Challenge BD 4e édition – 2017-2018

Le Challenge BD 3e édition s’est bien passé même si j’aurais voulu lire plus de bandes dessinées ou du moins en chroniquer plus.

Quatrième édition donc pour le Challenge BD 2017-2018 géré par Marjorie du blog Chroniques littéraires. Infos et nouveaux logos chez Marjorie et sur le groupe FB.

Mes lectures pour ce challenge

1. La brigade chimérique de Serge Lehman et Fabrice Colin (L’Atalante, 6 tomes, 300 pages)

La brigade chimérique de Serge Lehman et Fabrice Colin

La brigade chimérique de Serge Lehman et Fabrice Colin.

L’Atalante, collection Flambant 9, 6 tomes de 11 € chacun parus entre août 2009 et octobre 2010 (tomes 1, 2, 3, 4, 5, 6) ou intégrale parue en octobre 2012 (épuisée) et en octobre 2015 (320 pages, 39 €).

Genres : bande dessinée, aventure, fantastique, science-fiction.

Serge Lehman, né le 12 juillet 1964 à Viry Châtillon, romancier, nouvelliste, scénariste, passionné de science-fiction, est un des deux auteurs. Il a reçu de nombreux Prix dont le Prix du Jury BDGest 2010.

Fabrice Colin, né le 6 juillet 1972 à Paris, romancier et nouvelliste (scénarios de jeux de rôle, fantasy, science-fiction, polar, jeunesse, bande dessinée), est le deuxième auteur. Il a aussi reçu plusieurs Prix dont le Grand Prix de l’imaginaire 2011. Plus d’infos sur son site et son blog (très peu alimenté depuis le début de l’année).

Gess – Stéphane Girard – né en 1961 à Rouen, est est un des deux coloristes.

Céline Bessonneau est la deuxième coloriste. Elle tenait un blog qu’elle n’a pas alimenté depuis mai 2013.

Septembre 1938. Irène Joliot-Curie est entrée clandestinement à Métropolis pour rencontrer des membres du groupe « Nous autres » et découvrir leur nouveau mécanoïde. Que va devenir l’Europe entre d’un côté le nazisme et ses « crânes » et de l’autre le communisme et ses « mécanoïdes » ? « Les saints et les monstres. Ils sont tous là. Tout le ban des surhommes d’Europe. » (tome 1, p. 12). George Spad, une femme habillée en homme, est chargée par les éditions Querelle d’écrire la biographie de Saint-Clair alias le Nyctalope qui a pris le contrôle de Paris cinq ans auparavant. « Je n’ai pris le contrôle de rien. J’ai sauvé Paris du chaos après la mort de Marie Curie. » (tome 1, p. 43). La fille de Marie Curie, Irène Joliot-Curie et son époux Frédéric ont repris l’Institut du Radium et continuent les expériences. George Spad rencontre Jean Séverac, un médecin militaire resté 16 ans dans le coma et soigné par Marie Curie. « Encore ces histoires de surhommes ! Voyons George, c’est ridicule ! Comment peut-on prendre au sérieux ces clowns costumés ? Qui peut croire qu’il suffit d’altérer les lois de la physique pour faire régner la justice ? » (tome 2, p. 19). Mais il ne sait pas encore, du moins il ne se rappelle plus, qu’il est lié à cette brigade chimérique par ses ancêtres !

Au fil des pages de cette série fantastique, on croise des cafards, des hommes qui ont un crâne en guise de tête, des personnalités connues ou de fiction (en vrac Harry Dickson, Dr Mabuse, André Breton, François Dutilleul alias le Passe-Muraille, Cagliostro, Django Reinhardt, le Golem…), des zeppelins et des chars qui volent. Car la brigade chimérique, ce sont toutes les légendes, les forces surnaturelles, l’imagination des écrivains de littérature populaire (les feuilletonnistes), ainsi que les idées des scientifiques y compris des aliénistes (Freud, Jung).

La brigade chimérique est une bande dessinée surprenante et surréaliste, qui se déroule dans une réalité parallèle (presque steampunk mais la vapeur est ici remplacée par le radium beaucoup plus dangereux) finalement très proche de la nôtre historiquement. Il y a deux histoires par tome et la série compte six tomes donc douze chapitres en tout dont un prologue et un épilogue. C’est une réflexion sur la guerre, en particulier les souvenirs de la Première guerre mondiale, les hommes qu’elle a engendrés et la Deuxième guerre mondiale en devenir. « La guerre peut donc être évitée ? – Pauvre idiot ! La guerre est la donnée de base de la civilisation européenne. Et tu sais pourquoi ? Parce que même pour imposer l’idée contraire, il faut faire la guerre. » (tome 3, p. 23). C’est une critique des hommes politiques qui se prennent pour des sauveurs et sont en fait des fous et des dictateurs. « J’ai négligé la politique ces derniers temps mais ça n’a pas changé depuis l’avant-guerre. Tout le monde trahit toujours tout le monde. » (tome 4, p. 18). C’est aussi un reflet des traditions anciennes et de la culture populaire. « La strate des mythes. La pensée de l’espèce. Dans la psyché d’un homme en crise, la conscience individuelle s’effondre. Les mythes prennent le pouvoir et la crise devient universelle. » (tome 3, C. G. Jung, p. 15). Et malheureusement, rien ne pourra être évité… « Maintenant c’est l’heure de la destruction. » (tome 5, p. 48) et « La guerre des surhommes embrase l’Europe. » (tome 6, p. 30).

Il y a de l’humour et de gros clins d’œil à, entre autres, Kafka (pas seulement avec les cafards), Wells, Eisenstein et même à la bande dessinée du XXe siècle, du futur donc (par exemple Robert Morane et Francis Blake se croisent).

Si vous aimez la bande dessinée, l’histoire, le fantastique, le surréalisme, je vous conseille cette belle série allégorique !

Une lecture pour le Challenge BD 2017-2018, Littérature de l’imaginaire et Un genre par mois (aventure ou fantasy).

Le bateau-usine de Gô Fujio et Takiji Kobayashi

Le bateau-usine de Gô Fujio et Takiji Kobayashi.

Akata (annonce de parution, article plus long), septembre 2016, 185 pages, 7,95 €, ISBN 978-2-36974-150-3. Le manga, adapté du roman Kanikôsen (1929) de Takiji Kobayashi est traduit du japonais par Miyako Slocombe.

Genres : manga, gekiga, littérature japonaise.

FUJIO Gô 藤生 ゴオ est scénariste et mangaka (dessinateur de manga). Il est aussi connu sous le nom de HARA Keiichirô 原 恵一郎.

KOBAYASHI Takiji : je vous renvoie à Le bateau-usine.

Port de Hakodate, sud de Hokkaidô (île au nord du Japon). Le Kabuko Maru part en mer pour quatre mois. Bateau-usine ? Parce que tout se fait sur le bateau, pas seulement la pêche mais le nettoyage, la conservation, l’emballage, pas de temps de perdu ! Les pêcheurs, jeunes pour la plupart, sont originaires de plusieurs villages, ils veulent échapper à la vie de paysan ou à la mine. [Pour la mine, je les comprends ; pour la vie de paysan, c’est sûrement difficile mais moins difficile et dangereux que pêcheur sur des presque épaves !]. Tous ont le mal de mer. « Soulevé par une force extraordinaire, le bateau flottait un instant dans les airs, puis s’abaissait aussitôt pour retrouver sa position. » (p. 22). L’intendant Asakawa est extrêmement sévère (méchant ?) : beaucoup de pêcheurs sont maltraités et tombent malades. En plus, le bateau pêche dans le Kamtchatka, en concurrence avec les Russes, ce qui n’est pas très légal mais il faut ramener les plus beaux poissons qui font honneur au Japon : crabes, saumons, truites… Il n’y a que le travail qui compte, au point de ne pas porter secours à un autre bateau avec 425 hommes à bord… « C’est qu’un rafiot, il rapportera plus d’argent en faisant naufrage. » (p. 37). À cause d’une violente tempête, le bateau perd deux chaloupes, ce qui inquiète plus l’intendant que les pertes humaines…

Les hommes sont maltraités, mal nourris, pas soignés, ils sont tous éreintés et mécontents. « Pas question de mourir pour des choses qui ne sont pas à nous ! » (p. 70). Quelques étudiants ouvrent les yeux aux pêcheurs sur leurs conditions immondes. « Toutes les guerres du Japon qu’y a eu [*] jusqu’ici… en vrai quand on gratte un peu… on voit qu’elles ont toujours été décidées par deux ou trois richards qui trouvaient de bons prétextes. Ils trépignent d’excitation à l’idée de s’emparer d’un territoire prometteur… Ces types sont dangereux… » (p. 106). Les hommes se révoltent car ils ne veulent pas mourir en mer, ils font grève mais…

[*] J’ai l’impression qu’il y a une erreur ici : y a eu quoi ? Toutes les guerres. Donc eues, n’est-ce pas ?

Le rythme de ce manga est comme le rythme sur le bateau (prison flottante) : effréné. Le décor : le bateau et la mer, ça tangue, c’est poisseux, c’est horrible, c’est l’enfer ; le thème : l’exploitation, l’oppression d’êtres humains par d’autres plus riches ou aillant plus de pouvoir, la répression… Un récit puissant, intense qui respecte scrupuleusement le roman (d’après ce que je me rappelle de ma lecture), chef-d’œuvre de la littérature japonaise (ouvrière) des années 1920. L’éditeur dit qu’il a fallu deux ans et demi de travail pour proposer ce manga en français, bravo, c’est une totale réussite qui fait réfléchir et qui fait froid dans le dos ! Lisez aussi le roman d’origine Le bateau-usine de Takiji Kobayashi.

Dans la préface, Évelyne Lesigne-Audoly, qui avait traduit Le bateau-usine de Takiji Kobayashi en 2009, conseille de lire Le quartier sans soleil de Sunao Tokunaga, mais il est paru aux éditions Yago en 2011 et malheureusement cette maison d’éditions n’existe plus… Le bateau-usine est réédité aux éditions Allia en février 2015 (la couverture est moins jolie (ci-dessus) mais au moins il est réédité !) mais je n’ai pas trouvé trace de Le quartier sans soleil sur le site de cet éditeur, dommage…

Une lecture pour le challenge BD, Classiques, Raconte-moi l’Asie et Un genre par mois (BD, comics, manga).

Clues, intégrale de Mara

Clues, intégrale de Mara.

Akileos, octobre 2016, 220 pages, 32 €, ISB 978-2-35574-285-9.

Genres : bande dessinée, policier.

Mara, de son vrai nom Margaux Kindhauser, naît le 9 juillet 1983 à Bâle en Suisse. Elle est autodidacte et elle fait tout : dessinatrice, scénariste et coloriste. Clues est sa première bande dessinée : une réussite ! Plus d’infos sur My little bazaar.

Lorsqu’elle était enfant, Emily a vu des choses qu’elle n’aurait pas dû voir sur le gang des Red Arrows. Sa mère, Mylena Emerson, l’a envoyée à New York. Devenue adulte, Emily Arderen revient à Londres pour découvrir pourquoi et comment sa mère est morte. Elle intègre le département de l’inspecteur Nathanaël Hawkins, spécialisé dans l’entomologie forensique naissante, à Scotland Yard. « Arderen, vous êtes dans un monde cruel et sans pitié. Un monde dans lequel on est mort si l’on ne frappe pas le premier. Un monde où la femme n’a pas sa place. Vous avez voulu intégrer la police, soit. Mais vous ne tarderez pas à réaliser que vous n’avez rien à y faire. Plus tôt vous en prendrez conscience, plus vite je serai débarrassé de vous. » Évidemment Emily va se montrer désobéissante, mais contre toute attente, elle sera aussi curieuse et efficace. Pourtant, le danger est plus important que ce qu’elle imaginait et elle met en danger la vie de policiers.

Dans Londres de la fin du XIXe siècle, cette histoire policière de style victorien est plus complexe qu’il n’y paraît ; elle est par ailleurs superbement illustrée. Après l’intégration d’Emily, difficile comme vous pouvez le comprendre en lisant l’extrait ci-dessus (c’était la mentalité misogyne de l’époque), la jeune femme et le lecteur vont de surprises en révélations ! Avec du rythme, du mystère, de l’action et des rebondissements. Mon tome préféré est le troisième, un flashback rédigé par Henry Feldman, le médecin légiste de Scotland Yard, ami de Nathanaël Hawkins. Le plus de cette intégrale, c’est un carnet de croquis de 26 pages en fin de volume. Le prix de 32 € peut sembler excessif mais si vous comptez les 4 tomes, ça représente 56,50 € en tout donc il y a finalement une belle économie.

Voici les 4 tomes de Clues réunis dans l’intégrale :

1. Sur les traces du passé, Akileos, juin 2008, 56 pages, 14 €, ISBN 978-2-35574-009-1

2. Dans l’ombre de l’ennemi, Akileos, mars 2010, 56 pages, 14 €, ISBN 978-2-35574-050-3

3. Cicatrices, Akileos, octobre 2012, 56 pages, 14 €, ISBN 978-2-35574-097-8

4. À la croisée des chemins, Akileos, octobre 2015, 56 pages, 14,50 €, ISBN 978-2-35574-224-8

Je me rappelle très bien avoir lu le premier tome à sa parution, mais le problème c’est l’attente entre les différents tomes et je n’avais jamais lu la suite… J’ai donc été ravie de découvrir cette intégrale, de pouvoir reprendre depuis le début et surtout de pouvoir lire toute l’histoire d’un coup ! Et, à la lecture, je comprends effectivement le long travail durant des années de Mara, au niveau de l’histoire, des dessins et des couleurs, bravo ! Si vous aimez la bande dessinée, l’Angleterre victorienne et les romans policiers, foncez !

Une dernière lecture pour le Mois anglais 2017 que je mets dans les challenges BD, Polars et thrillers et Un genre par mois (en juin, bande dessinée).

Les montagnes hallucinées de Lovecraft et Culbard

Les montagnes hallucinées de H.P. Lovecraft et Ian Culbard.

Akiléos, novembre 2010, 128 pages, 978-2-35574-079-4. En fait, depuis qu’une autre bande dessinée, Quatre classiques de l’horreur, [lien Akiléos] adaptés par Ian Culbard est parue en novembre 2016, la bande dessinée seule des Montagnes hallucinées n’est plus au catalogue.

Genres : bande dessinée anglaise, science-fiction, horreur.

H.P. Lovecraft : je vous renvoie au billet du Printemps Lovecraft et à la note de lecture de Les montagnes hallucinées parue fin mai.

Ian Culbard (aucune information sur sa date de naissance) est un dessinateur de bande dessinée né à Greenwich à Londres dans une famille d’origine polonaise. Il a déjà illustré plusieurs œuvres d’Arthur Conan Doyle (Sherlock Holmes) et de H.P. Lovecraft. Il a même un peu vécu en Ardèche (c’est le département d’à côté !… pour moi s’entend !). Il a aussi travaillé dans les mondes de l’animation et de la publicité. Pour la bande dessinée des Montagnes hallucinées, il a reçu, en 2011, le Prix British Fantasy du Meilleur comics ou roman graphique.

Cette bande dessinée est une fidèle adaptation du récit de Lovecraft. Le narrateur est le Pr William Dyer ; son expédition est partie de Boston le 2 septembre 1930 avec deux bateaux : le Miskatonic (nom de l’université en fait) et l’Arkham, et cinq avions à monter sur place. Les scientifiques émérites sont le Pr Lake (biologiste), le Pr Pabodie (ingénieur), le Pr Atwood (physicien et météorologiste) et le Pr Dyer (géologue), plus seize assistants (des étudiants diplômés) et neuf mécaniciens qualifiés. Notez qu’il n’y a aucune femme… mais je ne crie pas à la misogynie, c’est l’époque qui voulait ça… Le 8 novembre, les bateaux arrivent au Détroit de McMurdo avec au loin le Mont Erebus, et le 9 novembre, tout le monde s’installe sur l’île de Ross pour le campement provisoire. Ces endroits sont déjà nommés car il y a eu une expédition de reconnaissance auparavant, l’expédition Scott et Shackleton. Ensuite, c’est l’inconnu pour eux et, comme je le disais dans ma note de lecture, l’auteur a laissé son imagination s’enflammer (qui ira vérifier ses dires ?) et, pour le plus grand bonheur des lecteurs, les illustrations de Culbard sont fantastiques ! Forages, expédition à l’intérieur de la terre gelée, découverte de « trois curieux fragments d’ardoise » avec des inscriptions. Le 22 janvier, le Pr Lake et une équipe réduite partent à l’ouest, découvrent d’autres fragments d’ardoise, « une chaîne de montagnes plus grande qu’aucune autre qu’il n’ait jamais vue », une caverne avec treize êtres au corps étrange et carrément une immense cité dans la glace. Mais comme plus personne ne donne de nouvelles, Dyer et le jeune Danforth partent en avion à la recherche de leurs collègues et des chiens disparus. Eux aussi découvrent la gigantesque cité dans la glace et… l’horreur ! Comme je le disais dans ma note de lecture, grosses références au Nécronomicon, aux Anciens, etc., un récit horrifique très imaginatif et imagé que la bande dessinée exprime parfaitement bien.

J’ai passé un très bon moment avec cette bande dessinée ! À vrai dire, je l’ai lue avant le texte de Lovecraft – histoire de me mettre dans le bain – mais pour le Printemps Lovecraft, je voulais quand même publier ma note de lecture du « véritable » texte avant la note de lecture de l’adaptation en bande dessinée.

J’ai remarqué quelques fautes : « nos craintes nos craintes », « quatre heures et et demie » et « deux semaines arpès » qui ont été corrigées dans Quatre classiques de l’horreur dont j’ai parlé plus haut.

Si H.P. Lovecraft était Américain, Ian Culbard est Anglais donc je mets cette bande dessinée dans le Mois anglais (le 6 juin, le thème retenu est BD). Je la mets aussi dans les challenges BD, Littérature de l’imaginaire et Un genre par mois (en juin, le genre est la bande dessinée).

Mes coups de… /1-2017 – Jirô Taniguchi

Je n’oublie pas cette rubrique dominicale même si je ne publie pas toutes les semaines…

jirotaniguchi2011

Photo de Jirô Taniguchi par Niccolò Caranti à Lucca Comics and Games 2011 (Wikimedia Commons)

Coup de blues

Gros coup de blues effectivement. Je viens d’apprendre le décès de Jirô Taniguchi ! Et, comme c’est le Mois Natsume Sôseki, maintenant en février, j’avais parlé de Jirô Taniguchi qui a dessiné l’excellente série de mangas Au temps de Botchan 坊っちゃんの時代 (Botchan no jidai) dans les années 80-90.

Jirô Taniguchi 谷口 ジロー est né le 14 août 1947 à Tottori. Il est mort hier, le 11 février 2017 ; il aurait eu 70 ans cette année. R.I.P. 😥 Né dans une famille pauvre, il lit et dessine beaucoup dès l’enfance. Il découvre d’abord le shônen (manga action aventure pour garçons) puis le seinen (manga pour adultes) et le gekiga (manga dramatique pour adultes, plus intellectuel, plutôt dans les années fin 50 à 70). À 21 ans, il sait ce qu’il veut faire : mangaka (dessinateur de manga) ! Il part à Tokyo où il devient assistant de mangakas, commence ses premiers mangas et découvre la bande dessinée européenne (il sera très influencé par la ligne claire). Quelques mangas érotiques dans les années 70 (des commandes), des mangas de tous genres (aventures, histoires policières, historiques, un peu politiques), puis des mangas sur les relations humaines, sur les relations des humains avec les animaux et avec la nature, sur la vie quotidienne, la famille, l’enfance, les souvenirs : tous des chefs-d’œuvres que je vous conseille fortement ! Il travaillait dans son atelier à Kumegawa, un quartier à l’ouest de Tokyo.

De nombreuses distinctions, des Prix prestigieux, des expositions ont accompagné l’auteur et son œuvre tout au long de sa vie, ainsi que quelques adaptations : drama au Japon (série télévisée), film en France (aviez-vu aperçu Jirô Taniguchi dans le train dans Quartier lointain, le film réalisé par Sam Garbarski en 2010 ?), théâtre et film d’animation prévu.

Son œuvre (sélection chronologique selon les parutions japonaises des mangas parus en français)

Années 70 : rien qui ne soit traduit en français.

Années 80 (plusieurs mangas non traduits en français) :

blanco1Blanco ブランカ (Buranka), 1984-1986 -> Le chien Blanco (Casterman, 1996, réédition 2009)

Enemigo sur un scénario de M.A.T., 1985 (Casterman, 2012)

Tokyo killers 海景酒店 (Kaikei shuten Hotel Harbour View) sur un scénario de Natsuo Sekikawa, 1986 (Kana, 2016)

K ケイ sur un scénario de Shirô Tôzaki 1986 (Kana, 2006)

Au temps de Botchan ぼっちゃんの時代 Botchan no jidai) sur un scénario de Natsuo Sekikawa (fresque évoquant l’ère Meiji et ses écrivains), 1987-1996 (Seuil, 2002-2006 et Casterman, 2011-2013)

Ice age chronicle of the Earth 地球氷解事紀 (Chikyû hyôkai-ji-ki), 1987-1988 (Casterman, 2015)

Encyclopédie des animaux de la Préhistoire 原獣事典 (Genjû jiten), 1987-1990 (Kana, 2006, one-shot)

Garôden 餓狼伝 (Garôden) sur un scénario de Baku Yumemakura, 1989-1990 (Casterman, 2011, one shot)

Années 90 (quelques mangas non traduits en français) :

homme-qui-marcheL’homme qui marche 歩くひと (Aruku hito), 1990-1991 (Casterman, 1995, one shot)

Kaze no shô, le livre du vent 風の抄 (Kaze no shô) sur un scénario de Kan Furuyama, 1992 (Panini Comics, 2004, one shot)

Terre de rêves 犬を飼う, (Inu o kau, littéralement Acheter / donc Élever un chien), 1991-1992 (Casterman, 2005, recueil de 5 nouvelles)

L’orme du Caucase 人びとシリーズけやきのき (Hitobito Shirîzu – Keyaki no ki, littéralement Série sur les humains – Le Zelkova du Japon) sur un scénario de Ryûichirô Utsumi, 1993 (Casterman, 2004, recueil de 8 nouvelles)

Le journal de mon père 父の暦 (Chichi no koyomi), 1994 (Casterman, 1999-2000, réédition 2004, one shot)

gourmetsolitaireLe gourmet solitaire 孤独のグルメ (Kodoku no gurume) sur un scénario de Masayuki Kusumi, 1994-1996 (Casterman, 2005, one shot)

Blanco 神の犬 ブランカII (Kami no inu Buranka II, littéralement Le chien divin, Blanca II), 1995-1996 (Casterman, 2010)

Icare イカル (Ikaru) sur un scénario de Mœbius, 1997 (Kana, 2005, one shot)

Quartier lointain 遥かな町へ (Harukana machi e), 1998 (Casterman, 2002-2003)

Tokyo est mon jardin 東京は僕の庭 (Tôkyô ha boku no niwa) avec Frédéric Boilet et Benoît Peeters (Kôrinsha, 1998) : Jirô Taniguchi a réalisé les trames de cet ouvrage publié uniquement au Japon (mais je voulais le mettre car je le connais)

Le sauveteur 捜索者 (Sôsakusha, littéralement L’enquêteur), 1999 (Casterman, 2007, one shot)

Années 2000 :

sommetdieux1Le sommet des dieux 神々の山嶺 (Kamigami no Itadaki) sur un scénario de Baku Yumemakura, 2000-2003 (Kana, 2004-2005)

Sky Hawk 天の鷹 (Ten no taka, littéralement Le faucon du ciel), 2001-2002 (Casterman, 2002)

Le promeneur 散歩もの (Sampo mono) sur un scénario de Masayuki Kusumi, 2003-2005 (Casterman, 2008)

L’homme de la toundra 凍土の旅人 (Tôdo no tabibito), 2004 (Casterman, 2006, recueil de 6 nouvelles)

Un ciel radieux 晴れゆく空 (Hareyuku sora), 2004 (Casterman, 2006, one shot)

seton-taniguchi1Seton シートン (Shîton) sur un scénario de Yoshiharu Imaizuma (sur l’artiste animalier canadien d’origine écossaise Ernest Thompson Seton), 2004-2006 (Kana, 2005-2008)

Ciel d’été 夏の空 (Natsu no sora), nouvelle de douze pages parue dans le recueil Japon dirigé par Frédéric Boilet – avec des auteurs français, belges et japonais – (Casterman, 2005)

La montagne magique 魔法の山 (Mahô no yama), 2005 (Casterman, 2007, one shot)

Les années douces センセイの鞄 (Sensei no kaban, littéralement Le sac du professeur) d’après le roman de Hiromi Kawakami, 2008 (Casterman, 2010-2011)

Un zoo en hiver 冬の動物園 (Fuyu no dôbutsuen), 2008 (Casterman, 2009, one shot)

Mon année sur un scénario de Jean-David Morvan (Dargaud, 2009, 1 volume – Printemps – paru sur 4 prévus)

À noter que, au Japon, est parue 谷口ジロー選集 (Taniguchi Jirô Senshû soit une Anthologie de Jirô Taniguchi avec deux mangas inédits : La lune finissante 秘剣残月 (Hiken zangetsu) et Une lignée centenaire 百年の系譜 (Hyakunen no keifu).

Années 2010 :

furari-taniguchiFurari ふらり。 (Furari.) inspiré de la vie de Tadataka Inô (célèbre géomètre et cartographe japonais, 1745-1818), 2011 (Casterman, 2012, one shot)

L’homme qui dessine : entretiens avec Benoît Peeters (Casterman, 2012)

Les enquêtes du limier 猟犬探偵 (Ryôken tantei) d’après le roman St-Mary no ribbon セント・メリーのリボン (Sento Merî no ribon) d’Itsura Inami, 2011-2012 (Casterman, 2013)

Les contrées sauvages 荒野より (Kôya yori), recueil de nouvelles, 2012 (Casterman, 2014)

Les gardiens du Louvre 千年の翼、百年の夢 (Chitose no tsubasa, hyaku nen no yume, littéralement Ailes de mille ans, rêve de cent ans), 2014 (Louvre éditions/Futuropolis, 2014, one shot)

tomojiElle s’appelait Tomoji とも路 (Tomoji) avec Jirô Taniguchi et Miwako Ogihara au scénario, 2014 (Rue de Sèvres, 2015, one shot)

Rêveries d’un gourmet solitaire 孤独のグルメ2 (Kodoku no gurume 2) sur un scénario de Masayuki Kusumi, 2014 (Casterman, 2016, one shot)

L’art de Jirô Taniguchi 谷口ジロー画集 (Taniguchi Jirô gashû), 2016 (Casterman, 2016, artbook)

Jirô Taniguchi était vraiment un grand mangaka, un grand homme et je suis sûre que, comme moi, vous êtes très tristes. Que diriez-vous de mettre Jirô Taniguchi à l’honneur dans vos lectures dans les semaines, les mois qui viennent ?

Beaux Arts hors-série Les secrets des chefs-d’œuvre de la BD de science-fiction

Beaux Arts hors-sériebd-sf Les secrets des chefs-d’œuvre de la BD de science-fiction. Janvier 2017, 156 pages, 7,90 €, EAN 9791020403094.

De Les pionniers de l’Espérance à Y le dernier homme, un grand tour d’horizon de la bande dessinée de science-fiction avec 10 titres à l’international ! Des extraits, des planches expliquées, des histoires complètes (en noir et blanc ou en couleurs), les trois secrets du succès pour chaque bande dessinée, la naissance de la revue Métal Hurlant en 1974, etc.

Les pionniers de l’Espérance de Roger Lécurieux et Raymond Poïvet : la « première grande bande dessinée française de science-fiction » débute en 1945 et continuera pendant 30 ans. Je ne connaissais pas.

L’Éternaute de Hector Oesterheld et Victor Solano López en 1957 : une bande dessinée argentine (attention aux flocons de neige !). Je ne connaissais pas non plus.

Les naufragés du temps de Jean-Claude Forest et Paul Gillon en 1964 : un space opéra poétique et sentimental (entre Chris et Valérie) avec un « réalisme magique ».

Lone Sloane de Jacques Lob, Benjamin Legrand et Philippe Druillet en 1966 : l’année de ma naissance mais je ne suis pas fan de Druillet, des couleurs éclatantes et des bulles partout !

Valérian et Laureline de Pierre Christin et Claude Mézières en 1967 : un célèbre titre de la revue Pilote que cette « première grande série populaire de science-fiction franco-belge » qui continue encore.

La trilogie Nikopol d’Enki Bilal en 1978 : pas fan du dessin sombre d’Enki Bilal mais c’est sa première œuvre. Je devrais peut-être essayer de relire cet auteur.

incal1L’Incal d’Alejandro Jodorowsky et Mœbius en 1980 : et par extension Les Méta-Barons. Pour moi, c’est le must : j’aime tous les titres de ces deux grands auteurs !

Transperceneige de Jacques Lob, Benjamin Legrand et Jean-Marc Rochette en 1982 : un excellent noir et blanc et un bon film post-apocalyptique réalisé par le Coréen Bong Joon-ho en 2013.

Akira de Katsuhiro Ôtomo en 1982 : un des premiers mangas arrivés en France : chef-d’œuvre ! Ainsi que le film d’animation réalisé par l’auteur lui-même en 1988.

Y le dernier homme de Brian K. Vaughan et Pia Guerra en 2002 : « une des dernières révélations de la BD de SF », une très bonne série effectivement mais je n’ai lu que les deux ou trois premiers tomes.

Il aurait pu y en avoir d’autres comme Aquablue, Arctica, Carmen Mc Callum, Neige, Nomad, Sillage, la Caste des Méta-Barons et les Technopères, les bandes dessinées de Léo (Antarès, Kénya, Terres lointaines…), celles de Christophe Bec (Carthago, Sanctuaire…) ou même le « classique » Yoko Tsuno et l’autre titre japonais emblématique Gunnm, etc. mais je vous laisse le plaisir de les découvrir vous-mêmes car la science-fiction est un univers riche en personnages, animaux et créatures, vaisseaux et planètes lointaines, « critiques » sociales et politiques, mondes détruits, rêve et imagination !