Tout ce qui est sur Terre doit périr (La dernière licorne) de Michel Bussi

Tout ce qui est sur Terre doit périr (La dernière licorne) de Michel Bussi.

Presses de la Cité, octobre 2019, 608 pages, 22 €, ISBN 978-2-25819-208-9.

Genres : littérature française, thriller.

Michel Bussi naît le 29 avril 1965 à Louviers (dans l’Eure). Il est professeur de géographie et auteur de romans policiers mais Tout ce qui est sur Terre doit périr est son premier thriller. Ce roman est d’abord paru sous le titre La dernière licorne sous le pseudonyme de Tobby Rolland en mai 2017 (aux Presses de la Cité). Plus d’infos sur l’auteur sur son site officiel, https://www.michel-bussi.fr/, et sur ce roman de même.

Aman est avec sa mère sur le mont Ararat et elle reçoit un collier pour ses 10 ans : « C’est le secret transmis par notre plus vieil aïeul, Aman. […] – Il fut le premier à monter jusqu’ici ? – Non, Aman… Non. Il ne monta pas sur l’Ararat. Il en descendit ! » (p. 18).

Zak Ikabi, à la chapelle Sixtine, au Vatican, prépare son plan. « Derrière ces lambris, tous les secrets du monde. Un en particulier. Le Livre d’Enoch. » (p. 41).

Kyrill Eker et ses mercenaires lourdement armés font un carnage dans la cathédrale Sainte-Etchmiadzine, la plus ancienne église chrétienne, qui se situe dans la banlieue d’Erevan. « Ce ne sera pas long. Les clés du reliquaire. Celui qui contient le fragment de l’arche. » (p. 29).

« Zak fut parcouru d’un frisson. Cette aventure ne faisait que commencer, il en était conscient. La course poursuite était engagés. Il avait appris, quelques jours auparavant, l’effroyable massacre dans la cathédrale arménienne Sainte-Etchmiadzine. Les tueurs étaient à la recherche des fragments de l’arche, des extraits du récit d’Enoch sans doute aussi, des preuves, de toutes les preuves. Ils étaient nombreux, puissants, déterminés. Lui était seul. Contre une armée. » (p. 49). Zak se considère comme un Nephilim, un gardien, un protecteur.

Mais, depuis le XIXe siècle, il y a comme une malédiction sur ceux qui recherchent l’arche de Noé au mont Ararat : « assassinés, disparus, agressés, au mieux dépouillés de leurs biens. Un incroyable cumul de coïncidences. » (p. 90-91). « Désinformation. Disparition. Mort. […] Quelle était la part de superstition ? De réalité ? De hasard ou de complot ourdi au fil des décennies pour protéger un secret immémorial ? » (p. 91).

Mais d’après un rapport (RS2A-2014) du DIRS rédigé par Cécile Serval et Arsène Parella, les glaces de l’Ararat vont fondre… Les glaces de l’Ararat, c’est « Huit cent mille mètres cubes. Et […] si la communauté internationale ne réagit pas, dans quelques décennies, ces mètres cubes de glace n’existeront tout simplement plus. » (p. 107). Poursuivis par les tueurs de Kyrill, mandatés par Cortés (un fou furieux avec son théorème !), les deux scientifiques français vont devoir suivre Zak contre leur gré.

Le roman fait aussi des excursions dans le passé. 4371 avant J.-C., nord de la Mésopotamie. « Les hommes sont plus forts que les animaux. C’est cela l’important, Gana. Nous sommes les dieux ! » (Bilik à sa jeune sœur, p. 195).

Connaissiez-vous la république autonome de Nakhitchevan ? Moi non, mais j’ai vérifié, elle existe vraiment ! Elle se situe dans le Caucase aux frontières arménienne, turque, iranienne, azérie et elle est autonome mais pour des raisons administratives, elle dépend de l’Azerbaïjan. Cette région est peuplée de Kurdes mais pas que, elle est cosmopolite.

Et le Parlement mondial des religions ? Il existe aussi, et même depuis 1893 ! Je n’en avais jamais entendu parler ! Il rassemble des représentants de toutes les religions du monde. En fait, il a été recréé en 1993 et ses représentants luttent aussi pour des questions écologiques comme le climat.

Bref, Tout ce qui est sur Terre doit périr est en tout point un thriller : Michel Bussi, en bon conteur, balade son lecteur de l’Arménie au Vatican, de la Russie (Kaliningrad) à la France, de Hong Kong au Nakhitchevan, de la Turquie au mont Ararat, tout ça en près de 600 pages (en plus de 760 pages si vous avez l’édition poche de Pocket parue en octobre 2019), le tout en restant tranquillement dans son fauteuil ou son canapé. L’auteur, professeur et géographe, explique dans un avant-propos que les situations historiques, géo-politiques et religieuses sont vraies, il a simplement fictionnalisé quelques personnages pour relier tout son récit.

Je ne dirais pas que c’est un thriller ésotérique car il est différent des autres thrillers ésotériques (que j’ai lus), il est plus profond au niveau religion et plus marqué histoire et politique y compris avec le Parlement mondial des religions qui essaie de tirer les ficelles ou avec les peuples qui habitent dans le Caucase (on apprend pas mal de choses sur les Arméniens et les Kurdes et on comprend pourquoi ils ont été – et sont encore – persécutés). C’est que plusieurs secrets sont bien gardés, au Vatican ou ailleurs, et que tous veulent qu’ils le restent ! C’est noir, c’est intrigant, c’est dépaysant aussi, et le lecteur s’instruit en lisant donc c’est plus qu’une lecture loisir vite lue vite oubliée. D’ailleurs, par rapport à l’ancien titre, La dernière licorne, c’est que si sur les cinq continents, il existe une légende du déluge, il existe aussi une légende de la licorne parce que la licorne existe, si si ! Licorne signifie unicorne, eh bien, dans la Préhistoire il y a eu tsintaosaurus, dans l’Antiquité l’ibex et plus proche de nous le rhinocéros, le narval et même des chèvres ! Vous ne me croyez pas ? Lisez ce thriller et faites quelques recherches !

Et voici un extrait du Livre d’Enoch. « Je fus enlevé ainsi jusqu’au ciel, et j’arrivai bientôt à un mur bâti avec des pierres de cristal. Des flammes mobiles en enveloppaient les contours d’un palais grandiose. Ses toits étaient formés d’étoiles filantes et d’éclairs de lumière. » (p. 322). Délire du grand-père de Noé ? Ce texte (devenu apocryphe, mais il existe réellement et il est consultable librement sur Internet) a été rédigé il y a environ 5 000 ans et on a comme l’impression de lire un récit contemporain sur quelqu’un qui expliquerait avoir été enlevé par des extra-terrestres, incroyable !

Trois extraits que je veux garder

« Ils sont les gardiens, je suis le conservateur. » (Parastou Khan, p. 357).

« Notre réussite est plus importante que tout ce que vous pouvez imaginer. Pas seulement pour le Kurdistan… Pour… Pour l’ensemble de l’équilibre du monde ! […] Tel est le véritable objectif des Nephilim, Cécile : protéger un secret qui fait tenir le monde en équilibre. Une clé de voûte. Enlevez cette pierre, tout s’effondre… » (Yalin, p. 439).

« Avant ces cinq siècles de guerre, se lamentait un vieil édenté, le Kurdistan était la plus riche de toutes les régions d’Asie occidentale. Trop riche, même ! Pétrole. Eau. Vallées et vergers. Trop de convoitises pour les voisins ! C’est pour cela qu’on a écartelé le Kurdistan en quatre pays. Avec la complicité de la France et de l’Angleterre, d’ailleurs professeur… Arsène acquiesça – D’un point de vue historique, je suis entièrement d’accord avec vous. » (p. 458).

Un roman trépidant que je mets dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Contes et légendes 2020 (pour l’arche de Noé et surtout les licornes).

Euh… j’avais oublié le challenge Polar et thriller 2019-2020 !

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