Bel abîme de Yamen Manai

Bel abîme de Yamen Manai.

Elyzad, septembre 2021, 120 pages, 14,50 €, ISBN 978-2-49227-044-4.

Genres : littérature tunisienne, roman.

Yamen Manai naît le 25 mai 1980 à Tunis (Tunisie) dans une famille cultivée (parents professeurs). Dès l’enfance, il aime la lecture et la poésie. Il étudie les nouvelles technologies de l’information à Paris et écrit en français. Ses romans – qui ont reçu plusieurs prix littéraires – sont considérés comme des contes philosophiques qui amènent les lecteurs à réfléchir (dictatures, fanatismes religieux, écologie). Du même auteur, les deux très beaux romans, La marche de l’incertitude (2010) et La sérénade d’Ibrahim Santos (2011) et L’amas ardent (2017) que je n’ai pas lu.

La voix est celle d’un adolescent de 15 ans arrêté pour avoir tiré avec un fusil sur quatre hommes (qu’il a blessés). « Mon avenir était déjà condamné bien avant tout ça. Pourquoi ? Parce que je suis né ici, dans ce pays, parmi ces gens, parmi vous. » (p. 12). En prison, il répond aux questions de son avocat, maître Bakouche. Puis à celle d’un psy, le docteur Latrache. « Qu’on reprenne les choses dans l’ordre ? Quel ordre donnez-vous aux choses ? Dans ce pays sens dessus dessous, vous me semblez bien sûr de vous. » (p. 17).

Comme pratiquement tous les enfants qu’il connaît, il est battu dès l’enfance, par son père, professeur à l ‘université, par sa mère, par son grand frère… « Mais quand Bella est arrivée dans ma vie, je rêvais qu’elle était à mes côtés. » (p. 28). Enfin un peu d’amour dans sa vie.

Ce récit, dur, poignant, c’est « une déferlante de violence » (p. 31-32), « une folie contagieuse » (p. 32) parce que cet ado sensible (à la cause animale et à l’écologie, mais pas que) raconte des scènes de violence vraiment atroces comme ce caméléon jeté vivant dans un feu (p. 33) ou la façon dont les animaux du zoo sont traités (p. 35-36) ou la façon dont les enfants sont maltraités par tous (parents, frères plus grands, professeurs…).

Et malgré toutes ces horreurs, il développe de l’humour. « Vous connaissez Tchekhov, monsieur Bakouche ? […] Non, ce n’est pas la marque d’une vodka, c’est un écrivain russe. » (p. 38).

Mais, le drame… « Bella était mon amie. Bella était mon amour. Bella était tout ce qui a compté et qui ne comptera plus. » (p. 44).

Ce roman raconte la violence de tout un pays, la violence d’humains imbus d’eux-mêmes et de leur petit savoir, la violence que supportent les mal-aimés, ceux qui ne mouftent pas, ceux qui baissent la tête, ceux qui se laissent martyriser parce qu’il n’ont pas d’autres solutions… Bien sûr, tout cela est affreux mais l’auteur et le narrateur ado insistent bien sur Bella, c’est elle l’élément central, l’élément déclencheur, et si j’ai pleuré c’est sur son funeste sort… pas sur les humains.

Cet ado, malheureux comme les pierres, qui n’a pas sa langue dans sa poche, est d’une grande lucidité. « C’est grâce à Bourguiba. […] Mais si c’est un homme qui a libéré toutes ces femmes, c’est qu’elles n’étaient pas prêtes. Il fallait que ces femmes se libèrent elles-mêmes et d’elles-mêmes. » (p. 68-69). « J’espérais que ma mère se libère bien davantage. Ce n’est pas parce qu’elle travaillait qu’elle était libre. Sa vie était une forme d’esclavage. […] J’aurais tant aimé qu’elle se soulève, qu’elle se dresse contre les abus du paternel, pas forcément ceux qu’il commettait à mon égard, mais déjà ceux qu’il lui faisait subir. J’aurais aimé qu’elle lui réclame sa part de bonheur, d’amour […]. » (p. 70).

Bel abîme est le premier roman de cette rentrée littéraire d’automne que je lis. Il est construit comme un monologue puisque l’adolescent (dont on ne connaît pas le (pré)nom) répète les questions qui lui sont posées (par l’avocat ou le psy) avant d’y répondre (sincèrement et en dénonçant la violence et l’injustice). Ce roman court (à peine plus de 100 pages) est d’une rare intensité et suscite une grande émotion tant il est bouleversant.

Une lecture pour Challenge de l’été #2 (Tunisie) et À la découverte de l’Afrique (Tunisie). Elle l’a lu et aimé : Usva.

Dégels de Julia Phillips

 Dégels de Julia Phillips.

Autrement, août 2019, 384 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-74675-136-1. Disappearing Earth (2019) est traduit de l’américain par Héloïse Esquié.

Genres : littérature états-unienne, premier roman.

Julia Phillips naît en 1988 à Montclair dans le New Jersey (États-Unis). Elle étudie l’anglais et les Arts puis se rend à Moscou et sur la péninsule du Kamtchatka. Elle écrit des articles pour The Moscow Times et Dégels est son premier roman.

Août. Les sœurs Golosovskaya, Alyona, 11 ans, et Sophia, 8 ans, ont la chance de vivre au bord de la mer à Petropavlosk-Kamchatsky au Kamtchatka. Mais alors qu’elles rentrent de la plage, elles aident un inconnu, soi-disant blessé, qui les enlève.

Septembre. Valentina Nikolaevna ne veut plus que sa fille Diana, adolescente, voit sa meilleure amie, Olya, qui aurait une mauvaise influence. C’est que la population imagine des tas de scénarios sur ce qui est arrivé aux sœurs Golosovskaya, il y a « des contrebandiers […]. Ou des braconniers, des cambrioleurs, des pyromanes, des chauffards en état d’ivresse, des chasseurs qui se tiraient dessus, des hommes qui s’étranglaient pendant une bagarre, des travailleurs immigrés qui tombaient d’échafaudages sur des chantiers, des gens qui mourraient de froid pendant les mois d’hiver… c’était monnaie courante aux informations. Deux petites kidnappées, c’était une autre histoire. » (p. 57-58).

Octobre. Katya et Max, amoureux depuis deux mois, font du camping en forêt mais Max a oublié la tente et ils vont devoir dormir dans le SUV. Le jour de l’enlèvement, Oksana, la meilleure amie de Katya, et collègue de Max, a vu les fillettes, l’homme et son véhicule lorsqu’elle promenait son chien. Mais le lieutenant Nikolaï Danilovich Ryakhovsky pense qu’il est trop tard, que les sœurs ont déjà été « emmenées en dehors du Kamtchatka. » (p. 63).

Novembre. Valentina Nikolaevna a 41 ans et a, depuis avril, une cloque sur la poitrine, « une cloque qui ne guérissait jamais. Une tache sombre […] un bouton, puis le bouton avait enflé, éclaté, formé une croûte, et continué de gonfler. » (p. 73). Son médecin l’envoie à l’hôpital alors elle prévient l’école où elle travaille de son absence, l’école que fréquentait les sœurs Golosovskaya. Quant à son mari, il travaille « à l’Institut volcanologique avec le seul témoin du crime » (p. 81), Oksana donc.

Décembre. Ksyusha, une Évène, est à l’université, en quatrième année de comptabilité. Sa cousine, Alisa, 17 ans, a quitté leur village sibérien et l’a rejointe à Petropavlosk pour étudier la philologie. Alisa convainc Ksyusha de s’inscrire avec elle à une troupe de danse traditionnelle de la fac. Mais avec l’enlèvement des fillettes, Ruslan, le petit-ami de Kyusha, est inquiet.

Peu à peu, dans cette ville post-soviétique, tout se met en place, comme un puzzle, pièce après pièce. D’autant plus qu’il y a quelques années, Lilia, une jeune Évène, a disparu, ses proches ont pensé qu’elle était partie d’elle-même et la police ne l’a pas recherchée, mais aurait-elle pu elle aussi être enlevée, tuée ?

L’enquête stagne et le « lieutenant Ryakhovsky a envoyé un texto ce matin. Ils veulent que nos bateaux draguent le fond de la baie après le dégel, pour voir si on retrouve les sœurs. » (p. 202). Voilà, c’est dit, la police ne trouvera rien, il faut attendre le dégel… La mère des fillettes est pessimiste. « Marina les avaient perdu pour toujours. Elle n’allait jamais récupérer ses filles. » (p. 346). En fait, le roman commence en août puis chaque chapitre voit défiler les mois les uns après les autres et il fait de plus en plus froid et plus il fait froid, plus la piste refroidit.

Le Kamtchatka ? J’ai eu l’impression d’être en Sibérie comme dans les romans de Victor Remizov par exemple [Devouchki et Volia Volnaïa] or le Kamtchatka est une péninsule volcanique à l’extrême est de la Russie (« posée » entre la mer d’Okhotsk et la mer de Béring) alors que la Sibérie est au centre et au nord de la Russie « asiatique ». Bref, ce roman américain aurait pu être un nature writing mais il parle beaucoup de la ville et des habitants. Je suis donc dubitative… Il y a beaucoup de personnages, plutôt féminins puisque c’est ce dont l’autrice voulait parler en priorité, mais pas seulement, et en fait il y a trop de personnages ; les chapitres se suivent, mois après mois, avec des personnages différents, qui n’ont apparemment pas de lien entre eux et ça m’a lassée… En tout cas, ce roman ne m’a pas transportée comme il aurait dû et je ne me suis attachée à aucune de ces femmes… Mais, si vous êtes curieux et que vous le lisez, je viendrai lire votre avis !

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 51, un livre dont les héros sont des enfants, pas que les deux fillettes soient des héroïnes mais elles sont en tout cas, bien que disparues, les personnages principaux qui relient peu à peu tout le monde) et le Petit Bac 2021 (catégorie Météo pour Dégels).

Mémoire de soie d’Adrien Borne

Mémoire de soie d’Adrien Borne.

JC Lattès, août 2020, 250 pages, 19 €, ISBN 978-2-70966-619-0.

Genres : littérature française, premier roman.

Adrien Borne est un journaliste français (RTL, RMC, Cnews, LCI). Il étudie l’Histoire à l’université Paris Nanterre puis le journalisme à Lille. Mémoire de soie, inspiré de la vie de son arrière-grand-père dans la Drôme, est son premier roman.

9 juin 1936. Émile a 20 ans. Il part pour deux ans de service militaire. Il quitte son village de La Cordot et la maison familiale en briques, une ancienne magnanerie, « ultime fierté familiale » (p. 13). Il prend un car pour Montélimar (Drôme) après avoir dit au revoir à sa mère, Suzanne. « L’armée, l’uniforme, la guerre jamais loin. » (p. 18). Suzanne glisse dans son sac un livret de famille. Le bus part. Son père, Auguste, brocanteur, est déjà dans son magasin. Avant de rejoindre la caserne, Émile passe quelques heures avec son meilleur ami, Simon.

Flashback, novembre 1918. Auguste avec son moignon au bras gauche a été réformé mais son jeune frère, Baptistin, a fait la guerre et, bien que plusieurs fois blessé, il a célébré l’Armistice et s’apprête à rentrer à La Cordot. C’était sans compter avec la grippe espagnole…

Revenons à Émile. Pourquoi dans le livret de famille est-il écrit Suzanne P, épouse L et Baptistin L ? « Émile, à cet instant, entame un chemin désordonné, un chemin confus. Il s’emporte de lui-même. Il s’afflige puis se raidit. Il s’agite et s’enorgueillit. » (p. 55-56).

Flashback, Auguste, 10 ans, et Baptistin, 5 ans, vivent à la magnanerie. Le Père n’est pas tendre avec eux, la Mère non plus… Ils sont enfermés, les papillons se posent sur eux, les chenilles grimpent sur eux, « L’épouvante. » (p. 61).

Quant à Suzanne, ses parents la place à l’âge de 13 ans, à Taulignan, un orphelinat-usine dans lequel quatre cents filles font de la soie. « Tu pars, c’est mieux pour tout le monde. » (p. 68).

Il n’y a pas de place pour les bavardages ou la tendresse. Mais le fil de l’histoire va se dérouler comme celui du ver à soie. Délivrant d’abord son superflu, le vulgaire, le rustique (la filoselle) puis le beau : « Le fil s’étire, le cocon s’abandonne, j’ai la main, je fais de la soie ou tout comme, elle prend forme sous mes yeux. » (Suzanne, p. 88).

Quel beau roman ! J’ai aimé les « complicités simples et douces » (p. 95) entre les deux frères, Auguste et Baptistin, l’histoire d’amour contrarié entre Baptistin et Suzanne à cause de la Mère et de la guerre (on ne sait laquelle des deux est la pire !). D’ailleurs, plus que les horreurs de la guerre, cette histoire raconte plutôt les horreurs vécues par les femmes seules, les orphelins, les rescapés aux corps cassés… « […] une terreur fabuleuse. Une terreur braquée sur le monde. Tragique. Permanente. » (p. 190). Les phrases sont courtes, percutantes, les mots soigneusement choisis. « Des anciens combattants pas rentrés entiers. Dans un même silence. Dans une même obsession. » (p. 191).

Le lecteur découvre peu à peu, par petites touches à la fois délicates et saisissantes, le(s) secret(s) de famille et les drames qui ont jonché la vie des ancêtres d’Émile. C’est terriblement tragique et déchirant. Un premier roman magistral ! Je suivrai cet auteur et j’espère que vous aussi !

Pour Animaux du monde #3 (papillons et vers à soie) et Challenge lecture 2021 (catégorie 41, un livre dont l’histoire comporte une naissance pour la naissance d’Émile en 1916).

Et toujours en été de Julie Wolkenstein

Et toujours en été de Julie Wolkenstein.

POL, collection Fiction, janvier 2020, 224 pages, 18 €, ISBN 978-2-8180-4967-9.

Genres : littérature française, roman.

Julie Wolkenstein naît en 1968 à Paris. Elle étudie la littérature et rédige une thèse sur Henry James (1843-1916). Et toujours en été est son 9e roman.

Saint Pair sur Mer, dans la Manche, en Normandie. Pour bien que le lecteur comprenne que ce roman est construit comme un escape game, le premier chapitre est un tutoriel (un peu comme dans les jeux vidéo) qui explique tout sur ce genre de jeux. « Un escape game, c’est comme la vie aussi. Surtout lorsque cette vie (la mienne) est d’abord un lieu, une maison aux multiples pièces, chacune encombrée de souvenirs et peuplée de fantômes. Les traces vous y racontent une histoire, les objets vous y soumettent des énigmes, les morts vous y confient des missions. » (p. 19).

Quel sujet original ! Pas sûre que ce thème ait déjà été traité en littérature. Je suis très curieuse ! J’ai pensé à des jeux comme Myst, Riven, Exile, Les chevaliers de Baphomet… Alors, on entre dans la maison ? Chaque chapitre est une pièce différente (entrée, W.C, salle à manger, bibliothèque, cave, cuisine, salon, chambres). La maison est en fait une grande villa balnéaire ancienne (des travaux datent de 1880-1890).

Les souvenirs font des allers-retours entre les années 80 (l’autrice était enfant) et notre époque c’est-à-dire 2018 (l’autrice est mère de famille).

L’idée de base donnait vraiment envie mais c’est une déception pour moi. On a compris qu’on est dans un escape game et qu’il faut tout observer et tout mettre dans un inventaire… Après son tutoriel en entrée, l’autrice n’était pas obligée de le répéter à chaque fois comme ceci : « Vous vous rappelez que vous êtes coincés et qu’il vous reste pas mal de portes à ouvrir pour progresser dans le jeu, dont celle de la bibliothèque qui vous ramènera probablement dans l’entrée, et la double porte-fenêtre qui sépare la salle à manger du salon. » (p. 104).

Le fait d’être rappelée tout le temps à l’ordre avec les mêmes explications m’a tout bonnement gâché le plaisir de lecture… Alors, voilà, je ne dirais pas que ce roman est nul mais je suis mitigée quant à l’utilité de cette lecture… Si vous avez un titre incontournable de Julie Wolkenstein à me conseiller, je tenterai peut-être de relire cette autrice mais j’avoue que je ne suis pas pressée !

Pour le Challenge Lecture 2021 (catégorie 54, un livre dont le titre comporte une saison) et le Petit Bac 2021 (catégorie Météo pour été).

Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin

Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin.

La Manufacture de livres, collection Littérature, août 2020, 198 pages, 16,90 €, ISBN 978-2-35887-679-7.

Genres : littérature française, premier roman.

Laurent Petitmangin naît en 1965 en Lorraine dans une famille de cheminots. Il grandit à Metz puis étudie à Lyon et travaille chez Air France. Il écrit depuis une dizaine d’années et Ce qu’il faut de nuit est son premier titre publié (Prix Fémina des lycéens).

Le narrateur est un père qui élève seul ses deux fils depuis la mort de son épouse. Ils ne sont pas très causants mais le foot les rapproche. « Un moment où il n’y a rien à faire pour moi, un des seuls instants qui me restent avec Fus. Un moment que je ne céderais pour rien au monde, que j’attends au loin dans la semaine. » (p. 12).

En Lorraine, à Villerupt Audun le Tiche. Fus (en fait Frédéric) et Gillou ont vu leur mère malade, elle a beaucoup souffert et le cancer a eu sa peau. Fus était au collège, ses résultats ont dégringolé. Gillou, en primaire, a peut-être plus accusé le coup. « Elle s’était démenée pendant trois ans avec son cancer. Sans jamais dire qu’elle allait s’en sortir. » (p. 22).

Le père est au parti socialiste, pas vraiment militant mais lorsque Fus et Gillou étaient plus jeunes, ils aidaient leur père à distribuer des tracts dans les boîtes aux lettres. Mais à maintenant 22 ans, Gillou veut étudier à Paris où Jérémy, l’ami d’enfance de Fus, étudie déjà. Quant à Fus, il a de nouveaux amis pas très fréquentables… « J’avais honte. Désormais on allait devoir vivre avec ça, c’était ce qui me gênait le plus. Quoi qu’on fasse, quoi qu’on veuille, c’était fait : mon fils avait fricoté avec des fachos. Et d’après ce que j’en avais compris, il y prenait plaisir. On était dans un sacré chantier. » (p. 62).

Devant le changement radical de Fus, le père est impuissant, tout comme il a été impuissant devant le cancer de son épouse. « Toute cette rage m’était restée dans la tête, m’avait traversé la gorge, m’avait chauffé les poumons mais elle n’était allée nulle part ailleurs. » (p. 78-79). Et, depuis le départ de Gillou à Paris, c’est compliqué entre le père et Fus… « deux mecs qui ne se parlaient plus ou à peine. » (p. 94) sauf le week-end avec Gillou et durant les matches de foot.

Le père est profondément humain, tellement dépassé par les événements. Parce que Fus commet l’irréparable. « […] c’était mon fils. Tout ce qui lui arrivait m’arrivait. Et, pour cette raison, j’avais choisi de prendre mes distances. Je n’étais pas de force, et je rendrai toujours grâce à Gillou et à Jérémy de ne m’avoir jamais fait le moindre reproche et de ne m’avoir jamais forcé à rien. » (p. 158).

Le roman est court mais la lecture est éprouvante (elle m’a mis les larmes), que c’est poignant le destin des ces quatre hommes, le père, Fus, Gillou et Jérémy qui fait presque partie de la famille ! Le père se demande s’il a raté quelque chose dans son éducation, dans les valeurs qu’il a transmises mais un enfant, devenu adulte, suit sa propre voie et fait parfois des conneries.

Coup de cœur pour ce premier roman, familial, social, puissant, tragique, émouvant, que dis-je bouleversant, en même temps pudique, et avec un langage populaire et imagé typique de la Lorraine. Ce roman est un coup de maître et je suivrai assurément Laurent Petitmangin. Vous savez comment c’est lorsqu’on a lu un tel roman, magistral, on a envie que la terre entière le lise alors lisez-le et venez partager votre avis, votre ressenti !

Je mets Ce qu’il faut de nuit dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 33, un livre dont le personnage principal pratique un sport car le football tient une grande place dans la vie de Fus et entre Fus son père).

En passant

En coup de vent… 124 – Prix La Passerelle 2021

Bonjour, chaque année je vous parle de ce prix littéraire, 2013-2014-2015 (ici), 2016 (ici et ici), 2017 (ici, ici et ici), 2018 (ici, ici et ici), 2019 (ici) et 2020 (ici et ici). Voici les six romans sélectionnés pour le Prix La Passerelle 2021 (même si je n’ai pas pu assister à la présentation au public samedi dernier…).

Les 6 romans en lice pour cette 9e édition sont (par ordre alphabétique d’auteurs) : Mauvaises herbes de Dima Abdallah (Sabine Wespieser, août 2020), Une république lumineuse d’Andrés Barba (Bourgois, mai 2020), La cuillère de Dany Héricourt (Liana Lévi, août 2020), Le dit du Mistral d’Olivier Mak-Bouchard (Le Tripode, août 2020), Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin (La manufacture de livres, août 2020) et Harpo de Fabio Viscogliosi (Actes Sud, janvier 2020).

Je ne sais pas encore pour lequel je vais voter car j’ai bien aimé La cuillère et j’ai beaucoup aimé Une république lumineuse, Le dit du Mistral, Ce qu’il faut de nuit et Harpo donc j’hésite entre ces quatre titres !

Le dit du Mistral d’Olivier Mak-Bouchard

Le dit du Mistral d’Olivier Mak-Bouchard.

Le Tripode, août 2020, 360 pages, 19 €, ISBN 978-2-37055-239-6.

Genres : littérature française, premier roman.

Olivier Mak-Bouchard… Très peu d’infos sur lui ! Il grandit dans le Luberon et vit maintenant à San Francisco. Le dit du Mistral a reçu le Prix Première Plume 2020.

Le prologue raconte un moment de l’origine. Dieu se repose le septième jour mais fait venir à lui les 4 éléments – la Terre, le Feu, l’Eau, l’Air – pour qu’ils créent quelque chose (nan mais, oh, faudrait pas faire les faignants !). Le dialogue entre Dieu et les éléments est truculent. « Parfait, parfait. Là, je crois qu’on commence à tenir quelque chose. Oui, avec cette règle du trois, six, ou neuf, je pense qu’on tient le bon bout. Avec ce calcaire, cet ocre, ce Calavon et maintenant ce Mistral, oui, ça commence à prendre forme, réfléchit-il à haute voix. Que le Luberon soit, ordonna le Créateur. Et le Luberon fut. » (p. 19).

Les personnages. Un chat errant, blanc avec des pattes noires, surnommé Le Hussard. Un voisin, monsieur Sécaillat (Paul) et son épouse Mireille qui souffre d’Alzeihmer. Et le narrateur, paysan, et, comme son épouse Blanche part deux mois au Japon pour son travail, il va pouvoir bidouiller tranquillement – et clandestinement – avec son voisin !

Après un violent orage, monsieur Sécaillat vient chercher son voisin alors qu’ils ne sont pas spécialement proches. « Venez, y a quelque chose qu’y faut que je vous montre, m’annonça-t-il calmement. » (p. 32). Dans un champ qui sépare les mas des deux hommes, un « mur était éboulé sur 4 ou 5 mètres » (p. 34) et « Il y avait des cailloux qui n’en étaient pas, des tessons de terre cuite, des bouts de poterie. » (p. 34).

Ces objets semblent très anciens mais monsieur Sécaillat ne veut pas que quelqu’un vienne sur son terrain pendant des mois voire des années. « Le simple fait que l’État oui qui que ce soit d’autre puisse s’arroger la propriété de son sol était hors de question. Le priver de son lopin de terre était comme lui couper un bras. » (p. 37).

Les deux hommes décident donc de creuser eux-mêmes et de ne rien dire à personne de leurs découvertes. Ils trouvent plein de pièces différentes que monsieur Sécaillat tente de remonter comme un puzzle et à plusieurs mètres de profondeur, une source d’eau ferrugineuse comme en Auvergne ! Autant dire, une source miraculeuse.

Heureusement que les mots et expressions en provençal sont traduits en bas de page.

« Surprise de fin d’année au musée municipal. » (p. 131).

« À ce stade de l’histoire, le lecteur peut décider de s’arrêter : il aura alors lu un joli conte de Noël provençal, ce qui n’est déjà pas donné à tout le monde. Mais s’il choisit de continuer sa lecture, il faut le mettre en garde. Il doit se rappeler que les légendes, si elles sont racontées pour faire rêver, introduire une part de mystère dans un monde terne, sont aussi racontées pour expliquer l’incompréhensible, démêler l’indémêlable. Il devra garder à l’esprit que toutes les légendes, sans exception, ont un fond de vérité. On ne sait jamais de quoi il retourne exactement. La part du vrai, la part du faux, bien malin celui qui arrive à les démêler. » (p. 161).

Autant vous dire que j’ai continué ce roman enchanteur et que c’est un coup de cœur. Lisez-le et vous serez transportés en Provence parmi les contes et les légendes ; offrez-le aussi et vos proches vous en seront reconnaissants ! C’est drôle, c’est enlevé, c’est génial ! Il y a les légendes du Mistral, du Cabro d’or (la chèvre d’or), Hannibal et ses éléphants, les Albiques et leurs toutouros, des balades dans la garrigue et au Mont Ventoux…

Je mets cette excellente lecture dans les challenges Animaux du monde #3 (pour le chat, Le Hussard) et Contes et légendes #2. Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 20.

La guérilla des animaux de Camille Brunel

La guérilla des animaux de Camille Brunel.

Alma, août 2018, 280 pages, 18 €, ISBN 978-2-36279-285-4.

Genres : littérature française, roman, science-fiction.

Camille Brunel naît en 1986 à Châlons sur Marne (devenue Châlons en Champagne). Il étudie la Littérature comparée à la Sorbonne (2006-2009) puis devient professeur de Lettres modernes en lycée (2009-2016). Il est critique cinéma, journaliste (il écrit pour Usbek & Rica) et écrivain. Il milite pour la cause animale. La guérilla des animaux – que j’ai très envie de lire depuis sa parution – est son premier roman. J’avais lu une de ses nouvelles : Et si Laïka était revenue vivante de son voyage dans l’espace. Son nouveau roman est Les métamorphoses (Alma, août 2020) que j’ai très envie de lire aussi.

Isaac Obermann, un jeune Français, passe la nuit dans la jungle, dans le Parc national de Ranthambore, lorsque des braconniers tuent une tigresse enceinte. Isaac, caché dans un banian, hésite… « Cela dura quatre minutes, puis il perfora le thorax de la chasseuse en un premier coup de feu qui excita les chauves-souris. Le temps que le second chasseur comprenne ce qui venait de se passer, il était touché aussi ; que le troisième comprenne ce qui venait de se passer et saisisse son fusil, son corps s’effondrait sur celui du tigre ; que le plus jeune saisisse son fusil et repère Isaac, ce dernier le tenait en joue et lui ordonnait, en anglais, de s’immobiliser. » (p. 16-17).

De retour à Paris, Isaac développe ses idées sur la cause animale, il est convaincu que les animaux méritent de vivre sans être tués, mais personne ne le comprend (ou tout le monde s’en fiche) alors il part à Ucluelet sur l’île de Vancouver. Là, il rencontre les dauphins, les baleines et les orques. « La rencontre des baleines était un spectacle parfait : le plus beau possible. » (p. 33). Mais la catastrophe de Fukushima a envoyé des milliers de tonnes de déchets et de l’eau radioactive…

Et l’amer constat d’un capitaine de bateau de Sea Shepherd, « Ne répète à personne ce que je vais te dire, mais écoute-le bien : la vie sauvage n’est pas en train de s’éteindre, elle est éteinte. […] Cette vie sauvage constitue désormais l’exception. On ne se bat plus pour la restaurer – pour ça il faudrait des siècles, et des forces telles qu’elles ne sauraient dépendre de notre piètre désir de bipèdes – mais pour en retarder l’extinction. » (p. 39). Quelle tristesse.

Je comprends pourquoi comment Isaac est devenu un activiste ! « […] il ne restera plus que de l’humain. Pas forcément du petit, mais certainement du laid. Du triste. De l’expliqué, du fabriqué. Du plastique, du béton et les propriétés. » (p. 57). « On a trop longtemps considéré que les crimes contre l’humanité ne visaient que les humains, alors que les massacres de loups, de bovins, de baleines, constituent des crimes contre l’humanité aussi […]. » (p. 93). Lors d’une conférence à la Sorbonne, Isaac dit que puisque les humains mangent des animaux morts, ce sont des charognards. « Ce n’était plus très drôle. Le regard des étudiants était devenu aussi opaque que celui des statues de Socrate, Richelieu et Descartes qui ornaient les niches de l’amphithéâtre. » (p. 109). Il ne mâche pas ses mots lors d’une autre conférence à Brasilia : « L’époque dura longtemps où l’on craignait que l’humanité disparaisse. Pour être honnête, j’ai désormais peur que l’humanité ne disparaisse pas, et qu’elle se contente de continuer dans ces conditions-là. » (p. 120). Peut-être qu’il en faut des agitateurs dans son genre pour jeter des pavés dans la mare, pour déstabiliser les pensées, adulés par certains, décriés par d’autres, mais sans qui les idées n’avancent pas (comme les droits et l’égalité des animaux).

Après Brasilia, Isaac continue de voyager, avec Yumiko Ivanovitch, la prof qui l’avait invité. Vietnam, Chine, Kirghizistan, Hongrie, Sibérie, Afrique, ils vont partout où les animaux ont besoin d’être défendus, libérés, et n’hésitent pas à mettre le feu et à tuer des humains (collectionneurs, chasseurs, braconniers…). Ils vont mener la guérilla des animaux. « On libérait tout ce qui bougeait. On tuait les chasseurs, parfois la tête dans le piège à loups, gare aux éclaboussures. » (p. 175).

Le lecteur est emporté dans un maelstrom de violence mais pour la bonne cause selon Yumiko et Isaac, devenus des Bonnie & Clide de la cause animale mais c’est sûrement trop tard. « Il n’y a plus d’éléphants, Isaac. » (p. 195). Parfois la parole est donnée aux animaux, une baleine, un éléphant, et ces passages sont très émouvants.

Si l’histoire d’Isaac débute à notre époque, elle continue dans le futur (8 milliards d’habitants sur Terre puis 9 milliards, séisme qui détruit le barrage des Trois-Gorges en Chine, épidémie d’Ebola qui décime 8 millions de personnes depuis 2020, disparition de la banquise, guerre de l’eau entre autres). « […] dans une situation aussi sombre que la nôtre, il faut des extrémistes pour reprendre espoir. » (Timmy, la nouvelle génération, vers 2045, p. 257).

Un premier roman, énorme, militant, activiste même, qui secoue bien le cocotier (attention de ne pas vous prendre une noix de coco sur la tronche !), d’une logique implacable et d’une grande violence. En le lisant, j’ai parfois pensé à Les liens du sang d’Errol Henrot et à À la ligne de Joseph Ponthus (deux romans sur le monde des abattoirs et de l’industrie agro-alimentaire), et même à Cadavre exquis d’Agustina Bazterrica, et bien sûr à Ivoire de Niels Labuzan et à Éloquence de la sardine de Bill François.

Est-ce qu’un jour une « Déclaration Universelle des Droits de l’Animal » (p. 200) existera ? Est-ce que les abattoirs et les laboratoires utilisant des animaux seront fermés ? Est-ce que des Casques Bleus iront de part le monde empêcher que des animaux soient tués ? En tout cas, un jour il faudra peut-être choisir son camp…

Pour les challenges Animaux du monde #3, Challenge du confinement (case SF) et Littérature de l’imaginaire #8. Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 18.

Ainsi parlait ma mère de Rachid Benzine

Ainsi parlait ma mère de Rachid Benzine.

Seuil, janvier 2020, 96 pages, 13 €, ISBN 978-2-02143-509-2.

Genres : roman franco-marocain, premier roman.

Rachid Benzine naît le 5 janvier 1971 à Kénitra au Maroc. Il arrive en France à l’âge de 7 ans. Il étudie les sciences humaines et l’économie. Il est professeur, auteur et prône le dialogue entre islam et christianisme (Nous avons tant de choses à nous dire avec le père Christian Delorme en 1998).

Après Dans les yeux du ciel qui ne m’avait pas convaincue, j’ai quand même voulu lire Ainsi parlait ma mère parce que j’avais entendu l’auteur à 28’ (Arte) et il m’a paru sympathique.

Le narrateur, 54 ans, professeur de lettres à l’Université catholique de Louvain en Belgique, fait la lecture à sa mère, âgée (93 ans) et malade. « Ma mère ne sait pas lire. » (p. 7). Ce livre dont elle « demande la lecture à chaque moment de la journée où elle se sent disponible, où elle a besoin d’être apaisée, où elle a envie tout simplement de profiter un peu de la vie. Et de son fils. » (p. 7-8), c’est La peau de chagrin d’ Honoré de Balzac.

Quand ses parents sont arrivés à Schaerbeek, en Belgique, au milieu des années 50, la mère est restée au foyer pour élever les cinq garçons (le narrateur est le plus jeune) et le père « travaillait au pilon, près de Bruxelles. » (p. 13) alors il ramenait chaque soir des magazines et des livres. « Autant qu’il pouvait en porter. » (p. 13).

J’aime la tendresse que raconte ces phrases ; le père qui apprend à lire en même temps que son jeune fils et qui « affectionnait particulièrement le magazine Modes et travaux dont le public cible était pourtant clairement affiché : la femme au foyer, chic et parisienne. » (p. 15). La mère qui, dans les années 70, le samedi soir, « chantait à l’unisson, des vedettes du moment […] C’était le seul moment où on la sentait vraiment heureuse, transfigurée. » (p. 28). Ah, les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier !

J’ai aimé la relation mère-fils, tout en tendresse, et en découvertes surprenantes pour le fils. « La maman d’un grand con suffisant, oui ! » (p. 58).

Un livre savoureux sur l’amour qu’une mère porte à ses enfants et qu’un fils porte à sa mère même en fin de vie. Un joli livre de souvenirs aussi. Et dans une moindre mesure, une petite analyse de La peau de chagrin de Balzac avec quelques moments amusants. « Nous avons bataillé ainsi durant des années sur des tas d’interprétations possibles de l’œuvre, des personnages, des thèmes abordés, des enjeux, des conflits. » (p. 75).

Pour le Challenge du confinement (case Contemporain). Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 17.

De parcourir le monde et d’y rôder de Grégory Le Floch

De parcourir le monde et d’y rôder de Grégory Le Floch.

Christian Bourgois, août 2020, 226 pages, 18 €, ISBN 978-2-26704-302-0.

Genres : littérature française, roman.

Grégory Le Floch naît en 1986. Il vit et travaille à Paris. Il reçoit la Bourse de la découverte de la fondation Prince Pierre de Monaco pour son premier roman, Dans la forêt du hameau de Hardt (L’Ogre, 2019).

Le narrateur, un jeune homme vigile dans un supermarché, est dans tout ses états car il a trouvé une chose dans la rue et souhaite la rendre à son propriétaire mais les passants et les commerçants l’ignorent ou l’insultent. « Chez moi, j’ai posé la chose sur la table, j’ai tiré une chaise, je m’y suis assis. J’ai posé mon menton sur la table et j’ai observé la chose. L’observation a duré toute la nuit car je voulais agir avec le plus de méthode, de logique et de rigueur dont j’étais capable. » (p. 21). Le lecteur est plongé en plein surréalisme avec ce jeune homme un brin mégalo. « Il était évident que j’étais en présence d’un objet remarquable que je devais de toute urgence restituer à l’humanité […]. » (p. 22).

Une intuition le pousse à se rendre à Vienne en Autriche. Et le voici dans le train où il rencontre une jeune femme, Schloma. « […] un prénom horrible mais […] elle avait fini par s’y faire […]. » (p. 30). Elle lui conseille d’aller au musée Freud car la chose y a sûrement été volée. « C’est sur son bureau, je peux vous l’assurer, que j’ai vu cette chose. C’était peut-être il y a un an. » (p. 31-32). C’est le début d’une aventure incompréhensible (une manifestation, une « vieille » femme, un attentat terroriste, une « balade » dans le fleuve, une visite de boucherie-charcuterie…) et ce que je retiens, c’est « distorsion de la réalité » (p. 47).

En rencontrant les amis de Schloma, Amos et Schloma (une autre Schloma), le narrateur découvre l’antisémitisme. « […] et je notais ce qu’il dictait : FPÖ, antisémite, Jérusalem, Jérusalem, Jérusalem, au moins vingt fois Jérusalem. » (p. 60). Mais que signifie être Juif lorsqu’on n’est pas croyant ? « Être juif, a repris Myriam, n’a rien à voir avec la religion. Juif, c’est autre chose que les rabbins et leur synagogue, c’est une identité, une culture. Nous sommes des juifs laïques, voilà tout. » (p. 64). Il ne peut pas suivre Amos, Schloma et leurs amis en Israël alors il retourne en France et retrouve sa petite amie, Katia. Mais ça ne dure pas car elle a de dangereuses fréquentations.

Après avoir rôder à Vienne, le narrateur part rejoindre Schloma (celle qu’il avait rencontrée dans le train pour l’Autriche) à New York. Je ne vous en dis pas plus car il vous faut découvrir par vous-mêmes ce roman farfelu et loufoque, déjanté même. « Et les monstres ont traversé les rangs, s’arrêtant devant ceux qui s’étaient levés pour les toucher. » (p. 186).

Lire ce roman, c’est fuir les mots du narrateur en suivant pourtant le narrateur dans sa folie, ou plutôt dans son obsession. C’est une étrange sensation d’absurde et, franchement, je ne suis pas sûre d’avoir tout compris ! J’ai tout de même envie de lire Dans la forêt du hameau de Hardt paru aux éditions de l’Ogre en janvier 2019.

De parcourir le monde et d’y rôder contient trois illustrations pleine page en noir et blanc de María Medem. Il a reçu les Prix Wepler 2020, Prix Transfuge découverte 2020 et Prix Décembre 2020.

Pour 1 % Rentrée littéraire 2020 et Challenge du confinement (case Contemporain). Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 4.