Là-bas, août est un mois d’automne de Bruno Pellegrino

Là-bas, août est un mois d’automne de Bruno Pellegrino.

Zoé, janvier 2018, 224 pages, 17 €, ISBN 978-2-88927-507-6.

Genres : littérature suisse, roman, biographie.

Bruno Pellegrino, né en 1988 à Morges, vit à Lausanne. Il est membre fondateur de l’AJAR (1), un collectif d’auteurs romands fondé en 2012. Bizarrement, il est écrit sur la 4e de couverture que Là-bas, août est un mois d’automne est son premier roman alors qu’ont déjà été publiés Atlas nègre (Tind, 2015), un roman d’aventure autobiographique mi carnet de voyage mi conte initiatique, Électrocuter une éléphante (Paulette, 2017), un roman humoristique rédigé comme une conférence, et Stand by 1/4 avec Aude Seigne (2) et Daniel Vuataz (Zoé, 2018), la première partie d’un roman sous forme de feuilleton prévu en 4 parties. Quant à L’idiot du village (Buchet-Chastel, 2011), c’est un recueil de nouvelles qui a reçu le Prix du jeune écrivain. (1) J’avais beaucoup apprécié Vivre près des tilleuls de l’AJAR en mai dernier. (2) J’ai a-do-ré Une toile large comme le monde d’Aude Seigne en octobre 2017.

Gustave et Madeleine Roud vers 1907, photographie de Georges Nitsche, Lausanne, fonds Gustave Roud, CRLR

Gustave, c’est Gustave Roud (1897-1976), un poète et photographe romand que je ne connaissais pas avant d’avoir ce roman en main. Bruno Pellegrino s’est inspiré de la vie de Gustave et de sa sœur Madeleine (de 4 ans son aînée) pour faire l’éloge de la liberté et de la lenteur. « Il consigne, de toute urgence, le nom des choses qui prennent fin. » (p. 12). Gustave est passionné par les fleurs et les corps presque nus aux champs (qu’il photographiait), Madeleine par l’espace et la conquête spatiale. « Elle ne regarde pas les hommes. » (p. 21), « salue quelques têtes connues » (p. 22), « Madeleine la discrète, la secrète, le mystère Madeleine. » (p. 23). J’ai appris que, sur Mir, la zinnia est la première espèce à éclore en orbite, en janvier 1976, à bord de la Station spatiale internationale, ça m’a émue.

Zinnias à fleurs doubles

Là-bas, août est un mois d’automne est un beau roman nostalgique qui raconte l’enfance de Madeleine et Gustave, la maladie et la mort de leur mère (en 1933), la ferme de leur enfance qu’ils quittent à la mort de leur grand-père maternel, les saisons et les avancées spatiales, les livres de la bibliothèque de leur père… « Elle sort les livres, les feuillette, les pose à côté d’elle, n’en range aucun. » (p. 49). Et leur goût pour le thé. « Madeleine et Gustave se shootent au thé. Ces gestes qu’on accomplit ici, lents et précis, soignés, délicats, vastes et tranquilles, sont les gestes des parents et des tantes, perpétués dans le calme de la chambre basse. » (p. 55-56).

J’utiliserais aussi ces adjectifs « lent et précis, soigné, délicat, vaste et tranquille » pour décrire Là-bas, août est un mois d’automne alors si vous avez besoin d’aventures et d’action, passez votre chemin ! Mais si vous avez envie de découvrir Madeleine et Gustave et la vie en Suisse à leur époque (entre le début du XXe siècle et la fin des années 70), ce livre tout en douceur est fait pour vous !

Une lecture pour les challenges Petit Bac 2018 (pour la catégorie « Passage du temps » avec au choix août, mois et automne !), Rentrée littéraire janvier 2018, Voisins Voisines 2018 (Suisse) et je suis vraiment en retard pour publier cette note de lecture car j’ai lu le livre en février pour le premier Weekend à 1000 de l’année…

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Le petit terroriste d’Omar Youssef Souleimane

Le petit terroriste d’Omar Youssef Souleimane.

Flammarion, janvier 2018, 224 pages, 17 €, ISBN 978-2-0814-1242-2.

Genres : littérature franco-syrienne, roman autobiographique, récit.

Omar Youssef SOULEIMANE naît en 1987 près de Damas en Syrie. Il passe une partie de son enfance à Riyad en Arabie Saoudite où son père travaille. De retour en Syrie, il étudie, devient journaliste et poète (six recueils en arabe d’abord puis, après son exil, en français ou en bilingue pour lesquels il reçoit plusieurs prix) mais, ayant manifesté contre le gouvernement, il fuit en Jordanie et en France où il reçoit l’asile politique. Le petit terroriste est le premier livre qu’il publie hors poésie.

Quatre heures du matin, Omar débarque à Paris, il pense à sa mère. « Voit-elle la même lune que moi ? » (p. 9). Je trouve cette phrase (cette pensée) très belle, émouvante, je sens que ce roman va me plaire. Une association d’aide aux Syriens lui a trouvé une chambre de bonne rue de Paradis. Joli nom de rue, n’est-ce pas ? Il songe aux « […] raisons qui m’ont fait venir à Paris. Comment j’ai imaginé cette ville. Comment je me retrouve là dans une réalité qui n’est pas la mienne. » (p. 10). Il est originaire d’Al-Qutayfah, une petite ville au nord de Damas, mais quand les services secrets sont venus pour l’arrêter (il est journaliste militant), il était à Homs et il a pu fuir en étant grimé en Occidental en pleine Révolution arabe à Damas. « Nous marchons des heures durant. Je n’éprouve aucun sentiment. Mon corps est derrière moi. Je suis un vide qui marche dans le néant. » (p. 19). Il devient un réfugié et transite par la Jordanie où il est considéré comme un terroriste : de réfugié il devient un étranger et demande l’asile à l’ambassade de France. « De la langue française, je ne connais que six mots. ‘Bonjour’, ‘bonsoir’, ‘au revoir’, ‘merci’, ‘pardon’ et ‘liberté’ » [ce dernier mot c’est parce qu’il connaît le poème de Paul Éluard]. Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie. » (p. 35). C’est magnifique, le pouvoir d’un mot, le pouvoir de la poésie, et voilà comment il est arrivé à Paris ! « Paris n’est pas une ville, mais un monde. Je ne sais pas où elle commence et où elle finit. Moi qui ai vécu la grande partie de ma vie dans une ville de cinquante mille habitants, je suis perdu dans un voyage dans le temps. À Paris, chaque rue est une époque. Des bâtiments, espacés de dix mètres, le sont de dix siècles. » (p. 41). Quelle belle vision de Paris ! Le roman autobiographique – ou récit comme indiqué sur la couverture – alterne entre son arrivée, sa nouvelle vie à Paris et ses souvenirs d’enfance en Syrie et en Arabie Saoudite (dont une visite à la Mecque avec son père et son petit frère). Le jeune Omar rêve d’être poète mais les poètes sont considérés à la fois comme faibles et à la fois comme dangereux et ils sont parmi les gens surveillés par la « Commission de l’obligation du bien et de l’interdiction du mal ».

Ce livre a quelque chose de spécial, indépendamment de lui, c’est le premier que j’ai lu dans mon nouvel appartement la dernière semaine d’avril et il m’a énormément plu donc j’y vois un bon signe pour mes prochaines lectures. Je dois dire que dans l’ancien appartement, je n’avais pas réellement trouvé de place idéale (bien installée, bonne lumière) pour lire… (à part le balcon quand il faisait beau et jour) mais, dans le nouvel appartement, plusieurs bonnes places se profilent déjà alors qu’il y a encore un bordel monstre. Mais c’est du livre dont je veux vous parler ici !

Il a été écrit directement en français et il est agrémenté de jolis poèmes en bilingue (français et arabe). Pourquoi le petit terroriste ? Parce qu’Omar a été éduqué (pendant 4 ans) à Riyad en Arabie Saoudite dans la pure tradition salafiste du djihadisme. « Ma famille m’a toujours appelé le petit Omar […] j’ai décidé d’en changer : je m’appellerais désormais le petit terroriste, en signe de ma découverte de la vraie religion, dans ce monde du Mal. » (p. 124). Mais Omar a lu de la poésie (dont Liberté de Paul Éluard que vous retrouverez ci-dessous) et il a commencé à se poser des questions, à s’interroger, il a voulu lire sans préjugés, il a voulu comprendre, réfléchir par lui-même, je pense que ce n’est pas unique mais c’est quand même rare avec une éducation aussi rigoriste alors bravo Omar, tout mon respect !

L’auteur défend l’idée de pouvoir critiquer la religion, toutes les religions, mais la pensée idéologique n’est pas la même partout et c’est souvent impossible (dangereux) dans certains pays et censuré dans d’autres… « Le Prophète a dit : ‘Celui d’entre vous qui voit un mal qu’il le change par sa main. S’il ne peut pas alors par sa langue et s’il ne peut pas alors avec son cœur et ceci est le niveau le plus faible de la foi. » (p. 132-133). Bon, les mentalités ont changé au fil des siècles mais globalement, le fonctionnement est vraiment différent en Occident (non seulement avec le christianisme mais aussi avec toute la philosophie) et en Asie (avec le taoïsme, le bouddhisme, etc.) : le cœur d’abord (amour, bienveillance, tolérance, etc.), la langue ensuite (dialogue, communication, philosophie, etc.) et malheureusement la main, ça peut arriver aussi, mais combien de violences et de guerres auraient été évitées avec le cœur et la parole ? Quant au terme de terroriste, pourquoi polémiquer ? Puisque les musulmans sont appelés à lutter et à terroriser l’ennemi d’Allah donc la dénomination de terroristes ne les gêne pas, au contraire ! (p. 129) et leur mot d’ordre est de combattre (p. 187-188). Je tire mon chapeau à Omar Youssef Souleimane qui explique avec pudeur et sincérité ces choses déplaisantes qu’à part les spécialistes aguerris personne n’a envie d’entendre… Mais il est d’autres choses dont il parle, avec tout autant de sincérité, et un peu d’humour, ce sont ses premiers désirs, ses premiers plaisirs, ses premiers émois amoureux et sexuels et il se demande « Pourquoi les délices occupent-ils une place si importante ? » (p. 190) alors que c’est l’enfer qui l’attend ! Mais refusant d’être terrorisé par cet hypothétique enfer et libéré des contraintes qui lui ont été inculquées, il comprend qu’il est un hérétique, un infidèle, un apostat. Lire son parcours, sa pensée, c’est, à mon avis, se libérer de certaines craintes, c’est se libérer et s’ouvrir aux autres, ouvrir son cœur, son âme, et franchement quel enfer est pavé de liberté, d’ouverture d’esprit, de cœur aimant et de belles âmes ?

Un très beau roman/récit, bouleversant, profondément intime, parfois drôle, qui m’a beaucoup émue et que je voudrais que tout le monde lise ! Oui, oui, lisez-le, tous ! Bref, un coup de cœur (peut-être le premier depuis le début de l’année). À ceux qui auront la chance d’être à Saint Malo au Festival internationsl Étonnants Voyageurs du 19 au 21 mai, vous pourrez rencontrer Omar Youssef Souleimane et vous faire dédicacer son livre !

Une magnifique lecture que je mets dans les challenges Lire sous la contrainte #38 (son « è »), Petit Bac 2018 (pour la catégorie « gros mot » avec terroriste), Raconte-moi l’Asie #3 (Syrie et Arabie Saoudite) et Rentrée littéraire janvier 2018.

Illustration de Fernand Léger (1881-1955)

Liberté de Paul Éluard (1895-1952)
Sur mes cahiers d’écolier / Sur mon pupitre et les arbres / Sur le sable sur la neige / J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues / Sur toutes les pages blanches / Pierre sang papier ou cendre / J’écris ton nom
Sur les images dorées / Sur les armes des guerriers / Sur la couronne des rois / J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert / Sur les nids sur les genêts / Sur l’écho de mon enfance / J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits / Sur le pain blanc des journées / Sur les saisons fiancées / J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur / Sur l’étang soleil moisi / Sur le lac lune vivante / J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon / Sur les ailes des oiseaux / Et sur le moulin des ombres / J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore / Sur la mer sur les bateaux / Sur la montagne démente / J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages / Sur les sueurs de l’orage / Sur la pluie épaisse et fade / J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes / Sur les cloches des couleurs / Sur la vérité physique / J’écris ton nom
Sur les sentiers éveillés / Sur les routes déployées / Sur les places qui débordent / J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume / Sur la lampe qui s’éteint / Sur mes maisons réunies / J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux / Du miroir et de ma chambre / Sur mon lit coquille vide / J’écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre / Sur ses oreilles dressées / Sur sa patte maladroite / J’écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte / Sur les objets familiers / Sur le flot du feu béni / J’écris ton nom
Sur toute chair accordée / Sur le front de mes amis / Sur chaque main qui se tend / J’écris ton nom
Sur la vitre des surprises / Sur les lèvres attentives / Bien au-dessus du silence / J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits / Sur mes phares écroulés / Sur les murs de mon ennui / J’écris ton nom
Sur l’absence sans désir / Sur la solitude nue / Sur les marches de la mort / J’écris ton nom
Sur la santé revenue / Sur le risque disparu / Sur l’espoir sans souvenir / J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie / Je suis né pour te connaître / Pour te nommer
Liberté.
In Poésie et vérité (1942, recueil clandestin)
In Au rendez-vous allemand (1945, Éditions de Minuit)

Throwback Thursday livresque 2018-8

Pour ce jeudi 22 février, le thème du Throwback Thursday livresque 2018 est « addiction » et je pensais ne rien avoir mais… Si ! Je vous propose l’excellent premier roman Le renversement des pôles de Nathalie Côte paru en août 2015 chez Flammarion. Accro au chocolat ou au Pepito, accro à l’aquabike ou aux plaisirs d’Internet (a bourse en ligne, entre autres), voici deux couples que tout sépare sauf leurs obsessions et leurs addictions ! À propos de l’addiction, je voudrais aussi vous partager cet extrait que j’avais apprécié dans Feed de Mira Grant paru en octobre 2012 chez Bragelonne : « Nous sommes une nation habituée à vivre dans la peur, la voilà la vérité. Si je veux être honnête avec vous, mais aussi avec moi-même, ça ne concerne pas uniquement notre nation, et il ne s’agit pas réellement d’une habitude. Ça concerne le monde entier, et c’est une addiction. Les gens sont accros à la peur. La peur justifie tout. La peur nous fournit une excuse toute trouvée pour renoncer à nos libertés, l’une après l’autre, au point de trouver normal qu’on nous suive à la trace et que le moindre de nos mouvements soit enregistré dans une dizaine de bases de données auxquelles monsieur tout-le-monde n’aura jamais accès. La peur crée, définit et façonne notre univers, et sans elle, la plupart d’entre nous se sentiraient perdus. Nos ancêtres rêvaient d’un monde sans frontières, alors que nous passons notre temps à en imaginer de nouvelles, autour de nos maisons, de nos enfants, et de nous-mêmes. Nous limitons notre potentiel, jour après jour, au nom d’un idéal de sécurité que nous n’atteignons jamais. Nous avons pris un monde riche de possibilités et l’avons appauvri. Et maintenant, vous vous sentez en sécurité ? Extrait d’Âmes sensibles s’abstenir, blog de Georgia Mason, le 6 avril 2040. » (p. 336).

Défi 52 semaines 2018 #5

Dernier jour de la semaine pour publier sur ce 5e thème : piquant du Défi 52 semaines 2018. Pas d’idée… et puis, hier matin en attendant le bus pour aller au travail, j’ai pensé à Petit Piment d’Alain Mabanckou, quoi de plus piquant qu’un piment ?! Un très bon roman de l’auteur franco-congolais, expat’ aux States, que j’avais lu fin 2015 et que je vous conseille vivement.

Throwback Thursday livresque 2018-5

J’ai zappé le 4e thème, un joli thème mais qui ne m’a pas inspirée de livre…

Pour ce jeudi 1er février, le thème du Throwback Thursday livresque 2018 est « comme un oiseau en cage » et j’ai immédiatement pensé à Petits oiseaux de Yôko Ogawa (Actes Sud, 2014), un très beau roman japonais.

L’Archipel des Solovki de Zakhar Prilepine

L’Archipel des Solovki de Zakhar Prilepine.

Actes Sud, collection Lettre russes, septembre 2017, 832 pages, 26 €, ISBN 978-2-330-08188-1. Obitel (2014) est traduit du russe par Joëlle Dublanchet.

Genres : littérature russe, roman historique.

Zakhar Prilepine Захар Прилепин naît le 7 juillet 1975 dans le village d’Ilinka (oblast de Riazan). Il étudie la linguistique à l’Université d’État de Nijni Novgorod et publie ses premiers textes en 2003 : des nouvelles dans des journaux et des magazines. Linguiste, journaliste, écrivain mais aussi activiste bolchevik depuis 1996 : il est arrêté plusieurs fois mais reçoit de nombreux prix littéraires et serait l’écrivain préféré des Russes en ce début de XXIe siècle. Du même auteur chez Actes Sud (très envie de lire d’autres titres) : San’kia (2009), Des chaussures pleines de vodka chaude (2011), Le singe noir (2012) et Une fille nommée Aglaé (2015). Si vous comprenez le russe, son site officiel, sinon une page en français 😉

L’arrière-grand-père de l’auteur, Zakhar Petrovitch, a été prisonnier au camp de Solovki. « Ce camp fut créé en 1923 dans les îles de l’archipel des Solovki par le pouvoir soviétique. Il était implanté dans un haut lieu monastique existant depuis le XVe siècle. Situé au milieu de la mer Blanche, à 500 kilomètres de Saint-Pétersbourg et à 160 kilomètres du Pôle Nord, c’est là que « l’archipel du goulag commença son existence maligne, et bientôt il aurait des métastases dans tout le corps du pays », écrira plus tard Soljénitsyne. » (note 1, p. 10).

« Lorsque je pense à tout cela aujourd’hui, je comprends combien est court le chemin qui mène à l’Histoire, mais en fait, elle est tout à côté. J’avais côtoyé mon arrière-grand-père, lui avait vu en face les saints et les démons. […] De sa voix rauque et ample mon arrière-grand-père brossait, en deux, trois phrases, un tableau du passé parfaitement clair et évocateur. L’expression qu’il avait alors, ses rides, sa barbe, le duvet sur sa tête, son petit rire qui évoquait le bruit d’une cuiller en fer raclant le fond d’une poêle, tout cela avait bien plus de sens que son discours lui-même. » (p. 11).

Vous avez déjà lu beaucoup de livres sur la Russie du XXe siècle, sur l’Union Soviétique, vous avez lu tout Soljénitsyne et d’autres écrivains et poètes dissidents, vous pensez tout savoir sur cette période mais vous n’avez pas encore lu L’Archipel des Solovki de Zakhar Prilepine ? Il vous le faut absolument ! L’auteur a confronté les récits, les comptes-rendus, les rapports, les notes, les archives. « Mais après tout, qu’est-ce que la vérité, sinon ce dont on se souvient ? » (p. 13). Et il a abordé le sujet de façon lyrique, romanesque et ça c’est novateur !

On suit donc Vassili Petrovitch, le jeune Artiom affectueusement surnommé Tioma (il en a pris pour 3 ans), Afanassiev un poète, d’autres gars pas très recommandables et quelques popes dépossédés de leur monastère mais qui habitent toujours sur l’île. Les conditions de vie sont abominables… Les hommes se tuent à la tache, sont mal nourris, mal soignés… Mais Artiom va rencontrer Gallia, une prisonnière (les femmes étaient détenues dans un autre lieu).

Le responsable du camp, Alexandre Nogtev : « […] un reptile comme on en rencontre rarement, même parmi les tchékistes. Il accueillait lui-même chaque convoi et tuait un homme de sa propre main à l’entrée du monastère, d’un coup de revolver – pan ! – et il riait. » (p. 44).

Le contremaître Sorokine : « Artiom ne regarda même pas ce qui se passait, il entendit seulement qu’on frappait quelqu’un de vivant et sans défense et que ça faisait un bruit effroyable. Et à l’âge qu’il avait – vingt-sept ans –, il n’était toujours pas habitué. » (p. 87).

« Aux Solovki, Artiom commença brusquement à comprendre que ce qui survivait, ce n’était vraisemblablement que les sentiments innés, ceux qui avaient grandi en même temps que les os, les veines, la chair, tandis que les idées étaient les premières à se désagréger. » (p. 126).

Bon sang, je pourrais écrire encore plein d’extraits !!! Je note simplement ma phrase préférée ; elle sonne comme un terrible coup de tonnerre… « C’est vraiment pour ça que nous avons fait la révolution ? » (p. 155).

Un pavé, plus de 830 pages, que j’ai eu du mal à lire à cause de son poids mais que je voulais absolument lire, et plus qu’un coup de cœur, je dirais CHEF-D’ŒUVRE ! La littérature russe a offert depuis quatre siècles (XVIIe et XVIIIe mais surtout XIXe et XXe) des chefs-d’œuvres magnifiques, romanesques ou pas, poétiques, historiques, il y a même eu des précurseurs dans la science-fiction par exemple, et je suis sûre que le XXIe siècle sera encore un grand siècle littéraire pour cet immense pays !

C’est le premier roman que je lis pour le Défi littéraire 2018 de Madame lit puisque janvier concerne la littérature russe et le dernier pour 1 % rentrée littéraire 2017. Je le mets aussi dans le Petit Bac 2018 pour la catégorie Lieu et bien sûr dans Un hiver en Russie et dans Voisins Voisines (pour la Russie).

PS : un mot que je ne connaissais pas : ondatra (p. 63), c’est un rat musqué qui peut faire 30 à 40 cm de long, ouah, c’est du costaud cette bestiole !

En coup de vent… / 49

Bonjour, une troisième semaine de 2018 commence et voici quelques petits plaisirs pour bien la débuter avant l’arrivée de notes de lecture (ou d’autres challenges !) sur le blog.

Les deux revues d’abord.

À gauche, In the Moment (vous pouvez feuilleter la revue en ligne) « parce qu’être soi n’attend pas », une revue créée en mai 2017 pour l’édition anglaise et dont le n° 1 vient de paraître en français. Il y a beaucoup de revues bien-être, détente, cocooning, je dirais que ça a commencé avec le très joli Simple Things, une revue féminine différente qui mettait en avant la douceur de vivre et le cocooning, et puis il y a eu Happinez, Respire, Plénitude, Calme, Open Mind, Inspire, Positivez, dans le désordre et j’en oublie ! Alors pourquoi acheter ce n° 1 plutôt qu’un autre ? La couverture m’a plu (le rose est reposant finalement), quand j’ai feuilleté, j’ai trouvé le papier agréable et le contenu aussi (contenu divisé en 4 thèmes : bien-être, création, living et évasion), le prix n’est pas trop élevé (4,50 € tous les deux mois) et les deux thèmes japonais de Ikigai (oui, il y a une faute sur la couverture !) et de Wabi-Sabi m’ont convaincue. Pour l’instant, j’ai feuilleté cette revue (ainsi que trois copines qui ont bien aimé aussi) donc je vous en reparlerai.

Au centre, Le Novelliste #1 (vous pouvez feuilleter la revue en ligne), une revue créée en novembre 2017 et que je viens de recevoir (je vous en avais déjà parlé ici). Elle coûte un peu cher (12 € + 4 € de frais d’envoi mais il n’y a que deux numéros par an). Pareil, pour l’instant, je ne l’ai que feuilletée mais je peux vous dire que c’est une belle « revue littéraire de patrimoine et de création », soignée, riche, avec des nouvelles anciennes (patrimoine) et des nouvelles récentes (création) et un roman à suivre en trois parties. Et je vous en reparlerai aussi évidemment mais pour l’instant c’est La bonne nouvelle du lundi pour tous ceux qui aiment lire des nouvelles.

Les livres maintenant.

La steppe rouge de Joseph Kessel (France Loisirs), son premier roman, 1922, parfait pour lire un classique ! D’ailleurs je dois voir si le challenge Classiques continue en 2018.

La guerre de sécession de Fabrice Lardreau (Lemieux), une surprise reçue dans ma boîte aux lettres et je suis un peu confuse car j’avais reçu du même éditeur Le rabbin aux mille vies de Haïm Harboun qui m’intéresse beaucoup mais que je n’ai pas encore lu…

Cox ou la course du temps de Christoph Ransmayr (Albin Michel) qui me fait très envie depuis sa parution fin août 2017. Je l’ai emprunté à la bibliothèque mais je dois d’abord finir L’archipel des Solovki de Zakhar Prilepine, un pavé russe (Actes Sud).

Et l’objet noir, au milieu, c’est mon nouveau sac à main car celui que j’ai pour l’instant est trop petit.

Voilà, c’était pour honorer le Défi 52 semaines 2018 : un après-midi à la maison, c’est un peu de ménage, lessive, rangement, lecture, ordinateur (écriture de billets pour le blog, un peu de FB), cuisine (pour préparer les repas que je mangerai au déjeuner au travail), quelques boissons chaudes et un goûter mais je ne pouvais pas tout mettre sur la photo.

Bonne semaine 🙂

Photo prise à la Maison de la presse (merci pour l’autorisation)