Célestopol 1922 d’Emmanuel Chastellière

Célestopol 1922 d’Emmanuel Chastellière.

L’homme sans nom, mars 2021, 416 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-918541-71-4. Sur le site de l’éditeur, il est possible de charger librement la nouvelle Une nuit à l’opéra Romanova (3 parties).

Genres : littérature française, science-fiction, nouvelles.

Emmanuel Chastellière naît en 1981 à Aubenas (en Ardèche) et s’intéresse très jeune aux littératures de l’imaginaire. Il étudie l’Histoire et se lance dans l’aventure Fantasy en 2000 avec Elbakin.net : j’ai l’impression de suivre ce site depuis ses débuts sans connaître les noms de ses créateurs. D’ailleurs je pense avoir découvert Emmanuel Chastellière en tant que traducteur (La chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard) avant de le découvrir en tant qu’auteur car c’est cette traduction qui m’a donné envie de le lire. Plus d’infos sur son site et son blog Un mot après l’autre ainsi que sur sa page FB et la page FB de Célestopol.

Vous vous rappelez que j’avais lu et aimé Célestopol (en libretto parce que je ne l’avais pas trouvé aux éditions de l’instant…). Eh bien, voilà, je me lance enfin dans Célestopol 1922 ! Comme pour chaque recueil de nouvelles que je lis, j’aime bien faire un topo et donner un ou deux extraits de chaque nouvelle avant de donner mon avis général sur le livre (le billet est donc un peu long).

Toungouska – Janvier 1922. Ça commence bien puisqu’Arnrún et Wojtek (mes personnages préférés de Célestopol) sont de retour mais… une petite faute page 10 : « Wojtek préféra ne pas rien dire », ne rien dire, c’est mieux (j’espère qu’il n’y aura pas d’autres fautes, vous savez que je n’aime pas ça…). Je rappelle qu’Arnrún est une mercenaire islandaise et Wojtek un ancien soldat dans un corps d’ours qui parle. Ils sont tous deux envoyés en Sibérie (sur Terre donc) par le duc Nikolaï, ‘le prince de la Lune’, car il y a eu un accident en 1908 et une partie de la forêt avait brûlé.

Mon rossignol – On retourne à Célestopol sur la Lune. Alissa une ouvrière qui voudrait faire avancer les droits sociaux et Milan, un député au Parlement, se revoient après huit ans. Mais il n’est pas sûr d’être réélu et de pouvoir faire quelque chose pour elle et ses camarades. D’autant plus que, sur Terre, en Russie, l’impératrice Glorianna a fait passer « par les armes un certain Lénine et ses comparses, après des mois de remous et une prétendue tentative d’assassinat. » (p. 37). Mais la politique n’est pas une tendre amie… Et si Milan la trahissait de la même façon qu’à la fin de leurs études ?

Sur la glace – Pour un gala de patinage au Grand Palais de Céléstopol, le duc Nikolaï invite Victor un grand patineur (et son épouse Colette) mis aux bans de la société par l’impératrice Glorianna. C’est Ajax le majordome automate de Nikolaï qui accompagne partout Victor et, en l’observant s’entraîner sur un étang gelé loin des yeux, il comprend ce qu’a vécu le patineur. Quand le sport et la politique ne font pas bon ménage…

Memento mori – Une famille juive de Bessarabie s’est exilée à Célestopol mais la mère est morte et le père, Joseph Ackerman, médecin très occupé quoique mal payé, n’arrive pas à gérer ses deux filles, Judith 16 ans et Azra 10 ans. La seule chose qui compte pour lui, le memento mori, le petit mausolée consacré à sa défunte épouse. La seule chose qui compte pour les filles, sortir, voir du monde mais elles n’en ont pas le droit. Un cruel drame familial.

Une nuit à l’opéra Romanova – Arnrún et Wojtek ont été embauchés pour protéger les objets à vendre à l’hôtel des ventes, je dis objets mais en fait, la salle est remplie de magiciens et prestidigitateurs qui achètent des tours. Le plus important est le dernier, le n° 50, le Miroir du monde, créé par Buatier de Kolta qui est mort récemment sur scène et l’enchère démarre à deux mille roubles. Sélim le Magnifique l’obtient pour cinq mille roubles et incite tout le monde de venir à sa nouvelle représentation à l’opéra Romanova. « Et je la conclurai… par ce tour ! » (p. 120). Après avoir livré sa malle à l’Ottoman, celui-ci les embauche pour sa propre protection jusqu’au spectacle. Une deuxième faute page 150 : « Je suis désolée, poursuivit Sélim, je n’en aurais toutefois pas pour tout le monde », c’est je n’en aurai (futur pas conditionnel). Incident diplomatique à Célestopol sur fond de magie et d’art !

Le correcteur de fortune – « Pollux […] le cheval de course le plus célèbre au monde » (p. 163) qui gagne toutes ses courses vient d’arriver quatrième au grand prix de l’hippodrome de Célestopol ! Est-ce que Vassili qui vient d’arriver sur la Lune et le ducat d’argent qui ne le quitte jamais y sont pour quelque chose ? Ensuite, il est pour la première fois au Grand Palais pour assister à une compétition d’échecs entre Boris Illivitski, le champion en titre, et un automate, « Ce n’était qu’un torse, avec des mains lui permettant de manipuler les pièces. Mais Vassili n’était pas dupe : cette apparence ne signifiait aucunement qu’il n’était pas capable de jouer, et même de bien jouer. » (p. 174). La chance va-t-elle encore lui sourire ? Une troisième faute page 180 : « Vassili […] fit aussitôt fit volte-face ».

Katarzyna – Après avoir trop bu dans un bar, Kasia, dernière cliente, est abusée par le jeune serveur. « La jeune femme s’enfonça dans les rues, étonnamment déserte cette nuit. » (p. 193). Mais, alors qu’elle est loin des quais, la brume de sélénium est étonnamment haute aussi… Pendant cinq ans, Kasia état pilote pour l’Aéropostale mais elle a arrêté de travailler il y a huit mois… Et elle boit trop, depuis que Piotr, son mari, pilote lui aussi, a disparu… « Son appareil s’était volatilisé quelques heures après le décollage. » (p. 195). Mais lorsqu’elle rentre, un message l’attend avec des coordonnées pour retrouver Piotr !

Le revers de la médaille – Bo-yeong, Coréenne, conçoit des décors en particulier pour le théâtre et vend des livres d’occasion dans sa roulotte ; son mari, Előd est restaurateur de tableaux mais il aimerait vivre de sa peinture. Elle aurait voulu être à l’inauguration de l’amphithéâtre Pierre Curie la veille au soir mais Előd l’avait invitée au théâtre et la pièce lui a déplu… Elle aime lire et tient même un salon de lecture mais… « Dans l’esprit de tout un chacun, lire, entre autres choses, demeurait un loisir frivole. Qui pouvait se permettre de se laisser aller à l’oisiveté quand la crise menaçait ? » (p. 222). Un jour, elle rencontre par hasard une dame et l’invite chez elle à son salon de lecture mais elle ne sait pas que c’est Tuppence Abberline, la maîtresse du duc Nokolaï, qui ensuite lui fera une étrange proposition.

Un visage dans la cendre – Kokorin est un voleur mais il respecte le code d’honneur des Vorovskoy Mir (le monde des voleurs). Or des Cheyennes sont arrivés à Célestopol et ils ne respectent rien… Rien à voir avec les Indiens d’Amérique, ils sont comme les Apaches, les voyous de Paris. «un code que  ces ‘terreurs’ d’un genre nouveau considéraient avec un cynisme et une arrogance extraordinaires. Leurs méthodes, leur manque de discrétion… […] Ils lui étaient tombés dessus à six […] » (p. 238-239). Mais des gamins ont remarqué qu’en une nuit, les chats ont tous disparu alors que, parmi eux, un plus petit, Frigg, était leur mascotte… Kokorin va-t-il retrouver les chats ? Une quatrième faute page 244, « À parti du moment ».

La malédiction du pharaon – Le Caire, septembre 1922. Howard Carter peint pour survivre. Par manque de subventions, les fouilles archéologiques sont arrêtées depuis deux ans : « l’Empire russe de la cruelle tsarine Glorianna et la Nouvelle-France du téméraire Napoléon IV avaient broyé l’Angleterre, littéralement ou presque. » (p. 266). Un soir, il est contacté par un inconnu, Ajax (qui n’est pas un inconnu pour le lecteur), qui lui propose un chantier… sur la Lune ! « En toute discrétion, cela va de soi. » (p. 270). Une semaine plus tard, Carter secondé par des automates découvre un chantier incroyable et des inscriptions avec un alphabet bien plus qu’antique !

Paint Pastel PrincessChez Hécate, un bordel de luxe à Célestopol, enfin « un établissement de standing » (p. 298). Léon, le gardien, a dû mettre dehors, Igor, le chauffagiste qui essayait de violer Hilda, le nouvel automate féminin. Pélagie, une Berlinoise venue s’installer sur la Lune, est une spécialiste des masques « pour les blessés de guerre, les défigurés. […] Des dizaines de masques, bien plus élaborés, bien plus réalistes que la moyenne, qui lui avaient valu la reconnaissance de ces braves jeunes gens et l’intérêt de la maison close. » (p. 301). Léon est un vétéran de la guerre de Crimée mais il n’est pas une gueule cassée, il a perdu une main et porte une prothèse (il ne quitte jamais son gant) ; il est hanté par la colline sur laquelle sont morts presque tous ses camarades. « […] il était là, avec eux. Chaque nuit. Avec les morts, ces éclopés incapables de se faire à leur nouvelle existence, si loin de cette vie qu’ils avaient espéré retrouver. » (p. 306). Une cinquième faute page 329, « Je viendrais vous voir prochainement avec le reste. », de nouveau c’est le futur pas le conditionnel donc je viendrai.

La fille de l’hiver – Décembre 1922. Célestopol prépare Noël et « Les lumières du marché de Noël de Célestopol scintillaient gaiement sous le dôme de verre de la cité lunaire. » (p. 331). Mais les miséreux n’en profitent pas, rares sont ceux qui peuvent s’offrir un vin chaud ou un sachet de marrons… Pourtant une jeune femme en haillons s’aventure sur le marché (illustration de couverture) sous les regards stupéfaits puis méprisants des ‘honnêtes’ gens. Un policier s’approche d’elle mais elle tremble et ses propos sont inintelligibles, à part « Kocht… » et « Ni… Nikolaï » (p. 335) puis elle se met à hurler, « Un cri sauvage, vibrant de souffrance. » (p. 335) à tel point que tout le monde doit se mettre les mains sur les oreilles et à tel point que la statue gigantesque de Nikolaï se fissure et se casse ! Qui est cette fille de l’hiver qui a disparu ? Une sixième faute page 384, « Je ne me serai souvenu de rien », ce n’est pas le futur mais je ne me serais, une septième page 393, « je ne pourrais jamais rentrer chez moi. », ici c’est l’inverse, c’est je ne pourrai, et une huitième page 397, « Anastasia, dès je t’ai aperçue », il manque le que, décidément…

Danser avec le chaos – Janvier 2023, désert de Lirania. Trois jeunes femmes, Elzebeth, Aranaï et Taledine, ont volé un des grimoires sacrés des sorcières de Thran pour l’apporter au Prophète qui est annoncé. « Les Parchemins du Chaos. Tchernobog. Le Dieu Noir. Le Dieu de la Lune. » (p. 404). Mais les jeunes femmes se réveillent dans les ténèbres… « Vous avez dérobé ce qui ne vous appartenait pas […]. Vous vous êtes moquées des ouvrages sacrés de mes disciples. La nuit et l’obscurité règnent ici. Il est temps pour vous de payer le prix de votre audace. » (p. 410). Alors que le duc Nikolaï ne pense qu’à la science, il y a peut-être bien un peu de magie sur la Lune !

Voilà, j’ai lu les 13 nouvelles de ce deuxième recueil de Célestopol et j’ai pris du plaisir à passer cette année 1922 sur la Lune. C’est ma deuxième incursion sur la Lune et j’ai été enchantée de retrouver Arnrún et Wojtek (qui étaient mes personnages préférés de Célestopol comme je l’ai dit plus haut) et j’ai bien aimé Ajax, le majordome du duc Nikolaï (qui peut-être n’apparaît pas auparavant ou alors il ne m’avait pas autant marquée qu’ici). Je passe sur les huit fautes (de grammaire ou d’inattention, citées ci-dessus) et je dis que l’ouvrage est quand même un livre soigné avec ses jolies entêtes de chapitres (une illustration genre architecture de métal et de verre qui correspond très bien à la cité lunaire). Comme dans le premier recueil, ces nouvelles de science-fiction sont spatiales (sur la Lune, sans être du space opera) et rétro-futuristes (un début de XXe siècle différent du nôtre et plus futuriste au niveau technologique) avec son côté steampunk (où la vapeur est remplacée par du sélénium, l’énergie gazeuse sur la Lune). Les nouvelles sont également plus ou moins liées entre elle, en tout cas, il y a un fil directeur qui les relie (par exemple, dans Un visage dans la cendre, c’est sûrement Joseph, le médecin de Memento mori que Kokorin voit ivre à l’auberge, et dans La fille de l’hiver, le lecteur retrouve Judith, une des deux filles de Joseph, il y a comme un petit côté Comédie humaine avec ces personnages qui (ré)apparaissent). De plus, le style de l’auteur est fluide, maîtrisé, il a toujours le mot juste, il ne s’étale pas, il écrit ce qu’il faut pour que les nouvelles aient la bonne taille et leur chute est souvent terrible. Il y a bien sûr des clins d’œil à Jules Verne, à Lovecraft, entre autres. Les sujets abordés sont souvent douloureux comme la guerre, l’espionnage, la pauvreté et la lutte sociale, l’exil, la politique, des choses que, peut-être le duc Nikolaï aurait voulu laisser sur Terre mais qui malheureusement persistent sur la Lune, mais il y a aussi de l’art, de la magie, du sport, des amitiés et même des chats. Célestopol 1922 a été nominé pour plusieurs prix littéraires en 2021 et 2022.

Ils l’ont lu : Aelinel de La bibliothèque d’Aelinel, Amanda sur Les Fantasy d’Amanda, Apophis de Le culte d’Apophis, Boudicca sur Le Bibliocosme, CélineDanaé de Au pays des CaveTrolls, Le Chien critique, Les chroniques du Chroniqueur, Dup de Bookenstock, La Geekosophe, Gromovar de Quoi de neuf sur ma pile, Karine sur ImaJnère, Lhisbei de RSF blog, Lorhkan, Lune de Un papillon dans la Lune, Maks de Un bouquin sinon rien, Nicolas sur Just a Word, Le nocher des livres, Sometimes a book, Stéphanie sur De l’autre côté des livres, Symphonie de L’imaginaerum de Symphonie, Le syndrome Quickson, Yuyine, Zina sur Les pipelettes en parlent, Zoé prend la plume, d’autres ?

Pour les challenges Littérature de l’imaginaire #10, La bonne nouvelle du lundi, Petit Bac 2022 (catégorie Chiffres pour 1922), Textes courts (nouvelles entre 14 et 60 pages) et Vapeur et feuilles de thé.

Smoke de Dan Vyleta

Smoke de Dan Vyleta.

Robert Laffont, janvier 2018, 572 pages, 22 €, ISBN 978-2-22119-354-9. Smoke (2016) est traduit de l’anglais par Isabelle D. Philippe. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, janvier 2019, 769 pages, 9,70 €, ISBN 978-2-25382-008-6.

Genres : littérature allemande, science-fiction.

Dan Vyleta naît le 15 juillet 1974 à Gelsenkirchen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne) (*) de parents tchèques. Il est Allemand et naturalisé Canadien. Il vit à Birmingham en Angleterre (où il enseigne l’écriture créative). Du même auteur : Pavel & I (2008), The Quiet Twin (2011), The Crooked Maid (2013) et son nouveau roman, Soot (2020) qui est une suite de Smoke (super !). Plus d’infos sur son site officiel.

(*) Zut, j’ai lu ce roman en mai et j’ai traîné pour rédiger la note de lecture mais, si j’avais su que l’auteur était Allemand (je pensais qu’il était Anglais !), j’aurais publier cette chronique le mois dernier pour le challenge Les feuilles allemandes

Oxfordshire, Angleterre, fin du XIXe siècle mais une époque différente de la réalité historique. Un pensionnat d’élite pour les garçons futurs dirigeants. Thomas Argyle y est arrivé fin octobre et a manqué les cinq premières semaines de cours ce qui attise la curiosité. Pourquoi ses parents, nobles désargentés du nord, l’ont-ils caché jusqu’à ses 16 ans alors qu’il aurait dû être scolarisé à l’âge de 11 ans ?

Julius Spencer, 18 ans, préfet, est un véritable tyran… Il terrorise et humilie les plus jeunes devant leurs camarades pour faire sortir d’eux de la fumée ou de la suie (tiens, j’ai lu récemment Shadows House 1 de Sômatô, les mangakas auraient-ils lu ce roman et s’en seraient-ils inspirés ?) ainsi ils reçoivent une punition. Mais la nuit durant laquelle Julius s’en prend à Thomas, ça ne se passe pas comme d’habitude !

Heureusement Thomas a un ami, Charlie. « Et tandis qu’ils dévalent l’escalier en tapant des pieds, chacun luttant pour ne pas se laisser distancer par l’autre, Thomas en oublie presque qu’il est un garçon malade, un fléau ambulant, le fils d’un homme qui a tué. » (p. 56).

En décembre, pour la première fois depuis des décennies, les élèves les plus âgés ont droit à une sortie à Londres. « Certains d’entre vous la sentent déjà, commente Renfrew. La Fumée. Elle vous donne le sentiment d’être… anormal. Effrayé. Agressif. Frivole. Superficiel. Vos pensées commencent à s’obscurcir, vous vous appesantissez sur les choses. Au lieu d’être séparé de vous, le monde extérieur commence à s’insinuer dans votre être. Vous vous sentez petit, insignifiant, malléable, tout en étant prêt à combattre quiconque oserait le dire ; votre petite réserve de sagesse est comme rongée par des rats. La tentation s’impose à vous… de voler, tricher, fuir. Tout ce que nous vous avons enseigné – tout – est mis sous pression. […] Et encore, nous ne sommes qu’ici, dans une voiture de train fermée, à deux kilomètres de la gare ! Dehors, dans le centre-ville, parmi les Londoniens, ce sera cent fois plus intense. » (p. 67). En gros, la Fumée, la Suie, c’est le mal, et ne pas lutter pour qu’elle ne sorte pas de soi, c’est le mal aussi.

Londres est une ville sale et bruyante, peuplée de gueux, d’ivrognes, de mendiants et de gens déguenillés, tous remplis de Suie ce qui démontre leur infériorité sociale et leur noirceur d’âme… Mais Charlie voit un homme pur, donc immunisé contre la Fumée. Aurait-il rêvé ? « […] la vie après la sortie à Londres présente d’autres aspects troublants. Malgré toute la noirceur qu’ils avaient rapporté avec eux, un nouvel esprit s’était emparé des grandes classes, une forme de fierté. » (p. 101). Thomas et Charlie veulent retourner à Londres. Mais, pendant les vacances de Noël, ils vont au manoir du baron Naylor, l’oncle de Thomas. Ils y rencontrent l’épouse et la fille, adolescente, Livia. Et une aventure, dangereuse, s’ouvre à eux.

L’éditeur dit qu’il y a un petit côté Dickens (sûrement pour la noirceur) et un petit côté Harry Potter (peut-être pour le pensionnat) mais ce roman situé dans l’Angleterre victorienne est finalement lui-même et vit avec sa propre histoire et ses propres personnages. J’ai mis trois jours pour lire ce roman qui m’a passionnée et je suis ravie de voir qu’une suite vient de paraître, Soot, mais pas encore traduite en français.

En tout cas, je ne veux pas dévoiler trop de choses, je pense vous en avoir dit assez. C’est un très bon roman, à la fois historique et science-fiction, plutôt steampunk (mais avec de la fumée différente de la vapeur), avec de l’aventure, du mystère, des rebondissements, bref c’est un roman dense et complexe avec une atmosphère spécifique mais très agréable à lire.

Je publie (vite) ma note de lecture car j’ai mis ce roman dans Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 9 c’est-à-dire hier…

Je mets cette lecture dans British Mysteries #5, Littérature de l’imaginaire #8, Vapeur et feuilles de thé et Voisins Voisines (Allemagne).

Le cœur perdu des automates de Daniel H. Wilson

Le cœur perdu des automates de Daniel H. Wilson.

Fleuve, collection Outre Fleuve, septembre 2018, 416 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-26511-724-2. The Clockwork Dynasty (2017) est traduit de l’américain par Patrick Imbert.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction.

Daniel H. Wilson naît le 6 mars 1978 à Tulsa en Oklahoma (États-Unis). Il étudie la robotique et l’intelligence artificielle à l’Université Carnegie-Mellon de Pittsburgh en Pennsylvanie. Il travaille comme ingénieur chez Microsoft et Intel puis se lance dans l’écriture. Il vit à Portland en Oregon. Du même auteur : Robocalypse (2012) et sa suite, Robogenesis (2017) que je lirai un de ces jours (l’auteur est passionné par les robots) et le petit dernier : La menace Andromède (2020), suite de La variété Andromède de Michael Chrichton (1969) que j’ai très envie de lire. Plus d’infos sur son site officiel.

« Les gens curieux en apprennent plus que les autres. » (p. 10). Je plussois !

Le grand-père de June, Vasily Stefanov, un Russe de l’Oural, exilé aux États-Unis a transmis à sa petite-fille (June Stefanov donc) des histoires, sa passion pour les automates, une relique de la guerre de Stalingrad : « […] la relique que l’ange de la vengeance a laissée derrière lui. » (p. 15) et une clé en laiton d’automate : « […] les derniers exemplaires existants sont d’une rareté quasi légendaire, et ne se trouvent que dans des collections privées, presque impossible à atteindre et encore moins à examiner. » (p. 21). June a étudié la linguistique, l’histoire, l’ingénierie et a fait une spécialisation en automates médiévaux.

Moscou, 1709. Un fils de laiton voit le jour. Son père est Giacomo Giuseppe Favorini. « D’une certaine façon, je suis. Et je dois l’avouer, c’est une étrange chose que d’être. » (p. 27). Favorini est « le dernier artisan mécanique du tsar Piotr Alexeïevitch » (p. 29). Ce fils de laiton a une sœur, mécanique elle aussi, Helena Petrovna, elle représente la logicka (la pureté de la raison). C’est le tsar qui donne son nom au fils de laiton (Piotr, ou Pierre) et il représente la Pravda (la vérité et la justice).

June travaille pour la fondation Kunlun. « Au cours de l’histoire, certains avtomat ont été découverts. C’est inévitable. Si le capturé n’est pas condamné au bûcher pour sorcellerie, les autres s’assurent qu’il disparaisse à jamais. Les comptes rendus écrits, les photographies, les témoins : nous nettoyons toujours derrière nous. Nous sommes encore quelques dizaines, tous vieux et solitaires. Certains remontent à l’Antiquité. Mais nous veillons tous à protéger le secret de notre existence… c’est une question de vie ou de mort. » (p. 160-161).

Une petite erreur : « À quatre pattes, je fais de mon vieux […]. » (p. 403). Ah ah ah, moi aussi, j’ai fait de mon vieux pour ne pas rire !

À part cette petite erreur, j’ai eu une lecture très agréable de ce roman à la fois historique et science-fiction. June vit de sa passion et toutes ces histoires d’automates, c’est fascinant (j’aime tout ce qui est mécanisme d’horlogerie, d’automates, etc.). Les descriptions sont extraordinaires. De plus, vous l’avez compris, le passé et le présent sont liés, dans un récit mi steampunk mi uchronie, mais je ne vous en dis pas plus, ce sera à vous de découvrir le comment du pourquoi !

Pour Jeunesse Young Adult #10, Littérature de l’imaginaire #8 et Vapeur et feuilles de thé. Et je rajoute Petit Bac 2020 (catégorie Objet pour automates).

Realm of broken faces de Marianne Stern

Realm of broken faces de Marianne Stern.

Récits du Monde Mécanique 3/3

Chat noir, collection Black Steam, juin 2018, 380 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-37568-081-0.

Genres : littérature française, science-fiction, steampunk.

Marianne Stern était physicienne mais, passionnée par les machines volantes (un peu comme Hayao Miyazaki), elle se consacre maintenant à l’écriture (science-fiction, fantastique) et un peu à la musique. Voir le tome 1, Smog of Germania et le tome 2, Scents of Orient.

Automne 1917, nord-est de la France. Depuis deux ans, les troupes du Reich ont envahi une partie de la France et il existe une zone occupée. Les aérostats sont maintenant plus modernes, plus légers, en duralumin, et le Bismarck commandé par l’Amiral Wagner est une antiquité, en bois. « Wagner se retrouvait aujourd’hui aux commandes d’un navire trop lourd, trop lent, trop peu maniable, incapable de prendre de l’altitude, qui demandait une énergie considérable et un équipage important pour s’envoler. » (p. 14).

Au sol, des tranchées, de la boue, quelques survivants et un camp, une espèce de no man’s land, sur lequel règne Monsieur, un homme rafistolé avec du métal et des pierres précieuses, et qui vit avec des « choses mécaniques », c’est-à-dire des automates. « Manger, ou être mangé. Dans les tranchées, on survivait comme on pouvait, hommes ou animaux. » (p. 35). « Le carnage dans les tranchées, ça vous changeait un homme. » (p. 61).

Bien sûr, le lecteur retrouve des personnages connus. Le jeune Kaiser Joachim : « un jeune Kaiser sans expérience, sans relief, sans assurance. […] On le manipulait, on se servait de lui. » (p. 161). Jeremiah l’Exécuteur : « Je déteste cette ville pourrie jusqu’à ses racines, je déteste ce palais suintant d’or, je déteste les gens de puissance qui croient pouvoir dicter l’existence des autres, je déteste la politique, ce que fut votre père, les jeux de pouvoir. Je déteste jusqu’à ce sobriquet dont on m’a affublé. L’Exécuteur… » (p. 119). Viktoria von Preußen, Charles de Bellecourt… Et de nouveaux personnages comme le Quenottier (qui est un narrateur), la Mioche, ou Poincaré qui exilé à Londres exhorte les Français « à ne rien céder » et à « ne pas rendre les armes » (p. 99).

Quant à Maxwell, le plus génial orfèvre d’Europe, il serait mort aux Indes (voir tome 2)… « Maxwell, sous ses apparences de gentilhomme serviable, possédait une âme aussi noire qu’un puits sans fond, machiavélique, torturée. Mieux valait l’avoir comme allié plutôt qu’ennemi. » (p. 160).

Fin de la trilogie, comme un hommage aux « gueules cassées » de la Première guerre mondiale, à l’horreur que ces soldats ont vécu. Je suis un peu triste que cette série soit terminée même si ce troisième tome est plus sombre encore que les précédents… Mais j’ai bien aimé avoir les deux visions, le côté français et le côté allemand.

Pour les challenges Littérature de l’imaginaire #8 et Vapeur et feuilles de thé.

L’ambre du Diable de Mark Gatiss

L’ambre du Diable (Une aventure de Lucifer Box, 2) de Mark Gatiss.

Bragelonne, collection Steampunk, février 2016, 312 pages, 25 €, ISBN 978-2-35294-927-5. Je l’ai lu en Bragelonne poche, septembre 2018, 300 pages, 9,90 €, ISBN 979-10-281-0380-4. The Devil in Amber (2006) est traduit de l’anglais par Laurence Boishot.

Genres : littérature anglaise, science-fiction, steampunk, espionnage.

Mark Gatiss naît le 17 octobre 1966 à Sedgefield dans le comté de Durham (au nord-est de l’Angleterre). Ses parents travaillaient tous les deux à l’hôpital psychiatrique Edwardian situé en face de chez eux et (je suis sûre que c’est lié !), il s’est intéressé dès l’enfance aux aventures de Sherlock Holmes, du Doctor Who, aux films d’épouvante. Résultat ? Il est acteur (cinéma, télévision, humour, policier, espionnage), scénariste (en particulier pour la série Doctor Who), producteur (il est cocréateur et coproducteur de la série Sherlock dans laquelle il joue le rôle de Mycroft Holmes) et auteur ! Du même auteur, dans les aventures de Lucifer Box : Le club Vesuvius (Bragelonne, 2015, traduit de The Vesuvius Club, 2004) et Black Butterfly (2008, pas encore paru en français).

L’ambre du Diable est le tome 2 des aventures de Lucifer Box, peintre diplômé de la Royal Academy of Arts, et agent secret. « Pour ceux d’entre vous qui ne sont pas au courant (mais où étiez-vous, enfin ?), je m’appelle Lucifer Box, artiste peintre, auteur occasionnel de mémoires croustillants et agent (très secret) au service de Sa Majesté. » (p. 7).

Un extrait de ce que j’avais dit pour le tome 1 : Lucifer Box est un personnage incroyable, artiste impertinent, dandy, aussi sûr de lui que Sherlock Holmes ! Et, s’il habite au 9 Downing Street, une adresse mythique, c’est parce qu’il a hérité la maison de ses ancêtres (qui possédaient tout le quartier auparavant).

Une vingtaine d’années après Le club Vesuvius, voici Lucifer Box dans les années 1920 à Manhattan pour dézinguer Marrod, un trafiquant de cocaïne. « J’allais de continent en continent, coupant, taillant, tuant et tirant. » (p. 18). Mais Lucifer Box a été blessé à la guerre (1914-1918) et il vieillit… « Ce cher vieux Box n’était peut-être plus au sommet de sa forme. » (p. 19). Il est cependant chargé par le nouveau Joshua Reynolds d’enquêter sur F.A.U.S.T. (Facist Anglo United States Tribune) et sur l’homme à la tête des « chemises d’ambre », Desmond Olympe. Or, la sœur de Box, Pandora est la secrétaire du parti !

J’ai noté moins d’extraits que pour le premier tome mais c’est un très bon opus, avec toujours cet humour anglais si particulier, les côtés à la fois historique, espionnage, science-fiction (steampunk), le fait que l’auteur / Lucifer Box s’adressent aux lecteurs, les jeux de mots, tout ça.

Tout comme le premier tome, une excellente lecture que je mets dans les challenges British Mysteries #5, Littérature de l’imaginaire #8, Polar et thriller 2020-2021, S4F3 #6, Vapeur et feuilles de thé et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Le guide SF à l’usage des lecteurs, 3 : le steampunk

Après Le guide SF à l’usage des lecteurs, 1 : le space opera et Le guide SF à l’usage des lecteurs, 2 : l’anticipation, voici Le guide SF à l’usage des lecteurs, 3 : le steampunk.

Soleil, juin 2020.

Le steampunk est un sous-genre de la science-fiction que j’apprécie particulièrement depuis que j’ai vu Le château dans le ciel (1986), Steamboy (2004) et Le château ambulant (2004). Les histoires steampunk se déroulent au siècle de la vapeur (steam) et en général dans l’Angleterre victorienne mais pas toujours (récemment, j’ai présenté Le réseau Bombyce 1 de Cécil & Corbeyran, une bande dessinée steampunk qui se déroule à Bordeaux). Le lecteur est donc dans un monde rétro-futuriste qui lie de façon souvent très esthétique passé et futur.

Le livret (de 9 pages) donne des références de romans, de films, de séries et de jeux vidéo puis présente des bandes dessinées steampunk parues chez Soleil et chez Delcourt. Il est consultable librement sur Calaméo.

Pour La BD de la semaine. Plus de BD de la semaine chez Noukette (et La BD de la semaine est en vacances jusqu’au 2 septembre).

Une étude en soie d’Emma Jane Holloway

Une étude en soie : Baskerville d’Emma Jane Holloway.

Bragelonne, février 2015, 528 pages, 28 €, ISBN 978-2-35294-827-8. A Study in Silks (2013) est traduit de l’anglais (Canada) par Guillaume Le Pennec.

Mais je l’ai lu en édition poche. Bragelonne poche, collection Steampunk, février 2019, 356 pages, 9,90 €, ISBN 979-10-281-0620-1 pour le tome 1. Bragelonne poche, collection Steampunk, février 2019, 358 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-35294-874-2 pour le tome 2.

Genres : littérature canadienne, steampunk, Angleterre victorienne.

Emma Jane Holloway… Peu d’infos sur elle ! Diplômée de littérature anglaise, elle est romancière (romance, fantastique, steampunk). Elle vit avec son chat.

Avril 1888. Londres. Evelina Cooper, 19 ans, nièce de Sherlock Holmes, étudiante à l’Académie pour jeunes filles de Wollaston dans le Devonshire, est invitée par sa meilleure amie, Imogen Roth, à Hilliard House chez Lord Bancroft (Emerson Roth et son épouse Adele, les parents de Tobias, Imogen et Poppy) pour leur première saison londonienne. Orpheline, Evelina a « une grand-mère à la tête d’un domaine rural et l’autre disant la bonne aventure au sein du Cirque suprême de Ploughman » (p. 10). C’est que sa mère, de bonne famille, a épousé un saltimbanque ! « Elle se retrouvait prise entre les deux, mi-bourgeoise mi-vagabonde, deux moitiés qui semblaient ne jamais pouvoir s’accoler vraiment. » (p. 37). Une nuit, Nick, son meilleur ami d’enfance, au cirque, qu’elle n’a plus revu depuis des années, lui rend visite, et cette même nuit, Grace Child, une des domestiques, est assassinée. Devinez qui enquête ! L’inspecteur Lestrade. L’enquête sera pourtant longue et difficile car les barons de la vapeur tirent les ficelles. « Jusqu’à quel point comprends-tu le fonctionnement du Conseil de la vapeur ? […] les barons de la vapeur, ces magnats industriels qui possédaient les entreprises énergétiques. […] Charbon, machines à vapeur, chemins de fer, compagnies de gaz, usines, égrena son père sur un ton mordant. Bientôt ils voudront contrôler le pain que nous mangeons et la bière que nous buvons. » (p. 120). Mais un autre danger survient en la personne du Docteur Symeon Magnus… Qui est-il réellement et que manigance-t-il ?

Dans le tome 2, Imogen et Evelina vont être présentées à la Reine. « Sa mère lui avait parlé de la Cour. Cela faisait office d’histoire du soir pour Evelina : jolies robes et bonnes manières, aristocrates et palais somptueux, l’assurance d’avoir de la chaleur, de la lumière et de quoi manger à sa faim. » (p. 167). Mais l’enquête que mène en parallèle de celle de l’inspecteur Lestrade, Evelina, parfois avec Imogen, devient de plus en plus dangereuse et Lord Bancroft se doute que la jeune fille est impliquée ou du moins sait quelque chose de néfaste pour lui et sa famille.

Ma phrase préférée. « Ceux qui affirmaient que les animaux ne pouvaient pas parler n’écoutaient simplement pas. » (tome 1, p. 220). C’est qu’Evelina découvre la présence de devas, des créatures magiques, invisibles aux yeux de ceux qui ne pratiquent pas la magie.

Une étude en soie est une riche série steampunk, un genre de science-fiction uchronique se déroulant au XIXe siècle avec vapeur, automates, voire magie mais « Avec l’essor de l’industrie, la magie – impossible à mesurer, à réguler ou à gouverner – avait été bannie par l’Église comme par l’État, et en particulier par les barons de la vapeur qui contrôlaient tant de choses grâce à leur immense fortune. » (p. 31). Mais avez-vous remarqué une chose ? La série est sous-titrée Baskerville>, qui n’est que la première partie ! Alors la suite ! Il faut absolument la suite !

Alors l’autrice est Canadienne mais le roman se déroule à Londres, fin XIXe, en pleine époque victorienne, avec la nièce de Sherlock Holmes donc vous pensez bien que je mets ce billet dans le Mois anglais ! Et dans Littérature de l’imaginaire #8.

Le réseau Bombyce 1 de Cécil & Corbeyran

Le réseau Bombyce 1 – Papillons de nuit de Cécil & Corbeyran.

Les Humanoïdes Associés, 1999, réédition octobre 2010, 48 pages, 14,20 €, ISBN 978-2-7316-2306-2.

Genres : bande dessinée française, science-fiction.

Éric Corbeyran au scénario. Il naît le 14 décembre 1964 à Marseille. Il est scénariste, photographe, illustrateur. Ses œuvres sont trop nombreuses pour que je les cite : je vous laisse consulter tout ça sur Internet. Je suis en train de lire, du même auteur, Les guerres d’Albert Einstein, en feuilleton dans Robinson.

Cécil au scénario et au dessin. Il naît le 18 mai 1966 à Dax (dans les Landes). Il décide de faire de la bande dessinée à l’âge de 5 ans grâce à un album de Lucky Luke, Ma Dalton. Il étudie aux Beaux-Arts à Bordeaux et travaille dans une librairie spécialisée BD. Du même dessinateur : L’empreinte des chimères (1991).

Dans une Bordeaux rétro-futuriste. Eustache et son acolyte, Mouche, cambriolent la villa du Baron Guillaume Bernard de Harcourd. « L’une des fortunes les plus importantes de la région, comme disent les journaux ! – …Et l’une des plus convoitées, comme disent les réseaux ! ». Mais le baron rentre de voyage un jour plus tôt que prévu, pendant que les deux lascars sont à l’œuvre ! Cependant ils découvrent que des messieurs pervers voient des jeunes femmes violées et tuées grâce au cinématographe (l’ancêtre des snuff movies). Eustache pourra-t-il sauver sa bien-aimée, Zibeline ?

Les dessins sont très beaux, l’architecture est en métal et en verre. Les personnages, Eustache et Mouche, ont un côté steampunk qui me plaît beaucoup. J’ai très envie de lire la suite !

Deux autres tomes sont parus en 2010 : Monsieur Lune (tome 2) et Stigmates (tome 3). Une intégrale est parue en juin 2019.

Pour La BD de la semaine et les challenges BD et Littérature de l’imaginaire #8.

Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Célestopol d’Emmanuel Chastellière

Célestopol d’Emmanuel Chastellière.

Les éditions de l’instant (euh… un lien ?). Libretto, mai 2019, 352 pages, 10,70 €, ISBN 978-2-36914-496-0.

Genres : littérature française, science-fiction, steampunk.

Emmanuel Chastellière naît en 1981 (je ne peux vous dire où) et s’intéresse très jeune aux littératures de l’imaginaire. Il étudie l’Histoire et se lance dans l’aventure Fantasy en 2000 avec Elbakin.net : j’ai l’impression de suivre ce site depuis ses débuts sans connaître les noms de ses créateurs. D’ailleurs je pense avoir découvert Emmanuel Chastellière en tant que traducteur (La chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard) avant de le découvrir en tant qu’auteur car c’est cette traduction qui m’a donné envie de le lire. Plus d’infos sur son site et son blog Un mot après l’autre ainsi que sur sa page FB et la page FB de Célestopol.

Anton, jeune journaliste ukrainien se rend à Célestopol pour couvrir la Régate de la Coupe de l’Empereur. Célestopol est une ville-dôme sur la Lune ! Eh oui, en 1913, l’empire russe a une cité lunaire, dirigée par le duc Nikolaï Alekseïevitch Romanov depuis des années, et qui vit grâce à l’exploitation du sélénium (un gaz très puissant pour l’énergie aussi bien de la Lune que de la Terre mais dangereux). Il rencontre la jolie Tuppence Abberline, une Anglaise avec des origines indiennes, qui n’est autre que la maîtresse du duc Nikolaï. À Célestopol, une cité cosmopolite, il y a quelques ouvriers humains (relégués dans les sous-sols, on ne les voit jamais) mais pratiquement tout est géré par des automates. Pour en revenir à la Régate, le Neptune, vaisseau russe, est tenant du titre depuis cinq éditions mais, bizarrement, il vient de perdre trois manches (sur sept)… « Le reporter était sensé couvrir l’événement mais surtout célébrer la victoire de son vaisseau, celle de tout un peuple. » (p. 22).

D’autres personnages apparaissent, comme Clémence Lafleur, étudiante en histoire, Québécoise de la Nouvelle France (oui, beaucoup de noms sont changés) ; Anastasia, cousine du duc, envoyée par la tsarine pour rétablir l’ordre car un bandit masqué surnommé l’Oiseau de Feu sévit ; Arnrún, chasseuse de prime islandaise et son ami, Wojtek, un homme qui vit dans le corps d’un ours ; ou encore Kokorin, un voleur amoureux, ou Octave Bellême, un entrepreneur français qui souhaite ouvrir un grand magasin à Célestopol, etc.

Et justement, il y a vraiment beaucoup de personnages ! Attention, ce n’est pas une critique mais ce n’est pas évident à suivre ! Cependant j’ai bien aimé ce livre ; je n’ose dire roman car est-ce vraiment un roman ? Puisque l’auteur a voulu créer plein d’histoires avec des personnages différents, le récit est plutôt orienté avec des chapitres qui ressemblent à des nouvelles indépendantes les unes des autres même s’il y a bien sûr une certaine continuité. Les personnages et les chapitres ne sont donc pas tous liés les uns aux autres à part que l’action se déroule à Célestopol (et plusieurs personnages disparaissent même rapidement !). Tout ça m’a un peu déroutée au début mais je respecte le choix de l’auteur qui en avait plein la tête et a voulu raconter toutes ces histoires pour ne pas les perdre, d’autant plus que les récits sont réellement bons (voire surprenants) et que plusieurs habitants de Célestopol sont attachants (je pense que mes préférés sont Arnrún et Wojtek).

Le duc Nikolaï croit absolument en sa cité. « La Terre est finie, mademoiselle. Elle a laissé passer sa chance. Célestopol est l’avenir. Je suis l’avenir. Mais j’ai bien l’intention de préserver le passé. » (p. 61-62). Par exemple, il y a des dodos sur Célestopol alors qu’ils ont disparu sur Terre. Mais, malheureusement, l’avenir montrera au duc qu’il avait tort… Il est d’ailleurs étonnant qu’un auteur pense à détruire le monde et les personnages (humains et automates) qu’il a (j’imagine amoureusement) créés.

Ma phrase préférée : « Le travail […] se faisait rare. Alors les habitants préféraient oublier les soucis du quotidien dans l’alcool et la débauche. » (p. 289) : comme sur Terre, en fait !

J’avais très envie de lire Célestopol depuis sa parution alors j’ai sauté sur l’occasion avec la sortie en Libretto (poche) et je suis ravie car c’est un bon livre pour se faire plaisir dans un début de XXe siècle totalement différent de la réalité historique, plutôt steampunk mais ici le sélénium remplace la vapeur ! (il est beaucoup plus polluant et dangereux). Je recommande Célestopol aux fans de la Lune (c’était récemment le 50e anniversaire de la mission lunaire Apollo 11), de science-fiction, d’uchronie et de mystère (il y a en particulier des clins d’œil à des contes russes et à la mythologie scandinave).

J’ai maintenant très envie de lire Le village, le premier roman d’Emmanuel Chastellière, sombre et fantastique, paru aux éditions de l’instant en 2016 (pas évident à trouver… Une parution en poche serait la bienvenue). Par contre, le thème de son troisième roman, L’empire du léopard, paru aux éditions Critic en 2018, m’intéresse moins (historique et fantasy) mais pourquoi pas. La suite de Célestopol, Célestopol 1922 d’Emmanuel Chastellière (L’homme sans nom, 2021, France).

En attendant, Célestopol est une chouette lecture pour Littérature de l’imaginaire et Vapeurs et feuilles de thé (décidément je n’honore pas ce challenge avec des romans typiques car Célestopol – comme d’autres avant lui – ne se déroule(nt) pas en Angleterre comme la majorité des romans steampunk).

C’est lundi, que lisez-vous ? 4-2019

Camille du blog I believe in Pixie Dust a repris C’est lundi, que lisez-vous ?. Je n’ai pas participé à ce rendez-vous hebdomadaire depuis janvier… Je ne suis pas du tout régulière !

L’objectif est toujours de répondre à ces trois questions : 1. Qu’ai-je lu la semaine passée ? 2. Que suis-je en train de lire en ce moment ? 3. Que vais-je lire ensuite ? Alors…

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ? Le premier tome d’Une étude en soie – Baskerville d’Emma Jane Holloway (Bragelonne, Steampunk, janvier 2019) et j’ai voulu embrayer immédiatement avec la suite.

2. Que suis-je en train de lire en ce moment ? Eh bien, le tome 2 d’Une étude en soie – Baskerville d’Emma Jane Holloway (Bragelonne, Steampunk, février 2019) et cette histoire me divertit bien.

3. Que vais-je lire ensuite ? J’ai le choix entre Le prix de Cyril Gely (Albin Michel, janvier 2019) que j’ai à vrai dire déjà commencé, ou les tomes 2 et 3 de Le rêve de mon père de Taiyô MATSUMOTO (Kana, Made in, janvier 2019) : une trilogie manga dont j’ai déjà lu le premier tome. Ou encore autre chose, ça dépendra de mon humeur !

Et vous, que lisez-vous ? D’autres « Que lisez-vous… » chez Camille sur C’est lundi, que lisez-vous #172.

Et j’espère que vous avez passé un bon weekend de Pâques ; bonne nouvelle semaine 🙂

PS : je voulais vous dire que je viens de passer 2 heures à répondre aux commentaires en attente depuis fin janvier, je passerai sur vos blogs dès que possible, en tout cas merci d’avoir pensé à moi pendant  les rhume et grippe et ce gros passage à vide 🙂