Le Gel craquant d’Alexandre Afanassiev

Le Gel craquant d’Alexandre Afanassiev.

In Contes populaires russes, tome 1, Imago, janvier 2009, 384 pages, 28 €, ISBN 978-2-84952-071-0. Traduit du russe et présenté par Lise Gruel-Apert.

Genres : littérature russe, conte.

Alexandre Nikolaiévitch Afanassiev (Александр Николаевич Афанасьев) naît le 11 juillet 1826 à Bogoutchar (oblast de Voronej, Russie). Il aime la lecture depuis l’enfance (bibliothèques de son père et de son grand-père) et les contes que lui racontent ses nourrices. Il étudie le Droit à Moscou, écrit des articles (littéraires et politiques) et des livres (histoire, mythologie, folklore…) puis devient professeur avant d’être employé « aux Archives centrales du ministère des Affaires étrangères de Moscou » (introduction, p. 14) de 1849 à 1862. Il meurt le 23 septembre 1871 à Moscou.

Afanassiev est l’équivalent des frères Grimm pour les contes russes puisqu’il a collecté près de 600 contes. « À la fois historien de la civilisation et de la littérature russes, juriste, ethnographe, folkloriste, bibliographe, critique, journaliste, archiviste, étymologiste, connaissant de façon phénoménale presque toutes les langues indo-européennes, Alexandre Nikolaiévitch Afanassiev fut, dans le domaine des sciences humaines, l’un des savants les plus célèbres de son époque. » (introduction, p. 7).

Dans ce premier recueil (il y en a trois en tout) de Contes populaires russes, ce sont les contes d’animaux (62) et les contes du merveilleux (53) qui ont été privilégiés. Ce conte (4 pages), Le Gel craquant, Morozko (Морозко), est dans la deuxième partie, celle des contes du merveilleux. Il existe une variante intitulée Le Gel au nez rouge.

Un vieux et une vieille ont trois filles mais la vieille n’aime pas l’aînée car c’est en fait sa belle-fille. Marthe doit faire toutes les besognes et supporter les remontrances injustifiées de sa belle-mère. « La pauvrette pleurait en silence. Elle s’efforçait par tous les moyens de complaire à sa marâtre et de servir les filles de celle-ci ; mais les filles, qui imitaient leur mère, taquinaient méchamment Marthe, lui jouaient de vilains tours et la faisaient pleurer : c’était même devenu un de leurs jeux favoris. » Un jour, pour se débarrasser de Marthe, la vieille dit au vieux qu’il faut la marier mais en fait elle veut la livrer au Gel craquant, c’est-à-dire l’abandonner dans la forêt de pins enneigés… Le vieux, faible, ne peut qu’obéir à la méchante marâtre. « Reste là à attendre ton fiancé ; surtout, fais-lui bon accueil ! ». Lorsqu’il y retourne le lendemain, non seulement Marthe est vivante mais elle est couverte d’un somptueux manteau et accompagnée d’un « coffre rempli de riches cadeaux ». La marâtre éberluée décide de faire de même avec ses deux filles, Paracha et Macha, mais…

Si la condition de Marthe peut ressembler à celle de Cendrillon, le conte prend une tout autre direction et dimension en Russie (froid oblige !), Morozko personnifiant l’hiver. Ce conte a inspiré un film soviétique, Morozko, réalisé par Alexandre Rou en 1964.

Pour les challenges 2021, cette année sera classique, Contes et légendes #3 et Projet Ombre 2021. Ma lecturothèque me signale que ce conte entre aussi dans le challenge Littérature de l’imaginaire #9 (jusqu’à maintenant, j’y avais mis des textes courts comme des novellas ou des nouvelles de SFFF mais pas des contes).

Kabuliwallah de Rabîndranâth Tagore

Kabuliwallah de Rabîndranâth Tagore.

In Kabuliwallah et autres histoires, Zulma, février 2016, 400 pages, 22 €, ISBN 978-2-84304-712-1. 22 nouvelles traduites du bengali (Inde) et présentées par Bee Formentelli. Parution en poche : Zulma, mars 2020, 336 pages, 9,95 €, ISBN 978-2-84304-945-3.

Genres : littérature indienne, nouvelle.

Rabîndranâth Tagore, je reprends ce que j’avais écrit pour Amal et la lettre du Roi suivi de Chitra. De son vrai nom Rabîndranâth Thâkur dit Tagore, il naît le 6 mai 1861 à Calcutta (Bengale occidental) dans une famille d’aristocrates réformateurs. Il est le fils de Debendranâth Tagore (philosophe) et le petit-fils de Dvârkânâth Tagore (fondateur de Brâhmo Samâj avec son compatriote Rammohan Roy). Il étudie à Calcutta et à Londres : il aime la littérature anglaise et la musique occidentale. Quatorzième enfant de la famille, il voit ses frères et sœurs devenir également poètes, dramaturges, romanciers ou musiciens. Son premier recueil de poèmes écrits en bengali, Chants du soir (Sandhya Sangeet), paraît en 1882. Il se marie (à 23 ans), continue d’écrire (poésie et prose), partage les responsabilités religieuses et sociales de Brâhmo Samâj (avec son père) et voyage beaucoup dans le monde entier. L’œuvre de cet érudit, poète, philosophe, écrivain, dramaturge est traduite en français principalement par André Gide. Il décède le 7 août 1941 après avoir illuminé le monde comme un soleil (signification de son prénom).

Calcutta. Mini a 5 ans et n’arrête pas de parler, dérangeant son père qui écrit son roman. Mais elle s’est prise d’affection pour Rahamat, un kabuliwallah, un colporteur afghan qui lui offre des fruits, l’écoute et plaisante avec elle. « Je ne terminerai pas mon dix-septième chapitre aujourd’hui. » (p. 96). C’est le père de Mina le narrateur, il est écrivain. « Je donne peut-être l’impression d’être condamné à rester enfermé chez moi, mais en réalité, j’aspire en permanence à partir dans le vaste monde. » (p. 99-100).

Mais l’épouse du narrateur, la mère de Mini donc, n’aime pas particulièrement les relations de son mari et de sa fille avec cet étranger. « Il n’y a donc jamais d’enfants qui disparaissent ? Et l’esclavage ? Il n’existe pas en Afghanistan ? Est-ce que par hasard un solide Afghan ne saurait pas kidnapper un petit enfant ? Il me fallut bien avouer que ce n’était pas impossible, mais j’avais beaucoup de mal à le croire. Comme les gens sont influençables ! Voilà ce qui expliquait les craintes persistantes de ma femme. Toutefois, je ne voyais toujours pas pourquoi j’aurais dû interdire à Rahamat, qui n’avait commis aucune faute, l’accès de notre demeure. » (p. 101).

Cependant ce n’est pas Mini qui disparaît, c’est Rahamat…

Une nouvelle parue en 1892 (15 pages) aux saveurs de l’Inde, envoûtante et triste mais délicate et profondément humaine. Elle a été adaptée au cinéma en 1957, en 1961 et en 2006 (un article de la BBC, in English of course).

Lue pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021 qui entre également dans les challenges 2021, cette année sera classique et Les étapes indiennes #2.

Challenge 2021, cette année sera classique

Après 3 participations au challenge Cette année, je (re)lis des classiques : en 2018 (12 lectures), en 2019 (5 lectures) et en 2020 (21 lectures), je m’inscris pour la nouvelle édition, la quatrième, qui dure du 1er janvier au 31 décembre 2021.

Le challenge, toujours organisé par Blandine (Vivrelire) et Nathalie (Délivrer des livres), a changé de nom sur le groupe FB, il s’appelle maintenant 2021, cette année sera classique.

L’objectif est toujours de lire ou relire des classiques (publiés avant 1970), dans leur forme originale ou adaptée (jeunesse, BD, films, séries…).

Mes billets pour ce challenge

1. Kabuliwallah de Rabîndranâth Tagore (Zulma, 2016, Inde, 1892)

2. L’empreinte de Karel Čapek (Bibliothèque russe et slave, 1917, Tchécoslovaquie)

3. Le Gel craquant d’Alexandre Afanassiev (Imago, Russie, collecté au XIXe siècle)

4. Jean de Kolno de Stefan Żeromski (Bibliothèque russe et slave, 1922, Pologne)

Deux documentaires sur la littérature scandinave

Hier soir, samedi, sur Arte, deux très beaux documentaires sur la littérature scandinave, parfaits pour Décembre nordique !

Le monde enchanté d’Andersen, documentaire allemand réalisé par Sabine Bier en 2020 sur le Danois Hans Christian Andersen et ses contes dramatiques. Une narration instructive, un agréable exposé historique et social, de belles images et des extraits de petit théâtre en papier d’après les contes (La reine des neiges, Le vilain petit canard, Le soldat de plomb, La princesse au petit pois, La petite sirène…). Je ne vous refais pas le documentaire mais, quelques infos. Andersen naît le 2 avril 1805 à Odense dans une famille très pauvre. Il est très connu pour ses contes (156 contes traduits dans le monde entier) mais il a écrit des romans, des nouvelles, de la poésie, du théâtre, il était aussi dessinateur, artiste (découpages papier, silhouettes) et a beaucoup voyagé (récits de ses voyages). Il meurt le 4 août 1875 à Copenhague. Depuis 1967, le 2 avril est le jour de la Journée internationale du livre pour enfants en hommage au jour de naissance de Hans Christian Andersen. Documentaire de 52 minutes à (re)voir sur Arte. J’aime les contes d’Andersen et je veux vous dire que le challenge Des contes à rendre que j’ai créé en décembre 2012 (il y a 8 ans jour pour jour !) existe toujours mais chez Pauline depuis mai 2015 et le groupe FB est toujours fréquenté.

Sur les traces de Nils Holgersson : Selma Lagerlöf, une conteuse moderne, documentaire allemand réalisé par André Schäfer en 2020. Un beau voyage dans la Suède du XIXe siècle et dans la littérature suédoise. Selma Lagerlöf naît le 20 novembre 1858 dans le Värmland en Suède. Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède est son roman le plus connu mais elle a écrit d’autres romans (une trentaine), des nouvelles (une centaine), de la poésie, ses mémoires ; elle est aussi artiste ; elle était membre de l’Académie les Neuf (académie littéraire suédoise pour promouvoir la littérature, la paix et les droits des femmes) et fut la première femme à être élue à l’Académie suédoise au fauteuil 7 (en 1914) et à recevoir le Prix Nobel de littérature (en 1909) ; elle a elle aussi voyagé en Europe avec son amie Sophie Elkan. Elle était engagée (droits des femmes, politique, homosexualité…). Elle meurt le 16 mars 1940 dans la maison où elle est née. Documentaire de 53 minutes à (re)voir sur Arte. Je n’ai jamais lu cette autrice mais je la lirai un jour, peut-être Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède (1906-1907) ou Jerusalem (1901).

 Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 20.

Challenge Arsène Lupin

J’ai vu le Challenge Arsène Lupin chez Sia (du blog Encres & Calames, qui organise le challenge Vapeurs et feuilles de thé depuis septembre 2014) et j’ai demandé quelques infos (parce qu’après recherches, j’avais trouvé le challenge Arsène Lupin – 1ère édition en 2015 de Mara et 2e édition en 2017 sur Mara 2 mais les logos étaient différents !).

Donc le challenge est né en octobre 2016 sur Livraddict et il est créé par Mypianocanta (un blog que je ne connaissais pas). Il est illimité et l’objectif est de lire les œuvres de Maurice Leblanc sur Arsène Lupin. Mypianocanta renvoie vers la page Wikipédia sur Arsène Lupin et le site Tout Arsène Lupin.

Vous allez voir – avec la photo ci-dessous – que je suis bien équipée pour ce challenge (mais il paraît qu’il y a des inédits !).

Mes lectures Arsène Lupin

Arsène Lupin (intégrale Omnibus)

L’edda poétique

L’edda poétique, textes présentés et traduits par Régis Boyer.

Fayard, janvier 1992, 686 pages, 34,50 €, ISBN 978-2-21302-725-8.

Genres : littérature scandinave, poésie, classique, fantastique.

Régis Boyer naît le 25 juin 1932 à Reims. Il étudie le français, la philosophie et l’anglais (licences), les lettres modernes (agrégation) et les lettres (doctorat). Il devient enseignant universitaire de français (Pologne, Islande, Suède). Puis professeur de langues, de littératures et de civilisation scandinaves à la Sorbonne et directeur de l’Institut d’études scandinaves de la Sorbonne. Il est linguiste, auteur, traducteur et membre du comité scientifique de la revue Nordiques (créée en 2003). Il meurt le 16 juin 2017 à Saint Maur des Fossés.

Ces textes plutôt islandais mais aussi norvégiens sont traduits du norrois. Le vieux norrois (ou vieil islandais) « correspond aux premières attestations écrites d’une langue scandinave médiévale » (source Wikipédia). Le vieux norrois « désigne la langue du Danemark, de la Norvège et de la Suède ainsi que des colonies scandinaves comme l’Islande pendant l’âge des Vikings (vers 750-1050), le haut Moyen-Âge et le Moyen-Âge central (vers 1050-1350) » (source Wikipédia).

Les Vikings de Norvège font des excursions en Islande, Angleterre et Suède. Les Vikings, c’est « rapts, pillages, tueries, batailles, abordages, beuveries » (p. 68) mais c’est aussi des sagas et de la poésie (edda).

Pourquoi ces textes sont plutôt islandais ? « Ce qu’il importe absolument de ne jamais oublier dès que l’on aborde la mythologie nordique à travers les seuls textes islandais qui nous la révèlent […] (p. 70). J’en déduis que les anciens scandinaves (qui parlaient donc le norrois) n’écrivaient pas à part les Islandais. Mais il y a quelques eddas norvégiennes comme l’edda d’Egill, fils de Grímr, enfant précoce, poète, grand guerrier viking et magicien (runes).

Les eddas, ce sont deux manuscrits du XIIIe siècle mais les histoires racontées se déroulent entre le IXe et le XIe siècles. Le premier rédigé en 1230 est un « manuel d’initiation à la mythologie nordique destiné aux jeunes poètes » (p. 71). Edda signifierait « aïeule, et donc mère de tout savoir » (p. 71) mais il existe deux autres étymologies. Et fin du XIIIe siècle (original rédigé entre 1210 et 1240), le « Codex Regius » qui « contient les grands poèmes nordiques sacrés et héroïques » (p. 73) soit « edda poétique » ou « edda ancienne ».

Issus de la tradition orale (Ixe-Xe siècles), ces poèmes en norrois ont parfois été retranscrits au XIIIe siècle avec des erreurs, des oublis… « Il est évident qu’avant d’avoir été rédigés ces poèmes ont couru de bouche à oreille pendant des siècles, avec toutes les incompréhensions, tous les ajouts, refontes, interpolations et déformations que cela suppose. » (p. 73-74). Certains poèmes étaient récités ou chantés.

Alors les Vikings, des barbares ? Dans certains cas oui, mais leur poésie est délicate, subtile, rigoureusement construite même si je n’ai pas tout compris avec les termes techniques !

Les eddas, c’est partir à la découverte des hommes mais aussi des géants, des nains, des alfes (esprits des morts), des valkyries, etc. Fertilité, culte phallique, famille et vie quotidienne, sagesse, héroïsme, surnaturel, etc. C’est tout ça les eddas.

« Jeune, je fus jadis. / Je cheminai solitaire ; / Alors je perdis ma route ; / Riche je me sentis / Quand je rencontrai autrui : / L’homme est la joie de l’homme. » (strophe 47 p. 177 de Les dits du Très-Haut), « un des plus beaux thèmes, des plus positifs aussi, des Hávamál » (note p. 177).

Il y a quelques noms connus comme Ódinn, Thórr, Loki, Freyja (déesse)… mais sinon je dois avouer que la lecture fut difficile avec tous ces noms ! Heureusement qu’il y a des notes en bas de page ! Si les notes avaient été en fin de volume, leur lecture eut été impossible… Les Vikings furent une grande civilisation européenne antique (de langue indo-européenne) mais je dois admettre mon inculture…

« Pour revenir une fois encore sur l’idée centrale de ce livre, je retrouve ici, par excellence, ce composé qui me paraît tellement caractéristique , de réalisme (voyages en mer, expéditions vikings), de mystère (valkyries et métempsychoses) et d’art élaboré qui en est la marque. » (p. 281). Il y a la création du monde, le grand arbre Yggdrasill, les prouesses de Thórr, etc.

une des prouesses de Thórr : « Indomptable arriva / Au thing des dieux / Ayant le chaudron / Qu’avait possédé Hymir ; / Et chaque automne, / Les dieux suprêmes / Pourront bien boire / La bière chez Aegir. » (strophe 39 p. 436 in Le chant de Hymir).

Pour conclure, je voudrais parler de Ragnarök (un nom connu) : fin du monde ? Fin de ce monde ? « On peut, si on lit ragna rökr, entendre « crépuscule des puissances, des dieux » ; mais la leçon , plus fréquente, ragna rök signifie « destin des puissances », ou, mieux encore, « Consommation du Destin des Puissances » dont le sens est plus satisfaisant. » (p. 501). Donc pas de fin absolue ? « Non, et voici le plus émouvant. Cette mort ne va pas sans transfiguration, une résurrection suit cette apocalypse : « Le temps va ramener l’ordre des anciens jours. » Aux Scandinaves du monde viking, comme à tout l’héritage indo-européen, le néant était inadmissible. […]. » (p. 503).

Ce livre est sur mes étagères depuis 15 ans (ou plus !) et peut-être que je ne l’aurais jamais lu s’il n’y avait pas eu le challenge Les classiques c’est fantastique (poésie en août). La lecture a été difficile, laborieuse même (le livre est gros, lourd et je m’y suis prise en plusieurs fois pour le lire) mais tellement enrichissante ! C’est sûr que ça aurait été plus simple et rapide de lire un petit livre de haïkus japonais anciens ! Mais je vous conseille ces eddas, peut-être des extraits pour se rapprocher un peu de ces voisins scandinaves dont on se sait pas grand-chose à part les polars et quelques séries télévisées policières…

Je mets cette lecture dans Cette année, je (re)lis des classiques, dans le Challenge de l’été (Islande, Norvège), dans Contes et légendes #2 (légendes scandinaves) et dans Littérature de l’imaginaire #8.

Le joueur de Fiodor Dostoïevski

Le joueur de Fiodor Dostoïevski.

Actes Sud, 1991 ; poche en Babel n° 34, 2000, 7,70 €, ISBN 978-2-7427-2821-3. Je l’ai lu en édition reliée au Grand livre du mois, novembre 2001, 340 pages. Igrok (Игрок 1866) est traduit du russe (nouvelle traduction) par André Markowicz. Avec une postface, D’une passion l’autre d’André Comte-Sponville (voir en fin de billet).

Genres : littérature russe, roman, classique.

Fiodor Dostoïevski ou au complet Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (Фёдор Михайлович Достоевский) naît le 30 octobre 1821 (11 novembre 1821 dans le calendrier grégorien) à Moscou. Fils d’un médecin militaire (alcoolique…), enfance difficile, École supérieure des Ingénieurs militaires de Saint-Pétersbourg, mouvements progressistes… Arrêté et condamné à mort, il est finalement déporté en Sibérie pour quatre ans. Ensuite il erre en Europe et joue beaucoup, il est couvert de dettes, ce Joueur est donc très documenté et sincère ! Dès l’enfance, il lit énormément les auteurs européens, Johann Wolfgang von Goethe, Victor Hugo, Friedrich von Schiller, William Shakespeare… À 22 ans, il écrit son premier roman, Les pauvres gens (1844-1846) que j’ai lu il y a des années et qui m’a fait aimer cet auteur. Suivent Le double (1846), Nétotchka Nezvanova (inachevé, 1848-1949), Le rêve de l’oncle (1859), Le bourg de Stépantchikovo et sa population ou Carnet d’un inconnu (1859), Humiliés et offensés (1861), Souvenirs de la maison des morts (1860-1862), Les carnets du sous-sol (1864), Crime et châtiment (1866), Le joueur (1866), L’idiot (1868-1869), L’éternel mari (1870), Les démons (1871), L’adolescent (1875), Les frères Karamazov (1880) ainsi que de nombreuses nouvelles (entre 1846 et 1880) et quelques chroniques (Annales de Pétersbourg, 1847), correspondances et carnets (1872-1881). Il meurt le 28 janvier 1881 (9 février 1881 dans le calendrier grégorien) à Saint-Pétersbourg.

Le joueur est paru en 1866 soit 100 ans avant ma naissance, c’est pourquoi j’ai choisi ce titre pour le challenge Les classiques c’est fantastique. J’aurais pu choisir Crime et châtiment paru la même année et qui correspond plus à un « bon gros pavé russe » mais je ne l’avais pas sur mes étagères… (et je n’avais pas envie de le lire en numérique).

À Roulettenbourg, sur les bords du Rhin. Un général russe, veuf et ruiné, ses deux enfants, Micha et Nadia et leur précepteur, Alexis Alexandrovitch, le narrateur. Un Anglais sympathique, Mr. Astley, une intrigante, mademoiselle Blanche de Cominges, et sa mère, un Français désagréable, le marquis de Grieux (est-il vraiment marquis ?), voici pour les personnages principaux. Ah, et aussi Polina Alexandrovna, une cousine du général, dont Alexis Ivanovitch est amoureux : elle le charge de gagner de l’argent pour elle à la roulette.

Or, il y a deux genres de joueurs : le mauvais genre, la plèbe, la racaille, qui joue(nt) un jeu cupide et le gentleman qui joue dans la curiosité « dans la bonne humeur et sans la moindre agitation » (p. 22). Bien sûr, le plus souvent, après avoir gagné (parfois beaucoup !), le joueur perd tout ! « C’est étonnant, je n’ai pas encore gagné, mais j’agis, je sens et je pense comme un homme riche, et je ne peux pas m’imaginer d’une autre façon. » (p. 65).

Mais arrive en grandes pompes de Moscou la grand-mère du général, la baboulinka, la « terrible et richissime, Antonida Vassilievna Tarassevitcheva, propriétaire terrienne et haute dame de Moscou » (p. 85). La vieille dame, que le général espère morte pour hériter et épouser mademoiselle Blanche, est bien en vie et très en forme (bien qu’invalide).

Et Dostoïevski entraîne ses personnages et ses lecteurs dans l’enfer, dans la folie de la passion dévorante du jeu (mais aussi de l’amour). Ne dit-on pas la « roulette russe » ? C’est souvent surréaliste, presque toujours drôle et la mémé à la roulette, c’est ahurissant ! L’auteur retransmet bien (en tant que joueur lui-même durant ses années d’errance en Europe) la folie furieuse du jeu, surtout quand les joueurs deviennent incontrôlables : ils forment tous un beau panier de crabes et il est logique qu’ils se fassent plumer. « Aujourd’hui, qu’est-ce que je suis ? Zéro. Et demain, que puis-je être ? Demain, je peux ressusciter des morts et recommencer à vivre ! Je peux retrouver l’homme qui est en moi, tant qu’il existe encore ! » (p. 198).

Dans l’excellente postface, D’une passion l’autre, André Comte-Sponville analyse cette œuvre plus courte de Dostoïevski. « Pour tous ceux que les grand romans de Dostoïevski, si touffus, si démesurés, effraient ou écrasent quelque peu, […], le Joueur offre, en une forme ramassée, un accès particulièrement saisissant à l’univers du grand écrivain. Non que tous les thèmes dostoïevskiens y figurent (rien, ou presque rien sur la culpabilité, sur l’existence de Dieu, sur la grandeur des humbles…), mais en ceci que l’humanité s’y dévoile comme elle est, ou comme Dostoïevski la voit : obscure, confuse, soumise à des forces qui l’écrasent, pleine de désirs fous et d’aspirations incontrôlées, incapable de raison ou de sagesse, perdue, en un mot, et tout juste assez bonne – sauf innocence ou grâce – pour garder, douloureuses comme une plaie, la nostalgie d’un bonheur ou l’espérance d’un salut. » (p. 219, début de la postface de 16 pages).

Mon personnage préféré est l’Anglais, Mr. Astley, qui est le seul à ne pas jouer (et à faire preuve de sagesse ?).

Pour Cette année, je (re)lis des classiques et le Challenge de l’été (Russie) et Les classiques c’est fantastique (cité plus haut).

L’affaire est close de Patricia Wentworth

L’affaire est close : une enquête de Miss Maud Silver de Patricia Wentworth.

10/18, collection Grands détectives, n° 3378, février 2002, réédition novembre 2016, 320 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-26403-275-1. The Case is Closed (1937) est traduit de l’anglais par Bernard Cucchi.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Patricia Wentworth – de son vrai nom Dora Amy Elles – naît le 10 novembre 1878 à Mussoorie (Uttarakhand, Inde) où son père est général de l’armée. Elle étudie en Angleterre puis retourne en Inde où elle se marie au lieutenant-colonel Georges Dillon et écrit dans des journaux. Après le décès de son mari, elle retourne en Angleterre avec ses enfants puis se lance dans l’écriture de romans et épouse George Turnbull, lieutenant-colonel lui aussi mais qui deviendra son assistant. Elle meurt en 1961 à Camberley (Surrey, Angleterre), laissant une œuvre conséquente avec les séries Benbow Smith (1929-1937), Inspecteur Lamb (1939-1942), Frank Garrett (1936-1940), d’autres romans policiers indépendants, d’autres romans historiques ou sentimentaux (1910-1915, ses premiers romans en fait), trois recueils de poésie (1910-1945-1953) et surtout la série la plus importante, Miss Silver (1928-1961).

L’affaire, c’est l’affaire Everton. Et, elle est close parce que Geoffrey Grey, 28 ans, est en prison depuis un an. Il aurait tué son oncle James. Marion, son épouse, a perdu leur bébé, né trop tôt… Son amie et cousine, Hilary Carew, est persuadée que le jeune homme est innocent. Mais que faire ? Hilary a rompu ses fiançailles avec Henry Cunningham et s’est trompée de train ! Elle y rencontre une vieille dame inquiète qui tient un discours bizarre sur Marion et Geoffrey. « J’ai vécu une aventure, dans le mauvais train. D’abord, j’ai cru me retrouver enfermée avec une vraie cinglée et puis il s’est avéré que c’était une de tes amies. » (p. 19). La vieille femme est en fait Mrs Mercer, lui apprend Marion, « la gouvernante de la maison de James. » (p. 25) et elle a témoigné contre Geoffrey au procès.

Suite à la discussion qu’elle a eu avec Mrs Mercer, Hilary décide de reprendre l’enquête depuis le début et de prouver l’innocence de Geoffrey. Ce soir-là, Geoffrey a reçu un appel de James, qui était dans tous ses états, alors il est vite allé à Putney mais il l’a retrouvé mort à son bureau. Malheureusement, il a ramassé le pistolet par terre et a ouvert la porte du bureau aux domestiques, Mr et Mrs Mercer : il fait le coupable idéal même s’il clame son innocence ! « […] il était absurde de croire que Geoff avait tué son oncle. » (p. 36). D’autant plus que c’est Bertie (Bertram), un neveu qu’oncle James détestait qui hérite, même au détriment de son frère Frank (Francis), un vagabond alcoolique pour qui l’oncle James n’avait que peu de considération. Or Bertie et Frank ont tous deux des alibis en béton, trop peut-être ! Ou alors « Alfred Mercer avait abattu James Everton et Mrs Mercer avait menti pour le couvrir. » (p. 57) ?

De son côté Henry Cunningham voudrait quitter l’armée et « reprendre le commerce d’antiquités que lui avait légué, à sa grande surprise, son parrain Mr. Henry Eustatius […]. » (p. 73). Contre toute attente (n’oublions pas qu’elle a rompu les fiançailles), Hilary consulte Henry qui demande conseil à un ami qui lui propose de contacter Miss Silver. Le nom de Miss Silver n’apparaît qu’à la page 140 et Maud Silver apparaît physiquement à la page 144 : faut pas être pressé mais l’enquête ne traîne pas en longueur ! Miss Silver écoute, en tricotant, et elle est très utile à l’enquête de Hilary et Henry, elle apporte un regard extérieur. « Comprenons-nous bien, capitaine Cunningham, dit-elle de sa voix posée. Si vous m’engagez, vous m’engagez pour que je découvre des faits. Si je découvre quoi que ce soit sur ces personnes, je vous le communiquerai. Peut-être cela correspondra-t-il à ce que vous attendiez, peut-être pas. Les gens ne sont pas toujours heureux d’apprendre la vérité. Vous n’avez pas idée du nombre de fois où cela se produit. Très rares sont les gens qui cherchent à connaître la vérité. Ils veulent être confirmés dans leurs opinions, ce qui est une chose toute différente… très différente, oh oui. Je ne saurais vous promettre que ce que je découvrirai ira dans le sens de ce que vous pensez pour l’instant. » (p. 147).

Mais Marion va-t-elle accepter que Hilary enquête et enfin dire ce qu’elle sait ? « Ne refuse pas, je t’en supplie… ne refuse pas, ne refuse pas, ne dis pas non ! Tu ne risques rien. Cela ne fera aucun mal à Geoff. Marion, accepte ! […] Geoff est innocent. Derrière tout ça, il y a un sacré manipulateur qui a tout organisé pour que les apparences soient contre lui, mais il est innocent… je sais qu’il est innocent. » (p. 225).

L’affaire est close est la deuxième enquête de Miss Silver, parue en 1937 (la première étant Grey Mask parue en 1928). Il y a du suspense, des dangers, des rebondissements, des personnages bien intéressants (en particulier Hilary et Henry), j’ai passé un bon moment de lecture et je lirai d’autres enquêtes de Miss Silver à l’occasion. Lorsque L’affaire est close est paru aux éditions 10/18 en 2002, ce roman était inédit en français !

Dans la catégorie « détective en fauteuil » (armchair detective), la Miss Marple d’Agatha Christie « naît » en 1930 ; Miss Silver est donc son aînée puisqu’elle « naît » en 1928. Mais, il ne faut pas croire que Miss Silver reste chez elle à écouter Henry et à tricoter, elle va sur le terrain, d’abord pour se renseigner sur le couple Mercer, et ensuite pour se rendre en Écosse sur les traces de Bertie et Frank (je me doutais bien qu’ils étaient louches, les deux frères, trop d’alibis à eux deux, un seul chacun leur suffisait, eh bien ils en avaient plusieurs, c’était louche !).

Une agréable lecture pour le Mois anglais (qui est terminé mais j’ai bien lu ce roman en juin durant le challenge) et pour les challenges British Mysteries #5, Cette année, je (re)lis des classiques #3, Petit Bac 2020 (pour la catégorie Crimes et justice avec affaire) et Polar et thriller 2019-2020.

Les classiques c’est fantastique ! avec Moka Milla

Comment ai-je pu zapper ce challenge ?! Infos et logos chez Moka Milla.

E. Ridgway / S. Jarnot / C. Heitmann / S. Casado / Y. Bryksenkova / M. Murphy / A. Bentley / D. Levin / E. Ponzi / A. Graux / T. Pericoli

Je ne participerai peut-être pas tous les mois mais voici les thèmes mensuels :

Avril : Zola… rendez-vous manqué…

Mai : Good morning England (or/and America !) avec La clairvoyance du Père Brown de Gilbert Keith Chesterton (Omnibus, 2008, recueil de nouvelles anglaises parues entre 1910 et 1911)

Juin : « Au théâtre ce soir » avec Le bourgeois gentilhomme de Molière (Larousse, 1670, France)

Juillet : le bon gros pavé russe avec Le joueur de Fiodor Dostoïevski (Actes Sud, 1866, Russie) qui n’est pas un « bon gros pavé » (avec cette chaleur…) mais qui est un classique russe

Août : « Dans le square les fleurs poétisent… » avec L’edda poétique (Fayard, 1992, Islande et Norvège, IXe-XIIIe siècles)

Septembre : immersion antique avec Pensées de Marc Aurèle (2e siècle, empire romain)

Octobre : Balzac vs Flaubert avec Un cœur simple de Gustave Flaubert (1876) et Gobseck d’Honoré de Balzac (1830)

Novembre : histoires de familles… Je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir lire et puis j’ai lu coup sur coup trois novellas de science-fiction qui toutes montrent la famille en danger. Bingo ! Les trois billets paraîtront donc l’un après l’autre dans la journée du 30 novembre. Audience captive d’Ann Warren Griffith (Le passager clandestin, 2016, États-Unis, 1953). L’examen de Richard Matheson (Le passager clandestin, 2019, États-Unis, 1954). Un Logique nommé Joe de Murray Leinster (Le passager clandestin, 2019, États-Unis, 1946)

Décembre : des contes pour les fêtes avec La Source au bout du monde (tome 1) de William Morris (Libretto, 2017, Angleterre, 1896)

Janvier : Big Brother is watching you

Le mieux est de publier le dernier lundi du mois. À noter que je participe – pour la 3e année – au challenge Cette année, je (re)lis des classiques.

Challenge Cette année, je (re)lis des classiques 2020

J’ai participé au challenge Cette année, je (re)lis des classiques en 2018 (12 lectures) et en 2019 (5 lectures) et je suis ravie qu’il revienne pour une 3e édition ! Le challenge dure du 1er janvier au 31 décembre 2020.

Infos, logos et inscription chez Nathalie Hérisson et chez Blandine + groupe FB.

Tous les supports sont autorisés : romans, pièces de théâtre, livres audio, adaptations en BD, manga, jeunesse, films… Sont acceptés tous les livres publiés avant 1970.

Il y a 4 niveaux :
Pourquoi pas ? = 1 lecture
J’aime l’idée = 4 lectures
Je deviens accro = 6 lectures
On ne m’arrête plus = 12 lectures
Pour l’instant, je choisis Je deviens accro mais j’espère faire mieux qu’en 2019 et atteindre On ne m’arrête plus comme en 2018.

Il y a aussi des thématiques mensuelles (c’est nouveau) mais je ne sais pas si je les suivrai ou alors il faudra que j’organise parfaitement mes lectures !
Janvier : pas de thème
Février : aventure, quête initiatique
Mars : théâtre
Avril : nouvelles
Mai : contes (en liaison avec le challenge Contes et Légendes chez Bidib)
Juin : auteurs de nationalité anglaise ou européenne – > voir lectures 7 et 8
Juillet-août : auteurs russes et soviétiques
Septembre : auteurs américains (en liaison avec le Mois américain)
Octobre : adaptations (BD, films, jeunesse…)
Novembre : science-fiction
Décembre : Noël (en liaison avec le challenge Christmas Time chez Mya)

Et des lectures communes, pour l’instant : Steinbeck en septembre et Shakespeare en mars.

Mes billets pour ce challenge

1. Le Detection Club de Jean Harambat (2019, adaptation en BD)

Niveau « Pourquoi pas ? » honoré 🙂

2. La dispute de Marivaux (1744, théâtre)

3. Entre la mort et la vie d’Alexei Apoukhtine (1892, nouvelle, Russie)

4.  Le roi des chats de Stephen Vincent Benét (entre 1929 et 1939, nouvelles, États-Unis)

Niveau « J’aime l’idée » honoré 🙂

5. Histoires fantastiques du temps jadis (1120, Japon)

6. La clairvoyance du Père Brown de Gilbert Keith Chesterton (entre 1910 et 1911, nouvelles, Angleterre)

Niveau « Je deviens accro » honoré 🙂

7. Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1931, Angleterre)

8. Le bourgeois gentilhomme de Molière (1670, théâtre, France)

9. Le chat zen de Kwong Kuen Shan (5e siècle avant J.C., textes classiques chinois)

10. L’affaire est close de Patricia Wentworth (1937, Angleterre)

11. Le joueur de Fiodor Dostoïevski (1866, Russie)

12. L’edda poétique (IXe-XIIIe siècles, Islande et Norvège)

Niveau « On ne m’arrête plus » honoré 🙂

13. Pensées de Marc Aurèle (2e siècle, empire romain)

14. Un cœur simple de Gustave Flaubert (1876, France)

15. Gobseck d’Honoré de Balzac (1830, France)

16. La main tendue de Poul Anderson (1950, États-Unis)

17. Les aventures de Spirou et Fantasio, 18 – QRN sur Bretzelburg de Franquin et Greg (1966, Belgique)

18. Audience captive d’Ann Warren Griffith (1953, États-Unis)

19. L’examen de Richard Matheson (1954, États-Unis)

20. Un Logique nommé Joe de Murray Leinster (1946, États-Unis)

21. La Source au bout du monde (tome 1) de William Morris (Libretto, 2017, Angleterre)

Je suis ravie car j’ai lu plus de classiques qu’en 2018 et 2019 réunis. J’ai hâte de voir arriver les infos pour la nouvelle édition 2021.