Dreadnought de Cherie Priest

Dreadnought (Le siècle mécanique, 3) de Cherie Priest.

Eclipse, collection Steampunk, octobre 2013, 480 pages, 18,30 €, ISBN 978-2-809-43358-6. Le roman est sorti en poche au Livre de poche en septembre 2016. Dreadnought (2010) est traduit de l’américain par Claude Esmein.

Genres : littérature américaine, science-fiction, uchronie, steampunk.

Cherie Priest naît le 30 juillet 1975 à Tampa (Floride) mais, comme son père est militaire, elle vit dans plusieurs États. Elle habite maintenant à Seattle (État de Washington). Son premier roman (série Eden Moore) paraît en 2003 puis plusieurs séries (Le siècle mécanique, Les dossiers Cheshire Red, etc.) et romans indépendants suivent (science-fiction ou horreur). Plus d’infos sur son site officiel, The Haunt.

Premier tome : Boneshaker. Deuxième tome : Clementine.

1880. Vinita Lynch, surnommée Mercy (miséricorde), travaille à l’hôpital militaire Robertson en Virginie. Elle apprend que son époux – qu’elle n’a pas vu depuis plus de deux ans – est mort. « Phillip avait combattu pour le Kentucky, pas pour l’Union. […] En réalité, tout le monde se battait pour son foyer. » (p. 32). Le lendemain, elle reçoit un télégramme en provenance de Tacoma (État de Washington) : Jeremiah Granville Swakhammer – son père qui avait disparu quand elle avait 7 ans pour aller chercher de l’or dans l’Ouest – a eu un accident et sa présence est requise à Seattle. « Dire que pendant tout ce temps, j’ai cru qu’il était mort. » (p. 54). Malgré sa colère et la crainte que son père ne soit déjà mort à son arrivée, Mercy donne sa démission et part. « Allons, ce sera une belle aventure […]. » (p. 62).

Mercy va d’abord voyager sur un dirigeable, le Zephyr, de Richmond à Winston-Salem puis de Charlotte à Fort Chattanooga. Mais tout le monde parle d’une locomotive énorme et effrayante. « […] ils ont construit la plus grosse locomotive qu’ils aient pu imaginer et y ont installer assez de blindage et d’armement pour en faire une vraie machine de guerre. Un engin capable de se déplacer aussi facilement que n’importe quel train. » (p. 146-147).

Puis en train de Fort Chattanooga à Memphis puis en bateau sur le Mississippi. « Entre les bateaux, les quais, les entreprises et les petits commerces, Mercy parvenait de temps à autre à distinguer le fleuve. Comme tout le monde, elle avait entendu pas mal d’histoires à propos du Mississippi. Mais le voir de ses yeux, dans toute son immensité, restait un spectacle incroyable. En comparaison, tous les autres cours d’eau qu’elle avait traversés ressemblaient à de simples ruisseaux. Celui-ci – qu’elle vit encore mieux après avoir traversé la rue encombrée de chariots – paraissait infini. En se tenant aussi près du bord que lui permettait l’aménagement portuaire, elle ne pouvait distinguer l’autre rive à travers la brume matinale. » (p. 178-179).

Et enfin, à bord du train de la fameuse locomotive, Dreadnought. « Cette locomotive était là-bas, et tout le monde semblait la craindre comme le diable. (p. 191). « […] cette locomotive est redoutable parce que c’est une machine de guerre. Ensuite, elle a été conçue pour effrayer les gens. » (p. 192). Le Dreadnought transporte soi-disant des corps de militaires rapatriés dans leurs familles, entre Saint-Louis (Missouri) et Tacoma (État de Washington).

Mais le voyage n’est pas de tout repos : il est très long – près de cinq mille kilomètres – et dangereux ! Durant ce périple, Mercy va rencontrer beaucoup de personnes différentes comme un vieux couple aisé, deux prostituées, un capitaine de bateau, un journaliste, un ranger texan (Horatio Korman), Miss Theodora Clay (très curieuse), des militaires, etc. Il y a donc une belle galerie de personnages. En ce qui concerne Mercy, je dirais que son caractère se situe entre celui de Briar de Bonashaker : elle est moins réservée et plus expérimentée que Briar, et celui de Maria de Clementine : elle est moins aventureuse et risque-tout que Maria mais elle a du caractère et surtout elle peut soigner les blessés ce qui la rend plutôt sympathique au regard des autres voyageurs ce qui n’était pas évident au départ puisque Mercy est noire.

Alors qu’on était dans un huis-clos angoissant avec Boneshaker et dans un road movie aérien divertissant avec Clementine, Dreadnought est un grand voyage d’est en ouest – en passant un peu par le sud – à travers les États pas encore unis et en pleine guerre. On a plusieurs frayeurs tout au long de ce trajet et on roule à fond la caisse à bord du Dreadnought qui subit des attaques organisées. Lorsqu’on lit ce troisième tome, tout se remet en place, on comprend des choses des deux précédents tomes et on se dit qu’on va se retrouver à Seattle comme dans le premier tome, ce qui est vraiment bien mené de la part de l’auteur. Le style est très fluide, genre page turner, (le traducteur est encore différent) et j’ai passé un très bon moment de lecture. Comme dans Boneshaker, les créatures ne sont pas appelées zombies (le mot n’existait pas au XIXe siècle) mais « cadavres ambulants », « cadavres enragés » ou « attaquants aux yeux morts » cependant on saura qui elles sont, d’où elles viennent et comment elles sont devenues ces monstres.

Mon passage préféré (à propos des Sudistes) : « Ce sont des chiens qui vous ont fait ça ? Un homme qui se bat contre des chiens vaut encore moins qu’eux. Je me bats contre des hommes, Comstock. Je les combats pour la même raison qu’ils nous combattent : parce que quelqu’un leur en a donné l’ordre et que le hasard les a placés d’un côté du front et moi, de l’autre. » (capitaine MacGruder, p. 427). Union, Confédération, États indépendants (ou neutres) comme le Texas, Mexique… le principal est d’être humains, vivants et de gagner contre « ces choses » pour ne pas devenir comme elles.

Et puis cette phrase : « […] les importuns hésitent souvent à ennuyer une femme en train de lire. » (p. 444). 😉 Euh, c’était au XIXe siècle, est-ce encore vrai maintenant ?

Une chouette lecture pour les challenges Chaud Cacao, de l’épouvante, de l’été, Littérature de l’imaginaire, Vapeur et feuilles de thé et Lire sous la contrainte (trilogies et séries de l’été).

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Clementine de Cherie Priest

Clementine (Le siècle mécanique, 2) de Cherie Priest.

Eclipse, collection Steampunk, juin 2013, 260 pages (+ 20 pages avec un extrait du tome 3), 18,30 €, ISBN 978-2-809-43166-7. Le roman est sorti en poche au Livre de poche en septembre 2016. Clementine (2010) est traduit de l’américain par Sandy Julien.

Genres : littérature américaine, science-fiction, steampunk.

Cherie Priest naît le 30 juillet 1975 à Tampa (Floride) mais, comme son père est militaire, elle vit dans plusieurs États. Elle habite maintenant à Seattle (État de Washington). Son premier roman (série Eden Moore) paraît en 2003 puis plusieurs séries (Le siècle mécanique, Les dossiers Cheshire Red, etc.) et romans indépendants suivent (science-fiction ou horreur). Plus d’infos sur son site officiel, The Haunt.

Le premier tome, Boneshaker, n’entrait pas dans le Challenge Chaud Cacao mais ce tome 2 oui.

1880. Felton Brink, un pirate de l’air, a volé le dirigeable la Corneille libre qui appartient au capitaine Croggon (Crog) Hainey depuis huit ans et l’a rebaptisé Clementine. « Croggon Hainey s’était donc lancé à sa poursuite, depuis la ville portuaire de Seattle en bordure du Pacifique jusque dans tout l’Idaho, avant de dépasser Twin Falls pour pénétrer dans le Wyoming où il avait bien failli le coincer à Rock Springs. Le fuyard avait alors obliqué au sud-sud-ouest, gagné Salt Lake City, puis mis le cap à l’est, traversé le Colorado, et ils survolaient actuellement tous les deux le Kansas. Toujours vers l’est. Hormis ce bref crochet, ils filaient droit vers l’est. » (p. 10). C’est que la guerre civile américaine fait rage depuis un peu plus de vingt ans. Pendant ce temps-là, à Chicago, Maria Isabella (Belle) Boyd, ancienne espionne confédérée, est embauchée par l’agence de détectives privés Pinkerton pour retrouver le Clementine et protéger sa cargaison soi-disant humanitaire jusqu’à Louisville dans le Kentucky. Elle a autorisation de se débarrasser de l’ancien esclave Croggon Beauregard Hainey si nécessaire. « Maria n’était encore jamais montée dans un dirigeable, mais elle n’était pas du genre à l’avouer, et régler les détails à mesure qu’ils se présentaient ne la gênait pas. » (p. 68).

L’action se déroule de la même façon que dans le premier tome, un chapitre pour un protagoniste – Crog – et un chapitre pour l’autre protagoniste – Maria – jusqu’à ce qu’ils soient réunis par le destin : j’ai beaucoup aimé ces deux personnages principaux aux caractères bien trempés. Mais, si on retrouve Crog et deux de ses hommes à bord d’un dirigeable qu’ils ont volé pour poursuivre la Corneille libre – Clementine, les autres personnages ne sont pas du tout les mêmes : exit Briar et son fils Zeke, ils sont sûrement restés dans les Faubourgs. Alors que Boneshaker était un huis-clos angoissant, Clementine est un road movie aérien divertissant avec de belles scènes de poursuites et d’action. De plus le roman fait 200 pages de moins et les caractères sont plus gros donc il se lit beaucoup plus vite ; et le style est un peu différent, plus fluide, plus dynamique, peut-être est-ce dû à une traductrice différente ? « Et je pourrais prendre goût à cette histoire de vol en dirigeable. C’est plutôt excitant au fond. » (p. 187).

Je vais y prendre goût moi aussi et embrayer avec le tome 3, Dreadnought, qui à mon avis sera encore différent.

Une chouette lecture pour le Challenge de l’été, Littérature de l’imaginaire, Vapeur et feuilles de thé et Lire sous la contrainte (trilogies et séries de l’été).

Boneshaker de Cherie Priest

Boneshaker (Le siècle mécanique, 1) de Cherie Priest.

Eclipse, collection Steampunk, février 2013, 460 pages (+ 20 pages avec un extrait du tome 2), 18,30 €, ISBN 978-2-809-42928-2. Le roman est sorti en poche au Livre de poche en août 2016. Boneshaker (2009) est traduit de l’américain par Agnès Bousteau.

Genres : littérature américaine, science-fiction, uchronie, steampunk.

Cherie Priest naît le 30 juillet 1975 à Tampa (Floride) mais, comme son père est militaire, elle vit dans plusieurs États. Elle habite maintenant à Seattle (État de Washington). Son premier roman (série Eden Moore) paraît en 2003 puis plusieurs séries (Le siècle mécanique, Les dossiers Cheshire Red, etc.) et romans indépendants suivent (science-fiction ou horreur). Plus d’infos sur son site officiel, The Haunt.

1864. Après la Ruée vers l’or en Californie, ce fut le tour du Klondike dans le Grand Nord mais la glace, très épaisse, empêchait de creuser. Les Russes, à qui appartenait ce territoire, voulaient le vendre aux Américains pour une bouchée de pain mais un inventeur, le Docteur Blue, a fabriqué une machine. « Ce serait le plus formidable engin d’extraction jamais construit : quinze mètres de long, entièrement mécanisé, actionné par de la vapeur sous pression. […] » (p. 17). Malheureusement, lors du test, le Boneshaker détruit le sous-sol et toute une partie de la ville de Seattle s’effondre en libérant un gaz nauséabond qui contamine les survivants dans les décombres : ils deviennent des morts-vivants. Le centre-ville détruit est alors condamné et entouré « d’un mur immense fait de brique, de mortier et de pierre […] environ soixante mètres de haut […] et quatre à six mètres d’épaisseur en moyenne […] une zone de cinq kilomètres carrés. » (p. 20). Les habitants sains ont soit quitté la région soit se sont repliés dans « les Faubourgs ».

1880. Près de seize ans après le Fléau, Briar Wilkes, 35 ans, travaille à l’usine de traitement des eaux et vit chichement avec son fils, Ezechiel, surnommé Zeke, bientôt 16 ans. Hale Quarter, un journaliste interroge Briar sur Maynard Wilkes, son père : il veut « écrire une véritable biographie » (p. 24) pour rétablir la vérité sur l’acte héroïque qui l’a conduit à la mort. Zeke est d’accord, il pense que son grand-père, qu’il n’a pas connu, est un héros après avoir sauvé les vingt-deux personnes enfermées dans le commissariat alors que le gaz nocif arrivait. Mais, il y a un autre homme que Zeke n’a pas connu, c’est son père, Leviticus Blue… Ce qui inquiète sa mère. « Essaie de sauver Maynard si cela peut te rendre heureux. Fais-en ton but personnel, si ça donne un sens à ta vie et si ça te rend moins… hargneux. Mais s’il te plaît, Zeke, crois-moi, il n’y a rien à sauver chez Leviticus Blue. Rien du tout. Si tu creuses trop profond ou si tu vas trop loin, si tu en apprends trop, tout ce que tu gagneras, c’est d’avoir le cœur brisé. » (p. 45). Le lendemain, Zeke part dans la ville emmurée retrouver les Oubliés car il paraît que des gens vivraient entre ces murs ! Mais un subit tremblement de terre obstrue le passage souterrain par lequel il avait prévu de ressortir… « Zeke se trouvait dans cette ville toxique et emmurée où des morts-vivants, victimes du Fléau, rôdaient en quête de chair humaine et où des sociétés criminelles avaient établi leurs repaires au fond de maisons de fortune et de sous-sols nettoyés. » (p. 86). Briar décide de retrouver son fils et s’adresse aux capitaines de dirigeables, Croggon Hailey de la Corneille libre et Andan Cly de la Naamah Cherie. Parachutée dans la ville, elle rencontre Jeremiah Swakhammer qui lui sauve la vie mais toujours aucune trace de Zeke…

Mes personnages préférés sont Andan Cly et Jeremiah Swakhammer 🙂 Et j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman, j’étais un weekend, je participais à un marathon de lecture et j’avais envie d’un roman divertissant, c’est ce que j’ai eu ! Boneshaker est le premier tome de la trilogie Le siècle mécanique, premier roman de Cherie Priest traduit en français, et il a reçu le prix Locus du meilleur roman de science-fiction 2010. En général, les zombies apparaissent dans un futur post-apocalyptique ; ici ils apparaissent au XIXe siècle dans une uchronie (1) inventive, mâtinée de steampunk (2) et j’ai trouvé ça très original d’associer du steampunk avec de l’horreur. Les créatures ne sont pas appelées zombies mais simplement les morts-vivants ou les Pourris, ils n’ont plus de conscience, ils ne sont plus humains mais ils veulent se nourrir et ils sont violents et contagieux (ne vous faites pas griffer ou mordre, c’est classique). En 1880, les États – pas encore Unis – sont en pleine guerre civile depuis plus de 20 ans mais elle se déroule plus à l’Est et on en entend simplement parler : il faut comprendre, qui aurait envie de venir ce battre dans une ville détruite et contaminée (mais ce thème de la guerre sera plus développé dans le tome 2, Clementine).

Pour ceux qui ne sont pas fondus de science-fiction : (1) une uchronie est un genre littéraire qui réécrit l’Histoire en se basant sur un point historique mais en lui donnant, suite à un élément déclencheur, une suite différente fictive, qui devient donc une Histoire alternative hors de notre temps. (2) le steampunk est un genre littéraire qui déroule ses histoires principalement au XIXe siècle pour la première révolution industrielle avec du charbon et de la vapeur : le nom est créé dans les années 1980 avec steam, anglais pour vapeur et en parallèle avec cyberpunk qui lui est futuriste (mais les prémices du steampunk existent chez Jules Verne ou H.G. Wells entre autres). Évidemment ces deux genres littéraires ont évolué dans d’autres média comme le cinéma, l’Art, etc.

Dans le déroulement de Boneshaker, un chapitre est consacré à Briar, un autre à Zeke, puisqu’ils sont séparés et ainsi de suite donc le récit est un peu linéaire mais ça ne m’a pas dérangée. Le lecteur se retrouve enfermé dans les sous-sols plus ou moins bien aménagés de la ville et y rencontre les personnages qui y survivent tant bien que mal : certains sont sympathiques voire altruistes (ils veulent absolument protéger la fille unique et le petit-fils de Maynard qui pour eux est un héros), certains sont insignifiants mais ils ont leur utilité dans le fonctionnement de la survie, et il y a ce méchant, Minnericht, serait-il Leviticus Blue ? Plusieurs le pensent. En tout cas, pourquoi des habitants non contaminés sont-ils restés là au lieu d’évacuer en même temps que les autres seize ans auparavant ? L’auteur n’apporte pas de réponse mais on sait qu’il y a toujours des gens qui ne veulent pas partir, qui préfèrent rester chez eux, dans un lieu connu même devenu dangereux, quelles que soient leurs raisons.

Mais, à travers certains personnages, Cherie Priest dénonce la condition des femmes (Briar, ouvrière qui fait un travail indispensable mais qui est mal payée et qui élève seule son fils depuis toujours, Angeline qui se prend pour une princesse et que tout le monde considère comme folle, Lucy amoindrie dans sa chair mais finalement plus forte avec son bras mécanique, ce sont les seules femmes du roman !), l’esclavage (avec les émigrés Chinois qui pompent l’air pour le rendre respirable au moins dans certaines parties cloisonnées des sous-sols sinon il faut toujours porter un masque et se protéger la peau) et la drogue (des petits malins ont découvert que le gaz traité fait une drogue parfaite et en font le commerce depuis l’intérieur !).

Bref, un roman peut-être linéaire – et Briar et Zeke ne sont pas, à mon avis, les personnages les plus importants – mais un roman plus profond qu’il n’y paraît.

Comme j’ai lu ce roman le 12 août durant le Weekend à 1000, je peux vous dire que, depuis, j’ai déjà lu le tome 2, Clementine, qui est en fait totalement différent et je vous en parle tout bientôt mais j’ai hâte de lire aussi le dernier tome, Dreadnought !

Une lecture pour le Challenge de l’épouvante, le Challenge de l’été, Littérature de l’imaginaire, Vapeur et feuilles de thé et Lire sous la contrainte (trilogies et séries de l’été). Je ne sais pas trop si je peux le mettre en Jeunesse & Young Adult car il n’est pas édité comme tel.

Le Chrysanthème noir de Feldrik Rivat

Le Chrysanthème noir : seconde enquête de la 25e heure de Feldrik Rivat.

L’homme sans nom, septembre 2016, 448 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-918541-27.1.

Genres : policier, science-fiction, steampunk, uchronie, fantastique.

Feldrik Rivat naît le 27 juin 1978 à Thonon les Bains (Haute Savoie). Il étudie le théâtre (Cholet) puis le dessin à l’École Émile Cohl (Lyon) puis l’archéologie (Nantes et Toulouse) : un homme éclectique qui est de plus peintre (naturaliste) et écrivain ! Du même auteur : la trilogie de fantasy Les Kerns de l’oubli [site officiel], deux autres tomes des Enquêtes de la 25e heure, également aux éditions de L’homme sans nom, et des nouvelles dont Le Contrat Antonov-201 (Solaris n° 205, hiver 2018) qui reçoit le Prix Joël-Champetier.

Après avoir repris La 25e heure, je ne pouvais que lire la suite des Enquêtes de la 25e heure avec Le Chrysanthème noir (2e enquête de La 25e heure) pour le Challenge Chaud Cacao (session 2 consacrée aux auteurs francophones jusqu’au 22 août).

Janvier 1889. Eudes Lacassagne a disparu et on a retrouvé son sifflet à moineau dont il ne se sépare jamais. Il aurait été tué par son frère jumeau, Chrysostome, mais « Le corps d’Eudes Lacassagne reste introuvable. » (p. 38). Louis Bertillon, enfermé à La Salpêtrière (où travaille le professeur Jean-Martin Charcot), dûment drogué te électrocuté, épouse à l’insu de son plein gré Mileva (Anja Verica) Varasd, qui use d’hypnose et de suggestion mentale. « Louis Bertillon se remémore les consignes du jour. Il n’a qu’à suivre les instructions. Toutes les instructions. Et répondre « oui » aux questions. » (p. 8). Pendant ce temps-là, le Chrysanthème noir – surnommé le Chrys ou la CNN « La Compagnie du Chrysanthème Noir. Une compagnie nouvelle pour une société nouvelle. Une entreprise dont l’ambition ultime est de bâtir une civilisation qui mettra l’Homme au centre de tous les enjeux. » (p. 414) – continue ses agissements maléfiques et le nombre de ses membres ne cesse d’augmenter. C’est que « Travailler pour le Chrysanthème noir offre certains privilèges. » (p. 39). L’enquête ne va pas être facile à résoudre… Et, en l’absence de ses deux meilleurs hommes, Lacassagne et Bertillon, c’est Goron, le chef de le Sûreté en personne, qui doit aller enquêter sur le terrain ! « Goron n’ose pas regarder sa montre. Depuis un bon mois que ses nuits sont de plus en plus courtes. Gérer le service, remonter le moral de ses troupes, et superviser des enquêtes de plus en plus sensibles jusque sur le terrain : voilà beaucoup pour un seul homme. » (p. 150).

On retrouve avec plaisir les personnages principaux de La 25e heure, Lacassagne, Bertillon, Goron, Camille, Pinkerton, Méliès qui a également disparu et que son épouse Eugénie recherche… ; des personnages connus ont un rôle plus important comme Chrysostome Lacassagne, le frère d’Eudes, ou Gaston Tissandier, l’aérostier propriétaire de l’Agile ; et bien sûr il apparaît de nouveaux personnages comme le père Lacassagne surnommé le Notaire et qui vit dans les airs à bord de l’Albus-Altus, la famille ducale de l’Abey, Flamel, le Zouave Henri Jacob, mademoiselle Zelle qui s’occupe du Khan. « Tu es mort ! Je t’ai vu sombrer ! Démon ! Fantôme ! Je vais te renvoyer dans les Enfers que tu n’aurais jamais dû quitter ! » (p. 178).

Le président Sadi Carnot modernise la France, en tout cas Paris : téléphone, électricité ! Mais il ne sait pas que de sombres personnages tirent les ficelles (ou le sait-il ?). Il y a des êtres différents : automates, médiums, « ombres »… Et il y a aussi les premiers journaux comme Le Figaro mais certains, clandestins, font l’apologie des idées anarchistes comme Le Révolté ou Le Révolutionnaire socialiste et leurs locaux sont surveillés. Il existe une base historique réelle avec par exemple la construction du canal de Panama, ou de la Tour Eiffel pour l’exposition universelle, mais Feldrik Rivat plonge ses lecteurs dans une uchronie sombre et jouissive. « Le pari du Chrysanthème noir, en cette fin de XIXe siècle, est de permettre à la France de prendre le virage en tête. De redonner à cette nation un vernis perdu, un rêve de grandeur, et cette pointe de fierté qui la caractérise aux yeux du monde entier. Et ce pari sera remporté grâce aux sciences ténébrales. […] Le rêve du Chrysanthème Noir est le plus grand que l’homme ait jamais osé réaliser. Vaincre la mort. » (p. 219). Tout ça est une histoire d’énergie : électricité, lumière, ombre, chaleur, hyperfréquences, rayons perdus que les spectres utilisent, peut-être que l’auteur invente cette théorie ou peut-être que c’était une peur à l’arrivée de l’électricité, on a toujours peur de ce qu’on ne connaît pas. « Paris se prépare, un siècle après 1789, à connaître sa première véritable révolution… » (p. 220). Cette révolution n’est pas industrielle mais plutôt technologique : entre la photographie, le cinéma, l’électricité, le téléphone, de grandes constructions (Tour Eiffel, métropolitain, etc.), Paris représente alors la France et, un siècle après la Révolution, je dirais qu’il y a une pointe de superstition, genre il faut absolument que ça se déroule maintenant, un siècle après.

Hé, un petit tour à la librairie Flammarion ? On y rencontre J.H. Rosny aîné (*) qui tente de vendre son premier livre, L’Immolation ! Ce livre existe vraiment (couverture ci-contre). « C’est du fantastique nouveau, du merveilleux scientifique où je pars à l’assaut de l’inconnu, entame le jeune homme. » (p. 253). Suit un dialogue amusant entre Rosny et Goron (qui lui est venu acheter L’astronomie populaire de Camille Flammarion pour son neveu). « Il va falloir me donner des exemples, mon garçon, car sans cela je vais avoir du mal à suivre. Je suis un cartésien, moi, j’ai besoin de concret. – Du concret ? Vous avez des exemples ? Car le rêveur que je suis ne comprend pas, répond le jeune homme, un brin provocateur. […] » (p. 253-254).

(*) Vous pensez ne pas connaître J.H. Rosny aîné ? La guerre du feu (1909-1911), c’est lui ! « J.H. Rosny aîné » est le pseudonyme de Joseph Henri Honoré Boex né le 17 février 1856 à Bruxelles et mort le 15 février 1940 à Paris. Son cadet est « J.H. Rosny jeune », pseudonyme de Séraphin Justin François Boex, né le 21 juillet 1859 à Bruxelles et mort le 15 juin 1948 en Bretagne. Ils ont parfois écrit à quatre mains mais J.H. Rosny jeune s’est plus tourné vers l’aventure alors que J.H. Rosny aîné est considéré comme le père de la science-fiction moderne. Il reçoit le premier Prix Goncourt en février 1903 et sera même le président de l’Académie Goncourt de 1926 à sa mort en 1940 et c’est J.-H. Rosny jeune qui lui succède jusqu’en 1945. Naturalisés français, les deux frères ont la double nationalité, belge et française. Il existe un Prix Rosny aîné créé en 1980 et qui récompense des romans et des nouvelles de science-fiction francophone.

En parlant de littérature, un clin d’œil à Jules Verne : « Vous me faites une farce ? C’est une supercherie ? Vous vous payez ma tête ? s’offusque l’ingénieur [Gustave Eiffel]. J’ai un moment cru à vos histoires, mais là, messieurs, ce n’est pas sérieux ! Vous me demanderez bientôt un ascenseur pour la lune ! C’est digne d’un roman de Jules Verne ! – En effet, monsieur. Jules Verne met en verbe nos projets, pour préparer l’opinion. Pour aider nos contemporains à se représenter un avenir où le vieux monde aura disparu d’un claquement de doigts, comme au détour d’un virage en épingle à cheveux. » (p. 293).

Un autre clin d’œil littéraire : « Qui était ce gentilhomme ? demande Goron en frisant ses moustaches. – Un médecin anglais [monsieur Doyle cité 4 lignes plus haut] qui s’intéresse de près aux méthodes de la police française. Voilà bientôt quatre ans qu’il me rend visite. Quelqu’un de charmant ! – Et que fait ce médecin de nos méthodes policières ? s’enquiert Goron. – Il en fait des nouvelles, répond Bertillon en posant un épais dossier sur la table. – Des nouvelles ? – Oui, il est aussi écrivain. Il fait paraître de petites nouvelles sur un détective londonien… J’en ai lu quelques-unes… C’est habile ! Pour un peu et je dirais qu’il s’est inspiré de notre Lacassagne pour son personnage. » (p. 314).

Un de mes passages préférés : « Et l’instant est grand, car si l’on oublie de donner un sens profond à chacune de nos actions, à chacune de nos découvertes, on laisse les plus vulnérables des hommes avec une peur au ventre. Une peur dévorante, contagieuse, irrationnelle. Et cette peur, messieurs, c’est la peur de la mort. Et de cette peur naissent tous les extrémismes… » (p. 313). Ce qui rejoint : « La différence entre Croyance et Connaissance est fondamentale, précise Maspero. L’une aliène, l’autre libère. L’une n’est que dogmes et paroles, l’autre est ancrée dans tous les niveaux de la matière et ne demande que des yeux pour être vue. » (p. 268).

J’ai beaucoup aimé : la visite privée de la Tour Eiffel avec Gustave Eiffel le samedi 2 mars 1899 (p. 294-298).

Une note de lecture très longue (j’avais beaucoup à dire !) pour cette lecture dense et intense que je mets dans le Challenge de l’été, Littérature de l’imaginaire, Polar et thriller, Lire sous la contrainte (trilogies et séries de l’été) et Vapeur et feuilles de thé (pour le petit côté steampunk) avec toujours cette richesse et cette diversité incroyable : policier, historique, fantastique et science-fiction.

J’ai hâte de lire Paris-Capitale qui se déroule vingt ans après !

La 25e heure de Feldrik Rivat

La 25e heure (première enquête) de Feldrik Rivat.

L’homme sans nom, octobre 2015, 448 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-918541-20-2.

Genres : policier, historique, science-fiction, steampunk, fantastique, épouvante.

Feldrik Rivat naît le 27 juin 1978 à Thonon les Bains (Haute Savoie). Il étudie le théâtre (Cholet) puis le dessin à l’École Émile Cohl (Lyon) puis l’archéologie (Nantes et Toulouse) : un homme éclectique qui est de plus peintre (naturaliste) et écrivain ! Du même auteur : la trilogie de fantasy Les Kerns de l’oubli [site officiel], les deux autres tomes des Enquêtes de la 25e heure, également aux éditions de L’homme sans nom, et des nouvelles dont Le Contrat Antonov-201 (Solaris n° 205, hiver 2018) qui reçoit le Prix Joël-Champetier.

« Moi, Émile Clotaire, avocat de l’étude Clotaire & Malti de Montreux, atteste en ce mardi 27 mars 1956, 14 h 34 heure de Leysin, que le dénommé « Biographe » a extrait de sa sacoche le fruit de six ans de collaboration avec son commanditaire, monsieur Louis Bertillon, au domaine dit des Chamois. Vous pouvez continuer, monsieur le Biographe. » (p. 11).

4 décembre 1888. Louis Bertillon, sorti major de la première promotion de l’école de police, a décidé de parfaire sa formation à la Sûreté de Paris auprès de l’inspecteur principal Eudes (Anatole-Faust) Lacassagne – connu aussi comme le Moineau ou le Khan ou la Castagne – mais qui, insomniaque, souffre d’une maladie étrange tenue secrète. « C’est le seul qui puisse apprendre de vous ici. Mes agents sont volontaires, ils assurent un travail de fond, dans le froid et pour un salaire de misère, mais aucun d’eux n’a le cerveau fait comme ce jeune Bertillon, foi de Goron. » (p. 72). Les policiers vont être confrontés à une dangereuse organisation secrète appelée Chrysanthème noir : meurtres, trafics, rituels, ésotérisme (leur symbole est un ophiuchus, un caducée avec deux serpents, un noir et un blanc) et… morts qui reviennent à la vie ! « Non mais soyez sérieux ! Imaginez l’ampleur d’une telle opération ! En plein Paris ! Et sans témoins ! s’agace le magistrat. Ça devient rocambolesque ! » (p. 220).

En plus des deux personnages principaux, Lacassagne et Bertillon, il y a une belle galerie de personnages : par exemple Marie-François Goron est le chef de la Sûreté de Paris, le jeune Louis Bertillon est fiancé à Clémence Prud’hon qui étudie la médecine, Allan Pinkerton est un détective privé américain (qui a réellement existé mais qui était déjà mort depuis 4 ans et demi à l’époque où se déroule cette histoire).

Rien n’est épargné au lecteur : prison, morgue, abattoirs, nuits froides, rues dangereuses dans les bas-fonds de la capitale, cimetière, pompes funèbres… On croise la première machine distributrice de journaux, Henry Désiré Landru, le célèbre photographe Nadar, le docteur de La Tourette, Georges Méliès… D’ailleurs avez-vous votre invitation pour le spectacle de la 25e heure au Café mécanique de Méliès ? « La mort côtoie la vie, l’inerte s’anime, et l’illusion se fait la reine du bal. Ici, tout est spectacle et féerie. Tout est conçu pour abolir les lois de raison. » (p. 135). Au niveau historique, apparaissent bien sûr la Tour Eiffel, des dirigeables, les cabarets de Paris et leur fameuse ambiance, la savate (boxe française), les premières tentatives de cryptage moderne, les débuts de la médecine scientifique moderne, etc. ; un clin d’œil à Sherlock Holmes avec un certain docteur Thomas Holmes qui pratique la thanatopraxie moderne, la nuit connue comme la plus longue du siècle (du vendredi 21 décembre au samedi 22 décembre 1888) et les préparatifs pour l’Exposition universelle de Paris pour les 100 ans de la Révolution française. « Paris, la France, le monde est à l’aube d’une révolution, mais tous l’ignorent. » (p. 371).

Commencé pour un marathon SF en mai 2017 puis lâchement abandonné par manque de temps… Je profite des vacances pour me replonger dans cet étrange roman policier historique mystérieux gothique mi-fantastique (horreur) mi science-fiction (steampunk). Par rapport à ma note de lecture, j’ai lu d’autres livres avant, en particulier le weekend dernier pour un marathon de lecture, mais il y a le Challenge Chaud Cacao avec sa session 2 consacrée aux auteurs francophones (jusqu’au 22 août) donc je modifie l’ordre des notes de lectures.

Un roman qui a tout pour plaire, une belle couverture et même un bandeau d’illustration en têtes de chapitres, un thème attirant, sombre à souhait, une histoire racontée comme les feuilletons du XIXe siècle, de beaux personnages attachants, des rebondissements et des mystères intrigants, l’écriture est dense (il y a beaucoup de détails) mais ce roman est très agréable à lire et lire la suite, Le Chrysanthème noir, me fait très envie !

Une très chouette lecture pour le Challenge de l’épouvante, le Challenge de l’été, Littérature de l’imaginaire, Polar et thrillerLire sous la contrainte (trilogies et séries de l’été) et Vapeur et feuilles de thé (pour le côté steampunk) : comme vous le voyez un roman vraiment très riche, à la fois policier, historique, fantastique et science-fiction.

Le Club Vesuvius de Mark Gatiss

Le Club Vesuvius (Une aventure de Lucifer Box, 1) de Mark Gatiss.

Bragelonne, collection Le mois du cuivre, février 2015, 264 pages, 25 €, ISBN 978-2-35294-824-7. Je l’ai lu en Bragelonne poche, février 2018, 300 pages, 9,90 €, ISBN 979-1-02810-439-9. The Vesuvius Club (2004) est traduit de l’anglais par Laurence Boishot.

Genres : littérature anglaise, science-fiction, steampunk, espionnage.

Mark Gatiss naît le 17 octobre 1966 à Sedgefield dans le comté de Durham (au nord-est de l’Angleterre). Ses parents travaillaient tous les deux à l’hôpital psychiatrique Edwardian situé en face de chez eux et (je suis sûre que c’est lié !), il s’est intéressé dès l’enfance aux aventures de Sherlock Holmes, du Doctor Who, aux films d’épouvante. Résultat ? Il est acteur (cinéma, télévision, humour, policier, espionnage), scénariste (en particulier pour la série Doctor Who), producteur (il est cocréateur et coproducteur de la série Sherlock dans laquelle il joue le rôle de Mycroft Holmes) et auteur ! Du même auteur, dans les aventures de Lucifer Box : L’ambre du diable (Bragelonne, 2016, traduit de The Devil in Amber, 2006) et Black Butterfly (2008, pas encore paru en français).

Lucifer Box, peintre diplômé de la Royal Academy of Arts, est aussi agent secret. « Vous savez comment ça fonctionne, ici : on aime les mystères et les secrets, les passages dérobés et la poudre aux yeux. C’est ce qui nous motive, ha ha ! (p. 22). Il est sous les ordres de Joshua Reynolds, un avocat de toute petite taille mais « un haut personnage dans le gouvernement de Sa Majesté – dans les ombres et le plus grand secret, évidemment. » (p. 23). Deux géologues sont morts et l’agent Crott a disparu à Naples, il va falloir enquêter : direction le sud de l’Italie avec Naples et le Vésuve.

Lucifer Box est un personnage incroyable, artiste impertinent, dandy, aussi sûr de lui que Sherlock Holmes ! Et, s’il habite au 9 Downing Street, une adresse mythique, c’est parce qu’il a hérité la maison de ses ancêtres (qui possédaient tout le quartier auparavant). « Vous allez sans doute me traiter de crâneur, mais après tout, il faut bien que quelqu’un y habite. » (p. 26). Il est loyal envers son pays et « ne recule devant nul sacrifice quand il s’agit de rendre service au roi et à la Couronne. » (p. 163) [C’est peut-être le roi Édouard VII (règne de 1901-1910) ou le roi George V (règne de 1910-1936) : je pense que l’histoire se situe au début des années 1900, sûrement avant la Première guerre mondiale, puisqu’il est dit dans le roman « Après tout, on n’était plus au XIXe siècle. » (p. 91)] et il est très coquin : « Ne vous méprenez pas, chers lecteurs, je sais apprécier une petite pipe de temps en temps, mais comme l’a dit Gengis Khan, c’est un plaisir à consommer avec modération. » (p. 225). Non mais, de quoi pensiez-vous qu’il parlait ? D’une pipe d’opium ! J’aime beaucoup lorsqu’il s’adresse aux lecteurs, j’ai bien ri.

Un humour tout britannique donc, rien qu’avec les noms des personnages : bon Lucifer Box ce n’est déjà pas banal, mais il y a Jocelyn Crott, Everard Supple, Eli Verdegris, Frederick Scallop, Christopher Miracle, Bizarre Beagle, Charles Jackpot, Bella Bok, Crétacé Nonhomme… qui permettent des jeux de mots amusants.

La première partie du roman se déroule à Londres, elle est plutôt mystery, historique et espionnage, la deuxième partie se déroule à Naples et là, on est plus dans le côté science-fiction, steampunk. « Ce procédé, M. Box, c’est l’avenir ! Un monde nouveau, fait de machines et d’automates ! Nous contrôlerons les flots de magma de toute la planète. Une fois que le monde aura assisté à la destruction de Naples, les chefs d’État se bousculeront pour nous donner tout ce que nous voulons ! » (p. 255). Vaste et dangereux programme ! Et une très chouette lecture, je me suis laissée emporter, j’ai voyagé (Naples, Pompéi), j’ai eu chaud (Vésuve), j’ai frissonné, je n’ai pas pu lâcher le livre alors je l’ai lu en une journée (bon, j’ai pris un petit goûter quand même !) et j’ai hâte de lire la suite !

Un mot que je ne connaissais pas : sidérodromophobie (p. 99), c’est un terme médical pour la peur irraisonnée de prendre le train. Je ne suis pas touchée, j’aime beaucoup prendre le train, par contre je n’aime pas les retards qui font rater une correspondance mais ça ce n’est pas une phobie…

Une lecture que je mets dans les challenges British Mysteries, Littérature de l’imaginaire, Mois anglais, Polar et thriller, Rentrée littéraire janvier 2018 (pour l’édition en poche que j’ai lue), S4F3 #4, Vapeur et feuilles de thé et Voisins Voisines 2018. Je la mets aussi dans le Défi 52 semaines 2018 pour le thème « chaleur » (#26) : à la lecture de ce roman, faites attention de ne pas revivre ce qu’ont vécu les habitants de Pompéi !

Je ne recopie jamais la 4e de couverture sauf s’il y a une très belle phrase ou une citation. Là, ce sont deux belles phrases / citations qui donnent vraiment envie de lire le roman : « Imaginez Oscar Wilde installé dans une chaise longue avec, dans une main, une cigarette hors de prix, et dans l’autre, Le Club Vesuvius, plié de rire à la lecture de ce petit chef-d’œuvre. Tout est dit. » The Times Literary Supplement. « Impossible d’imaginer un début littéraire plus délicieux, plus décadent, plus macabre, plus inventif et plus hilarant que celui-ci. J’en redemande ! » Stephen Fry.

Scents of Orient de Marianne Stern

Scents of Orient de Marianne Stern.

Récits du Monde Mécanique 2/3

Chat noir, collection Black Steam, février 2017, 392 pages, 19,90 €, ISBN 9978-2-37568-027-8.

Genres : science-fiction, steampunk.

Marianne Stern était physicienne mais, mais passionnée par les machines volantes (un peu comme Hayao Miyazaki), elle se consacre maintenant à l’écriture (science-fiction, fantastique) et un peu à la musique. Voir le tome 1, Smog of Germania.

1916. Inde, région de Golkonda. L’empire allemand, avec à sa tête le Kaiser Joachim, a écrasé les Belges et les Français. Mais nous quittons l’Europe puisque le zeppelin Jungfrau est parti vers l’est avec à son bord Maxwell, L’Orfèvre, et Jeremiah, L’Exécuteur. Mais les deux frères sont tout aussi mystérieux en Inde qu’en Europe ! « Les informations, au sein de la haute société, se révélaient aussi précieuses, voire plus, que les richesses – surtout lorsque comme la duchesse, l’on était le meilleur agent de la Couronne britannique infiltré au cœur du Raj. » (p. 10). Les soldats anglais ont arraisonné le Jungfrau et pris possession de la caverne où Maxwell cachait ses trésors mais lui a disparu.

Avec des titres de chapitres comme « Orage et tasse de thé » ou « Le show excentrique de Lord Archibald Nelson », les lecteurs comprennent vite qu’il ont quitté l’empire germanique de Smog of Germania pour l’empire britannique de l’Inde. Évidemment de nouveaux personnages apparaissent comme Lord Archibald Nelson, gouverneur à Surat (centre de l’Inde) depuis 5 ans, le capitaine Oliver Clive, la duchesse Elzebeth de Wigton, riche veuve de 32 ans qui travaille pour le British Intelligence Service depuis 10 ans, Charles de Bellecourt, un Français au service de la duchesse et des services secrets anglais, et Anshu Kapoor, maître marchand ami de Lord Nelson et de Maxwell, pour les principaux. « Maxwell n’avait pas changé d’une once, il était toujours le même que dans ses souvenirs. Ces traits fins, cette longue chevelure ébène, ce regard noir et luisant, ce minuscule sourire rivé au coin des lèvres… Et le corbeau, perché sur son épaule, ses yeux de diamants rouges luisant dans la pénombre. » (p. 58). Vous l’avez compris le corbeau est un des mécanismes créés par Maxwell. Et la couverture qui les représente est vraiment belle, plus lumineuse que celle du tome 1. En quittant l’empire germanique, les lecteurs n’ont par contre pas quitté les complots, les espions et le danger ! « Nelson avait toujours détesté la politique et ses jeux vicieux ; chacun voulait le pouvoir pour lui seul, en finalité, et par conséquent, tous les coups étaient permis ! Ce soir encore, les divers acteurs impliqués dans l’histoire s’inclinaient devant le roi George en public, pour mieux le poignarder entre les omoplates un peu plus tard ! Ce pouvait-il que lui, Lord Archibald Nelson, soit l’unique loyal fidèle serviteur de la Couronne à Surat ? » (p. 101-102). En qui est-il possible d’avoir confiance, qui est sincère, qui trahit ? « En moins d’une heure, l’Allemand avait changé de statut à ses yeux, et il lui vouait désormais respect et admiration. Le personnage était charismatique, gentleman et salopard à la fois, pourvu du grain de folie à même de le différencier de n’importe quel individu lambda. » (p. 303). Tout comme pour le premier tome, je redis ce que j’avais écrit : Marianne Stern plonge ses lecteurs dans un récit steampunk époustouflant et haletant (les lecteurs sont réellement en immersion, en Inde cette fois et dans le monde britannique). Les explications scientifiques et mécaniques sont les bienvenues et participent au bon déroulement de la lecture et de la compréhension des événements. Les mécanismes de Maxwell sont des « babioles » extraordinaires ! Parfois dangereuses… Tout comme le premier tome avec l’Allemagne de 1900, ce deuxième tome montre une Inde mi-réelle mi-fictive, avec de belles descriptions, une Inde plus exotique que Germania sous son brouillard pollué et j’ai pris grand plaisir à suivre Maxwell (mon personnage préféré ici) parmi les nouvelles personnes qui l’entourent, chacune ayant sa personnalité, son rôle et ses manquements (soif de pouvoir, de richesse, traîtrise…). Après l’Allemagne, l’auteur a emmené ses lecteurs 16 ans après en Inde, et j’ai hâte d’avoir le tome 3 pour savoir où il se déroulera (il a été question de la Russie deux ou trois fois dans ce tome mais bon, rien n’est sûr !).

Encore une excellente lecture pour les challenges Littérature de l’imaginaire, Un genre par mois (le dernier genre de l’année est science-fiction) et Vapeur et feuilles de thé.