Rupture de Maryline Desbiolles

Rupture de Maryline Desbiolles.

Flammarion, Hors collection, janvier 2018, 120 pages, 15 €, ISBN 978-2-0814-1420-4.

Genre : roman.

Marilyne Desbiolles naît le 21 mai 1959 à Ugine en Savoie. Elle est poète, romancière et vit dans l’arrière-pays niçois.

Une « nuit de désastre », l’eau a tout recouvert puis il y a eu une panne d’électricité et des centaines de morts. « Alors il fit vraiment noir et la nuit ressembla à la nuit. » (première phrase, p. 7).

François, une petite vingtaine d’années, avait quitté la vallée de la Maurienne, en Savoie, pour la vallée du Reyran, dans le sud, et il avait aimé les pêchers. Sa ville, Ugine, était noire et froide, et il n’aimait pas l’usine dans laquelle il travaillait, alors il avait trouvé une chaleur dans ces arbres déjà en fleurs. François et René étaient venus pour la construction du barrage de Malpasset près de Fréjus. « Pas loin de deux cent ouvriers en tout. Il est prévu que le chantier dure trente mois. » (p. 28). Avec ses premiers revenus, François s’achète un appareil photos, un Kodak Retina qu’il a vu dans la vitrine d’un magasin de Fréjus. « François se sent […] si confus, tout lui paraît indéchiffrable. C’est peut-être pour cela, le désir d’un appareil photo. Tenter d’extraire d’un monde flou des images bien nettes, les assembler comme un puzzle. » (p. 36). La première photo est un cliché de René, mais François veut photographier les paysages, les arbres, la mer. Un soir, en rentrant, le jeune homme rencontre Louise Cassagne, la fille du plus gros producteur de pêchers de la région. Ils ne sont pas du même milieu mais ils se revoient. « On nous a pas demandé notre avis. Construire un barrage à Malpasset, au Mau Passer, mauvais passage, mauvais pas, tu entends ? Faut vraiment être bouché. Pas seulement un lieu mal choisi, mais un méchant lieu. Le Mauvais, tu connais ? Je veux pas te faire peur, j’ai bien plus peur que toi. Le barrage, il est construit à l’endroit du diable. » (le père de Louise, p. 54).

Marilyne Desbiolles donne une réelle dimension historique à ce roman – à la fois intimiste et tragique – avec des « excursions » sur la guerre d’Indochine et sur la guerre d’Algérie. Et bien sûr avec la construction de ce barrage et le drame en décembre 1959. François et René auront deux destins différents mais le récit est bien ancré dans les années 50 et début 60 ; j’y ai trouvé de la tendresse pour les personnages, en particulier pour François, et une douce et délicieuse nostalgie. François ne connaissait pas grand-chose à la vie et Rupture est aussi un roman d’apprentissage et de toutes ces ruptures qui font une vie, de celles qui font souffrir, de celles qui laissent sur le carreau, mais dont on se relève finalement plus fort et prêt à vivre heureux.

Je découvre Marilyne Desbiolles avec ce roman qui m’a beaucoup plu (et qui a une belle couverture, juteuse, voluptueuse) et je veux lire des titres précédents : on m’a conseillé La seiche (Seuil, 1998) et Le bleu du ciel n’est pas toujours rose (Des Cendres, 2016).

Une très belle lecture que je mets dans le Challenge de l’été 2018, Défi 52 semaines 2018 (le thème de la semaine 32 est « portrait » et ce roman est un beau portrait de deux hommes, d’une femme, d’une région, d’une époque), Petit Bac 2018 (catégorie Titre mot unique) et Rentrée littéraire janvier 2018.

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Cox ou la course du temps de Christoph Ransmayr

Cox ou la course du temps de Christoph Ransmayr.

Albin Michel, collection Les grandes traductions, août 2017, 320 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-226-39630-3. Cox oder der Lauf der Zeit (2016) est traduit de l’allemand par Bernard Kreiss.

Genres : littérature autrichienne, roman historique.

Christoph Ransmayr naît le 20 mars 1954 à Wels près de Linz en Autriche. Dans les années 70, il étudie la philosophie et l’ethnologie à Vienne puis travaille comme journaliste culturel avant de se consacrer, dans les années 80, à l’écriture (romans et essais pour lesquels il reçoit des prix littéraires).

Chine du XVIIIe siècle. L’empereur Qianlong est passionné par les horloges et les mécanismes qui mesurent le temps et sa course effrénée. Il attend « l’arrivée imminente d’un voilier anglais chargé d’horloges et d’automates précieux » (p. 11). « Alistair Cox, horloger et constructeur d’automates en provenance de Londres, maître de plus de neuf cents micro-mécaniciens, bijoutiers-joailliers, orfèvres et ciseleurs, se tenait au bastingage du trois-mâts Sirius et frissonnait malgré le soleil matinal radieux qui surplombait déjà les collines de Hangzhou et dissipait les derniers brouillards encore présents sur l’eau noire. » (p. 17). Il y a deux ans, lorsque Abigaïl, sa fille chérie, est morte de la coqueluche, Cox a accepté l’invitation de l’empereur-dieu, « être le premier homme du monde occidental à prendre ses quartiers dans une ville interdite et à créer, pour le très haut et passionné amateur et collectionneur d’horloges et d’automates, des œuvres conformes aux plans et aux rêves du Très-Haut. » (p. 20). Cox arrive avec son ami et plus proche collaborateur, Jacob Merlin, et deux assistants exceptionnels, un horloger orfèvre, Aram Lockwood, et un micro-mécanicien, Balder Bradshaw. Mais l’empereur ne veut plus de jouets alors le Sirius continue avec sa cargaison jusqu’à Yokohama et Qianlong demande aux artisans anglais des horloges qui mesurent le temps et la course du temps de façon différente selon la période de la vie car le temps ne passe pas de la même façon pour un enfant que pour un adulte, ou pour des amants que pour un condamné. « Shi jian, dit la voix derrière le paravent. Le temps, traduisit Kiang, le temps, la course du temps, le temps mesurable : Shi jian. » (p. 84). Bien sûr les artisans anglais ne parlent pas chinois, ils ont un traducteur attitré, Joseph Kiang.

Une chose me tracasse : Alistair Cox a 42 ans et, page 38, il est écrit que son épouse, Faye, est « trente ans plus jeune que lui » or leur fille, Abigaïl, est morte vers l’âge de 4 ans il y a un peu plus de 2 ans : il y a sûrement une erreur, peut-être de traduction. D’autant plus qu’on apprend que Faye a épousé Cox lorsqu’elle avait 17 ans (page 44). Si quelqu’un a une explication…

En dehors de cette petite erreur (qui n’est qu’un détail), ce roman est magistral !

L’auteur offre au lecteur un séjour extraordinaire dans la Cité impériale, dite Cité interdite, et si les artisans anglais jouissent d’une très grande liberté et de matériaux en quantité illimitée, ils doivent respecter scrupuleusement de nombreuses règles. Le lecteur en profite pour faire une excursion à la grande Muraille de Chine et une villégiature estivale à Jehol, en Mongolie intérieure. « Les chambres à coucher et les pièces de séjour étaient peintes en bleu, deux pièces de thé en rouge foncé, les ateliers et un bain de vapeur fonctionnant à l’énergie en blanc : les couleurs de l’air, des nuages, du feu et de l’eau constituaient une bénédiction qui ne pouvait que favoriser le travail qui devait être accompli ici. » (p. 208-209).

« Une horloge pour l’éternité. L’horloge des horloges. Perpetuum mobile. «  (p. 229).

Le sobriquet Clox (p. 257) a-t-il donné le mot anglais clock ?

L’auteur s’est inspiré de James Cox, horloger et constructeur d’automates (exposés dans le monde y compris en Chine) mais qui n’a jamais été en Chine ! Et de son collaborateur, Joseph Merlin. Ils ont été les constructeurs de la Perpetual Motion atmosphérique (barométrique). Tout le reste est fiction mais l’auteur a une connaissance sidérale de la Chine et des mécanismes de l’horlogerie !

Ce qui m’a attirée dans ce roman ? La couverture, la Chine et le thème : j’aime les romans fictionnalisant le temps et les mécanismes d’horlogerie (même si je n’y connais… rien !).

Une lecture germanique (littérature autrichienne en langue allemande) pour le Défi littéraire de Madame lit mais je lirai dans le mois de la littérature allemande. Aussi pour le Challenge de l’été 2018, Petit Bac 2018 (catégorie Passage du temps), Raconte-moi l’Asie #3 (l’action se déroule en Chine) et Voisins Voisines 2018 (Autriche).

Une longue impatience de Gaëlle Josse

Une longue impatience de Gaëlle Josse.

Noir sur blanc, collection Notabilia, janvier 2018, 192 pages, 14 €, ISBN 978-2-88250-489-0.

Genre : roman français.

Gaëlle Josse naît le 22 septembre 1960. Elle étudie le Droit, le journalisme et la psychologie clinique. Elle est auteur de poésie et de romans. Son blog, http://gaellejosse.kazeo.com/ (pas mis à jour depuis avril 2013).

Rue des Écuyers, avril 1950, « Ce soir, Louis n’est pas rentré. » (p. 13, première phrase du roman). Louis a 16 ans et personne ne l’a vu au lycée. Sa mère, Anne, a attendu toute la nuit ; « les petits » (Gabriel et Jeanne) étaient au lit et Étienne l’a cherché en vain. Il n’y a plus qu’une chose à faire : attendre… Mais, au fur et à mesure de l’introspection d’Anne, le lecteur comprend pourquoi Louis s’est enfui. « Je le cherche, comme n’importe quelle mère cherche son enfant et ne cesse d’errer, de renifler toutes les traces possibles, comme un animal, avant de connaître la vérité. » (p. 32). Ses recherches la conduisent à la Capitainerie de la ville voisine. « Louis, en mer. […] Embarqué. […] Les noms inconnus résonnaient en moi, comme les paroles d’une incompréhensible chanson. La Réunion, Durban, Buenos Aires, Valparaiso. » (p. 36). « Depuis, chaque jour, je l’attends. » (p 37).

Ce roman est une espèce de long monologue : la mère va attendre, ressasser, écrire des lettres à son fils « en mer »… Je reconnais que l’écriture de Gaëlle Josse est belle mais qu’est-ce que je m’ennuie ! C’est lent, c’est long pourtant le roman est court, je n’ai pas la patience pour ce genre de roman qui ne m’émeut pas plus que ça, mais j’aurai essayé. Une longue impatience est son 6e roman et le premier que je lis : pas sûre d’en lire un autre…

Une lecture que je mets dans le Challenge de l’été 2018, Rentrée littéraire de janvier 2018 et Lire sous la contrainte (session 39, tout au féminin).

Dîner avec Edward d’Isabel Vincent

Dîner avec Edward : histoire d’une amitié inattendue d’Isabel Vincent.

Presses de la Cité, mars 2018, 192 pages, 17 €, ISBN 978-2-258-14507-8. Dinner with Edward, a Story of an Unespected Friendship (2016) est traduit de l’anglais (Canada) par Anouk Neuhoff.

Genres : littérature canadienne, récit, mémoires.

Isabel Vincent naît en 1965 à Toronto (Canada). Elle est journaliste à New York. Dîner avec Edward est en partie autobiographique, elle le dédie d’ailleurs à sa fille Hannah.

Isabel et Valerie, la quarantaine, sont amies de longue date. Mais Valerie va retourner au Canada et laisser son père, Edward, 93 ans, seul depuis la mort de son épouse bien-aimée, Paula (la deuxième fille d’Edward et Paula vit en Grèce). Elle demande alors à Isabel d’aller dîner avec lui. « J’ignore si la perspective d’un bon repas suffit à me tenter, ou si je me sentais tellement seule que même la compagnie d’un nonagénaire déprimé me semblait séduisante. » (p. 13). Isabel n’est pourtant pas seule : elle a quitté Toronto avec son mari, photographe, et leur fille, Hannah, 8 ans, pour Manhattan, car elle a trouvé « un poste de reporter d’investigation au New York Post » (p. 22) mais son mari ne se plaît pas dans cette grande ville impersonnelle et son couple bat de l’aile… depuis longtemps déjà.

Contre toute attente, le dîner se passe délicieusement bien ; Isabel et Edward vont se revoir pour beaucoup d’autres dîners ; ces soirées deviennent indispensables à l’équilibre d’Isabel qui va peu à peu se confier au vieil homme. Je ne dirais pas qu’Edward est toujours de bon conseil, il est parfois (souvent ?) vieux jeu, mais j’ai bien aimé l’amitié qui se crée entre ces deux personnes que cinquante ans séparent, ils m’ont touchée. Par contre, les dîners sont un peu trop copieux pour moi et composés de trop d’aliments que je ne mange pas (bœuf, flet, calamars, huîtres, crevettes, côtelettes d’agneau et pieds de cochon dans le même repas !, crabe…), je veux bien faire un petit effort pour le poulet ou pour la moruette (cabillaud) mais je me serais vraiment sentie mal à l’aise durant ces dîners ! Heureusement, les plats n’étaient pas là durant ma lecture, qui fut agréable.

Quelques remarques

« Nous vivons à la communication, or personne ne sait plus communiquer, m’avait-il dit un jour. […] Les gens ne se confrontent plus à la réalité. C’est dommage. » (p. 52). Je ne suis pas tout à fait d’accord avec Edward, la communication existe depuis toujours et elle continuera d’exister, de façon différente, et les gens sont confrontés chaque jour à la réalité, tout ce qui est progrès, technologie, virtuel, c’est la réalité, bon il y a bien sûr des gens déconnectés mais c’est principalement par choix.

« Edward était un homme à qui rien n’était impossible. » (p. 111). Il y a des gens comme ça, rares, est-ce leur force de caractère, leur charisme, rien ni personne ne leur résiste. Tant mieux pour Edward, qui était un homme bien, et pour Paula, elle fut peut-être une des rares épouses heureuses avec son mari pendant de si longues années !

« Pour Edward, être digne signifiait rechercher toujours la vérité et demeurer intègre. » (p. 128). Edward était un homme d’un autre temps mais j’apprécie son état d’esprit, d’autant plus qu’il se rapproche du mien.

Pages 77-78, il y a un clin d’œil à Nellie Bly car Isabel habite dans le quartier où Nellie Bly, journaliste elle aussi, s’était fait internée en 1887 pour écrire un livre, 10 jours dans un asile, livre que je lirai car Noctenbule me l’avait envoyé fin 2017 (mais j’ai déjà lu Le tour du monde en 72 jours de Nelly Bly) et c’est encore Noctenbule qui m’a envoyé ce Dîner avec Edward 😉

Eh bien, je remercie encore Noctenbule (sa note de lecture) pour cette charmante lecture qui m’a ouvert l’appétit (malgré les plats proposés que je ne mange pas) et pour cette paire improbable qui m’a séduite par leur spontanéité, leur sincérité et les balades dans New York. Dîner avec Edward peut sûrement devenir un livre doudou pour de nombreux lecteurs !

Une lecture que je mets dans le Challenge de l’été, Feel good et Rentrée littéraire janvier 2018.

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea.

L’iconoclaste, août 2017, 222 pages, 17 €, ISBN 979-10-95438-40-3.

Genre : premier roman.

Jean-Baptiste Andrea naît le 4 avril 1971 à Saint Germain en Laye dans les Yvelines (au nord de Paris). Il étudie à l’Institut Stanislas, il est en fait réalisateur et scénariste. Il est également diplômé d’études politiques. Ma reine est son premier roman.

Été 1965, Shell, 12 ans, vit avec ses parents dans leur station essence « sur la route qui descendait vers la vallée de l’Asse » (p. 11) en Provence. La vie n’est pas facile, il y a le travail mais il y a peu de passage, la télévision (il est fan de Zorro), mais aucune communication entre les parents et leur « attardé de fils » (p. 12) qui n’est plus scolarisé et qui n’a aucun ami… Lorsqu’il entend ses parents appeler sa sœur aînée pour lui dire qu’ils sont trop vieux et ne peuvent plus s’occuper de lui, il comprend qu’on va venir le chercher et décide de partir… De partir à la guerre, loin. Mais il ne va pas très loin, sur la colline d’à côté, et rencontre Viviane, presque 13 ans, une adolescente parisienne un poil rebelle. « Je suis la reine du plateau et des montagnes. Tu veux me servir ? – Oui. Je sais faire le plein. » (p. 59). Elle lui apprend qu’il est recherché et doit se cacher, elle l’emmène dans une grotte mais au bout de quelques jours, elle ne vient plus. Shell est seul… lorsque Matti, un vieux berger mutique arrive dans sa camionnette verte avec son chien, un patou nommé Alba. « Ce matin-là, dans cette pièce toute jaune de soleil neuf, j’ai compris quelque chose d’important. J’étais bizarre, pas normal, plein de problèmes, d’accord. On n’arrêtait pas de me le répéter. Mais finalement tout le monde était comme moi. » (p. 154).

Que dire de ce roman ? … Que je ne l’ai pas aimé… Pourquoi ? Parce que je n’ai ressenti aucune émotion à sa lecture, je ne me suis pas attachée à Shell et encore moins à Viviane, je n’ai pas été attirée par les descriptions, bref je me suis ennuyée mais ennuyée grave ! Je sais que beaucoup de lecteurs ont aimé ce « roman de l’enfance » mais je sortais de la lecture de Neverland de Timothée de Fombelle, d’ailleurs paru chez le même éditeur, un gros coup de cœur pour moi qui m’a fait paraître Ma reine bien fade, bien creux… Pourtant Ma reine a reçu plusieurs prix littéraires en 2017 et en 2018 (une dizaine !!!), ça me paraît incroyable ! Mais tant mieux pour l’auteur, l’éditeur et les lecteurs qui on apprécié cette lecture 😉

Dites-moi si vous avez lu et aimé ce roman, et pourquoi !

Une lecture que je mets dans les challenges… Eh bien, il n’entre dans aucun challenge ! Il aurait dû aller dans 1 % Rentrée littéraire 2017 puisque je l’ai lu à l’automne 2017 mais j’ai trop tardé pour publier ma note de lecture… Ah si, il entre dans Lire sous la contrainte avec la contrainte « tout au féminin ».

En coup de vent…/ 60 – Prix La Passerelle 2018

Je vous ai déjà parlé des précédentes éditions du Prix La Passerelle, 2013-2014-2015 (c’est regroupé car le blog n’existait pas avant mai 2015), 2016 et 2017 et je sais que certaines notes de lectures ne sont toujours pas publiées, même si j’ai aimé ces romans… et mon billet de présentation du Prix 2018. Ce prix littéraire, créé en 2013 par les bibliothécaires de la médiathèque La Passerelle à Bourg lès Valence pour ses lecteurs, a évolué : en 2017, trois bibliothécaires des médiathèques du réseau ont intégré le comité de lecture et en 2018, ce sont deux lecteurs (une lectrice et un lecteur pour être plus précise) qui ont intégré le comité de lecture. Mais, ce que vous voulez connaître, ce sont les six romans en lice et le gagnant ! Les années précédentes, lorsque le gagnant n’était pas celui pour lequel j’avais voté (ce qui a été en fait à chaque fois le cas !), je me réjouissais tout de même car c’était un bon roman qui méritait de gagner. Pour cette édition 2018, le dépouillement des bulletins a eu lieu le vendredi 8 juin en soirée et, cette année, je suis profondément déçue… Certes j’hésitais entre 4 romans (sur 6) mais le gagnant est le roman que je n’ai pas aimé du tout ! 😥 Voici les 6 romans en lice par ordre alphabétique d’auteur :

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea (L’Iconoclaste, 2017)

Principe de suspension de Vanessa Bamberger (Liana Levi, 2017)

La fonte des glaces de Joël Baqué (P.O.L., 2017)

L’été des charognes de Simon Johannin (Allia, 2017), zut j’ai oublié de publier ma note de lecture !

Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer (Quidam, 2017)

Une toile large comme le monde d’Aude Seigne (Zoé, 2017)

Le gagnant 2018 est… Ma reine, dont je n’ai pas publié la note de lecture mais elle doit traîner par là, au brouillon, alors je la rajouterai un de ces jours… ou pas !

Avez-vous lu et apprécié (ou non) un ou plusieurs de ces romans ?

De mon côté, je prépare déjà le Prix 2019 😉 Mais en bonus, voici Chaos, l’œuvre de Nassera (avec son autorisation, bien sûr).

Chafouine d’Alain Galan

Chafouine d’Alain Galan.

Buchet-Chastel, janvier 2018, 190 pages, 14 €, ISBN 978-2-283-03105-6.

Genre : roman naturaliste.

Alain Galan naît le 24 octobre 1954 à Brive. Il étudie à Limoges et écrit dès le début des années 70. Il exerce le métier de journaliste de 1974 à 2015 et se consacre à l’écriture (romans, récits, nouvelles, essais, poésie, contes…). Publiés récemment : Louvière (2010) et L’ourle (2012) chez Gallimard, À bois perdu (2014) et Peau-en-poil (2016) chez Buchet-Chastel.

André Delhot et d’autres habitants de La Tremblaie affirment avoir vu un chat à tête de chouette qu’ils ont appelé Chafouine mais le Comité scientifique des éditions Naturae à Lausanne rejette cette nouvelle espèce « vraiment trop singulière – ‘fantaisiste’ avait-on conclu – du règne animal » (p. 12). Lorsqu’Agnès renvoie le tapuscrit de 200 pages, il lui revient alors que « tout était conforme aux renseignements fournis par l’auteur » (p. 13). Delhot a-t-il disparu ? Agnès contacte un ami journaliste : peut-il aller à la recherche du naturaliste dans ce « pays perdu, entouré d’étangs, de bois, de taillis, de marécages, à une heure de route environ de Limoges » (p. 14) ?

Le roman se compose de deux parties, en alternance : des extraits de Chafouine dans lesquels Delhot décrit ce qu’il a d’abord pris pour une souche mais qu’il a vu bondir et qu’il a surnommé « La Souche », et la quête du journaliste contacté par Agnès. « Un chat à tête de chouette ? Ce n’était pas possible. Ses yeux lui avaient menti. Car on ne peut pas imaginer, sauf à avoir l’esprit dérangé, la tête de l’une sur le corps de l’autre. » (p. 38). Et si l’animal est un chat forestier d’Europe, Felis silvestris, disparu des forêts limousines mais peut-être de retour, pourquoi a-t-il une tête de chouette hulotte ?

Le lecteur se rend compte comment un chercheur (un naturaliste) observe, note tout minutieusement, pendant des jours, des semaines, des mois parfois, ce qui est fastidieux et peut sembler répétitif dans le récit. Mais il y a un peu d’humour comme avec, par exemple, l’épagneule Harpie, tremblante de peur après son face à face avec La Souche et qui a besoin de « se calmer en grignotant un petit sablé de Normandie » (p. 52) ou avec le sens de l’humour tout britannique de Tommy (Thomas Bardett).

Alors, « étude fantaisiste » ou réel incroyable ? Bête inconnue ? Oubliée ? Ignorée ? Légendaire ? Et comment retrouver Delhot disparu depuis plus d’un an dans ce dédale de villages, de hameaux et de chemins vicinaux « au bout du monde… » (p. 118) ?

En plus du Limousin profond, le lecteur découvre Étienne de Silhouette (1709-1767), contemporain de Voltaire et de Rousseau, homme politique et contrôleur général des Finances du roi Louis XV (pas longtemps, vu ses idées ! : faire payer plus d’impôts aux riches pour protéger le peuple, ah ah quelle drôle d’idée !) qui après sa démission, fit des « portraits à la silhouette » (p. 150-151). Eh oui, c’est devenu le mot silhouette !

Chafouine est un roman étrange, intrigant, qui renouvelle le roman naturaliste et animalier avec de belles descriptions de la nature limousine et un questionnement constant sur notre relation à l’animal, à la nouveauté et aux bouleversements de la vie. Pas un chef-d’œuvre mais à découvrir.

Une lecture originale que je mets dans les challenges Petit Bac 2018 (titre mot unique) et Rentrée littéraire janvier 2018.