Perdus en forêt de Helle Helle

Perdus en forêt de Helle Helle.

Phébus, janvier 2020, 160 pages, 16 €, ISBN 978-2-7529-1124-7. Hvis det er (2014) est traduit du danois par Kakob Jakobsen.

Genre : littérature danoise.

Helle Helle, de son vrai nom Helle Olsen, naît le 14 décembre 1965 à Nakskov, une île au nord-est du Danemark. Elle est publiée depuis 1993 (une dizaine de romans). Vous parlez danois ? Plus d’infos sur son site, http://www.hellehelle.net/ (une page en anglais).

Dans une forêt du Jutland, un homme et une femme courent, ils ne se connaissent pas et se croisent par hasard. Mais, lorsque la nuit tombe, ils sont tous deux perdus et se recroisent. Ils vont passer la nuit ensemble et parler. « Nous continuons un moment sans rien dire. La lumière diminue drastiquement. » (p. 16).

Le thème de base est tout simple mais l’idée m’a plu et puis je n’ai jamais lu cette autrice danoise apparemment réputée. Mais… Commencé en mars, ce roman m’est tombé des mains, blabla, ennui… Je pensais le terminer en avril mais je l’ai laissé traîner ! Je reprends sa lecture dans le cadre du Marathon de l’été 2020 – semaine 1 avec la thématique « Terminer ses livres en cours ».

Je reprends donc à la page 72 et je suis un peu perdue… Ah oui, elle raconte, à l’inconnu donc, qu’elle vivait en coloc puis tout le monde est parti et elle s’est retrouvée seule… Plus tard, elle a revu Christian qui avait un fils de trois ans (Magnus, surnommé Buller) mais qui n’était pas en couple alors elle a travaillé avec lui au magasin de ses parents et ils se sont mis ensemble.

Pendant qu’elle raconte, la nuit et le froid se sont bien installés… même s’ils ont trouvé un abri. « Quand crois-tu que nous allons nous en sortir ? me demande-t-elle à un autre moment, sous les couvertures. » (p. 113). Allez, que le jour se lève et qu’ils puissent repartir, qu’on en finisse ! Mais lui est blessé au pied et elle n’a fait que vomir…

Je suis passée à côté de ce roman, mais alors totalement ! Je l’ai pourtant lu jusqu’au bout pour connaître le fin mot de l’histoire mais il n’y en a pas… Je trouve qu’il n’a ni queue ni tête, il est bavard et sans humour… D’autres ont aimé mais Aifelle, comme moi, n’a pas été convaincue alors qu’elle avait apprécié un précédent roman de Helle Helle.

Je ne pense pas relire cette autrice danoise mais je mets tout de même ce roman dans Challenge de l’été (Danemark) et Voisins Voisines 2020 (Danemark aussi).

Le violoniste de Mechtild Borrmann

Le violoniste de Mechtild Borrmann.

Le Masque (JC Lattès), août 2014, 148 pages, 19 €, ISBN 978-2-70244-027-8 mais je l’ai lu en poche : Le livre de poche, collection Policier, janvier 2016, 312 pages, 7,70 €, ISBN 978-2-253-09289-6. Der Geiger (2012) est traduit de l’allemand par Sylvie Roussel.

Genres : littérature allemande, Histoire, roman policier.

Mechtild Borrmann naît en 1960 à Cologne (c’est-à-dire Köln) en Allemagne (à l’époque, de l’Ouest). De par ses études, thérapeute par la danse et le théâtre, elle se lance en littérature en 2006 avec un roman policier, Rompre le silence (Wenn das Herz im Kopf schlägt) qui reçoit un prix (le Deutscher Krimi Preis). Suivront ensuite : Morgen ist der Tag nach gestern (2007), Mitten in der Stadt (2009), Wer das Schweigen bricht (2011), Der Geiger (2012) soit Le violoniste (Le Masque, 2014), Die andere Hälfte der Hoffnung (2014) soit L’envers de l’espoir (Le Masque, 2016) et Trümmerkind (2016) soit Sous les décombres (Le Masque, 2019). Plus d’infos sur son site, http://www.mechtild-borrmann.de/, en allemand, natürlich !

Mai 1948, Moscou, Union Soviétique. Ilia Vassilievitch Grenko est ovationné par le public du Conservatoire Tchaïkovski. Lorsqu’il quitte la scène, il veut protéger son violon, un Stradivarius qui est dans sa famille depuis 1862. « Son arrière-arrière-grand-père, le violoniste Stanislas Sergueïevitch Grenko, l’avait reçu en cadeau du tsar Alexandre II, qui l’avait rapporté d’un voyage en Italie. Jusqu’à la révolution, on s’était transmis cette histoire avec fierté. » (p. 12). Mais il est arrêté… « Qu’est-ce que tu crains, Ilia Vassilievitch Grenko ? Si tout ça n’est qu’un malentendu, tu seras rentré chez toi avec ton violon, d’ici une heure ou deux. » (p. 14). Mais Grenko ne rentra jamais chez lui et son violon disparut… « Mon violon ! Où est mon violon ? » (p. 82). Pire, son épouse, Galina (célèbre actrice de théâtre) et leur deux fils, Pavel (3 ans) et Ossip (1 an) sont également déportés…

Juillet 2008, Cologne, Allemagne. Sacha Grenko est le petit-fils d’Ilia, il est Russe, né au Kazakhstan. Ses parents ont pu émigrer en Allemagne avec lui et sa jeune sœur, Viktoria (Vika). Sacha se souvient que « Les adieux à babouchka Galina, oncle Pavel et tante Alia avaient été déchirants, mais l’excitation pour le nouveau pays l’emportait sur la tristesse. » (p. 26). Le père de Sacha, c’est Ossip (qui n’avait qu’un an lorsque son père a disparu pour toujours). Malheureusement, peu de temps après leur arrivée en Allemagne, Ossip et son épouse meurent dans un accident de voiture. Sacha et Vika sont séparés : lui est mis dans un foyer et elle est adoptée. Dix-huit ans après, lorsqu’il retrouve sa sœur, pianiste dans un hôtel à Munich, elle est abattue sous ses yeux sans qu’il ait pu lui parler ! Elle ne lui laissé qu’un mot dans une enveloppe avec une clé de consigne de la Gare Centrale.

Que peut faire Sacha, qui ne connaît pas finalement l’histoire de son ancêtre ? Seul, il avait mal tourné mais, depuis 3 ans, il est spécialiste en sécurité informatique pour Jürgen Reger. Peut-être que son patron peut l’aider ?

Les chapitres alternent entre Ilia d’un côté et Galina avec les enfants d’un autre côté en 1948 (et années suivantes) et Sacha. Si une partie du Violonsite est historique, l’autre partie est construite comme un roman policier mais c’est de toute façon, dans le passé et dans le présent, dramatique.

Alors qu’Ilia Grenko, brisé, même s’il a tenu plus longtemps que d’autres, signe les aveux fantaisistes préparés à l’avance par la Komendatura et qu’il est condamné à 20 ans de goulag (camp de travail) à Vorkouta (Sibérie), on fait croire à Galina (son épouse) et à Mechenov (son mentor) qu’il a profité d’un concert à Vienne pour s’enfuir à l’Ouest avec son précieux violon. Galina et les enfants sont déportés à Karaganda (au Kazakhstan). « Elle parla aussi de son cœur mort, du vertige qui s’emparait d’elle à l’idée que sa déportation était bien la preuve qu’Ilia avait fui et l’avait abandonnée avec les enfants. » (p. 88).

De son côté, Sacha va remonter la piste avec ce que sa sœur lui a laissé à la consigne : leur album photos d’enfance, un paquet de lettres et il va découvrir qu’Ossip (leur père) avait contacté un avocat pour récupérer le violon familial. « Quinze jours avant l’accident. Sacha sentit sa gorge se nouer. » (p. 96). Munich, Bonn, Almata, Moscou… le récit se transforme en road movie dangereux pour Sacha. « Ils ont exterminé toute ma famille. Vous ne comprenez pas qu’il faut que je sache ce qui s’est passé et surtout qui est responsable ? Et puis, s’ils connaissent mon existence, qu’est-ce que je dois faire, selon vous ? Rester terré ici jusqu’à la fin de mes jours ? » (p. 120).

Le passé fait froid dans le dos (les arrestations arbitraires, les mensonges, les camps de travail soviétiques, le froid, les privations de sommeil, de soins et de nourriture, les mauvais traitements, la folie, etc.) et le présent est tout aussi dangereux car certains veulent encore en faire taire d’autres (la machine à broyer les humains fonctionne toujours) mais la vérité triomphera ! « Toutes les vérités ne sont pas encore bonnes à dire, mais l’heure viendra. » (p. 262).

C’était la première fois que je lisais cette romancière allemande et j’ai très envie de lire d’autres titres (il va y avoir la deuxième édition du challenge Les feuilles allemandes en novembre) alors avez-vous un titre à me conseiller plus particulièrement ou sont-ils tous excellents ?

Une lecture coup de poing, coup de cœur que je mets dans Challenge de l’été (Allemagne), Petit Bac 2020 (dans la catégorie Son pour violoniste), Polar et thriller 2019-2020 (et ce sera le dernier roman policier ici car la nouvelle édition du challenge commence demain) et Voisins Voisines 2020 (Allemagne).

Le guide SF à l’usage des lecteurs, 3 : le steampunk

Après Le guide SF à l’usage des lecteurs, 1 : le space opera et Le guide SF à l’usage des lecteurs, 2 : l’anticipation, voici Le guide SF à l’usage des lecteurs, 3 : le steampunk.

Soleil, juin 2020.

Le steampunk est un sous-genre de la science-fiction que j’apprécie particulièrement depuis que j’ai vu Le château dans le ciel (1986), Steamboy (2004) et Le château ambulant (2004). Les histoires steampunk se déroulent au siècle de la vapeur (steam) et en général dans l’Angleterre victorienne mais pas toujours (récemment, j’ai présenté Le réseau Bombyce 1 de Cécil & Corbeyran, une bande dessinée steampunk qui se déroule à Bordeaux). Le lecteur est donc dans un monde rétro-futuriste qui lie de façon souvent très esthétique passé et futur.

Le livret (de 9 pages) donne des références de romans, de films, de séries et de jeux vidéo puis présente des bandes dessinées steampunk parues chez Soleil et chez Delcourt. Il est consultable librement sur Calaméo.

Pour La BD de la semaine. Plus de BD de la semaine chez Noukette (et La BD de la semaine est en vacances jusqu’au 2 septembre).

Ric-Rac d’Arnaud Le Guilcher

Ric-Rac d’Arnaud Le Guilcher.

Robert Laffont, février 2015, 264 pages, 18 €, ISBN 978-2-22115-694-0.

Genre : littérature française.

Arnaud Le Guilcher naît en 1974 à Guingamp (Bretagne). D’autres romans : En moins bien (Stéphane Million, 2009), Pas mieux (Stéphane Million, 2011), Pile entre deux (Stéphane Million, 2013), Capitaine frites (Robert Laffont, 2016), Du tout au tout (Robert Laffont, 2018) et des recueils de nouvelles.

Jean-Yves, surnommé Jeanyf, à 14 ans et il est le seul jeune du village. Il vit à La Sourle avec son père Pierre-Yves, surnommé Pierryf. Malgré sa petite taille (1,30 m), il veut devenir footballeur. « À La Sourle, on est très souvent retraité, chômeur ou chômeur à la retraite, et on a rien d’autre à foutre que de se bourrer la gueule aux heures qui passent en traînant les savates. » (p. 18-19). Le père, Pierryf donc, travaille, il est sculpteur de pantins et de marionnettes mais il est tellement obsédé par la disparition de son épouse, Yvette, qu’il la peint et la sculpte partout dans la maison. « Il est farfelu mon père. Les habitants du village l’appellent Gepetto quand ils le croisent, mais ils le croisent plus souvent parce qu’il sort quasi plus de chez nous. » (p. 27). Une maison, assez belle d’ailleurs, devenue un mausolée en l’honneur d’Yvette, un champ immense, des arbres et de l’autre côté, un grand corps de ferme qui vient d’être racheté. Et plus loin, à quelques kilomètres, l’oncle Jacques-Yves, surnommé Jackyf, qui est herboriste et qui a un fils bizarre, Thierry-Yves, surnommé Thierry puis Soubirou depuis qu’il a vu la vierge dans son bol de cacao. Bref la routine mais un jour, tout est bouleversé avec les nouveaux voisins (ils ont emménagé le manoir aux 31 chambres en gîte rural, Le Silo) et leur fille de 14 ans, Bessie. « Mon père sort de son mutisme et dit sans regarder personne : « Y a pas de touristes ici, et y en aura jamais. À La Sourle, à part vieillir, y a rien à faire. » (p. 73).

« Je remonte dans ma chambre me changer et, tout le reste de la journée, je ronge mon frein en faisant mine de ne penser à rien, alors que je pense précisément à tout : l’amour, la vie, le sexe, la mort, l’avenir… Difficile d’avoir un programme plus complet. » (p. 96).

« Bessie, quand je suis en sa présence, c’est une putain d’insurrection. La révolte à portée de main. L’épilepsie et l’anarchie. Je trébuche, je bafouille, je tends les bras sans savoir pourquoi, je plie les genoux pour les mêmes raisons, je rougis, je balbutie… Demi-tour, gauche, droite, roulade, fente avant, cris de bête : je deviens incontrôlable. » (p. 130-131).

Ric-Rac est un roman rural, drôle, tendre, inventif et il n’y a pas de doute : je lirai d’autres titres d’Arnaud Le Guilcher parce que j’aime bien son humour proche de l’absurde.

Le chat qui n’aimait pas les croquettes d’Odrade

Le chat qui n’aimait pas les croquettes – Nuits blanches d’Odrade.

Sandawe.com, décembre 2016, 51 pages, 12,90 €, ISBN 978-2-39014-173-0.

Genre : bande dessinée suisse.

Odrade, de son vrai nom Marianne Teekens, est une dessinatrice et scénariste de BD née le 13 février 1964 près de Paris, de parents hollandais mais elle est Suissesse. Elle a la chance de participer aux cours de dessins de Rosinski à Sion (Valais, Suisse). Elle se fait remarquer dès 1997 à Angoulême. Sa nouvelle BD : Le bol d’or : 80 ans de régate sur le Léman (2018). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.odrade.ch/.

Préface de F’Murrr : « Car l’essentielle Question qui nous taraude tous, c’est : Quand est-ce qu’on mange ? Et puis : Qu’est-ce qu’on mange ? » (p. 5). J’adore !

Croquettes dans la nuit – Un chat qui n’aime pas ce que lui donne à manger son humaine, des boîtes et des croquettes donc, sort en cachette la nuit pour trouver de la vraie nourriture, de la viande crue. Il rencontre un lion, dans sa cage, qui lui n’a jamais mangé de croquettes alors il l’invite chez lui pour les goûter. « C’est délicieux ! Je se sais pas de quoi tu te plains ! » (p. 8).

Un chouette coach – Le même chat aimerait bien attraper une souris mais il n’y arrive pas alors que la chouette avec ses serres y arrive du premier coup. Il lui fait goûter ses croquettes. « Hmouais, c’est pas très bon. » (p. 10). Mais la chouette a une idée !

Voilà, ce sont les deux premières histoires. Il y en a 9 autres dans lesquelles le chat « est prêt à tout pour assouvir son appétit » mais « y a pas que la bouffe, dans la vie. » (p. 28).

Un noir et blanc somptueux (dessin au crayon blanc sur feuille noire, 2e vidéo, ci-dessous), riche en finesse et en détails.

Une très belle découverte pour La BD de la semaine, les challenges BD, Animaux du monde #3 et Challenge de l’été (avec la Suisse).

PLus de BD de la semaine chez Moka.

Le chat zen de Kwong Kuen Shan

Le chat zen de Kwong Kuen Shan.

Pocket, novembre 2011, 96 pages, 6,95 €, ISBN 978-2-26622-196-2. The Cat and the Tao (2002) est traduit de l’anglais par Alain Sainte-Marie.

Genres : littérature hongkongaise, poésie, peintures.

KWONG Kuen Shan est une Chinoise née à Hong Kong. Elle étudie l’anglais, la littérature chinoise et la peinture. Elle est peintre et calligraphe. Autres titres parus aux éditions L’Archipel : Le chat philosophe (2008) que je dois avoir quelque part dans un carton, Le chat à l’orchidée (2015), Le chat qui m’aimait (2017), Les quatre saisons du chat (2018) et Les 8 bonheurs du chat (2019). Ne sont pas parus en français : Portraits of Wales – A Chinese View (2015) et The Tao of Dogs (2016). Plus d’infos sur http://kwongkuenshan.net/.

« Je n’avais aucune connaissance des chats et je n’en avais jamais peint auparavant. » (p. 7). C’est qu’elle est allergique… Mais un jour, elle recueille Healey, le chat de voisins qui ont déménagé et qui revient plusieurs fois. Depuis, elle a eu d’autres chats et observent aussi les chats dans la rue, dans les jardins. « J’étais sous le charme absolu de leur élégance, de leur agilité, de leur endurance et, par-dessous tout, de leur indépendance et de leur force de caractère. » (p. 8).

Chaque œuvre de Kwong Kuen Shan – 40 peintures « avec un mélange de technique méticuleuse et de technique libre » (p. 8) – est associée à un texte classique de la littérature chinoise. « Les textes présentés dans ce livre sont un choix d’anciens proverbes chinois, de poèmes et de maximes des grands maîtres : Confucius, Lao Tzeu, Zhuangzi et Sun Zi. » (p. 10). Je rajoute Feng Menglong, Zuo Quining, Mencius, Gao Bogong, Bai Juyi, Zi Gong, Lu Xuoxun et Liu Xiyang pour être exhaustive. Et il y a aussi plusieurs sceaux différents qui sont répertoriés et expliqués en fin de volume.

Quel très beau livre, même en format poche ! Il est dépaysant, reposant et les peintures de Kwong Kuen Shan sont toutes superbes. Parmi mes préférées, allez 5 sur 40, c’est raisonnable : L’inexprimé qui est sur la couverture (p. 13), Une branche de magnolia (p. 29), Les deux frères (p. 47), Lotus (p. 65) et La cour (p. 81).

La peinture la plus drôle : La mangeoire à oiseaux (p. 49), devinez qui est dans la mangeoire à oiseaux !

Mon texte préféré : Grandir (anonyme, p. 72) : « L’avantage d’être tout petit : / Comme un brin d’herbe / qui lève les yeux vers les arbres, / Comme un torrent qui regarde vers l’océan, Comme une lanterne dans la chaumière / qui regarde les étoiles du ciel, / C’est que, étant tout petit, / Je peux voir ce qui est grand. »

Une belle lecture pour les challenges Animaux du monde #3, Cette année, je (re)lis des classiques #3 (textes classiques chinois) et Challenge de l’été (Hong Kong).

Opium de Maxence Fermine

Opium de Maxence Fermine.

Albin Michel, février 2002, 175 pages, 13,90 €, ISBN 2-226-13124-8.

Genres : littérature française, Histoire.

J’ai déjà parlé de Maxence Fermine avec les chroniques de Le tombeau d’étoiles, Tango Massaï, La petite marchande de rêves et Zen.

Ce roman commence comme cela : La vie de Charles Stowe, aventurier du thé…

1938 : Charles Stowe, fils unique de Robert Stowe, commerçant de thé et épices depuis 1816 à Londres, décide de partir pour la Chine à la découverte du thé qu’il aime depuis son enfance. Il y découvrira Chine, Thé et Opium.

1940 : Charles Stowe rentre en Angleterre où l’attend son père, il emporte avec lui son plant de thé blanc. Sur le chemin du retour, il rencontre Robert Fortune, connu comme le premier Britannique à avoir rapporté du thé de Chine et auteur de La route du thé et des fleurs.

Voici donc Opium ou l’histoire d’un illustre inconnu ! C’est un très beau roman qui se lit d’une traite, mais court, trop court !

Cette note de lecture est la refonte d’un billet déjà publié sur un autre blog en 2008, ceci pour le Mois anglais. En effet, ce roman raconte comment le thé chinois est arrivé en Angleterre : c’est super important, isn’t it ?

Zen de Maxence Fermine

Zen de Maxence Fermine.

Michel Lafon, octobre 2015, 140 pages, 14,95 €, ISBN 978-2-7499-2697-1.

Genre : littérature française.

Maxence Fermine naît le 17 mars 1968 à Albertville (Savoie). Je l’ai découvert avec Neige et Le violon noir en 1999 aux éditions Arléa puis L’apiculteur en 2000 chez Albin Michel. Depuis, j’ai lu une grande partie de ses romans mais pas tous.

Peu à peu, je récupère mon retard dans la publication de notes de lectures plus anciennes qu’il serait dommage de ne pas publier.

Maître Kuro (*) est calligraphe. C’est un « art subtil » et « mêlant la peinture à l’écriture » (p. 11), une « sagesse millénaire » que le maître pratique « avec verticalité, harmonie, simplicité et élégance » (p. 12). Il vit près de Kyoto, en forêt, dans une petite pagode de trois pièces. « La première pour vivre, la deuxième pour dormir et la troisième pour travailler. Triade magique. » (p. 22). Il s’occupe d’un petit jardin zen et adopte un chaton perdu. Maître Kuro a une vie modeste mais il est heureux ; il se promène en forêt, médite, se rend de temps en temps à Kyoto pour acheter ce dont il a besoin et reçoit parfois un élève. Un jour arrive une enveloppe rouge : Yuna de Kyoto, 30 ans, souhaite recevoir des cours « afin de parfaire son art » (p. 47). Et la vie du maître va être bouleversée !

(*) kuro signifie noir en japonais. Noir comme l’encre utilisée pour les calligraphies.

Zen est un roman court mais intense (les chapitres font une à trois pages et je n’ai pu m’empêcher de tourner les pages pour découvrir le chapitre suivant). Écrit avec élégance et finesse comme une belle calligraphie, le récit est poétique et dépaysant. C’est une ode à la calligraphie, au zen, à l’amour. Et puis, Maxence Fermine est un de mes auteurs français préférés !

Petit bémol : la police de caractère n’est pas jolie du tout ! Les lettres sont malingres et ça gâche un peu le plaisir de lecture…

Quelques extraits pour vous mettre dans l’ambiance.

« Le zen est une voie d’authenticité et d’éveil. Un état d’esprit. Basé sur le relâchement, la concentration et la méditation. Pour y parvenir, il est nécessaire d’entretenir son corps et de cultiver son esprit. Retrouver la notion de geste naturel. Rester vrai. Un temps. Puis cette dernière phrase. Absolue et nécessaire. C’est le seul chemin à suivre pour connaître la plénitude. » (p. 61).

« L’unique trait du pinceau ne dessine pas, il révèle seulement ce qui existait déjà. » (p. 73).

« La musique la plus difficile à créer, mais certainement la plus belle, est celle du silence. » (p. 73).

L’humilité du maître : « Vous êtes douée, c’est certain. Et même si vous avez encore beaucoup à apprendre, vous progressez si vite qu’un jour prochain, c’est peut-être moi qui rêverai de posséder le dixième de votre talent. » (p. 87).

Une définition du zen ? « Le zen, c’est la vacuité. La paix intérieure […]. (le zazen) C’est s’asseoir en silence, parfaitement immobile, et faire le vide en soi. […] Ne plus courir. Apprendre à vivre et à observer. Devenir immobile. Et contempler ce qui nous entoure. Avec un ravissement toujours plus grand. Voilà le début du zen. » (p. 108).

Paix intérieureNe plus courir. Apprendre à vivre et à observer… Sages conseils que je m’applique à suivre le plus possible et j’espère que vous aussi !

Le guide SF à l’usage des lecteurs, 2 : l’anticipation

En novembre l’année dernière, j’avais lu avec intérêt Le guide SF à l’usage des lecteurs, 1 : le space opera. Eh bien, voici Le guide SF à l’usage des lecteurs, 2 : l’anticipation.

Soleil, février 2020.

L’anticipation est un sous-genre de la science-fiction, et même précurseur de la science-fiction (avec Jules Verne par exemple). Les romans ou nouvelles d’anticipation se déroulent dans le futur (proche ou plus lointain) et ce peut être des dystopies (ex. 1984 de George Orwell) ou des utopies (ex. L’île d’Aldous Huxley) avec soit un pouvoir totalitaire soit un monde qui paraît irréalisable.

Le livret (de 8 pages) donne quelques références littéraires et cinématographiques puis présente des bandes dessinées d’anticipation parues chez Soleil et chez Delcourt. Il est consultable librement sur Calaméo.

Pour La BD de la semaine. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

L’académie diplomatique d’Isuldain – Les ombres assassines d’Arthur Ténor

L’académie diplomatique d’Isuldain – Les ombres assassines d’Arthur Ténor.

Scrineo, août 2018, 176 pages, 12,90 €, ISBN 978-2-36740-628-2. Ce roman a été sélectionné pour le Prix Littéraire de l’Imaginaire BooktubersApp (PLIB) en 2019 et pour le Prix Livre Élu en Livradois-Forez en 2019-2020.

Genres : littérature française, jeunesse, fantasy.

Arthur Ténor, de son vrai nom Christian Escaffre, naît en 1959 dans l’Allier (Auvergne). Il était instituteur avant d’être écrivain jeunesse spécialisé dans l’imaginaire. Son premier roman paraît en 1998. Depuis, plus de 100 romans sont parus et il a reçu plusieurs prix littéraires. Du même auteur chez Scrineo : Les Fabuleux (2013), Le royaume des Sept Tours (2015), Pourquoi ? Le combat des anges (2017), Le collectionneur de monstres (2019), entre autres. Plus d’infos sur son blog.

Dans l’Empire d’Isuldain, à Éa-Kyrion, la capitale, « la ville aux mille dômes » (p. 29). De nuit, un rôdeur s’introduit dans la villa de maître Gouhni. Il tue les cinq veilleurs et maître Gouhni mais un mystérieux homme a raison de lui. « Tu avais raison, Athia, c’était une ombre assassine de la secte d’Anghor, déclara le justicier dans la langue des elfes. » (p. 12). Au même moment, un des silos à grains du Grand Marché est incendié et la nurserie des dragons sentinelles est attaquée. Parmi les spectateurs, impuissants, Memnéphiphéon (surnommé Phéon), un Elfide des Songes novice à l’Académie diplomatique. C’est donc sur des attaques terroristes que se déroule ce premier chapitre. Phéon partage sa chambre avec Mythrite, fille d’Akréon, une Sorcière, Éléona, une Elfide (heureusement, Özgorde, son dragon qui était à la nurserie est sain et sauf), Orhass, un Magicien, et Ivaar, fils d’Igmar le Preux, un Maraudeur. Leur mentor Méléandion, un humain, « dignitaire de la très puissante Confrérie des Magiciens » (p. 21) leur assigne un dernier locataire (car la chambrée est complète à six), un sang-gris ! « Déjà qu’à cinq on manque de s’étriper à chaque minute, si en plus un monstre mi-homme mi-orque nous rejoint… » (p. 25).

On devine dès le début que l’auteur parlera d’amitié, d’acceptation de l’autre, de solidarité, de confiance et de courage. C’est sûr que chacun a son histoire, ses traditions, ses a priori, et que ça ne va pas être facile surtout s’ils pensent être en compétition les uns avec les autres… C’est que le corps diplomatique est très important pour l’équilibre de l’Empire. Et, avec Anghor, un dieu ancien, oublié depuis des siècles, violent, fourbe, sorti de l’oubli par des fanatiques religieux sanguinaires, l’auteur parlera aussi des problèmes de société, de religion et de misogynie (ce dieu déteste les femmes et la féminité).

Mais, alors que les jeunes de la chambrée vont à la rencontre de leur sixième camarade, ils sont témoins d’un autre attentat : un homme lance des fioles qui explosent et s’enflamment au contact des passants. Akron, c’est le sang-gris, éberlué et indigné de voir ça dans cette belle cité, va être le seul à intervenir.

Akron, « éduqué par un maître-instructeur qui fut mentor auprès du roi de Ligourie » (p. 37) fait la connaissance de ses camarades de chambrée. « […] Akron éprouva une vive émotion, celle de prendre enfin conscience qu’une nouvelle vie commençait pour lui, avec de nouveaux compagnons d’apprentissage, point trop laids de surcroît. Cela ne lui était jamais arrivé d’en gagner cinq d’un coup. » (p. 37).

Il y a quatre chambrées de six élèves donc vingt-quatre novice d’accès (leur première année), « jeunes esprits issus de tous les horizons de l’Empire » (p. 39). Voilà, on est dans une histoire genres Harry Potter pour l’école et le Seigneur des anneaux pour la fantasy et toutes ses créatures. La chambrée de Phéon et ses camarades s’appelle les Crépusculaires (nom donné par Akron). Les autres chambrées se nomment les Vaillants, les Bienveillants et les Perspicaces.

Mon passage préféré : « Les humains sont ainsi faits qu’ils éprouvent une aversion quasi instinctive envers leurs semblables, dès lors qu’ils présentent une singularité. C’est assez curieux d’ailleurs et difficile à comprendre : ils détestent l’uniformité et ne peuvent tolérer la différence. Si un jour tu trouves une explication, n’hésite pas à m’en faire part. » ( Éléona à Akron, p. 78-79).

Je n’en dis pas plus, lisez ce roman et vous passerez un bon moment de lecture ! Belle couverture, en tout cas, avec les six membres des Crépusculaires. J’aurais voulu en savoir un peu plus sur eux, leur passé, leur motivation, on en sait un peu sur Akron mais pas sur les autres, peut-être y aura-t-il une suite ?

Pour les challenges Jeunesse Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8 et Summer Short Stories of SFFF – S4F3 #6.