Animal de Sandrine Collette

Animal de Sandrine Collette.

Denoël, collection Sueurs froides, mars 2019, 288 pages, 19 €, ISBN 978-2-20714-974-4.

Genres : littérature française, roman noir, thriller.

Sandrine Collette naît en 1970 à Paris. Elle étudie la littérature, la philosophie (master) puis la science politique (doctorat) et devient professeur universitaire et consultante. Elle s’installe dans le Morvan avec des chevaux et écrit son premier roman, Des nœuds d’acier, publié en 2013 par Denoël qui relance la collection Sueurs froides (1972-1998). Viennent ensuite chez Denoël, Un vent de cendres (2014), Six fourmis blanches (2015), Il reste la poussière (2016), Les larmes noires sur la terre (2017), Juste après la vague (2018), Animal (2019) puis chez JC Lattès, Et toujours les forêts (2020), Ces orages-là (2021) et On était des loups (2022) soit un roman par an (et plusieurs prix littéraires). Plus d’infos sur sa page Facebook.

Mara, la trentaine (« elle aurait été incapable de donner son année de naissance » p. 10), est veuve et survit seule « Mais manger était devenu compliqué. » (p. 13). La nuit elle sort vérifier ses pièges pour avoir à manger mais elle doit faire très attention car les tigres de plus en plus nombreux – ils sont protégés et se reproduisent – font de même. Une nuit donc, en allant vérifier ses pièges, Mara voit un petit garçon attaché à un arbre, elle le libère et l’emmène dans sa cabane. La nuit suivante, c’est une fillette et elle fait de même. Mais elle sait qu’elle n’aurait pas dû… « Deux enfants sauvages. » (p. 15) de 4 ou 5 ans et elle sait qu’elle ne doit pas rester là avec eux qu’elle a appelé Nun et Nin. De mon côté, je ne sais pas si ce sont des enfants abandonnés par leurs parents qui avaient trop de bouches à nourrir ou si ces enfants sont des sacrifices faits aux tigres pour qu’ils ne s’approchent pas du village mais je verrai bien car cette introduction me plaît beaucoup !

Mara quitte donc la cabane avec les deux enfants mais, lorsqu’ils arrivent en ville, ils voient que c’est un bidonville aux « constructions précaires » (p. 17) et aux odeurs atroces, « la merde et l’humidité mélangées » (p. 17)… Ils s’installent dans une maison inoccupée, « C’était petit, sale et sombre. Mais dans ces neuf mètres carrés on logeait en général six à huit personnes, alors elle s’était tue. » (p. 18). Eh bien, je connais des personnes qui ont été enchantées de leur voyage au Népal mais, apparemment, elles n’ont pas vu ça… la misère, la violence… ou alors elles ne sont pas allées à Pokhara !

Vingt ans plus tard, un groupe d’Européens est dans le Kamtchatka pour une chasse à l’ours. Lior, une Française, son mari, Hadrien, un couple d’amis, comme eux sportifs et chasseurs, Annabelle et Gauvain, ainsi qu’Oscar un Suédois, Jonas et Vlad le vieux guide. C’est de Lior qu’on va parler, « […] la chasse, elle l’avait dans le sang depuis toujours » (p. 36), « quand elle chassait, elle était vivante » (p. 37). Je me dis, à ce moment de la lecture, que Lior, c’est Nin, je verrai si j’ai raison mais c’est logique et je sais que Lior ne va pas me plaire. Quant à Hadrien, « il n’aimait pas la chasse, et il n’aimait pas les chasseurs » (p. 38) et même s’il pense souvent à la folie, à la sauvagerie de son épouse, il est fasciné par Lior depuis leur rencontre cinq ans auparavant et il lui suffit que Lior l’aime pour qu’il la suive.

Je déplore fortement cette idée que se racontent les chasseurs sur leurs proies, « tous, ils ont leur chance » (p. 46), non, devant leurs fusils, les animaux n’ont aucune chance et ils se mentent à eux-mêmes, ils mentent aux autres et ils le savent très bien ! D’ailleurs, plus loin, « Ils parlent du maintien des effectifs, de l’équilibre des espèces. Vivent dans un monde de mensonges qu’ils se servent à eux-mêmes : ils sont là pour le sang et rien d’autre, pour ce geste que nulle part ils n’ont plus le droit de commettre entre eux, et dont ils rêvent tout éveillés – armer, viser, tuer. » (p. 56), voilà des mots sensés mais mon passage préféré est « et si l’ours était réellement plus intelligent qu’eux ? » (p. 76).

La chasse ne se déroulera pas comme prévu… et c’est ce qui fait tout le sel de ce roman inquiétant et violent ! J’ai aimé que les chapitres alternent entre Hadrien et l’ours, être dans la tête d’Hadrien qui poursuit Lior et être dans la tête de l’ours poursuivi par Lior. « Comment se débarrasser du petit être qui ne se laisse pas perdre. » (p. 137). Animal est un roman mi-humain mi-animal, un roman intense, dense et passionnant. Après avoir apprécié On était des loups (2022), je suis ravie de découvrir un autre roman de Sandrine Collette et je peux vous dire qu’il y aura d’autres titres !

Pour ABC illimité (lettre S pour prénom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 8, un livre qui se passe à la montagne), Challenge lecture 2023 (catégorie 4, un roman dont le titre est un seul mot), Petit Bac 2023 (catégorie Animal avec… Animal), Polar et thriller 2022-2023 (pas vraiment d’enquête mais un roman noir et thriller) et Un genre par mois (en février, du rire aux larmes, drame).

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Du plomb dans la tête d’Olivier Bocquet

Du plomb dans la tête d’Olivier Bocquet.

Michel Lafon, mars 2020, 378 pages, 17,95 €, ISBN 978-2-74994-051-9. Je l’ai lu en poche : Pocket, n° 18384, octobre 2022, 408 pages, 9 €, ISBN 978-2-266-32-0245. Merci à Lecteurs.com.

Genres : littérature française, roman policier.

Olivier Bocquet commence sa carrière de romancier en 2010 avec Turpitudes (avec un concours organisé par Pocket) et sa carrière de scénariste BD en 2013 avec La colère de Fantomas (3 tomes avec la dessinatrice Julie Rocheteau). Il adapte en bandes dessinées (avec la dessinatrice Léonie Bischoff) 3 tomes des romans policiers de Camilla Läckberg : La princesse des glaces (2014), Le prédicateur (2015) et Le tailleur de pierre (2018). Mais surtout il scénarise Terminus, le dernier tome de Transperceneige (avec Jean-Marc Rochette au dessin) en 2015 puis Ailefroide, altitude 3954 en 2018. Chez Dupuis, la série jeunesse Frnck voit le jour en 2017 ainsi que Triomphe de Zorglub dans la série Spirou et Fantasio en 2018.

Juin 2010. Le lieutenant William Toulouze et le commandant Serge Parrot sont appelés en pleine nuit sur une scène de crime dans une forge du bois de Fontainebleau. Enfin, c’est plus une scène de séquestration et de torture puisque l’homme est en fait vivant mais il est bien amoché et son tortionnaire lui a versé du plomb fondu dans les yeux… Au moment où cet homme entre à l’hôpital, Rachel Kuklinski en sort, elle vient de se faire avorter.

Alors que « Toulouze a autant d’humour qu’une sardine » (p. 44, MDR), le commandant Parrot en a à revendre : il met le lieutenant Toulouze en binôme avec une lieutenante stagiaire, « Elle est en fin de formation, c’est son dernier stage, après quoi a priori elle va être affectée ici. […] – Pas de problème. Vous pouvez compter sur moi. Je vais lui apprendre tout ce qu’il y a à savoir sur le métier – J’en suis certain. » (p. 46). Eh bien, elle part sur les chapeaux de roues cette enquête, un lieutenant maladroit et parfois incompétent, une stagiaire inexpérimentée… Mais je sais que le roman va me plaire grâce au style efficace de l’auteur et à l’ambiance qu’il a installée dès le début.

Sur fond d’élections municipales, d’enquête non résolue de femme enceinte assassinée, avec des extraits d’articles de journaux, le journal de Rachel Kuklinski (qui n’est autre que la lieutenante stagiaire), une déclaration de disparition de personne en ce qui concerne Thomas Bourriol, l’enquête avance… Ce que l’auteur donne à lire est diversifié et très prenant.

Lorsque l’homme sort du coma, Thomas Bourriol, c’est bien lui, est interrogé par le commandant Parrot. Il est aveugle (évidemment avec le plomb fondu dans les yeux…), il a la mâchoire fracassée et attachée, le cerveau dans le même état mais il se rappelle de tout et peut parler… plus ou moins bien. « Et vous chavez le plus drôle ? Chi je le voyais en photo ou dans la rue, je le reconnaîtrais auchitôt. J’ai chon vijage imprimé dans ma mémoire. Mais je ne le verrai jamais en photo ni dans la rue. Cooo-oonnard. C-c-c-connard. Connarconnarconnarconnard. Je ne verrai plus jamais rien. » (p. 130). Syndrome de Tourette… et hypersensibilisation aux bruits… « Vouj entendez ? – Heu… non, quoi ? – Ch’est comme cha toute la journée ! Vous pouvez pas demander aux infirmières de baicher le chon ? Elles refujent de m’écouter ! Elles dijent que ch’est dans ma tête ! Connasses ! Connasses de pétasses de putes de connasses ! […] Ah, cha fait du bien quand cha ch’arrête, merci ! Non, je vous dis, je chais pas pourquoi ce type m’a torturé comme cha. À mon avis, ch’est juchte un fou, je vois pas d’autre ekchplicachion. » (p. 131). Euh… je me suis demandé pourquoi il ne disait pas « connaches » et « pétaches », peut-être que les insultes qui viennent avec le syndrome de Tourette sont gérés différemment par le cerveau ?

Comme je le disais ci-dessus, l’enquête avance, pas vite et pas toujours dans les règles (la stagiaire a pris quelques libertés) mais, finalement, elle s’entend bien avec le lieutenant Toulouze. « Ça vous est déjà arrivé d’être dans une situation comme ça ? lui demande Rachel. – Une situation comment ? – Que le chef vous demande d’arrêter une enquête en cours parce qu’elle le dérange. Toulouze ne peut retenir un petit mouvement de surprise. Rachel dit les choses sans filtre, lui-même n’avait pas osé se le formuler comme ça : l’enquête dérange le chef. C’est la seule raison de son classement. » (p. 215-216).

Ouah, c’est du costaud, énoooorme, je me suis régalée et j’ai très envie de lire Turpitudes ! L’auteur a traité avec brio plusieurs thèmes, les caméras de surveillance (sont-elles vraiment utiles ?), comment est menée une enquête difficile (voire impossible à résoudre), le syndrome de Tourette (ou le fait de ne pas pouvoir s’empêcher de dire des gros mots), la violence, la vengeance, la loi et les ordres des supérieurs (peut-on passer outre ?)… et tout ça avec de l’humour (qui est bienvenu avec toutes ces horreurs). Une très bonne surprise !

Ce roman fait partie de la sélection pour le Prix Nouvelles voix du polar 2023 (macaron en haut à gauche de la couverture), 6 romans français et 7 romans étrangers. Et Pocket fête ses 60 ans !

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 17, un livre d’un auteur français, 3e billet), Challenge lecture 2023 (catégorie 56, un roman dont le titre comporte le nom d’un métal), Polar et thriller 2022-2023 et Un genre par mois (en février, du rire aux larmes, drame).

Des oiseaux de Paolo Pellegrin

Des oiseaux de Paolo Pellegrin.

Atelier EXB, collection Des oiseaux, octobre 2021, 104 pages, 35 €, ISBN 978-2-36511-312-0.

Genres : beau livre, photographies.

Paolo Pellegrin naît le 11 mars à Rome en Italie. Il étudie à l’Institut de photographie de Rome. Il est photojournaliste à l’internationale. Ses œuvres sont présentées dans plusieurs expositions et publications et il reçoit plusieurs prix. Plus d’infos sur Magnum Photos.

Ce très beau livre est le 11e tome de la collection Des oiseaux. Il contient 44 photographies en noir et blanc. Le texte (en fin de volume) est de Guilhem Lesaffre. Il existe en version française et en version anglaise, et aussi en version illimitée sous coffret [ici].

Je l’ai consulté trois fois pour bien m’imprégner des photographies. J’aime les rapaces et j’ai visité une partie de cette forêt mais je n’ai pas vu ces milans noirs (tobi en japonais)… Peut-être que je n’ai pas assez levé la tête ou que ce n’était pas la bonne saison pour les voir…

À Kyoto, le Shimogamo (temple Shimo) est situé au nord du delta de la rivière Kamo (Kamo-gawa en japonais, ce qui signifie rivière aux canards) et il se dresse au cœur de la Tadasu no Mori (ce qui signifie forêt de la vérité). Ce sanctuaire shintô a été construit au VIIe siècle dans une forêt primaire peuplée de milans noirs.

« Planant haut dans le ciel, tombant soudainement à pic, virevoltant avec puissance toutes ailes déployées avant de surgir parmi les frondaisons, les milans exécutent avec maestria un joyeux ballet choral. L’objectif tourné vers la pureté abstraite de l’azur, Paolo Pellegrin a saisi leur fulgurante vitesse dans des cadrages serrés : les oiseaux semblent jaillir du cadre ou en sortir à toute allure. Rémiges effilées, serres en position aérodynamique pour mieux filer dans l’espace, silhouettes souples et fuselées : les chorégraphies se succèdent, en soliste, en duo ou en groupe. Les milans noirs glissent dans les airs, opèrent des loopings, dessinent des figures acrobatiques. Ils se détachent sur des ciels aux noirs et blancs saturés, nous fixent, nous défient, nous surprennent. Leur majesté force l’admiration. Leurs rémiges se font doigts, leurs ailes deviennent capes. Défiant les lois de la pesanteur, immergés dans les profondeurs des sous-bois, les oiseaux de Pellegrin nous invitent à pénétrer dans un monde mystérieux et fantomatique, où seule règne la présence animale. »

Pour ABC illimité (lettre D pour titre), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 14, le nom d’un animal dans le titre, 2e billet), Challenge lecture 2023 (catégorie 57, un livre documentaire) et Petit Bac 2023 (catégorie Animal pour Oiseaux).

Où est Anne Frank ! d’Ari Folman et Lena Guberman

Où est Anne Frank ! d’Ari Folman et Lena Guberman.

Calmann Lévy, collection Graphic, octobre 2021, 160 pages, 18 €, ISBN 978-2-70218-079-2. Where is Anne Frank ? (2021) est traduit de l’anglais par Claire Desserrey.

Genres : littérature israélienne, bande dessinée, littérature jeunesse.

Ari Folman naît le 17 décembre 1962 à Haïfa en Israël. Il est réalisateur et scénariste pour le cinéma. Il est scénariste de cette bande dessinée. Je me disais bien que je connaissais ce nom : j’avais beaucoup aimé le film d’animation Valse avec Bachir (2008) et il a aussi réalisé le film d’animation Où est Anne Frank (2021), site officiel (en anglais ou en allemand) et vidéo de la bande annonce ci-dessous.

Lena Guberman naît en Israël et commence à dessiner et à s’intéresser à l’art dès l’enfance. Elle étudie la communication visuelle à l’Académie Betzalel à Jérusalem et en sort diplômée en 2003. Elle est illustratrice (albums illustrés, pour les journaux), sculptrice et travaille avec Ari Folman sur The Congress (2013). Plus d’infos sur son site officiel et sur sa page FB.

De nos jours, la maison d’Anne Frank se visite. Un soir d’orage, Kitty, son amie imaginaire, sort du livre et devient réelle mais invisible. Elle voit les portraits… « Anne ?! Otto ?!… Edith ?… Où sont-ils tous ? Je commence à avoir peur. » (p. 9).

12 juin 1942, Anne reçoit un journal pour son 13e anniversaire. « Non seulement je n’ai jamais écrit, mais il me semble que plus tard, ni moi ni personne ne s’intéressera aux confidences d’une écolière de 13 ans. Mais, à vrai dire, cela n’a pas d’importance, j’ai envie d’écrire et bien plus encore de dire vraiment ce que j’ai sur le cœur une bonne fois pour toutes à propos d’un tas de choses. » (p. 13).

Bon, je ne raconte pas l’histoire, (presque) tout le monde la connaît et que vous la connaissiez ou non, lisez cette belle bande dessinée émouvante ! Mais je veux noter quelques extraits. « Anne, ma chérie, ta plus grande force, c’est ton imagination (son père, p. 54). « Personne n’en revient jamais. On raconte que ce sont des camps d’extermination. Ils séparent les hommes des femmes, les enfants des adultes. Ils tuent ceux qui sont trop faibles ou trop vieux. » (monsieur Dussel, p. 65). « Je me rends compte que cela ne nous mène nulle part. On aurait mieux fait de ne pas se cacher. Mieux vaut mourir que nourrir l’espoir que quelque chose de positif va se produire. Je n’en ai jamais eu peur, parce qu’au pire, je verrai l’au-delà comme dans la mythologie grecque : un paradis entouré de cinq fleuves magnifiques. » (Margot, la sœur d’Anne, 31 décembre 1944, p. 100).

Quant à Kitty, elle est invisible lorsqu’elle est dans la maison d’Anne Frank, mais si elle sort, elle devient visible aux yeux de tous et si elle s’éloigne du journal d’Anne, elle s’évapore. Elle est recherchée par la police car elle est partie avec le journal mais elle rencontre Peter (l’ami d’Anne s’appelait Peter) qui aide des réfugiés : il va l’aider et lui faire comprendre ce qui est arrivé à Anne et à sa famille.

Les dessins sont très beaux, l’histoire très fluide et j’aimerais bien voir le film d’animation. L’objectif des deux auteurs, avec ce roman graphique transposé à notre début de XXIe siècle, est « de toucher le plus grand nombre de jeunes lecteurs du monde entier. » (p. 156) et de faire comprendre qu’encore maintenant il y a des enfants et des familles qui sont touchés par la guerre et ont besoin d’aide. Une histoire profondément humaniste (et c’est bien un ! et pas un ? dans le titre).

Ils ont lu ce roman graphique (et/ou vu le film) : Bazaart de Baz’art, Calypso d’Aperto libro, Karine de Les chroniques de Koryfée, Mamzelle Potter, Raphaéla de CinéChronicle, d’autres ?

Pour 2023 sera classique (pour l’adaptation du Journal d’Anne Frank), ABC illimité (lettre F pour nom), BD 2023, La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Moka), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 2, une BD ou un manga, 3e billet), Challenge lecture 2023 (catégorie 25, un livre sur le thème de la seconde guerre mondiale), Jeunesse & young adult #12, Lire (sur) les minorités ethniques (j’ai vérifié, les Juifs ont toujours été une minorité ethnique, religieuse et persécutés…), Littérature de l’imaginaire #11 (je mets dans ce challenge parce que l’amie imaginaire prend vie, c’est donc du fantastique), Petit Bac 2023 (catégorie Prénom pour Anne), Tour du monde en 80 livres (Israël), Un genre par mois (en février, du rires au larmes, (romans feel good ou) drame).

On dirait que l’aube n’arrivera jamais de Paolo Rumiz

On dirait que l’aube n’arrivera jamais – Cahier de non-voyage de Paolo Rumiz.

Arthaud, août 2020, 208 pages, 13 €, ISBN 978-2-0815-1960-2. Il veliero sul tetto. Appunti per una clausura (2020) est traduit de l’italien par Béatrice Vierne.

Genres : littérature italienne, récit, témoignage.

Paolo Rumiz naît le 20 décembre 1947 à Trieste (Italie). Il est journaliste, écrivain et grand voyageur. Il a reçu de nombreux prix littéraire et plusieurs de ses titres sont parus en français, Aux frontières de l’Europe (2011), L’ombre d’Hannibal (2012), Pô, le roman d’un fleuve (2014), Le phare, voyage immobile (2015), La légende des montagnes qui naviguent (2017), Comme des chevaux qui dorment debout (2018), Appia (2019) dont j’ai entendu parler mais c’est la première fois que je lis cet auteur.

« Pendant le confinement, je me suis évadé, je l’avoue. J’ai scié les barreaux et hop, dehors. » (p. 11) « […] en me donnant des visions panoramiques de l’avenir. Et surtout en éveillant ma conscience d’être un privilégié uniquement parce que j’avais un toit sur ma tête et un garde-manger plein. Mais le vrai, le superbe don de cette pandémie, qui n’a pas été qu’une catastrophe, mais aussi un précieux avertissement, ce fut l’occasion de réfléchir. » (p. 11-12).

Voici donc le journal de bord de Paolo Rumiz, le cahier de ce non-voyage, ou plutôt de ce voyage intérieur (chez lui et en lui-même). Les Italiens sont confinés chez eux (l’auteur vit à Trieste), la frontière avec la Slovénie est fermée (l’auteur fait normalement du vélo) et ses voyages en Europe sont annulés, l’auteur n’a plus qu’à écrire, « […] j’ai tout le temps voulu à ma disposition. Il n’y a rien de plus beau qu’un ouvrage que l’on commence. » (p. 18). « J’ai décidé de m’autoconfiner strictement. Je ne bougerai pas de chez moi. J’ai soixante-douze ans, catégorie ‘à risques’, et je dois donner l’exemple. » (p. 19).

Mais ses yeux restent ouverts sur le monde et sur ce qu’il se passe dans sa ville (Trieste), ses voisins grâce aux balcons, les hôpitaux et les personnels soignants, sa mère morte loin de lui et de ses petits-fils, les idées fascistes qui prolifèrent, ses conversations au téléphone, ses comparaisons entre les comportement en Italie et les comportements dans les autres pays d’Europe (voir ci-dessous), les souvenirs qui remontent à la surface, les violences domestiques qui explosent, et les oiseaux qu’il observe… « […] l’homme s’aperçoit qu’il n’est rien au milieu de que qui l’entoure, mais en même temps, il s’aperçoit que sa centralité contribue à garantir la continuité du monde. » (p. 33) et il n’a pas sa langue dans sa poche, « […] on ne reste pas chez soi uniquement pour soi, mais aussi pour les autres. Ce qui différencie vraiment les gens, c’est de le comprendre. La liberté, ce n’est pas faire ce qu’on veut. » (p. 38).

Parfois il s’inquiète. « Et l’Europe, elle restera debout ? Car enfin, l’Europe, la voici réunie uniquement par la peur. C’est désormais le couvre-feu général. Tout le monde aura dansé jusqu’au bout. L’Espagne par gaieté, les Allemands pour raisons économiques, la France drapée dans sa grandeur, l’Angleterre à cause du cynisme d’une classe dirigeante composée de privilégiés. » (p. 49-50), bien vu ! « Comment peut-on ne s’apercevoir de la réalité que lorsqu’elle se transforme en urgence ? Je tremble pour cette Union au sein de laquelle je n’entends aucune voix s’élever pour donner une information calme, autorisée, univoque. Tout le monde avance en ordre dispersé. Au Sud, nous péchons par imprévoyance, mais au Nord ils pèchent par arrogance. » (p. 64). Je précise que l’auteur écrit tout ça en mars 2020, à chaud et ça me rappelle que le livre que j’avais lu en mai 2020 était aussi d’un auteur italien, Contagions de Paolo Giordano.

Le printemps arrive (29 mars). « J’ai de ma fenêtre des visions extraordinaires. D’un seul et même coup d’œil, les Alpes, la fin de la Méditerranée, l’Europe centrale, les terres du couchant apportant les vents de l’Atlantique […]. » (p. 72).

Jour après jour, Paolo Rumiz livre ses pensées, ses idées pour un monde meilleur, un monde laïque dans lequel chacun serait libre et égal aux autres. Il ne croit pas aux dirigeants et aux nations mais aux Européens, oui, aux jeunes en particulier. Il raconte aussi son quotidien, le plaisir de cuisiner, d’écrire, de regarder par la fenêtre, d’être en contact avec les amis de partout grâce à internet. Avec finesse, il raconte les désordres, les absurdités mais aussi les belles choses, la magie du rêve et de l’imaginaire, et il y met de la poésie et de l’humour. Il raconte le libraire qui a reçu l’autorisation de livrer des livres, « Le monde s’est arrêté et quand l’angoisse s’unit à la quarantaine, les livres deviennent importants, ils tiennent compagnie, ils font voyager. » (p. 107). L’auteur parle aussi de poésie, de musique, d’écologie… Une belle lecture, inspirante.

Vous allez me dire que les confinements sont terminés, que le covid est en bout de course et qu’il n’est peut-être pas très utile de lire ce livre maintenant, après coup, mais, justement, après cette lecture, le lecteur peut s’interroger : qu’est devenu « le monde d’après » ? Est-il comme on l’espérait ? Meilleur, plus juste, plus sain ? « un monde de sobriété bienvenue, dans le respect de la finitude du monde. » (p. 126). Ou tout est revenu comme avant et cela n’aura finalement pas servi à grand-chose sauf pour quelques penseurs ?

Je note quelques titres, au cas où, pour les lire : Les somnambules de Christopher Clark que l’auteur mentionne page 45, Le déclin de l’Occident d’Oswald Spengler mentionné page 65, Pougatchev de Sergueï Essenine dont l’auteur publie une poésie page 86, Les œufs fatidiques de Boulgakov cité page 114 et Pèlerin parmi les ombres de Boris Pahor cité page 177.

Pour ABC illimité (lettre O pour titre), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 4, une (auto)biographie), Challenge lecture 2023 (catégorie 54, un livre tiré d’une histoire vraie), Petit Bac 2023 (catégorie Moment de la journée pour Aube, 2e billet), Tour du monde en 80 livres (Italie).

Epsil∞n n° 17 (novembre 2022)

Les précédents numéros : Epsil∞n n° 1 (juillet 2021), Epsil∞n n° 2 (août 2021), Epsil∞n n° 3 (septembre 2021), Epsil∞n n° 4 (octobre 2021), Epsil∞n n° 5 (novembre 2021), Epsil∞n n° 6 (décembre 2021), Epsil∞n n° 7 (janvier 2022), Epsil∞n n° 8 (février 2022), Epsil∞n n° 9 (mars 2022), Epsil∞n n° 10 (avril 2022), Epsil∞n n° 11 (mai 2022), Epsil∞n n° 12 (juin 2022), Epsil∞n n° 13 (juillet 2022), Epsil∞n n° 14 (août 2022), Epsil∞n n° 15 (septembre 2022) et Epsil∞n n° 16 (octobre 2022).

Epsil∞n n° 17 (novembre 2022).

Epsil∞n, édité par Unique Héritage Média (UHM), 100 pages, novembre 2022, 4,90 €.

Un numéro toujours passionnant et parfaitement illustré avec 89 scientifiques du monde entier interrogés.

Au sommaire, Club Epsil∞n (courriers des lecteurs), les rubriques Fil d’actus (plusieurs sujets abordés de façon courte), En images (la mouche zombie, la femme de Penang…), Contre-pied (« Le rire naît de la peur »), Labyrinthe (« Le casse-tête de la pornographie »), Analyse (les passkeys pour se passer des mots de passe), C’est dans l’air (la guerre dans les abysses, la polémique des 19°…), Big data (les microbes les plus dangereux dans le monde). Pas d’Atlas ce mois-ci.

L’enquête, « Le casse-tête de la combinaison spatiale » (p. 22-29). La combinaison spatiale sera-t-elle prête pour le retour sur la Lune en 2025 ? La NASA a sous-traité sa fabrication. Vous saurez tout en lisant cette enquête !

Le dossier, « Méga phénomènes climatiques, ce qui nous attend » (p. 42-57). Le réchauffement climatique et ses catastrophes ne sont pas des mythes… Vortex stratosphérique (fumées des méga-feux, couche d’ozone transpercée « renforçant les vents autour de l’Antarctique de l’ordre de 40 km/h et détruisant 20 % de l’ozone » p. 45), canicule humide (35° de température humide « empêchent toute évacuation de la chaleur d’un organisme humain, et conduisent en moins de six heures à une mort certaine même pour les plus vaillants d’entre nous. » p. 47, humains mais aussi tous les animaux à sang chaud) , méga-ouragan (de catégorie 5, vent jusqu’a 350 km/h, « énorme machine thermodynamique » p. 49 dont l’énergie « peut dépasser celle de 2000 bombes thermonucléaires » p. 48), fleuve atmosphérique (déluge atmosphérique, pluies torrentielles…), sécheresse éclair (« soudain, plus aucune trace d’eau » p. 53), « depuis cet été, tous les modèles sont dépassés » (p. 54-55). « Quand une partie de la Terre devient peu à peu inhabitable… » (p. 47). Suivre World Weather Attribution, les bulletins de Climate Copernicus Europe et World Meteorological Organization – United in Science (plus abordable que les rapport du GIEC selon Epsil∞n mais en anglais).

Puis diverses rubriques : Bonne nouvelle « Vieillir ça a du bon » (cerveau qui se réorganise, amygdale plus sensible, neurones plus efficaces… « Résultat : les vieux sont plus empathiques, créatifs, avisés. En un mot, plus sages » p. 59), Jupiter « À l’intérieur de la géante » grâce à la sonde Juno (très belle imagerie), Data « 8 milliards d’humains ! » (et des projections mondiales entre 2022 et 2100), Hoazin « L’oiseau définitivement inclassable » (« Il rumine comme une vache. Il nage comme un poisson. Il marche comme un quadrupède. Il a gardé des griffes de dinosaure. » p. 77), Kafka « Le cauchemar de la seconde de trop » (une réforme au temps universel !).

Et à la fin, le cahier Pop’Sciences qui apporte humour et originalité tout en restant scientifique : les oiseaux les plus colorés sont les colibris, les crapauds anglais grimpent aux arbres, Beta… Civilisations volume II de Jens Harder (j’avais adoré le 1er tome de cette BD, Alpha… Directions, parue en 2009, à relire !), des éoliennes marines norvégiennes de 2 m de haut qui « basculent sous l’effet du vent » (p. 90), des séquoias immeubles d’habitation en Inde, de la nouvelle technologie incroyable, entre autres.

Je le répète, Epsil∞n est un excellent magazine, toujours sérieux, abondamment illustré, abordable pour tous les lecteurs même les moins fondus de sciences (et qui apporte des rectificatifs en cas d’erreurs). Il ne me reste à lire que les numéros 18 de décembre 2022 et 19 de janvier 2023 (sans compter les 4 hors-série). Vous aimez les sciences ou vous êtes curieux de découvrir les sciences de façon agréable et à petit prix ? Lisez Epsil∞n ! Vous pouvez toujours consulter les sources sur epsiloon.com/sources.

Boubou et ses amis de Yoon-sun Park

Boubou et ses amis de Yoon-sun Park.

Biscoto, janvier 2022, 96 pages, 16 €, ISBN 978-2-37962-046-1.

Genres : bande dessinée sud-coréenne, littérature jeunesse, nouvelles.

Yoon-sun Park naît le 16 juin 1980 à Séoul en Corée du Sud. Elle étudie le design à l’université nationale de Séoul et devient illustratrice. Elle est en résidence à Angoulême en 2008 et se fait connaître des lecteurs francophones avec Sous l’eau, l’obscurité (Sarbacane, 2011). Suivent une dizaine de titres pour adultes ou pour la jeunesse qui lui rapportent des prix à Angoulême ou à Montreuil. En mars dernier, j’ai déjà lu Où est le Club des Chats que j’avais beaucoup aimé mais je n’ai pas (encore) publié ma note de lecture. Plus d’infos sur son blog.

L’anniversaire de Boubou – Boubou est le chien d’Antonin et « aujourd’hui, c’est son anniversaire ! » (p. 9). Antonin et ses amis, Zoé et Raoul, veulent préparer un gâteau pour Boubou mais « le chocolat, c’est du poison pour les chiens ! » (p. 13).

Les clés magiques – Zoé a trouvé 3 clés magiques mais Antonin et Raoul ne croient pas qu’elles soient magiques… Pas de problème, « Zoé va leur montrer ! » (p. 23). Et c’est toute une aventure… magique que vont vivre les enfants et le chien Boubou.

L’école un peu spéciale… – C’est l’heure d’aller à l’école mais Antonin traîne… et il envoie Boubou à sa place ! D’autres ont eu la même idée que lui ! Les élèves vont recevoir un cours bizarre de mathématiques et tout aussi bizarre d’anglais !

Boubou et les bonbons – Les enfants et Boubou veulent profiter de Halloween pour « sonner chez les voisins » (p. 55) et réclamer des bonbons mais un lutin vert les entraîne dans le reflet du miroir. « Hi hi. Si vous avez VRAIMENT  pas peur, venez ! » (p. 59).

Boubou dans la neige – C’est l’hiver et « Antonin a promis à Boubou : Dès qu’il neigera, on ira s’amuser dehors. Autant que tu voudras ! » (p. 73). Mais quand la première neige arrive, c’est la nuit et tout le monde dort… Comment Boubou va-t-il pouvoir profiter de la neige ?

Une belle bande dessinée atypique avec 5 histoires tendres et / ou amusantes. Les jeunes vont s’attacher à Boubou et ses amis et vivre de folles aventures. Mais les grands apprécieront aussi le style et l’humour loufoque de l’autrice.

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Fanny) et les challenges BD 2023, ABC illimité (lettre B pour titre), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 22, cette bande dessinée est un recueil de 5 nouvelles), Challenge lecture 2023 (catégorie 39, un livre d’une autrice coréenne), Jeunesse & young adult #12, Littérature de l’imaginaire #11 et Tour du monde en 80 livres (Corée du sud).

The Sound of my Soul 1 de Rin Saitô

The Sound of my Soul 1 de Rin Saitô.

Akata, septembre 2022, 176 pages, 6,99 €, ISBN 978-2-38212-407-5. Suisho no hibiki vol.1 (2019) est traduit du japonais par Alexandre Goy.

Genres : manga, shôjo.

Rin Saitô 斉藤 倫 naît un 2 mai dans la préfecture d’Aichi au Japon et elle vit à Tokyo où elle est mangaka depuis 1981 (ses œuvres sont prépubliées dans le magazine Margaret et publiées chez Shûeisha). Plus d’infos sur sa page FB et sur son compte twitter.

Ce manga est « un récit fictionnel basé sur la vie de Mizuki Shikimachi, un véritable violoniste en chair et en os » qui joue depuis l’âge de 4 ans et que la mangaka a rencontré sur scène lorsqu’il avait 16 ans.

« Mon cerveau est spécial. Il a quelque chose bien à lui. Il m’a été transmis par ma mère… un don, obtenu d’une force supérieure bienveillante. Je peux changer tout ce qui existe en ce monde… grâce à la musique. Les vibrations émises par les cordes du violon résonnent dans mon âme. Je les chéris comme un trésor… avant des les laisser se répandre dans le cœur de mon audience. ».

En participant à une audition, Mizuki a reçu des membres du jury 422 points, « le plus haut score jamais atteint » par un enfant, mais rebutés par son handicap, une paralysie cérébrale, ils attribuent le prix à la candidate arrivée deuxième, une fillette de huit ans, qui a plus de chance d’avoir « une bonne condition physique » pour réussir comme grand talent de demain…

La mère de Mizuki, Keiko Shikimachi, est mécontente mais son meilleur ami, Natsuki, le soutient car, bien que malentendant, sa musique le touche au cœur. Mizuki et Natsuki se sont rencontrés un an auparavant dans une classe spécialisée, Le ciel azuré, alors que Natsuki dansait.

Mizuki a attisé la curiosité du célèbre violoniste et professeur Toshihiro Nakayoshi qui normalement ne prend plus d’élève mais qui décide de se déplacer chez lui. « M. Nakayoshi m’écoute parler… sans même chercher à m’interrompre. – Si tu tiens à toucher un maximum de personnes, le classique fera très bien l’affaire. Pourquoi m’avoir sollicité ? – Parce que… pour la première fois, je me suis dit ‘Je veux ressembler à ce violoniste !’ – Tu veux devenir comme moi ? – Oui. Je veux apprendre à faire vibrer l’air environnant avec mon corps tout entier. » Contrairement à ce que Mizuki pensait, le professeur Nakayoshi lui apprend le rythme et le tempo.

Quant à son arrivée au collège, ça ne se passe pas très bien, les élèves le surnommant « le handicapé »… mais Mizuki – qui a maintenant 11 ans – préfère ne rien dire à sa mère. Il se montre même motivé et enjoué mais tiendra-t-il le coup ?

En fin de volume, il y a une histoire genre préquelle (écrite et dessinée en 2018) sur les débuts de Mizuki, un récit documentaire intitulé The Sound of Crystal. Un beau récit qui raconte l’accouchement prématuré, le choix du prénom Mizuki « avec les caractères du cristal de roche, une pierre solide et brillante », la défection du père, Nao, en apprenant que son fils aurait un handicap, les grands-parents maternels qui s’occupent du nourrisson pendant que sa mère travaille et qui sont témoins de son don : l’oreille musicale, les premiers problèmes et l’arrivée du handicap à l’âge de 3 ans, sa mère qui s’est toujours battue pour lui : « Ça va aller… Il est encore tout à fait capable de se déplacer. Il mange bien… parle tout le temps… et rit beaucoup… Tout se passera bien. » et enfin la découverte du violon. « Mais… par la suite, de nouvelles maladies sont apparues, avec leur lot de difficultés. » C’est très beau et inspirant parce que peu de personnes – valides ou handicapées – ont l’envie et la force de se battre comme ça !

Ce manga est pour tous les lecteurs, il montre les difficultés du handicap et l’incompréhension voire la méchanceté des ‘valides’ qui réagissent par du ‘validisme’. Il permet aux lecteurs de relativiser et de mieux comprendre, et ce message n’est pas de trop parce que, trop souvent, l’empathie et la sympathie sont remplacées par la moquerie. J’ai hâte de lire la suite mais, en attendant, j’ai fait quelques recherches.

Définition Wikipédia : « Le capacitisme ou validisme est une oppression pouvant prendre la forme de discrimination, de préjugé ou de traitement défavorable contre les personnes vivant un handicap (paraplégie, tétraplégie, amputation, malformation mais aussi dyspraxie, schizophrénie, troubles psychiques, autisme, trisomie, etc.). Le système de valeurs capacitiste, fortement influencé par le domaine de la médecine, place la personne valide, sans handicap, comme la norme sociale. Les personnes non conformes à cette norme doivent, ou tenter de s’y conformer, ou se trouver en une situation inférieure, moralement et matériellement, aux personnes valides. Dans ce système de valeurs et de pouvoir, le handicap est ainsi perçu comme une erreur, un manque ou un échec et non comme une conséquence des événements de la vie ou de la diversité au sein de l’humanité. La Convention relative aux droits des personnes handicapées définit l’absence d’accommodement raisonnable en faveur de personnes non valides comme une discrimination fondée sur le handicap. »

Mizuki Shikimachi 式町水晶 naît en octobre 1996 à Asahikawa sur l’île de Hokkaido mais il grandit à Kawaguchi dans la préfecture de Saitama (chez ses grands-parents maternels). Malgré son handicap, il devient un célèbre violoniste : il joue le 5 septembre 2021 à la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques de Tôkyô 2020, reportés en 2021. Il passe plusieurs fois à la télévision et enregistre 3 albums. Plus d’infos sur son site officiel (peu de choses), son instagram, son twitter et quelques titres à écouter sur Soundcloud. Et ci-dessous deux vidéos sur King Records.

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Noukette) et les challenges BD 2023, Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 2, une BD ou un manga), Challenge lecture 2023 (catégorie 37, le titre ne comporte pas la lettre A mais il aurait pu aller dans la catégorie 54), Jeunesse & young adult #12, Un genre par mois (en janvier, ‘bulles’, BD, manga…).

Une rencontre inattendue d’A.D. Martel

Une rencontre inattendue d’A.D. Martel.

Scrineo, décembre 2022, 11 pages, nouvelle illustrée, lecture numérique.

Genres : littérature française, nouvelle, jeunesse, steampunk.

A.D. Martel fait des études scientifiques mais est doctorante en histoire. Elle aime lire depuis l’enfance, en particulier les littératures de l’imaginaire, et elle se lance tôt dans l’écriture de romans plutôt aventures, fantasy et science-fiction mais aussi quelques romances. Plus d’infos sur son site officiel sur lequel je suis surprise de voir autant de romans déjà écrits.

Rowena, orpheline de 12 ans, est la « meilleure mécanicienne d’Arkantras » (p. 1) mais elle a réparé l’automate pour l’apprenti Arnold et il refuse de la payer… Pire, le contremaître d’Arnold la fiche dehors en déchirant ses vêtements ! « Pourquoi le monde était-il si cruel ? Pourquoi avait-elle été stupide au point de croire que cet apprenti tiendrait parole ? » (p. 4).

Pendant que les riches s’affairent pour Noël, Rowena est maintenant déguenillée, trempée et seule au monde… Alors elle décide de se venger et, en pleine nuit, va récupérer dans l’automate la pièce qu’elle a réparée. Malheureusement elle met trop longtemps et au petit jour, elle est poursuivie par les dockers… Elle doit se cacher et entend « un son étouffé […]. Cela ressemblait… à une plainte. » (p. 7). C’est alors que Rowena découvre un chaton d’environ un mois, « vivant, mais plus pour longtemps » (p. 8). Ce chaton, c’est Monsieur Gratouille.

Scrineo fait mouche avec cette nouvelle inédite offerte pour Noël afin de donner envie de lire De rouages et de sang d’A.D. Martel. Steampunk, chat, cette série a tout pour me plaire et le côté jeunesse ne me dérange pas – au contraire puisque je participe comme chaque année au challenge Jeunesse young adult #12.

Je note donc les deux premiers tomes. Les disparus d’Arkantras paru en mars 2022 et Le trésor du Pink Lady paru en août 2022, les deux tomes étant illustrés par Myrtille Vardelle.

Myrtille Vardelle étudie les métiers du livre (édition-librairie) et la communication puis travaille dans un studio graphique. Elle est illustratrice, photographe et vit à Toulouse. Elle illustre de nombreuses couvertures et romans des éditions Scrineo. Plus d’infos sur son site officiel, Paper & Berries (plus mis à jour), sa page FB et son instagram.

Rita trace sa route de Flor Lurienne

Rita trace sa route de Flor Lurienne.

Velvet, collection Souffles, mai 2022, 132 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-490619-18-4. Préface de Vincent Ravalec.

Genres : littérature française, premier roman.

Flor Lurienne naît d’une mère française et d’un père vénézuélien (elle a sûrement mis un peu d’elle dans le personnage de Rita). Elle étudie la littérature et le cinéma, devient comédienne (cours René Simon, Paris). Elle joue au théâtre, au cinéma, pour la télévision et tient une chronique sur FranceInter. Elle est romancière, poète et aussi narratrice pour des textes lus (livre audios). Plus d’infos sur son site officiel.

Rita, 5 ans, sort du cinéma avec son père, Boogie (ils ont vu Alice au pays des merveilles), il pleut et son père est enlevé par « deux silhouettes encagoulées » (p. 14).

Rita a des crises de panique et les années passent… Jusqu’au jour où sa mère et elle voient son visage dans un journal et le mot terroriste !

Des années après, Rita est adulte et elle revoit son père dans la rue par hasard. Rita a développé des tocs puis s’est passionnée pour les jeux d’argent.

« Au bout d’une décennie, cette passion avait fini par tout rétrécir chez moi : mon compte en banque, mes mètres carrés habitables, mes contrats de travail, mes amours. Je devais me rendre à l’évidence, j’étais addict au jeu autant qu’on peut l’être à l’héroïne ou à l’alcool. » (p. 18).

Alors qu’elle réussit enfin à passer son permis de conduire, Boogie meurt et Rita apprend qu’il a eu plusieurs autres enfants avec des femmes différentes. C’est elle qui doit le conduire au cimetière pour la cérémonie mais elle kidnappe l’urne et les laisse tous en plan ! « Tu peux annoncer à tout le monde que je viens de prendre Boogie en otage. Mais je ne demande aucune rançon. On va se faire un petit voyage. Faites la cérémonie sans nous. » (p. 37).

Mais elle s’arrête dans une auberge et là… son père qui se fait maintenant appeler Puma entre et salue les patron. « Après une seconde de stupeur, les deux hommes se tombent dans les bras l’un de l’autre et se tapent fraternellement les épaules. » (p. 45). Un fantôme ? « tout est possible. » (p. 52) mais ce que son père lui raconte, est-ce la vérité ou des affabulations ?

Certains côtés de ce roman m’ont plu, le côté fantasque et facétieux de Rita et de son père, le côté road-trip, mais je n’ai pas vraiment accroché avec le style et je suis passée à côté des personnages et de leur (non) relation… mais ce n’est pas à cause du fantôme qui ne m’a pas dérangée. Cependant la presse était unanime pour honorer ce premier roman donc si vous avez envie de le découvrir et de partager votre avis.

Pour ABC illimité (lettre F pour prénom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 17, un livre d’un auteur/une autrice français(e), 2e billet), Challenge lecture 2023 (catégorie 3, un roman dont le titre contient un prénom), Littérature de l’imaginaire #11 (il y a un fantôme quand même) et Petit Bac 2023 (catégorie Prénom pour Rita).