La princesse au visage de nuit de David Bry

La princesse au visage de nuit de David Bry.

L’homme sans nom, collection Fantastic, octobre 2020, 280 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-918541-72-1.

Genres : littérature française, roman policier, fantastique.

David Bry naît en région parisienne mais vit dans plusieurs régions de France. Sa passion depuis l’enfance : la lecture. Il écrit sa première nouvelle à 9 ans et son premier roman à 12 ans. Son domaine de prédilection : l’imaginaire avec excursion dans le policier. Invité aux Imaginales 2019, il est leur coup de cœur et vous pouvez consulter sa bibliographie (chez plusieurs éditeurs). Du même auteur chez L’homme sans nom : Que passe l’hiver (2017).

Il y a vingt ans, Hugo Pelletier a quitté son village natal. Il y revient pour l’enterrement de ses parents morts dans un accident de la route. Il y retrouve le père Legrand, Anne Pirier qu’il a connue enfant et qui est maintenant gendarme et la mère de la jeune femme devenue alcoolique. « Puissiez-vous brûler, en enfer, murmura-t-il. » (p. 15) alors que le curé dit « Que Dieu vous pardonne, s’il le peut. » (p. 15).

Qu’ont bien pu faire les parents de Hugo ? La vieille Lisenne dit que « la princesse au visage de nuit […] s’est réveillée. » (p. 16). Et cette vieille légende semble mettre en émoi tout le village de Saint-Cyr alors que Sophie Pirier et Pierre Sitret ont disparu il y a vingt ans. « Lisenne. La sorcière. Celle qui connaît les histoires et les légendes. » (p. 122). En tout cas, les freins de la voiture du couple Pelletier ont été sabotés et les empruntes retrouvées sont celles de leur fils, Hugo ! Comment est-ce possible ? Suspecté, le jeune homme n’a pas le droit de retourner à Paris alors qu’un de ses amis proches a fait une tentative de suicide.

Anne croit Hugo innocent et elle continue toujours d’enquêter sur la disparition de sa sœur aîné, Sophie. « Tu crois que la mort de mes parents pourrait être liée à ce qu’il s’est passé il y a vingt ans ? » (p. 66). L’enquête – qui ne dure que dix jours avant le solstice d’été – va être douloureuse et faire remonter à la surface des choses bien désagréables… et bien extraordinaires ! « Ils croient que les légendes sont des contes pour enfants, l’interrompt-elle, qu’il n’y a rien de vrai dans ces histoires. Les imbéciles ! » (p. 233).

Je veux d’abord parler de l’édition qui est très soignée, ce n’est pas que le roman soit illustré mais presque : il y a des branches à chaque nouvelle partie et à chaque nouveau chapitre, c’est vraiment joli, et le lecteur a l’impression d’être, comme le village, entouré de forêt (qui est parfois terrifiante). Ensuite, au sujet du roman, j’ai aimé cette fusion des genres, policier et fantastique, il y a une ambiance un peu malsaine, une certaine noirceur, une sacrée brochette de personnages (euh… un peu biscornus) et c’est une belle réussite. C’est la première fois que je lisais David Bry et sûrement pas la dernière ! Et vous, avez-vous déjà lu cet auteur qui sait très bien lier le passé et le présent, la légende et le réel ? La princesse au visage de nuit est rythmé, dense et tragique, un véritable page turner. Hugo va apprendre qu’il est possible de survivre aux traumatismes de l’enfance.

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 8, lu en un week-end), Contes et légendes #3, Littérature de l’imaginaire #9, Polar et thriller 2020-2021.

Challenge Contes et légendes 2021 avec Bidib

Troisième édition pour le Challenge Contes et légendes 2021 organisé par Bidib auquel je m’inscris avec plaisir après avoir participé aux éditions #1 – 2019 (10 billets) et #2 – 2020 (16 billets).

L’objectif est de continuer de (re)découvrir les contes et légendes du monde entier, ceci du 1er janvier au 31 décembre 2021.

Infos, logo (c’est le même) et inscription chez Bidib + formulaire pour déposer les liens + la page FB + le groupe FB + le compte Instagram (avec un défi, un thème par semaine, logo et thèmes ci-dessous mais je ne suis pas sur Instagram).

Logo pour le défi Instagram

Il y a 4 paliers (et je choisis pour l’instant le premier car je préfère augmenter doucement mais sûrement dans l’année) :
Au coin du feu = de 1 à 5 chroniques
Arbre à palabre = de 6 à 10 chroniques
Troubadour = de 11 à 20 chroniques
Grand conteur = plus de 20 chroniques

Thèmes pour le défi Instagram

Et 12 thématiques mensuelles facultatives (pas sûre de les suivre, je lis un peu au hasard) :
Janvier : légendes arthuriennes
Février : contes en cuisine avec Des livres (et des écrans) en cuisine
Mars : contes et légendes d’Amérique
Avril : anges et démons
Mai : mythologies grecque et perse avec Cette année je (re)lis des classiques
Juin : contes et légendes au jardin
Juillet : contes et légendes d’Inde avec Les étapes indiennes
Août : contes slaves
Septembre : contes et légendes de Chine
Octobre : pour Halloween, sorcières, fantômes et monstres en tout genre
Novembre : contes tziganes
Décembre : contes de Noël

Mes lectures pour ce challenge

1.  La princesse au visage de nuit de David Bry (L’homme sans nom, 2020, France) – > légende médiévale forestière

2. Le Gel craquant d’Alexandre Afanassiev (Imago, 2009, Russie) – > conte russe collecté au XIXe siècle

3. Les histoires du Petit Renaud de Léopold Chauveau (Gallimard, 1927, France) – > contes animaliers français du début du XXe siècle

4. Histoire d’une baleine blanche de Luis Sepúlveda (Métailié, 2019, Chili) – > légendes mapuches

5. Le Liseron illustré par Walter Crane et Edmund Evans (Hachette, 1874, Angleterre) -> conte classique avec une bergère et un prince

6. La hache d’or de Fang Yuan et Yang Yongqing (Éditions en langues étrangères, Chine) – > conte chinois

La fuite en Égypte de Selma Lagerlöf

La fuite en Égypte de Selma Lagerlöf.

In La Revue Bleue tome 15 n° 1, 1901, (p. 549-551), traduit du suédois par L.H. Havet.

Après avoir vu le documentaire sur Selma Lagerlöf, j’ai trouvé cette légende qu’elle a écrite.

Une légende qui parle d’un palmier « extrêmement âgé et extrêmement haut » dans un désert d’Orient. Alors qu’il contemple « l’étendue du désert », il aperçoit deux voyageurs, deux étrangers, un homme et une femme. « En vérité, dit le palmier se parlant à lui-même, voilà des voyageurs qui viennent ici pour y mourir. » C’est que « La mort les attend ici sous sept formes différentes, pensa-t-il. Les lions les dévoreront, les serpents les piqueront, la soif les desséchera, le sable de l’ouragan les ensevelira, les brigands les massacreront, le feu du soleil les consumera, la peur les anéantira. » Mais… Mais, c’est impossible : ils ont avec eux un petit enfant ! Ce sont sûrement des fugitifs. « Mais ce n’en sont pas moins des insensés, poursuivit le palmier. S’ils n’ont pas un ange pour les protéger, il eût mieux valu pour eux s’abandonner à la fureur de leurs ennemis que de s’enfuir au désert. »

Et le palmier, qui a dans les mille ans, se souvient d’une visite ancienne à l’oasis : « la reine de Saba et le sage roi Salomon ». Mais, maintenant, l’oasis est tarie et les fugitifs n’y trouveront rien à boire…

Une légende inspirée de La fuite en Égypte (Évangile selon Matthieu) comme un miracle de Noël que je mets dans Décembre nordique et le challenge Contes et légendes #2.

Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 24.

Le dit du Mistral d’Olivier Mak-Bouchard

Le dit du Mistral d’Olivier Mak-Bouchard.

Le Tripode, août 2020, 360 pages, 19 €, ISBN 978-2-37055-239-6.

Genres : littérature française, premier roman.

Olivier Mak-Bouchard… Très peu d’infos sur lui ! Il grandit dans le Luberon et vit maintenant à San Francisco. Le dit du Mistral a reçu le Prix Première Plume 2020.

Le prologue raconte un moment de l’origine. Dieu se repose le septième jour mais fait venir à lui les 4 éléments – la Terre, le Feu, l’Eau, l’Air – pour qu’ils créent quelque chose (nan mais, oh, faudrait pas faire les faignants !). Le dialogue entre Dieu et les éléments est truculent. « Parfait, parfait. Là, je crois qu’on commence à tenir quelque chose. Oui, avec cette règle du trois, six, ou neuf, je pense qu’on tient le bon bout. Avec ce calcaire, cet ocre, ce Calavon et maintenant ce Mistral, oui, ça commence à prendre forme, réfléchit-il à haute voix. Que le Luberon soit, ordonna le Créateur. Et le Luberon fut. » (p. 19).

Les personnages. Un chat errant, blanc avec des pattes noires, surnommé Le Hussard. Un voisin, monsieur Sécaillat (Paul) et son épouse Mireille qui souffre d’Alzeihmer. Et le narrateur, paysan, et, comme son épouse Blanche part deux mois au Japon pour son travail, il va pouvoir bidouiller tranquillement – et clandestinement – avec son voisin !

Après un violent orage, monsieur Sécaillat vient chercher son voisin alors qu’ils ne sont pas spécialement proches. « Venez, y a quelque chose qu’y faut que je vous montre, m’annonça-t-il calmement. » (p. 32). Dans un champ qui sépare les mas des deux hommes, un « mur était éboulé sur 4 ou 5 mètres » (p. 34) et « Il y avait des cailloux qui n’en étaient pas, des tessons de terre cuite, des bouts de poterie. » (p. 34).

Ces objets semblent très anciens mais monsieur Sécaillat ne veut pas que quelqu’un vienne sur son terrain pendant des mois voire des années. « Le simple fait que l’État oui qui que ce soit d’autre puisse s’arroger la propriété de son sol était hors de question. Le priver de son lopin de terre était comme lui couper un bras. » (p. 37).

Les deux hommes décident donc de creuser eux-mêmes et de ne rien dire à personne de leurs découvertes. Ils trouvent plein de pièces différentes que monsieur Sécaillat tente de remonter comme un puzzle et à plusieurs mètres de profondeur, une source d’eau ferrugineuse comme en Auvergne ! Autant dire, une source miraculeuse.

Heureusement que les mots et expressions en provençal sont traduits en bas de page.

« Surprise de fin d’année au musée municipal. » (p. 131).

« À ce stade de l’histoire, le lecteur peut décider de s’arrêter : il aura alors lu un joli conte de Noël provençal, ce qui n’est déjà pas donné à tout le monde. Mais s’il choisit de continuer sa lecture, il faut le mettre en garde. Il doit se rappeler que les légendes, si elles sont racontées pour faire rêver, introduire une part de mystère dans un monde terne, sont aussi racontées pour expliquer l’incompréhensible, démêler l’indémêlable. Il devra garder à l’esprit que toutes les légendes, sans exception, ont un fond de vérité. On ne sait jamais de quoi il retourne exactement. La part du vrai, la part du faux, bien malin celui qui arrive à les démêler. » (p. 161).

Autant vous dire que j’ai continué ce roman enchanteur et que c’est un coup de cœur. Lisez-le et vous serez transportés en Provence parmi les contes et les légendes ; offrez-le aussi et vos proches vous en seront reconnaissants ! C’est drôle, c’est enlevé, c’est génial ! Il y a les légendes du Mistral, du Cabro d’or (la chèvre d’or), Hannibal et ses éléphants, les Albiques et leurs toutouros, des balades dans la garrigue et au Mont Ventoux…

Je mets cette excellente lecture dans les challenges Animaux du monde #3 (pour le chat, Le Hussard) et Contes et légendes #2. Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 20.

Éloquence de la sardine de Bill François

Éloquence de la sardine : incroyables histoires du monde sous-marin de Bill François.

Fayard, octobre 2019, 224 pages, 18 €, ISBN 978-2-21371-294-9.

Genres : littérature française, essai, document, témoignage.

Bill François est scientifique, spécialiste du monde marin. Il est aussi un grand orateur (vidéos ci-dessous sur le livre) et a gagné le premier concours d’éloquence du Grand Oral de France2.

Lorsqu’il était enfant, en vacances au bord de la mer Méditerranée, Bill François observait « les crabes verts aux perruques d’algues, les crevettes translucides, les bigorneaux cracheurs de bulle, et même les anémones écarlates que je n’osais pas toucher […]. » (p. 10). Un jour, il rencontre une sardine et sa vocation de scientifique naît : l’envie de savoir comment les êtres marins communiquent, comment ils ressentent le monde. Adulte, il étudie donc l’hydrodynamique et la biomécanique.

Ce livre est un monde tellement inconnu (à part les documentaires que j’ai vus) pour moi qu’il m’a passionnée ! Bill François, en plus d’être un excellent orateur, est aussi un excellent conteur qui raconte des histoires vraies et des légendes (parfois les deux sont liées). Il y a une petite sardine qui accompagne le lecteur tout au long de sa lecture ainsi que de jolies illustrations de l’auteur. « L’océan regorge de ces histoires cachées, des ces êtres craintifs, qui ne demandent pourtant qu’à conter leurs récits. » (p. 36).

Je vais vous dire une chose : je suis contente de ne jamais manger ni mollusque ni crustacé, et très peu de poisson mais après ma lecture je n’ai plus envie du tout d’en manger. Par contre j’ai appris beaucoup de choses en peu de temps (une après-midi de lecture, ça se lit comme un roman !) et mon cerveau est rassasié ! Mais trait d’humour : Renaud a raison quand il dit que la mer « les poissons pètent dedans » (épisodes du banc de harengs suédois, p. 48-51).

Quel surprise que ce livre, conseillé par une amie ! J’y ai appris des choses surprenantes sur les êtres marins quels qu’ils soient, sur la communication, l’entraide, le partage ou pas, les poissons nettoyeurs avec des techniques commerciales (et les faux poissons nettoyeurs !), la transmission d’une culture (baleine) ou pas (poulpe) : « passation de savoir acquis, et non inné, véhiculé par la pédagogie et non par l’instinct » (baleines du golfe du Maine, p. 76).

Parfois (souvent ?), la légende rejoint la réalité : les méduses et le corail (p. 54-59), le pêcheur indonésien et son énorme perle d’huître (p. 82-84), le mollusque hillazone et le tekhelet (hébreu) à la fois noir, bleu et vert (p. 86-91), la nacre et la Toison d’or (p. 96-101).

Surprenant, passionnant, ce livre qui est à la fois un document scientifique et un recueil de témoignages, est surtout un très bel essai littéraire digne d’un roman ! Un beau livre à offrir même.

En plus, c’est drôle : saviez-vous que Gérard de Nerval « à la fin de sa vie victime de crises de folie » (p. 95) prit un homard comme animal de compagnie et le promenait en laisse (un ruban bleu) dans Paris ? « J’ai le goût des homards, disait le poète. Ils sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer… et n’aboient pas. » (p. 95).

C’est historique (attachez-vous bien !) : les Vikings mangeaient de la morue séchée grâce à Vinlandia (p. 108-113) et ils transmirent leur secret aux pêcheurs basques qui allèrent pêcher le cabillaud à Vinlandia (Terre Neuve et Nouvelle-Écosse plus précisément) dès 1390 ! « Ils avaient découvert un nouveau continent, mais surtout un incroyable coin de pêche à la morue, dont ils gardèrent le secret ; seule une poignée de cartes de l’époque en fait mention. Un bon coin de pêche ne se partage pas. Cent ans plus tard, quand les caravelles de Christophe Colomb prirent le large, leurs cales étaient déjà remplies de morue séchée, pêchée par les Basques en Amérique. » (p. 110) ! Et écologique : malheureusement, la belle histoire s’est transformée en catastrophe à cause de la surpêche et le cabillaud a quasi disparu… « À un rythme de deux millions de tonnes capturées chaque année, la merveilleuse abondance qui avait nourri l’humanité pendant six siècles s’effondra en une décennie. » (p. 112)…

Ce livre n’est donc pas qu’un recueil d’histoires amusantes et de légendes… Il y a aussi des faits réels historiques et des histoires émouvantes (tristes) comme celle de l’anguille Åke à Bantevik, un village suédois (p. 138-140) ou l’amitié entre l’orque Old Tom et George Davidson à Eden, en Nouvelle-Galles du Sud, Australie (p. 184-188).

« La mer nous parle. Pour que le dialogue soit plus complet, pourquoi ne pas lui répondre ? » (p. 177).

Une très belle lecture, enrichissante, différente de mes lectures habituelles, que je mets bien sûr dans Animaux du monde #3 mais aussi dans Challenge du confinement (case Essai), Contes et légendes #2 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal).

Deux vidéos (courtes) : remarquez l’humour et le sens de la poésie !

L’edda poétique

L’edda poétique, textes présentés et traduits par Régis Boyer.

Fayard, janvier 1992, 686 pages, 34,50 €, ISBN 978-2-21302-725-8.

Genres : littérature scandinave, poésie, classique, fantastique.

Régis Boyer naît le 25 juin 1932 à Reims. Il étudie le français, la philosophie et l’anglais (licences), les lettres modernes (agrégation) et les lettres (doctorat). Il devient enseignant universitaire de français (Pologne, Islande, Suède). Puis professeur de langues, de littératures et de civilisation scandinaves à la Sorbonne et directeur de l’Institut d’études scandinaves de la Sorbonne. Il est linguiste, auteur, traducteur et membre du comité scientifique de la revue Nordiques (créée en 2003). Il meurt le 16 juin 2017 à Saint Maur des Fossés.

Ces textes plutôt islandais mais aussi norvégiens sont traduits du norrois. Le vieux norrois (ou vieil islandais) « correspond aux premières attestations écrites d’une langue scandinave médiévale » (source Wikipédia). Le vieux norrois « désigne la langue du Danemark, de la Norvège et de la Suède ainsi que des colonies scandinaves comme l’Islande pendant l’âge des Vikings (vers 750-1050), le haut Moyen-Âge et le Moyen-Âge central (vers 1050-1350) » (source Wikipédia).

Les Vikings de Norvège font des excursions en Islande, Angleterre et Suède. Les Vikings, c’est « rapts, pillages, tueries, batailles, abordages, beuveries » (p. 68) mais c’est aussi des sagas et de la poésie (edda).

Pourquoi ces textes sont plutôt islandais ? « Ce qu’il importe absolument de ne jamais oublier dès que l’on aborde la mythologie nordique à travers les seuls textes islandais qui nous la révèlent […] (p. 70). J’en déduis que les anciens scandinaves (qui parlaient donc le norrois) n’écrivaient pas à part les Islandais. Mais il y a quelques eddas norvégiennes comme l’edda d’Egill, fils de Grímr, enfant précoce, poète, grand guerrier viking et magicien (runes).

Les eddas, ce sont deux manuscrits du XIIIe siècle mais les histoires racontées se déroulent entre le IXe et le XIe siècles. Le premier rédigé en 1230 est un « manuel d’initiation à la mythologie nordique destiné aux jeunes poètes » (p. 71). Edda signifierait « aïeule, et donc mère de tout savoir » (p. 71) mais il existe deux autres étymologies. Et fin du XIIIe siècle (original rédigé entre 1210 et 1240), le « Codex Regius » qui « contient les grands poèmes nordiques sacrés et héroïques » (p. 73) soit « edda poétique » ou « edda ancienne ».

Issus de la tradition orale (Ixe-Xe siècles), ces poèmes en norrois ont parfois été retranscrits au XIIIe siècle avec des erreurs, des oublis… « Il est évident qu’avant d’avoir été rédigés ces poèmes ont couru de bouche à oreille pendant des siècles, avec toutes les incompréhensions, tous les ajouts, refontes, interpolations et déformations que cela suppose. » (p. 73-74). Certains poèmes étaient récités ou chantés.

Alors les Vikings, des barbares ? Dans certains cas oui, mais leur poésie est délicate, subtile, rigoureusement construite même si je n’ai pas tout compris avec les termes techniques !

Les eddas, c’est partir à la découverte des hommes mais aussi des géants, des nains, des alfes (esprits des morts), des valkyries, etc. Fertilité, culte phallique, famille et vie quotidienne, sagesse, héroïsme, surnaturel, etc. C’est tout ça les eddas.

« Jeune, je fus jadis. / Je cheminai solitaire ; / Alors je perdis ma route ; / Riche je me sentis / Quand je rencontrai autrui : / L’homme est la joie de l’homme. » (strophe 47 p. 177 de Les dits du Très-Haut), « un des plus beaux thèmes, des plus positifs aussi, des Hávamál » (note p. 177).

Il y a quelques noms connus comme Ódinn, Thórr, Loki, Freyja (déesse)… mais sinon je dois avouer que la lecture fut difficile avec tous ces noms ! Heureusement qu’il y a des notes en bas de page ! Si les notes avaient été en fin de volume, leur lecture eut été impossible… Les Vikings furent une grande civilisation européenne antique (de langue indo-européenne) mais je dois admettre mon inculture…

« Pour revenir une fois encore sur l’idée centrale de ce livre, je retrouve ici, par excellence, ce composé qui me paraît tellement caractéristique , de réalisme (voyages en mer, expéditions vikings), de mystère (valkyries et métempsychoses) et d’art élaboré qui en est la marque. » (p. 281). Il y a la création du monde, le grand arbre Yggdrasill, les prouesses de Thórr, etc.

une des prouesses de Thórr : « Indomptable arriva / Au thing des dieux / Ayant le chaudron / Qu’avait possédé Hymir ; / Et chaque automne, / Les dieux suprêmes / Pourront bien boire / La bière chez Aegir. » (strophe 39 p. 436 in Le chant de Hymir).

Pour conclure, je voudrais parler de Ragnarök (un nom connu) : fin du monde ? Fin de ce monde ? « On peut, si on lit ragna rökr, entendre « crépuscule des puissances, des dieux » ; mais la leçon , plus fréquente, ragna rök signifie « destin des puissances », ou, mieux encore, « Consommation du Destin des Puissances » dont le sens est plus satisfaisant. » (p. 501). Donc pas de fin absolue ? « Non, et voici le plus émouvant. Cette mort ne va pas sans transfiguration, une résurrection suit cette apocalypse : « Le temps va ramener l’ordre des anciens jours. » Aux Scandinaves du monde viking, comme à tout l’héritage indo-européen, le néant était inadmissible. […]. » (p. 503).

Ce livre est sur mes étagères depuis 15 ans (ou plus !) et peut-être que je ne l’aurais jamais lu s’il n’y avait pas eu le challenge Les classiques c’est fantastique (poésie en août). La lecture a été difficile, laborieuse même (le livre est gros, lourd et je m’y suis prise en plusieurs fois pour le lire) mais tellement enrichissante ! C’est sûr que ça aurait été plus simple et rapide de lire un petit livre de haïkus japonais anciens ! Mais je vous conseille ces eddas, peut-être des extraits pour se rapprocher un peu de ces voisins scandinaves dont on se sait pas grand-chose à part les polars et quelques séries télévisées policières…

Je mets cette lecture dans Cette année, je (re)lis des classiques, dans le Challenge de l’été (Islande, Norvège), dans Contes et légendes #2 (légendes scandinaves) et dans Littérature de l’imaginaire #8.

L’odyssée de Fulay

L’odyssée de Fulay.

Une légende berbère de l’Antiquité méditerranéenne (du temps où la Berbérie faisait partie de l’empire grec) ; un livret accompagné d’un CD musical.

La légende est contée et illustrée par Elho (Hocine Boukella).

Fulay est un artiste célèbre, ses sculptures sont connues dans le monde entier « jusqu’en Chine ». La déesse de l’Amour, Unisa, s’éprend de lui et de ses œuvres alors Fulay va travailler dans les ateliers célestes ! C’est génial, non ? Eh bien, non ! Fulay s’ennuie et surtout il aime une autre femme ! Unisa, jalouse, rejette Fulay du ciel et il tombe dans la rivière de l’oubli puis arrive sur une île où la population vénère la mort. Fulay veut s’enfuir mais retrouvera-t-il son village et la potière qu’il aime ?

Sur le CD, les titres sont interprétés par Cheikh Sidi Bémol sur des paroles d’Ameziane Kezzar d’après des chants berbères antiques et les musiques sont composées par Hocine Boukella d’après des musiques traditionnelles.

Une belle découverte ; j’ai beaucoup aimé les illustrations.

Pour les challenges À la découverte de l’Afrique et Contes et légendes #2.

Arcadia de Fabrice Colin

Arcadia (l’intégrale) de Fabrice Colin.

Bragelonne, collection Steampunk, septembre 2018, 420 pages (poche), 9,90 €, ISBN 979-10-281-0522-8.

Genres : littérature française, fantasy, science-fiction.

Fabrice Colin naît le 6 juillet 1972 à Paris. Il est auteur de romans et de nouvelles de l’imaginaire (science-fiction et fantasy) et se tourne vers le roman policier et la littérature jeunesse. Il est aussi scénariste pour la bande dessinée et la radio. Bien qu’il publie depuis 1997 et que je connaissais certains de ses titres comme Confessions d’un automate mangeur d’opium ou Big Fan ou La poupée de Kafka, j’ai l’impression que je n’avais jamais lu cet auteur ! Plus d’infos sur son site officiel (consultez plutôt « biblio & co » car le blog n’est plus à jour depuis mars 2017).

Rome, Italie, 23 février 1821. Le poète anglais John Keats meurt près de son ami Joseph Severn. « Les yeux du poète se ferment. Il exhale un dernier souffle. » (p. 17).

Londres, Angleterre, décembre 1872. William Morris et Jane Burden épouse Morris rendent visite à leur ami, le peintre Dante Gabriel Rossetti, un artiste préraphaélite qui a reçu la visite d’un esprit. « L’Esprit a besoin de personnages de votre trempe, Gabriel. […] Il m’a parlé de John Keats, poursuit Rossetti. Du rôle que John Keats pouvait exercer sur nos œuvres, de son esprit immortel. Je n’ai pas eu le cœur de le contredire […]. Soyez ses chevaliers, m’a-t-il confié encore. Vous seuls pouvez soutenir son âme, vous seuls pouvez l’aider à revivre. Pour qu’enfin résonne la musique du sommeil. » (p. 27).

140 ans plus tard, à Paris. « […] tout ce qui formait l’ossature de la société a disparu. Ce qui nous reste ? Une poignée de survivants incapables de comprendre ce qu’ils font là, incapables de savoir s’ils ont été choisis, sélectionnés, élus par quelque chose ou par quelqu’un, ou si tout n’a été qu’en définitive que le fruit du plus complet hasard. » (p. 44). Parmi ces survivants, Alex, Guillaume, Estel surnommée Campa et Gabriel, passionnés de peinture et de poésie. C’est que « Keats est passé dans l’autre monde. […] Le monde des rêves et de la mort. » (p. 59).

Mais Paris est sous les eaux à cause d’une pluie incessante… « Paris est devenue une ville morte, enfin pleinement féerique. Comme si son âme s’était révélée. » (p. 70).

Arcadia est un monde magique, baroque, avec des symboles, des rêves, des légendes arthuriennes… « On n’a pas le droit de se souvenir des morts. Ça nous empêche d’être heureux et ça ne sert à rien pour les gens qui sont partis, étant donné qu’ils ne sont pas vraiment partis : juste figés dans le passé. » (p. 102). Arcadia est-il le monde réel et Ternemonde le monde des rêves voire un monde parallèle ? Fabrice Colin embarque ses lecteurs pour un voyage onirique et mélancolique. « le monde va changer, dans les jours à venir. Il va se modifier considérablement. Toute chose arrive à son terme […] Il est logique que le réalité tente de résister. » (p. 178-179). « […] les souvenirs, les défaites, les souffrances : c’est comme si rien de tout ça n’avait jamais existé. » (p. 275).

En mettant en parallèle passé, présent, futur, légende, réalité, rêve, en parlant de poésie, littérature, peinture, mythologie (nombreuses références), l’auteur montre que les combats que nous menons (contre nous-mêmes, contre les autres, contre le dragon, contre la Nature) sont les mêmes que les combats qui ont déjà été menés et ceux qui seront encore menés. « Nous allons réenchanter le monde, chevaliers. » (p. 302).

Alors, nous lecteurs, réenchantons le monde avec ce diptyque atypique et fusionnant (trop pour certains) ! Cette intégrale réunissant le premier tome, Vestiges d’Arcadia, paru aux éditions Mnémos en mai 1998 (que j’ai trouvé plutôt fantasy) et le deuxième tome, La musique du sommeil, paru aux éditions Mnémos en juillet 1998 (que j’ai trouvé plutôt science-fiction).

Une lecture pour les challenges Contes et légendes #2 (légendes et mythologie arthuriennes en particulier) et Littérature de l’imaginaire #8.

Le livre de M de Peng Shepherd

Le livre de M de Peng Shepherd.

Albin Michel Imaginaire, juin 2020, 592 pages, 24,90 €, ISBN 978-2-22644-293-2. The Book of M (2018) est traduit de l’américain par Anne-Sylvie Homassel.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, premier roman.

Peng Shepherd naît à Phoenix en Arizona où elle vit mais elle a aussi vécu à Beijing, Kuala Lumpur, Londres, Los Angeles, Washington DC et New York (source : son site). Elle est diplômée du NYU MFA (écriture créative et arts). Le livre de M est son premier roman et a reçu le Prix Neukom en 2019 (bien mérité !). Son deuxième roman, The Cartographers, va paraître. Plus d’infos sur son site officiel, http://pengshepherd.com/.

Depuis deux ans, les humains perdent leur ombre puis, plus ou moins vite, perdent aussi leurs souvenirs, leur être intérieur. Beaucoup se suicident ou deviennent dangereux. Ce phénomène est appelé l’Oubli. Mais tout le monde n’est pas touché ; il y a donc des survivants avec leur ombre et des survivants sans ombre. « Pourquoi avait-il fallu que les ombres soient ce lieu du corps où gisent les souvenirs ? Pourquoi l’Oubli épargnait-il certaines personnes ? Et lorsqu’on en était affecté, pourquoi la disparition des souvenirs se produisait-elle à des délais aussi variables ? Et quand cet effacement s’accomplissait, pourquoi la terre elle-même semblait oublier, de même que les hommes ? » (Ory, p. 12).

Dans ce roman de science-fiction, pas d’explosions nucléaire ou bactériologique rendant la Terre inhabitable, pas de zombies ou d’extraterrestres envahisseurs ou de robots détruisant l’humanité. C’est un des points forts du Livre de M : un monde post-apocalyptique totalement différent des autres déjà vus (lus) auparavant. Quoique j’ai pensé, durant ma lecture, à L’aveuglement de José Saramago (écrivain portugais) qui raconte la fin du monde à cause d’une cécité fulgurante (roman paru en 1995 et adapté en un excellent film, Blindness, réalisé par Fernando Meirelles en 2008).

Un autre point fort du Livre de M, ce sont les personnages qui sont vraiment très bien créés et suivis par Peng Shepherd (j’ai vraiment eu l’impression qu’elle aimait chacun d’entre eux) : je ne suis pas restée sur ma fin au sujet des personnages, de leur passé et leur histoire alors que la majorité d’entre eux perdaient la mémoire !

D’ailleurs, revenons au résumé et aux personnages. Le lecteur suit donc quelques personnages principaux, très bien choisis et représentatifs de l’humanité : un Indien – d’Inde, pas d’Amérique – (Hemu Joshi) avec lequel tout commence et sa doctoresse indienne (Avanthikar), un Américain d’origine chinoise (Ory), une Américaine noire (Max), un couple d’homosexuels (Paul et Imanuel), un groupe d’Américains classiques (Ursula et sa bande dans leur van), une Iranienne (Naz) principalement, les chapitres alternant avec l’un ou l’autre.

Il y a d’abord Orlando Li Zhang (Ory) et son épouse Maxine Webber (Max) de Washington : ils sont dans un hôtel en forêt dans le Great Falls National Park, au-dessus d’Arlington (Virginie), pour célébrer le mariage de leurs amis (Paul et Imanuel). Ils apprennent ce qui se déroule à Boston puis dans plusieurs États et, peu à peu, les convives partent. Deux ans après, il ne reste plus qu’Ory et Max mais celle-ci a perdu son ombre depuis 7 jours et il n’y a plus rien à manger… C’est en allant à Arlington qu’Ory rencontre un groupe de 12 personnes dont 4 ont encore leur ombre, conduit par Ursula : ils veulent aller à la Nouvelle-Orléans rejoindre Celui qui Rassemble (il a d’autres surnoms). Mais, lorsqu’il rentre à l’Elk Cliffs Resort, Max a disparu avec son petit magnétophone à cassettes sur lequel elle va s’enregistrer pour garder sa mémoire.

Premier flashback. Mahnaz (Naz) Ahmadi est une Iranienne championne de tir à l’arc. Elle a quitté Téhéran pour Boston où elle s’entraîne pour les Jeux Olympiques. Elle est avec son entraîneur et ses coéquipières lorsque les infos montrent le premier homme sans ombre : Hemu Joshi a perdu son ombre au marché aux épices de Pune en Inde. Or, Boston sera la première ville touchée aux États-Unis.

« Ce qu’on a oublié, ça ne manque pas, non ? » (Max, p. 136). Eh bien, essayez de vivre sans votre mémoire, sans le souvenir qu’il faut manger, dormir ou respirer tout simplement !

Je vais mettre ce roman dans le challenge Les étapes indiennes. Bien sûr Peng Shepherd n’est pas une autrice indienne mais une partie du roman se déroule en Inde où tout commence – ce qui apporte et peu d’exotisme – et se rapporte régulièrement à des légendes indiennes (voir ci-dessous avec Hemu et ARI). C’est que, en Inde, le « Jour sans Ombre » existe vraiment à cause de l’angle de la Terre ; c’est un jour célébré mi-mai, lorsque le soleil est au zénith mais, normalement, l’ombre revient ! « Tous les ans, juste avant midi, d’immenses foules se rendaient sur les parvis des marchés pour attendre le moment où le soleil passait si exactement au-dessus d’eux que leur ombre disparaissait pendant quelques stupéfiantes secondes. » (p. 50). Pas de magie dans cet événement : « Une explication parfaitement scientifique. » (p. 50) sauf si les ombres ne reviennent pas ! J’ai remarqué une petite erreur : un des deux frères de Hemu s’appelle Vinay et quelques lignes plus bas, Vijay… (p. 52).

Deuxième flashback. Peu avant l’Oubli, un Américain de la Nouvelle-Orléans a également perdu la mémoire mais dans un grave accident de voiture. Il est surnommé ARI pour « Amnésie Rétroactive Intégrale ». ARI et le docteur Zadeh se rendent en Inde pour rencontrer Hemu Joshi et la doctoresse Avanthikar. Peut-être pourront-il comprendre ce qu’est l’Oubli et y remédier ? Mais « Il n’y a dans aucun champ de la connaissance humaine quelque chose qui puisse l’expliquer. Psychiatrie, neurologie, physique, biologie… » (docteur Zadeh, p. 214). Hemu, bien qu’amoindri par son état, raconte pourtant à ARI des légendes indiennes (d’où le challenge Contes et légendes #2). D’abord le Rigveda, en particulier la légende de Sanjna qui est tellement aveuglée par son époux bien-aimé, Surya, le Soleil, qu’elle crée une ombre identique à elle, Chaaya, pour la remplacer !

Ensuite (c’est ma préférée), celle de Gajarajan, un éléphanteau sauvé du massacre, et de sa jeune sœur (qu’il n’a pas connue), Manikan qui peint et qui est en liaison avec Gajarajan (d’où le challenge Animaux du monde) : cela prouverait-il que la mémoire peut se transmettre d’un être à un autre même à distance mais… comment ?

En tout cas, de bête curieuse qui attire les journalistes du monde entier, Hemu devient bien malgré lui, cobaye scientifique avant de totalement perdre pieds… Typique de notre société.

Vous êtes bien plongé dans cet incroyable roman ? Alors, en route pour la Nouvelle-Orléans ! Malgré les dangers et même si vous avez oublié pourquoi vous y alliez ! « On le saura bien assez tôt. On y arrivera. » (p. 240).

Ce résumé et cette présentation peuvent vous paraître un peu long mais je voulais vraiment vous parler des personnages principaux et aussi de la complexité et de la richesse de ce roman de science-fiction atypique. Ory aime Max, Imanuel aime Paul, Naz aime sa sœur Rojan, ARI aime l’humanité, mais pourront-il sauver ceux qu’ils aiment ? Amour et violence se côtoient tout au long du roman avant un final ahurissant mais plausible. Et j’avais réellement l’impression d’y être ! Un premier roman innovant, rythmé, exceptionnel !

Je tiens à remercier les éditions Albin Michel Imaginaire car j’ai reçu ce livre avant sa parution [mon billet ici] et, je voudrais dire que faire paraître ce roman après le confinement et une pandémie mondiale, c’est assurément gonflé mais n’hésitez pas à investir dans Le livre de M car c’est une excellente lecture ! Science-fiction mais pas que : vous découvrirez pourquoi lors de la lecture.

En plus des challenges cités dans le billet, je mets bien sûr cette lecture dans Littérature de l’imaginaire #8.

Rivages de Gauthier Guillemin

Rivages de Gauthier Guillemin.

Albin Michel Imaginaire, octobre 2019, 256 pages, 18,90 €, ISBN 978-2-22644-237-6.

Genres : littérature française, fantasy, premier roman.

Gauthier Guillemin est directeur adjoint dans un collège. Il aime lire et voyager. Rivages est son premier roman, et quel roman !

« Un homme au départ. » (p. 17). Cet homme, le Voyageur, quitte la Cité post-apocalyptique, bruyante et polluée, dans laquelle il a toujours vécu. Il s’aventure dans la forêt inconnue et dangereuse, appelée le Dômaine. Il y observe des arbres, des animaux et parfois même d’autres humains dont certains ont des branchies. Rapidement, il se découvre un don : voyager d’arbre en arbre ! Au bout d’un an de voyage, il s’arrête dans le village des Ondins car Sylve, une jeune femme l’attire. Ce peuple, les Thuata dé Dana, est un peuple de la mer « maintenant exilé dans l’immensité verte » (p. 37). Le village, c’est Sráidbhaile ciorclaign le Crann Mór Ard, ce qui signifie « le village entouré d’un grand arbre » (p. 48), un figuier banian qui sert de palissade. « […] il écoutait avidement les contes des temps anciens, l’histoire de ceux qui l’avaient accueilli. » (p. 70).

Quel roman magnifique ! La dualité entre les humains et la Nature est racontée avec une telle poésie ! « Maintenant l’homme est seul, dépossédé de la création, incapable de nommer tout ce qui vit sur la surface de la Terre. La nature s’est recréée sans lui, sans qu’il puisse la contrôler, tout occupé qu’il était de lui-même. Il s’est mis au ban de la création et nul Dieu ne vient l’aider, car l’homme ne le veut pas, il enrage, il est seul, il a peur, il ne compte plus pour rien. » (p. 75). C’est que ce roman de fantasy écologique est post-apocalyptique, proche ou lointain dans le futur mais la civilisation des êtres vivants (humains, ondins, nains, etc.) n’est plus du tout la même que celle que nous connaissons et il y a partout beaucoup de verdure.

Mais, revenons au village des Ondins. Le Voyageur, humain, étranger, va-t-il être accepté par le Conseil des Anciens et les villageois ? D’autant plus qu’il y a du danger : les Fomoires (un peuple violent) rôdent… Krûll, le vieux nain, (je l’aime bien, ce personnage) est le père de Dinnâ Trich Krûll Nyssach, surnommée Sente car elle arpente la forêt ; elle est moitié naine (Krûll) moitié Ondine (Nyssach) : c’est avec elle que va travailler le Voyageur pour faire ses preuves.

Le roman aurait pu être titré Le Voyageur ou Le Dômaine ou La quête de… mais « Je veux revenir aux rivages qui ont vu naître nos ancêtres. » (Quentil, p. 156). Quels sont-ils ces rivages ? Où sont-ils ? La mer existe-t-elle toujours ? Une nouvelle quête pour le Voyageur ? Quentil, lui, veut partir en quête des origines de son peuple, les Ondins. « Un poète a dit que l’homme en voyageant mesurait son infini sur le fini des mers. Au temps où les terres étaient toutes recensées, seul les désirs de l’homme restaient sans limites. Je me demande si cela a changé. – Je comprends ce que tu veux dire, acquiesça Quentil, nous voulons toujours aller plus loin, toujours voir de nouvelles choses et peut-être que je pourrais perdre de vue le sens même de mon voyage. » (p. 157).

Ce roman de fantasy, post-apocalyptique, est un conte, une quête avec une grande importance du merveilleux : j’ai beaucoup aimé ce mélange des genres ; ce roman est incroyablement beau, agréablement rythmé et ambitieux (au niveau littéraire). Le tome 2, La fin des étiages, était annoncé pour le 25 mars 2020. Je ne pensais pas qu’il y aurait un deuxième tome mais comme j’ai hâte de le lire !

Pour les légendes et les contes des Thuata dé Dana, je vais mettre ce roman dans le challenge Contes et légendes. D’ailleurs, ce roman interroge le lecteur : les contes, les légendes, les mythes sont-ils utiles, indispensables aux humains ? Je le mets aussi dans les challenges Littérature de l’imaginaire #8 et Printemps de l’imaginaire francophone 2020 (je suis un peu à la bourre, le challenge se termine le 1er juin… J’ai lu 3 ou 4 autres romans qui entrent dans ce challenge mais je ne sais pas si je pourrai publier les notes de lectures avant cette date… En tout cas, si je dois publier une seule note de lecture, c’est bien Rivages !).

Ils l’ont lu (et apprécié ou pas) : Aelinel Ymladris, le Bibliocosme, Célindanae, le Chroniqueur, Feydrautha (L’épaule d’Orion), l’Ours inculte, Lutin82 (Albédo), Les Pipelettes, Xapur. entre autres.