L’ombre des années sereines d’Olivier Martinelli

OmbreAnneesSereinesL’ombre des années sereines d’Olivier Martinelli.

Zinc éditions [lien], collection Béton armé, mars 2015, 32 pages, 6 €, ISBN 978-2-91529-124-7.

Genre : nouvelle.

Olivier Martinelli est né en 1967 à Marseille et vit à Sète. Il est professeur et auteur de romans et de nouvelles. Plus d’infos sur sa page Facebook [lien].

« Tu as déjà entendu battre le cœur d’une ville, fils ? Gabriel n’a pas répondu. Il a seulement fait non de la tête. – Si tu avais entendu ça… De toutes les fenêtres, des balcons, des terrasses… Ce chœur énorme qui montait des entrailles de la ville… Ce signe de ralliement… Ces coups frappés fort… Ça finissait par te rentrer dans le corps. Et ta poitrine, elle se mettait à battre au même rythme. Tous les participants y participaient à l’heure du couvre-feu. » (p. 2).

Un père raconte à son fils Gabriel la ville où il et né, une ville si belle pendant les années sereines mais détruite par la guerre… « Je devenais un étranger dans ma propre ville. » (p. 7). L’armée qui se retourne contre la population, les combats de rue, les bâtiments détruits, la ville en ruine, la survie, le couvre-feu, les actes de résistance (de terrorisme ?). « C’est un péché, je lui dis. […] – Dans une guerre, il n’y a pas de péché ! C’est œil pour œil ! » (p. 11). Et puis le miracle : un enfant qui naît, son enfant, Gabriel, pour lequel il faut rester en vie et donc fuir. L’exil est un déchirement. « On voulait tout prendre, ne rien laisser. C’était peine perdue. On y a tout laissé, finalement, nos maisons, nos morts, nos âmes. » (p. 21).

L’ombre des années sereines est la nouvelle parfaite, courte mais intense. Elle est publiée dans la récente collection Béton armé de Zinc éditions : de beaux livres allongés avec une couverture cartonnée et une jaquette esthétique dans les tons beige, noir et rouge. Je remercie Martine [lien] qui m’a prêté cette nouvelle à la fois violente et tendre. De cette tendresse d’un fils qui veut faire acte de mémoire pour son père et sa ville. De cette tendresse du père qui raconte avec émotion augmentant le lien entre lui, son fils et la ville où il est né mais qu’il n’a pas connue alors que la mère se mure dans le silence. Un style fort et poignant sous la plume d’un auteur considéré comme rock et en tout cas d’une grande sensibilité.

Appel illimité de Julien Martin

Appel-illimiteAppel illimité (secteur de Plo) de Julien Martin.

Zinc éditions [lien], collection Béton armé, mars 2015, 12 pages, 5 €, ISBN 978-2-91529-125-4.

Genre : nouvelle.

Julien Martin a étudié la musique et le chant au Conservatoire de Clermont-Ferrand. Il est auteur, poète, chanteur et compositeur. Il collabore avec Musique en friche, À tue-tête, Djablousto…

« Je ne peux rester chez moi / je sors. Je descends la rue principale du secteur. […] Je deviens fou à force de penser à M. » (p. 1). Un homme déambule dans la ville de Plo, allant de cabine en cabine – malgré le portable dans sa poche – pour joindre une femme, M. Non seulement, il ne peut avoir que le répondeur mais pire : « […] rien, plus de cabine : un emplacement vide, une plaque de ciment au bord de l’allée. » (p. 4). Il continue, traverse des rues, des parcs, et se rapproche de plus en plus de chez M. « Je pense à un alignement de cabines jamais vu. Je m’en réjouis d’avance : les essayer toutes à la file, en pensant à M, en oubliant M. » (p. 11).

La récente collection Béton armé de Zinc éditions « propose des nouvelles où la ville sert de scène au récit » dans un beau format allongé et avec une couverture cartonnée au design soigné. Promenons-nous donc dans la ville de Plo avec Julien Martin et le narrateur au bord de la jalousie ? De la folie ? Appel illimité est sûrement un texte expérimental sur l’amour impossible ? La communication impossible ? Un texte qui se lit avec plaisir, qui emporte le lecteur à travers cette ville et le fait réfléchir sur la vie, sur les relations et le manque de communication. Je remercie Martine [lien] qui m’a gentiment prêté cette nouvelle urbaine rythmée et surprenante.