Deux gouttes d’eau de Jacques Expert

Deux gouttes d’eau de Jacques Expert.

Sonatine, janvier 2015, 336 pages, 19 €, ISBN 978-2-35584-316-7.

Genres : littérature française, roman policier.

Jacques Expert naît en 1956 à Bordeaux. Il est journaliste, producteur et directeur de programmes pour la télévision (TF1, M6, Paris Première, RTL). Deux gouttes d’eau est son troisième roman chez Sonatine après Adieu (2012) et Qui ? (2013) mais d’autres romans sont parus depuis 1989 chez d’autres éditeurs.

Après des années d’échecs et de déceptions, Sophie est enfin enceinte. C’est la première échographie à laquelle est présent Philippe Deloye, le futur papa. Et c’est une totale surprise, Sophie attend des jumeaux !

Des années plus tard, Élodie Favereau, 27 ans, est massacrée et décapitée à la hache dans son appartement de Boulogne-Billancourt. Les caméras de surveillance montrent Antoine Deloye, son compagnon. Le commissaire Étienne Brunet et le commissaire-divisionnaire Robert Laforge sont chargés de l’enquête. Mais Antoine Deloye, 28 ans, en larmes, nie toute implication. « Ce n’est pas moi […] C’est Franck […] Mon frère. Mon frère jumeau. C’est lui… Forcément… » (p. 26). Le problème, c’est que, s’ils ont deux caractères différents, les deux frères se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Et que Franck Deloye s’est présenté de lui-même au commissariat pour savoir ce que son frère avait encore fait ! « Plus tard, lorsqu’ils reparleront de cette première rencontre avec Franck Deloye, Laforge confiera à Brunet qu’à l’instant où il avait vu le frère d’Antoine, il avait compris que cette enquête en apparence si simple avait dérapé. Franck pouvait être l’assassin d’Élodie Favereau. Il ne lui accorde pas la moindre confiance. Et si Antoine disait la vérité ! La question s’impose à lui. » (p. 55).

Les chapitres concernant l’enquête alternent avec des chapitres en italique dans lesquels l’auteur présente l’enfance puis l’adolescence des jumeaux et les problèmes que leurs parents rencontrent. « […] ils se faisaient violence pour cacher leur désarroi quand ils étaient en leur présence. Ils s’ingéniaient à se comporter comme si tout allait bien. Mais quand ils se retrouvaient seuls, ils avaient des discussions interminables au cours desquelles ils tentaient maladroitement de se remonter le moral, de se dire qu’il n’y avait rien de si dramatique, finissant toujours pas conclure que la situation les minait de l’intérieur. » (p. 179-180).

Voici un roman rondement mené ! Je vous avoue que j’ai pensé Antoine innocent et Franck coupable, je ne sais trop pourquoi, peut-être que l’auteur veut emmener le lecteur à penser ça, puis à douter, à s’interroger sur la gémellité mais qui est coupable, Antoine, Franck ? C’est en lisant le roman, glaçant, intense et fascinant, que vous le découvrirez parce que Jacques Expert est véritablement un expert ! (bon, je sais, il était facile ce jeu de mots).

Un excellent roman policier (psychologique et machiavélique) pour Challenge lecture 2021 (catégorie 6, un livre dont le titre contient le nom d’une boisson pour Eau, mais j’aurais pu le mettre dans la catégorie 11, un livre dont le titre comprend un nombre), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Aliment/Boisson pour Eau) et Polar et thriller 2020-2021.

Le bureau du mariage idéal d’Allison Montclair + réflexion sur le cozy mystery

Une enquête de Sparks & Bainbridge – Le bureau du mariage idéal d’Allison Montclair.

10/18, collection Grands détectives, octobre 2020, 384 pages, 8,10 €, ISBN 978-2-26407-683-0. The Right Sort of Man: A Sparks & Bainbridge Mystery (2019) est traduit de l’anglais par Anne-Marie Carrière.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Allison Montclair… Peu d’infos sur elle. Ce serait un pseudonyme d’une autrice anglaise ayant déjà écrit de la fantasy et de la science-fiction mais GoodReads dit que The Right Sort of Man: A Sparks & Bainbridge Mystery (2019) est son premier roman. Elle grandit avec les livres d’Agatha Christie et les films de James Bond d’où sa passion pour les intrigues criminelles et l’espionnage. Du même auteur : Cozy Case Files, A Cozy Mystery Sampler (tomes 6 en 2019 et 9 en 2020), ainsi que A Royal Affair: A Sparks & Bainbridge Mystery (juillet 2020) et A Rogue’s Company: A Sparks & Bainbridge Mystery (annoncé pour juin 2021).

Londres, 1946. Miss Iris Sparks (célibataire de 28 ans) et Mrs Gwendolyn Bainbridge (jeune veuve de guerre) ont créé une agence matrimoniale, le Bureau du mariage idéal il y a trois mois. Et ça fonctionne bien, elles ont déjà une centaine de clientes, presque une centaine de clients et elles sont douées. Mais leur nouvelle cliente, Matilda (Tillie) La Salle, est poignardée et les policiers de Scotland Yard pensent que le tueur est l’homme avec qui elle avait rendez-vous, Richard (Dickie) Trower. « – Vous croyez sincèrement à l’innocence de Dickie Trower ?– Plus que jamais. Que Dieu lui vienne en aide, car la police, elle, n’y croit pas. – Dans ce cas, nous devons lui prêter main forte, affirma Gwen. En clair, nous devons démasquer le véritable assassin. » (p. 70).

Non seulement Iris et Gwen pensent que Dickie est innocent mais elles doivent renflouer la respectabilité de leur agence ! Pendant que Gwen rend visite à Dickie à la prison de Brixton, Iris doit mettre dehors Gareth Pontefract, un journaliste mufle qui va les harceler… « Ce crapaud visqueux du Daily Mirror ? » (p. 122).

Au fur et à mesure de la lecture, le passé et le caractère d’Iris et de Gwen se mettent en place (par bribes, il y a encore beaucoup de choses à apprendre, ou pas selon ce que l’autrice dévoilera dans les prochains tomes) mais mon personnage préféré est l’ami d’Iris, Sally Danielli, médaillé militaire qui rêve de devenir dramaturge et qui les aide régulièrement.

Le lecteur découvre des personnages attachants et la ville de Londres en partie détruite après le Blitz avec le rationnement, les trafics, le marché noir et l’envie de revivre normalement. Mais Iris et Gwen vont se mettre en danger… « Je faisais un rapport à ma hiérarchie. Et non, vous ne pourrez pas le vérifier, parce que vous n’aurez pas leurs noms. Et vous avez intérêt à me croire sur parole, parce que vous ne saurez rien d’autres. D’ailleurs, vous en savez déjà trop. » p. 257).

Qu’est-ce que le cozy mystery ? Mot à mot, ça signifie « mystère douillet » (enfin « douillet mystère » puisque l’adjectif se met avant le nom en anglais), ce qui donne déjà une petite idée mais je vais un peu développer. Deux séries fondatrices et incontournables, la pionnière Miss Maud Silver (1928-1961) de Patricia Wentworth (1878-1961) [L’affaire est close] et la précurseur(e) Miss (Jane) Marple (1930-1976) d’Agatha Christie (1890-1976). Les points communs ? Les deux autrices sont Anglaises et elles ont chacune créé une héroïne qui résout les enquêtes en restant douillettement chez elle (même s’il y a tout de même quelques excursions à l’extérieur). Les Anglais les avaient surnommées les armchair detectives (c’est-à-dire les détectives en fauteuil).

Il y a recrudescence de publications ces dernières années avec les séries les plus connues comme Agatha Raisin ou Hamish Macbeth de M.C. Beaton [Agatha Raisin enquête – La quiche fatale, Hamish Macbeth 1 – Qui prend la mouche, Hamish Macbeth 2 – Qui va à la chasse], Les détectives du Yorkshire de Julia Chapman [Rendez-vous avec le crime], ma préférée, Son espionne royale de Rhys Bowen [Son espionne royale mène l’enquête, Son espionne royale et le mystère bavarois, Son espionne royale et la partie de chasse] et d’autres que je n’ai pas (encore) lues. Les autrices majoritairement sont Anglaises, leurs héroïnes des jeunes femmes qui ne sont pas officiellement policières (amateurs mais efficaces ! Elles ont parfois un contact dans la police) et elles ne sont plus détectives en fauteuil (plutôt âgées) mais jeunes, jolies, intelligentes et actives.

Alors est-ce toujours du cozy mystery ? Oui, parce que l’histoire n’est pas très violente (pas de serial killer mais des meurtriers classiques), pas vulgaire (les jeunes enquêtrices amateurs sont bien éduquées et ont même parfois un travail) mais les énigmes ne se résolvent pas toutes seules et les enquêtrices peuvent être en danger, toutefois cela reste toujours confortable et pour elles et pour les lecteurs. Attention, il y a aussi des auteurs masculins de cozy mystery comme M.R.C. Kasasian [Les enquêtes de Middleton & Grice – Petits meurtres à Mangle Street et La malédiction de la Maison Foskett]. Alors, avez-vous déjà lu du cozy mystery ?

Une excellente lecture (je veux la suite !) que je mets dans les challenges A year in England, British Mysteries #6, Challenge lecture 2021 (catégorie 34, un livre qui se passe au Royaume-Uni), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour bureau qui n’est pas ici un meuble mais un lieu loué dans un immeuble), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines (Angleterre).

Tous les péchés sont capitaux de Daria Desombre

Tous les péchés sont capitaux de Daria Desombre.

Le Masque, collection Grands formats, mars 2019, 384 pages, 21,50 €, ISBN 978-2-70244-907-3. Призрак Небесного Иерусалима – Prizrak Nebesnogo Ierusalima (2014) est traduit du russe par Julia Chardavoine.

Genres : littérature russe, roman policier.

Daria Desombre naît à Saint-Pétersbourg en Russie. Elle étudie l’Art à L’Hermitage, l’anglais et l’espagnol à Moscou, la mode à l’Institut français de la mode à Paris. Elle vit à Bruxelles mais écrit des scénarios pour le cinéma russe et ukrainien.

Macha Karavaï avait 12 ans lorsque son père, Fiodor, a été tué. Elle est maintenant, à 23 ans, étudiante en droit et sa mère, Natacha, a une relation avec un médecin diplômé de psychologie que Macha surnomme Paspapa. Elle a confié son mémoire sur les « meurtres en série donnés pour des accidents » au professeur Oursolovitch et va faire son stage à la Petrovka. Son père était avocat et ses « derniers procès […] avaient été difficiles. Au-delà des cas individuels, ils avaient dévoilé au grand jour l’injustice sociale et la bassesse de l’existence humaine. » (p. 44).

Andreï Yakovlev, est capitaine de police. La veille, il est rentré avec un chien errant qu’il a appelé Marilyn et qui a bouffé toutes ses boulettes ! Le lendemain matin, dans le bureau du colonel Anioutine, il rencontre la stagiaire, Macha. Il est de fort méchante humeur… Lorsqu’il est appelé sur les bords de la Moskova où le corps d’un homme a été repêché, il n’emmène pas Macha sur le terrain, elle n’a qu’à compulser les dossiers d’accidents des deux dernières années pour voir si c’était des meurtres ! Le capitaine remarque le nombre 14 sur l’arrière du crâne du mort. « Andreï concevait chaque nouvelle affaire comme un bloc de pierre à hisser au sommet d’une montagne. Il fallait le pousser progressivement jusqu’à réussir à le déplacer, ne serait-ce qu’un petit peu. » (p. 37). Le mort, Elnik, né en 1970, était un tueur à gages qui « s’était rangé depuis longtemps […] vivait à la campagne [et] ne voyait plus personne. » (p. 65).

Les chapitres alternent entre Macha et Andreï ; ils sont courts, le roman est un vrai page turner. Au bout d’un moment, le lecteur fait la connaissance d’Innokenti, l’ami de Macha, historien et jeune antiquaire, et il est intégré dans l’alternance des chapitres car Macha lui a parlé des enquêtes qu’elle suivait. Pour expliquer Ierusalima dans le titre russe, je dois dire qu’Innokenti découvre, en observant une carte de Moscou avec les endroits où les meurtres ont eu lieu, la Jérusalem céleste (p. 85). C’est que, en mai 1453, lorsque Constantinople tombe aux mains de l’Empire ottoman, « l’orthodoxie perd son centre. Les dirigeants orthodoxes de la grande-principauté de Moscou se prennent alors à rêver de construire la Nouvelle Jérusalem sur le territoire de Moscou. » (professeur Ilia Gluzman, p. 89).

En tout cas, Macha pense à un tueur en série et elle a déjà quelques arguments ce qui attire l’attention d’Andreï. « Je voulais vous dire que votre théorie n’est pas complètement inintéressante. Même si mes critiques sont totalement fondées. Vos hypothèses sont bonnes, mais elles sont lourdes de conséquences, si vous voyez ce que je veux dire. Ce n’est pas juste un délire médiéval. Si on a affaire à un tueur en série, il va falloir brasser plus large et mettre toute l’équipe sur le coup. Mais pour ça, on doit avoir des arguments béton. Sinon on n’obtiendra jamais les renforts ni les ressources nécessaires. » (p. 117).

Ce n’est pas suffisant pour Andreï mais il laisse Macha enquêter avec son ami Innokenti et ce qu’ils vont apprendre vont alors l’intéresser. « Plus ils avançaient dans la liste, plus Andreï devenait sérieux. Macha comprit qu’elle l’avait convaincu. Il avait fini par les croire ! Et il était effrayé désormais. Qui n’aurait pas eu peur à sa place ? Cet assassin était plus que glaçant. Non seulement il était au courant de nos moindres péchés, mais en plus il les numérotait selon une mystérieuse liste et choisissait des endroits très précis pour abandonner les corps. Il tissait sa toile d’araignée avec la même précision et méticulosité qu’un comptable devant son tableur Excel. » (p. 199-200).

Et ne pensez pas qu’il y a 7 péchés capitaux et donc 7 victimes ! Chez les Orthodoxes, tous les péchés sont capitaux, eh oui ! Macha et Innokenti les appellent les Tourments et le tueur en série le Tourmenteur. Il y a donc beaucoup de cadavres et beaucoup de violence. Mais aussi de l’humour russe : « Tu es tellement parfait que quand je suis en face de toi, je me compare automatiquement et je ne vois que mes défauts. Regarde : tu es beau, tu es élégant, tu sais très bien recevoir, tu fais merveilleusement la cuisine… Toutes les filles rêveraient de partager tout cet électroménager avec toi ! » (p. 295). Et malheureusement deux petites fautes… « un âme charitable » (p. 282) et « tout à tour » (p. 310).

Mais, un 2e tome est paru en septembre 2020, Les disparues du tableau, et j’ai très envie de le lire parce que la relation entre Macha et Andreï est classique et évolue de façon classique mais je les aime bien, ces deux-là, et Marilyn aussi !

Pour Animaux du monde #3 (avec le chien qu’Andreï appelle Marilyn alors que c’est un mâle…), Challenge lecture 2021 (catégorie 42, un livre qui comporte au moins trois morts), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Adjectif avec capitaux), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2021 (Russie).

Mois du polar – février 2021

Il est de retour du 1er au 28 février 2021, le Mois du polar organisé par Sharon du blog Des livres et Sharon.

Infos et inscription chez Sharon avec plusieurs nouveaux logos ! J’en ai choisi un seul parce que le billet est trop court pour en mettre plusieurs + le groupe FB.

Mes lectures pour ce challenge

1. La mémoire du temps de Frank Leduc (Nouveaux auteurs, 2020, France)

2. Tous les péchés sont capitaux de Daria Desombre (Le Masque, 2019, Russie)

3. Le bureau du mariage idéal d’Allison Montclair + réflexion sur le cozy mystery (10/18, 2020, Angleterre)

4. Chronique d’une mort annoncée de Gabriel García Márquez (Le livre de poche, 2019 (1981), Colombie)

5. Deux gouttes d’eau de Jacques Expert (Sonatine, 2015, France)

La princesse au visage de nuit de David Bry

La princesse au visage de nuit de David Bry.

L’homme sans nom, collection Fantastic, octobre 2020, 280 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-918541-72-1.

Genres : littérature française, roman policier, fantastique.

David Bry naît en région parisienne mais vit dans plusieurs régions de France. Sa passion depuis l’enfance : la lecture. Il écrit sa première nouvelle à 9 ans et son premier roman à 12 ans. Son domaine de prédilection : l’imaginaire avec excursion dans le policier. Invité aux Imaginales 2019, il est leur coup de cœur et vous pouvez consulter sa bibliographie (chez plusieurs éditeurs). Du même auteur chez L’homme sans nom : Que passe l’hiver (2017).

Il y a vingt ans, Hugo Pelletier a quitté son village natal. Il y revient pour l’enterrement de ses parents morts dans un accident de la route. Il y retrouve le père Legrand, Anne Pirier qu’il a connue enfant et qui est maintenant gendarme et la mère de la jeune femme devenue alcoolique. « Puissiez-vous brûler, en enfer, murmura-t-il. » (p. 15) alors que le curé dit « Que Dieu vous pardonne, s’il le peut. » (p. 15).

Qu’ont bien pu faire les parents de Hugo ? La vieille Lisenne dit que « la princesse au visage de nuit […] s’est réveillée. » (p. 16). Et cette vieille légende semble mettre en émoi tout le village de Saint-Cyr alors que Sophie Pirier et Pierre Sitret ont disparu il y a vingt ans. « Lisenne. La sorcière. Celle qui connaît les histoires et les légendes. » (p. 122). En tout cas, les freins de la voiture du couple Pelletier ont été sabotés et les empruntes retrouvées sont celles de leur fils, Hugo ! Comment est-ce possible ? Suspecté, le jeune homme n’a pas le droit de retourner à Paris alors qu’un de ses amis proches a fait une tentative de suicide.

Anne croit Hugo innocent et elle continue toujours d’enquêter sur la disparition de sa sœur aîné, Sophie. « Tu crois que la mort de mes parents pourrait être liée à ce qu’il s’est passé il y a vingt ans ? » (p. 66). L’enquête – qui ne dure que dix jours avant le solstice d’été – va être douloureuse et faire remonter à la surface des choses bien désagréables… et bien extraordinaires ! « Ils croient que les légendes sont des contes pour enfants, l’interrompt-elle, qu’il n’y a rien de vrai dans ces histoires. Les imbéciles ! » (p. 233).

Je veux d’abord parler de l’édition qui est très soignée, ce n’est pas que le roman soit illustré mais presque : il y a des branches à chaque nouvelle partie et à chaque nouveau chapitre, c’est vraiment joli, et le lecteur a l’impression d’être, comme le village, entouré de forêt (qui est parfois terrifiante). Ensuite, au sujet du roman, j’ai aimé cette fusion des genres, policier et fantastique, il y a une ambiance un peu malsaine, une certaine noirceur, une sacrée brochette de personnages (euh… un peu biscornus) et c’est une belle réussite. C’est la première fois que je lisais David Bry et sûrement pas la dernière ! Et vous, avez-vous déjà lu cet auteur qui sait très bien lier le passé et le présent, la légende et le réel ? La princesse au visage de nuit est rythmé, dense et tragique, un véritable page turner. Hugo va apprendre qu’il est possible de survivre aux traumatismes de l’enfance.

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 8, lu en un week-end), Contes et légendes #3, Littérature de l’imaginaire #9, Polar et thriller 2020-2021.

Octobre de Søren Sveistrup

Octobre de Søren Sveistrup.

Albin Michel, février 2019, 640 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-22643-899-7. Kastanjemanden (2018) est traduit du danois par Caroline Berg. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, février 2020, 736 pages, 9,20 €, ISBN 978-2-25324-153-9.

Genres : littérature danoise, roman policier.

Søren Sveistrup naît le 7 janvier 1968 à Kastrup (banlieue de Copenhague) au Danemark. Il est scénariste, plus spécialement connu pour la série télévisée Forbrydelsen c’est-à-dire The Killing. Octobre est son premier roman et a reçu le prix Barry 2020 (prix littéraire policier décerné depuis 1997).

Octobre 1989. Marius Larsen, commissaire proche de la retraite, se rend à la ferme d’Ørum pour un problème de bétail mais, sur place, c’est l’horreur !

Octobre « de nos jours ». Laura Kjær est torturée… « Quand elle revient à elle, elle ignore combien de temps elle est restée évanouie. Il fait encore noir. La voix est toujours là et on dirait presque qu’elle lui a manqué […]. » (p. 21).

Alors que, pour Rosa Hartung, ministre des Affaires sociales, c’est la rentrée parlementaire, Naia Thulin, une jeune inspectrice de la Crim’ depuis 8 mois se rend avec un agent d’Europol sur une scène de crime. « La victime s’appelle Laura Kjær, elle a 37 ans et elle travaillait comme assistante dentaire dans un cabinet de groupe dans le centre de Copenhague. Il semble qu’elle soit allée se coucher et se soit fait surprendre dans son lit par son agresseur. Son petit garçon de 9 ans qui dormait dans sa chambre, située au bout du couloir, n’a rien vu, rien entendu. » (p. 48). Sur la scène de crime, un bonhomme en marrons et une seule empreinte dessus, celle de Kristine Hartung, la fille de la ministre, disparue il y a un an !

L’enquête se révèle difficile, compliquée même car l’agent d’Europol (depuis 5 ans), Mark Hess, un Danois, a en fait été mis à pied par son patron, Freimann…

Mais quelques jours après, c’est Ann Sejer-Lassen qui est torturée et, sur son épaule, un bonhomme en marrons avec toujours les empreintes de Kristine Hartung. Quant aux maris des deux femmes mortes, Hans Henrik Hauge et Erik Sejer-Lassen, ils ne sont pas clean du tout… « Notre assassin se doute sûrement que nous nous apercevrons tôt ou tard que ses victimes ont été signalées aux services sociaux. » (p. 332).

Attention où vous allez mettre les pieds et les yeux. « Contrairement à Hess, Thulin n’a jamais mis les pieds dans un quartier de haute sécurité, même si elle en a évidemment entendu parler. Cet endroit, plus connu sous le nom de QHS psychiatrique, est la plus grande unité pénitentiaire pour malades mentaux du pays. Les quelque trente détenus qui s’y trouvent ont été jugés sur la base de ce qu’on appelle le degré de dangerosité particulière, que les instances juridiques peuvent utiliser dans les rares cas où l’on estime que le criminel jugé est un danger permanent pour ses congénères. Quand cette dangerosité est mise sur le compte d’une pathologie mentale, le détenu est enfermé dans ce QHS psychiatrique, un établissement à mi-chemin entre un hôpital psychiatrique et une prison de haute sécurité. Ceux qui y sont internés le sont toujours pour une durée indéterminée. Parmi les détenus, appelés ici des patients, on trouve des assassins, des pédophiles, des tueurs en série et des pyromanes. Certains d’entre eux ne seront jamais autorisés à reprendre leur place dans la société, parce que leur pathologie les rend imprévisibles et que les psychiatres jugent qu’ils le resteront indéfiniment. » (p. 435-436).

Octobre est un premier roman énorme (pas seulement par son nombre de pages), violent (mais pas trop glauque), intense, intelligent, mené de mains de maître (ils sont forts, ces Scandinaves !) et j’ai hâte que cet auteur publie un autre titre. Tout est bien ficelé, les personnages sont soignés, l’intrigue, le suspense et le rythme sont au top, et je n’ai pas vu le temps passer durant la lecture de ces 700 et quelques pages. Je verrais bien Octobre adapté en série ou en film (et pas seulement parce que l’auteur est scénariste).

Un roman policier idéal pour Décembre nordique que je mets également dans les challenges Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Danemark).

Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 22.

Angor de Franck Thilliez

Angor de Franck Thilliez.

Fleuve, collection Fleuve noir, octobre 2017, 624 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-26509-869-5.

Genres : littérature française, roman policier, thriller.

Franck Thilliez naît le 15 octobre 1973 à Annecy (Haute-Savoie). Il étudie à l’ISEN Lille pour devenir ingénieur en nouvelles technologies. Puis devient romancier (romans policiers, thrillers, une vingtaine depuis 2002), nouvelliste et scénariste (téléfilms et séries policières). Angor est le 8e roman de la série Sharko & Henneblle. Plus d’infos sur son site officiel.

Camille Thibaut, 32 ans, est gendarme à la cellule d’investigation criminelle (CIC) de Villeneuve d’Ascq dans le Nord. Elle a reçu une greffe du cœur et fait des cauchemars… C’est pourquoi, depuis un an, sous l’œil attentif de son chat, Brindille, elle épluche les faits divers d’accidents mortels de France, Belgique et Suisse qui ont eu lieu les trois jours avant la greffe. « Cette femme dans mon rêve, elle s’adresse à moi. Elle veut que je lui vienne en aide. […] On dirait qu’elle a été kidnappée, retenue quelque part. Elle est terrorisée. Le plus étonnant, c’est cette clarté du rêve, ces petits détails dont je me souviens. Ça ressemble à de vrais souvenirs. Quelque chose que… je ne sais pas, que j’aurais vu, ou vécu. C’est improbable.  » (p. 13). Mais, sur le terrain, avec le lieutenant Boris Levak, elle s’effondre, crise cardiaque.

« Quatre jours plus tard, à cent-cinquante kilomètres de là » (p. 22), Jules et Armand, deux employés de l’Office national des forêts (ONF) constatent les dégâts de la tempête dans la forêt de Laigue dans l’Oise. Un énorme chêne déraciné est tombé sur d’autres arbres qui ont toutefois tenu le coup. « Va falloir le traiter en priorité. C’est dangereux. S’il s’effondre vraiment, il emporte tout avec lui. […] Il n’y avait presque plus de vent, le ciel avait retrouvé sa teinte cobalt, mais le bois continuait à craquer. La forêt était vivante, elle souffrait, gémissait, pansait ses plaies. » (p. 24). Mais lorsque Jules regarde dans le trou des racines, « une main […] lui agrippa les cheveux et tira de toutes ses forces. Englouti dans l’obscurité, Jules hurla. » (p. 26).

Au même moment, un autre Jules hurle ! Lucie Hennebelle, dix ans après ses jumelles, a mis au monde deux jumeaux, Jules et Adrien. Ils ont deux mois et le papa n’est autre que Franck Sharko. « Certes, ils ne remplaceraient jamais les jumelles de Lucie, Clara et Juliette, ni Éloïse, la fille de Franck, mais ces bébés portaient en eux tout ce que leurs parents avaient perdu. Ils grandiraient avec les yeux de ces enfants qui n’étaient plus là. Leurs trois demi-sœurs défuntes… » (p. 30). C’est pendant qu’il donne le biberon à Jules que le téléphone de Sharko sonne. Il doit aller dans la forêt où une femme a été retrouvée aveugle dans le trou du chêne.

Mais, revenons à Camille qui s’est réveillée à l’hôpital de Lille où le Dr Calmette s’occupe d’elle. « La bonne nouvelle, c’est que vous avez ressenti l’angor. Cela arrive chez deux ou trois pour cent des personnes greffées du cœur. » (p. 52). « Il s’agit d’une douleur vive dans la poitrine que le receveur, normalement, ne peut pas ressentir. Lorsqu’on prélève le cœur chez un donneur, on sectionne évidemment toutes les terminaisons nerveuses. Ces dernières ne sont jamais rétablies chez le receveur. Durant l’opération de greffe, on reconnecte les veines, les artères, pas les nerfs. Et donc, dans la plupart des cas, le greffon est insensible à toute douleur. On pourrait vous planter une aiguille dans le cœur, vous ne sentiriez rien. […] Dans de très rares cas, qu’on n’arrive pas encore à expliquer, les terminaisons nerveuses du greffon se reconnectent d’elles-mêmes avec le système nerveux de l’hôte, comme si le cœur étranger cherchait à conquérir son nouveau territoire. À s’intégrer complètement à son porteur, y compris jusque dans ses ramifications les plus complexes… » (p. 54).

Les enquêtes de Camille et de Sharko, qui ne se connaissent pas, vont se rejoindre, ainsi que l’enquête menée par Nicolas Bellanger, commissaire de police au 36 quai des Orfèvres. Et, en plus, Lucie, qui est encore en congés pour deux semaines, va elle aussi enquêter en parallèle en secret. « L’horreur. Juste là, sur l’écran de sa tablette reliée à Internet. » (p. 169). Bizarrement, là où Sharko et son équipe enquêtent, une jeune gendarme qui dit s’appeler Cathy Lambres est déjà passée… « C’est ça le Mal, tu comprends ? Il se répand dans les esprits, dans chaque individualité, comme un virus qu’on ne peut arrêter. » (p. 250-251).

J’aime les personnages que Thilliez crée et je trouve agréable de les suivre dans les différents romans (même si je ne les ai pas encore tous lus, et pas lus dans l’ordre chronologique…) ; j’aime aussi la construction de ses romans sacrément musclés et le fait que tout soit bien documenté au niveau scientifique (greffes, corps conservés) et historique (crime organisé au niveau international, Histoire espagnole et argentine). En tout cas, leurs enquêtes vont loin dans la violence, dans la brutalité, dans la folie humaine. « Le sexe, le pouvoir, l’argent. Réunis tout ça dans un seul homme, et tu en fais un prédateur redoutable. C’est peut-être à ce genre d’individus qu’on est confrontés en ce moment. » (p. 378). Les thèmes abordés dans Angor sont larges, les greffes et leurs complications, le culte fanatique des criminels, des enfants volés en Espagne (durant le franquisme) et en Argentine, le trafic d’organes avec l’Europe de l’Est. Un excellent thriller implacable ! Je ne peux pas comparer avec les autres titres parce que, pour l’instant, je n’ai lu que Gataca (je publierai ma note de lecture) mais je peux dire que c’est toujours violent, sombre, et je vais lire la suite, Pandemia, ainsi que d’autres titres.

Pour le Challenge du confinement (case Thriller) et Polar et thriller 2020-2021. Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 18.

Le bonhomme de neige de Jo Nesbø

Le bonhomme de neige de Jo Nesbø.

Gallimard, collection Série noire, mai 2008, 528 pages, 22 €, ISBN 978-2-07078-641-1. Snømannen (2007) est traduit du norvégien par Alex Fouillet.

Genres : littérature norvégienne, roman policier.

Jo Nesbø naît le 29 mars 1960 à Oslo (Norvège). Jeune footballeur, étudiant à la Norwegian School of Economics à Bergen, journaliste économique, auteur compositeur interprète du groupe de pop rock Di Derre, avec son frère Knut Nesbø, de 1992-1998 (j’ai écouté quelques titres, c’est pas mal), le voici maintenant romancier (romans policiers et littérature jeunesse) depuis 1997, nouvelliste et scénariste. C’est la première fois que je lis cet auteur mais j’ai vu (et apprécié) la série télévisée Occupied.

Le bonhomme de neige est le 7e tome de Une enquête de l’inspecteur Harry Hole. Zut, moi qui pensais commencer par le début… En tout cas, en 2017, ce roman est adapté au cinéma par Tomas Alfredson (réalisateur suédois) avec Michael Fassbender (acteur germano-irlandais) dans le rôle de l’inspecteur Harry Hole (mais je n’ai pas vu ce film).

5 novembre 1980, la neige arrive sur Lillestrøm. Sara Kvinesland rend visite à son amant avant qu’il ne déménage. Son fils l’attend dans la voiture. Lorsqu’elle revient quarante minutes plus tard, il lui dit qu’il a vu le bonhomme de neige et « Nous allons mourir. » (p. 17).

2 novembre 2004. Harry Hole, à 40 ans, est inspecteur principal à la Brigade criminelle d’Oslo. Son service doit enquêter sur une femme disparue depuis un an. « Elle était femme au foyer, et avait été vue pour la dernière fois au jardin d’enfants où elle avait déposé son fils et sa fille, le matin même. » (p. 27-28). Une nouvelle enquêtrice, Katrine Bratt, est affectée à la brigade.

Dans la nuit du 2 au 3 novembre, Birte Becker disparaît laissant seul son fils de 10 ans, Jonas. Le père, Filip, professeur, est à Bergen. Hole et son équipe sont sur l’affaire. En fait, un bonhomme de neige est apparu dans leur jardin et, au lieu de regarder la route, ses yeux en charbon sont dirigés vers la maison et autour du cou, il a l’écharpe rose de Birte…

« Ça, c’est une des vieilles affaires de Hole, non ? […] Il croyait qu’il y avait un tueur en série dans la nature. […] tu sais sans doute qu’il se trompait ? Et que ce n’’était pas non plus la première fois. Il est littéralement obsédé par les tueurs en série, Hole. Il se croit aux États-Unis. Mais il n’a pas encore trouvé le sien dans ce pays. » (p. 76). C’est que Harry Hole a suivi une formation au FBI et qu’il est spécialisé dans les tueurs en série. Et, surtout, il a reçu cette lettre : « La première neige ne tardera pas. Et il resurgira alors. Le bonhomme de neige. Et quand la neige aura disparu, il aura de nouveau pris quelqu’un. Ce que tu devrais te demander, c’est ceci : ‘Qui a fait le bonhomme de neige ? Qui fait les bonhommes de neige ? Qui a enfanté The Murri ?’ Car le bonhomme de neige lui-même ne le sait pas. » (p. 91) alors il est sûr qu’il y a un tueur en série !

Une femme disparue, une autre dont la tête est retrouvée sur un bonhomme de neige, une clinique de chirurgie plastique, le syndrome de Fahr, un flic kleptomane de Bergen disparu depuis plus de dix ans années, l’enquête suit plusieurs pistes. « Le meurtrier en série est un narcissique qui met en scène une pièce dans laquelle il tient le rôle principal ; l’invincible, le plus puissant, celui qui triomphe à la fin. » (p. 200).

Côté perso, Harry Hole se remet doucement de sa séparation d’avec Rakel qui compte épouser un autre homme mais ils continuent de se voir et Hole peut également voir Oleg, 12 ans, dont il s’est occupé comme d’un fils.

Une phrase à méditer. « Plus je vieillis, plus je suis d’avis que le mal est le mal, avec ou sans maladie mentale. » (Ståle Aune, p. 519).

L’enquête est assez rapide, elle dure 3 semaines (donc du 2 au 23 novembre) mais le roman trouve son épilogue en décembre. Une enquête violente, brutale, qui ne fait pas la part belle aux journalistes et à certains policiers prêts à balancer pour sauver leur peau… Mais Harry Hole semble invulnérable. Et les personnages qui l’entourent sont divers et attachants (pour la plupart). De plus, la musique a une grande importance (le lecteur sent que l’auteur est aussi musicien) et il y a une véritable bande son pop rock. Le bonhomme de neige est un polar dense et efficace et je lirai d’autres titres de Jo Nesbø, c’est sûr et certain !

Pour le Challenge du confinement (case Policier), Décembre nordique, Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Norvège). Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 17.

Cet été là de Lee Martin

Cet été là de Lee Martin.

Sonatine, février 2017, 320 pages, 21 €, ISBN 978-2-35584-558-1. The Bright Forever (2005) est traduit de l’américain par Fabrice Pointeau. Le roman est paru en poche, chez 10/18, en février 2018.

Genres : littérature états-unienne, roman policier.

Lee Martin naît en 1955 à Little Egypt dans l’Illinois (États-Unis). Il étudie la littérature (licence à l’université d’Illinois-Est, master à l’université d’Arkansas et thèse à l’université de Nebraska-Lincoln). Il enseigne la littérature romanesque et il est écrivain (depuis 1989). Parmi ses romans et ses nouvelles, j’ai l’impression que Cet été-là est le seul traduit en français pour l’instant. Ce roman a été finaliste pour le Prix Pulitzer 2006. Plus d’infos sur son site officiel.

Une petite ville de l’Indiana. La chaleur étouffante de l’été. Katie Mackey, 9 ans, part à vélo pour rendre des livres à la bibliothèque et disparaît.

Trente ans après, quelques personnes se rappellent et témoignent à nouveau. Son frère aîné, Gilley, qui avait 17 ans à l’époque. Son professeur, Henry Dees, un peu voyeur parce que seul. Raymond R. qui était soupçonné. Et même une vieille dame de 82 ans, Clare, dont le deuxième mari, Raymond R., dit en préambule : « Je ne dis pas que je ne l’ai pas fait. Je ne sais pas. » (p. 11).

Il fait beau, c’est l’été, les vacances, l’histoire est presque douce, poétique, « Vous devez savoir combien l’été peut être merveilleux dans cette partie de l’Indiana. » (Clare, p. 76) si ce n’est qu’une fillette a disparu et tout cela met le lecteur mal à l’aise. Peut-on se fier aux témoignages de l’époque et à ceux de trente ans après ? Qui dit la vérité, qui ment ou omet des choses ? « Mais les faits ne racontent pas toute l’histoire. Ils ne le font jamais. Pour ça, je crains que vous ayez besoin de moi. Je suis tout ce que vous avez. » (M. Dees, p. 189). L’histoire va se démêler peu à peu comme une pelote de laine et c’est terrifiant ! « On peut faire comme si la vie continuait quand en réalité on est constamment piégé dans un moment qu’on ne pourra jamais changer. » (Gilley, p. 273).

Une lecture prenante (je l’ai lu en mars et je m’en rappelle encore très bien, oui je sais je rattrape le retard dans quelques notes de lectures) que je mets dans Polar et thriller 2020-2021.

Below Zero de C.J. Box

Below Zero de C.J. Box.

Calmann Lévy, janvier 2012, 360 pages, 25,10 €, ISBN 978-2-70214-274-5. Below Zero (2009) est traduit de l’américain par Aline Weill.

Genres : littérature états-unienne, roman policier, Nature writing.

C.J. Box – pour Charles James Box – naît le 9 novembre 1958 à Cheyenne (Wyoming, États-Unis) où il vit avec son épouse. Il étudie la communication à l’Université de Denver (Colorado) et exerce différents métiers avant de devenir journaliste puis écrivain : son garde-chasse, Joe Pickett, enquête dans 20 romans (entre 2001 et 2020) dont les 13 premiers sont à ce jour traduits en français (depuis 2003, d’abord au Seuil puis chez Calmann Lévy) mais c’est la première fois que je lis cet auteur. Il y a aussi quelques autres romans (au Seuil) et des recueils de nouvelles (non traduits en français). Plus d’infos sur son site officiel.

Marshall et Sylvia Hotle font du camping à Keystone dans le Dakota du sud. « On a troqué une vie de fermiers contre une existence dans ce Module. Et maintenant, on fait la tournée. » (p. 15). « C’est notre tournée à nous, expliqua Marshall. On va rendre visite à nos enfants dans six États différents : on part avant la neige, on se cale sur les grands marchés aux puces de Quartzsite, on va aux rassemblements de Fleetwood pour voir les tout derniers modèles et causer avec les autres propriétaires de Modules. On est un peu comme un club, les fidèles du Fleetwood. » (p. 16).

Une vie proche de la Nature me direz-vous. Pas du tout ! Leur Module est même très polluant : « Vingt-quatre à vingt-neuf litres au cent […]. » (p. 16). C’est ce qui leur coûtera la vie car Dave Stenson alias Stenko prône le Below Zero. Stenko voyage avec son fils, Robert, un écolo convaincu (voire extrémiste), et une ado de 14 ans qu’il a sauvée de la prostitution et considère comme sa fille. Cet ancien bandit de Chicago fait tout pour que l’environnement soit respecté.

Cinq jours plus tard, à Saddlestring, dans le Wyoming, les deux sœurs Pickett, Sheridan (17 ans) et Lucy (12 ans) font du cheval lorsque Jason Kiner leur apprend qu’une certaine April a appelé mais… C’est impossible, April était leur sœur (elle avait été recueillie par la famille Pickett) et a été tuée il y a six ans ; leur père était présent !

De son côté, le père en question, Joe Pickett, garde-chasse réputé, est à Baggs où il poursuit l’Archer fou, un cinglé qui tue et torture des animaux… « Les hommes qui n’ont aucun scrupule à tuer ou à martyriser les animaux pour le plaisir sont capables de tout. Ce type était comme ça ; Joe le sentait. » (p. 149).

Un passage que j’aime bien. « Alors, si tu es aussi intelligent avec tes ordinateurs, tes iPhones et toute ta technique, pourquoi ne règles-tu pas les problèmes dont tu te plains ? Tu n’as qu’une envie : rejeter la faute sur les autres – sur moi – et passer ton temps à râler. C’est ton tour maintenant, alors pourquoi ne les résous-du pas, tous ces problèmes ? » (p. 314, Stenko à Robert).

Mais c’est quoi le Below Zero ? C’est un terme utilisé par les écologistes pour calculer la compensation carbone afin que chacun ait un impact minimum sur l’environnement. Robert a en fait créé un logiciel qui calcule l’empreinte carbone de tout et de tout un chacun. Vous consommez trop, vous êtes tués, voici la vie de Stenko et Robert, qui traînent avec eux, à l’insu de son plein gré, une ado déboussolée qui… pourrait-elle être April ?

L’auteur nous emmène dans les Rocheuses et c’est magnifique, magique, mais parfois dangereux surtout quand il y a des tueurs dans le coin. Below Zero (paru en juin 2009 aux States) est le 9e tome des aventures et enquêtes de Joe Pickett mais c’est le premier que je lis. J’ai très envie de lire d’autres titres et tant pis pour la chronologie ! La Nature (et ses aléas, ses dangers), les animaux (parfois dangereux) et les personnages tiennent une grande place dans ce roman à l’intrigue sauvage, violente mais très agréable à lire et je pense que c’est aussi le cas dans les autres titres mettant en scène le garde-chasse Joe Pickett, son épouse Marybeth et leurs filles. J’ai aimé l’amitié entre Joe Pickett et Nate Romanowski, un marginal recherché par la police mais qui aime la Nature et les animaux (il vit avec un faucon). En tout cas, j’ai apprécié les thèmes abordés ici (l’écologie mais aussi la famille, l’amitié, le respect de la Nature et des animaux) et j’espère retrouver tout ce « petit » monde dans les autres romans (si vous en avez un en particulier à me conseiller ?).

Une excellente lecture pour Animaux du monde #3 (faucon et animaux des Rocheuses) et Polar et thriller 2020-2021.