Infestation d’Ezekiel Boone

Infestation d’Ezekiel Boone.

Actes Sud, collection Exofictions, septembre 2018, 384 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-330-10886-1. Skitter (2017) est traduit de l’américain par Jérôme Orsoni.

Genres : littérature américaine, thriller, science-fiction, horreur.

Ezekiel Boone – de son vrai nom Alexi Zentner – naît en 1950 à Kitchener (Ontario, Canada). Il étudie à l’Université Cornell à Ithaca dans l’État de New York (États-Unis). Ithaca où il vit avec son épouse et leurs deux filles. Il est romancier et nouvelliste. Infestation est la suite d’Éclosion (le premier roman écrit sous le pseudonyme d’Ezekiel Boone). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.alexizentner.com/.

Après avoir dévoré en un jour le premier tome, Éclosion, pour le Marathon de l’épouvante – automne 2018 (catégorie Cimetières et Outre-tombe : horreur, thriller, fantôme, possession…), j’ai dévoré ce deuxième tome en un jour aussi.

Winthrop Wentworth Jr, 19 ans, après un tour du monde avec des amis, vient de passer deux semaines dans la Wind River Range dans le Wyoming, sans contact avec l’extérieur. Il n’est donc pas au courant de la catastrophe mondiale. Mais, de retour dans la civilisation, à Lander, un trou perdu de six ou sept mille habitants, il se rend compte que tout est brûlé, détruit. « Peut-être que l’apocalypse zombie avait finalement eu lieu pendant qu’il se baladait dans la nature. » (p. 10).

C’est avec plaisir que je retrouve Melanie Guyer, la biologiste spécialiste des araignées, à Washington DC ; Mike Rich et Leshaun DeMilo, les deux agents fédéraux, à Minneapolis ; Stephanie Pilgrim, la première femme présidente des États-Unis, et son assistant, Manny (ex-mari de Melanie Guyer) ; etc. (enfin je retrouve les survivants !) et que je découvre de nouveaux personnages.

Est-ce que les araignées sont toutes mortes. Est-ce que les nids ont tous été brûlés dans le monde (de rares endroits ont été épargnés) ? Y a-t-il des humains mordus et infestés et donc des milliers, des millions d’araignées qui vont naître ? « […] l’enfer à huit pattes […] une armée. Des envahisseurs. Des colons. Écumant la terre. » (p. 46). Partout dans le monde, c’est la chasse aux œufs ! Les nids, du plus petit au plus gros, sont brûlés mais est-ce possible de tous les trouver avant que les œufs n’éclosent ? Et quand ils écloront, comment seront les araignées ? Certains veulent utiliser le nucléaire comme la Chine… Mais Stephanie Pilgrim refuse. « […] si je commence à me servir de notre arsenal nucléaire, on ne pourra pas faire machine arrière. Quel en sera le prix ? » (p. 174).

L’auteur balade à nouveau ses lecteurs à travers le monde, États-Unis (plusieurs États dont Hawaii), Brésil, îles Hébrides (Écosse) avec le couple d’amoureux et le grand-père, Japon, Norvège, France, Allemagne, Inde, Pérou… « Partout où les araignées passaient, elles laissaient derrière elles une traînée de soie, comme une rumeur qui collait aux arbres et aux buissons, enveloppant les hommes, les femmes et les enfants qui se trouvaient incapables de bouger, incapables même de crier. » (p. 326).

De même que pour Éclosion, Infestation est à la fois un thriller et un roman de science-fiction post-apocalyptique horrifique. J’ai passé un super moment d’horreur avec ces deux tomes et j’attends le troisième et dernier tome avec impatience : apparemment, c’est l’apocalypse avec Zero Day paru aux États-Unis en février 2018 et peut-être en France au printemps 2019 ?

Une lecture effrayante que je mets dans le Challenge de l’épouvante, Défi littéraire de Madame lit (le mois de novembre est consacré à la littérature américaine ; né Canadien, l’auteur vit aux États-Unis et est considéré comme un auteur américain), Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Titre mot unique), Polar et thriller 2018-2019 (ce roman est bien construit comme un thriller, il y a des policiers et des agents fédéraux).

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Éclosion d’Ezekiel Boone

Éclosion d’Ezekiel Boone.

Actes Sud, collection Exofictions, avril 2018, 368 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-330-09667-0. The Hatching (2016) est traduit de l’américain par Jérôme Orsoni.

Genres : littérature américaine, thriller, science-fiction, horreur.

Ezekiel Boone – de son vrai nom Alexi Zentner – naît en 1950 à Kitchener (Ontario, Canada). Il étudie à l’Université Cornell à Ithaca dans l’État de New York (États-Unis). Ithaca où il vit avec son épouse et leurs deux filles. Il est romancier et nouvelliste. Éclosion est le premier roman qu’il écrit sous le pseudonyme d’Ezekiel Boone. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.alexizentner.com/.

J’ai choisi ce roman pour le Marathon de l’épouvante – automne 2018. Il entre dans la troisième catégorie, Cimetières et Outre-tombe (horreur, thriller, fantôme, possession…).

Éclosion commence comme un thriller et se transforme rapidement en un roman de science-fiction horrifique.

Pérou, près du parc national de Manú. Après la visite du Machu Picchu, le guide Miguel et le groupe de cinq Américains se sont engagés dans la jungle mais les touristes sont tellement bruyants que Miguel n’a aucun animal à leur montrer alors que la jungle, c’est « le bourdonnement incessant des insectes, le mouvement, la chaleur, et la vie qui semblait présente partout, tout cela était devenu un bruit de fond. […] Mais aujourd’hui, c’était différent. Le bruit de fond avait disparu. C’était inquiétant […]. » (p. 12). Aucun animal jusqu’à ce qu’une nuée noire ressemblant à une vague d’eau s’abatte sur eux et les dévore.

Minneapolis, Minnesota. Mike Rich et Leshaun DeMilo, deux agents fédéraux, planquent dans leur voiture et se font tirer dessus par des trafiquants. L’avion du milliardaire Henderson s’écrase en centre ville, pas très loin.

Kanpur, Inde. La Dr Basu et son assistant, Faiz, qui travaillent au Centre national de recherche appliquée en génie parasismique, remarquent des tremblements réguliers qui ne sont pas dû à des tremblements de terre.

Washington DC. Melanie Guyer, « biologiste spécialisée dans les usages médicaux du venin d’araignées » (p. 35) reçoit de Nazca une « boîte en bois [vieille de] dix-mille ans [contenant un sac] probablement au moins aussi vieux. […] fossilisé ou pétrifié ou un truc préservé dans le genre. » (p. 50). Que contient précisément ce sac ? « Le sac d’œufs, il est en train d’éclore. » (p. 51).

Maison Blanche. Lors d’une simulation, la première femme présidente des États-Unis, Stephanie Pilgrim, son assistant, Manny (ex-mari de Melanie Guyer) et les militaires assistent sur grand écran à une véritable explosion nucléaire dans l’Ouest de la Chine.

Et justement, dans la province de Xinjiang, en Chine, un accident dans une mine paralyse toute la région et les militaires empêchent quiconque de partir mais un homme vole un camion, force le barrage et s’enfuit. « Son téléphone portable ne fonctionnait toujours pas et personne n’avait de réseau, mais il était assez malin pour savoir que quand les soldats débarquent et qu’on dresse des barbelés, que tes responsables essaient de te rassurer en te disant que tout se passe comme d’habitude, c’est que quelque chose d’anormal est en train d’arriver et qu’il est grand temps de s’inquiéter. » (p. 66).

L’auteur balade ses lecteurs à travers le monde, Pérou, États-Unis, Chine, Inde, îles Hébrides (Écosse), etc., dans une série d’événements qui ne sont apparemment pas liés mais… « Je pense que c’est pire. Je pense que c’est pire que tout ce que nous pouvons bien imaginer en ce moment même. » (p. 160).

Il en profite pour parler de faits de société importants comme la relation de l’humain à la Nature (de façon universelle), l’évolution de la condition des femmes (politique, armée), l’homosexualité et les survivalistes (du moins aux États-Unis).

Ne lisez pas ce paragraphe si vous détestez les araignées et si vous avez peur des araignées ! Toutefois, cette lecture est pour le challenge de l’épouvante donc il faut bien avoir un peu (beaucoup !) peur quand même. Mais, pour quelqu’un comme moi qui n’aime pas les araignées… Le verbe aimer n’est sûrement pas approprié… Je suis d’accord pour dire que les araignées ont une certaine beauté et qu’elles sont fascinantes et puis elles mangent les moustiques et tous ces insectes qui embêtent les humains… Enfin pas dans ce roman… Dans Éclosion, elles mangent les humains et elles pondent des œufs dans le corps des humains qu’elles ne mangent pas… Parce qu’elles les mangeront de l’intérieur lorsque les œufs écloront ! Bref, ce premier tome d’une trilogie annoncée – à classer à la fois en thriller et en science-fiction post-apocalyptique – se lit d’une traite, genre en apnée, et en surveillant qu’il n’y a pas d’araignée dans le coin sinon hurlement assuré ! « À présent, il fallait vraiment vivre dans une bulle pour ne pas être au courant pour les araignées. » (p. 282). Je n’ai qu’une hâte : embrayer avec le tome 2, Infestation, qui sera encore sûrement plus effroyable et savoir quand paraît le tome 3 !

Une lecture effrayante que je mets dans le Challenge de l’épouvante, Défi littéraire de Madame lit (le mois de novembre est consacré à la littérature américaine ; né Canadien, l’auteur vit aux États-Unis et est considéré comme un auteur américain), Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Titre mot unique), Polar et thriller 2018-2019 (ce roman est bien construit comme un thriller, il y a des policiers et des enquêtes, policière et fédérale).

Les montagnes hallucinées, 1 de Gô TANABE

Les montagnes hallucinées, 1 de Gô TANABE.

Ki-oon, collection Les chefs-d’œuvre de Lovecraft, octobre 2018, 310 pages, 15 €, ISBN 979-10-327-0362-5 (extrait de 28 pages sur le site de l’éditeur). Kyoki no sanmyaku nite Lovecraft kessakushu, vol 1 & 2 (Kadokawa, 2016-2017) est traduit du japonais par Sylvain Chollet.

Genres : manga, science-fiction, fantastique, horreur.

TANABE Gô [ça m’énerve que ça soit transcrit Gou… Il y a une différence entre gô et gou !] naît en 1975. Scénariste et dessinateur, il est considéré comme un maître du fantastique horreur avec des adaptations de nouvelles japonaises, américaines ou russes. Parmi ses titres : The Outsider (アウトサイダー) d’après H.P. Lovecraft, Anton Tchekhov et Maxime Gorki (Glénat, 2009), Kasane 累 巻之壱 (2 tomes, Kana, 2010) et Mr Nobody (3 tomes, Doki Doki, 2014).

Expédition Miskatonic en Antarctique, janvier 1931. Le camp du Pr Lake ne donne plus de nouvelles… L’équipe qui part à la rescousse est horrifiée : humains et chiens « mutilés d’atroce façon » (p. 18) et au loin, des « montagnes noires sans nom » (p. 21), terrifiantes, hallucinées. « Ça ne peut pas être la tempête… qui a provoqué ces atrocités ! » (p. 255).

Le voyage à bord du voilier l’Arkham, les icebergs, l’Antarctique inexploré, l’installation du camp, l’île de Ross, les technologies plus modernes par rapport aux précédentes expéditions, les premiers forages, la deuxième base reliée par avion, les conditions météorologiques épouvantables, le glacier Beardmore, les fossiles… Tout y est pour le plus grand bonheur des lecteurs ! « Une mer gelée se dévoile ! […] C’est à couper le souffle ! […] Nous abordons enfin ce monde mort depuis des éternités ! » (p. 63).

Êtes-vous prêts à explorer ce monde inconnu avec Lovecraft et Tanabe-san ?

Des dessins réalistes, sombres, voire effrayants, certains en pleine page ou en double page, c’est très impressionnant ! Par exemple, la découverte et la visite de la grotte (chapitre 6 Les Anciens et chapitre 7 Des spécimens complets, pages 138 à 173) sont stupéfiantes.

Ce beau manga de collection – avec sa couverture reliée, effet cuir – plaira autant aux lecteurs fondus de l’univers de Lovecraft (fantastique, science-fiction, horreur) qu’à ceux qui vont le découvrir, du moins j’espère car c’est une très belle adaptation, fidèle à l’œuvre originale. Un deuxième tome est à paraître et, même si je connais la fin de l’histoire, j’ai hâte de le lire, en fait de découvrir les dessins de Gô Tanabe.

Pour les fans de Lovecraft ou pour ceux qui veulent en savoir plus : le challenge Printemps Lovecraft est terminé (il y a lieu en 2017) mais les liens sont toujours valides et le groupe FB fonctionne encore un peu ; Les montagnes hallucinées de H.P. Lovecraft (le roman écrit en 1932), Les montagnes hallucinées de Lovecraft et Culbard (une bande dessinée, anglaise, parue en 2010) et Le guide Lovecraft de Christophe Thill (un essai, d’un spécialiste français, paru en mai 2018).

Pour les challenges BD, Cette année, je (re)lis des classiques, Challenge de l’épouvante et Marathon de l’épouvante – automne 2018, Littérature de l’imaginaire et Un max de BD en 2018. Je suis à la bourre, en ce mercredi soir et je pense que c’est trop tard pour donner mon lien pour La BD de la semaine mais vous pouvez découvrir d’autres bandes dessinées chez Stéphie.

Un esprit sobre d’Arkadi Strougatski

Un esprit sobre d’Arkadi Strougatski.

En introduction de Étoiles rouges – La littérature de science-fiction soviétique de Patrice et Viktoriya Lajoye, essai paru aux éditions Piranha en octobre 2017.

Genres : littérature russe, nouvelle, science-fiction.

Arkadi Strougatski naît le 28 août 1925 à Batoumi en Géorgie (Union Soviétique). Il meurt le 12 octobre 1991 à Moscou. Son frère, Boris Strougatski, naît le 14 avril 1933 à Léningrad (Saint-Pétersbourg) et y meurt le 19 novembre 2012. Ils sont tous deux écrivains de science-fiction, ils écrivent à quatre mains. Mais ils ont chacun un métier : Arkadi est traducteur pour l’armée (japonais) et Boris est astrophysicien. À partir de 1969, le régime soviétique les censure et ils continuent d’écrire clandestinement. Ils sont particulièrement connus pour Stalker.

Viktor Borissovitch prend son petit-déjeuner et parle à son épouse, Lena : il est horrifié par la lecture de leur fils Gricha, la revue Aventures et fiction, pourtant éditée par les Éditions d’État pour enfants. « C’est révoltant. […] C’est terrible ! J’ai parcouru cette revue et j’ai été choqué. Bourrer la tête des enfants avec ces trucs totalement absurdes… Tu vois, l’envol vers d’autres galaxies à travers la quatrième dimension, des machines à voyager dans le temps, la psychokinésie, le psychisme… zut, bon sang ! La transformation du temps en énergie ! C’est stupide, en dépit du bon sens ! Aucune trace de matérialisme. Qu’est-ce que ça peut donner, une lecture pareille ? Des affabulateurs ? Des rêveurs au cerveau vide ? » (p. 8).

Cette nouvelle – écrite en 1972 – m’a beaucoup plu, la chute est surprenante et hilarante !

Étoiles rouges est une anthologie pour découvrir la richesse de la science-fiction soviétique, plus de 100 ans d’imaginaire injustement méconnu. J’aurais tellement voulu lire cette anthologie complète et pas seulement cet extrait ! Malheureusement, je l’ai commandée en début d’année et le libraire m’a dit qu’elle était épuisée chez l’éditeur…

Ce qui n’est pas une bonne nouvelle… Mais je mets cette lecture dans La bonne nouvelle du lundi et dans le Challenge de l’été, Littérature de l’imaginaire et Littératures slaves.

Dreadnought de Cherie Priest

Dreadnought (Le siècle mécanique, 3) de Cherie Priest.

Eclipse, collection Steampunk, octobre 2013, 480 pages, 18,30 €, ISBN 978-2-809-43358-6. Le roman est sorti en poche au Livre de poche en septembre 2016. Dreadnought (2010) est traduit de l’américain par Claude Esmein.

Genres : littérature américaine, science-fiction, uchronie, steampunk.

Cherie Priest naît le 30 juillet 1975 à Tampa (Floride) mais, comme son père est militaire, elle vit dans plusieurs États. Elle habite maintenant à Seattle (État de Washington). Son premier roman (série Eden Moore) paraît en 2003 puis plusieurs séries (Le siècle mécanique, Les dossiers Cheshire Red, etc.) et romans indépendants suivent (science-fiction ou horreur). Plus d’infos sur son site officiel, The Haunt.

Premier tome : Boneshaker. Deuxième tome : Clementine.

1880. Vinita Lynch, surnommée Mercy (miséricorde), travaille à l’hôpital militaire Robertson en Virginie. Elle apprend que son époux – qu’elle n’a pas vu depuis plus de deux ans – est mort. « Phillip avait combattu pour le Kentucky, pas pour l’Union. […] En réalité, tout le monde se battait pour son foyer. » (p. 32). Le lendemain, elle reçoit un télégramme en provenance de Tacoma (État de Washington) : Jeremiah Granville Swakhammer – son père qui avait disparu quand elle avait 7 ans pour aller chercher de l’or dans l’Ouest – a eu un accident et sa présence est requise à Seattle. « Dire que pendant tout ce temps, j’ai cru qu’il était mort. » (p. 54). Malgré sa colère et la crainte que son père ne soit déjà mort à son arrivée, Mercy donne sa démission et part. « Allons, ce sera une belle aventure […]. » (p. 62).

Mercy va d’abord voyager sur un dirigeable, le Zephyr, de Richmond à Winston-Salem puis de Charlotte à Fort Chattanooga. Mais tout le monde parle d’une locomotive énorme et effrayante. « […] ils ont construit la plus grosse locomotive qu’ils aient pu imaginer et y ont installer assez de blindage et d’armement pour en faire une vraie machine de guerre. Un engin capable de se déplacer aussi facilement que n’importe quel train. » (p. 146-147).

Puis en train de Fort Chattanooga à Memphis puis en bateau sur le Mississippi. « Entre les bateaux, les quais, les entreprises et les petits commerces, Mercy parvenait de temps à autre à distinguer le fleuve. Comme tout le monde, elle avait entendu pas mal d’histoires à propos du Mississippi. Mais le voir de ses yeux, dans toute son immensité, restait un spectacle incroyable. En comparaison, tous les autres cours d’eau qu’elle avait traversés ressemblaient à de simples ruisseaux. Celui-ci – qu’elle vit encore mieux après avoir traversé la rue encombrée de chariots – paraissait infini. En se tenant aussi près du bord que lui permettait l’aménagement portuaire, elle ne pouvait distinguer l’autre rive à travers la brume matinale. » (p. 178-179).

Et enfin, à bord du train de la fameuse locomotive, Dreadnought. « Cette locomotive était là-bas, et tout le monde semblait la craindre comme le diable. (p. 191). « […] cette locomotive est redoutable parce que c’est une machine de guerre. Ensuite, elle a été conçue pour effrayer les gens. » (p. 192). Le Dreadnought transporte soi-disant des corps de militaires rapatriés dans leurs familles, entre Saint-Louis (Missouri) et Tacoma (État de Washington).

Mais le voyage n’est pas de tout repos : il est très long – près de cinq mille kilomètres – et dangereux ! Durant ce périple, Mercy va rencontrer beaucoup de personnes différentes comme un vieux couple aisé, deux prostituées, un capitaine de bateau, un journaliste, un ranger texan (Horatio Korman), Miss Theodora Clay (très curieuse), des militaires, etc. Il y a donc une belle galerie de personnages. En ce qui concerne Mercy, je dirais que son caractère se situe entre celui de Briar de Bonashaker : elle est moins réservée et plus expérimentée que Briar, et celui de Maria de Clementine : elle est moins aventureuse et risque-tout que Maria mais elle a du caractère et surtout elle peut soigner les blessés ce qui la rend plutôt sympathique au regard des autres voyageurs ce qui n’était pas évident au départ puisque Mercy est noire.

Alors qu’on était dans un huis-clos angoissant avec Boneshaker et dans un road movie aérien divertissant avec Clementine, Dreadnought est un grand voyage d’est en ouest – en passant un peu par le sud – à travers les États pas encore unis et en pleine guerre. On a plusieurs frayeurs tout au long de ce trajet et on roule à fond la caisse à bord du Dreadnought qui subit des attaques organisées. Lorsqu’on lit ce troisième tome, tout se remet en place, on comprend des choses des deux précédents tomes et on se dit qu’on va se retrouver à Seattle comme dans le premier tome, ce qui est vraiment bien mené de la part de l’auteur. Le style est très fluide, genre page turner, (le traducteur est encore différent) et j’ai passé un très bon moment de lecture. Comme dans Boneshaker, les créatures ne sont pas appelées zombies (le mot n’existait pas au XIXe siècle) mais « cadavres ambulants », « cadavres enragés » ou « attaquants aux yeux morts » cependant on saura qui elles sont, d’où elles viennent et comment elles sont devenues ces monstres.

Mon passage préféré (à propos des Sudistes) : « Ce sont des chiens qui vous ont fait ça ? Un homme qui se bat contre des chiens vaut encore moins qu’eux. Je me bats contre des hommes, Comstock. Je les combats pour la même raison qu’ils nous combattent : parce que quelqu’un leur en a donné l’ordre et que le hasard les a placés d’un côté du front et moi, de l’autre. » (capitaine MacGruder, p. 427). Union, Confédération, États indépendants (ou neutres) comme le Texas, Mexique… le principal est d’être humains, vivants et de gagner contre « ces choses » pour ne pas devenir comme elles.

Et puis cette phrase : « […] les importuns hésitent souvent à ennuyer une femme en train de lire. » (p. 444). 😉 Euh, c’était au XIXe siècle, est-ce encore vrai maintenant ?

Une chouette lecture pour les challenges Chaud Cacao, de l’épouvante, de l’été, Littérature de l’imaginaire, Vapeur et feuilles de thé et Lire sous la contrainte (trilogies et séries de l’été).

Apparences de Lydia Le Fur

Apparences de Lydia Le Fur.

Auto-édition [lien mon Best Seller], avril 2017, 12,65 €, 204 pages, ISBN 978-2-9559558-1-9.

Genres : thriller, science-fiction.

Lydia Le Fur naît à Saint Malo (patrie des Étonnants voyageurs). Elle est professeur d’anglais, elle aime les thrillers et le cinéma. Apparences est son premier roman. Plus d’infos sur son blog (avec Lune de Miel) et sa page FB.

Début décembre. Liza Devreau, jeune peintre parisienne, se rend à New York où ses toiles vont être exposées (à la galerie Arbora à Chelsea). Au moment de monter dans le taxi pour l’aéroport, un coup de feu retentit mais, après un petit moment de panique, Liza ne se rend pas compte que quelqu’un a essayé de la tuer. « En plein SoHo, elle se sentait bien, proche des galeries d’art et des musées. » (p. 15). Au bar de son hôtel, elle est abordée par un bel homme qui veut la revoir et le lendemain, elle est abordée dans la rue par un journaliste un peu détective (habillé comme Sherlck Holmes) qui la suit depuis Paris ! « Je me méfie toujours des apparences. C’est comme ça qu’on reste en vie et que l’on fait un bon journaliste ou un bon détective. » (p. 23). Et le journaliste se précipite sur elle car un coup de feu est tiré : pour la deuxième fois, quelqu’un a essayé de tuer Liza, et Thomas Rivard (puisque c’est comme ça qu’il s’appelle) a repéré l’homme armé.

Qui veut tuer Liza et pourquoi ? Mais si le tireur d’élite a raté deux fois sa cible, c’est parce qu’il ne comprend pas pourquoi son employeur veut qu’il tue cette jeune femme lumineuse et talentueuse. « Il se dit qu’elle faisait partie de ces gens qui vous attirent, qui vous arrêtent, des gens dont la beauté intérieure transparaît au dehors, que l’on ne peut s’empêcher de regarder quand ils entrent dans une pièce, des gens qui stoppent les conversations, vers qui l’on se retourne. Elle était un de ces êtres à part et il devait la tuer. » (p. 41-42).

Le lecteur en apprend un peu sur l’Art et le fonctionnement d’une galerie, sur la ville de New York et la devise de sa police : « Courtoisie, professionnalisme et respect. » (p. 49) mais le détective John Berkley n’a pas le temps de mener une enquête car Liza et Thomas filent à Oxford en Angleterre pour se mettre à l’abri et comprendre.

Lorsque Liza est enlevée, les phrases se font plus courtes, plus percutantes et j’ai trouvé que ça montrait bien l’affolement et la peur de Liza.

Je ne dévoilerai rien du pourquoi du comment et il faudra que vous lisiez ce roman mi thriller mi science-fiction pour découvrir la vérité ! Apparences est en fait une réflexion sur l’Art, sur la vie, sur la science : « Avancer avec son temps. Toujours avancer. Et même devancer. » (p. 187) et sur l’obéissance aux ordres. Cette lecture fut une belle découverte avec des surprises (par exemple, il y a des références amusantes à Sherlock Holmes et à George Clooney, l’auteur est sûrement fan !) mais j’aurais voulu en lire plus ! J’ai appris que Lydia Le Fur est en train d’écrire une suite, c’est une bonne nouvelle car elle a une « belle plume » comme on dit et j’espère qu’elle développera plus ses personnages en particulier Liza et le lieutenant Mathieu (le tireur d’élite). Voilà, pas un coup de cœur mais une chouette lecture pour une soirée.

Un passage que j’aime bien : « On ne parle plus que de ça, chez le coiffeur, chez le boucher, au bar, entre collègues. Cela permet d’oublier les malheurs de son quotidien. Les actualités, ce sont les jeux modernes. Du pain et des jeux, du pain et des infos, voilà ce que réclame le peuple et tout le monde est content. Un peu de guerre, un peu de sexe, un peu d’amour et de beaux sentiments, un peu de terroir et de région, un peu de sport de balle sur une pelouse verte et des scandales financiers te hop ! c’est fait, les gens font de beaux rêves. » (p. 79).

Et un autre : « L’humour est une grande qualité. Sans humour, la vie serait bien triste. » (p. 176).

Une petite remarque à propos du « à » majuscule, j’ai repéré quelques (quatre) « A » alors qu’un peu plus loin, il y a bien « À », c’est un petit détail mais (comme je suis chiante), la lettre majuscule reste la même lettre que la lettre minuscule et garde donc son accent (ou sa cédille) qu’elle soit écrite en minuscule (bas-de-casse) ou en majuscule (grandes capitales ou petites capitales).

Une lecture pour le Challenge de l’été, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Titre mot unique), Polar et thriller et S4F3 #4 (le roman est à la fois thriller et à la fois SF).

Ce roman est un livre voyageur organisé par Julie du blog Ju lit les mots + lien vers sa note de lecture. Je remercie donc Julie pour cette initiative et Lydia Le Fur qui m’a envoyé directement son livre. Et je souhaite bonne lecture aux participants suivants.

L’endormeur, 1 : Château rose de Morgan Navarro

L’endormeur, 1 : Château rose de Morgan Navarro.

Delcourt, collection Shampooing, août 2012, 192 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-7560-1678-8.

Genres : bande dessinée, fantastique.

Morgan Navarro naît en 1975 à Grenoble mais il grandit au Sénégal puis en Bretagne. Il étudie la littérature puis l’architecture avant de se consacrer à la bande dessinée dès 1999. Il est auteur et illustrateur de bandes dessinées, et aussi scénariste pour le cinéma d’animation (OVNI, Ma vie de courgette). Plus d’infos sur son site, Plutoslo – Morgan Navarro Empire, et sur son blog Le Monde, Ma vie de réac.

Comme tous les matins, Merlin se rend au bureau mais, depuis trois semaines, il est épuisé, son fils, Samo, un nourrisson, ne dort pas et pleure toute la nuit. Beaucoup de parents font appel à un endormeur mais Merlin s’y refuse. « On y a pensé mais j’veux pas… Ça me fait peur ! » (p. 19). L’endormeur est un homme étrange qui endort les bébés comme par enchantement et vient les réveiller le lendemain matin : peut-être qu’il n’y a aucun danger. La maman de Samo, Pearl, travaille de nuit et Merlin n’en peut plus alors il appelle l’endormeur. Ah… enfin, une nuit paisible ! Mais le lendemain matin, Samo ne se réveille pas et, à l’adresse indiquée sur la brochure, Merlin trouve l’endormeur poignardé ! Et un miroir qui le fait passer… « de l’autre côté », dans un monde médiéval vraiment bizarre. Est-ce un rêve ? « Ah mais oui !… C’est un rêve, bien sûr ! Je suis en train de rêver ! Génial ! » (p. 139).

Un premier tome intrigant dans le monde du rêve et de l’imaginaire dans lequel Merlin commence à avoir une vague idée de ce que font les endormeurs… Monde médiéval, contes de fées revisités, fantastique, basculement dans la science-fiction, que de surprises, ce premier tome poétique et complètement barré (qui est aussi une réflexion sur l’art difficile d’être parent) a tout pour plaire et j’ai hâte de lire le tome 2, Interzone !

J’avais déjà aperçu en librairie (ou peut-être à la bibliothèque) des couvertures de Morgan Navarro (Flip chez Bréal Jeunesse par exemple) mais je ne connaissais pas l’œuvre de cet auteur et c’est la première fois que je lis une de ses bandes dessinées. Ravie de la découverte !

Une lecture pour La BD de la semaine et pour les challenges bandes dessinées : BD 2018-2019 (billet à venir), Un max de BD en 2018 et pour le Challenge de l’été, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie couleur pour rose) et Lire sous la contrainte (trilogies et séries de l’été).