Le secret d’Igor Koliazine de Romain Slocombe

Le secret d’Igor Koliazine de Romain Slocombe.

Seuil Policiers, octobre 2015, 320 pages, 21,50 €, ISBN 978-2-02122-185-5.

Genres : roman policier, Histoire, espionnage.

Romain Slocombe naît le 25 mars 1953 à Paris. Il est éclectique : auteur (romans, nouvelles, jeunesse, bandes dessinées), illustrateur, traducteur, réalisateur et photographe. Il est passionné par le Japon et sa culture alternative. Plus d’infos sur son site.

Février 1925. Londres. Zhenya Krosnova apprend à Ralph Exeter, journaliste du Daily World (un journal sympathisant de gauche), qu’elle a rencontré le capitaine Igor Koliazine, cosaque du Kouban, seul survivant à savoir où est enterré le trésor des Armées blanches de général Wrangel. « […] les activités d’espionnage et de police ne m’inspirent que du dégoût, mais l’avenir de la révolution mondiale est en jeu. » (p. 53). Mars 1925. Exeter et Koliazine s’envolent pour Constantinople : d’un côté du Bosphore, c’est Péra le quartier européen, de l’autre côté, c’est Stanbul. Accusé de la mort d’un policier français, le commandant Rousseau (Première station avant l’abattoir, 2013), Exeter est pris entre… plusieurs feux ! Son travail d’espion britannique bien malgré lui, ses amis Bolcheviques du Guépéou (GPU), ses amis Russes blancs, les Ottomans, les Germaniques et les Français !

Un passage drôle : « Je n’ai jamais visité de musée aussi mal fichu en ce qui concerne l’information du public ! protesta Exeter auprès de son guide, Polygnotos Meiggs. D’abord, tout ce qui figure sur les cartels est écrit seulement en turc… […] Quant aux magnifiques tapis accrochés aux murs de la salle précédente, j’ai demandé au gardien qui me suivait pas à pas comme s’il s’attendait à ce que j’essaye d’empocher un joyau en souvenir : ‘Et cela, c’est quoi ?’ Le gardien a dit : ‘Un tapis.’ J’ai répliqué, en essayant de garder mon calme : ‘Je vois bien que c’est un tapis. Mais quel genre de tapis ? Il m’a répondu : ‘Précieux.’ En désespoir de cause je me suis tourné vers un touriste turc qui paraissait cultivé et lui ai répété ma question. Il a répondu en souriant : ‘C’est un tapis turc.’ Exeter secoua la tête avec une mimique exaspérée. Polygnotos Meiggs ricana doucement. » (p. 143).

J’ai bien aimé : l’officier de la Sécurité d’État, Ziya Bey, est fan de romans policiers. « […] je me les fais envoyer régulièrement par une librairie de Paris » (p. 167).

Un extraordinaire roman policier, comme je n’en avais pas lu depuis longtemps, dans cette période d’entre-deux-guerres moins connue et très mouvementée ! De l’Histoire, de l’espionnage, de l’aventure, de l’action, un périple à travers l’Europe, une chasse au trésor… dangereuse !, de l’humour aussi : je ne connaissais pas la plume de Romain Slocombe mais je vais lire d’autres titres, c’est sûr, et en particulier le début des aventures de Ralph Exeter, Première station avant l’abattoir paru au Seuil en septembre 2013. L’auteur s’est bien documenté pour ce roman, un roman à l’ancienne, avec une ambiance, avec un bon verre de temps en temps, des personnages hauts en couleur et des descriptions réalistes, ça me plaît !

Pour les challenges Polar et thriller et Une lettre pour un auteur (lettre S).

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Throwback Thursday livresque #46

Nouvelle participation pour le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose, avec de nouveau un chouette logo.

Le thème de ce jeudi 31 août est « Du bruit pour rien (un livre que tout le monde a aimé mais pas moi) ». Il est difficile de dire que tout le monde a aimé car, comme on le sait, rien ne peut plaire à tout le monde et il y en a toujours quelques-uns – voire plusieurs – à ne pas aimer et à le dire, et c’est tant mieux, ça fait avancer le Schmil… bon sang comment ça s’écrit ? Le Schmilblick !

Récemment, j’ai lu deux premiers romans de la rentrée littéraire (du début d’année) dans le cadre des 68 premières fois – 2017 et ces romans ont bien plu à plusieurs des participants mais pas à moi… À tel point que j’ai du mal à rédiger mes notes de lectures… Que finalement je vous livre ici !

De la bombe de Clarisse Gorokhoff paru chez Gallimard, collection Blanche, en mai 2017 (272 pages, ISBN 978-2-07272-385-8).

Ophélie, une Française de 25 ans qui vit en Turquie, dépose une bombe à l’Hôtel Four Seasons Bosphorus. « Le monde sera une donnée inconnue, un horizon frémissant. » (p. 11). Une bombe artisanale fabriquée par son amie, Derya, une jeune femme kurde dont le frère a été arrêté par la police turque. « Je vais me coucher sans somnifère, on verra bien dans quel monde je me réveillerai. » (p. 57). Ce roman, c’est de la bombe à ce que j’ai pu lire sur des blogs et sur FB… Ah bon ?! Je dirais que c’est un roman insipide, sans queue ni tête, qui se termine en road movie invraisemblable avec le cadavre de l’homme qu’elle a aimé dans la voiture… Qu’a voulu (dé)montrer l’auteur ? Parce que là, la morale de ce récit est que, en Turquie, il est possible de tout faire sans être ennuyé par la police, ou si peu, il reste toujours la fuite ! En plus il y a une histoire incompréhensible avec un bébé mouette et un chat (p. 229-231) : laissons la mouette et le chat à Luis Sepúlveda, s’il vous plaît ! Un roman qui m’a profondément ennuyée, que je me suis forcée à lire jusqu’au bout malgré ses presque 300 pages et que je ne conseille pas du tout : si vous êtes intéressés par la Turquie, lisez plutôt de la littérature turque !

Le cœur à l’aiguille de Claire Gondor paru chez Buchet-Chastel, collection Qui vive, en mai 2017 (96 pages, 10 €, ISBN 978-2-283-03054-7).

Leïla coud sa robe de mariage, une robe constituée des lettres de son fiancé, Dan, « parti au loin ». « Concentrée sur son ouvrage, les yeux rivés sur la pointe de l’aiguille, Leïla s’apaisait enfin. Ses pensées cessaient de s’éparpiller à tous vents. Aiguille, fil, papier, il suffisait de se laisser bercer par la cadence de ses gestes vifs. « (p 13). « Cinquante-six carrés blancs éparpillés sur le guéridon. Cinquante-six bouts de papier barrés de quelques signes. Cinquante-six lettres, à peine, plutôt des haïkus de lettres : une phrase ou deux, une signature, un baiser – les lettres de Dan, plus précieuses que tout. » (p. 19). « La boîte à chaussures qui avait contenu toutes les lettres de Dan se vidait lentement. » (p. 34). Oui, ben, la lecture n’avance pas non plus… ! Que c’est lent, que c’est barbant, heureusement qu’il y a peu de pages ! À chaque lettre, un souvenir, une sensation, une odeur, la fête foraine, l’enfance, leur rencontre, une histoire du pays que sa tante Fawzia racontait (ah oui, Leïla vit en France mais sa famille est originaire d’Afghanistan) avec le thé noir, « amer et rugueux » (p. 58). Ça aurait pu être beau, mais non… « De coudre le chagrin. » (p. 43). C’est moi qui suit chagrin avec ce roman, si pauvre, que beaucoup de lecteurs ont qualifié de sensible, émouvant, délicat, merveilleux, en veux-tu en voilà ! L’auteur donne plein de petits détails inutiles et ne dit rien en fait, elle reste muette sur tellement de choses… Dan est-il un militaire parti se faire tuer dans un pays en guerre ? A-t-il rejoint le camp islamiste pour s’aligner sur la religion d’origine de sa fiancée et ne jamais revenir ? Un livre qui ne dit rien n’apporte rien ; je suis donc passée complètement à côté de la délicatesse présumée de ce roman cousu de fil blanc !

Bien que non appréciés, ces romans vont quand même dans les 68 premières fois – 2017 et le challenge Défi Premier roman.

Le cousin de Mahomet de Nicolas Fromaget

cousinmahometLe cousin de Mahomet de Nicolas Fromaget.

Anacharsis, septembre 2007, 240 pages, 17 €, ISBN 978-2-914777-41-4.

Genres : roman picaresque, conte oriental.

Nicolas Fromaget – les spécialistes ne sont pas sûrs de son prénom – (17..-1759) était un contemporain de Voltaire. Répertorié dans le Dictionnaire des théâtres de Paris en 1767, il a écrit pour le théâtre de l’Opéra comique. Le cousin de Mahomet (sûrement entre 1750-1759) est son dernier ouvrage, plusieurs fois réédité de façon plus ou moins confidentielle et donc plusieurs fois tombé dans l’oubli ! On sait peut de choses sur Fromaget et il n’existe qu’un seul portrait le représentant. Mais on apprend pas mal de choses dans la préface de l’éditeur et dans la postface de Jacques Domenech.

fromagetportraitÀ cause d’une punition qu’il juge injustifiée, un jeune espiègle de 16 ans – plus tard surnommé Parisien l’Écolier – quitte le collège, sa famille et Paris pour l’aventure. Ses pas le conduiront d’abord à Marseille où il rencontre un ami (Dumont) qui rejoint son oncle cuisinier à Constantinople. Il ira donc en Turquie ! On est en 1714. Tour à tour fugitif, marmiton, esclave, apprenti maçon, musicien, employé de maison…, il sera souvent châtié mais jamais châtré ! Et connaîtra charnellement de nombreuses jeunes femmes, toutes plus belles les unes que les autres, à la fois Turques et étrangères (une Géorgienne et une Espagnole entre autres). « Aimé, caressé de la patronne, traité fort humainement par le patron, j’étais le plus heureux esclave de Constantinople. Je jouissais d’une liberté presque entière. » (p. 51). Amour, bonne chère, vin, raffinement, désir et plaisir avec Kakma, Mirzala, Jonquille, Zambak, Nedoüa, etc.

un-mois-un-editeurDeux extraits

« Je l’avais guérie de la manie qu’elle avait d’être battue ; elle avait compris sans peine qu’il était plus gracieux de recevoir des caresses d’un amant que des coups. » (p. 59). Eh oui, au XVIIIe siècle (et certainement avant et après), les femmes turques trouvent normal d’être battues, c’est pour elles un gage d’amour !

« Si Ménekcké m’eut suivi en France, il eut fallu l’épouser. Elle est belle, spirituelle, caressante et extrêmement vive sur le chapitre de l’amour ; mais ce qui rend un amant heureux fait souvent un mari misérable. » (p. 209).

ChallengeClassiquesPereGoriotDes descriptions instructives et réalistes sur l’empire ottoman et la vie à Stamboul au début du XVIIIe siècle mais c’est répétitif, un peu ronflant et les notes en bas de pages sont vraiment très nombreuses… (Bon, je préfère quand même lorsqu’elles sont en bas de page plutôt que tout à la fin). De plus, il n’y a pas de chapitres donc le livre se présente en un seul bloc ! C’est rédhibitoire… Je me suis ennuyée ferme mais je parle quand même de ce livre car je devais le présenter dans le cadre de Un mois, un éditeur organisé par Sandrine du blog Yspaddaden – Tête de lecture, l’éditeur choisi pour le troisième mois étant Anacharsis (j’ai donc quelques jours de retard, c’était l’éditeur de décembre…). Je conseille ce Cousin de Mahomet aux lecteurs qui aiment le badinage, les friponneries et le libertinage. Quant à moi, je préfère relire Voltaire !

RaconteMoiAsie2Je le mets dans le challenge Classiques pour décembre car je l’ai lu fin décembre durant la Semaine à lire #1 mais comme j’ai du retard dans la publication de ma note de lecture… Et dans Raconte-moi l’Asie #2 pour la Turquie. Et dans le Défi Premier roman 2017 car, s’il a écrit pour le théâtre et l’opéra, j’ai l’impression que c’est son premier (et seul) roman.