Un Logique nommé Joe de Murray Leinster

Un Logique nommé Joe de Murray Leinster.

Le passager clandestin, collection Dyschroniques, octobre 2019, 48 pages, 5 €, ISBN 978-2-36935-228-0. A Logic Named Joe (1946) est traduit de l’américain par Monique Lebailly.

Genres : littérature états-unienne, nouvelle, science-fiction.

Murray Leinster est le pseudonyme de William Fitzgerald Jenkins. Il naît le 16 juin 1896 à Norfolk en Virginie (États-Unis). Jeune auteur, un journal le publie déjà lorsqu’il a 13 ans. Pendant la Première guerre mondiale, il travaille au Committee on Public Information (qui convainc l’opinion publique américaine de soutenir l’effort de guerre). Il devient ensuite écrivain (plus de 1500 nouvelles, une quinzaine de scénarios pour le cinéma et des centaines pour la radio et la télévision) et travaille à l’Office of War Information durant la Seconde guerre mondiale. Il est considéré comme l’inventeur des mondes parallèles (sa nouvelle, Sidewise in Time, paraît en 1934) et un Prix Sidewise, créé en son honneur, récompense chaque année la meilleure uchronie (roman et nouvelle) depuis 1995. Il est aussi un des premiers à parler d’ordinateur et d’Internet avec A Logic Named Joe. Il meurt le 8 juin 1975 à Gloucester Courthouse en Virginie.

« C’est le 3 août que Joe est sorti de la chaîne de fabrication » (p. 5). Voici comment débute ce texte. Le narrateur travaille à la maintenance de la Logics Company : il répare les « Logiques ». Le logique n’est pas un robot mais un ordinateur connecté à un réseau mondial : je rappelle qu’on est en 1946 !

« […] un grand bâtiment plein des événements en cours et de toutes les émissions jamais enregistrées – il est branché sur les réservoirs de tous les autres pays – et vous n’avez qu’à pianoter pour obtenir tout ce que vous voulez savoir, voir ou entendre. » (p. 7). Incroyable, n’est-ce pas ?

Bref, Joe est sorti de la chaîne de montage, il a subi les contrôles habituels et il a été installé dans une famille, les Korlanovitch. « Jusque là, tout baigne dans l’huile. » (p. 8).

Sauf que Joe, plus intelligent et ambitieux que les autres Logiques, ou ayant un infime défaut, allez savoir, déjoue la censure (qui évite de répondre à n’importe quelle question), modifie ses paramètres et donne, à travers ses semblables interconnectés, des idées dangereuses aux humains, adultes et enfants, qui posent des questions genre comment se débarrasser de quelqu’un sans être pris, comment s’enrichir vite, etc.

En plus, arrive en ville, Laurine, une ex du narrateur, maintenant marié mais Laurine, qui est une femme dangereuse, va tout faire pour retrouver l’homme qu’elle dit aimer.

Comment sauver sa famille ? Fuir ? Appeler la Technique et déconnecter les Logiques ? Le narrateur comprend que ce n’est pas possible… C’est comme se séparer du feu à la Préhistoire, de la vapeur au XIXe siècle ou de l’électricité au XXe, impossible ! « Mais voilà : les choses allaient péter parce qu’il y avait beaucoup trop de réponses données à beaucoup trop de questions. » (p. 27).

Toute ressemblance avec les ordinateurs actuels connectés à Internet…

A Logic Named Joe paraît dans Astounding Science Fiction (un pulp) n° 184 en mars 1946. Elle paraît en France en 1974 dans Histoires de machines, le 6e volume de La grande anthologie de la science-fiction (36 volumes entre 1966 et 2005) puis en 1996 dans l’anthologie Demain les puces chez Présence du futur.

C’est incroyable que Leinster/Jenkins ait inventé ce Logique en 1946 quand on sait que l’Arpanet (Advanced Research Projects Agency NETwork, l’ancêtre d’Internet) n’est mis en place qu’en septembre 1969 ! Un visionnaire bien inspiré puisqu’il avait prédit l’avènement d’Internet pour tous ainsi que les éventuelles dérives et les dangers de l’interconnection mondiale.

Un texte à découvrir donc, comme tous ceux de la collection Dyschroniques publiés chez Le passager clandestin, collection idéale pour le Maki Project. Que je mets aussi dans Cette année, je (re)lis des classiques #3, Les classiques c’est fantastique (en novembre, le thème est histoires de famille) et Littérature de l’imaginaire #8.

L’examen de Richard Matheson

L’examen de Richard Matheson.

Le passager clandestin, collection Dyschroniques, novembre 2019, 48 pages, 5 €, ISBN 978-2-36935-235-8. The Test (1954) est traduit de l’américain par Roger Durand (1957), traduction revue par Jacques Chambon.

Genres : littérature états-unienne, nouvelle, science-fiction.

Richard Matheson naît le 20 février 1926 à Allendale dans le New Jersey (États-Unis). Il y a tant de choses à dire sur ce fils d’émigrés norvégiens, élevé par sa mère à Brooklyn (New York), qui écrit sa première nouvelle à l’âge de 8 ans (le journal The Brooklyn Eagle la publie) et engagé dans l’armée américaine en Europe durant la Seconde guerre mondiale. Romancier, nouvelliste et scénariste, il est spécialement connu pour Je suis une légende (1950), L’homme qui rétrécit (1956), La maison des damnés (1971) et les scénarios de La quatrième dimension et Star Trek, entre autres. Suspense, thriller, fantastique, horreur, science-fiction, fantasy, western pour plus de cent nouvelles, une trentaine de romans et une quarantaine de scénarios pour le cinéma et la télévision. Il reçoit le Prix Bram Stoker en tant que Grand Maître pour son œuvre en 1990. Il meurt le 23 juin 2013 à Calabasas en Californie.

New York, janvier 2003. Tom Parker a 80 ans ; il habite avec son fils, Leslie (Les), sa belle-fille, Terry, et ses deux petits-fils, Jim et Tommy. Une famille américaine comme tant d’autres.

Mais cette famille vit dans une société qui régule le nombre de personnes âgées et, alors que les enfants dorment et que Terry coud, Les prépare son père à son quatrième examen. « Les répéta les nombres et, tout en écoutant son père trébucher sur eux, jeta un coup d’œil dans le salon. » (p. 8). Tom, angoissé, s’énerve et Les, énervé, s’impatiente… « L’examen avait lieu le lendemain. » (p. 17).

Les est persuadé que, cette fois, son père ne réussira pas l’examen mais Terry n’en est pas sûre (il a réussi les trois fois précédentes malgré ses problèmes de santé)… Elle s’interroge sur leur couple et leurs enfants : « Les, s’il réussit cet examen, ça signifie cinq ans de plus. Cinq ans de plus, Les. As-tu songé à ce que ça signifie ? » (p. 19).

Voilà, c’est lancé ! L’espérance de vie est plus longue et c’est bien, mais il y a un mais… La vieillesse et la dépendance des vieux mettent à mal non seulement la famille mais aussi l’économie ; les familles ne veulent plus cohabiter comme avant, et de toute façon, cette cohabitation s’arrête au bout d’un moment (interminablement long pour certaines familles) puisque la loi a été votée par l’État.

Un peu d’histoire. Pendant la Grande Dépression, en 1935, le président Franklin Roosevelt met en place le Social Security Act pour protéger les plus fragiles (enfants, handicapés, personnes âgées…) puis, en 1950, une conférence nationale se tient à Washington pour « promouvoir la dignité, la santé et la sécurité économique des Étatsuniens les plus âgés » (p. 43), amélioré ensuite en 1965 par une nouvelle réforme, l’Older American Act (OAA).

Mais Richard Matheson imagine un gouvernement qui aurait fait l’inverse et tout ceci est fort plausible et il joue sur les peurs de l’humanité.

L’examen traite ainsi plus largement de l’euthanasie voire de l’eugénisme (appelé euthanasie involontaire), afin d’éliminer « les personnes défectueuses indésirables de la société. » (p. 44-45) : on est très proche de ce qu’ont fait les nazis dans les années 40…

Ainsi, cette nouvelle (novella pour les Anglo-Saxons) fait froid dans le dos. Et interroge le lecteur (qui veut encore vivre avec trois voire quatre générations à la maison ?) sur ce que lui ferait. Pour certains, la famille est sacrée et pas question d’abandonner parents, grands-parents et arrière-grands-parents s’ils sont encore en vie, mais pour d’autres la famille est une chape de plomb et pas question de vivre ensemble !

The Test est paru deux fois dans The Magazine of Fantasy and Science Fiction (en 1954 puis en 1957). Traduite en français, elle apparaît dans Fiction n° 48 de novembre 1957.

Une lecture édifiante pour le Challenge du confinement (case Classique) que je mets aussi dans Cette année, je (re)lis des classiques #3, Les classiques c’est fantastique (en novembre, le thème est histoires de famille), Littérature de l’imaginaire #8 et Maki Project.

Audience captive d’Ann Warren Griffith

Audience captive d’Ann Warren Griffith.

Le passager clandestin, collection Dyschroniques, février 2016, 50 pages, 5 €, ISBN 978-2-36935-049-1. Captive Audience (1953) est traduit de l’américain par Anonyme.

Genres : littérature états-unienne, nouvelle, science-fiction.

Ann Warren Griffith naît le 31 juillet 1911 (ou 1918, les sources diffèrent) à Newton (Massachusetts, États-Unis). Elle étudie au Barnard College à New York (une des Seven Sisters, les universités féminines d’exception aux États-Unis). Elle entre dans le Women Airforce Service Pilots – WASP, une organisation para-militaire pionnière composées de femmes pilotes civiles mais employées par l’Armée de l’air des États-Unis lors de la Seconde Guerre mondiale. Ensuite elle devient journaliste pour des journaux comme The New Yorker ou Pegasus, un magazine spécialisé dans l’aviation. Elle n’écrit que deux nouvelles de science-fiction : Zeritsky’s Law (Galaxy Science Fiction, 1951) et Captive Audience (The Magazine of Fantasy and Science Fiction, 1953). Et un roman, Who is Hiding in My Hide-a-Bed? (1958). Elle meurt le 11 mai 1983.

Fred et Mavis Bascom prennent le petit-déjeuner avec leurs enfants, Billy et Kitty. Mavis est femme au foyer ; depuis 15 ans, Fred travaille à la VU, la société de Ventriloquie Universelle des États-Unis et il est « considéré par ses chefs comme un homme que l’on pouvait donner en exemple. » (p. 11). Une famille parfaite !

Le problème, c’est la grand-mère de Mavis : elle est contre la VU et, alors qu’elle sort de 5 ans de prison (pour avoir mis des bouchons dans ses oreilles pour ne plus entendre les slogans publicitaires continuels), elle débarque chez eux… Bon, « Toutes les familles ont un squelette dans leur placard. » (p. 15) mais tout va mal si le squelette sort du placard, du moins ça serait catastrophique pour Fred si son entreprise était au courant…

Oh la la, je suis d’accord avec la grand-mère, VU c’est l’enfer ! Tous les produits disent des slogans à tout va ! Au magasin, à la maison… Et ces slogans ne sont pas toujours très fins… Audience captive est un texte satirique injustement méconnu, une dénonciation de la publicité omniprésente, et même pire du « ciblage publicitaire comportemental ».

Une lecture pour le Challenge du confinement (case SF) que je mets aussi dans Cette année, je (re)lis des classiques #3, Les classiques c’est fantastique (en novembre, le thème est histoires de famille), Littérature de l’imaginaire #8 et Maki Project.

Ça n’arrivera pas de Nicolas Beuglet

Ça n’arrivera pas de Nicolas Beuglet.

XO, novembre 2020, 33 pages, uniquement en numérique.

Genres : science-fiction, nouvelle.

J’ai découvert Nicolas Beuglet à l’automne 2019 avec la première enquête de Sarah Geringën, une inspectrice d’Oslo en Norvège. J’ai lu les trois tomes à la suite : Le cri, Complot, L’île du Diable. Je les ai beaucoup aimés et je souhaiterais lire son premier roman, Le premier crâne, malheureusement introuvable… Son nouveau roman, Le dernier message, avec une nouvelle enquêtrice écossaise, Grace Campbell, est paru en septembre 2020 et je l’emprunterai à la bibliothèque. En attendant, l’auteur propose une nouvelle (merci à l’auteur et à l’éditeur pour cette nouvelle disponible librement dans plusieurs formats).

Et voici ce qu’en dit l’éditeur : « Et si on se projetait en 2022 ? Qu’en sera-t-il de la pandémie, du vaccin, des restrictions de liberté ? Dans cette fiction, Nicolas Beuglet déroule le scénario qu’il redoute. Histoire, dit-il, d’éveiller les esprits… Glaçant. »

Vendredi 20 mai 2022. Jean Cassini, écrivain, va au supermarché et sa fille Maïa, adolescente, lui pose cette question, déchirante : « Tu crois qu’un jour, tout redeviendra comme avant ? » (p. 6). C’est que, en 2020, Jean avait dit à sa fille « Ça n’arrivera pas. » (p. 6) mais… Maïa n’est pas vaccinée donc elle n’a pas le droit d’aller au lycée, elle doit rester chez elle, et ses amis vaccinés ne veulent pas venir la voir parce que « le vaccin n’est pas efficace à cent pour cent, alors on ne sait jamais… » (p. 7).

Le vaccin, Covax, n’étant efficace qu’à 70 % en moyenne, la population, y compris les vaccinés, est obligée de porter un masque et de respecter la distanciation sociale. De plus, le taux de contamination est passé au-dessus de 25 % ! Alors à quoi sert le vaccin ?

L’Union européenne doit mettre en place sur l’intégralité des résidents un « système d’identification électronique plus communément appelé (e-ID) » (p. 11). Cette identification électronique est mondiale et l’Europe a du retard… On y vient à ça, peut-être pas en 2022 mais c’est sûr qu’avec les nouvelles technologies, on y vient ! En tout cas, dans la nouvelle, la population est constamment surveillée y compris les vaccinés (caméras, téléphones, alertes, restrictions de sortie…).

Mais pour ceux qui ne sont pas vaccinés (542 000 personnes en Europe sur 443 millions d’habitants), comment ignorer « les regards de reproche ou parfois même de pitié de ses concitoyens » (p. 15) ?

Et à ceux qui se posent des questions pour le futur, il y a toujours quelqu’un qui rétorque « Tu sais bien que ça n’arrivera pas. » (p. 20). En Chine oui (avec le crédit social). « Mais en France dans le pays des droits de l’homme […]. » (p. 21). En sommes-nous si sûrs ? Allons-nous devoir renoncer à une partie de nos libertés ? Allons-nous nous habituer pour notre sécurité, pour l’économie ?

Voilà le monde que l’auteur imagine, pire qu’il craint de voir arriver. Parce que ce coronavirus, les masques, les contrôles, ce n’est pas de la fiction, nous sommes en plein dedans ! Le problème est : jusqu’où cela ira-t-il ? Cela peut aller très loin vu les sources (reconnaissance faciale, identité numérique…) que l’auteur cite à la fin (p. 33) et cette anticipation peut très bien ne pas être fictive du tout ! Avec cette question (que nous n’aurons peut-être plus le droit de poser un jour) : faut-il – à cause du principe de précaution dont nous entendons beaucoup parler – préférer la sécurité à la liberté ? Et, si nous réfléchissons bien : cette histoire se déroule sur une journée, une seule journée durant laquelle tout peut basculer.

Durant le premier confinement, j’avais lu Contagions de Paolo Giodano, disponible en ligne, un des premiers livres parus sur le coronavirus et qui permettait de comprendre mieux ce qui arrivait dans le monde. Avec cette nouvelle, le lecteur est projeté dans un futur (proche) fort possible et fort effrayant. Quant à la couverture, elle est toute simple mais vraiment bien pensée.

Tout le monde peut lire cette nouvelle qui fait froid dans le dos (en cliquant sur XO).

Je mets cette lecture dans le Challenge du confinement (case Nouvelle), Littérature de l’imaginaire #8 et Maki Project.

Alors que je termine ma note de lecture – samedi soir 20 h 45 – le journal sur Arte commence et j’apprends une info : 400 000 morts en Europe (au moment où vous lisez, le nombre est bien sûr supérieur) et moins de 10 minutes après, une autre info : le laboratoire états-uniens Gilead a vendu à l’Europe son vaccin (remdesivir) pour des millions d’euros mais il n’est pas efficace ! Vous ne trouvez pas que Gilead ressemble à Galead de The Handmaid’s Tale ?

Le cœur perdu des automates de Daniel H. Wilson

Le cœur perdu des automates de Daniel H. Wilson.

Fleuve, collection Outre Fleuve, septembre 2018, 416 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-26511-724-2. The Clockwork Dynasty (2017) est traduit de l’américain par Patrick Imbert.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction.

Daniel H. Wilson naît le 6 mars 1978 à Tulsa en Oklahoma (États-Unis). Il étudie la robotique et l’intelligence artificielle à l’Université Carnegie-Mellon de Pittsburgh en Pennsylvanie. Il travaille comme ingénieur chez Microsoft et Intel puis se lance dans l’écriture. Il vit à Portland en Oregon. Du même auteur : Robocalypse (2012) et sa suite, Robogenesis (2017) que je lirai un de ces jours (l’auteur est passionné par les robots) et le petit dernier : La menace Andromède (2020), suite de La variété Andromède de Michael Chrichton (1969) que j’ai très envie de lire. Plus d’infos sur son site officiel.

« Les gens curieux en apprennent plus que les autres. » (p. 10). Je plussois !

Le grand-père de June, Vasily Stefanov, un Russe de l’Oural, exilé aux États-Unis a transmis à sa petite-fille (June Stefanov donc) des histoires, sa passion pour les automates, une relique de la guerre de Stalingrad : « […] la relique que l’ange de la vengeance a laissée derrière lui. » (p. 15) et une clé en laiton d’automate : « […] les derniers exemplaires existants sont d’une rareté quasi légendaire, et ne se trouvent que dans des collections privées, presque impossible à atteindre et encore moins à examiner. » (p. 21). June a étudié la linguistique, l’histoire, l’ingénierie et a fait une spécialisation en automates médiévaux.

Moscou, 1709. Un fils de laiton voit le jour. Son père est Giacomo Giuseppe Favorini. « D’une certaine façon, je suis. Et je dois l’avouer, c’est une étrange chose que d’être. » (p. 27). Favorini est « le dernier artisan mécanique du tsar Piotr Alexeïevitch » (p. 29). Ce fils de laiton a une sœur, mécanique elle aussi, Helena Petrovna, elle représente la logicka (la pureté de la raison). C’est le tsar qui donne son nom au fils de laiton (Piotr, ou Pierre) et il représente la Pravda (la vérité et la justice).

June travaille pour la fondation Kunlun. « Au cours de l’histoire, certains avtomat ont été découverts. C’est inévitable. Si le capturé n’est pas condamné au bûcher pour sorcellerie, les autres s’assurent qu’il disparaisse à jamais. Les comptes rendus écrits, les photographies, les témoins : nous nettoyons toujours derrière nous. Nous sommes encore quelques dizaines, tous vieux et solitaires. Certains remontent à l’Antiquité. Mais nous veillons tous à protéger le secret de notre existence… c’est une question de vie ou de mort. » (p. 160-161).

Une petite erreur : « À quatre pattes, je fais de mon vieux […]. » (p. 403). Ah ah ah, moi aussi, j’ai fait de mon vieux pour ne pas rire !

À part cette petite erreur, j’ai eu une lecture très agréable de ce roman à la fois historique et science-fiction. June vit de sa passion et toutes ces histoires d’automates, c’est fascinant (j’aime tout ce qui est mécanisme d’horlogerie, d’automates, etc.). Les descriptions sont extraordinaires. De plus, vous l’avez compris, le passé et le présent sont liés, dans un récit mi steampunk mi uchronie, mais je ne vous en dis pas plus, ce sera à vous de découvrir le comment du pourquoi !

Pour Jeunesse Young Adult #10, Littérature de l’imaginaire #8 et Vapeur et feuilles de thé. Et je rajoute Petit Bac 2020 (catégorie Objet pour automates).

Un gars et son chien à la fin du monde de C.A. Fletcher

Un gars et son chien à la fin du monde de C.A. Fletcher.

J’ai lu, collection Nouveaux Millénaires, août 2020, 320 pages, 21 €, ISBN 978-2-290-21628-6. A boy and His Dog at the End of the World (2019) est traduit de l’anglais (Écosse) par Pierre-Paul Durastanti.

Genres : littérature écossaise, science-fiction.

C.A. Fletcher vit en Écosse ; il a des enfants et des chiens ; il est écrivain pour la jeunesse mais Un gars et son chien à la fin du monde est un roman de science-fiction pour adultes. C’est son premier roman traduit en français mais pas son premier roman puisqu’il a déjà écrit un roman : Far Rockaway (2011) et des trilogies : Stoneheart, Ironhand, Silvertongue (tomes parus en 2006, 2007, 2010), Dragon Shield, The London Pride, City of Beasts (tomes parus en 2014, 2015, 2016) et The Oversight, The Paradox, The Remnant (2017). Plus d’infos sur son site officiel.

Après ce que les humains ont appelé la Castration, il n’y a plus eu de naissances sur la Terre ou très peu. Il y a maintenant moins de dix mille humains disséminés sur la planète.

Griz est une exception, une « aberration ». Il vit sur une des îles Hébrides avec ses parents, son frère Berg, sa sœur Bar et ses deux chiens, Jip et Jess. « Jip est un terrier aux longues pattes, marron et noir, le poil rêche et le regard affûté. Aussi grande, Jess a le pelage lisse, les épaules plus étroites, la poitrine tachée de blanc. Ce sont des corniauds, le frère et la sœur, identiques mais différents. » (p. 13).

Un jour, un inconnu, Brand, débarque sur leur île mais le lendemain matin, il part en volant plusieurs choses dont de la nourriture et la chienne Jess. Sans réfléchir, Griz le poursuit avec son bateau, le Doux-Espoir, et avec Jip. « On peut quitter sa vie tranquille aussi vite que ça, et rien de ce qu’on croyait savoir ne sera plus comme avant. » (p. 55).

Après la perte du Doux-Espoir, Griz et Jip poursuivent à pieds (et à pattes) et découvrent ce qui reste du monde d’avant.

Et je ne vais pas beaucoup en dire plus car voici ce que demande l’auteur. « À propos des spoilers. Les autres lecteurs – sans parler de l’auteur de ces lignes – apprécieraient sans doute que les découvertes effectuées au fil du voyage de Griz dans les ruines de notre monde restent un petit secret entre nous… » (p. 8).

Je vous donne simplement deux passages que j’aime.

1. Griz aime beaucoup lire. « Les livres, ça résiste drôlement, si on les protège de l’humidité et des rats. Ils durent des siècles, sans problème. Lire, c’est une autre façon de survivre. Ça aide de savoir d’où on vient, comment on en est arrivé là. Et puis, même si je n’ai jamais rien connu d’autres que ces îles basses et désertes, un livre inconnu que j’ouvre, c’est une porte qui me permet de voyager loin dans l’espace et le temps. » (p. 14).

2. Sur l’île de Griz, il n’y a pas d’arbres. « Un arbre, c’est une merveille. » (p. 133).

Après Le livre de M de Peng Shepherd, voici un autre roman post-apocalyptique différent de ceux qui existent. Il y est noté l’importance des animaux (à travers les chiens) et des livres (voir l’extrait ci-dessus). J’y vois un clin d’œil à Demain les chiens de Clifford D. Simak (1952) et à Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien) de Jerome K. Jerome (1889). Aventures et suspense sont au rendez-vous dans ce monde dévasté (mais plutôt de façon naturelle) et hostile. De l’émotion aussi. Un coup de cœur pour moi.

Pour les challenges Animaux du monde #3 (chiens), Challenge de l’été (note de lecture publiée plus tard mais bien lu en été, le 13 septembre), Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour chien) et Voisins Voisines 2020 (Écosse).

Ils l’ont lu (et apprécié aussi) : Bibliocosme, Dragon galactique, Sophie, Un papillon dans la lune et sûrement d’autres.

La main tendue de Poul Anderson

La main tendue de Poul Anderson.

Le passager clandestin, collection Dyschroniques, février 2014, 96 pages, 6 €, 978-2-36935-004-0. The Helping Hand (1950) est traduit de l’américain par Maxime Barrière.

Genres : littérature états-unienne, novella, science-fiction.

Poul Anderson naît le 25 novembre 1926 à Bristol en Pennsylvanie (États-Unis). Il étudie la physique à l’université du Minnesota et écrit pour payer ses études. Il est auteur de nouvelles et de romans de science-fiction puis s’intéresse à la fantasy avec la mythologie scandinave (ses parents étaient d’origine scandinave). Il fait partie du mouvement « libertarianisme », une philosophie politique pour une société juste et respectueuse des droits et des libertés. Il reçoit de nombreux prix littéraires. Il meurt le 31 juillet 2001 à Orinda en Californie.

« Son Excellence Valka Vahino, envoyé extraordinaire de la Ligue de Cundaloa auprès de la Confédération du Sol ! » (p. 5). Ralph Dalton et ses collaborateurs terriens reçoivent ce représentant des Cundaloiens pour une conférence préliminaire télévisée. Après la Grande Paix sur Terre et l’avènement de la Confédération, les Terriens ont envoyé des vaisseaux intergalactiques et ont découverts deux autres systèmes : celui de Cundalea et celui de Skontar. Malheureusement les rivalités entre les populations de ces systèmes ont engendré une guerre… C’est de paix dont vont parler les protagonistes maintenant. « Il leur fallait respecter cette paix à présent, surtout à un moment où tous deux avaient un besoin impérieux de se ménager l’aide solienne en vue de la reconstruction. » (p. 12). Solienne pour Sol, c’est-à-dire terrienne et Terre.

Mais les Skontariens sont beaucoup moins appréciés que les Cundaloiens et l’ambassadeur de Skontar, « Son Excellence Skorrogan, fils de Valthak, duc de Kraakahaym » (p. 11) ne fait rien pour arranger les choses : il arrive en retard, parle en rugissant, n’est pas du tout diplomate et dégage une odeur âcre… « il n’y aurait pas d’aide pour Skontar. » (p. 18). Un échec ? À voir !

Mieux vaut-il s’en sortir sous la domination d’un autre et perdre son identité ou faire face seul à « la désolation » (p. 48) ?

Cette nouvelle (novella), une des premières de Poul Anderson, est écrite en pleine guerre froide alors que le président Truman avait déclaré (en 1947) que les régimes totalitaires étaient entretenus par la misère, le besoin et généraient de la pauvreté, des conflits sociaux. Elle paraît d’abord en mai 1950 dans le n° 234 d’Astounding Science-Fiction, un pulp. En France, elle apparaît en 1977 dans Les pièges de l’espace, une anthologie publiée par la Librairie des Champs Élysées puis en 1983 dans Histoires de la fin des temps, un recueil de la collection La grande anthologie de la science-fiction au Livre de poche.

Pour les challenges Cette année, je (re)lis des classiques #3, Littérature de l’imaginaire #8 et Maki Project.

Realm of broken faces de Marianne Stern

Realm of broken faces de Marianne Stern.

Récits du Monde Mécanique 3/3

Chat noir, collection Black Steam, juin 2018, 380 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-37568-081-0.

Genres : littérature française, science-fiction, steampunk.

Marianne Stern était physicienne mais, passionnée par les machines volantes (un peu comme Hayao Miyazaki), elle se consacre maintenant à l’écriture (science-fiction, fantastique) et un peu à la musique. Voir le tome 1, Smog of Germania et le tome 2, Scents of Orient.

Automne 1917, nord-est de la France. Depuis deux ans, les troupes du Reich ont envahi une partie de la France et il existe une zone occupée. Les aérostats sont maintenant plus modernes, plus légers, en duralumin, et le Bismarck commandé par l’Amiral Wagner est une antiquité, en bois. « Wagner se retrouvait aujourd’hui aux commandes d’un navire trop lourd, trop lent, trop peu maniable, incapable de prendre de l’altitude, qui demandait une énergie considérable et un équipage important pour s’envoler. » (p. 14).

Au sol, des tranchées, de la boue, quelques survivants et un camp, une espèce de no man’s land, sur lequel règne Monsieur, un homme rafistolé avec du métal et des pierres précieuses, et qui vit avec des « choses mécaniques », c’est-à-dire des automates. « Manger, ou être mangé. Dans les tranchées, on survivait comme on pouvait, hommes ou animaux. » (p. 35). « Le carnage dans les tranchées, ça vous changeait un homme. » (p. 61).

Bien sûr, le lecteur retrouve des personnages connus. Le jeune Kaiser Joachim : « un jeune Kaiser sans expérience, sans relief, sans assurance. […] On le manipulait, on se servait de lui. » (p. 161). Jeremiah l’Exécuteur : « Je déteste cette ville pourrie jusqu’à ses racines, je déteste ce palais suintant d’or, je déteste les gens de puissance qui croient pouvoir dicter l’existence des autres, je déteste la politique, ce que fut votre père, les jeux de pouvoir. Je déteste jusqu’à ce sobriquet dont on m’a affublé. L’Exécuteur… » (p. 119). Viktoria von Preußen, Charles de Bellecourt… Et de nouveaux personnages comme le Quenottier (qui est un narrateur), la Mioche, ou Poincaré qui exilé à Londres exhorte les Français « à ne rien céder » et à « ne pas rendre les armes » (p. 99).

Quant à Maxwell, le plus génial orfèvre d’Europe, il serait mort aux Indes (voir tome 2)… « Maxwell, sous ses apparences de gentilhomme serviable, possédait une âme aussi noire qu’un puits sans fond, machiavélique, torturée. Mieux valait l’avoir comme allié plutôt qu’ennemi. » (p. 160).

Fin de la trilogie, comme un hommage aux « gueules cassées » de la Première guerre mondiale, à l’horreur que ces soldats ont vécu. Je suis un peu triste que cette série soit terminée même si ce troisième tome est plus sombre encore que les précédents… Mais j’ai bien aimé avoir les deux visions, le côté français et le côté allemand.

Pour les challenges Littérature de l’imaginaire #8 et Vapeur et feuilles de thé.

Eden 2 de Fabrice Colin et Carole Maurel

Eden – L’âme des Inspirés, tome 2 de Fabrice Colin et Carole Maurel.

Rue de Sèvres, collection Histoire à suivre, mai 2019, 90 pages, 15 €, ISBN 978-2-36981-661-4.

Genres : bande dessinée française, science-fiction, dystopie.

Fabrice Colin naît le 6 juillet 1972 à Paris. Il est auteur de romans et de nouvelles de l’imaginaire (science-fiction et fantasy) et se tourne vers le roman policier et la littérature jeunesse. Il est aussi scénariste pour la bande dessinée et la radio. Plus d’infos sur son site officiel (consultez plutôt « biblio & co » car le blog n’est plus à jour depuis mars 2017). J’ai récemment publié ma note de lecture d’Arcadia.

Carole Maurel naît en 1980. Elle étudie à l’école Estienne et aux Gobelins. Elle est dessinatrice et coloriste (sur cette série) mais aussi scénariste et a reçu quelques prix. Plus d’infos sur son site officiel.

Après Le visage des Sans-Noms, je n’ai pas attendu trop longtemps pour lire ce tome 2 !

Nous sommes toujours à Phoenice, anciennement San Francisco, après le 21e siècle. Les Sans-Noms et les Inspirés sont en guerre depuis 19 jours.

« Nous nous battrons. Nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines… Jamais nous ne nous rendrons ! » (p. 9).

Nous retrouvons donc Jonas et sa famille, les Sans-Noms, les Inspirés et nous découvrons les Monades mais aussi le passé et les secrets. Sera-t-il possible de faire revivre le passé et de sauver le monde ?

Une très belle suite sur le pouvoir et l’insurrection. C’est bizarre parce qu’elle a plus de pages que le premier tome mais se lit plus vite ! Moins de texte, plus d’action, tout s’accélère. J’ai lu que cette série était en deux tomes mais j’aimerais bien un tome 3 !

Pour La BD de la semaine, les challenges BD et Jeunesse Young Adult #10. Plus de BD de la semaine chez Moka.

Eden 1 de Fabrice Colin et Carole Maurel

Eden – Le visage des Sans-Noms, tome 1 de Fabrice Colin et Carole Maurel.

Rue de Sèvres, collection Histoire à suivre, septembre 2018, 80 pages, 15 €, ISBN 978-2-36981-451-1.

Genres : bande dessinée française, science-fiction, dystopie.

Fabrice Colin naît le 6 juillet 1972 à Paris. Il est auteur de romans et de nouvelles de l’imaginaire (science-fiction et fantasy) et se tourne vers le roman policier et la littérature jeunesse. Il est aussi scénariste pour la bande dessinée et la radio. Plus d’infos sur son site officiel (consultez plutôt « biblio & co » car le blog n’est plus à jour depuis mars 2017). J’ai récemment publié ma note de lecture d’Arcadia.

Carole Maurel naît en 1980. Elle étudie à l’école Estienne et aux Gobelins. Elle est dessinatrice et coloriste (sur cette série) mais aussi scénariste et a reçu quelques prix. Plus d’infos sur son site officiel.

Phoenice, anciennement San Francisco, après le 21e siècle. La ville est divisée en deux : les Élus – ou les Inspirés, ceux qui dirigent, appelés aussi l’Apex – (en haut) et les Sans-Noms – soit le reste de la population – (en bas).

Chez les Sans-Noms, Jonas s’occupe de sa mère malade tout en étudiant et en travaillant dur ; il a 15 ans et s’il réussit l’examen, il passera chez les Inspirés et reverra sa sœur aînée, Helix.

« La volonté des masses est un danger pour les dirigeants, et parasite leur travail. Tous les conflits, toutes les limitations, voire les destructions du pouvoir établi proviennent du fait que les dirigeants n’ont pas observé les conditions grâce auxquelles le pouvoir leur avait été transmis. Pour cette raison, il est nécessaire de couper les chaînes de transmission du pouvoir. » (p. 21). Voici un des cours que reçoivent les jeunes d’en haut.

Mais Jonas découvre qu’il existe un Comité qui se bat pour l’égalité et la justice.

Une très belle bande dessinée sur la lutte des classes et les injustices avec un dessin sobre et réaliste. Que va faire Jonas ? J’ai hâte de lire le tome 2 (que j’ai réservé à la bibliothèque) !

Pour La BD de la semaine, les challenges BD et Jeunesse Young Adult #9. Plus de BD de la semaine chez…