L’homme qui marche de Jirô Taniguchi

L’homme qui marche de Jirô Taniguchi.

Casterman, collection Manga, septembre 1995, 144 pages, ISBN 2-203-37202-8. 歩くひと (Aruku hito, 1992) est traduit du japonais par Takako Hasegawa.

C’est une ancienne édition que j’ai (la première édition en fait), pour une édition récente, cliquez ci-dessus sur Casterman.

Genres : bande dessinée japonaise, manga, seinen.

Jirô Taniguchi… 谷口 ジロー (14 août 1947-11 février 2017). Vous pouvez lire mon billet qui lui est consacré (biographie et bibliographie). Les histoires de Aruku hito ont été écrites et dessinées en 1990-1991 et publiées en 1992. Aruku c’est le verbe marcher, hito c’est pour homme mais il signifie en fait une personne (donc homme ou femme).

J’ai déjà lu beaucoup de titres de Jirô Taniguchi, un de mes mangakas préférés, même s’il m’en reste quelques-uns à lire (parmi les derniers parus). Pour le challenge Des histoires et des bulles, il faut lire une BD de Jirô Taniguchi (c’est même la première catégorie) alors voici L’homme qui marche. J’ai choisi ce titre parce que c’est le premier de l’auteur traduit en français (et donc paru en France).

Si vous n’avez pas connu cet événement, vous ne pouvez pas imaginer ce qu’il fut pour les amoureux du Japon et de la culture japonaise (et aussi pour les curieux de bande dessinée), mais vous pouvez toujours lire ce titre ou un autre titre de ce merveilleux auteur et dessinateur qui me manque (comme sûrement à tous ses fans). Pour moi en tout cas, c’est une énième relecture et c’est toujours un pur bonheur, je ne m’en lasse pas.

« C’est beau ! – Oui, quelle vue ! – Je sors faire un tour ! – Bon… d’accord ! – Ça me fait beaucoup de bien. » (p. 6). Voici comment commence ce manga. Il y a très peu de texte. L’homme dit à son épouse qu’il sort, prendre l’air, observer le quartier, les oiseaux… Comme ça fait du bien ! Et les promenades, l’homme va en faire d’autres, d’autant plus qu’un chien abandonné par son ancien « propriétaire » s’est invité chez eux (comme les premiers flocons de neige tombent, le couple l’appelle Neige). Au gré des rencontres et de la météo, avec ou sans Neige, parfois avec son épouse, cet homme (l’auteur) se balade, observe, fait parfois des rencontres ou se perd dans des ruelles.

C’est tout simple tant au niveau du dessin tout en délicatesse que des histoires, des anecdotes plutôt, et pourtant c’est grandiose ! Et je vais tout simplement vous laisser découvrir par vous-même ce magnifique manga intimiste et contemplatif. À noter que l’auteur aimait la culture française, il loue la cassette vidéo de La petite voleuse (p. 95).

Pour ceux qui n’aiment pas lire les mangas à cause du sens de lecture japonais, rassurez-vous car les mangas de Jirô Taniguchi sont dans le sens européen, alors plus d’excuse, lancez-vous !

En plus de Un mois au Japon, La BD de la semaine et Des histoires et des bulles, je mets cette lecture dans Animaux du monde (chats, oiseaux, chiens), BD, 2021 cette année sera classique (oui, pour moi c’est un classique !), Challenge lecture 2021 (catégorie 14, un roman graphique, 2e billet), Hanami Book Challenge pour le menu 3 (le Japon d’aujourd’hui) et le sous-menu 1 (Fly to me Saitama, vie à la campagne) et Petit Bac 2021 (catégorie Être humain pour Homme).

Plus de BD de la semaine chez Moka.

Le défi du 20 avril 2021

Après ma première participation (en janvier), ma deuxième participation (en février) et ma troisième participation (en mars) à ce Défi du 20, j’avais noté les deux mots proposés par Mamylor avec la lettre O : océan et optimisme. Mais, rhaaa, le temps passe si vite et je n’ai pas pensé à écrire le texte et je n’ai même pas fait attention qu’aujourd’hui, c’est le 20… C’est en voyant le billet chez Lydia que j’ai crisé… Alors je vais faire court !

L’objectif de ce défi est d’écrire le 20 du mois un texte contenant deux mots choisis par un(e) participant(e) différent(e), ces deux mots (un concret, un abstrait) commençant par une lettre dans l’ordre de l’alphabet (voir sous mon texte pour les mois suivants).

Cliquez sur la photo ! Une plage du Médoc.

Les vacances d’été à l’océan ? Vous êtes dans un optimisme résolument… hum… comment dire ? optimiste ! Parce que traverser la France vous sera sûrement impossible…

Voilà, c’est (très) court mais les deux mots y sont. Ah, il faut que je rajoute une photo (j’ai choisi celle-ci parce que c’était la première fois que je voyais l’océan, eh bien non en fait c’était la deuxième fois). Vous pouvez découvrir les autres textes chez Mamylor.

Pour les prochaines lettres, en mai P (Patricia Fée Main propose peur et papaye), en juin Q, en juillet R, en août S, en septembre T, en octobre U, en novembre V et en décembre W. Alors, rendez-vous le 20 mai pour une nouvelle histoire et bonne fin de semaine !

Le cœur battant du monde de Sébastien Spitzer

Le cœur battant du monde de Sébastien Spitzer.

Albin Michel, août 2019, 448 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-22644-162-1.

Genres : littérature française, roman historique, roman social.

Sébastien Spitzer naît le 9 mars 1970 à Paris. Il étudie à l’Institut d’études politiques de Paris et devient journaliste puis écrivain (documents et romans). Son premier roman, Ces rêves qu’on piétine, paraît aux éditions de l’Observatoire en 2017. Puis Le cœur battant du monde et La fièvre chez Albin Michel, respectivement en 2019 et en 2020.

Londres, 1851. Pendant que les gens aisés paient pour visiter le Palais de Cristal (construit pour l’Exposition universelle), les gens pauvres comme Charlotte (qui a fui la famine en Irlande) vivent dans la misère (une profonde misère). Pourtant cette jeune femme sait coudre et ravauder, elle « sait ranger aussi, plier, laver, écrire, compter, se tenir, se taire et danser quand c’est l’heure de faire la fête au son de la flûte et du violon. Charlotte est une bonne fille d’Irlande. » (p. 17). Elle est enceinte mais son mari, Evans, et parti chercher de l’or en Amérique. Elle veut se présenter à un emploi et se rend à la gare mais elle est agressée et miraculeusement sauvée par le docteur Markus Malte.

Au même moment, Engels arrive par le train de Manchester où il y a des grèves. Il connaît Markus Malte et son regard croise celui de la jeune femme mais il a rendez-vous avec un ami surnommé le Maure, c’est-à-dire Karl Marx. Recherché par plusieurs polices d’Europe, ce dernier est réfugié dans un taudis de Soho avec son épouse, Johanna von Westphalen, une baronne prussienne déchue par sa famille, et leurs enfants.

Le lecteur suit ces trois personnages, Charlotte Evans, Markus Malte, Friedrich Engels et avec lui, Karl Marx et sa famille. Leurs chemins vont se croiser et s’éloigner mais leurs destins seront liés.

Les idées d’Engels (qui est directeur dans une entreprise industrielle que son père possède en partie, Ermen & Engels) et de Marx sont bonnes en théorie mais… (j’expliquerai plus loin). « Des mères et leurs enfants soumis quinze heures de rang à la violence des machines, aux éclaboussures d’huile, à la vapeur brûlante et à toute l’eau qu’il faut pour assouplir les fils de coton et éviter qu’ils cassent. » (p. 88-89). De par son statut, Engels fréquente des aristocrates, des banquiers… mais il ne supporte pas que l’usine impose « ses règles et sa violence » (p. 136).

Durant l’agression, Charlotte a perdu son bébé… Le docteur Markus Malte l’a recueillie chez lui et soignée. Lorsqu’elle va mieux, il lui propose d’adopter Freddy, qui vient de naître prématuré à seulement 7 mois de grossesse. Freddy est l’enfant caché de Karl Marx et de l’employée de maison, Nim Demuth. Il ne faut surtout pas que quiconque apprenne son existence.

1863. Charlotte et Freddy fuient Londres pour Manchester. Freddy a 12 ans et il devient apprenti chez le teinturier Saltz. « Il est attentif. Il apprend vite. Il est le premier sur place et le dernier parti. » (p. 161).

Mais la guerre de Sécession dure depuis plus deux ans et le coton n’arrive plus en Angleterre, ni pour les artisans comme Saltz ni pour les entreprises comme celle d’Engels. « L’article inventorie les dernières victoires du général Sherman […]. Il compare le chef yankee à un barbare détruisant tout sur son passage, non seulement ses ennemis, mais aussi les routes, les voies ferrées, les propriétés privées et surtout les champs de coton, les entrepôts et les stocks. » (p. 167).

Je ne vais pas vous résumer plus pour que vous puissiez découvrir par vous-même l’Histoire et les histoires que raconte ce très beau roman, bien écrit, bien construit, avec un suspense qui va crescendo.

Je voudrais simplement donner mon avis sur le comportement abject de Karl Marx. « Toi, Engels. Tu finances ! Débrouille-toi pour trouver de l’argent. Il faudra plus d’argent. Beaucoup plus. » (p. 175) alors qu’il vient de lire un extrait du Capital qu’il est en train d’écrire et dans lequel il vilipende l’argent et les riches mais, lui qui n’a jamais travaillé et gagné d’argent, est bien content qu’Engels paie tout (logement, nourriture…) pour lui et sa famille, le matériel dont il a besoin pour écrire, et qu’il traduise ses textes en anglais après les avoir relus et corrigés pour les envoyer à des journaux aux États-Unis. Les idées de Marx étaient peut-être remarquables mais son comportement était loin de l’être…

Et je ne suis pas la seule à penser ça. Lydia, la compagne d’Engels, aussi. « Lydia se demande toujours comment Engels peut admirer ce couple. Ils se disent près du peuple. C’est presque leur fonds de commerce. Pourtant ils le méprisent, tous les deux. Elle par son rang et lui par ses inclinations. » (p. 351-352).

Ce roman montre les gens, les pauvres (la population des quartiers mal famés, les exilés irlandais…) et les riches (les bourgeois comme Engels et Marx, et quelques aristocrates). Et aussi l’industrie anglaise et ses accointances commerciales avec l’Inde et les États-Unis, et le lecteur comprend les prémices de révolutions à venir (irlandaise, communiste…) et les exactions de la Guerre de Sécession. Rien n’est pur dans ce cœur battant du monde qu’est Londres dans l’Angleterre victorienne du XIXe siècle. Mais Sébastien Spitzer insuffle du romanesque, du beau (les enfants, la musique…) et livre un roman foisonnant et passionnant. J’ai maintenant très envie de lire Ces rêves qu’on piétine qui parle de Magda Goebbels (ce livre avait échappé à mon attention à sa parution).

Je mets cette lecture dans A year in England et dans Challenge lecture 2021 (catégorie 30, un livre dont l’histoire se déroule dans un pays européen, 2e billet).

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Projet 52-2021 #15

Quinzième semaine pour le Projet 52-2021 de Ma avec le thème géographie. Je vous l’ai déjà montré, le Col des Limouches, mais pas cette photo, prise dans la montée, avec vue sur le Vercors dans la Drôme. Géographie signifie « dessin de la Terre ». Cette géographie vous plaît-elle ? Je vous souhaite un bon week-end et, si vous voulez participer, allez voir Ma !

Les Plumes chez Émilie 2021-6

J’ai de nouveau manqué la collecte des mots sur le thème séparation. Mais ça ne m’empêchera pas de participer à cette sixième édition en 2021 des Plumes chez Émilie avec les mots à utiliser : accompagner, divorcer, cloisonner, maîtrise, milieu, enfant, oubli, rivière, canalisation, barrière, distance, lien, rompre, sourire, partager, ornithorynque, frontière, filer, femme.

Titre : Séparation

Avec un faible sourire, l’adolescente s’adressa à sa meilleure amie qui l’accompagnait.

– Mes parents viennent de me l’annoncer, ils divorcent

– Merde, tes parents si croyants vont rompre leur serment d’amour éternel, j’y crois pas !

– Eh ouais, je pensais que le lien qui existait entre eux durerait toujours et que leur couple tiendrait la distance mais ma mère a franchi la frontière, elle a rencontré quelqu’un d’autre…

– Un autre homme…

– Non, une femme.

– Une femme, non !?

– Ben si…

– C’est dingue ! Je n’arrive pas à y croire. Tes parents qui fréquentent religieusement l’église… et toi là au milieu… Comment tu te sens ?

– Moyen… Pour eux c’est clairement un oubli qu’ils avaient un enfant, du moins pour ma mère, et que la vie n’était pas une longue rivière tranquille…

– Un fleuve ! Pas une rivière, un fleuve !

– Ouais, bon, tu vas pas t’y mettre, toi aussi ?

– Sinon quoi, tu vas péter une canalisation ?

– Ah ah, une durite, on dit une durite !

Toutes deux éclatent de rire. Elles partagent tout depuis tant d’années et ce moment magique malgré le drame qui se joue montre la maîtrise qu’ont les deux adolescentes face aux aléas de la vie.

– On ferait mieux de filer si on ne veut pas être en retard en cours.

– Tu as raison… (Elles accélèrent le pas). Je vais cloisonner ma vie, d’un côté je continuerai de vivre à la maison avec mon père, d’un autre côté je verrai ma mère, peut-être pas souvent, elle sera sûrement très occupée…

– Oh la la, c’est dur… C’est bon, je vois la barrière du collège, elle est encore ouverte !

– Super, ce matin, je dois présenter mon exposé sur les ornithorynques !

J’espère que ce texte vous a plu (j’ai placé ornithorynque !) et je vous souhaite un très bon week-end 🙂 Vous pouvez lire les textes des autres participants en passant chez Émilie.

Semaine à lire – avril 2021

En plus du Read-a-thon Un mois au Japon qui dure le week-end, c’est la Semaine à lire qui dure du vendredi 16 au vendredi 23 avril 2021. Plus d’infos sur le groupe FB.

Mes lectures durant ce marathon

Vendredi 16 avril (après 21 heures) : un roman hongrois qui se déroule au Japon, que j’ai découvert grâce à Rachel et qui – vous allez voir – a un titre à rallonge ! Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau de László Krasznahorkai (Cambourakis, 2010, 192 pages), 192 pages.

Samedi 17 avril : Magus of the Library de Mitsu Izumi (Ki-oon, tome 1 = 242 pages, tome 2 = 256 pages, tome 3 = 304 pages), 802 pages.

Dimanche 18 avril : Magus of the Library de Mitsu Izumi (Ki-oon, tome 4 = 232 pages) et L’homme qui marche de Jirô Taniguchi (Casterman, 1995, 144 pages), 376 pages.

Lundi 19 avril :

Mardi 20 avril :

Mercredi 21 avril :

Jeudi 22 avril :

Vendredi 23 avril :

Total : … livres et … pages.

Read-a-thon du Mois au Japon 2021

Ce week-end, c’est le Read-a-thon de Un mois au Japon – avril 2021. Ce marathon de lecture dure le samedi 17 et le dimanche 18 avril mais je vais commencer de lire ce soir (parce que la Semaine à lire commence ce soir à 19 heures). Quant aux organisatrices, Hilde et Lou, elles ont commencé un journal de bord dès lundi 12 avril, ce que je n’ai pas fait car je n’ai pas lu de japonais.

Mes lectures pour ce Read-a-thon

Vendredi 16 avril (après 21 heures) : je vais lire un roman hongrois mais qui se déroule au Japon, que j’ai découvert grâce à Rachel et qui – vous allez voir – a un titre à rallonge ! Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau de László Krasznahorkai (Cambourakis, 2010, 192 pages), 192 pages.

Ensuite, je veux lire des mangas ce week-end.

Samedi 17 avril : Magus of the Library de Mitsu Izumi (Ki-oon, tome 1 = 242 pages, tome 2 = 256 pages, tome 3 = 304 pages), total = 802 pages.

Dimanche 18 avril : Magus of the Library de Mitsu Izumi (Ki-oon, tome 4 = 232 pages) et L’homme qui marche de Jirô Taniguchi (Casterman, 1995, 144 pages), 376 pages.

Total : 6 livres et 1370 pages.

Ce marathon est terminé mais la Semaine à lire – avril 2021 continue jusqu’à vendredi minuit.

La gouvernante suédoise de Marie Sizun

La gouvernante suédoise de Marie Sizun.

Arléa, collection 1er mille, août 2016, 320 pages, 20 €, ISBN 978-2-36308-116-2. Ce roman a reçu le Prix Bretagne 2017 et le Prix Merlieux des Bibliothèques 2017. Il existe en poche chez Folio depuis mai 2018.

Genre : roman français.

Marie Sizun naît en 1940, elle grandit et étudie les Lettres classiques à Paris. Elle est professeur de littérature (France, Allemagne, Belgique). De retour en France, elle publie son premier roman, Le père de la petite (Arléa, 2005) puis La femme de l’Allemand (Arléa, 2007) et une dizaine d’autres titres et reçoit plusieurs prix littéraires.

Après avoir lu une nouvelle en janvier, L’indiscrète de Marie Sizun, j’avais très envie de découvrir des romans de cette autrice que je découvrais. Le premier que je lis est La gouvernante suédoise et La femme de l’Allemand suivra dans les prochaines semaines.

La narratrice (Marie Sizun) a 6 ans. Elle vit à Paris avec ses parents et son petit frère. Chaque année, sa mère l’emmène au cimetière de Meudon où sont enterrés les ancêtres de leur famille, les Sèzeneau, des gens qu’elle n’a pas connus… Après le divorce des parents, une vieille tante, Alice, 60 ans, vient s’installer chez eux. Si Alice, la cadette de sa famille, est née en France, ses frères et sœurs sont nés en Suède et Alice parle le suédois. Elle va raconter à la fillette son histoire (du moins en partie) et lui montrer des photos sépias. « Tout cela m’amusait assez ; mais, préoccupée de mes propres soucis, souvent j’écoutais mal. » (p. 15). Cependant, un jour, Alice laisse échapper un nom, Livia. « Livia ? […] C’était qui Livia ? […] – Livia ? Livia… Mais c’était la gouvernante suédoise. » (p. 16). La fillette découvre alors un secret de famille et l’origine suédoise de son nom, Bergvist.

Des années plus tard, devenue adulte, elle découvre des photos de son arrière-grand-père, de son épouse Hulda et de leurs enfants, quelques papiers et le journal de Hulda. L’ancêtre, c’est Léonard Sèzeneau, un Français exilé pour devenir professeur de français en Suède et qui a épousé une Suédoise de bonne famille, Hulda, dont il a eu quatre enfants et Livia est une gouvernante embauchée pour aider dans l’éducation des enfants.

1867-1868, Göteborg puis 1869-1874, Stockholm, Suède. Léonard, Hulda et leur petit Isidore s’installent « dans un des plus beaux quartiers de la ville, Östermalm, près de Strangatan » (p. 67). Puis Eugène naît et ensuite Louise. Deux bonnes, Anna et Christina, aident à la maison, il y a une cuisinière et un valet s’occupe de monsieur. La mer, les îles, le parc, le Théâtre national, « des concerts, des expositions de peinture, des librairies, des cafés… » (p. 68), la vie est belle et joyeuse pour Hulda et sa famille. Mais sur les photos, elle a toujours un regard triste. Et puis, lorsque Hulda est enceinte du quatrième enfant, sa mère et Léonard décident d’engager une gouvernante et il faut qu’elle parle français pour l’enseigner aux enfants. Ce sera Olivia Bergvist, 22 ans. « Je m’appelle Olivia, mais vous pouvez m’appeler Livia. C’est le nom que mon père me donnait. » (p. 81).

Livia s’entend bien avec tous chez les Sèzeneau et remplit parfaitement sa mission. Noël 1873, toute la famille est réunie, « la nuit magnifique, pleine d’étoiles » (p. 122) mais Léonard Sézeneau sait qu’il va falloir quitter la Suède… Eugénie naît en janvier et « La vie reprend, simple et tranquille, du moins en apparence. » (p. 127). En mars, il faut partir, pour Meudon, près de Paris. Livia est d’accord, ça fait partie de son contrat, mais Hulda est effondrée, ses parents, son bébé qui n’a que deux mois, sa vie en Suède… La vie a Meudon sera catastrophique, pauvre, froide, isolée… Hulda n’en peut plus, elle ne dort plus, elle ne vit plus… « Tout l’angoisse, tout la trouble. » (p. 223).

L’éditeur dit que Marie Sizun « brosse le portrait tout en nuances de ses ancêtres franco-suédois » qu’elle n’a pas connus. Cette histoire est donc en grande partie de la fiction car elle n’a que quelques photographies et quelques informations mais tout est tellement bien raconté qu’on a l’impression que tout est vrai ! Marie Sizun cisèle parfaitement son texte et ses personnages dans un récit intense et documenté mais raconte avec son propre univers que je qualifierais d’atmosphérique. J’avais en tout cas l’impression d’y être et d’observer cette famille, j’étais heureuse avec Hulda en Suède, j’étais seule et triste avec Hulda à Meudon. Mais, finalement, qui est le personnage principal, Hulda ou Livia ?

Je mets ce roman dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 30, un livre dont l’histoire se déroule dans un pays européen, la Suède), dans le Challenge nordique (Suède) et dans le Petit Bac 2021 (catégorie Adjectif pour suédoise).

Des copinautes qui l’ont lu : Aifelle, Mumu dans le bocage, Sylire.

Jusqu’au printemps de Charles Masson

Les gens de rien, tome 1 – Jusqu’au printemps de Charles Masson.

Delcourt, collection Encrages, mars 2021, 88 pages, 13,95 €, ISBN 978-2-41303-750-7.

Genre : bande dessinée française, médecine.

Charles Masson naît le 28 décembre 1968 à Lyon (Rhône-Alpes). Il est à la fois médecin (spécialisé ORL et cancérologie) et auteur de bandes dessinées (scénariste, dessinateur et coloriste). Ses précédentes bandes dessinées sont parues chez Casterman (Soupe froide, Bonne santé…), Futuropolis (Les boules vitales, L’arche de Noé a flashé sur vous) et Des ronds dans l’O (Aventures de Lilou).

Louise et Marie ne savent pas nager mais elles ont postulé comme monitrices pour une colonie de vacances en Corse et elles ont certifié qu’elles savaient nager. Elles vont donc apprendre avant l’été. « De mémoire de marinier, on n’avait jamais vu d’aussi belles filles sur la plage de Saint-Fons. – De mémoire de gitan, on n’avait jamais vu personne apprendre si vite à nager sans le jeter d’un pont. »

Louise veut se marier avec un homme instruit et faire des enfants, Marie veut être institutrice. La colonie se passe très bien puis, à la rentrée, elles reprennent leur vie. Louise est ouvrière à l’usine de Saint-Fons (en attendant son prince charmant) et Marie intègre l’École normale.

Des années plus tard, en 2018, Marie a 70 ans, elle est à la retraite, elle a un cancer et elle demande au médecin de la laisser tranquille un mois avant de se faire soigner… Pendant toutes ces années Louise et Marie sont restées amies. Louise s’est mariée à Lyon et a eu quatre enfants, Martial, Rose-Mai, Julien et Octavie (que Marie a eu tour à tour dans sa classe). « Les années avaient glissé lentement, un pincement au cœur pour chacune d’elle. »

C’est le médecin le narrateur. Marie revient bien le mois suivant et consulte un confrère à l’hôpital mais elle refuse de se faire soigner… Combien de temps lui reste-t-il ? « Hum ! Si on fait rien… Quelques semaines. Peut-être quelques mois… Pas plus… Enfin, vous serez sans doute encore là pour Noël. Et encore c’est pas sûr. » Marie aimerait bien tenir jusqu’au printemps, sa saison préférée… alors elle accepte les soins, la chimiothérapie… Le médecin aime aussi le printemps « Mais quand on est médecin, on ne peut s’attacher aux patients comme à sa famille. »

Cette bande dessinée émouvante réalisée par un médecin (je trouve ça à la fois surprenant et à la fois vraiment bien de pouvoir parler de la médecine dans une bande dessinée) est toute en douceur, elle amène les lecteurs au printemps avec tendresse et avec des fleurs. Bien sûr la fin est triste mais Marie a été heureuse et elle reste dans le cœur de tous les enfants dont elle a été l’institutrice pendant des décennies !

Une belle lecture pour La BD de la semaine que je mets aussi dans les challenges BD, Des histoires et des bulles (catégorie 12, une BD thématique, ici médecine), Petit Bac 2021 (catégorie Météo pour Printemps) et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.