À la ligne : feuillets d’usine de Joseph Ponthus

À la ligne : feuillets d’usine de Joseph Ponthus.

La Table Ronde, collection Vermillon, janvier 2019, 272 pages, 18 €, ISBN 978-2-71038-966-8.

Genres : littérature française, premier roman.

Joseph Ponthus naît à Reims en 1978. Il étudie à Reims puis à Nancy (hypokhâgne, khâgne) puis travaille à Nanterre : éducateur spécialisé auprès d’adolescents en difficulté (paraît Nous, la cité, en 2012 aux éditions La Découverte). Installé à Lorient (Bretagne) après son mariage, il travaille en intérimaire et rédige son vécu professionnel qui deviendra À la ligne : feuillets d’usine.

« L’usine c’est pour les sous / Un boulot alimentaire / Comme on dit » (p. 11). Un homme, bientôt 40 ans, qui a fait des études (littérature à hypokhâgne), mais ne trouve pas de travail, se lance dans l’intérim pour avoir un salaire. « L’usine m’a eu / Je n’en parle plus qu’en disant / Mon usine » (p. 13-14). L’été, pendant trois semaines, pour les vacances, il travaille avec un groupe de handicapés dans le nord (il vit en Bretagne). « Faire la route / C’est presque aussi répétitif / Que trier les caisses les poissons les crevettes » (p. 37). Avant de retourner dans l’agroalimentaire avec les poissons panés et le tofu à égoutter puis les fruits de mer et les crustacés. « Ritournelles obsédantes / Ceux qui taffent / ceux qui cheffent / les cadences de production édictées d’en haut » (p. 90). Puis de travailler au nettoyage dans un abattoir (le sang, le gras…). « Et les collègues sont gentils […] / Et il paraît que l’abattoir paie bien […] / Et puis on s’habitue / Voilà tout » (p. 130). Embauche, débauche, embauche, débauche… « Je me dis qu’il faut avoir une sacrée foi dans la paie qui finira bien par tomber dans l’amour de l’absurde ou dans la littérature / Pour continuer » (p. 49).

Il découvre (et fait découvrir aux lecteurs) l’industrie agroalimentaire avec ses difficultés : horaires, travail de nuit et donc décalage, productivité, bruits, odeurs, précarité, « ambiance de merde (p. 43), etc. Dans ce roman atypique, largement autobiographique, il y a de nombreuses références musicales, littéraires, cinématographiques, même anciennes (par exemple Fernand Raynaud avec son célèbre 22 à Asnières entre autres) : c’est ça qui lui permet de tenir, les souvenirs, la culture.

Mon passage préféré est celui avec Pok Pok, le chiot de six mois (p. 154). Il y a même des passages émouvants dans ce récit (plutôt tragique). Par exemple, l’adieu avec les collègues (p. 167-169) et la lettre qu’il écrit à sa mère (p. 214-219). Et aussi de l’humour comme des jeux de mots, « road tripes » ou « En avant Marx » !

Bref, l’auteur vit grâce à un travail atroce, de la fatigue, des douleurs… Mais il faut « que la tête tienne bon sinon le corps lâche / Et que le corps tienne bon sinon la tête explose » (p. 184).

J’ai noté que « Le sang des bêtes est un documentaire réalisé en 1949 par Georges Franju dans les abattoirs de Vaugirard et de La Villette qui fait passer n’importe quelle vidéo de L.214 pour un épisode gentillet de La petite maison dans la prairie / Le sang des bêtes est insoutenable et c’est pour ça qu’il faut le voir […] » (p. 208). Ainsi, les gens savent ce qui se passe dans les abattoirs, comment sont maltraités les animaux depuis 70 ans… Que vous mangiez de la viande ou non, il faut lire ce livre ! « Hallucination du trop d’animaux morts / Pourquoi / Pour qui » (p. 228).

Comme vous le voyez, dans les extraits ci-dessus, il n’y a pas de ponctuation, pas de virgule, pas de point, et lorsque j’ai mis un « / » entre les groupes de mots c’est parce que l’auteur passe « à la ligne » ; cela donne un rythme particulier au récit et le lecteur est happé par les mots et l’ambiance.

À la ligne : feuillets d’usine est un « livre ouvrier » qui sort vraiment de l’ordinaire ; il a déjà reçu le Grand Prix RTL/Lire 2019 et il est sélectionné pour d’autres prix. Il le mérite amplement car c’est un livre bouleversant, énorme, un coup de cœur de ce début d’année ! Du même genre (roman dans un abattoir) : Les liens du sang d’Errol Henrot (un premier roman également) paru en août 2017.

Je mets cette lecture dans Lire en thème puisque le thème de mars est : auteur français.

Publicités

1144 livres de Jean Berthier

1144 livres de Jean Berthier.

Robert Laffont, collection Les passe-murailles, janvier 2018, 180 pages, 12 €, ISBN 978-2-22120-321-7.

Genres : roman français, premier roman.

Jean Berthier est auteur pour des revues littéraires, il est aussi réalisateur (documentaires et films). 1144 livres est son premier roman et le lecteur sent qu’il est un grand lecteur !

Adopté 97 jours après sa naissance, le narrateur a pour parents Henri et Mariette, un couple stérile mais aimant. Il grandit au milieu des clients de la quincaillerie familiale et il ne connaîtra jamais ni ses parents ni les premiers jours de sa vie. « Sur cette ignorance sans fond, j’ai bâti une vie, fondé une famille, exercé un métier. » (p. 12). Il est bibliothécaire. Un jour, il reçoit le courrier d’un notaire . « Il n’est pas rare d’hériter d’une bibliothèque ; il l’est davantage si ce legs provient d’une inconnue et si cette inconnue est votre mère. » (p. 15). Il n’a jamais cherché ses origines : « L’origine est toujours décevante. » (p. 25) et cet héritage anonyme l’inquiète… « Hélas ! Je n’étais plus le lecteur d’un roman auquel j’étais prêt à souscrire ; j’étais le protagoniste d’une histoire à laquelle je ne voulais pas croire. » (p. 26-27). Il pense d’abord à une blague puis veut refuser l’héritage mais se retrouve finalement dans une chambre de l’hôtel de Loisy avec une trentaine de cartons de livres ! « C’était encore vers les livres que la vie m’emmenait. » (p. 32-33). Que faire de ces 1144 livres ? « Ces livres disaient : ta mère est morte et te demeurera inconnue pour toujours. » (p. 74). « Pourquoi recherchais-je une mère que je n’avais jamais cherchée et que la mort rendait introuvable ? » (p. 107).

Trois beaux extraits sur la lecture

« Mais lire, lire est sans partage, lire est exclusif ; l’esprit est occupé, les mains sont occupées, aucune parcelle de notre être ne peut s’évader pour porter son attention ailleurs. Il n’y a pas plus contraignant que cette activité à laquelle rien n’oblige. » (p. 44).

« Nous devrions lire pour nous quitter autant que pour nous retrouver. » (p. 90). Très joli, n’est-ce pas ?

Et mon préféré : « Comme on a peu lu quand on a beaucoup lu ! » (p. 113-114). Comme c’est vrai !!!

1144 livres est un roman court, atypique (avec une écriture, je dirais… ancienne) ; il interroge sur la lecture mais aussi sur l’origine familiale, la filiation, la résilience et l’héritage. Que laissons-nous avec des livres ? Quelle partie de notre vie laissons-nous avec des livres ? Ce roman questionne aussi sur le besoin de la littérature, de la fiction : quelle place occupent les livres dans nos vies ? On le voit avec les extraits ci-dessus, c’est un bel éloge des livres, de la littérature et de la lecture, de la curiosité aussi.

Une agréable lecture pour le challenge Lire en thème (le thème de janvier est chiffre ou nombre dans le titre).

 

La part des anges de Laurent Bénégui

La part des anges de Laurent Bénégui.

Julliard, septembre 2017, 180 pages, 17 €, ISBN 978-2-26002-979-3.

Genre : roman français.

Laurent Bénégui naît le 14 mai 1959 à Paris. Il est auteur (roman, roman policier, théâtre) et cinéaste (réalisateur, scénariste, producteur).

Maxime Detain, chercheur en biologie moléculaire, Parisien de 36 ans, adepte de « la cocasserie de la vie » (p. 10), doit enterrer sa mère, Muriel, journaliste et peintre, au Pays Basque, à Saint Jean de Luz. Va-t-il choisir un cercueil traditionnel en bois (= un arbre abattu…) ou un cercueil biodégradable en matériaux recyclés ? L’inhumation ou la crémation ?

Il vit une passion torride avec Elena, juriste, mais elle a 12 ans de plus que lui et ça dérange Muriel. En fait, il y a des passages en italique qui sont les pensées de Muriel. « Mais depuis que je suis morte, tout me revient […] » (p. 15). « Pour tout dire, j’espère qu’ils ne se marieront jamais. Je ne souhaite pas qu’Elena dorme dans mes draps, ni qu’elle accroche mes peintures à ses murs, dîne dans ma vaisselle, ou utilise quelque objet qu’il aura préféré conserver au lieu de le mettre en vente sur leboncoin. » (p. 18-19). Elle préférerait Maylis Salaberry, la jeune infirmière dévouée qui s’est occupée d’elle pendant un an et qui, elle l’a bien vu, est tombée amoureuse de Maxime. « Il ne lui avait pas échappé que l’infirmière de sa mère rayonnait d’un charme indéniable. » (p. 53).

Ce roman est un symbole du lien entre une mère et son enfant même au-delà de la mort. Le thème est intéressant mais je me suis un peu ennuyée (sauf avec les passages en italique, ceux de Muriel, qui sont drôles). L’histoire de Maxime est un peu trop plan-plan… et la fin est… bof… Une petite déception donc mais je suis contente quand même d’avoir lu ce roman car je découvrais cet auteur qui écrit depuis 30 ans !

Mais j’ai appris une chose : il existe les Basques de la mer et les Basques des montagnes ; vous le saviez ?

Un gentleman à Moscou d’Amor Towles

Très belle couverture !

Un gentleman à Moscou d’Amor Towles.

Fayard, collection Littérature étrangère, août 2018, 576 pages, 24,00 €, ISBN 978-2-21370-444-9. A Gentleman in Moscow (2016) est traduit de l’américain par Nathalie Cunnington.

Genres : littérature américaine, roman historique.

Amor Towles naît et grandit à Boston (Massachusetts, États-Unis). Il étudie d’abord à l’Université de Yale puis passe un master d’anglais à l’Université de Stanford. Il travaille dans l’investissement à New York jusqu’au début des années 2010 puis se lance dans l’écriture. Rules of Civility (2011) – en France : Les règles du jeu (Albin Michel, 2012) – qui a reçu le Prix Scott Fitzgerald, et Eve in Hollywood (2013) sont parus avant A Gentleman in Moscow (2016). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.amortowles.com/.

Juillet 1918. Le Comte Alexandre Ilitch Rostov est installé à Paris lorsqu’il apprend l’exécution du tsar et de la famille royale. Moins d’un mois plus tard, il arrive au domaine familial des Heures dormantes et fait évacuer sa grand-mère avec deux domestiques. Juin 1922. Rostov a trente ans et il est sur le banc des accusés : dans sa jeunesse, en 1913, il a écrit un poème intitulé « Où est-il à présent ? » qui déplaît aux nouveaux maîtres du Kremlin. Depuis septembre 1918, il vit dans une suite de l’Hôtel Metropol à Moscou. « […] plusieurs représentants du régime actuel arborant le bouc de rigueur décidèrent qu’en punition du crime de ma naissance dans les rangs de l’aristocratie je devais être condamné à passer le reste de mes jours… dans cet hôtel. » (p. 27). Comme il a quand même des amis en haut-lieu, il est assigné à résidence par le « Comité exceptionnel du Commissariat du peuple aux Affaires internes ». Plus dans la suite prestigieuse du deuxième étage mais dans une chambre de neuf mètres carrés au cinquième étage, en fait dans l’étroit grenier du beffroi auparavant aménagé pour les domestiques des voyageurs puis laissé à l’abandon. Ses compagnons : le chat bleu de Russie de l’hôtel, Koutouzov, borgne, et des livres.

Un gentleman à Moscou est un excellent huis-clos humain, intimiste et historique, dans l’hôtel Metropol, dans son bar le Chaliapine et dans ses deux restaurants réputés, le Boyarski et le Metropol surnommé le Piazza. C’est d’ailleurs au Piazza que Rostov fait la connaissance d’une fillette toujours vêtue de jaune, « fille d’un bureaucrate ukrainien veuf » (p. 57). Nina Koulikova a neuf ans et leur longue amitié va enchanter et bouleverser la vie de l’aristocrate ! « […] au Metropol, il y avait des pièces derrière des pièces, des portes derrière des portes… » (p. 84).

Mais j’ai encore plus aimé la belle rencontre avec Abram, l’ouvrier qui s’occupe des abeilles au sommet de la tour Choukhov (attention, Rostov est toujours dans l’Hôtel Metropol !).

Des passages extraordinaires avec par exemple les grands vins qui, par souci d’égalité, n’ont plus d’étiquettes au Boyarski (p. 183-184) ! ou la nouvelle utilisation incessante du mot camarade. « Ah, camarade, songea le comte. En voilà un mot qui marquera son époque… Quand le comte était enfant à Saint-Pétersbourg, on l’entendait rarement. Il rôdait derrière les usines, sous les tables des tavernes, laissant parfois son empreinte sur les pamphlets à l’encre encore fraîche qui séchaient par terre dans les sous-sols. À présent, trente ans plus tard, c’était le mot qu’on entendait le plus souvent dans la langue russe. » (p. 230).

Le Comte Alexandre Ilitch Rostov a trente ans lorsqu’il est condamné et assigné à résidence. D’autres n’ont pas cette chance : ils tomberont malades ou deviendront fous ou mourront dans des camps en Sibérie ou ailleurs. « Qui aurait pu imaginer, Sasha, quand tu t’es retrouvé assigné à résidence au Metropol il y a des années de cela, que tu venais de devenir l’homme le plus verni de toute la Russie ? » (p. 369). Nota : Sasha est un surnom pour Alexandre, c’est le petit nom affectueux qu’utilisent les amis du comte. Il passera trente-deux ans assigné au Metropol ; il verra défiler des petites gens et des nantis, des responsables du Parti et des artistes ; fin gourmet et œnologue, il travaillera au restaurant ; pendant plus de trente ans, il « verra » défiler l’histoire de l’Union soviétique en restant spectateur plutôt que protagoniste même si, malgré son peu de marge de manœuvre, il pourra faire des choses comme entretenir une liaison avec Anna Urbanova une actrice, recueillir la jeune Sofia qu’il fera passer pour sa nièce puis pour sa fille, aider son ami poète Michka (Mikhail Fiodorovitch Minditch) envoyé dans un camp en Sibérie ou enseigner les secrets des langues et des cultures française, anglaise et américaine à Ossip Ivanovitch qui conclura son apprentissage par « Hollywood est la force la plus dangereuse qui soit dans toute l’histoire de la lutte des classes. » (p. 372), devenir ami avec l’Américain Richard Vanderwhile, etc.

Un gentleman à Moscou ressemble étrangement à de la littérature russe, c’est un roman riche, dense mais fluide, somptueux, très agréable à lire (le comte n’est pas dénué d’humour), bref une merveille, un coup de cœur que je vous conseille très fortement si vous aimez la Russie et tout ce qui fait la Russie (les gens, l’histoire, la littérature, la poésie, la gastronomie, la musique…). « Car lorsque la vie empêche un homme de poursuivre ses rêves, il fera tout pour les poursuivre quand même. » (p. 422).

« Quand on a vécu éloigné pendant des dizaines d’années d’un endroit qu’on a aimé, la sagesse vous dicte de ne jamais y retourner. » (p. 571).

Une lecture pour 1 % Rentrée littéraire 2018, Défi littéraire de Madame lit (novembre est consacré à la littérature américaine) et Petit Bac 2018 (catégorie lieu avec Moscou).

2e Grand Prix des Blogueurs Littéraires

L’année dernière j’ai été ravie de participer au 1er Grand Prix des Blogueurs Littéraires organisé par Agathe. Alors je rempile cette année avec le 2e Grand Prix des Blogueurs Littéraires. Pour cette édition 2018, vous pouvez consulter le blog dédié et la page FB.

Premier tour (jusqu’au 20 novembre)

Choisir mes deux romans préférés de littérature française de 2018…

Le roman du premier semestre 2018 :

Rupture de Maryline Desbiolles (Flammarion, janvier 2018) mais j’ai hésité avec Faire mouche de Vincent Almendros (Minuit, janvier 2018).

Le roman du deuxième semestre 2018 :

Aïe… Choix difficile entre La vraie vie d’Adeline Dieudonné (L’iconoclaste, août 2018) et Miss Sarajevo d’Ingrid Thobois (Buchet-Chastel, août 2018)… J’opte finalement pour Miss Sarajevo d’Ingrid Thobois (Buchet-Chastel, août 2018).

Vous aussi, vous pouvez voter pour vos deux romans préférés, allez-y !

Deuxième tour (du 25 novembre au 15 décembre)

Il faudra choisir un seul roman parmi les 10 titres les plus proposés par tous les blogueurs participants. […] 21 novembre, voici les 10 titres les plus nommés par les 287 participants :

En coup de vent…/ 72 – Jean-Baptiste Andrea

Bonjour, vous rappelez-vous de Ma reine de Jean-Baptiste Andrea, un premier roman paru en août 2017 chez L’iconoclaste ? Bon, j’ai dit et redit (ici, ici et ici en bas) que je ne l’avais pas aimé mais au moins, j’en ai parlé et, si je vous en reparle, c’est que j’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur hier soir à la médiathèque La Passerelle à Bourg lès Valence (Drôme). Un auteur, Jean-Baptiste Andrea donc, d’une grande gentillesse, « intelligent et drôle » – sic une collègue sous le charme 😉 –, très abordable, naturel et j’ai été touchée par son état d’esprit et ses idées : discussions sur le roman, sa création, les personnages (Shell et Viviane), la Provence, la littérature (c’est un grand lecteur), le cinéma (il a réalisé trois films, a aussi scénarisé et aime regarder des films voire des séries), l’écologie, le bien-être animal, la mort, le bouddhisme, etc. Il a même parlé bagnoles avec un collègue (ah, les hommes…), collègue que je remercie au passage car il m’a remplacée pour que je puisse assister à la rencontre (sinon, j’aurais raté une heure sur les deux…).

Jean-Baptiste Andrea (l’auteur, à gauche) et François (le bibliothécaire, à droite)

Une fierté pour l’auteur : son roman traduit en italien, allemand, roumain, espagnol (Mexique), coréen (Corée du Sud) et chinois (j’espère que je n’en oublie pas), une belle consécration (presque) internationale !

Une bien belle rencontre qui – si elle ne me fait pas aimer plus le roman – me donne toutefois envie de le relire. Si, si ! Car, vous le savez, il est passé après Neverland de Timothée de Fombelle qui m’avait tellement émue qu’il n’y avait pas de place pour Ma reine juste après et aussi je l’ai lu très vite, pour le travail, et je ne l’ai peut-être pas apprécié à sa juste valeur, en tout cas c’est ce que je pense après avoir entendu l’auteur en parler, donc si j’ai l’occasion de le relire, je le ferai et, on ne sait jamais, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, mais je ne promets rien 😛 L’auteur m’a demandé ce qu’il me restait de ma lecture, un peu plus d’un an après, eh bien il me reste la colline avec la nature, la grotte, le berger avec son patou, ce qui est pas mal finalement.

Par contre, je lirai assurément le deuxième roman qui se déroulera en montagne et qui est annoncé pour septembre 2019. Patience donc…

J’espère que vous aurez l’occasion de rencontrer Jean-Baptiste Andrea, même si vous n’avez pas encore lu (ou pas aimé) son roman car c’est vraiment quelqu’un de bien 🙂

Je vous souhaite une bonne fin de semaine. Et je vous mets le lien de Martine (avec une belle photo différente de la mienne car elle était sur le côté).

Pêche d’Emma Glass

Pêche d’Emma Glass.

Flammarion, Hors collection, Littérature étrangère, août 2018, 128 pages, 14 €, ISBN 978-2-08144-313-6. Peach (2018) est traduit de l’anglais par Claro.

Genres : littérature galloise, premier roman.

Emma Glass naît à Swansea (Pays de Galles). Elle étudie la littérature anglaise, participe à des ateliers d’écriture et devient infirmière en pédiatrie avant d’écrire ce premier roman, Pêche (peut-être inspiré par des patientes ?).

« Tu vois ? dit Papa. Il met juste du temps à s’habituer, c’est tout. On sait que tu as été un peu surprise par son arrivée, Pêche, dit Maman. » (p. 20). Pêche a été surprise à l’arrivée de son petit frère mais maintenant Pêche pense à autre chose, Pêche a été déchirée, Pêche a du sang qui coule, Pêche a dû se recoudre pour que le sang arrête de couler sur ses jambes. « Je dois oublier. Je vais oublier. Je me pince les joues, je soupire. Je vais essayer. » (p. 27). Le jeune homme va la harceler, lui dire qu’il l’aime… « Lincoln. Il a un nom. » (p. 29) mais Pêche ne dit rien à personne et refuse d’être une victime. « Je me dis, Faisons comme s’il ne s’était rien passé. Je ne veux pas être une victime. Une de ces victimes. » (p. 75).

Après Manuel de survie à l’usage des jeunes filles de Mick Kitson, je lis encore un roman qui parle de viol ; décidément cette rentrée littéraire est bien sombre… Mais Pêche est un roman totalement différent, très court, rythmé à toute vitesse (celle de l’adolescence ?), il est tout en fluides (bon là, c’est un peu beurk…), en couleurs et bizarrement il s’en dégage une sorte de poésie. L’adolescente, Pêche, est attachante et le lecteur a tellement envie qu’elle aille mieux, qu’elle puisse parler à ses parents (un peu décalés) et à son petit ami, Vert. Car Pêche affronte l’horreur seule… Seule ? Eh bien non, il y a les lecteurs ! Alors, lisez Pêche, vous verrez c’est un récit bouleversant, intense, et pas seulement féminin.

Je crains qu’en Grande-Bretagne, le viol soit un phénomène récurent, pour preuve cette campagne de pub de Blue Seat Studio :

Une dernière lecture faite pendant le Challenge de l’été que je mets dans 1 % Rentrée littéraire 2018, Défi littéraire de Madame lit (littérature britannique), Petit Bac 2018 (catégorie Mot positif, en total décalage avec le thème du roman !) et Voisins Voisines 2018 (Pays de Galles).