Robopocalypse de Daniel H. Wilson

Robopocalypse de Daniel H. Wilson.

Pocket, juin 2017, 480 pages, 8,70 €, ISBN 978-2-26624-246-2. Robopocalypse (2011) est traduit de l’américain par Patrick Imbert.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, post-apocalyptique.

Daniel H. Wilson naît le 6 mars 1978 à Tulsa dans l’Oklahoma (il est Cherokee). Ancien ingénieur à Microsoft et Intel, il est spécialiste de la robotique et de l’intelligence artificielle. Il est auteur d’essais scientifiques parfois humoristiques, d’articles parus dans le New York Times et le magazine Wired, de romans de science-fiction et de nouvelles. Du même auteur, j’ai lu et bien aimé Le cœur perdu des automates. Plus d’infos sur son site officiel.

Robots (machines) et humains sont en guerre. Bright Boy et son équipe découvrent un cube dans le puits N-16, dans la plaine de Ragnorak en Alaska. « Ce truc, c’est la boîte noire de toute la guerre, nom de Dieu. » (p. 16).

Le narrateur est Cormac « Bright Boy » Wallace mais en fait, en plus de son témoignage (les extraits sont en italique), il retranscrit ce que le cube a enregistré (c’est-à-dire absolument tout), des conversations téléphoniques, des entretiens privés et parfois classifiés top-secrets, des comptes-rendus scientifiques ou militaires, des rapports, ce qui donne un roman très diversifié, bien construit, moderne et passionnant. « Les machines nous ont attaqué sans prévenir, elles ont bouleversé notre vie quotidienne, elles sont nées de nos rêves, mais aussi de nos cauchemars. » (p. 20).

Tout commence lorsque le professeur Nicolas Wasserman crée Archos et Cormac Wallace raconte les incidents qui ont suivi les mois suivants aux États-Unis, au Japon, en Afghanistan (avec un robot militaire américain), en Angleterre jusqu’à l’Heure Zéro, au moment où les machines (robots mais aussi jouets, téléphones, véhicules et appareils connectés…) entrent en guerre. De nombreux humains sont tués mais certains échappent au massacre comme Marcus Johnson et son épouse Dawn à New York City, la sénatrice Laura Perez et ses enfants, Mathilda et Nolan. « Le monde a changé depuis un an. Notre technologie nous lâche de plus en plus. Les incidents se multiplient. Lentement, mais sûrement. Nos transports, nos communications, notre défense nationale… Plus je constate de dysfonctionnements, plus cette société me paraît creuse, prête à s’effondrer à tout moment. » (p. 157).

Lonnie Wayne Blanton, policier et indien Osage, a pu, avec sa Honda 350, se réfugier dans la réserve de Gray Horse au centre de l’Oklahoma, comme beaucoup d’Osages qui conduisent de vieilles voitures ou de vieilles motos (non connectées) ou, comme leurs ancêtres, en voyageant à cheval. « Gray Horse est rapidement devenu le bastion de la résistance humaine. » (p. 182). La résistance existe aussi au Japon, à Adachi, avec la forteresse et les robots amis de Takeo Nomura, et en Afghanistan avec Paul, soldat américain, et Jabar, jeune Afghan.

Au moment de l’Heure Zéro, Cormac « Bright Boy » Wallace est avec son frère aîné, Jack, à Boston. Jack est « soldat du feu » et « membre de la Garde nationale » (p. 221). Il a donc accès à l’armurerie de la ville et sait quoi faire en toute circonstance. Heureusement parce que Cormac a l’impression d’être « un gamin dans un costume d’Halloween de soldat, avec un fusil d’assaut chargé. » (p. 229). Pendant ce temps-là, à Londres, Lurker et Arrtrad, font ce qu’ils savent faire, hacker, ce qui « a sauvé l’humanité de l’extermination. » (p. 338).

Le Bright Boy Squad (de Cormac Wallace) et le Freeborn Squad (des robots « éveillés » qui se sont libérés de l’emprise d’Archos) s’unissent pour détruire Archos. C’est en Alaska qu’on les retrouve près de 3 ans après l’Heure Zéro. « Je ne réfléchis pas. J’agis. La suite n’a plus rien à voir avec la logique ou l’émotion. Ce n’est plus une question d’humanité, d’inhumanité, c’est une urgence, une obligation, un fait. Je crois que ce genre de choix, les choix pris dans des situations extrêmes, révèle notre moi profond, dépasse l’expérience et la réflexion. Dans une existence humaine, c’est sans doute la chose qui se rapproche le plus du destin. » (p. 407-408).

Le lecteur suit donc plusieurs personnages, tous différents mais prêts à se battre, ou tout du moins à survivre, aux États-Unis, au Japon, en Afghanistan et dans une moindre mesure en Angleterre, et ils sont tous attachants même si mon préféré est Cormac « Bright Boy » Wallace, le narrateur.

Après avoir lu R.U.R. de Karel Čapek (la première fiction avec des robots), me voici de nouveau avec des machines et des robots qui s’en prennent aux humains mais, dans Robopocalypse, ils sont plus élaborés, plus dangereux et il s’en est fallu de peu que l’humanité disparaisse ! Bien sûr, cette histoire m’a fait penser à la série Battlestar Galactica et au roman Un océan de rouille de C. Robert Cargill (dans lequel il n’y a carrément plus d’humains), Robopocalypse étant très réaliste et visuel. Je n’ai pas pu lâcher ce roman et j’ai très envie de voir le film éponyme réalisé par Michael Bay en 2020. L’auteur met en évidence les dangers de l’IA (Intelligence Artificielle) et il sait de quoi il parle en tant que scientifique (j’espère que tout cela restera de la fiction !). Les humains ont, avec d’immenses pertes, vaincu les robots mais ce n’est pas fini, il y a une suite, Robogenesis, que je pense lire tout bientôt.

Une excellente lecture que je mets dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 47, un roman qui a été adapté en film ou en série) et Littérature de l’imaginaire #9.

Inhumain de Bajram, Mangin et Rochebrune

Inhumain de Bajram, Mangin et Rochebrune.

Dupuis, collection Aire libre, octobre 2020, 113 pages (en numérique), 24,95 €, 979-1-03473-302-6.

Genres : bande dessinée française, science-fiction.

Denis Bajram naît le 1er février 1970 près de Paris. Il étudie d’abord les mathématiques à l’université Pierre-et-Marie-Curie puis les Beaux-Arts à Caen et les Arts décoratifs de retour à Paris. Il est donc illustrateur mais dans Inhumain, il est scénariste. Plus d’infos sur son site officiel.

Valérie Mangin naît le 14 août 1973 à Nancy (Lorraine). Elle étudie à Paris (prépa à Henri-IV, Histoire à l’école des Chartes et histoire de l’art à la Sorbonne) mais se lance dans la bande dessinée. Elle fonde avec Denis Bajram, son époux, les éditions Quadrant Solaire en 2006. Elle est scénariste d’Inhumain. Plus d’infos sur son site officiel.

Thibaud de Rochebrune naît le 1er juillet 1971 à Rillieux-la-Pape près de Lyon. Il travaille d’abord pour le dessin animé et se lance dans la bande dessinée dès les années 90. Il est dessinateur d’Inhumain. Plus d’infos sur son site officiel.

Un vaisseau spatial. Des humains en mission d’exploration, Miller, Tafsir, Malika, Hiroshi, Capitaine. Une robote, Ellis. « Vous rendez-vous compte, Miller, que la trajectoire que vous avez programmé va nous crasher sur cette planète ? » (Ellis, p. 12). J’aurais écrit « programmée »…

Le vaisseau s’est effectivement crashé, dans un océan rouge, peuplé de grosses pieuvres. « Il faut évacuer le vaisseau en urgence avant que la pression nous écrase. » (Ellis, p. 15). Mais surprise, la planète est habitée par des humains nus qui vivent pour le Grand Tout ! Ils se nomment « le peuple de l’eau » (p. 24). « Ce sont sans doute les descendants d’une expédition qui s’est perdue avant nous sur cette planète. » (Tafsir, p. 27). Ces humains sont amicaux mais… (je ne dévoile rien, je vous laisse découvrir). Les naufragés de l’espace apprennent que le volcan est habité par « le peuple de la terre » (p. 36) et ils décident d’explorer l’intérieur. « On se croirait revenu à la préhistoire… » (p. 53).

Qu’est-ce que ce Grand Tout ? Et pourquoi les humains qui vivent sur cette planète semblent apathiques et totalement soumis au Grand Tout que personne n’a jamais vu ? Malika s’insurge : « Un humain doit s’accomplir individuellement sinon ce n’est qu’une fourmi. » mais tout est très bien organisé entre les peuples de l’eau, de la terre, de l’air, du feu : « Qu’est-ce que ça va apporter au Grand Tout qu’on s’accomplisse individuellement ? » (p. 64).

Naviguer vers de nouvelles planètes, c’est excitant, humainement et scientifiquement, mais c’est toujours dangereux. Les humains préféreront-ils vivre dans « une soumission heureuse » ou « une liberté sauvage » (p. 99) ? Le libre-arbitre n’est pas toujours chose aisée et les auteurs interrogent chacun au niveau philosophique et social. Les dessins de Rochebrune sont magnifiques (les couleurs sont belles, pas criardes) et se marient vraiment bien au scénario concocté par le couple Bajram-Mangin.

Je remercie NetGalley pour cette superbe bande dessinée que je mets dans La BD de la semaine et dans les challenges Animaux du monde #3 (pour les pieuvres bien sûr), BD, Jeunesse Young Adult #10 (lecture préconisée par l’éditeur à partir de 15 ans), Challenge lecture 2021 (catégorie 53, un livre avec la mer sur la couverture), Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Être humain pour Inhumain). Plus de BD de la semaine chez Noukette.

R.U.R. de Karel Čapek

R.U.R. de Karel Čapek.

Rossumovi univerzální roboti sous-titré en anglais Rossum’s Universal Robots (1920) est traduit du tchécoslovaque par Hanuš Jelínek (1878-1944).

Genres : littérature tchécoslovaque, théâtre, science-fiction.

Karel Čapek naît le 9 janvier 1890 à Malé Svatoňovice en Bohème. Il étudie à Brno puis à Berlin (philosophie) et Paris (Lettres). Il est francophile (il traduit Apollinaire et Molière), amateur de musique ethnique et de photographie. Il meurt le 25 décembre 1938 à Prague. Du même auteur : La mort d’Archimède et L’empreinte.

Le prologue se déroule dans le Bureau central de l’usine Rossum’s Universal Robots, le bureau d’Harry Domin, 38 ans, directeur général. Alors qu’il dicte le courrier à sa secrétaire Sylla, Hélène Glory, 21 ans, fille du président, entre dans son bureau. Elle veut voir la fabrication qui est normalement secrète. Alors Domin raconte. « Ce fut en 1920, que le vieux Rossum, un grand physiologiste, mais à cette époque encore un jeune savant, vint en cette île lointaine pour y étudier la faune maritime. Il essayait d’imiter par la synthèse chimique la substance vivante qu’on appelle le protoplasme et, un beau jour, il découvrit une matière qui avait absolument les qualités de la substance vivante, tout en étant de composition chimique différente. » (p. 7). En fait, le vieux Rossum était fou, il voulait créer des hommes et prendre la place de Dieu. C’est lorsque son jeune neveu, ingénieur, est arrivé que les choses ont évolué. « Ce ne fut que le jeune Rossum, qui eut l’idée d’en faire des machines de travail vivantes et intelligentes. » (p. 9). En créant le Robot, on supprime l’homme qui a besoin de repos et de divertissements, donc qui coûte cher. Mais Hélène est horrifiée lorsqu’elle apprend que Sylla est une Robote ! Elle ne comprend pas que les Robots sont fabriqués comme le sont les automobiles. En fait elle représente la Ligue de l’Humanité qui « compte déjà plus de deux cent mille adhérents » (p. 18) et les membres veulent protéger les Robots. Mais pour 150 $, chaque humain a son robot et même plusieurs !

Les directeurs de l’usine, eux, sont humains : « M. Fabry, ingénieur, directeur technique général de R.U.R., docteur Gall, chef du département des recherches physiologiques, docteur Hallemeier, chef du département de psychologie et d’éducation des Robots, le consul Busman, directeur commercial, et M. Alquist, architecte, chef des constructions de R.U.R. » (p. 19). Tous les autres employés sont des Robots. « Un Robot remplace deux ouvriers et demi. La machine humaine est trop incomplète, mademoiselle. Il fallait la remplacer un jour. » (p. 20). Le mot est lancé, rendement. Mais Hélène fait penser à une ravissante idiote qui n’y connaît rien du tout ! L’objectif de la R.U.R. est de fabriquer tellement de Robots que les humains n’auront plus de travail mais pourront profiter largement de tout car il n’y aura plus de misère non plus. « Le travail sera supprimé. L’homme ne fera que ce qu’il aimera faire. Il sera débarrassé des soucis et de l’humiliation du travail. Il ne vivra que pour se perfectionner. » (p. 24). Est-ce une belle idée ou le début de la fin ?

Le premier acte se déroule dans le salon d’Hélène dix ans après. Il s’en est passé des choses, en dix ans… Les Robots ont été améliorés mais il y a eu des émeutes, des Robots armées, des guerres… Harry Domin, devenu le mari d’Hélène, n’est pas inquiet. « Tout cela était prévu, Hélène. Ce n’était qu’une transition vers le nouvel état des choses, tu comprends. » (p. 37). Pourtant Hélène est terriblement angoissée, elle se doute que son mari ne lui révèle pas tout, et ce n’est pas sa Nounou qui va arranger les choses en lui lisant les guerres et les massacres publiés dans le journal… Tout va mal et le Robot Radius qu’Hélène avait placé à la bibliothèque est devenu fou, il ne veut plus de maître, il ne veut plus recevoir d’ordres, il veut devenir le maître des humains ! En plus, dans l’humanité, il se passe une chose que certains universitaires avaient prédit : les humaines ne font plus d’enfants et personne ne peut expliquer pourquoi à part en disant que des nouveaux-nés ne serviraient à rien puisque les humains ne travaillent plus. Les Robots lancent leur révolution, bref la guerre. « À tous les Robots du monde ! Nous, la première organisation de la race de Rossum’s Universal Robots, nous déclarons l’homme ennemi et proscrit dans l’univers… […] Robots du monde, nous vous ordonnons de massacrer l’humanité. Pas de quartier pour les hommes. Pas de quartier pour les femmes ! Ménagez les usines, les chemins de fer, les machines, les mines et les matières premières. Détruisez le reste. Ensuite, rentrez au travail. Le travail ne doit pas être arrêté. » (p. 60). N’est-il pas trop tard pour l’humanité ? Vous le saurez en lisant les deuxième et troisième actes !

Les bonnes intentions, ah… les bonnes intentions, ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions… Les robots s’en prennent aux humains en littérature comme en image : Metropolis de Fritz Lang (1927), 2001 l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968), Galactica de Glen A. Larson (série, 1978), Blade Runner de Ridley Scott (1982), Terminator de James Cameron (1984), Matrix de Larry et Andy Machowski (1999), I Robot d’Alex Proyas (2004), Battlestar Galactica de Ronald D. Moore (série, 2004), Real Humans de Lars Lundström (série, 2012), entre autres.

C’est la première fois que le mot robot est utilisé. C’est le frère de Karel, Josef, qui l’a inventé à partir du mot tchèque robota qui signifie travail ou corvée et du mot russe rabotat qui signifie travailler. Mais, dans une pièce écrite en 1947, Opilec, l’auteur avait utilisé le terme automaton. Robot est resté dans l’histoire.

La pièce fut jouée le 25 janvier 1921 au Théâtre national à Prague puis en 1922 à New York et ensuite en mars 1924 à la Comédie des Champs-Élysées à Paris. Du théâtre et de la science-fiction (l’histoire se déroule dans le futur), c’est assez rare et c’est pourquoi je voulais lire cette œuvre de Karel Čapek depuis longtemps !

En France, différentes éditions sont parues (mais ce n’est pas facile de les trouver). R.U.R. Rezon’s Universal Robots traduit par Hanuš Jelínek aux éditions Jacques Hébertot en 1924. R.U.R. traduit par Hanuš Jelínek aux éditions Hachette en 1961. R.U.R. Reson’s Universal Robots traduit par Jan Rubeš aux éditions de l’Aube en 1997. R.U.R. Les Robots Universels de Rossum dans l’anthologie Robot Erectus en 2012. R.U.R. Rossum‘s Universal Robots traduit par Jan Rubeš aux éditions de la Différence en 2019.

Cette pièce d’anticipation, parfaitement écrite dans une logique implacable mais dans un style simple, est empreinte de philosophie et d’humanisme. C’est que l’auteur était un réaliste qui savait rester optimiste. Si j’en ai encore l’occasion, je relirai cet auteur talentueux et passionnant.

Lu pour Les classiques c’est fantastique, R.U.R. entre aussi dans les challenges 2021, cette année sera classique, Challenge lecture 2021 (catégorie 25, une pièce de théâtre mais il aurait pu être dans les catégories 30, 39, 42, 48) et Littérature de l’imaginaire #9.

Helstrid de Christian Léourier

Helstrid de Christian Léourier.

Le Bélial, collection Une heure lumière, février 2019, 130 pages, 8,90 €, ISBN 978-2-84344-944-4.

Genres : littérature française, science-fiction.

Christian Léourier naît le 11 décembre 1948 à Paris. Il est auteur (romans, nouvelles, contes, poésie) principalement de science-fiction, fantasy et littérature jeunesse.

Vic fait partie des volontaires, attirés par l’appât du gain, 25 humains qui travaillent à la base principale de Nàma sur Helstrid. « […] cinq années d’activité sur la base, temps terrestre, permettait d’engranger plus qu’il aurait touché dans une vie sur la Terre […]. » (p. 9). Mais Helstrid est une planète inhospitalière et donc inapte au peuplement humain. En fait l’exploitation de la planète (un minerai rare) se fait par des machines et Vic se demande à quoi servent les humains embauchés par la Compagnie. Il pense beaucoup à son ancienne compagne, Maï, qui l’a abandonné. Lorsqu’il est envoyé à la centrale noétique N/2, Vic n’a qu’à « donner le branle en activant le pilotage automatique [pour] se laisser mener jusqu’à destination. » (p. 10-11).

Mais sur cette planète où la température descend à –160° (p. 77) et où les vents atteignent 200 km/h, le trajet ne se passe pas comme prévu… « Que se passe-t-il ? – Je l’ignore. La centrale ne dispose d’aucune donnée. Jamais un tel phénomène n’a été observé sur Helstrid. Ni ailleurs. » (p. 40). Non seulement Vic n’est plus en contact avec les bases, et ceci même après la dissipation des perturbations magnétiques, mais en plus les trois camions IA (Anne-Marie, le sien, Béatrice et Claudine avec leurs chargements) ont été séparés et Anne-Marie a dérivé du trajet protocolaire suite à un séisme durant la nuit. Jusqu’à une situation critique… « Il n’a pas peur, il est juste furieux. Crever ainsi, ce serait tellement absurde ! Il lui reste tant de choses à faire ! Il ne sait pas lesquelles et il s’en fout. Il refuse de s’arrêter là. Il veut juste continuer à vivre. » (p. 92).

Helstrid remporte le prix Utopiales 2019, le Grand prix de l’Imaginaire 2020 (nouvelle francophone) et le prix Rosny aîné 2020. C’est sûrement mérité mais c’est la première fois que je lis Christian Léourier et ça m’a plu, sans plus. La tension est palpable et de plus en plus intense dans ce huis-clos « sur route ». Ma question est que faisait Vic dans cette galère ? C’est qu’il lui en arrive un peu beaucoup des problèmes ! Avez-vous un autre titre de Christian Léourier à me proposer ?

Dans le monde anglophone, il existe le terme ‘novella’ mais en France c’est plutôt le terme ‘roman court’ qui est utilisé. Avec ses 130 pages, Helstrid est une novella et entre dans le Projet Ombre 2021. Et entre aussi dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 23, huis-clos) et Littérature de l’imaginaire #9.

L’empire de sable de Kayla Olson

L’empire de sable de Kayla Olson.

Robert Laffont, septembre 2017, 486 pages, 17,90 €, ISBN 978-2-22119-622-9. The Sandcastle Empire (2017) est traduit de l’américain par Frédérique Le Boucher.

Genres : littérature états-unienne, premier roman, science-fiction.

Kayla Olson… Eh bien, rien sur elle de plus que ce qu’en dit l’éditeur… Elle « habite au Texas avec sa famille. Elle adore la plage, mais détesterait échouer sur une île déserte. Si cela devait toutefois lui arriver, ses essentiels pour la survie comporteraient une cafetière à piston (et le café qui va avec), le chocolat le plus noir possible, et une flopée de surligneurs. » En français, L’empire de sable n’est pas dans une collection Jeunesse mais l’éditeur américain est HarperTeen (pour les ados). Du même auteur : This Splintered Silence (HarperTeen, 2018). Plus d’infos sur son blog, sa page FB et son Instagram.

« Un jour, quand la guerre sera finie, je remangerai des glaces. Je courrai pieds nus sur la plage sans avoir peur de sauter sur une mine. J’entrerai dans une librairie, ou un café, ou n’importe lequel des centaines d’autres endroits occupés par les Loups, et j’y resterai assise pendant des heures, juste parce que je le peux. Je ferai tous ces trucs, et bien plus encore. Si je suis toujours vivante. » (p. 10).

La narratrice, c’est Eden. Depuis deux ans, elle est seule, enfermée sur une île avec d’autres jeunes de son âge. Deux ans qu’elle a passé à observer la mer… Suite à des dérèglements climatiques dans le monde entier (inondations, montée des eaux, terres submergées, effondrements de bâtiments et de ponts, eau contaminée, épidémies…), environ après 2050, le « puissant groupe armé » des Loups a organisé une révolution, pris le pouvoir et envoyé la majorité des gens dans des goulags.

Eden, elle, est dans le camp de travail de New Port Isabel au large du Texas. Une nuit, après le carnage (mines qui explosent sur la plage et gardes qui tirent sur tout ce qui bouge), Eden réussit à s’enfuir à bord d’un bateau avec trois autres filles, Hope, Alexa et Finnley. Direction l’île Sanctuary avec le carnet « Survivre – guide pratique » que son père lui a laissé en héritage. « Peu importe ce qui nous attend sur cette île, s’il y a la plus infime chance qui nous trouvions cette liberté dont mon père parle dans ses notes, ce sera toujours mieux que ces cages et ces ailes rognées que nous avons laissé derrière nous. » (p. 51).

Son père travaillait pour Envirotech qui voulait sauver le monde, mais… pas tout le monde… seulement les riches, les privilégiés… mais il a disparu durant la révolution et ce que les Loups ont appelé leur Jour Zéro.

Mais les filles découvrent qu’Alexa était avec les Loups et qu’elle a trahi son petit ami. « Survivre, c’est autant une question de peur qu’une question de bravoure. » (p. 78). Et arrivées à Sanctuary, si c’est bien Sanctuary, elles se rendent comptent que ce n’est pas si accueillant et paradisiaque qu’Eden l’espérait… « […] il faut regarder les choses en face : sur cette île, rien ne se passe comme prévu. » (p. 157).

Eden et ces compagnons de voyage (des garçons sont également arrivés sur l’île et se sont joints aux filles) ne sont pas au bout de leur surprise. « Survivre, ce n’est pas seulement s’échapper à temps. Survivre, c’est une lutte quotidienne pour s’extraire des ruines et avancer vers l’inconnu, quoi qu’il advienne. Nous possédons tous en nous la force nécessaire… il suffit juste d’y croire. » (p. 253).

The Sandcastle Empire va être adapté au cinéma par Leonardo DiCaprio (en 2026 si j’ai bien vu, on a encore le temps), ce qui ne m’étonne pas car il est un fervent défenseur de la cause animale et de la protection de la planète. Bien que l’histoire soit différente, j’ai un peu pensé à Labyrinthe de James Dashner, peut-être parce que les personnages sont des jeunes.

Dystopie, anticipation, post-apocalyptique, si vous n’aimez pas la science-fiction, passez votre chemin ! Mais si vous aimez la SF ou si vous êtes tout simplement curieux, L’empire de sable est un premier roman vraiment réussi, innovant, bien rythmé et palpitant. Peu à peu, le lecteur en apprend plus sur Eden, Hope, Alexa, Finnley, Cass, Phoenix, Lonan et leur passé. Bon, le thème écologique n’est pas très développé dans le roman en fait, c’est plutôt le côté humain qui est traité (à mon avis) mais ce qui arrive aux humains découle des dérèglements climatiques dont c’est une base de départ (et peut-être que visuellement, on verra mieux le côté écologique dans le film).

Pour les challenges Jeunesse Young Adult #10, Lecture 2021 de Mademoiselle Farfalle (catégorie 48), Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Couleur pour sable).

Rétrocession de Southeast Jones

Rétrocession de Southeast Jones.

Nouveau Monde, in Hors série n° 2 – Livre 1, juillet 2015, 17 pages.

Genres : littérature belge, nouvelle, science-fiction.

Southeast Jones est le pseudonyme de Paul Demoulin, né en 1957 à Liège (Belgique). Passionné par la science-fiction dès l’enfance, il écrit sa première nouvelle à l’âge de 15 ans. Boulanger-pâtissier, il a toujours pris du temps pour lire et écrire. Plusieurs de ses nouvelles paraissent dans des magazines ou des fanzines et il a participé au recueil Fin(s) du monde, 20 récits pour en finir avec l’Apocalypse (2012). Du même auteur : Barbares ! (2009), Contrat (2009), Émancipation (2009), Fin de semaine (2010), Migraine (2009), Le temps du repos (2009), Trip (2010).

La nuit, dans une ville portuaire. Ishmaël, un vieux loup de mer, rencontre un petit jeune, Marion, qui va vraisemblablement embarquer. « Tu es un jaunasse et je miserais ma dernière paye que tu embarques pour la première fois, tu sembles mort de trouille. À ma première traversée, j’ai dégueulé pendant une semaine. Bon sang ! J’ai bien cru que j’allais crever. » (p. 88). Ils boivent et, avant de se quitter, Ishmaël veut offrir à celui qu’il surnomme « jaunasse » son journal de bord. « Un vrai précis de philosophie maritime. » (p. 92).

« Je suis un vieux bonhomme fatigué, j’ai peur parce que je sens venir la fin. Nous partons tous les deux pour un très long voyage. » (p. 93). Deux voyages totalement différents pour Ishmaël mourant et Marion en partance vers sa nouvelle vie sur le Nathanaël. Finalement qu’est-ce que l’espace et le temps ? Qui sommes-nous dans l’espace et le temps ?

Vous vous demandez peut-être ce que la science-fiction vient faire la dedans ? Je ne peux rien vous dire à part de lire cette belle nouvelle… de science-fiction !

Lue pour le Mois des nouvelles et les challenges Littérature de l’imaginaire #9 et Projet Ombre 2021 (la mission de janvier est de lire une nouvelle de SF).

Challenge Littérature de l’imaginaire #9

Ma Lecturothèque annonce le challenge Littérature de l’imaginaire #9 pour 2021. J’aime ce challenge auquel je participe depuis des années : #4 en 2016 avec 13 lectures, #5 en 2017 avec 16 lectures, #6 en 2018 avec 45 lectures (un exploit), #7 en 2019 avec 24 lectures, #8 en 2020 avec 72 lectures (un record durant l’année spéciale).

Infos, logos et inscription (jusqu’au 1er avril 2021) chez Ma Lecturothèque + quelques infos ici + le lancement ici + la chrobox pour déposer les liens.

Le but du challenge est toujours de lire de la littérature de l’imaginaire : science-fiction, fantasy, fantastique et leurs sous-genres : anticipation, dystopie, uchronie, bit-lit, horreur…

Les échelons
Échelon 1 : Atterrissage dans l’irréel = au moins 12 livres
Échelon 2 : Plongée dans l’inconnu = au moins 30 livres
Échelon 3 : Immersion dans le vide = au moins 48 livres
Échelon 4 : Absorption dans l’étrange = au moins 60 livres
Échelon 5 : Fusion dans l’utopique = au moins 72 livres
Échelon 6 : Je lis donc je chronique = au moins 100 livres
Échelon 7 : Synchronisation avec la page = au moins 130 livres

Les catégories

Catégorie A : Ange gardien de la simplicité – Le challenge reste comme il était jusque-là, à savoir tous les supports sont acceptés et vous lisez tous les genres des lectures de l’imaginaire.

Catégorie B : Cerbère des mots – On bannit les BDs et les mangas, la place est réservée aux romans uniquement. Tous genres confondus.

Catégorie C : Dragon de la multidisciplinarité – Vous devrez choisir un genre en début de challenge entre la Fantasy et la SF. Ils ont tous deux des sous-genres, dans cette catégorie vous devrez lire un livre par sous-genre. À vous de voir ce que vous lisez pour le reste de la catégorie. Fantasy : Dark Fantasy / Heroic Fantasy / La Fantasy épique (dans laquelle je regroupe volontairement la High Fantasy et le Sword & Sorcery) / Light Fantasy / Romantic Fantasy / Science Fantasy. Science-fiction : Anticipation / Cyberpunk / Hard-Science ou Voyage dans le temps (au choix) / Space Opéra / Steampunk / Uchronie.

Catégorie D : Elfe de l’incontournable – Vous lirez ce que vous voudrez durant ce challenge dans le genre que vous voulez MAIS il vous sera obligatoire de lire 3 livres écrits par des auteurs que l’on qualifie de « classiques » de l’imaginaire. Les incontournables quoi.

Je m’inscris, comme d’habitude en Échelon 1 (même si je lis plus) et en Catégorie A.

Mes lectures pour ce challenge

1. James Day de Patrick Cialf (Ymaginères, 2011, France)

2. Rétrocession de Southeast Jones (Nouveau Monde, 2015, Belgique)

3. L’empire de sable de Kayla Olson (Robert Laffont, 2017, États-Unis)

4.  La princesse au visage de nuit de David Bry (L’homme sans nom, 2020, France)

5. Helstrid de Christian Léourier (Le Bélial, 2019, France)

6. Le Gel craquant d’Alexandre Afanassiev (Imago, Russie, collecté au XIXe siècle)

7. R.U.R. de Karel Čapek (Hachette, 1920, Tchécoslovaquie)

8. Le courtier Delaunay de Georges-Olivier Châtaureynaud (Zulma, 2010, France)

9. Inhumain de Bajram, Mangin et Rochebrune (Dupuis, 2020, France)

10. La mémoire du temps de Frank Leduc (Nouveaux auteurs, 2020, France)

11.  Robopocalypse de Daniel H. Wilson (Pocket, 2017, États-Unis)

12. Les miracles du bazar Namiya de Keigo Higashino (Actes Sud, 2020, Japon)

Échelon 1 : Atterrissage dans l’irréel = au moins 12 livres honoré 🙂

13. Gretch & Ferragus, dragons mégalos, 1 – Carboniser pour mieux régner de Joshua Wright (Robinson, 2019, Australie)

14. La hache d’or de Fang Yuan et Yang Yongqing (Éditions en langues étrangères, Chine)

+?

C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du Blanc de Lilian Bathelot

C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du Blanc de Lilian Bathelot.

Le Navire en pleine ville, collection Sous le vent, mai 2006, 256 pages, 13,50 €, ISBN 978-2-916517-04-9. Cette maison d’éditions a stoppé ses activités en 2013 mais le roman est réédité en poche : Pocket, collection Science-Fiction, novembre 2020, 256 pages, 7,30 €, ISBN 978-2-26630-745-1.

Genres : littérature française, science-fiction.

Lilian Bathelot naît le 16 mai 1959 à Aubin en Aveyron (Occitanie). Il est réalisateur (films et documentaires) et auteur (romans noirs, science-fiction, nouvelles, théâtre, radio et jeunesse). Plus d’infos sur son site officiel.

Kisimiippunga (Kisimii) est Inuit et scientifique. Elle vit à Kalaaliit Nunaat en République Inuit Indépendante (anciennement le Groenland). Elle a rencontré Knud à Copenhague lors de ses études de physiques et il a quitté la zone franche de Copenhague pour vivre avec elle. « On lui avait confié la mission de s’occuper du parc d’élevage de narvals, si vital pour la petite communauté. » (p. 9). Kisimii est partie en solitaire pour sa première chasse au caribou lorsqu’elle voit, au loin, un étrange traîneau poursuivi par des loups et à bord, un homme blessé et inconscient, « un Européen sans doute, à en juger par son équipement » (p. 24). Elle appelle les secours.

Au même moment, en zone franche de Montpellier (État français, Union européenne), la Sécurité nationale pense avoir retrouvé la trace du Commandant Manuel Diaz disparu depuis plus de deux semaines. Damien Coste, officier d’élite de la Sécurité nationale, en congé pour une escalade au Parc d’Écoloisir de haute montagne des Écrins, est rappelé en urgence à Montpellier. « Sur le mur d’images, une vaste zone couvrant l’extrême nord du continent américain, toute la Laponie du nord de l’Europe, et l’ensemble du Taïmir en Asie sibérienne se colora en ocre, avec l’ensemble du pôle arctique. La zone qui s’était évanouie ce jour-là clignotait sur trois continents. » (p. 62).

Les chapitres alternent donc entre le côté Inuit et le côté Sécurité nationale française (et l’auteur a adapté son style pour chacun, ce qui est vraiment intéressant) jusqu’à ce tous se « retrouvent » à Kalaaliit Nunaat.

Nous sommes en mai 2089. Le monde est séparé en deux parties : les zones sécurisées où les humains sont tous connectés avec un implant biocomplexe et les zones franches où vivent des humains non implantés. « Toutes ces parties du monde sont encore habitées par leurs peuples indigènes. Par les peuples qui vivent là depuis que le monde est monde, et qui ont conservé un lien spirituel si fort avec la terre de leurs ancêtres qu’ils ont tous fini par obtenir leur indépendance au fil des Sommets Mondiaux du dernier demi-siècle. Aux dernières disparitions, les territoires évanouis recouvraient même très exactement la carte de tous les états membres de la Confédération des Nations Premières. » (p. 72).

Serait-ce la « guerre » entre les nations sécurisées du G16 et les Peuples premiers, entre implantés et non-implantés ? « L’implantation était désormais la nouvelle frontière que le sentiment raciste des humains avait trouvé pour s’exprimer. Il en trouve toujours une. » (p. 121). Les Inuits auraient-ils découvert l’Esquive pour échapper à la surveillance du G16 ?

Mais, peut-être que tout humain a simplement besoin « de se retrouver vraiment lui-même, de retrouver des racines, des choses profondes qui sommeillaient au fond de son âme. » (p. 137) ?

C’est dingue, ce roman a reçu de nombreux prix littéraires lors de sa parution (une bonne quinzaine) et de nombreux coups de cœur (libraires, blogueurs) mais je n’avais jamais entendu parler ni de l’auteur ni du roman (ou alors j’ai zappé !). Ce roman de science-fiction écologique (qui se lit d’une traite) est surtout une très belle réflexion sur la vie, l’humain, sa relation aux éléments (la neige et le froid du Grand Nord), à l’animal et à la technologie. C’est que, dans les zones franches, et en particulier en République Inuit Indépendante, les humains, même s’ils utilisent de la technologie et ont étudié, ne sont pas implantés et continuent de vivre comme leurs ancêtres. C’est comme s’ils avaient une âme, un fil qui les relie alors que les implantés non. Mais attention, pour moi ce fut une lecture hivernale qui m’a en plus emportée dans le froid glacial, glagla ! Quoique l’action, le suspense et le message (la prise de conscience) réchauffent le cœur !

Je préfère la couverture poche.

Par contre quelques erreurs (dans l’édition de 2006 que j’ai lue) comme Kisimiippunga qui devient Kisimmipunga ou autre. Bon, ça ne gêne pas vraiment la lecture mais ça ne fait pas sérieux… J’ai lu que le texte avait été remanié par l’auteur pour l’édition poche donc ces erreurs ne devraient plus y être et je vous conseille l’édition poche.

Une lecture captivante que je mets dans Animaux du monde #3 (caribou, chiens de traîneau, loups, et les plus importants narvals), Challenge du confinement (case SF), Décembre nordique (l’auteur est Français mais ça se passe tout là-haut dans le Nord) et Littérature de l’imaginaire #8.

Teaser sur https://vimeo.com/481352511

La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins

La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins.

Denoël, collection Lunes d’encre, août 2017, 480 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-20713-552-5. The Library at Mount Char (2015) est traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque. Je l’ai lu en poche : Folio SF, n° 633, mai 2019, 576 pages, 9,10 €, ISBN 978-2-07284-464-5.

Genres : littérature états-unienne, roman, fantasy.

Scott Hawkins naît en 1969 aux États-Unis. Il est informaticien spécialisé dans les systèmes Unix et Linux. La bibliothèque de Mount Char est son premier roman.

Carolyn, ensanglantée et pieds nus, marche sur la Highway 78, elle retourne chez elle à Garrison Oaks. À la première page, il y a cette phrase que je note telle quelle : « Le poignard d’obsidiennetours dans la ce avec lequel elle avait tué le détective Miner était niché au creux de ses reins, secret et affûté. » (p. 13). Hum, soit il y a des mots en trop soit il manque des mots mais j’espère qu’il n’y a pas d’autres erreurs de ce genre… (en fait il n’y en a pas).

Carolyn avait 8 ans lorsque ses parents sont morts assassinés. Avec quelques autres enfants américains, elle a été recueillie par Père. « Vous êtes maintenant des Pelapi, dit Père. C’est un mot très ancien. Il signifie quelque chose comme « bibliothécaire » et quelque chose comme « élève ». Je vous emmènerai dans ma maison. Je vous élèverai à l’ancienne, comme j’ai moi-même été élevé. Je vous enseignerai les choses que j’ai apprises. » (p. 17). Voici comment Carolyn est devenue « bibliothécaire ».

Les (12) enfants : Carolyn, Margaret, David, Michael, Emily, Jennifer, Alicia, Rachel, Peter et Richard (des jumeaux), Lisa, Jacob (dans l’ordre où leurs prénoms apparaissent). Ils ont été éduqués à la dure avec chacun une matière (un catalogue). Pour Carolyn, ce fut les langues, toutes les langues du monde entier et même les oubliées. Ils n’ont absolument pas le droit de partager les uns avec les autres ce qu’ils étudient.

Un quart de siècle après, Père a disparu et les enfants maintenant adultes le cherchent, chacun selon les capacités acquises mais… « Il n’est dans aucun avenir et il n’est pas mort. Comment est-ce possible ? » (p. 37). La Bibliothèque leur est devenue inaccessible… Même le fidèle Nobununga n’a pas pu y entrer. Et si David avait tué Père ? « Uzan-iya, disait-on dans les steppes de l’Himalaya il y avait six mille ans de cela. Uzan-iya – l’instant où le cœur pour la première fois a des envies de meurtre. » (p. 134).

En parallèle, Erwin Leffington « Ancien de la 82e division aéroportée, aujourd’hui enquêteur spécial pour la Sécurité intérieure » (p. 253) enquête sur Carolyn et ses frères et sœurs, ainsi que sur Steve Hogdson suspecté d’avoir tué Miner.

Dans ce roman vraiment étrange (et super violent), il y a un taureau dans lequel on fait des barbecues, des chiens dangereux, un lion et sa fille (mes personnages préférés), des « bibliothécaires » troublants… L’auteur, pour un premier roman, a une imagination débordante et va très loin dans l’horreur donc à ne pas mettre entre toutes les mains. Le lecteur peut être un peu perdu au début de la lecture mais il faut persévérer car ce roman foisonnant se mérite ! Il est classé en fantasy et a reçu un prix fantasy (Elbakin 2018) mais il y a un côté science-fiction indéniable et résolument un côté terrifiant : en littérature comme en musique, il existe la fusion des genres et ça vaut le coup de tester. Je dirais donc que La bibliothèque de Mount Char est un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) qui ne plaira pas à tout le monde mais laissez-lui sa chance !

Je mets cette lecture dans les challenges Animaux du monde #3 (pour le lion et la lionne, je ne donne pas leurs noms humains car ils ne les aiment pas), Challenge du confinement (case Fantasy), Littérature de l’imaginaire #8.

Umbrella Academy 1 – La suite apocalyptique de Way, Bá et Stewart

Umbrella Academy 1 – La suite apocalyptique de Gerard Way, Gabriel Bá et Dave Stewart.

Delcourt, collection Contrebande, février 2019, 224 pages, 17,95 €, ISBN 978-2-41301-974-9. The Umbrella Academy – Apocalypse Suite n° 1 – 6 (2008) est traduit de l’américain par Jérôme Wicky.

Genres : comics (bande dessinée états-unienne), fantastique, science-fiction.

Gerard Way naît le 9 avril 1977 à Summit (New Jersey, États-Unis). Il est cofondateur et leader du groupe rock alternatif My Chemical Romance de 2001-2013 (le groupe revient en 2019). Musicien donc mais aussi scénariste de bandes dessinées depuis l’âge de 16 ans. Il est marié, a une fille et est végétarien. Umbrella Academy reçoit en 2008 le Prix Eisner et le Prix Harvey. Du même auteur : Killjoys, la vraie vie des fabuleux (2013-2014).

Gabriel Bá naît le 5 juin 1976 à São Paulo (Brésil). Il est dessinateur et crée en 2010 la bande dessinée Daytripper avec son frère jumeau, Fábio Moon.

Dave Stewart est coloriste de comics et travaille particulièrement pour DC Comics, Marvel Comics et Dark Horse (il reçoit de nombreux Prix Eisner, Harvey, Eagle depuis 2003).

« 43 enfants extraordinaires naquirent… mis au monde, aux quatre coins du globe, par des femmes, souvent célibataires, qui n’avaient présenté nul signe de grossesse. Les enfants furent abandonnés ou placés à l’orphelinat… les survivants du moins » (p. 8). Sir Reginald Hargreeves, « illustre scientifique et entrepreneur richissime » (p. 9) surnommé « Le Monocle », en adopte 7 dans l’espoir de sauver le monde car ces enfants ont des « facultés hors du commun ».

Dix ans plus tard, à Paris. La Tour Eiffel est devenue folle ! (1er chapitre). Ce qui m’a fait rire : le policier au bas de la Tour Eiffel a un képi militaire et ressemble au Général de Gaulle et le Français qui est à ses côtés a une grosse moustache et un béret (ah ah, même moi qui n’habite pas à Paris et qui n’y ai mis les pieds que deux fois, je rigole bien !).

Vingt ans plus tard, Sir Reginald Hargreeves meurt, laissant les 7 aux bons soins du Dr Pogo (un chimpanzé), d’Abhijat (son garde du corps) et de madame Hargreeves (un robot qui a servi de mère aux enfants) qui, séparés, se retrouvent de façon chaotique… Du moins, pas tous car Vanya passe une audition au violon pour jouer La suite apocalyptique avec l’orchestre Verdammten. « […] sur ce que j’ai vu dans le futur… Le monde sera détruit trois jours après la mort de Hargreeves ! Le temps presse. » (p. 50).

C’est que Terminal veut détruire le monde. « Mesdames et messieurs ! Depuis des années l’homme cherche la réponse à une seul question : comment exterminer sans raison des milliards de gens en un clin d’œil ? Il y eut tout d’abord l’invention de la mitrailleuse… suivie par la chambre à gaz… et enfin, mon chouchou, la bombe atomique. Pacotille que tout cela. Ce soir, mes amis, nous faisons d’un rêve, une réalité ! » (p. 97). Heureusement que l’inspecteur Lupo (avec son imperméable à la Columbo), et surtout les membres de l’Académie, sont là !

La suite apocalyptique est la première série de Umbrella Academy (6 épisodes parus aux États-Unis entre septembre 2007 et février 2008) avant la publication en intégrale chez Dark Horse Comics (2008) et reçoit le Prix Eisner de la meilleure série limited series (c’est-à-dire une série avec un nombre de numéros limités, ici 6).

En début de volume, il y a une préface de Grant Morrison (scénariste de bandes dessinées et musicien entre autres). En fin de volume, il y a deux histoires courtes bonus et deux postfaces, une de Scott Allie (éditeur et scénariste de comics) et une de Gerard Way. Plus des commentaires de Gerard Way et des dessins inédits de Gabriel Bá.

Les 7 (5 garçons et 2 filles). Numéro 1, c’est Luther surnommé SpaceBoy (l’aîné et le chef) qui vit une partie du temps sur la Lune. Numéro 2, c’est Diego surnommé Kraken, genre vieux loup de mer qui possède un mini sous-marin, le Castillo. Numéro 3, c’est Allison surnommée Rumeur (elle est la seule à s’être mariée et à avoir eu un enfant, une fille Claire, mais elle est divorcée). Numéro 4, c’est Klaus surnommé Séance, il est télékinésiste. Numéro 5, c’est n° 5 (!) et il peut voyager dans le temps mais, comme il a passé 45 ans dans le futur, il est revenu à cette époque avec l’âge de 10 ans et garde cet âge pour toujours (c’est pourquoi il est aussi surnommé le Garçon) alors que les autres ont plus de 30 ans. Numéro 6, c’est Ben surnommé Horreur car il a des tentacules (mais il serait mort, il y a une statue en son hommage dans le jardin). Numéro 7, c’est Vanya surnommée Viole blanche car elle joue du violon mais elle a des pouvoirs maléfiques que Sir Reginald Hargreeves a refoulé dès son enfance. Ils ont chacun leur look, leur caractère et leurs particularités (leurs défauts aussi).

Totalement déjantée, cette bande dessinée résolument fantastique (pouvoirs surnaturels, êtres bizarres…) et science-fiction (rayons laser, voyage dans le temps…) est tout bonnement géniale ! Pourtant je n’ai pas l’habitude de lire des comics (c’est d’ailleurs le seul de l’année que j’ai lu). Et je veux absolument lire la suite ! Umbrella Academy – Dallas (6 épisodes parus entre novembre 2008 et avril 2009) mettant en scène le président Kennedy et Umbrella Academy – Hôtel Oblivion (6 épisodes parus entre octobre 2018 et juin 2019) mettant en scène les malfaiteurs enfermés dans l’Oblivion par Sir Reginald Hargreeves, également parus en intégrale chez Delcourt. Apparemment une quatrième série est en cours (2020). La BD est adaptée en série télévisée en 2019 (bande annonce ci-dessous) et diffusée sur Netflix que je n’ai pas mais j’espère voir cette série un jour !

Pour les challenges Animaux du monde #3 (pour le Dr Pogo chimpanzé, mon personnage préféré avec n° 5), BD, Challenge du confinement (case Comics), Littérature de l’imaginaire #8 et Petit Bac 2020 (catégorie Objet pour Umbrella).

Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 23.