Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman

Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman.

Robert Laffont, collection La bête noire, avril 2018, 408 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-22121-549-4. Date With Date (2017) est traduit de l’anglais par Dominique Haas.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Julia Chapman – de son vrai nom Julia Stagg – est une autrice anglaise de romans policiers (pas de date de naissance). D’après Wikipédia, elle a voyagé (en tant que professeur d’anglais langue étrangère) puis s’est installée avec son mari en Ariège où ils ont tenu une auberge qui a inspiré la série de 6 romans, The Fogas Chronicles (2011-2015, non traduits en français). De retour en Angleterre (dans les Yorkshire Dales), elle écrit la série Date with… (pour l’instant 5 tomes, 2017-2020) soit Les détectives du Yorkshire. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.jstagg.com/.

Après quatorze ans d’absence, Samson O’Brien revient à Bruncliffe dans le Yorkshire avec un sac et une moto rouge. Il a quitté Londres à cause de quelques problèmes à la MET et souhaite ouvrir – provisoirement – une agence de détective privé mais les habitants ne sont pas ravis de son retour.

De son côté, Delilah Metclaffe gère une petite entreprise de création de sites Internet et l’Agence de Rencontres des Vallons, avec son chien, un Braque de Weimar, qui s’appelle… Calimero (quel drôle de nom pour un si grand chien !). Comme elle a besoin d’argent, elle loue le rez-de-chaussée de son bâtiment à Samson. « Eh bien, on dirait que la vie à Bruncliffe est sur le point de devenir intéressante, commenta Edith. Puis un sourire s’épanouit lentement sur son visage. » (p. 16).

Ce même jour, c’est l’enterrement de Richard Hargreaves, professeur d’université, dont la police pense qu’il s’est suicidé. Puis le corps d’un randonneur, Martin Foster, est retrouvé, sûrement un accident. Delilah fait tout de suite le rapprochement. « Deux de ses clients morts en moins d’une semaine. Une coïncidence ? Probablement. Mais ce fut les doigts tremblants qu’elle déchira l’article et le glissa dans sa poche. » (p. 26). Samson enquête car la mère de Richard Hargreaves est persuadée que son fils ne s’est pas suicidé : son épouse est partie il y a plus de trois ans et il s’en était remis. « […] s’il n’y avait pas de mobile à ce meurtre, le suicide ne semblait pas plus justifié. » (p. 116).

Sous-titré Une enquête de Samson et Delilah, les détectives du Yorkshire, les lecteurs suivent donc la première enquête des ARV : l’Agence de Recherche des Vallons accompagnée de l’Agence de Rencontres des Vallons. Je fais l’impasse sur les nombreux personnages, la famille de Delilah, celle de Samson et ses amis d’enfance qui lui en veulent d’être parti précipitamment quatorze ans auparavant et de n’avoir jamais donné de nouvelles, les familles des hommes décédés, les commerçants, toute une belle galerie de personnages et puis, le lecteur s’en doute, dans les prochains tomes il se passera des choses avec Rick Procter (je me suis même demandé si Samson n’était pas là pour enquêter sur lui et sa bande en fait !). Ce premier tome est agréable et cette série est une intéressante alternative à Agatha Raisin de M.C. Beaton mais Julia Chapman a un humour plus terre à terre et la lecture est peut-être moins jubilatoire qu’Agatha Raisin ou – ma série de ce genre préférée – Mma Ramotswe détective d’Alexander McCall Smith. Mais à découvrir !

Pour les challenges Animaux du monde (pour Calimero, il a son importance), British Mysteries #5 et Mois British Mysteries (dernier jour !), Polar et thriller 2019-2020, Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Rue du Dragon-couché de CHI Wei-jan

Rue du Dragon-couché de CHI Wei-jan.

Calmann-Lévy Noir, janvier 2019, 464 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-70216-059-6. 私家偵探 Private Eyes (2011) est traduit du chinois (Taïwan) par Emmanuelle Pechenart.

Genres : littérature taïwanaise, roman policier.

CHI Wei-jan (紀蔚然) est docteur en littérature anglaise, romancier, dramaturge et professeur de théâtre à l’Université de Taipei (Taïwan). Rue du Dragon-couché est son premier roman et il a reçu deux prix littéraires : le Taipei Book Fair et le China Times Open Book Award.

« Après avoir donné ma démission, mis fin à un mariage vidé de toute substance, vendu mon appartement de Xindian, plaqué le milieu théâtral où je m’étais fait un petit nom, rompu à l’amiable avec mes vieux potes (pour les beuveries et les parties de poker, ne comptez plus sur moi !), muni d’un patrimoine des plus réduit et donc aisément transportable, j’ai franchi l’infernal tunnel de Xinhai menant à Wolong Street, ce trou du cul du monde qui a « le charnier » en toile de fond, et là, je me suis installé comme détective privé. » (p. 13, premières phrases du roman).

La première cliente de Wu Ch’eng est Madame Lin : le comportement de sa fille à changé à l’encontre de son père et elle est inquiète. Grâce à un super chauffeur de taxi, T’ien-Lai, Wu Ch’eng va pouvoir suivre Monsieur Lin et résoudre cette première affaire.

Comme Wu Ch’eng est ami avec un policier du poste de police de Wolong, Ch’en Yao-tsun, son attention se porte ensuite sur une affaire que la police n’arrive pas à résoudre : trois retraités ont été tués avec un objet contondant, deux chez eux sans effraction et un pendant sa promenade matinale au parc.

« Les descriptions réalistes et affirmations péremptoires des journalistes ne me convainquent pas, pas plus que leur hypothèse de meurtres en série. Pour avancer, j’ai besoin de davantage d’informations et de détails palpables. » (p. 200).

Mais il est suspecté et assailli (harcelé !) par les journalistes ! « Je n’ai tué personne mais cela ne garantit en rien que je puisse être tranquille. » (p. 229).

La première enquête de Wu Ch’eng n’est pas extraordinaire mais elle lui met le pied à l’étrier et le met en contact avec la police. Dans ce bon polar, l’auteur dénonce habilement la politique et les médias de Taïwan. J’ai passé un bon moment et je lirai cet auteur à nouveau s’il est encore traduit en français.

Si vous êtes intéressés par la littérature de Taïwan, ou simplement curieux, je vous conseille https://lettresdetaiwan.com/.

Pour les challenges Animaux du monde (ici animal sur la couverture), Lire en thème 2020 (animal sur la couverture en mars) et Polar et thriller 2019-2020.

Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell de James Lovegrove

Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell : les Dossiers Cthulhu, 1 de James Lovegrove.

Bragelonne, collection Steampunk, février 2018, 360 pages, 25 €, ISBN 979-10-281-0749-9. The Chtulhu Casebooks : Sherlock Holmes and the Shadwell Shadows (2016) est traduit de l’anglais par Arnaud Demaegd.

Genres : littérature anglaise, roman policier, fantastique.

James Lovegrove naît le 24 décembre 1965 à Lewes (Angleterre). Diplômé d’Oxford, il est critique littéraire et son premier roman paraît en 1990. Il est auteur de littérature de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, horreur) et de littérature jeunesse. Peu de ses romans sont traduits en français. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.jameslovegrove.com/.

Printemps 2014. James Lovegrove, Anglais, auteur de littérature de l’imaginaire, reçoit un mail d’un cabinet d’avocats de Providence (Rhode Island, États-Unis). En tant que descendant de la famille allemande von Luftgraf (soit Lovegrove pour les Britanniques et Lovecraft pour les Américains), il est un « cousin au centième degré environ de H.P. Lovecraft » (p. 12). À ce titre, il hérite de Henry Prothero (H.P. !) Lovecraft (auteur lui aussi), de trois tapuscrits qui étaient en sa possession mais signés du Dr John Watson qu’il va recevoir par coursier international. Tout semble correct : le papier, la machine sur laquelle ils ont été tapés, le style de Watson mais les histoires de Sherlock Holmes qui y sont narrées sont si surprenantes que « presque tout ce que nous savons du grand détective – sa vie, son œuvre, ses méthodes, ses exploits – n’est qu’un vaste mensonge, une façade créée pour cacher une vérité profonde plus sombre et plus horrible. » (p. 14).

Novembre 2016. James Lovegrove décide de publier ces trois inédits que le Dr Watson a rédigé en secret à la fin de sa vie, comme pour se soulager d’un trop grand poids.

Hiver 1880. Le lecteur découvre éberlué la véritable rencontre entre le Dr Watson (qui rentre blessé d’Afghanistan où il était médecin militaire *) et Sherlock Holmes (à peine plus de 20 ans, qui s’est installé depuis peu au 221B Baker Street en tant que premier détective conseil au monde). Immédiatement Holmes et Watson enquêtent sur quatre cadavres découverts dans le quartier de Shadwell. « Ces quatre personnes étaient le genre de gens devant lesquels on passe sans les remarquer… (Il prit l’air rusé.) Et dont le décès pourrait passer inaperçu. » (p. 48-49).

(*) Le lecteur apprendra d’ailleurs ce qu’il s’est exactement passé dans la vallée d’Arghandab en Afghanistan.

Ils vont rencontrer un riche Chinois, maître de l’opium en Angleterre. « La révélation sera universelle. Vous ressortirez de cette expérience avec une appréciation plus large, plus profonde, de l’essence véritable des choses. » (p. 118).

Et le Pr James Moriarty « mathématicien de renom » (p. 231), génie de 21 ans (le théorème binomial, la dynamique des astéroïdes…) : bien avant que le canon officiel le laisse entendre ! « Moriarty n’a pas pu croire qu’il nous découragerait avec quelques belles phrases et un petit tour de passe-passe hypnotique. Il n’a fait que nous laisser une chance. C’était avant tout une démonstration de l’inébranlable confiance qu’il a en lui-même. Il ne nous considère pas dignes d’être ses adversaires. (Son expression se durcit). C’est une erreur, conclut-il sur un ton glacial. Une grosse erreur. Et il la regrettera. » (p. 249).

Et ce n’est pas avec Lestrade que travaille Sherlock mais avec Gregson, plus ouvert sur les choses surnaturelles.

Êtes-vous prêts à cauchemarder tout le restant de votre vie (comme le Dr Watson) et à apprendre la langue r’lyehen ? Ou akto pour quelques personnes, une langue vieille de plus de quinze mille ans. Parce que ce premier tome de la trilogie Les Dossiers Chtulhu est passionnant et j’ai vraiment eu l’impression d’un « croisement » entre l’écriture du Dr Watson (Sir Arthur Conan Doyle) et H.P. Lovecraft, c’est fascinant ! Il y a à la fois une enquête à la Sherlock Holmes avec la réflexion, la logique, tout ce qui fait ce personnage, et le fantastique horrifique de l’univers de Lovecraft. Alors, « crossover » ou « mashup » ou « machine à fric » comme en parle Lovegrove dans sa préface ? À vous de décider ! De mon côté, j’ai trouvé cette histoire tellement plausible et réaliste malgré le surnaturel que j’ai embrayé avec le tome 2, Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic, et je sens que je vais regretter de ne pas avoir le tome 3, Sherlock Holmes et les démons marins du Sussex, à ma disposition…

Une lecture stupéfiante que je mets dans le Mois British Mysteries et les challenges British Mysteries #5, Lire en thème mars 2020 (pour la pieuvre sur la couverture), Littérature de l’imaginaire #8, Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Son espionne royale et le mystère bavarois de Rhys Bowen

Son espionne royale et le mystère bavarois de Rhys Bowen.

Robert Laffont, collection La bête noire, juin 2019, 384 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-22124-163-9. A Royal Pain (2008) est traduit de l’anglais par Blandine Longre.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Rhys Bowen est le pseudonyme de Janet Quin-Harkin, née le 24 septembre 1941 à Bath dans le Somerset. Autrice de romances, elle utilise Rhys Bowen pour ses romans policiers : les séries Constable Evan Evans (1997-2006), Molly Murphy (2001-2017) et Royal Spyness (2007-2019).

Londres, juin 1932. Un mois après l’affaire Mauxville (voir Son espionne royale mène l’enquête). Georgie ne voit plus Darcy qui lui avait fait la cour. « En me montrant bêtement réticente, j’avais semble-t-il laissé échapper mes chances d’être avec Darcy. Mais voulais-je vraiment de lui ? Il était Irlandais, catholique, fauché, peu fiable et peu recommandable à tous les égards – mis à part qu’il était le fils d’un pair . » (p. 41). Mais Georgie est de nouveau conviée par Sa Majesté la reine pour boire le thé, enfin… pour une mission d’espionnage ! La reine aimerait que son fils, David, prince de Galles, futur roi, oublie enfin cette Américaine mariée, et rencontre « fortuitement » la princesse Hannelore de Bavière, une jeune fille de 18 ans qui vient de sortir du couvent. « Elle continua de me parler, tandis que le sang me battait aux tempes ; comment lui expliquer qu’il m’était impossible de recevoir une jeune lady de sang royal dans une maison où je vivais sans domestiques et me nourrissais de haricots blancs en boîte ? – J’espère que je peux compter sur vous, n’est-ce pas Georgiana ? Pour le bien de l’Angleterre ? J’ouvris la bouche. Et me contentais d’acquiescer : – Bien entendu, madame. » (p. 51). Comment Georgie va-t-elle faire pour accueillir dignement Hannelore et sa suite sans aucun domestique et sans argent pour les repas ? Mais Georgie a de la ressource car « Un Rannoch ne bat jamais en retraite. » (p. 70).

Mais, lors d’une soirée bien arrosée chez Gussie et Lunghi, deux amis de Belinda et de Georgie, Tubby Tewkesbury, un peu ivre, bascule sur la balustrade du balcon qui cède sous son poids et il tombe du sixième étage… L’inspecteur Harry Sugg s’interroge sur le fait que Georgie soit encore impliquée dans un décès, même seulement à titre de témoin. « Deux cadavres en moins d’une semaine. Ça ne peut pas être une simple coïncidence, n’est-ce pas ? » (p. 174). Pire, quelques jours après, Sidney Roberts, qui était aussi à cette soirée, est retrouvé poignardé à l’étage de la librairie Haslett’s dans Wapping où il travaillait. C’est Hannelore (Hanni) qui a trouvé le corps… Qu’est-ce que les deux demoiselles faisaient là ? La librairie Haslett’s est la plus ancienne librairie de Londres mais le quartier de Wapping n’est pas très bien fréquenté… Georgie doit découvrir ce qu’il s’est réellement passé. « Je me mis à réfléchir. Les événements des derniers jours étaient si embrouillés. Il y avait d’abord eu la chute mortelle de Tubby, puis l’horrible épisode dans la librairie, avec le pauvre Sidney gisant là, le sang se répandant à travers sa chemise. Mon grand-père semblait penser qu’il y avait forcément un lien entre ces deux drames. Pour ma part, je ne voyais pas lequel […]. » (p. 227).

J’ai trouvé ce deuxième tome plus dense et plus abouti que Son espionne royale mène l’enquête. Le style est toujours so british, drôle et divertissant mais la dimension politique et les relations entre l’Angleterre et l’Allemagne y sont bien présentes. Une série que je vous recommande !

Une chouette lecture que je mets dans le Mois British Mysteries et les challenges British Mysteries #5, Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

La bibliothèque enchantée de Mohammad Rabie

La bibliothèque enchantée de Mohammad Rabie.

Actes Sud, collection Sindbad, janvier 2019, 176 pages, 19 €, ISBN 978-2-330-11795-5. Kawkab’Anbar (2010) est traduit de l’arabe (Égypte) par Stéphanie Dujols.

Genres : littérature égyptienne, littérature arabe.

Mohammad Rabie naît en 1978 au Caire (Égypte). La bibliothèque enchantée a reçu en 2011 le premier prix littéraire du Sawiris Cultural Award en Égypte. Du même auteur : Year of the Dragon (2012) et Otared (2014, nommé pour le International Prize for Arabic Fiction en 2016).

Chaher est un jeune fonctionnaire du Ministère des Biens de mainmorte (*). Son supérieur le charge de faire un rapport détaillé sur une bibliothèque oubliée de (presque) tous et pas facile à trouver sans adresse précise ! « D’habiture, moi, au bureau, je ne fais rien. Je reste assis à attendre qu’on me donne une petite tâche. Cela se produit une fois par semaine. » (p. 7). C’est que cette bibliothèque doit être démolie en prévision d’une ligne de métro…

(*) Biens de mainmorte (ou waqfs) : ce sont les donations qui deviennent immobilisées, inaliénables (extrait de la note de bas de page 9).

La bibliothèque s’étend sur 5 étages ; elle aurait été fondée il y a 70 ans, dans les années 1930, par Ibrahim Asali pour son épouse bien-aimée).

« Voici un roman, puis un essai de théologie comparative, suivi d’un ouvrage d’économie. Un assemblage incohérent de sujets hétéroclites. Aucun ordre dans les rayons. » (p. 10). « Je n’ai pas encore entamé la moindre évaluation de la bibliothèque : c’est à peine si j’en ai fait le tour. Comment vais-je décrire la bâtisse et rédiger ce rapport ? Vais-je me résigner à bâcler la besogne en deux pages dans lesquelles je recommanderai d’abandonner cet établissement, ou bien m’acquitter vaillamment d’un rapport complet et détaillé ? » (p. 34). Chaher a bien du mal à commencer son rapport, aucun catalogue, aucun inventaire, aucune cote… « Il est temps que je me mette au travail ! » (p. 47).

Les chapitres alternent entre la pensée de Chaher et la pensée de Dr Sayyid, un des lecteurs de la bibliothèque. D’ailleurs, Sayyid : « Ce jeune homme s’entoure d’un mur ! Un rempart le sépare des autres. C’est un solitaire […]. Il m’intrigue drôlement. » (p. 58) et « S’agissant de ce jeune homme, je patienterai. À ce jour, je ne me suis jamais trompé sur personne. Je ne pense pas qu’il me décevra. […] Naturellement, il n’y aura personne d’autre que moi pour le guider et l’aider à découvrir l’endroit. » (p. 59).

Un article de presse parle de la bibliothèque à la fin des années 80 mais « Depuis ce temps-là, la bibliothèque a sombré dans l’oubli et l’abandon ; jusqu’au jour où on s’est mis à parler du métro. » (p. 71) et « Depuis quelque temps, ma vie est atrocement monotone. Rien de neuf, absolument rien. Toujours la même chose, la même répétition, au point que tout me semble hideux. Seul élément perturbateur : Chaher. Un garçon tout à fait mystérieux, bien que charmant. J’ai résolu de l’interroger sur la nature de ce rapport qu’il rédige. » (p. 131).

De son côté, Chaher : « Si je découvre qu’en effet l’homme a fondé cette bibliothèque dans l’idée de servir la population, je pourrais bien recommander de la laisser telle quelle, au lieu de la détruire. » (p. 72). « Cette mission me pèse, elle m’empoisonne l’existence et me fait perdre mon temps si précieux, qui profiterait bien plus à la direction générale si je restais assis à mon bureau. » (p. 94). Ah ah, la bonne blague, vu qu’il a dit au début qu’il ne faisait rien et restait assis à attendre !!!

J’ai recopié plusieurs extraits car il y a de très belles phrases dans ce roman mais c’est une petite déception pour moi… Car ça ne décolle pas… En plus, lorsqu’une décision a déjà été prise en haut-lieu, c’est que tout est déjà plié… Toutefois, le roman est intéressant dans ces questionnements sur le livre, la traduction et l’utilité d’une bibliothèque.

Une lecture de la Rentrée littéraire janvier 2019 mais il est trop tard pour comptabiliser ma note de lecture dans le challenge pourtant j’ai lu le roman dans les temps.

Diskø de Mo Malø

Diskø de Mo Malø.

La Martinière, mars 2019, 416 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-73249-026-7.

Genres : littérature française, roman policier.

Mo Malø… Je remets ce que j’avais rédigé pour Qaanaaq, le premier tome des enquêtes de Qaanaaq Adriensen : Difficile d’avoir des infos sur cet auteur (apparemment français) qui publie sous pseudonymes. Mo Malø est un de ses pseudonymes – pour son premier roman policier – et j’ai l’impression qu’il fait écho à Jo Nesbø (auteur de polars, norvégien).

Sept mois après les événements de Qaanaaq : meurtres au Groenland, Qaanaaq Adriensen s’est installé à Nuuk (sud-ouest du Groenland) avec ses jumeaux adoptés, Jens et Else, et il est devenu chef de police au Politigarden de Nuuk. « Outre son attachement pour ce lieu et ses habitants, l’envie d’élucider pour de bon le mystère de ses origines avait pesé lourd dans la balance. » (p. 31-32).

Le lecteur retrouve l’adjoint de Qaanaaq, Apputiku Kalakek dit Appu, et l’équipe du Politigarden, Søren, Pitak, Lotte, Bodil, entre autres et Mikkel, pilote du nouvel hélicoptère.

Dans la baie de Diskø, un homme a été retrouvé dans un bloc de glace ! « Comment ce type blond d’apparence solide, au regard clair et franc de Viking, avait-il pu finir sa vie prisonnier de ce linceul de glace ? » (p. 39). Le mort est Leonard Kelly, un glaciologue américain et Qaanaaq va avoir une sacrée surprise !

L’enquête avance mais Bodil, sœur d’Appu, réceptionniste au poste de police, est enlevée et une vidéo la montre dans une fosse de glace similaire à celle de Kelly : il ne lui reste que deux heures à vivre. « La logique de la banquise était brutale, mais imparable. » (p. 95).

« C’était lui, Qaanaaq Adriensen, que les criminels visaient à travers les différentes victimes. C’était à lui et personne d’autre qu’on s’en prendrait encore dans un proche avenir. » (p. 248).

Si le premier tome traitait du nationalisme inuit (par rapport à l’État danois) et était passionnant, celui-ci traite de l’écoterrorisme et le suspense est au rendez-vous, l’horreur même car les terroristes sont prêts à tout, même à détruire les icebergs qu’ils sont sensés protéger ! Mais l’enquête traîne un peu en longueur… Mais le lecteur apprend encore pas mal de choses sur le Groenland et aussi sur les icebergs et la banquise.

Qaanaaq continue de prendre beaucoup de photos avec son Blad (HasselBlad, marque d’appareils photos suédois) et les titres de chapitres sont les dates et intitulés de ses photos (alors que les titres des différentes parties sont des mots inuits correspondant aux saisons).

J’ai préféré Qaanaaq premier tome.

Une lecture que je mets dans le Petit Bac 2020 (pour la catégorie lieu avec Diskø qui est le nom d’une baie en face de la ville touristique d’Ilulissat au nord-ouest de Nuuk) et Polar et thriller 2019-2020.

Tamanoir de Jean-Luc André d’Asciano

Tamanoir de Jean-Luc André d’Asciano.

Aux Forges de Vulcain, mars 2020, 240 pages, 18 €, ISBN 978-2-37305-079-0.

Genres : littérature française, roman policier, fantastique.

Jean-Luc André d’Asciano naît à Lyon en 1968. Il étudie la littérature et la psychanalyse. Il écrit et crée les éditions l’œil d’or fin 1999 (maison d’éditions indépendante et associative). Du même auteur : Cigogne, un recueil de nouvelles (Serge Safran, 2015) et Souviens-toi des monstres, son premier roman (Aux Forges de Vulcain, 2019).

Je remercie les Forges de Vulcain de m’avoir envoyé ce roman que j’ai pu lire une semaine avant sa parution en librairie.

Premier chapitre. Une petite visite matinale au cimetière du Père-Lachaise ? Monsieur Bourdet, qui va partir à la retraite, fait le tour du propriétaire avec son remplaçant, le jeune Pierre. La curiosité de ce coin du cimetière où plus personne ne vient, c’est Monsieur-Doyen, un clochard qui vit dans un caveau depuis 10 ans : il pue, ne parle pas et vit entouré de mouches et de chats ! Mais, ce jour-là, deux tueurs sont bien présents et tuent les trois hommes. Trois ? Eh bien, non, le vieux clochard s’est redressé et s’est enfui avec une chatte.

Deuxième chapitre. Où le lecteur fait la connaissance de Nathanaël Tamanoir à la Tentation de Saint-Antoine, un bar populaire dans lequel il vient boire son café tous les matins. Tamanoir, c’est un surnom que lui avait donné des camarades. « Un animal au long nez, à la silhouette bizarre, mi-effrayante mi-burlesque, et qui marche sur ses poings fermés tant ses griffes sont longues, et non rétractiles. Son portrait tout craché. » (p. 21). Dans le journal, Tamanoir lit : « Deux membres des Anges du sous-sol, association caritative œuvrant au soutien des SDF, retrouvés morts au Père-Lachaise. Une balle dans la nuque pour l’un, une dans la hanche et dans l’œil pour l’autre… Cela ressemble à une exécution du milieu… Aucun témoin… Trente ans de métier… Un tout jeune homme, venant juste de se marier… Aucune piste n’est exclue… Même celle de l’erreur criminelle… » (p. 25).

Troisième chapitre. Tamanoir file au cimetière et rencontre quatre aristos qui se lamentent de la disparition de Papy-chat, donc le clochard, et de sa minette. Il peut voir une photo de Papy-chat. « Maigre. Les yeux tellement enfoncés dans leur cavité que l’on ne distingue pas leur couleur. Des sourcils énormes, noirs. Une barbe jaunâtre, avec des coulures partant de la bouche. Des cheveux longs. Une bouche aux lèvres larges. Un incroyable réseau de rides. Pas de calvitie. Une balafre part du front, passe sur l’œil, descend sur la joue. Une marque distinctive. Le Tamanoir sourit. » (p. 38).

Chapitres suivants. Tamanoir mène l’enquête et entraîne le lecteur dans les rues de Paris mais aussi dans ses sous-sols. Le cimetière du Père-Lachaise et les catacombes donnent un petit côté gothique à ce roman policier. Une « farce policière » nous dit l’éditeur. J’ai souri deux ou trois fois, mais cette « farce » est une véritable enquête menée par un détective pour le moins atypique et attachant.

J’ai beaucoup aimé cette expression : « association à but crapulatif » (p. 84) : bien trouvé !

Un extrait pour vous donner une idée du ton de ce roman (Coventina, l’amie de Tamanoir, a été enlevée et il vient de la retrouver) : « Coventina ! – Dingue ! Même quand on se fait enlever, on subit du Manterrupting… Bon. Les gars-là, ce sont de drôles d’oiseaux. Genre charognards éborgnés, mais ils sentent le militaire en goguette. Bêtes, efficaces, lents, toujours en groupe. Et méchants. Ils puent la mort glauque, le cauchemar cannibale et le goût du mal. Et le légionnaire aussi. – Ils sentent la bière et le sable chaud ? – Ils empestent la basse-cour, façon Babel. Ça babille dans toutes les langues ces poussins-là, mais avec des verbes communs. Comme trucider, génocider, assassiner. Une internationale des méchants, avec quelques Angevins au milieu. – Des Angevins ? – Tu sais pas que le français parfait, c’est celui d’Angers ? Pas une pointe d’accent autour des châteaux ce la Loire, juste du vin, plus ou moins bon. N’empêche, vu comme ils m’ont regardée, ça m’a surprise de m’en tirer à si bon compte. » (p. 135).

Alors, on y va boire un coup au bar la Tentation de Saint-Antoine, rencontrer Tamanoir puis faire la connaissance d’Ishmaël qui lutte contre le mal ? « Bah moi je travaille avec des diables et des êtres d’outre-monde. Des fois, j’ai besoin d’eau bénite. D’où les pistolets en plastique. Cela fait un peu comme des lance-flammes, tu vois ? » (p. 170-171).

Tamanoir est une belle découverte, un roman policier hors-norme, parfois drôle, parfois dramatique, avec une pointe de fantastique (Ishmaël et sa chatte, zut j’ai oublié de noter son nom, seraient… immortels !).

Pour les challenges Lire en thème (en mars, un animal sur la couverture) avec les chats du cimetière, Littérature de l’imaginaire #8 (pour le côté gothique et fantastique), Petit Bac 2020 (catégorie Animal avec Tamanoir) et Polar et thriller 2019-2020.