Faites-moi plaisir de Mary Gaitskill

Faites-moi plaisir de Mary Gaitskill.

L’Olivier, mars 2020, 104 pages, 13 €, ISBN 978-2-8236-1633-0. This is Pleasure (2019) est traduit de l’américain par Marguerite Capelle.

Genres : littérature états-unienne, court roman (novella).

Mary Gaitskill naît en 1954 ; elle est considérée comme une des plus grandes nouvellistes américaines.

This is Pleasure, paru dans le New York Times en 2019, est un récit à deux voix :

Margot Berland, éditrice, la meilleure amie de Quin, mariée à Todd. « […] un jour quelqu’un, je ne me souviens plus qui, m’a dit : ‘Comment peux-tu avoir envie d’être amie avec un type comme ça ?’ » (p. 26). En tant que meilleure amie, elle n’est pas réellement objective.

Quin (Quinlan M. Saunders), renvoyé de son travail (une maison d’éditions à NY) à cause de comportements inappropriés avec les femmes. Il est marié avec Carolina, une femme plus jeune que lui, et il a une fille surdouée, Lucia. « C’est vrai que j’aime bien fanfaronner et que j’aime bien taquiner. » (p. 40). En tant qu’homme accusé, il n’est pas objectif du tout, il est même à côté de la plaque et croit en son bon droit.

Je n’ai pas bien compris à quoi servait ce livre (mal écrit ou mal traduit ?)… À défendre le genre d’hommes qu’est Quin ou à l’enfoncer ? C’est que tout n’est pas blanc d’un côté et noir de l’autre. Quin est tout de même un homme aisé qui se croit supérieur et qui flirte avec toutes les femmes en pensant qu’elles en éprouvent du plaisir… Jusqu’à ce qu’une puis une autre et une autre et des centaines signent une pétition contre lui. « Elle m’a demandé ce qu’elle devait faire pour être invitée à mes fêtes, et je lui ai dit qu’elle devait flirter davantage avec moi. Je pense que ça l’a vraiment offensée. » (p. 68).

Il y a quelque chose de touchant chez Quin et je comprends que Margot soit son amie et l’apprécie, mais il y a aussi quelque chose de rebutant… En tout cas, beaucoup d’hypocrisie d’un côté comme de l’autre, je parle des femmes et des hommes, chacun tirant profit de l’autre pour son avantage sans trop se poser de questions jusqu’à ce qu’une question soit posée (en l’occurrence une pétition) et que tout le monde se rue et s’acharne.

Un roman bof pour moi – qui surfe sur la vague « metoo » – que je mets dans le Mois américain.

Eden 1 de Fabrice Colin et Carole Maurel

Eden – Le visage des Sans-Noms, tome 1 de Fabrice Colin et Carole Maurel.

Rue de Sèvres, collection Histoire à suivre, septembre 2018, 80 pages, 15 €, ISBN 978-2-36981-451-1.

Genres : bande dessinée française, science-fiction, dystopie.

Fabrice Colin naît le 6 juillet 1972 à Paris. Il est auteur de romans et de nouvelles de l’imaginaire (science-fiction et fantasy) et se tourne vers le roman policier et la littérature jeunesse. Il est aussi scénariste pour la bande dessinée et la radio. Plus d’infos sur son site officiel (consultez plutôt « biblio & co » car le blog n’est plus à jour depuis mars 2017). J’ai récemment publié ma note de lecture d’Arcadia.

Carole Maurel naît en 1980. Elle étudie à l’école Estienne et aux Gobelins. Elle est dessinatrice et coloriste (sur cette série) mais aussi scénariste et a reçu quelques prix. Plus d’infos sur son site officiel.

Phoenice, anciennement San Francisco, après le 21e siècle. La ville est divisée en deux : les Élus – ou les Inspirés, ceux qui dirigent, appelés aussi l’Apex – (en haut) et les Sans-Noms – soit le reste de la population – (en bas).

Chez les Sans-Noms, Jonas s’occupe de sa mère malade tout en étudiant et en travaillant dur ; il a 15 ans et s’il réussit l’examen, il passera chez les Inspirés et reverra sa sœur aînée, Helix.

« La volonté des masses est un danger pour les dirigeants, et parasite leur travail. Tous les conflits, toutes les limitations, voire les destructions du pouvoir établi proviennent du fait que les dirigeants n’ont pas observé les conditions grâce auxquelles le pouvoir leur avait été transmis. Pour cette raison, il est nécessaire de couper les chaînes de transmission du pouvoir. » (p. 21). Voici un des cours que reçoivent les jeunes d’en haut.

Mais Jonas découvre qu’il existe un Comité qui se bat pour l’égalité et la justice.

Une très belle bande dessinée sur la lutte des classes et les injustices avec un dessin sobre et réaliste. Que va faire Jonas ? J’ai hâte de lire le tome 2 (que j’ai réservé à la bibliothèque) !

Pour La BD de la semaine, les challenges BD et Jeunesse Young Adult #9. Plus de BD de la semaine chez…

Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill

Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill.

Albin Michel Imaginaire, octobre 2019, 416 pages, 24 €, ISBN 978-2-22643-904-8. A Cosmology of Monsters (2019) est traduit de l’américain par Benoît Domis.

Genres : littérature états-unienne, premier roman, fantastique, horreur.

Shaun Hamill naît (quand ?) à Arlington au Texas. Il est diplômé d’anglais de l’Université du Texas en 2008 puis il étudie les Arts à l’Iowa Writers Workshop en 2016 et écrit quelques nouvelles. Ses préférences en littérature et en cinéma : le fantastique et l’horreur. Une cosmologie de montres, qui va être adapté en série télévisée, est son premier roman. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.shaunhamill.com/.

Noah Turner, le petit dernier de la famille Turner, est le narrateur. Il raconte la malédiction qui poursuit sa famille, depuis sa grand-mère paternelle, Deborah, une veuve diagnostiquée schizophrène paranoïde, en passant par ses parents, Margaret et Harry, dans les années 60 et suivantes, ainsi que ses deux sœurs aînées, Sydney et Eunice, et lui-même. Tout commence avec une « Cité ».

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, d’une traite !, mais je n’ai pas pris beaucoup de notes… J’ai apprécié l’écriture, le style, et la traduction est, à mon avis, une réussite. Avec la Cité et les monstres, le lecteur comprend vite que ce premier roman est un somptueux hommage à H.P. Lovecraft, maître du fantastique, de l’horreur qui a parfois lorgné vers la science-fiction ou la fantasy. Pour le lecteur néophyte, il y a de nombreuses références à Lovecraft mais il est aisé de comprendre ce qui se dessine. L’angoisse monte crescendo mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas eu peur ! Tant pis, le roman est très bien écrit, très bien construit et se lit vraiment bien même sans frayeur !

J’ai noté trois extraits.

« Elle tambourina de ses doigts sur le livre. ‘Et toi, alors ! Tu ne crois pas que tu as passé l’âge des histoires de fantômes et de montres. – Je ne m’en suis jamais caché. – Je suppose que je n’y avais pas réfléchi jusqu’à présent. Tu ne te sens pas un peu ridicule ? Pourquoi ne pas lire de la littérature pour adultes ? – Je pense que le fantastique est le genre littéraire le plus important du monde. (Margaret à Harry, p. 38).

« Un grand mal, jadis enchaîné, hante à nouveau ces couloirs en liberté. Il se joue des murs et des portes. […] Qu’ai-je libéré, se demande Eunice. » (extrait d’un texte d’Eunice, p. 183).

« La Cité a vu Noah. Elle est sur sa piste. » (extrait d’un texte d’Eunice, p. 312).

Pour le Mois américain et le challenge Littérature de l’imaginaire #8.

Pensées de Marc Aurèle

Pensées de Marc Aurèle.

Le grand livre du mois, devenu L’actu littéraire, collection Les trésors de la littérature, mars 1995, 218 pages, ISBN 2-7028-0442-X. Τὰ εἰς ἑαυτόν (Ta eis heauton) est traduit du grec ancien par Pierre Commelin.

Genres : pensées, réflexions, aphorismes.

Marc Aurèle naît Marcus Catilius Severus le 26 avril 121 après JC à Rome. Il étudie le grec, la philosophie et se passionne pour le stoïcisme. Il est « adopté par l’empereur Antonin en 138, il épouse sa fille en 145 et lui succède en 161. » (introduction, p. 7) Il est empereur de 161 à 180. Il écrit ses Pensées pour lui-même (un peu comme un journal) mais les livres n’ont pas été détruits après sa mort. Bien que pacifiste, il doit combattre et « Il affronte successivement les Parthes, les Germains, les Marcomans et les Sarmates. » (id, p. 7). Il meurt le 17 mars 180 à Vindobona, un camp romain en Autriche à l’emplacement de Vienne.

Ce n’est pas la première fois que je lis ces Pensées ou Entretiens de ce prince philosophe avec lui-même ; c’est il me semble la troisième lecture mais je n’en avais encore jamais parlé sur le blog. J’ai saisi l’occasion du challenge Les classiques c’est fantastique puisque le thème de septembre est Immersion antique.

Marc Aurèle est un humaniste avant l’heure. « Piété et bienfaisance. Non seulement ne jamais faire le mal, mais n’en avoir même pas la pensée. De plus, vivre avec frugalité, fuir en tout le luxe des riches. » (p. 11). Et sûrement écoresponsable ! « Attention à vivre conformément à la nature. » (p. 14) et « Tout ce qui entre dans le plan de la nature et qui tend à la conserver en bon état est bon pour chacune de ses parties. » (p. 24).

Philosophe, lucide, intelligent, Marc Aurèle était-il l’empereur parfait ? Tous les chefs d’États, les dirigeants, et même tout le monde, devraient lire ces textes pour être sereins, modestes et justes !

Il se parle à lui-même, se réprimande, se remet sur le droit chemin. « Cesse de t’égarer, car tu n’auras pas le temps de relire ni tes mémoires, ni l’histoire ancienne des Romains et des Grecs, ni les recueils de morceaux choisis que tu as mis de côté pour tes vieux jours. Hâte-toi donc de marcher vers ton but, bannis de frivoles espérances, viens toi-même à ton aide, si tu as à cœur tes intérêts, tandis qu’il est en est temps encore. » (p. 42).

« Si tu as la vue perçante, dit le philosophe, regarde et discerne en homme avisé. » (p. 137).

Dans quel état suis-je après la relecture de ce livre toujours aussi édifiant ? « Et je riais dans mon cœur. » (p. 198). Peut-être la plus belle phrase de ce recueil !

En plus de Les classiques c’est fantastique, cette lecture entre dans Cette année, je (re)lis des classiques #3.

Cap Horn 1 de Christian Perrissin et Enea Riboldi

Cap Horn 1 – La baie tournée vers l’est de Christian Perrissin et Enea Riboldi.

Les Humanoïdes Associés, juin 2010, 56 pages, 9,95 €, ISBN 978-2-7316-2247-8.

Genres : bande dessinée franco-italienne, Histoire, aventure.

Christian Perrissin naît le 1er janvier 1964 ; il étudie les Beaux-Arts à Annecy puis l’atelier BD des Arts appliqués Duperré à Paris. Du même scénariste : El Niño (7 tomes).

Enea Riboldi naît le 13 août 1954 à Milan ; il débute sa carrière au début des années 70 (bandes dessinées, illustrations pour des cartes, pour la télévision…).

Fin du XIXe siècle, aux alentours du Cap Horn.

Trois hommes fuient à cheval, Kruger, Duca, Johannes et 25 kilos d’or… que Kruger embarque pendant la nuit. Il sont poursuivis par les hommes de Popper, l’ange noir du Paramo.

Pendant ce temps, un trois-mats de la Marine française arrive sur les côtes de la Terre de Feu. Un scientifique va étudier les Fuégiens, de la tribu Yamana, et d’autres vont cartographier les canaux de la région, pour la Mission Terre.

Une belle couverture, de beaux dessins dont certains en pleine page, mais beaucoup de personnages rendent la lecture plus compliquée. N’empêche, c’est un beau récit, d’une région peu connue, tout au sud, au Cap Horn, la montagne andine se jette dans la mer. Et ces Indiens Yamana, je ne les connais pas (ou alors j’ai oublié si j’en ai déjà entendu parler).

Les albums suivants sont Dans le sillage des cormorans (2009), L’ange noir du Paramo (2011) et Le prince de l’âme (2013). Une intégrale est parue en 2014.

Pour La BD de la semaine et le challenge BD.

Cartographie de l’oubli de Niels Labuzan

Cartographie de l’oubli de Niels Labuzan.

JC Lattès, août 2016, 522 pages, 20 €, ISBN 978-2-70964-937-7.

Genres : littérature française, Histoire.

Niels Labuzan naît en 1984 et vit à Paris ; il est écrivain et il a voyagé en Afrique. Après avoir eu un coup de cœur pour Ivoire de Niels Labuzan en 2019 (son deuxième roman), j’ai voulu lire Cartographie de l’oubli, son premier roman paru 3 ans avant. Celui-ci se déroule aussi en Afrique mais il est différent car c’est un roman historique qui se déroule de 1889 à 2004.

Juin 1889. Jakob Ackermann, originaire de Brême, défiguré à l’âge de 7 ans à cause d’un jeu qui a mal tourné avec sa chienne, Friza, a maintenant 19 ans et il est soldat. L’Allemagne, surpeuplée, a besoin « de colonies de peuplement ». Ce sera la création de Windhuk en Afrique du sud-ouest et ça démarre avec Jakob et une vingtaine d’autres soldats allemands.

Janvier 2004. C’est la journée de commémoration pour se souvenir du massacre des Hereros à Okahandja en Namibie. Le narrateur est métis. « Chez moi, les hommes sont blancs, les femmes sont noires. Depuis deux générations. » (p. 46). Il participe au devoir de mémoire mais se sent-il Allemand, Africain ?

Été 1891. Damaraland. « Curt Von François étendait insidieusement son ombre sur l’Afrique. » (p. 30). L’Afrique du sud-ouest découvre la civilisation européenne et des Allemands deviennent Africains. Mais quel sera le devenir des peuples indigènes ? Les Hereros acceptent des accords mais les Damaras, habituellement soumis, ne respectent pas le traité. « La colonisation prenait une autre tournure. Il ne s’agissait plus simplement d’implanter des Allemands ou de faire briller une quelconque idée, il s’agissait de la terre, de ses ressources, et de qui était le plus fort pour en jouir, peu importe les moyens employés. » (p. 41).

Mars 1893. Le chef Nana, Hendrik Witbooi, tient tête à l’armée allemande… « […] les victoires de Witbooi étaient sues par les autres peuples. » (p. 80).

1904. Les Hereros se regroupent alors que le gouverneur veut les parquer dans des réserves. C’est leur chef, Samuel Maharero, et le massacre qui sont commémorés cent ans plus tard, en 2004. « Il n’y avait rien à faire, l’Afrique n’appartenait plus aux Africains, elle était aux Européens qui avaient gagné le droit de vie et de mort en ce début de siècle. Cela prendrait du temps, mais tant qu’il y avait des survivants, l’espoir n’était pas perdu. Un instant, il imagina bénéficier de l’aide des Britanniques, eux aussi détestaient les Allemands, mais il dut s’avouer que ça n’arriverait pas. Une grande puissance n’allait pas en défier une autre pour la survie de quelques indigènes. Il devait être réaliste. » (p. 414).

La vie est rude avec la chaleur, la poussière, et on se demande ce que les Allemands sont venus faire dans cette galère ! Il y a quelques passages avec la faune africaine « oryx, impalas, koudous, autruches » (p. 103) mais aussi bœufs, chèvres et chevaux (sûrement importés avec les soldats) mais cette histoire est surtout une histoire humaine. Cependant, un événement surprenant : début 1897, il y a eu une peste bovine (p. 219-221) : « Cette maladie était un fléau, un fléau venu d’un autre pays. » (p. 230) ; tout ça n’est donc pas nouveau…

La colonisation allemande (durant le IIe Reich) est moins connue que les autres colonisations européennes. Je connais (un peu) l’histoire des Boers en Afrique du Sud mais je ne savais pas que les Allemands avaient colonisé, à la fin du XIXe siècle, d’autres pays du sud-ouest comme la Namibie. Cette colonisation, c’est une histoire d’envahissement, de propagande, de mépris, de profit (les matières premières) et de rentabilité. « Savoir-faire allemand et main-d’œuvre africaine. » (p. 142). Le roman est parfois un peu long mais c’est une belle réussite pour un premier roman et il est passionnant : j’ai appris pas mal de choses et j’ai bien aimé le personnage de Jakob Ackermann qui aime ce pays. J’ai moins aimé l’extermination génocidaire des Hereros et des Namas qui précède de 30 ans celui des Juifs d’Europe (durant le IIIe Reich… Je remercie Niels Labuzan d’avoir mis en lumière cette partie de l’Histoire que je ne connaissais pas du tout et j’attends avec impatience son 3e roman !

Je mets cette lecture dans Animaux du monde #3 et À la découverte de l’Afrique.

L’énigme de Saint-Olav d’Indrek Hargla

L’énigme de Saint-Olav (Melchior l’Apothicaire, 1) d’Indrek Hargla.

Gaïa, collection Gaïa Polar, février 2013, 336 pages, 22 €, ISBN 978-2-84720-288-5. Je l’ai lu en poche : Babel noir, n° 109, mars 2014, 432 pages, 9,70 €, ISBN 978-2-330-03063-6. Apteeker Melchior ja Oleviste Mõistatus (2010) est traduit de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry.

Genres : littérature estonienne, roman policier et historique.

Indrek Hargla naît le 12 juillet 1970 à Tallinn (Estonie). Il étudie de Droit à l’université de Tartu puis travaille pour des missions diplomatiques. Passionné par les romans policiers et l’histoire médiévale, il ne pouvait qu’écrire des romans policiers médiévaux ! Il est l’auteur de nouvelles et de romans dans les genres policier mais aussi fantastique et science-fiction.

Petit point historique (un avant-propos très instructif). Tallinn, Estonie, XIVe siècle, 1398 pour être plus précise. L’Ordre des Chevaliers teutoniques « reconquière Gotland » (p. 9) et chasse les Viladiens (des brigands violents) de l’île de Visby. En 1409, au tout début du XVe siècle, l’Ordre vend l’île de Visby à la reine du Danemark. Tallinn est composée de deux parties : Toompea, la ville haute, où vit l’Ordre des Chevaliers teutoniques et la ville basse où vit la population, en particulier des artisans et des marchands.

Nuit du 15 mai 1409, à Toompea. Henning von Clingenstain, né à Warendorf (Allemagne), haut responsable de l’Ordre à Gotland, plein comme une outre (ça fait 5 jours et 5 nuits qu’il se goinfre et qu’il boit) est tué, décapité et retrouvé avec une ancienne pièce dans la bouche.

Le lendemain matin, dans la ville basse. Melchior Wakenstede, né à Lübeck (Allemagne), 31 ans, l’apothicaire de Tallinn, ouvre sa boutique « avec joie et satisfaction » (p. 19). Son épouse, Ketterlyn, « descendante des peuples qui avaient vécu ici depuis l’aube des temps » (p. 20), revient du marché avec l’affreuse nouvelle.

C’est la panique à l’Hôtel de ville… « Cet important chevalier qui venait d’être assassiné ne venait-il pas de Gotland, et Gotland n’était-elle pas en conflit perpétuel avec les villes dont Tallinn s’efforçait de conserver l’amitié ? » (p. 33). Ah, les affaires politiques et la diplomatie…

Le bailli Wentzel Dorn qui doit enquêter demande l’aide de son ami Melchior l’Apothicaire avec qui il a déjà résolu des enquêtes. « À trois reprises, déjà, Melchior avait apporté son aide au Conseil pour démasquer un meurtrier, et la dernière fois, l’été passé, quand il avait deviné qui avait étranglé cet hérétique flamand, Dorn et lui avaient découvert qu’ils prenaient plaisir au temps passé ensemble à discuter des affaires du monde et à boire de la bière. C’était sans doute ce que l’on appelait l’amitié. » (p. 52).

Donc, « D’après la loi, Toompea doit réclamer le meurtrier à la ville et après… après… le tribunal du Conseil… Qui le tribunal du Conseil doit-il mettre aux fers et traîner ici ? – Mon cher bailli, c’est à vous de trouver qui est l’assassin de Clingenstain, et après cela vous me direz son nom et je le réclamerai au Conseil. C’est on ne peut plus simple. » (p. 84-85).

Un roman policier médiéval estonien ? À tester par curiosité évidemment ! D’autant plus que L’énigme de Saint-Olav est considéré comme le premier roman policier estonien traduit en français. En dehors du contexte historique passionnant (et qui m’est totalement inconnu donc j’apprends pas mal de choses), il y a une belle galerie de personnages comme Melchior évidemment mais aussi le maître-orfèvre, Burckhart Casendorpe, qui a vendu une chaîne en or au chevalier la veille (chaîne qui a d’ailleurs disparu) ou le prieur des Dominicains, Baltazar Eckell, qui lui a confessé le chevalier ou le Commandeur de Toompea, Ruprecht von Spanheim, issu de la noblesse allemande pauvre. « […] l’homme était resté simple et gardait vis-à-vis des affaires de la ville une approche bienveillante et compréhensive. » (p. 78).

Vous remarquerez que beaucoup de gens importants qui vivent à Tallinn sont en fait Allemands et sont parfois mariés à une Estonienne comme Melchior. Et ce sont de bons vivants car le meurtre n’empêche pas le soir, la Fête de la bière, la coutume de smeckeldach à la Guilde des Têtes-Noires avec les frères Dominicains ! « Hé, vous, ne dites pas de mal de nos saints frères ! Un couvent pauvre serait une calamité pour tous ceux qui devraient l’aider à survivre : seigneur, marchands, évêque, paysans ! Personne n’a besoin d’un pareil monastère ! » (p. 156). Les habitants ne perdent pas le nord tant au niveau politique qu’économique ! Par certains côtés, ce roman m’a fait penser aux romans anglais de Frère Cadfael d’Ellis Peters.

Deux jours après le meurtre de Henning von Clingenstain, c’est Caspar Gallenreutter, né lui aussi à Warendorf, bâtisseur chargé d’agrandir l’église de Saint-Olav (d’où le titre) qui est tué… Puis c’est au tour du frère Wungaldus qui brasse la si bonne bière chez les Dominicains de mourir « dans d’atroces souffrances » (p. 243). « Un meurtrier se trouve toujours une justification, dit Melchior. Il se persuade qu’il devait agir comme il l’a fait, que c’était la seule issue. » (p. 416).

Les tomes suivants sont : Le spectre de la Rue du Puits (2015), Le glaive du bourreau (2016), L’étrangleur de Pirita (2017), La chronique de Tallinn (2020) et à paraître, Le démon de Gotland. Melchior l’Apothicaire semble être une excellente série, dépaysante, enrichissante (j’ai vraiment eu l’impression d’y être !), et j’ai très envie de lire ces autres titres.

La petite histoire personnelle

Je devais rencontrer Indrek Hargla en septembre 2015 lors de la 25e édition du Festival Est Ouest mais la rencontre a été annulée… J’en ai parlé dans En coup de vent… /12. Un an et demi après, j’ai rencontré Indrek Hargla aux Quais du polar 2017 à Lyon et j’étais ravie d’acheter ce premier tome et de le faire dédicacer. Je vous remets la photo publiée à l’époque : Indrek Hargla est baraqué comme un bûcheron canadien mais a une voix douce et ne parle pas un mot de français donc il y avait Jean-Pascal Ollivry (traducteur du roman) qui faisait l’interprète.

En bonus pour le Challenge de l’été – dernier jour – (Estonie) et les challenges Petit Bac 2020 (pour la catégorie Crimes et justice avec énigme, j’aurais pu mettre dans la catégorie Prénom pour Melchior mais il y a déjà pas mal de billets dans cette catégorie), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Estonie).

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Projet 52-2020 #38

Trente-huitième semaine pour le Projet 52-2020 de Ma avec le thème carte postale. J’ai hésité entre créer une carte postale avec des photos personnelles (ce que je vais déjà régulièrement dans ce blog) et prendre des cartes en photo (c’est finalement ce que j’ai fait). Je vous souhaite un bon week-end et, si vous voulez participer à ce projet photographique, allez voir Ma !

Le Wonderling de Mira Bartók

Le Wonderling de Mira Bartók.

Robert Laffont, collection R Jeunesse, avril 2018, 512 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-22119-339-6. The Wonderling (2017) est traduit de l’américain par Fabienne Vidallet.

Genres : littérature états-unienne, littérature jeunesse, fantastique.

Mira Bartók naît en 1959 à Cleveland dans l’Ohio (États-Unis). Elle étudie les Beaux-Arts à l’Université du Massachusetts à Amherst. Elle voyage et écrit plusieurs ouvrages pour la jeunesse sur les civilisations antiques. Lorsque sa mère meurt d’un cancer, elle écrit ses mémoires, The Memory Palace, qui est récompensé. Puis elle écrit The Wonderling (adaptation prévue au cinéma).

Le Wonderling, ou Numéro 13 car c’est l’inscription sur le médaillon qu’il porte, est un être spécial : il « ressemblait à un renard mais se tenait sur ses pattes arrière comme un enfant et il ne possédait pas de queue à proprement parler. » (p. 16). Il a 11 ans et a grandi à « l’Orphelinat de Mlle Furonkle » (p. 19), une méchante femme. Dans ce foyer vivent des enfants trouvés ou orphelins, des gamins des rues, mi-humains mi-animaux, des créatures appelés des Rampants. Malgré son unique oreille, Numéro 13 a un don : il entend tout. Par exemple, il apprend que les souris, extrêmement polies, aiment le brie et la poésie. Les Rampants ne savent rien du monde et de la vie au-delà des murs de l’horrible orphelinat et sont constamment surveillés par Mortimer Nezpris qui les méprise et les déteste.

Un jour Numéro 13 sauve un oiseau sans aile, Babiole, qui lui donne le nom d’Arthur et ils deviennent amis. Grâce à Babiole, Arthur peut s’enfuir avec l’oiseau et découvrir l’Extérieur : paysage, soleil, horizon… Après une journée de marche et une nuit passée dans un immense chêne, les deux voyageurs rencontrent Pomme-de-Pin de Blancheville. « Dissimulé quelque part dans cette puissante ville de lumière l’attendait son destin. Il espérait qu’il le trouverait… et qu’il ne lui arriverait rien de fâcheux. » (p. 185).

Des personnages hauts en couleurs, Numéro 13 et Babiole vraiment attachants en tête mais aussi Quintus le rat voleur, Peevil la petite souris chanteuse, Belisha la gardienne des corbeaux de nuit… Du merveilleux, du sordide parfois (ce qui m’a un peu fait penser à Watership Down de Richard Adams), mais toujours de l’optimisme, des aventures et des amitiés !

J’ai dévoré ce très beau roman (même si parfois terrible : maltraitance, injustice…) joliment illustré avec des petites gravures en noir et blanc. J’espère une suite !

Pour le Mois américain et les challenges Animaux du monde #3 (en particulier pour Numéro 13 le renard et Babiole l’oiseau mais pas que), Jeunesse Young Adult #9 et Littérature de l’imaginaire #8.