La fameuse invasion de la Sicile par les ours de Dino Buzzati

La fameuse invasion de la Sicile par les ours de Dino Buzzati.

Gallimard, collection Folio Junior n° 490, collection Textes classiques, 1977 – 1982 – 1988 – 1997 – 2009 (précédemment publié chez Stock en 1968), 128 pages, 5,90 €, ISBN 978-2-07062-374-7. Illustrations de l’auteur (en couleur à l’origine). La famosa invasione degli orsi in Sicilia (1945) est traduit de l’italien par Hélène Pasquier.

Genres : littérature italienne, littérature jeunesse, conte.

Dino Buzzati naît le 16 octobre 1906 à San Pellegrino di Belluno dans la région de Vénétie. Il étudie le Droit à l’Université de Milan mais il est embauché comme journaliste par le Corriere della Sera. Il est aussi peintre, écrivain et critique littéraire. Il meurt d’un cancer le 28 janvier 1972 à Milan. De lui, j’ai déjà lu Le Désert des Tartares (son plus célèbre roman, paru en 1940) et Le K (un recueil de nouvelles, paru en 1966) et j’ai apprécié le côté fantastique. Avec La fameuse invasion de la Sicile par les ours, je lis un de ses contes, mais il a aussi écrit de la poésie et du théâtre donc il me reste des choses à lire !

Le roman commence par une présentation des personnages et des décors, ça fait un peu théâtral, ça m’a bien plu et puis c’est présenté avec humour.

L’ourson Tonin, fils de Léonce Roi des ours, a été enlevé par deux chasseurs. Deux ans après, les ours font face au froid et à la faim alors ils décident de descendre pour la première fois dans la plaine, là où vivent les humains. « Et les montagnes d’où nous sommes partis. Les reverrons-nous jamais, nos vieilles montagnes ? » (p. 18). Les ours ne sont pas les bienvenus et ils doivent se battre contre l’armée du Grand-Duc, un tyran. « Mais que peuvent les ours, armés de lances, de flèches, de harpons / contre des fusils, des mousquets, des couleuvrines, des canons ? » (p. 24). J’ai oublié de vous dire qu’une partie du roman est racontée sous forme de poésie ! Le Grand-Duc et le magicien De Ambrosiis se réfugient au château de Cormoran mais les ours, valeureux, emmenés par le courageux ours Babbon défient l’armée humaine. Au début, c’est un « Désastre complet » (p. 56) mais un autre ours, plutôt bricoleur, Frangipane, va faire gagner les ours. Pendant que la bataille fait rage, il y a un spectacle au Grand Théâtre Excelsior et, parmi les artistes, un ourson acrobate, rebaptisé Goliath. Oui, oui, vous avez deviné et il va s’en passer des choses ! D’ailleurs, pendant plus de dix ans, les ours vont vivre avec les humains mais leur comportement va changer ce qui déplaît au Roi Léonce.

Ce conte, joliment illustré (par l’auteur lui-même !) s’est déroulé il y a très longtemps car il n’y a plus de montagnes en Sicile, il n’y a plus d’ours non plus… Mais la magie et l’humour de Dino Buzzati font vivre cette histoire pour les petits et les grands lecteurs ! Avec la sortie du film d’animation réalisé par Lorenzo Mattotti et présenté au Festival de Cannes en mai 2019, le livre paraît à nouveau en mai 2019 (couverture ci-contre).

Une lecture plaisante que je mets dans les challenges Cette année, je (re)lis des classiques, Contes et légendes pour la piste « Des animaux à la fête », Jeunesse & Young Adult #9 et Littérature de l’imaginaire #7.

Le journal de Gurty : Parée pour l’hiver de Bertrand Santini

Le journal de Gurty : Parée pour l’hiver de Bertrand Santini.

Sarbacane, collection Pépix, novembre 2016, 176 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-84865-873-5.

Genre : littérature jeunesse.

Bertrand Santini naît à Aix en Provence et travaille d’abord comme graphiste (affiches de cinéma) puis comme scénariste (séries animées) avant de devenir auteur : plusieurs albums illustrés pour la jeunesse et des romans, Le Yark (2011), Jonas le requin mécanique (2014) et Hugo de la nuit (2016) qui ont reçu des prix littéraires.

Après avoir lu – et énormément apprécié – le premier tome de Miss Pook et les enfants de la lune, j’ai voulu lire d’autres romans de Bertrand Santini. Je me suis donc lancée dans la série Le journal de Gurty et j’ai vraiment bien ri avec le premier tome, Vacances en Provence. J’ai enfin lu le deuxième tome, Parée pour l’hiver et je lirai dès que possible les tomes suivants, Marrons à gogo (2017) et Printemps de chien (2018).

C’est l’hiver et la narratrice, Gurty, une petite chienne, est heureuse ! C’est que Gurty, comme tous les chiens, aime être heureuse ! Elle « adore être en vie, comme ça on peut se balader, faire des bises et manger des plats. Dans la vie, le plus génial, ce sont les vacances, car on peut tout le temps se balader, faire des bises et manger des plats. » (p. 7). Ça tombe bien, son humain, Gaspard est en vacances. C’est parti, Paris – Aix en Provence en train (comme pour les vacances d’été) ! Le lecteur suit donc Gurty et Gaspard entre le 4 et le 25 décembre. Gurty retrouve la maison de Provence qui sent bon, la maison de Pépé Narbier avec sa chienne, Fleur, et aussi « le pire chat du monde, Tête de Fesses, mon ennemi préféré » (p. 39) et le vilain écureuil qui fait hi hi.

J’ai bien ri avec les noms de clubs des chats (p. 77) et j’ai aussi beaucoup ri avec les œufs (p. 79) et l’omelette (p. 102-103).

Bref, on s’amuse encore beaucoup dans ce deuxième tome et tout serait parfait si ce n’est les horribles fiancées de Gaspard… Enfin surtout une, une certaine Myrtille… Gurty est alors « rayée de la carte, zappée, biffée, niée, jetée aux oubliettes, dans le trou des toilettes, remisée au placard, tirez la chasse, merci et bonsoir. » (p. 111). Vous l’aurez compris, Gurty est une chienne très intelligente qui, en plus d’écrire son journal chaque jour, a de l’humour, aime les listes et connaît pas mal de vocabulaire !

Vous avez envie d’être heureux, comme Gurty et Fleur, ce qui inclut de manger, jouer, courir, une vie de chien, quoi ! Alors lisez le Journal de Gurty ! Vous passerez un super moment. Et, en fin de volume, il y a un cahier de jeux de 14 pages !

Une lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #8 et Littérature de l’imaginaire 2018.

Le journal de Gurty : Vacances en Provence de Bertrand Santini

Le journal de Gurty : Vacances en Provence de Bertrand Santini.

Sarbacane, collection Pépix, mai 2015, 144 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-9-84865-789-9.

Genre : littérature jeunesse.

Bertrand Santini naît à Aix en Provence et travaille d’abord comme graphiste (affiches de cinéma) puis comme scénariste (séries animées) avant de devenir auteur : plusieurs albums illustrés pour la jeunesse et des romans, Le Yark (2011), Jonas le requin mécanique (2014) et Hugo de la nuit (2016) qui ont reçu des prix littéraires.

Après avoir lu – et énormément apprécié – le premier tome de Miss Pook et les enfants de la lune, j’ai voulu lire d’autres romans de Bertrand Santini et je ne suis pas déçue ! Les autres titres du Journal de Gurty sont Parée pour l’hiver (2016), Marrons à gogo (2017) et Printemps de chien (2018) que je ne vais pas tarder à lire.

Gaspard et Gurty partent en vacances en train, à Aix en Provence. « Gaspard, c’est mon humain à moi. Je l’aime trop. Il est gentil, joueur, fidèle – et quelle propreté ! » (p. 7). J’espère que Gaspard dit la même chose de sa petite chienne, Gurty ! « Ah, ma chère maison de Provence ! J’aurais pu la reconnaître les yeux fermés. » (p. 10). Gurty va retrouver l’écureuil qui vit dans les arbres, le chat des voisins, Jean-Jacques, qu’elle a surnommé Tête de Fesses, une petite chienne pas normale mais il ne faut pas se moquer, Fleur… « Bref, tous mes copains étaient là. Même ceux que j’aimais pas. J’étais drôlement impatiente de les retrouver. » (p. 11).

Voici donc les vacances de Gurty, à la maison c’est la campagne, un peu plus loin c’est Aix, la ville, avec plein d’odeurs différentes et d’autres chiens. Il y a aussi la mer avec la plage. « J’adore la mer, mais dommage que ça mouille. Surtout les vagues. » (p. 58) et « J’aime aussi la plage, mais dommage qu’elle soit plein de sable. […] c’est sale […] ça gratte, ça colle aux poils et ça n’a pas bon goût. Mais faut reconnaître qu’on peut facilement creuser dedans et ça, au moins, c’est rigolo. » (p. 59). Et les balades en bateau. « Le bateau, c’est une invention super pour aller se promener en mer quand on n’est pas un poisson. » (p. 63).

Vous l’aurez compris, Gurty est une petite chienne curieuse et intelligente, gourmande aussi, qui n’a pas sa langue dans sa poche, mais… normal, les chiens, ça n’a pas de poche !

Ce roman dont la narratrice est Gurty est comme un journal de vacances du 1er au 42 juillet, oui vous avez bien lu, 42 juillet : les chiens ne doivent pas avoir le même calendrier que les humains… Avec ce roman joliment illustré plein d’humour et de tendresse, Bertrand Santini traite des relations entre humains et animaux, et animaux entre eux. Surtout respecter l’animal, ne pas le frapper, ne pas le traumatiser (cf. Fleur). Il parle aussi des similitudes entre les chiens et les chats (ils sont couverts de poils, ils ont une queue, ils peuvent attraper des puces, etc.) et du racisme. Mais pour finir, « Y a pas à dire, être heureux, ça fait plaisir. » (p. 92).

En fin de volume, un carnet de jeux de 15 pages dont 3 recettes, euh pas très humaines !

Une chouette lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #7 et Littérature de l’imaginaire.

La quête onirique de Vellit Boe de Kij Johnson

La quête onirique de Vellit Boe de Kij Johnson.

Le Bélial, février 2018, 200 pages, 17,90 €, ISBN 978-2-84344-929-1. The Dream-Quest of Vellitt Boe (2016) est traduit de l’américain par Florence Dolisi.

Genres : littérature américaine, fantasy.

Kij Johnson naît le 20 janvier 1960 à Harlan dans l’Iowa (États-Unis). Elle est nouvelliste et romancière de fantasy et de science-fiction et a reçu plusieurs prix prestigieux (Hugo, Nebula, Theodore Sturgeon, World Fantasy). La quête onirique de Vellitt Boe a d’ailleurs reçu le World Fantasy Award 2017. Plus d’infos sur son site, http://www.kijjohnson.com/.

Vellitt Boe, 55 ans, est professeure depuis vingt ans au Collège (Université) de femmes d’Ulthar. Mais ce matin-là, branle-bas de combat : Clarie Jurat, la meilleure étudiante, s’est enfuie avec un homme à trois mois des examens ! « Une fille superbe, brillante, volontaire, charismatique, avec de grands yeux rieurs […]. » (p. 12). L’homme s’appellerait Stephan Heller et viendrait du monde de l’éveil. Mais le père de Clarie est l’un des administrateurs du Collège et il peut non seulement fermer le Collège mais aussi « bannir les femmes de l’Université. » (p. 19). Or, Vellitt était une grande voyageuse par le passé et elle a connu un habitant du monde de l’éveil, elle va donc poursuivre les amants pour ramener Clarie. « Elle déterra d’abord tout au fond de son armoire un petit sac de cuir fripé dont émanait un vague parfum de pluies d’antan et de terres lointaines. Ensuite, elle retrouva ses vieilles bottes et son bâton de marche noueux taillé dans du bois noir. » (p. 27). Bizarrement, un chaton noir la suit dans son dangereux périple, un chaton avec des « yeux verts, attentifs et brillants » (p. 45).

Le monde (irréel ? réel ?) de Vellit Boe est bien planté : il est possible de suivre son voyage sur la jolie carte en couleurs (qui se situe sur les 2e et 3e de couverture) et d’avoir une petite idée supplémentaire grâce aux belles illustrations de Nicolas Fructus (un dessinateur lyonnais né en 1970 et qui a déjà illustré des œuvres de Lovecraft). Attention aux créatures peu amicales (c’est peu de le dire !), gugs, zoogs, goules, ghasts, oiseaux shantaks, sans parler des « monstres innommés » (p. 127). Malgré ces êtres cauchemardesques, la lecture est très agréable, l’aventure est épique et le lecteur palpite avec Vellitt Boe qui retrouve d’anciennes connaissances. Si vous avez envie de quitter le monde des rêves pour découvrir le monde de l’éveil, il faudra vous rendre dans la peu connue et très éloignée cité d’Ilek-Vad et trouver un passage au péril de votre vie vers le monde de l’éveil, bref celui des humains (réel ? irréel ?).

Les lecteurs de H.P. Lovecraft reconnaîtront des noms de lieux (Ilek Vad…) et de personnages (Randolph Carter…) puisque La quête onirique de Vellitt Boe est un pendant féminin à La quête onirique de Kadath l’inconnue ou À la recherche de Kadath (The Dream-Quest of Unknown Kadath, longue nouvelle écrite en 1926-1927 mais publiée en 1943) : Kij Johnson explique ses inspirations et ses motivations dans un très instructif entretien dans lequel elle déchiffre parfaitement bien l’œuvre de Lovecraft (p. 179-191). Dans ce roman miroir, Kij Johnson s’attache à la condition des femmes, elle leur permet de réfléchir, de prendre des décisions, d’étudier, d’enseigner, de voyager (ce qui n’était pas le cas chez Lovecraft, une autre époque…) mais sans tomber dans le féminisme à tout prix. J’ai très envie de lire Un pont sur la brume, son premier titre paru en France, chez Le Bélial en 2016 : attendez-vous à le voir passer sur mon blog cet été car je sais qu’il est à la bibliothèque !

Quelques petites fautes comme « Julat » au lieu de « Jurat » p. 97 ou « surout » au lieu de « surtout » (p. 137), des fautes d’étourderie mais c’est dommage dans une jolie édition illustrée comme celle-ci. Et puis les littératures de genre reçoivent pas mal de critiques négatives alors ce serait bien que leur contenu soit irréprochable.

Ce qui m’a le plus marquée : la transformation du gug en Buick !

Et ma phrase préférée : « Personne ici ne dit aux gens ce que signifie leur existence, et ce que signifie leur monde. » (p. 168).

Une lecture pour le Challenge de l’été, le Challenge Chaud Cacao, Jeunesse Young Adult #7 (pas classé en YA mais il correspond), Littérature de l’imaginaire, Rentrée littéraire janvier 2018 et S4F3 #4.

Une rose et un balai de Michel Simonet

Une rose et un balai de Michel Simonet.

Éditions de la revue Conférence, collection Choses humaines, septembre 2017 (en Suisse), mars 2018 (en France), 168 pages, 20 €, ISBN 978-2-91277-197-1. Ce roman était déjà paru chez Faim de siècle en 2015 ; l’édition chez Conférence a été modifiée par l’auteur et joliment illustrée par Pierre Dupont.

Genres : littérature suisse, roman autobiographique, premier roman.

Michel Simonet naît le 12 février 1961 à Zurich (Suisse). Il grandit à Morat puis à Fribourg. Il étudie le commerce et la théologie. Il travaille comme comptable puis décide, par conviction, de devenir cantonnier en 1986 afin d’être au service et au contact des gens (voir la vidéo ci-dessous).

Une rose et un balai est un témoignage sur le métier de cantonnier que Michel Simonet exerce depuis trente ans ; le récit est plein de sagesse, de philosophie, de bon sens (« Celui qui a inventé le boulot aurait mieux fait de le terminer. », p. 91), de poésie (une ci-dessous) et non dénué d’humour. Ce balayeur hors normes est surnommé « le cantonnier à la rose » car une rose orne sa charrette (il dit son « char »).

L’auteur commence avec un avant-propos qu’il est bon de lire avant de se lancer dans la lecture proprement dite (sans jeu de mot, le propre, mais attention, c’est du propre suisse quand même) et un amusant poème, Itinéraire, clin d’œil à Joachim du Bellay, renommé ici Joachim du balai !

La lecture est agréable, amusante même, instructive parfois. Elle permet de découvrir de l’humain, de la vie, et puis la ville de Fribourg, à la fois « latine et germanique, depuis sa fondation, multiculturelle depuis quelques décennies » (p. 88), une ville conviviale, simple, populaire, ouverte, respectueuse.

Quelques extraits parce que je veux les garder, je veux les relire !

« C’est un travail ingrat, mais d’où la grâce n’est pas absente ; elle y affleure même à tout instant. » (p. 14).

« L’aube est en été la période douce de la journée, la plus agréable en attendant les grandes chaleurs. S’il se met à tomber quelques gouttes, de même que la pluie du matin n’arrête pas le pèlerin, averse de matinée n’arrête pas non plus le cantonnier. » (p. 27).

« […] je n’échangerais pas mes aurores contre des soirées tardives. » (p. 28).

« L’après-midi est aussi le moment « touristes » et l’occasion de donner des renseignements géographiques dans les deux ou trois langues que l’on a laborieusement et imparfaitement apprises au Collège. Si ce sont des Russes, des Japonais ou des Chinois, les mains et le langage de ma rose suffisent ; les appareils photos font le reste. » (p. 44).

Cette phrase m’a fait rire : « […] elle avait rendu au moins un homme heureux, celui qu’elle n’avait pas épousé. » (p. 51, en parlant d’une vieille dame qui donne chaque jour à manger aux pigeons alors que c’est interdit).

Quelles que soient les saisons et la météo : « il fait toujours un temps à mettre un cantonnier dehors. » (p. 74).

Et comme c’est la finale de Coupe du Monde (maintenant à 17 heures), je veux partager avec ceux qui aiment le foot (un sport calamiteux à mon avis, mais vous voyez je suis sympa avec ceux qui aiment le foot malgré les klaxons et les hurlements), je veux partager donc ce poème de Michel Simonet, intitulé Euro-Mundial : « Écran géant en bord de route, / Foule folle de foot. / Match au sommet, / Everest de déchets, / Shoots à la bière / Et gobalais de supparterre. / À boire et des chansons, / Canettes en boxon, / Le kop au diapason, / Et qui donne le las / En veux-tu en voilà. / Scories de fumigènes, / Terrain de jeu et mise en scène, / Ballets du ballon rond. / Du gazon au goudron, / From macadamned ! To grass. / Techniciens de deux surfaces, Footballeur, / Foot-balayeur. / But marqué, / But atteint. / But encaissé, / Char plein. » (p. 81-82). Mais on me souffle dans l’oreillette que les amateurs de foot ne sont pas amateurs de poésie, zut, j’aurais dû m’en douter, je voulais bien faire 😛

« Une utilité sociale indéniable et un rôle humain de service au sens large et ouvert constituent une grande partie du carburant qu’il convient de posséder pour remplir le réservoir de mon véhicule de fonction. Et quelle chance de travailler en Suisse où il y a une culture, je dirais presque un gène de la propreté qui est un baromètre social ! Une valeur qui n’est rien moins que résiduelle et valorise aussi le balayeur. » (p. 105). Quel entrain, quel optimisme, j’adore ! Et ce n’est pas comme ça que les fonctionnaires sont motivés en France, chaque jour les fonctionnaires entendent qu’ils sont trop nombreux et qu’ils sont payés à rien foutre ! Oserait-on dire ça à ce brave cantonnier qui pourtant se balade toute la journée ?

Et un petit dernier, sur la rose : « Ma rose. Fragile, sensible au froid et au chaud, quel pouvoir elle possède pourtant ! À la fois éphémère et signe d’éternité, elle est un symbole universel qui parle à tous, une anti-Tour de Babel, a-confessionnelle et apolitique. » (p. 145).

Quelqu’un peut-il m’aider avec le mot philoxène ? « elle [la ville] ne demande qu’à se laisser partager, si l’on veut bien être philoxène et s’en imprégner » (p. 94). Comme je ne connais pas ce mot, je l’ai cherché mais je n’ai trouvé aucune définition, que des prénoms d’hommes comme Philoxène de Cythère (poète de la Grèce antique, V-IVe siècles avant Jésus-Christ), Philoxène d’Érétrie (peintre de la Grèce antique, IVe siècle avant Jésus-Christ), Philoxène de Mabboug (théologien et évêque de l’Église d’Orient en Irak, milieu du Ve siècle) ou plus récemment Philoxène Boyer (écrivain, poète et conférencier français, 1829-1867). Rien en tant qu’adjectif ou nom commun…

Une charmante lecture que je mets dans le Challenge de l’été, Rentrée littéraire janvier 2018 et Voisins Voisines 2018 (Suisse).

Throwback Thursday livresque 2018-9

Pour ce jeudi 1er mars, le thème du Throwback Thursday livresque 2018 est « animal de compagnie » alors je vais encore vous parler de… chat ! Parce qu’avec Mon chat en vrac d’Archie Kimpton, un roman anglais fantastique plutôt jeunesse, vous allez bien rire et ça va vous faire du bien !

Et comme d’habitude le logo de BettieRose est magnifique 🙂

Brillante de Stéphanie Dupays

Brillante-DupaysBrillante de Stéphanie Dupays.

Mercure de France, mars 2016, 187 pages, 17 €, ISBN 978-2-7152-4276-0.

Genre : premier roman.

Stéphanie Dupays naît le 15 avril 1978 en Gironde. Elle étudie à l’École normale supérieure et travaille comme haut-fonctionnaire aux Affaires sociales. Elle est passionnée de littérature et de cuisine : elle a publié Le goût de la cuisine, une anthologie de textes littéraires sur la gastronomie (Mercure de France, 2015) et Brillante est son premier roman.

Claire Vermont et Antonin Desmarais sont beaux, jeunes et amoureux. « Ils forment un couple assorti et complémentaire. » (p. 14). Ils gagnent bien leur vie : elle est une brillante chef de produit développement Nutrisanté chez Nutribel, une multinationale d’agro-alimentaire qui cible bien-être et santé ; lui est trader de métaux et voyage dans le monde entier. Mais, aussi bien dans leur travail que dans leur couple, il faut « Toujours tout contrôler. » (p. 11). Alors que Claire est largement félicitée pour un projet prometteur, sa chef, Corinne, lui en confie un autre (un peu casse-gueule) : Energetis pour le développement des boissons énergétiques. Claire va se retrouver piégée, évincée par une nouvelle recrue, Mathilde Beaumel, pire, placardisée et seule. Elle va se tourner vers sa sœur, Juliette, une artiste qui mène joyeusement une vie de bohème.

68premièresfois2016Lorsque j’ai reçu ce livre, en dehors du plaisir de le recevoir, j’ai craint que l’histoire de Claire et Antonin ne me plaise pas : je vis tellement loin du monde dans lequel ils gravitent ! « […] les femmes, impeccablement maquillées et manucurées, juchées sur des talons démesurés, jupe crayon, pantalon 7/8e, veste de blazer laissant apparaître une blouse de mousseline ou un chemisier en soie. » (p. 19), « Chic et sobre. » (p. 41). Et puis j’ai découvert l’écriture – brillante ! – de Stéphanie Dupays et les deux personnages auxquels je me suis attachée, surtout Claire puisque c’est elle que le lecteur suit. Claire et Antonin gèrent leur couple comme une entreprise et franchement, je les plains ! Mais l’auteur, tout en développant leur couple, en profite pour décrire de manière réaliste le terrible monde du travail, la pauvreté d’un côté et la richesse de l’autre, le management, la sociologie, le burn-out. Lorsque Claire tombe en disgrâce, qu’elle est mise en quarantaine, considérée comme une pestiférée, il est vraiment intéressant de voir comment elle réagit aussi bien dans l’entreprise qu’avec ses proches, comment elle fait face (ou pas) à tout ça. À un moment, les heures désertes et l’ennui qu’elle ressent m’ont fait penser aux Heures souterraines de Delphine de Vigan. Brillante est vraiment brillant, un coup de maître pour un premier roman et un coup de cœur pour moi !

Challenge-Rentree-litteraire-janvier-2016Mon passage préféré, à méditer sur le monde du travail… : « Chez Nutribel, le management a réussi ce tour de force : le salarié va de son plein gré au-delà de la relation contractuelle avec le groupe, le surmoi a remplacé le contremaître, la passion pour l’entreprise le pousse à s’investir avec une intensité infiniment supérieure à ce qu’il aurait fait sous la contrainte. Le salarié donne tout à l’entreprise car il s’identifie totalement à elle, se fond en elle. Il n’est pas contre l’entreprise, il est l’entreprise. » (p. 56). Car il ne faut pas oublier que le travail, c’est « De l’argent contre du temps, quel marché de dupes, le monde du travail. » (p. 92).

DefiPremierRoman2016Je remercie Natacha qui m’a envoyé ce roman et Claire qui a fait circuler son exemplaire personnel dans le cadre des 68 premières fois 2016. Une excellente lecture que je mets dans les challenges Défi premier roman 2016 et Rentrée littéraire janvier 2016.