La route de Tibilissi de Chauvel, Kosakowski et Lou

La route de Tibilissi de Chauvel, Kosakowski et Lou.

Delcourt, collection Terres de légendes, avril 2018, 176 pages, 22,95 €, ISBN 978-2-7560-6231-0.

Genres : bande dessinée, fantastique (mais pas que).

David Chauvel est au scénario. Il naît le 18 décembre 1969 à Rennes. Il étudie le commerce international mais, devant le chômage, il se lance dans la bande dessinée au début des années 90 : Rails, Black Mary, Les enragés, Nuit noire, Lunatiks, Ring circus, entre autres.

Alex Kosakowski est au dessin. Il vit en Californie, il est artiste dans le jeu vidéo. La route de Tibilissi est la première bande dessinée pour laquelle il collabore au dessin. Son œuvre sur https://alexkosakowski.com/.

Lou est à la couleur. C’est rare que le nom du (ou de la) coloriste soit mentionné sur une couverture (il l’est habituellement sur la page de titre à l’intérieur). Son vrai nom est Simon Canthelou : autodidacte (mais fils de Christian Darasse, auteur de BD), il est graphiste, dessinateur, coloriste et scénariste.

Une famille, à pieds dans la neige, fuit devant des hommes à cheval. La mère puis le père sont touchés par des flèches. Jake reçoit la hache du père mourant qui leur conjure de se rendre à Tibilissi. Les deux frères, Jake l’adolescent et Oto le plus jeune, se sauvent dans la forêt et dans la neige ; ils ont peur, ils ont faim, ils ont froid et la tempête faire rage. Le lendemain, comme ils ne sont pas équipés pour survivre, l’aîné décide de retourner dans leur village de Tchintaïchi pour prendre des vêtements et de la nourriture. Tout est détruit et brûlé mais ils retrouvent Doubi, une bestiole à fourrure (mais de quelle espèce ?) et Trois-Trois, un robot rafistolé. « Par les temps qui courent… Quand le frère ne reconnaît plus le frère… Quand le voisin assassine le voisin… On ne sait plus ni à quoi ni à qui se fier. » (p. 65). Jake et Oto rencontrent une vieille femme puis des voyageurs, hommes, femmes, enfants, qui, eux aussi, fuient la guerre. Mais peut-on faire confiance à des inconnus ? « Il n’y a pas de paix. Il n’y a plus de sécurité nulle part. Nous avons réussi à leur échapper, mais c’est avant tout parce que nous avons eu de la chance. » (p. 107).

La route de Tibilissi est une bande dessinée choc sur l’enfance bousillée dans un pays en guerre : lequel et à quelle époque exactement, on ne sait pas trop, on pense à l’Europe de l’Est (influencé sûrement par Tbilissi mais ici c’est Tibilissi donc ailleurs), mais ce qui arrive peut arriver dans tous les pays et à toutes les périodes. Les deux créatures ne collent pas à cette époque qu’on pense plutôt médiévale mais elles correspondent à la fantasy (pour Doubi) et à la science-fiction (pour Trois-Trois). On a donc ici une bande dessinée fusion et j’aime le mystère et la créativité ! D’ailleurs Alex Kosakowski a un style particulier, pas vraiment américain (comics) mais pas européen non plus, c’est un mélange de plusieurs influences ce qui est une belle réussite ; les couleurs, les personnages et les paysages sont beaux malgré l’horreur de la guerre et de la fuite en étant poursuivis par des ennemis. Le lecteur est en cavale avec Jake et Oto, il a froid, il est sur le qui-vive, en perpétuel danger et il ne sait pas trop où il va : quelqu’un sait où est Tibilissi ? De plus, Oto ne se sépare jamais de son livre et il y a de nombreux clins d’œil aux contes comme la vieille femme qui ressemble à une Baba Yaga. Et surtout la fin est étonnante !

Après plusieurs semaines chaotiques (sans lecture de bandes dessinées), voici enfin une bande dessinée pour La BD de la semaine ! Que je mets aussi dans les challenges BD, le tout nouveau Jeunesse Young Adult #9 et bien sûr Littérature de l’imaginaire #7. J’aimerais bien aussi dans Contes et légendes mais cette BD entre-t-elle dans la piste « Contes de montagnes » : je pense que oui car elle se déroule quand même en forêt enneigée montagneuse (on voit des montagnes, des vallées et des précipices).

Plus de BD de la semaine chez Moka.

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En passant

En coup de vent… 91 – Cafés littéraires à Montélimar

Bonjour mes amis, pour une fois, un billet « En coup de vent… » littéraire.

Si j’ai publié la photo d’Android Nougat [lien] samedi (pour la thématique « monumental »), c’est parce que je suis allée à Montélimar la veille pour une journée professionnelle sur les littératures de l’imaginaire (octobre étant le mois de l’imaginaire).

Je vous épargne le trajet en train, assez court mais qui passe devant la centrale nucléaire de Cruas…

Chaque année ont lieu les Cafés littéraires de Montélimar avec des invités, des rencontres, des spectacles, des expos, etc.

La journée professionnelle du vendredi 4 octobre était sur les littératures de l’imaginaire : ma tasse de thé et aussi une partie de mon travail ! L’événement se déroulait à la Médiathèque intercommunale Maurice Pic de Montélimar (Drôme).

Le matin, deux rencontres, l’une après l’autre :

L’imaginaire dans tous ses états par Stéphane Moulain avec un historique, les genres littéraires science-fiction, fantasy, fantastique et quelques sous-genres puis un échange agréable. J’ai noté deux titres que je n’ai jamais lus et qui, selon lui, sont indispensables : Hyperion de Dan Simmons (un auteur que je n’ai encore jamais lu) et Neverwhere de Neil Gaiman (un auteur dont j’ai déjà lu quelques titres mais pas celui-ci).

Grand entretien avec Alain Damasio modéré par Thierry Caquais. La présentation et l’analyse de Les Furtifs étaient un peu longue mais donnaient très envie à ceux qui ne l’ont pas encore lu de le lire ! Alain Damasio m’est apparu très à l’aise, détendu, engagé (je l’avais vu fin mai sur le plateau de 28’ sur Arte, je vous mets la vidéo ci-dessous si c’est possible). Il a un tic de langage : il dit très souvent « tu vois » et tutoie le public, ça m’a amusée. J’ai pris quelques notes mais je ferai un billet à part car je n’ai pas encore lu Les Furtifs, je n’ai d’ailleurs jamais lu aucun roman de cet auteur. Il a écrit plusieurs nouvelles et seulement trois romans en vingt-cinq ans (car il a une longue gestation) : La Zone du Dehors (1999, réédition 2007 et poche 2009), La Horde du Contrevent (2004 et poche 2007) et Les Furtifs (2019). Quelqu’un parmi vous les a lus ?

De gauche à droite : Thierry Caquais (modérateur) et Alain Damasio (auteur)

L’après-midi, deux rencontres, en même temps :

Table ronde avec Antonin Atger (pour Interfeel chez PKJ, science-fiction) et Valérie Simon (pour Coup d’état chez ActuSF, fantasy), modérée par Thierry Caquais. Deux auteurs que je ne connaissais pas et deux titres qui m’ont paru intéressants non seulement pour les ados mais aussi pour les adultes. La conversation a tourné sur les résumés et les contenus de ces romans, le rôle de la politique et des relations humaines, le rôle des femmes aussi, évidemment sur les littératures de l’imaginaire et plus encore (cinéma, jeux vidéo…). Je les lirai si j’en ai l’occasion (si la bibliothèque les achète !).

De gauche à droite : Thierry Caquais (modérateur), Antonin Atger et Valérie Simon (auteurs)

Une journée enrichissante, je remets ça dès que possible !

J’ai finalement trouvé la vidéo avec Alain Damasio donc elle est ci-dessous (en espérant qu’elle ne disparaîtra pas) et je vous souhaite une bonne semaine automnale et de belles activités littéraires ou autres 🙂

Destruction d’Ezechiel Boone

Destruction d’Ezechiel Boone.

Actes Sud, collection Exofictions, mars 2019, 368 pages, 22,80 €, ISBN 978-2-330-11871-6. Zero Day (2018) est traduit de l’américain par Jérôme Orsoni.

Genres : littérature américaine, thriller, science-fiction, horreur.

Ezekiel Boone – de son vrai nom Alexi Zentner – naît en 1950 à Kitchener (Ontario, Canada). Il étudie à l’Université Cornell à Ithaca dans l’État de New York (États-Unis). Ithaca où il vit avec son épouse et leurs deux filles. Il est romancier et nouvelliste. Voir mes notes de lectures d’Éclosion (tome 1) et d’Infestation (tome 2). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.alexizentner.com/.

Le commandant Brian Reynard et son équipe viennent de passer près de trois ans dans l’espace pour la mission Mars Conquest mais leur navette ne peut pas atterrir à cause de la deuxième vague d’araignées et ils sont en orbite, « faisant le tour de la Terre en deux heures environ » (p. 14) lorsqu’ils voient « de grands éclats de lumière » : les explosions nucléaires pour détruire les araignées et tenter de sauver quelques humains. Lorsque leur navette atterrit au Kennedy Space Center, en Floride, « […] tout était si calme. Personne pour les accueillir. Pas de défilé. » (p. 15). Mais, une chance : « pour l’instant, la Floride semblait avoir été épargnée par les araignées. » (p. 19).

C’est avec plaisir que le lecteur retrouve les survivants des tomes 1 et 2, la vice-caporale Kim Bock, la première classe Sue Chirp et les Marines, les civils Gordo, Shotgun, Teddie la journaliste de CNN Washington. Ils décident d’aller en Virginie pour être plus proches d’une évacuation en hélicoptère direction le porte-avions USS Elsie Down où sont déjà la présidente, Stéphanie Pilgrim, et son mari, George Hitches, son assistant Manny Walchuck (chef de cabinet de la Maison Blanche), Melanie Guyer la scientifique et sa petite équipe.

Comme c’est un thriller, le lecteur fait des excursions dans d’autres États des States (par exemple avec Mike Rich et Leshaun DeMilo, les deux agents fédéraux, dans le Minnesota) et à l’étranger : au Japon, en Norvège, en Allemagne, en Pologne, en Nouvelle-Zélande, en Inde, au Pérou, aux Hébrides… où il (le lecteur) retrouve soit des scientifiques soit des gens « normaux » qui ont échappé jusque-là aux araignées. Celles-ci sont plus grosses, plus nombreuses, plus dangereuses, c’est sûrement la fin du monde, du moins la fin des humains, la destruction soit par les araignées tueuses (surnommées les Araignées de l’Enfer) soit par les armes nucléaires… Mais il y a un Prophète, Bobby Higgs et ses cinq mille survivants qui avancent dans le désert !

« Ils avaient tous peur – Melanie, Julie, Laura, Will et Mike Haaf –, mais ils étaient aussi concentrés pour résoudre l’énigme. Parfois, Melanie oubliait pourquoi elle menait ces recherches et elle se sentait grisée par la pure curiosité intellectuelle. Comment les araignées se reproduisaient-elles si vite ? Comment s’y prenaient-elles pour coordonner apparemment leurs cycles d’éclosion ? Pourquoi certaines personnes étaient-elles rongées jusqu’à l’os par les nuées d’araignées tandis que d’autres étaient indemnes ? Comment se faisait-il qu’une araignée puisse se frayer un chemin dans le corps d’une personne pour y pondre des œufs et que la blessure se referme presque instantanément derrière elle ? Et, par-dessus tout le reste, comment les humains étaient-ils censés riposter ? » (p. 64).

Après Éclosion et Infestation, j’ai dévoré le troisième et dernier tome de cette trilogie, Destruction, avec cette question en tête : qui est détruit à la fin, les araignées ou les humains ? Donc, malgré mon aversion (pour les araignées), je n’ai pas lâché ce roman en espérant que cette histoire n’arriverait jamais en vrai ! La série d’Ezechiel Boone est une fiction (ouf !) qui tient bien la route et Destruction conclut parfaitement cette trilogie horrifique, mi thriller mi science-fiction. Je verrais bien cette histoire en série ou film.

J’ai lu ce roman de la Rentrée littéraire janvier 2019 pour le Mois américain mais parfois (souvent !) les notes de lectures arrivent plus tard…

Cependant cette lecture entre dans les challenges Littérature de l’imaginaire #7 et Polar et thriller 2019-2020.

Winter is coming de William Blanc

Winter is coming : une brève histoire politique de la fantasy de William Blanc.

Libertalia, collection Poche, avril 2019, 144 pages, 8 €, ISBN 978-2-37729-091-8.

Genres : essai, fantasy.

William Blanc, né en 1976, est historien, doctorant en histoire médiévale, conférencier et auteur. Du même auteur au éditions Libertalia : Charles Martel et la bataille de Poitiers (2015), Les Historiens de Garde (2016), Le Roi Arthur, un mythe contemporain (2016), Super-Héros, une histoire politique (2018) et Les Pirates expliqués aux enfants, petits et grands (2019).

Dans cet essai bien documenté, érudit (mais à la portée de tous), l’auteur virevolte sur les différences entre science-fiction et fantasy, les visions fantasmées (Moyen-Âge, futur), l’artisanat et la beauté (très importants), les révolutions industrielles en particulier en Angleterre (la première révolution industrielle), le travail dans les sociétés capitalistes, les guerres modernes (XXe siècle) qui sont des guerres industrielles, la disparition des sociétés paysannes, les super-héros, l’écologie, etc. Il y a de nombreuses références, des réflexions sur la beauté et la créativité (indispensables) et sur la pensée (sur les contestations étudiantes aussi, en Europe, aux États-Unis) car tout cela a influencé la fantasy et l’évolution de la fantasy (comme de la science-fiction bien sûr). L’auteur convoque évidemment J.R.R. Tolkien mais aussi William Morris, Ursula Le Guin, Michael Moorcock, etc.

Un extrait édifiant : « De nos jours, on essaie toujours de séparer les deux facultés : nous demandons à un homme de ne faire que penser ; à un autre, de ne faire que travailler, et nous appelons le premier un homme honnête, l’autre un manœuvre, tandis que l’ouvrier devrait souvent penser, et le penseur, souvent travailler ; tous les deux seraient ainsi des honnêtes hommes dans la meilleure acceptation du mot. Avec notre manière de voir, nous en faisons deux êtres malhonnêtes ; l’un enviant son frère, l’autre le méprisant ; le gros de la société est ainsi constitué de penseurs morbides et de travailleurs misérables. » (p. 19). John Ruskin, 1853 ! Rien n’a changé, n’est-ce pas ?

La littérature fantasy a commencé en Angleterre avec des hommes engagés comme John Ruskin donc ou William Morris qui inspira J.R.R. Tolkien ou C.S. Lewis, une « gauche révolutionnaire (et souvent libertaire) » (p. 27). « Imaginer des mondes, écrire des contes et rêver d’un passé merveilleux, c’est donc, pour lui [Morris] déjà préparer les masses à l’avenir. » (p. 28) : vous comprenez pourquoi la fantasy est politique ! L’auteur rapproche aussi la fantasy au surréalisme, il cite par exemple L’éléphant de Célèbes de Max Ernst (1921).

Après la littérature – et comme pour la science-fiction – la fantasy s’est déclinée au cinéma (dans les années 70), incluant les longs métrages d’animation, avec des films se déroulant dans des mondes post-apocalyptiques mi science-fiction mi fantasy comme Les sorciers de la guerre de Ralph Bakshi (1977) et Nausicaä de la Vallée du vent de Hayao Miyazaki (1982 pour le manga et 1984 pour le film d’animation).

Le merveilleux et la lutte contre le totalitarisme est partout : dans la première trilogie de La guerre des étoiles, dans Le seigneur des anneaux, dans Harry Potter entre autres ! Mais l’auteur déplore que ça soit très vite devenu une industrie… Littérature, cinéma, animation jeux de rôle, jeux vidéo, franchises, produits dérivés… Il y a une marchandisation à outrance (ce qui, à mon avis, n’enlève rien à la qualité des œuvres, peut-être pas toutes, ou de façon inégale) mais cette marchandisation à outrance est ce que dénonçait Morris…

C’est pour lutter contre cette politique de masse que G.R.R. Martin a souhaité « réagir et proposer une version repolitisée de la fantasy » (p. 62). Il commence avec Armageddon Rag (1983), un polar fantastique contemporain mais qui emprunte à la fantasy (le nom du groupe de musique est Nazgûl, le chanteur est surnommé Le Hobbit et leurs chansons font référence au Seigneur des anneaux et à Led Zeppellin). Puis, à partir de 1996, arrive Le trône de fer et l’auteur se concentre « sur les conflits opposants les différentes maisons nobles des Sept Couronnes […] il n’existe pas de camp du bien, pas de solution parfaite, mais des actions que les gouvernants doivent assumer. » (p. 65).

On le voit, la fantasy est toujours d’actualité et a des messages à nous faire passer – tant politiques qu’écologiques – même si elle reste une littérature de « L’Évasion » (référence à Tolkien, p. 78-79). « Les dragons et les Hobbits ont donc toujours été des animaux politiques. Ils le seront encore pour longtemps. » (p. 79).

Il y a d’intéressants chapitres bonus en fin de tome sur les dragons, les jeux de rôle, les Wargames, sur Conan de Robert E. Howard (une autre fantasy politique) et sur la métaphore de l’hiver dans la fantasy (Jessie Winston, James Georges Frazer, J.R.R. Tolkien, G.R.R. Martin, T.S. Elliot, C.S Lewis, les eddas…), métaphore similaire en science-fiction avec par exemple le nouvel âge glaciaire post-atomique.

Ce que j’ai noté, ci-dessus, ce ne sont que quelques pensées et quelques extraits que je voulais garder pour moi et que je partage avec vous mais si vous lisez cet essai passionnant, vous lirez la fantasy (ou vous verrez des films et des séries apparentés à la fantasy) avec un esprit différent, presque neuf !

Une lecture enrichissante que je mets dans les challenges Rentrée littéraire janvier 2019, Littérature de l’imaginaire et Summer Short Stories of SFFF (S4F3) #5.

Challenge Summer Short Stories of SFFF – S4F3 #5

La 5e édition du Summer Short Stories of SFFF (S4F3) est commencée depuis le 21 juin… Il est tard pour m’inscrire mais le challenge court jusqu’au 23 septembre et il est encore possible de s’inscrire donc challenge, me voici !

Infos, logo et inscription chez Albédo + le top départ ici + les premiers liens ici.

L’objectif est toujours de lire des livres de tous les genres de l’imaginaire : science-fiction, fantasy, fantastique (SFFF), horreur, etc., de moins de 350 pages : romans, recueils de nouvelles, essais et anthologies (ne sont pas pris en compte les nouvelles à l’unité, les novellas de moins de 80 pages, les revues et magazines, les comics et bandes dessinées).

Mes lectures SFFF pour ce challenge

1. Winter is coming : une brève histoire politique de la fantasy de William Blanc (Libertalia, 2019, France)

2. Le testament d’Erich Zann, suivi de La fille de Valdemar de Brian Stableford (Les Moutons électriques, 2019, Angleterre)

Célestopol d’Emmanuel Chastellière

Célestopol d’Emmanuel Chastellière.

Les éditions de l’instant (euh… un lien ?). Libretto, mai 2019, 352 pages, 10,70 €, ISBN 978-2-36914-496-0.

Genres : littérature française, science-fiction, steampunk.

Emmanuel Chastellière naît en 1981 (je ne peux vous dire où) et s’intéresse très jeune aux littératures de l’imaginaire. Il étudie l’Histoire et se lance dans l’aventure Fantasy en 2000 avec Elbakin.net : j’ai l’impression de suivre ce site depuis ses débuts sans connaître les noms de ses créateurs. D’ailleurs je pense avoir découvert Emmanuel Chastellière en tant que traducteur (La chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard) avant de le découvrir en tant qu’auteur car c’est cette traduction qui m’a donné envie de le lire. Plus d’infos sur son site et son blog Un mot après l’autre ainsi que sur sa page FB et la page FB de Célestopol.

Anton, jeune journaliste ukrainien se rend à Célestopol pour couvrir la Régate de la Coupe de l’Empereur. Célestopol est une ville-dôme sur la Lune ! Eh oui, en 1913, l’empire russe a une cité lunaire, dirigée par le duc Nikolaï Alekseïevitch Romanov depuis des années, et qui vit grâce à l’exploitation du sélénium (un gaz très puissant pour l’énergie aussi bien de la Lune que de la Terre mais dangereux). Il rencontre la jolie Tuppence Abberline, une Anglaise avec des origines indiennes, qui n’est autre que la maîtresse du duc Nikolaï. À Célestopol, une cité cosmopolite, il y a quelques ouvriers humains (relégués dans les sous-sols, on ne les voit jamais) mais pratiquement tout est géré par des automates. Pour en revenir à la Régate, le Neptune, vaisseau russe, est tenant du titre depuis cinq éditions mais, bizarrement, il vient de perdre trois manches (sur sept)… « Le reporter était sensé couvrir l’événement mais surtout célébrer la victoire de son vaisseau, celle de tout un peuple. » (p. 22).

D’autres personnages apparaissent, comme Clémence Lafleur, étudiante en histoire, Québécoise de la Nouvelle France (oui, beaucoup de noms sont changés) ; Anastasia, cousine du duc, envoyée par la tsarine pour rétablir l’ordre car un bandit masqué surnommé l’Oiseau de Feu sévit ; Arnrún, chasseuse de prime islandaise et son ami, Wojtek, un homme qui vit dans le corps d’un ours ; ou encore Kokorin, un voleur amoureux, ou Octave Bellême, un entrepreneur français qui souhaite ouvrir un grand magasin à Célestopol, etc.

Et justement, il y a vraiment beaucoup de personnages ! Attention, ce n’est pas une critique mais ce n’est pas évident à suivre ! Cependant j’ai bien aimé ce livre ; je n’ose dire roman car est-ce vraiment un roman ? Puisque l’auteur a voulu créer plein d’histoires avec des personnages différents, le récit est plutôt orienté avec des chapitres qui ressemblent à des nouvelles indépendantes les unes des autres même s’il y a bien sûr une certaine continuité. Les personnages et les chapitres ne sont donc pas tous liés les uns aux autres à part que l’action se déroule à Célestopol (et plusieurs personnages disparaissent même rapidement !). Tout ça m’a un peu déroutée au début mais je respecte le choix de l’auteur qui en avait plein la tête et a voulu raconter toutes ces histoires pour ne pas les perdre, d’autant plus que les récits sont réellement bons (voire surprenants) et que plusieurs habitants de Célestopol sont attachants (je pense que mes préférés sont Arnrún et Wojtek).

Le duc Nikolaï croit absolument en sa cité. « La Terre est finie, mademoiselle. Elle a laissé passer sa chance. Célestopol est l’avenir. Je suis l’avenir. Mais j’ai bien l’intention de préserver le passé. » (p. 61-62). Par exemple, il y a des dodos sur Célestopol alors qu’ils ont disparu sur Terre. Mais, malheureusement, l’avenir montrera au duc qu’il avait tort… Il est d’ailleurs étonnant qu’un auteur pense à détruire le monde et les personnages (humains et automates) qu’il a (j’imagine amoureusement) créés.

Ma phrase préférée : « Le travail […] se faisait rare. Alors les habitants préféraient oublier les soucis du quotidien dans l’alcool et la débauche. » (p. 289) : comme sur Terre, en fait !

J’avais très envie de lire Célestopol depuis sa parution alors j’ai sauté sur l’occasion avec la sortie en Libretto (poche) et je suis ravie car c’est un bon livre pour se faire plaisir dans un début de XXe siècle totalement différent de la réalité historique, plutôt steampunk mais ici le sélénium remplace la vapeur ! (il est beaucoup plus polluant et dangereux). Je recommande Célestopol aux fans de la Lune (c’était récemment le 50e anniversaire de la mission lunaire Apollo 11), de science-fiction, d’uchronie et de mystère (il y a en particulier des clins d’œil à des contes russes et à la mythologie scandinave).

J’ai maintenant très envie de lire Le village, le premier roman d’Emmanuel Chastellière, sombre et fantastique, paru aux éditions de l’instant en 2016 (pas évident à trouver… Une parution en poche serait la bienvenue). Par contre, le thème de son troisième roman, L’empire du léopard, paru aux éditions Critic en 2018, m’intéresse moins (historique et fantasy) mais pourquoi pas.

En attendant, Célestopol est une chouette lecture pour Littérature de l’imaginaire et Vapeurs et feuilles de thé (décidément je n’honore pas ce challenge avec des romans typiques car Célestopol – comme d’autres avant lui – ne se déroule(nt) pas en Angleterre comme la majorité des romans steampunk).

La mer monte d’Aude Le Corff

La mer monte d’Aude Le Corff.

Stock, Hors Collection, mars 2019, 252 pages, 19,50 €, ISBN 978-2-234-08718-7.

Genres : littérature française, science-fiction.

Aude Le Corff… Toujours peu d’infos sur elle… Blogueuse et romancière. La mer monte est son troisième roman. J’avais déjà lu son deuxième roman, en 2016, L’importun, que j’avais bien apprécié. Et une collègue m’a prêté son premier roman, en poche, Les arbres voyagent la nuit alors je vous en parlerai une prochaine fois.

« Le chant des cigales sature l’atmosphère. » (p. 7, première phrase du roman). Nous sommes à Paris en 2042. Lisa, 39 ans, vit avec son chat, Topor, dans un appartement connecté. La mer « est montée bien plus vite que ne l’avaient prédit les scientifiques » (p. 13). Lisa et sa mère, Laura, ne se sont jamais bien entendu mais lorsque Lisa a découvert le journal de sa mère, elle a compris certaines choses. En 1993 Laura passe le bac, elle est amoureuse de Thomas Boddi mais celui-ci disparaît avec sa famille la laissant totalement déprimée. « Aujourd’hui, ma mère encombre mon esprit, au milieu d’un monde disloqué qui tente de réparer ses erreurs et de freiner sa perte. » (p. 26). Lisa, elle, « participe aux nouveaux projets qui transforment l’Europe. Tout est mis en œuvre pour créer des villes durables, intelligentes, propres et connectées. » (p. 28). Effectivement les Européens vivent dans des tours auto-suffisantes et n’accueillent pas de migrants car les pays doivent déjà loger leurs propres réfugiés climatiques (par exemple, pour la France, les habitants de l’île de Ré ou du Marais poitevin). « Les Nations unies prévoyaient onze milliards d’êtres humains en 2100. On commençait vaguement à se demander comment la Terre pourrait porter autant de monde, avec une pollution exponentielle, des températures de plus en plus élevées, et une pression sur l’ensemble des ressources. » (p. 79-80, été 2017).

J’ai bien aimé le parallèle entre 1993 (la vie de Laura, la mère, bachelière qui va étudier le Droit à la Sorbonne malgré sa dépression) et 2042 (la vie de Lisa, la fille qui cherche à comprendre). Dans les années 90, il y avait encore une certaine insouciance, même si on entendait parler d’environnement et de problèmes écologiques et climatiques. Depuis les années 2020, des progrès ont permis de « sauver » l’Europe, le Japon (dans une certaine mesure) et la Chine. « […] une haute tour végétale dans laquelle les riverains cultiveront et récolteront des rutabagas, des grenades, des tomates, des mangues, le miel des abeilles, élèveront des poules qui se promèneront en liberté sur les pelouses, les écoliers ramasseront leurs œufs, l’objectif étant de rapprocher les habitants, créer des communautés joyeuses et solidaires pour lutter contre la morosité ambiante et l’individualisme. » (p. 152). Mais est-ce suffisant pour (sur)vivre ? En tout cas, Aude Le Corff imagine un futur à la fois désirable (écolo, respectueux de la Nature, du moins ce qu’il en reste) et à la fois terrible car tout est connecté, y compris les humains, tout est surveillé par des drones ou des animaux domestiques augmentés…

Ce roman paru en littérature générale n’est pas qu’un roman de science-fiction ou d’anticipation (qui se déroule dans le futur), c’est un drame familial qui montre que le mensonge peut être la souffrance de toute une vie. Je pense que si le monde se meurt, c’est parce qu’il est rempli de mensonges, de profiteurs, de (gros) pollueurs… Quand cela s’arrêtera-t-il ? Les humains ne sont pas capables d’arrêter les catastrophes… C’est la planète qui les rappellera à l’ordre (elle le fait déjà) et les humains devront agir (vite et de bonne façon !), s’adapter sinon ils disparaîtront ainsi que de nombreuses espèces animales et végétales indispensables à la survie… C’est mon avis et La mer monte n’est pas un roman moralisateur mais salvateur. Le lire, c’est comprendre (visualiser) des choses – en particulier sur l’amour mais pas que – et se tourner dès maintenant vers un autre mode de vie (pour ceux qui ne l’ont pas déjà fait) avant qu’il ne soit trop tard !

Une très belle lecture pour les challenges Littérature de l’imaginaire #7 et Rentrée littéraire janvier 2019.