La vie rêvée des plantes de Lee Seung-U

La vie rêvée des plantes de Lee Seung-U.

Zulma, septembre 2006, 300 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-84304-372-7. Sikmuldeuleu Sasaenghwai (식물들의 사생활) est traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet.

Genre : littérature coréenne.

Lee Seung-U naît le 21 février 1959 à Jangheung (Corée du Sud). Il étudie la théologie et devient journaliste puis écrivain et professeur de littérature coréenne à l’université Chosun. Il reçoit de nombreux prix littéraires en Corée du Sud. Du même auteur : L’envers de la vie (Zulma, 2000), Ici comme ailleurs (Zulma, 2012), Le vieux journal (Serge Safran, 2013), Le regard de midi (Decrescenzo, 2014), La baignoire (Serge Safran 2016) et Le chant de la terre (Decrescenzo, 2017).

Depuis que son frère aîné est revenu de la guerre amputé des deux jambes, le narrateur est retourné aussi vivre chez leurs parents. « Ma mère passait ses journées dehors. Mon père ne disait jamais rien ; sa seule occupation était d’arroser les plantes et les fleurs dont le jardin débordait. » (p. 23).

J’aime la littérature coréenne, j’aime les éditions Zulma, j’aurais voulu aimer ce roman ! Mais je n’ai pas accroché… Et comme ce fut déjà le cas avec La baignoire, j’ai laissé tomber… Peut-être plus tard… Je le mets quand même dans le challenge Raconte-moi l’Asie #3.

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En coup de vent… /41

Bonjour, un petit billet pour vous montrer ce que j’ai reçu. Tout d’abord, un numéro gratuit du magazine Books, pas un ancien numéro, le nouveau, n° 86 de novembre-décembre 2017, je suis très contente, merci à l’équipe de Books ! Ensuite, deux romans des 68 premières fois 2017, session d’automne : Son absence d’Emmanuelle Grangé (merci à Boris !), je l’ai déjà depuis deux semaines (peut-être même trois…) mais je l’ai lu hier après-midi et il est pas mal ; Le courage qu’il faut aux rivières d’Emmanuelle Favier (merci à Aline !), je viens de le recevoir et je le lirai le weekend prochain. De plus, samedi soir, quand je suis sortie du travail, une amie m’a donné des coings (merci, merci beaucoup !) mais pas n’importe quels coings, des coings corses ! Il y en avait dix-huit et j’ai mis un certain temps à les éplucher et les couper : une heure et demie environ soit cinq minutes par coing, c’est pas mal mais je me suis fait deux ampoules… douloureuses 😥 Pas grave, la confiture est dans les pots, six en tout (la confiture paraît foncée à cause de la lumière je pense mais aussi parce que j’ai mis du sucre roux, c’est ce que j’avais) ; y a plus qu’à laisser refroidir et à déguster, miam ! Je vous souhaite une bonne semaine, en espérant que j’aurai le temps de lire et de publier des notes de lectures.

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Projet 52-2017 #46

Voici ma quarante-sixième participation pour le Projet 52-2017 de Ma et cette semaine, le thème choisi par Ma est en cuisine.

Il fait froid, on a envie de manger de bons plats chauds, c’est la saison des raclettes, fondues, soupes, etc. et des gratins, j’aime les gratins !

Je vous souhaite un bon weekend et, si vous voulez aussi participer à ce projet photographique sur l’année, allez vite voir Ma !

Throwback Thursday livresque #57

Nouvelle participation pour le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose.

Thème du jeudi 16 novembre : « Coupable d’insomnie, de book hangover ou troubles divers » et je déclare Code 93 d’Olivier Norek, le premier roman de l’auteur, un excellent polar, coupable de m’avoir rendue Norek-addict, d’ailleurs les romans suivants de l’auteur devraient apparaître sur mon blog, je ne m’en sortirai pas 😛

Challenge Christmas Time 2017

MyaRosa organise une nouvelle édition de son challenge de fin d’année. J’avais déjà participé en 2015 mais, bizarrement, pas en 2016. Les logos 2017 sont très jolis et le challenge est quand même bien libre alors, je ne sais pas si je lirai beaucoup mais pourquoi pas un gâteau de Noël et surtout des photos des illuminations de Noël. Je m’inscris donc pour ce Challenge Christmas Time 2017 qui dure du 15 novembre 2017 au 8 janvier 2018. Infos, logos et inscription chez MyaRosa qui dit que « Le but est vraiment de se faire plaisir, d’échanger et de partager dans le respect et la convivialité » ; et elle n’impose rien même si elle a prévu un planning :

Mercredi 15 novembre : Billet de présentation du challenge (facultatif, mais vous pouvez en profiter pour présenter les livres que vous avez l’intention de lire, par exemple, ou les sujets que vous comptez aborder, les recettes que vous souhaitez tester, etc.).

Jeudi 16 novembre : Présentation d’un album/livre pour enfants de Noël.

Vendredi 17 novembre : Présentation d’un livre/cahier d’activités de Noël (coloriages, déco, recettes, magazines, etc.).

Dimanche 19 novembre : Présentation d’un roman ou d’une nouvelle de Noël.

Lundi 20 novembre : Présentation d’un album/livre pour enfants de Noël.

Mercredi 22 novembre : Billet cinéma (par exemple, des films que vous venez de voir, que vous souhaitez voir, de téléfilms/films de Noël visionnés, de films que vous regardez chaque année à cette période, etc.).

Vendredi 24 novembre : Présentation d’un roman ou d’une nouvelle de Noël.

Samedi 25 novembre : Billet idées cadeaux (des idées de cadeaux sympas à offrir, des bons plans que vous souhaitez partager, des choses à fabriquer soi-même, des beaux livres ou coffrets que vous souhaitez conseiller, etc.).

Dimanche 26 novembre : Billet cuisine/gourmand.

Mardi 28 novembre : Présentation d’un recueil d’histoires de Noël.

Mercredi 29 novembre : Présentation d’un livre/cahier d’activités de Noël.

Jeudi 30 novembre : Wishlist/lettre au Père Noël.

Vendredi 1er décembre : Calendrier de l’Avent.

Samedi 2 décembre : Votre playlist de Noël (une photo ou un article sur les chansons et albums que vous aimez écouter durant cette période, présenter un CD ou plusieurs, partager un morceau ou le clip d’une chanson de Noël que vous aimez particulièrement par exemple).

Dimanche 3 décembre : Billet cuisine/gourmand.

Lundi 4 décembre : Présentation d’un album de Noël.

Mercredi 6 décembre : Bricolages/activités/décorations de Noël (un petit bricolage ou un élément de décoration fabriqué par vos soins, un livre ou un cahier d’activités de Noël ou vos trouvailles en matière de décoration en les prenant en photo et même votre sapin – s’il est déjà fait – par exemple).

Vendredi 8 décembre : Présentation d’un roman ou d’une nouvelle de Noël.

Samedi 9 décembre : Billet cinéma (vos films de Noël favoris, un film de Noël que vous venez de voir ou qui vous a particulièrement marqué et si, comme moi, vous avez du mal à faire des billets cinéma, pourquoi ne pas faire votre top 5 des films de Noël que vous avez vus par exemple ? Ou une photo de vos DVD de Noël).

Dimanche 10 décembre : Présentation d’une romance de Noël.

Mardi 12 décembre : Idées cadeaux.

Jeudi 14 décembre : Présentation d’un album de Noël.

Vendredi 15 décembre : Présentation d’un livre/cahier d’activités de Noël.

Samedi 16 décembre : Billet photos ! Des photographies de votre déco, de villes décorées pour Noël que vous avez prises lors de vos balades et voyages, de marchés de Noël ou même de cocooning, de petits bonheurs simples qui symbolisent cette période.

Dimanche 17 décembre : Billet cuisine & gourmandises.

Lundi 18 décembre : Présentation d’un roman ou d’une nouvelle de Noël.

Mardi 19 décembre : Shopping de Noël (vos trouvailles, la photo de votre tout nouveau pull de Noël ou des jolies décos que vous venez d’acheter par exemple).

Mercredi 20 décembre : Présentation d’un conte qui a marqué votre enfance ou que vous aimez particulièrement.

Jeudi 21 décembre : Les livres à offrir.

Vendredi 22 décembre : Aux fourneaux ! Les petites choses que vous venez de confectionner, une recette que vous aimez ou que vous voulez tester ou de petites gourmandises que vous appréciez particulièrement. Ou un livre de recettes de Noël.

Samedi 23 décembre : Présentation d’un livre de Noël (roman, nouvelle, recueil, album, etc.).

Dimanche 24 décembre : Vœux, photos, etc.

Lundi 1er janvier 2018/Mardi 2 janvier 2018 : Vœux et bonnes résolutions.

Samedi 6 janvier : Les fêtes de fin d’année et de début d’année dans le monde.

Fin du challenge le lundi 8 janvier.

Voilà, je ne sais pas si je suivrai ce planning et c’est sûr que je ne publierai pas tous les jours mais je rajouterai mes liens au fur et à mesure. Et je vous souhaite une belle fin d’année.

Le tour du monde en 72 jours de Nellie Bly

Le tour du monde en 72 jours de Nellie Bly.

Points, juin 2017, 208 pages, 6,70 €, ISBN 978-2-7578-5980-3. Around the World in Seventy-Two Days (1890) est traduit de l’américain par Hélène Cohen.

Genres : récit de voyage, littérature américaine.

Nellie Bly (1864-1922) : je vous ai présenté cette journaliste d’investigation (une pionnière !) américaine ici et je remercie encore Noctenbule pour ce livre.

Après avoir écrit 10 jours dans un asile (Ten Days in a Mad-House, 1887), Nellie Bly a envie d’une autre aventure et, pourquoi pas, de vacances ! Elle décide de faire le tour du monde en 75 jours pour battre le record de Phileas Fogg, héros anglais littéraire de Jules Verne. Le New York World, journal pour lequel elle travaille, accepte la mission. « Pour tirer le meilleur de nos semblables ou accomplir soi-même un exploit, il faut toujours croire en la réussite de son entreprise. » (p. 16). Une seule robe (celle qu’elle porte mais elle est neuve et solide), un seul bagage (le sac qu’elle transporte avec ce qui lui est nécessaire), deux-cents livres (la monnaie en cours dans les pays gouvernés par la couronne britannique), quelques dollars (ils ne sont pas encore acceptés partout) et la voici partie pour l’aventure ! Avec bien sûr son passeport, n° 247 (peu de gens voyageaient à l’époque !), signé du secrétaire d’État. Elle embarque à bord de l’Augusta Victoria – qui la fera traverser l’Atlantique – le 14 novembre 1889 à 9 h 40. C’est pourquoi je publie cette note de lecture le 14 novembre à la même heure. 😉

C’est son premier voyage en bateau et elle a le mal de mer mais elle va, lors de son périple, s’habituer et même apprécier la vie à bord et sur le pont (sauf en cas de tempête bien sûr). « Pas une seule fois je ne doutais de succès de mon entreprise. » (p. 26). « Nous passions principalement nos journées à nous prélasser dans nos fauteuils sur le pont. Personne ne savourait le confort plus que moi. » (p. 88).

J’ai noté le voyage pour ne pas l’oublier. New York, traversée de l’océan Atlantique, Southampton et Londres (Angleterre), traversée de la Manche, Boulogne sur Mer, Amiens et Calais (France), Brindisi (Italie), Port Saïd et le Canal de Suez (Égypte), Aden (Yémen), Colombo (Ceylan devenu Sri Lanka), Penang (Malaisie), Singapour, Hong Kong (à l’époque britannique) et Canton (Chine), Yokohama, Kamakura et Tokyo (Japon), traversée de l’océan Pacifique, San Francisco, traversée en train des États-Unis d’est en ouest pour un retour à New York. Le tout en 72 jours, elle a fait mieux que prévu !

À Amiens, elle rencontre Jules Verne et son épouse qui l’ont invitée ! « Leur accueil chaleureux me fit oublier mon allure négligée. » (p. 45).

Lorsqu’elle est au Proche et Moyen Orient, j’avais l’impression d’être dans un roman d’Agatha Christie même s’il n’y avait pas de crimes ! Les descriptions des populations et des paysages sûrement.

Le voyage est raconté par Nellie Bly, comme un journal de voyage, et il est enrichi par des articles que le New York World publie pour donner des nouvelles à ses lecteurs. C’est passionnant de voir comment les Occidentaux considéraient les autres populations en cette fin de XIXe siècle et aussi de voir comment vivaient ces populations, pour la plupart colonisées par les Britanniques. Malheureusement, pressée par le temps, elle ne reste pas très longtemps dans chaque escale et ne peut parfois pas se rendre compte de la vie réelle. En plus, contrairement à ce qui est annoncé (faire le tour du monde « seule »), elle est rarement seule, à part dans sa cabine de bateau ou dans sa chambre d’hôtel, je veux dire qu’elle a toujours un guide ou un ami qu’elle s’est fait sur le bateau ou un diplomate qui lui fait visiter et lui sert d’interprète (mais sinon elle voyage seule dans le sens de sans chaperon et sans accompagnateur mais elle est Américaine et pas Anglaise). Son récit m’a encore plus intéressée lorsqu’elle arrive en Extrême-Orient ! À Colombo, elle découvre les catamarans. Elle passe Noël (1889) à Canton (Chine) et le réveillon du Nouvel An (1890) à bord de l’Oceanic en route pour Yokohama (Japon). Ah, le Japon… Elle visite la ville portuaire de Yokohama, une ville que j’ai beaucoup aimée (j’y suis allée deux fois), la ville de Kamakura et la statue géante de Bouddha (que j’ai visitées aussi, plus d’un siècle après elle) et Tokyo : « La capitale dispose d’une ligne de tramway, la seule de tout l’Orient […]. » (p. 183). J’ai pris la dernière ligne de tramway à Tokyo, la Toden Arakawa, elle est pittoresque et n’est plus utilisée que par les habitants du quartier, par ailleurs très agréable, et quelques touristes (des amis japonais un peu plus âgés que moi m’ont dit qu’ils prenaient cette ligne dans les années 70’ pour aller à l’université Waseda). Le Japon est le seul pays que Nellie Bly dit quitter à regret, je la comprends. Mais son seul regret durant ce voyage, c’est de ne pas avoir eu un Kodak pour prendre des photos. Ce qui n’était pas mon cas, j’avais mes appareils photos, donc voici une de mes photos du Bouddha Géant de Kamakura. 🙂

Trois phrases que je veux garder en mémoire :

« Je réponds toujours à ceux qui critiquent mon menton, mon nez ou ma bouche, qu’on ne peut échapper aux attributs que la vie vous donne, pas plus qu’on ne peut échapper à la mort. » (p. 157).

« La littérature permet l’accès aux cieux. » (p. 168) : inscription dans la salles des Bonnes Étoiles où sont corrigées les copies des étudiants de la salle des Examens à Canton.

« Plantez deux allumettes au bout d’une pomme de terre, un champignon à l’autre extrémité, et vous obtiendrez un Japonais ! » (p. 178). Ah ah ah, c’est à cause des « jambes maigrelettes » et du « chapeau en forme de bassine » !!!

Un petit truc qui m’a dérangée : « Mongoliens » (p. 159 et 166)… Si les anglophones disent effectivement « Mongolians » (ou aussi Mongols), la traduction française n’est pas Mongoliens mais bien Mongols ! Alors, une petite erreur de traduction ?

Je mets cette belle lecture dans les challenges Classiques et Raconte-moi l’Asie (car elle passe beaucoup de temps en Asie).

Le camp des autres de Thomas Vinau

Le camp des autres de Thomas Vinau.

Alma éditeur, août 2017, 200 pages, 17 €, ISBN 978-2-36279-217-5.

Genre : roman historique.

Thomas Vinau, né le 26 septembre 1978 à Toulouse, est poète, nouvelliste, romancier et publie dans de nombreuses revues. Ses précédents romans chez Alma sont Nos cheveux blanchiront avec nos yeux (2011), Ici ça va (2012) et La part des nuages (2014). Plus d’infos sur son blog, http://etc-iste.blogspot.fr/ et sa page FB.

Pour échapper à un père violent, Gaspard s’enfuit de la ferme dans la forêt avec son chien. « Il n’a plus froid. Il n’a plus mal. Il n’a plus peur. […] Soulève puis porte de ses deux bras le corps blessé de la bête. Pas à pas il avance. » (p. 16). L’enfant et le chien passent quelques nuits dans la forêt. « C’est long à traverser une nuit. » (p. 43). Ils sont retrouvés agonisants par un homme qui les recueille sans poser de questions et les soigne ; c’est un genre d’ermite, herboriste, il se fait appeler Jean-le-blanc, il vit sous terre dans une maison-terrier aménagée. « C’est quoi ce bonhomme ? Un sorcier ? Un contrebandier ? Un timbré ? » (p. 63). En tout cas, il va enseigner à Gaspard, la forêt, les animaux, les venins, les plantes… « Tu es un sorcier ? demande Gaspard bouche ouverte, pendant que la peur s’installe gentiment sur son échine. L’homme laisse exploser dans l’air un rire franc et dur comme un buis en tapant sur l’épaule de l’enfant. Ha ha oui un sorcier, ou peut-être même un démon… Tu crois aux démons petit ?… » (p. 73).

Ce roman a été une énorme claque littéraire ! Un gros coup de cœur. Les descriptions de la forêt, de jour et de nuit, sont époustouflantes, impressionnantes de précision et de force ! « Dans le ventre sauvage d’une forêt, la nuit est un bordel sans nom. Une bataille veloutée, un vacarme qui n’en finit pas. Un capharnaüm de résine, de viande, de sang et de sexe, de terre et de mandibules. Là-haut la lune veille sur tout ça. » (p. 31). « Les araignées tissent des dentelles sur lesquelles le petit jus de la nuit à laissé des milliers de perles. » (p. 52). C’est magnifique, n’est-ce pas ? Le texte est lumineux, les descriptions prennent aux tripes (j’ai senti les odeurs, le vent, la rosée… et j’ai tremblé avec Gaspard et son chien), le style profondément humain et ouvert vers les autres tout en poésie.

Un extrait un peu long mais je tiens absolument à le garder. « Le lièvre est à la forêt. La douceur et la bestialité, la langue chaude de la mère, les babines retroussées du père sont à la forêt. La viande est à la forêt. Le flux et le reflux du sang, les muscles, les odeurs, les souffles sont à la forêt. Toutes les bêtes sont à la forêt. Ce qui grouille, ce qui fouille, ce qui bondit, ce qui déploie, ce qui attaque, ce qui ronge, ce qui creuse, ce qui mord, ce qui broie est à la forêt. L’argent mort de la lune est à la forêt. La glaise, le vent, la brume et la rosée, toutes les obscurités appartiennent à la forêt. Elle est le foyer de tous ceux qui n’en ont pas. De tous ceux qu’on ne veut pas. De tous les chassés, les fuyards, les proies. L’ombre est à la forêt. L’ortie et la ronce, la chouette et le goupil, l’ours et le coucou, le loup et le hérisson, le givre et l’orage, la larve et le serpent. Longtemps elle a été l’ennemie des hommes, son piège, sa mère cruelle. Il s’en est extrait en s’unissant, à force de courage et de lutte, pour se déployer sous le ciel, à découvert. Il est devenu son conquérant. De ça comme du reste. Il l’a coupée en morceaux, l’a exploitée, l’a annihilée, a tenté de la domestiquer comme une vache. Mais la forêt n’a jamais perdu ses propres règles, son propre règne, son ventre de nuit sauvage. Elle est restée le souffle archaïque de nos cycles, l’haleine musquée de nos origines, la reine ombragée du vivant, la ruade. Nous nous sommes tenus à l’écart pour inventer nos propres nuits, nos propres lois de bêtes orphelines, nos merveilles, nos désastres, nos propres dieux et nos propres monstres, sans jamais cesser de la craindre avec vénération. Elle est alors devenue le refuge de ceux qui se refusaient à l’homme et de tous ceux que l’homme refusait. Elle est l’autre camp. Le camp des autres. » (p. 49-50).

L’histoire commence en avril 1907, dans une forêt entre la Somme et la Seine. « Tout un pays nouveau, immense, qu’il a le droit d’explorer, de mériter. Et de conquérir. » (p. 92). Gaspard va aussi découvrir la caravane à Pépère, des vagabonds, des gitans, des anarchistes, des déserteurs, des bagnards en cavale, des étrangers, bref les insurgés, les damnés de la terre, ceux qui font partie d’un autre monde, d’un autre camp. « Tu sais lire petit ?… J’apprends, répond Gaspard […]. C’est bien, petit. Il faut un grand courage pour attaquer ses chaînes avec de l’encre mais c’est à ce prix que tu pourras sortir de la geôle où tu es né ! » (p. 148). Cette année 1907 n’a pas été choisie au hasard par l’auteur : c’est l’année de création des Brigades du Tigre, une police moderne et mobile. « Fraîchement équipée, de téléphones et de télégrammes, d’appareils photo, de fiches anthropométriques, de Browning 1900 et de rutilantes Dion Bouton sorties tout droit des garages. Elle était fin prête pour l’action. Tous préparés mentalement et physiquement, pratiquant les techniques de combat de la savate et de la canne […]. » (p. 181).

Il y a en conclusion une postface appelée « lignes de suite » dans laquelle l’auteur explique pourquoi comment il a écrit ce livre que je vous conseille vivement car il m’a embarquée, subjuguée et, bien que je ne sois pas monomaniaque, je me suis procurée deux autres titres (Nos cheveux blanchiront avec nos yeux et Ici ça va) car ce fut pour moi une très belle découverte que l’écriture de Thomas Vinau ! Et je remercie PriceMinister de m’avoir envoyé ce roman dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire 2017.

Je le mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2017 et Un genre par mois (contemporain).