs européens, russes…) et, bien que non-croyant, une grosse culture spirituelle. Ses textes sont vraiment agréables à lire et ils portent à réflexion sur la liberté.

Une des mes phrases préférées : « Les rêves sont le dieu qui est en nous… Ou bien le fou… » (p. 125).

Je ne vous en dis pas plus : lisez ce livre poignant et vivifiant !!!

Qui entre dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 (sûrement le dernier livre pour ce challenge puisqu’il se termine demain, le 31 janvier) et Lire en thème 2020 (en janvier, un livre dont le nom de l’auteur commence par A).

Une rencontre à Pékin de Jean François Billeter

Une rencontre à Pékin de Jean François Billeter.

Allia, août 2017, 152 pages, 8,50 €, ISBN 979-1-03040-685-6.

Genres : littérature suisse, récit autobiographique.

Jean François Billeter naît le 7 juin 1939 à Bâle (mais ses parents sont de Neuchâtel). Il est sinologue et écrivain (essais). Il a enseigné le chinois à l’Université de Genève.

Après des études de Lettres à Genève, terminées en 1961, l’auteur découvre la langue et l’écriture chinoises. À la rentrée de 1962, il étudie alors le chinois à Langues Orientales à Paris avec Jacques Pimpaneau. Il écrit à Gilbert Étienne pour en savoir plus et pour rassurer ses parents : « cela rimait-il à quelque chose de faire du chinois, cela menait-il quelque part ? » (p. 8) et Gilbert Étienne lui conseille d’aller en Chine. Jean François Billeter a 24 ans. Visa et bourse en poche, il part à Pékin où il étudie pendant trois ans.

C’était une aventure parce que le pays était communiste, il était fermé aux étrangers et « personne ne savait ce qui s’y passait » (p. 9). Dans le Transsibérien, il aperçoit la Grande Muraille, voit « de la verdure partout » (p. 10) et entre dans les murs de Pékin en septembre 1963. Il étudie le chinois avec d’autres étudiants étrangers, en particulier Africains et Sud-Américains, découvre la ville mais ignore les événements qui secoue le pays et entre à la faculté de Lettres l’année suivante. Grâce à sa bicyclette, il peut sortir et rencontrer des Chinois mais les relations ne sont pas évidentes car les Chinois n’ont pas le droit d’avoir de contact avec les étrangers sauf dans les relations réglementées comme celles de l’université par exemple.

Jean François Billeter est le premier Suisse à étudier en Chine. Jean-François Olivier, qui est devenu un ami, est le deuxième car il est arrivé… le lendemain ! La Chine, sa langue, sa culture, tout ça le subjugue ! D’autant plus qu’il va rencontrer Xiuwen, surnommée Wen, médecin dans une usine, et qu’il veut l’épouser, mais ils doivent être discrets car ils sont constamment surveillés…

« En dépit des signes qui annonçaient une tempête, la vie suivait son cours. » (p. 79).

Une rencontre à Pékin est un précieux témoignage, sans fioritures, simple, sincère et pudique. C’est aussi un beau voyage dans la Chine des années 60 et dans son évolution jusqu’à la fin des années 70. Et bien sûr, c’est une belle histoire d’amour. « Notre histoire n’est presque rien au regard des événements qui ont secoué la Chine au cours de ce demi-siècle, mais c’est celle que je pouvais raconter. » (p. 140).

Pour le Challenge de l’été, Petit Bac 2018 (catégorie Lieu), Raconte-moi l’Asie et Voisins Voisines 2018 (Suisse).

Throwback Thursday livresque 2018-30

Pour ce jeudi 26 juillet, le thème du Throwback Thursday livresque 2018 est « Europe ».

Ce sont deux romans lus récemment que je vous propose :

le premier roman – d’un auteur français – raconte une période sombre de l’histoire de l’Europe, c’est Transport d’Yves Flank

et le deuxième – d’un auteur suisse – raconte le beau de façon poétique, c’est Une rose et un balai de Michel Simonet.

J’espère qu’à défaut des deux, au moins un vous fera envie !

Vous pouvez voir les autres participations chez BettieRose. Bonne fin de semaine et bon weekend ensoleillé !

Une rose et un balai de Michel Simonet

Une rose et un balai de Michel Simonet.

Éditions de la revue Conférence, collection Choses humaines, septembre 2017 (en Suisse), mars 2018 (en France), 168 pages, 20 €, ISBN 978-2-91277-197-1. Ce roman était déjà paru chez Faim de siècle en 2015 ; l’édition chez Conférence a été modifiée par l’auteur et joliment illustrée par Pierre Dupont.

Genres : littérature suisse, roman autobiographique, premier roman.

Michel Simonet naît le 12 février 1961 à Zurich (Suisse). Il grandit à Morat puis à Fribourg. Il étudie le commerce et la théologie. Il travaille comme comptable puis décide, par conviction, de devenir cantonnier en 1986 afin d’être au service et au contact des gens (voir la vidéo ci-dessous).

Une rose et un balai est un témoignage sur le métier de cantonnier que Michel Simonet exerce depuis trente ans ; le récit est plein de sagesse, de philosophie, de bon sens (« Celui qui a inventé le boulot aurait mieux fait de le terminer. », p. 91), de poésie (une ci-dessous) et non dénué d’humour. Ce balayeur hors normes est surnommé « le cantonnier à la rose » car une rose orne sa charrette (il dit son « char »).

L’auteur commence avec un avant-propos qu’il est bon de lire avant de se lancer dans la lecture proprement dite (sans jeu de mot, le propre, mais attention, c’est du propre suisse quand même) et un amusant poème, Itinéraire, clin d’œil à Joachim du Bellay, renommé ici Joachim du balai !

La lecture est agréable, amusante même, instructive parfois. Elle permet de découvrir de l’humain, de la vie, et puis la ville de Fribourg, à la fois « latine et germanique, depuis sa fondation, multiculturelle depuis quelques décennies » (p. 88), une ville conviviale, simple, populaire, ouverte, respectueuse.

Quelques extraits parce que je veux les garder, je veux les relire !

« C’est un travail ingrat, mais d’où la grâce n’est pas absente ; elle y affleure même à tout instant. » (p. 14).

« L’aube est en été la période douce de la journée, la plus agréable en attendant les grandes chaleurs. S’il se met à tomber quelques gouttes, de même que la pluie du matin n’arrête pas le pèlerin, averse de matinée n’arrête pas non plus le cantonnier. » (p. 27).

« […] je n’échangerais pas mes aurores contre des soirées tardives. » (p. 28).

« L’après-midi est aussi le moment « touristes » et l’occasion de donner des renseignements géographiques dans les deux ou trois langues que l’on a laborieusement et imparfaitement apprises au Collège. Si ce sont des Russes, des Japonais ou des Chinois, les mains et le langage de ma rose suffisent ; les appareils photos font le reste. » (p. 44).

Cette phrase m’a fait rire : « […] elle avait rendu au moins un homme heureux, celui qu’elle n’avait pas épousé. » (p. 51, en parlant d’une vieille dame qui donne chaque jour à manger aux pigeons alors que c’est interdit).

Quelles que soient les saisons et la météo : « il fait toujours un temps à mettre un cantonnier dehors. » (p. 74).

Et comme c’est la finale de Coupe du Monde (maintenant à 17 heures), je veux partager avec ceux qui aiment le foot (un sport calamiteux à mon avis, mais vous voyez je suis sympa avec ceux qui aiment le foot malgré les klaxons et les hurlements), je veux partager donc ce poème de Michel Simonet, intitulé Euro-Mundial : « Écran géant en bord de route, / Foule folle de foot. / Match au sommet, / Everest de déchets, / Shoots à la bière / Et gobalais de supparterre. / À boire et des chansons, / Canettes en boxon, / Le kop au diapason, / Et qui donne le las / En veux-tu en voilà. / Scories de fumigènes, / Terrain de jeu et mise en scène, / Ballets du ballon rond. / Du gazon au goudron, / From macadamned ! To grass. / Techniciens de deux surfaces, Footballeur, / Foot-balayeur. / But marqué, / But atteint. / But encaissé, / Char plein. » (p. 81-82). Mais on me souffle dans l’oreillette que les amateurs de foot ne sont pas amateurs de poésie, zut, j’aurais dû m’en douter, je voulais bien faire 😛

« Une utilité sociale indéniable et un rôle humain de service au sens large et ouvert constituent une grande partie du carburant qu’il convient de posséder pour remplir le réservoir de mon véhicule de fonction. Et quelle chance de travailler en Suisse où il y a une culture, je dirais presque un gène de la propreté qui est un baromètre social ! Une valeur qui n’est rien moins que résiduelle et valorise aussi le balayeur. » (p. 105). Quel entrain, quel optimisme, j’adore ! Et ce n’est pas comme ça que les fonctionnaires sont motivés en France, chaque jour les fonctionnaires entendent qu’ils sont trop nombreux et qu’ils sont payés à rien foutre ! Oserait-on dire ça à ce brave cantonnier qui pourtant se balade toute la journée ?

Et un petit dernier, sur la rose : « Ma rose. Fragile, sensible au froid et au chaud, quel pouvoir elle possède pourtant ! À la fois éphémère et signe d’éternité, elle est un symbole universel qui parle à tous, une anti-Tour de Babel, a-confessionnelle et apolitique. » (p. 145).

Quelqu’un peut-il m’aider avec le mot philoxène ? « elle [la ville] ne demande qu’à se laisser partager, si l’on veut bien être philoxène et s’en imprégner » (p. 94). Comme je ne connais pas ce mot, je l’ai cherché mais je n’ai trouvé aucune définition, que des prénoms d’hommes comme Philoxène de Cythère (poète de la Grèce antique, V-IVe siècles avant Jésus-Christ), Philoxène d’Érétrie (peintre de la Grèce antique, IVe siècle avant Jésus-Christ), Philoxène de Mabboug (théologien et évêque de l’Église d’Orient en Irak, milieu du Ve siècle) ou plus récemment Philoxène Boyer (écrivain, poète et conférencier français, 1829-1867). Rien en tant qu’adjectif ou nom commun…

Une charmante lecture que je mets dans le Challenge de l’été, Rentrée littéraire janvier 2018 et Voisins Voisines 2018 (Suisse).