Clivages de Sylvain Runberg et Joan Urgell

Clivages de Sylvain Runberg et Joan Urgell.

Hachette BD, label Robinson, février 2020, 120 pages, 24,95 €, ISBN 978-2-01707-630-8.

Genres : bande dessinée belge et espagnole, Histoire.

Sylvain Runberg naît le 1er janvier 1971 à Tournai en Belgique (sa mère est Belge et son père est Français) mais il grandit dans le sud de la France. Il étudie les arts plastiques dans le Vaucluse puis l’histoire contemporaine à Aix en Provence. Il travaille d’abord en librairie puis devient scénariste de bandes dessinées (Humanoïdes Associés, Dupuis, Lombard). Du même auteur : Astrid (2004), Les chemins de Vadstena (2009), Millenium (2013, adaptation du roman), Le règne (2017) entre autres.

Joan Urgell naît le 10 septembre 1982 en Catalogne (Espagne). Il dessine depuis l’enfance et étudie à l’école Joso à Barcelone puis se lance dans le design et enfin la bande dessinée. Du même auteur : La onzième plaie (2008), Dead life (2011).

Juliana Brovic a 32 ans, elle est médecin ; l’éditeur dit « quelque part en Europe » (les Balkans ?). Elle est mariée à Vitaly et le couple a deux filles, Jelena et Irene. Juliana soigne une vieille dame lorsque des chars et des camions « légitimistes » arrivent dans leur petite ville de Pernissi qui est « du côté des patriotes » (p. 9).

Sur la Grand Place. « Je suis le colonel André Mélok… J’ai l’honneur d’être à la tête du 28e Régiment des forces armées de notre pays. Depuis deux ans, notre nation est défigurée par une guerre civile déclenchée par des traîtres qui osent se définir comme des ‘patriotes’… Ces terroristes tentent depuis de diviser le pays par la violence, en contestant notre démocratie. […] » (p. 13).

C’est la guerre… Et les militaires s’installent. Mais, un ado de 15 ans qui joue au foot, Denis, saute sur une mine et Juliana ne peut rien faire pour le sauver…

Encore un thème difficile abordé en bande dessinée, celui de la guerre, et plus précisément de la guerre civile. Qui a tort, qui a raison, les patriotes / terroristes (cela dépend dans quel camp on est), les militaires ? Peu importe, il y a des assaillants, des assaillis, des salauds des deux côtés et surtout il y a toujours des victimes collatérales parmi la population. Les dessins, les décors (la petite ville, la forêt) sont très beaux, ce qui permet de supporter cette vision d’horreur (la guerre, la destruction, les morts) et de prendre plaisir à lire cette bande dessinée.

Pour La BD de la semaine, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 18, un livre qui se passe dans la forêt ou dans la montagne, eh bien ça tombe bien, cette histoire se déroule dans une petite ville de montagne avec de la forêt), Challenge lecture 2022 (catégorie 14, un livre sur le thème de l’armée) et Des histoires et des bulles (catégorie 50, une BD qui se déroule pendant une guerre, 2e billet). Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Grand Silence de Sandrine Revel et Théa Rojzman

Grand Silence de Sandrine Revel et Théa Rojzman.

Glénat, Hors collection, juin 2021, 128 pages, 23 €, ISBN 978-2-34404-105-5.

Genre : bande dessinée française.

Sandrine Revel, la dessinatrice, naît le 3 octobre 1969 à Bordeaux (Aquitaine) où elle étudie les Beaux-Arts. Elle est dessinatrice de bandes dessinées et d’albums destinés à la jeunesse. Plus d’infos sur son site officiel.

Théa Rojzman, la scénariste, naît en 1974 en France. Elle étudie la philosophie, la thérapie sociale en poursuivant une carrière d’artiste puisqu’elle est peintre, illustratrice et également autrice. Plus d’infos sur son site officiel.

Un mariage. Octave, un invité, s’isole avec Freddy, un enfant de 11 ans. Grand Silence…

Octave « n’est pas qu’un gros bourgeois, c’est le député des Hauts Sommets, figure-toi ! » (la mère de Freddy à son mari, p. 13).

Six ans après.

« Comment je me sens aujourd’hui ? […] Je vous demande seulement de ne pas utiliser de mots, c’est la consigne. Il faut se taire et aller chercher au fond de son cœur ce qu’on voudrait dire. » (l’institutrice, Maria, aux enfants, p. 23).

Parmi les enfants, Arthur. Son cousin Freddy, un adolescent violent et alcoolique, l’oblige à boire de l’alcool.

Quant à Octave, il sévit toujours… Sa nouvelle victime est Ophélie qui vit avec sa maman depuis la séparation d’avec le papa d’Arthur.

« Ça suffit, maintenant » (p. 70) ne signifie pas la même chose dans la bouche de la maman d’Ophélie ou dans celle de l’institutrice qui fut elle aussi victime.

Dans la postface, Théa Rojzman explique la difficulté de parler mais il faut en parler même si c’est insoutenable. Suivent quelques chiffres et des infos importantes.

Je n’ai pas vraiment de mots pour parler de cette bande dessinée avec très peu de textes, les bulles des enfants étant souvent vides puisqu’ils ne parlent pas de ce qu’ils ont vécu (et sur cette île, l’usine de Grand Silence rend leurs cris inaudibles). Quant aux adultes, beaucoup préfèrent ne pas voir, ne pas savoir, ne pas comprendre… puisque de toute façon ils ne peuvent pas entendre ce que les enfants ont à dire.

J’ai mis du temps à publier cette note de lecture mais, voilà, c’est chose faite. Si je dis que c’est une « belle bande dessinée », je sais que ça va choquer certains et je le comprends. Pourtant, c’est quand même une belle bande dessinée parce que les dessins ont une douceur et le texte est d’une grande justesse. Il faut oser dire les choses, il faut aussi oser les lire et en parler. Par exemple, France Inter dit « L’indicible mis en scène de façon subtile » (vu sur le site de l’éditeur), voilà, c’est ça, c’est subtil.

Pour La BD de la semaine, Des histoires et des bulles (catégorie 39, une BD sur l’éducation), Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 4, avec ses arbres nus et son coucher de soleil, la couverture rappelle l’hiver), Challenge lecture 2022 (catégorie 33, un livre qui parle d’un secret de famille), Jeunesse Young Adult #11 et Petit Bac 2022 (catégorie Lieu pour Grand Silence, une ville-île imaginaire). Plus de BD de la semaine chez Noukette.

L’accident de chasse de David L. Carlson et Landis Blair

L’accident de chasse de David L. Carlson et Landis Blair.

Sonatine, août 2020, 472 pages, 29 €, ISBN 978-2-35584-781-3. The Hunting Accident (2015-2017) est traduit de l’américain par Julie Sibony.

Genres : bande dessinée états-unienne, roman graphique.

David L. Carlson est réalisateur, musicien et auteur (c’est son premier livre) et cofondateur de Opera-Matic, une compagnie d’opéra de rue à Chicago.

Landis Blair naît le 4 septembre 1983 à Waukegan (Illinois, États-Unis). Il est auteur et illustrateur sur The Envious Siblings: and Other Morbid Nursery Rhymes ou simplement illustrateur sur Caitlin Doughty, From Here to Eternity: Travelling the World to Find the Good Death et sur The Hunting Accident qui lui a demandé trois ans de travail. Plus d’infos sur son site officiel.

Hiver 1959. Après la mort de sa mère, Charlie Rizzo (il a dans les 10-12 ans) doit quitter la Californie pour rejoindre son père – qu’il n’a pas vu depuis longtemps – à Chicago. Il veut savoir pourquoi son père est aveugle et son père lui raconte… une histoire.

Automne 1925. Pour impressionner ses copains de Little Italy, Matt Rizzo a pris le fusil de son père en cachette et il est devenu aveugle suite à un accident de chasse.

Été 1961. Après des débuts difficiles, Charlie s’est habitué à son père (qui vend des assurances et qui consacre une partie de son temps à écrire) et à la vie à Chicago (sauf l’hiver). Avec Captain, le chien de son père, il découvre Little Italy et il est apprécié des voisins. Il s’est lié avec Steve Garza, un plus grand, qui est plutôt intéressé par l’assurance de sa mère que Charlie recevra à ses 18 ans… Il aime aussi beaucoup son cousin Bob, qui l’emmène aux montagnes russes ou à la pêche et il pratique des activités qu’il peut partager (grâce au son) avec son père, les claquettes, le violoncelle.

Mais, au contact de Steve et de Dominic, Charlie change et s’éloigne de son père même s’il l’aime. « Je serai toujours ton fils. Je ne vais pas partir. […] j’ai toujours pu compter sur toi. Je n’ai confiance en personne autant que toi. Je n’échangerais ça pour rien au monde. » C’était des paroles sincères mais Charlie, en grandissant, va s’éloigner encore plus, rejoindre le gang des Juniors JP’s, traîner au parc et s’acheter « une Buick Riviera 1968 flambant neuve » avec l’assurance touchée à ses 18 ans. Lorsque la police vient arrêter Charlie, son père lui dit la vérité, il n’y a pas eu d’accident de chasse…

« Chicago, 1935. »… Il raconte aussi Richard Loeb et Nathan Leopold, deux fils de riches qui ont kidnappé et tué pour le plaisir un jeune de 14 ans dans les années 20…, ses années de vagabondage, ses années de prison dans la même cellule que Leopold. C’est grâce à lui qu’il est resté en vie, qu’il a découvert le braille, qu’il a pu lire de la poésie et apprécier « la vérité de l’imagination de John Keats, et surtout lire Dante), « Mes plus belles années ».

L’accident de chasse n’est pas une bande dessinée de 48 pages qui se lit en moins d’une demie-heure, c’est une véritable œuvre littéraire et artistique. Et historique aussi puisque Rizzo (père et fils), Loeb, Leopold ont vraiment existé.

Des illustrations en noir et blanc sublimes, tellement riches en détails. De nombreux thèmes abordés, deuil, relations père-fils, mensonge, secret de famille, handicap (braille), délinquance, banditisme même, Histoire, littérature et poésie (avec de nombreuses citations et plusieurs extraits).

En un mot, L’accident de chasse – mi policier mi historique – est un chef-d’œuvre et mérite bien le Prix Ouest-France-Quai des Bulles 2020 et le Fauve d’or au Festival d’Angoulême 2021. Si vous ne l’avez pas lu, courez l’acheter !!!

Ma première note de lecture BD de l’année pour La BD de la semaine et Des challenges et des bulles (catégorie 20, une BD récompensée, 2e billet) et aussi pour Polar et thriller 2021-2022 et le nouveau challenge Le tour du monde en 80 livres (États-Unis). Plus de BD de la semaine chez Moka.

La BD de la semaine 2022

Depuis quelques années, je participe avec plaisir à ce rendez-vous hebdomadaire, le mercredi, qui consiste à publier une note de lecture d’une bande dessinée (contemporaine ou classique, franco-belge, européenne, comics, manga…). 6 billets en 2017, 19 en 2018, 14 en 2019, 47 en 2020, 43 en 2021 et je suis ravie parce que je lisais beaucoup de bandes dessinées mais je ne publiais que très peu de notes de lectures.

Bref, je repars donc pour une sixième année avec La BD de la semaine 2022 toujours gérée de main(s) de maître(s) par Moka, Noukette et Stéphie. Plus d’infos (dont les nouvelles consignes) sur le groupe FB.

1. L’accident de chasse de David L. Carlson et Landis Blair (Sonatine, 2020, États-Unis)

2.  Grand Silence de Sandrine Revel et Théa Rojzman (Glénat, 2021, France)

3. Clivages de Sylvain Runberg et Joan Urgell (Hachette, 2020, Belgique/Espagne)

La baleine bibliothèque de Judith Vanistendael et Zidrou

La baleine bibliothèque de Judith Vanistendael et Zidrou.

Le Lombard, mai 2021, 80 pages, 14,75 €, ISBN 978-2-80367-796-2.

Genres : bande dessinée belge, conte.

Zidrou est le pseudonyme de Benoît Drousie, né le 12 avril 1962 à Anderlecht (Belgique), scénariste de bande dessinée belge. Il vit en Andalousie. J’ai déjà lu plusieurs bandes dessinées de lui (malheureusement pas toutes chroniquées sur le blog).

Judith Vanistendael naît le 20 août 1974 à Louvain (Belgique). Elle étudie les Beaux-Arts à Gand, à Berlin puis à Bruxelles et à Séville. Elle est dessinatrice mais aussi autrice. Son blog, en flamand, n’est plus mis à jour.

Au fond de l’océan, vit une baleine extraordinaire, elle a cent mille ans et les poissons (petits ou grands) aiment lui rendre visite. Pourquoi ? Parce que la baleine abrite « la plus grande bibliothèque des mers » (p. 5) avec « Des livres par milliers, bien rangés dans l’ordre de l’alphabet. De ‘Ah ! Ah !, le mangeur de rires’ à ‘Zzzix, le moustique électrique’. » (p. 5). Les poissons adorent lire et, parfois, c’est la baleine qui lit une histoire.

Celui qui conte cette histoire est un ancien facteur maritime. La poste terrestre est connue de tous, la poste aérienne est célèbre mais la poste maritime « est injustement méconnue » (p. 11). Une fois, il est monté dans sa barque pour livrer du courrier et sa fragile embarcation a été retournée par la baleine qui profitait d’une belle nuit. C’est comme ça qu’il a rencontré la baleine. Elle lui a posé plein de questions et elle lui a prêté un livre : « C’est l’histoire d’une sirène qui tombe amoureuse d’un pirate, dit-elle en rougissant. » (p. 30).

Lorsque lors d’une autre tournée, il revoit la baleine, il lui rend le livre prêté, lui offre un cadeau et elle lui propose de visiter la bibliothèque.

Quelle belle histoire avec des dessins magnifiques mais je ne pensais pas que ce serait si triste… Toutefois, cette bande dessinée – coup de cœur – est à lire absolument !

Dernière bande dessinée de l’année pour La BD de la semaine, que je mets aussi dans Contes et légendes 2021, Des histoires et des bulles (catégorie 17, une BD avec le nom d’un animal ou un animal dans le titre, 2e billet), Jeunesse young adult #11, Littérature de l’imaginaire #9 et Les textes courts.

Les damnés de la Commune 2 – Ceux qui n’étaient rien de Raphaël Meyssan

Les damnés de la Commune 2 – Ceux qui n’étaient rien de Raphaël Meyssan.

Delcourt, Collection Histoire & histoires, mars 2019, 144 pages, 23,95 €, ISBN 978-2-41301-061-6.

Genres : bande dessinée française, Histoire.

Raphaël Meyssan naît le 3 octobre 1976. Il étudie les sciences politiques mais devient auteur, dessinateur, scénariste et réalisateur. Plus d’infos sur son site officiel.

Après À la recherche de Lavalette, voici Ceux qui n’étaient rien, le tome 2 de Les damnés de la Commune dans lequel l’auteur emmène le lecteur au sommet de la butte Montmartre.

« Surprise ! Montmartre attaquée, la Garde nationale fraternise avec l’armée, les soldats mettent la crosse en l’air ! » (p. 7).

La prise de l’Hôtel de ville, l’organisation d’élections… la Révolution se met en place. Mais la Révolution se fait dans le sang, dans l’horreur…

Je veux relever ces phrases du Comité central des Communards qui résonnent encore fortement. « Citoyens, ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux qui vous choisirez parmi vous, vivant votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt et finissent toujours par se considérer comme indispensables. Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l’action ; ils sacrifieront tout à un discours, à un effet oratoire ou à un mot spirituel. Enfin, cherchez des hommes aux convictions sincères, des hommes du peuple, résolus, actifs ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. Évitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère. Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c’est aux électeurs à choisir leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter. Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considéreront jamais comme vos maîtres. » (p. 20). À méditer…

Une suite magistrale, toujours dans un noir et blanc inspiré des gravures d’époque, et si dans les phrases ci-dessus, la place est faite aux hommes, l’auteur lui fait de la place aux femmes, en particulier Victorine ou Alix Payen une ambulancière et bien sûr Louise Michel, mais aussi « toutes avec tous » (p. 79). L’auteur transporte aussi le lecteur à Marseille et cite cette fois, non pas Victor Hugo, mais Émile Zola avec Le sémaphore de Marseille (p. 84) et Arthur Rimbaud avec un très beau poème sur la Communarde Jeanne-Marie (p. 96-98).

En fin de volume, la carte de Paris avec les lieux importants de la Commune, une carte de France avec les villes de la Commune (Limoges, Narbonne, Toulouse, Creusot, Lyon, Saint-Étienne, Marseille) et de nombreuses références.

Pour La BD de la semaine, 2021 cette année sera classique et Des histoires et des bulles (catégorie 35, une BD historique, 3e billet).

Les damnés de la Commune 1 – À la recherche de Lavalette de Raphaël Meyssan

Les damnés de la Commune 1 – À la recherche de Lavalette de Raphaël Meyssan.

Delcourt, Collection Histoire & histoires, novembre 2017, 144 pages, 23,95 €, ISBN 978-2-41300-233-8.

Genres : bande dessinée française, Histoire.

Raphaël Meyssan naît le 3 octobre 1976. Il étudie les sciences politiques mais devient auteur, dessinateur, scénariste et réalisateur. Ce premier tome des Damnés de la Commune est son premier roman graphique (10 années de travail !). Plus d’infos sur son site officiel.

Le narrateur habite au nord-est de Paris sur la colline de Belleville. Ses pas le conduisent à la Bibliothèque historique de Paris où il apprend que Lavalette a vécu dans sa rue. « 6, rue Lesage… Mais c’est mon immeuble ! Chaque jour, dans l’escalier, je marche dans ses pas… » (p. 8). Mais Lavalette… Qui est-ce ? Il découvre que, ce révolutionnaire, considéré comme « un agitateur surveillé dans les réunions publiques. » (p. 12), a été actif durant la Commune de Paris de 1871, c’est-à-dire Communard.

Et l’auteur plonge le lecteur dans le Paris de 1860-1870, un Paris entouré de fortifications, remodelé par Haussmann, pas de métro, pas de Tour Eiffel, des rues éclairées au gaz, de la pauvreté… Il part à la recherche de cet homme dont on ne connaît pas exactement le prénom, « je me suis lancé sur la piste de Lavalette » (p. 17), « Alfred, Gilbert, Charles, Hippolyte ? » (p. 34).

Mais beaucoup de papiers ont brûlé et il reste finalement peu de traces malgré la surveillance de la police… L’auteur tombe sur Victorine B. dans un recueil de témoignages. « Les mots de Victorine me happent. » (p. 21).

Le lecteur rencontre Victor Hugo, François Maspero, Henri Rochefort, Léon Gambetta, Jules Ferry, Louise Michel… Et vit la guerre contre les Prussiens, la proclamation de la République, l’insurrection, le siège de Paris, la cession de l’Alsace et la Lorraine, les animaux du zoo abattus pour être mangés, les tirs sur la population…

Une très belle reconstitution dans un noir et blanc somptueux. J’avais déjà pu admirer tout ça dans le film d’animation Les damnés de la Commune réalisé par l’auteur et que j’ai vu sur Arte en mars (diffusé à l’occasion des 150 ans de la Commune). L’auteur est admiratif devant les gravures qui illustrent Les Misérables de Victor Hugo et s’inspirent des gravures d’époque, un travail artistique et historique phénoménal, pour une BD à lire absolument !

En fin de volume, la carte de Paris avec les lieux cités dans la bande dessinée et de nombreuses références.

Pour La BD de la semaine, 2021 cette année sera classique et Des histoires et des bulles (catégorie 35, une BD historique, 2e billet).

Métal Hurlant n° 1 – automne 2021

Métal Hurlant n° 1 – automne 2021.

Les Humanoïdes associés, septembre 2021, 394 pages, 19,95 €, ISBN 978-2-73164-037-3.

Genres : magazine, bande dessinée, science-fiction.

Métal Hurlant, le retour ! « Le futur, c’est déjà demain » et « La machine à rêver ». Le thème de ce premier numéro est l’anticipation proche parce que « Le futur proche, c’est quand, sans s’en rendre compte, demain est devenu maintenant. » (p. 27).

Un petit historique. Métal Hurlant, magazine de science-fiction et de bande dessinée, est créé en 1975 par Jean-Pierre Dionnet (rédacteur en chef) et Les Humanoïdes associés. Il paraît jusqu’en 1987 puis revient entre 2002 et 2004. Je n’étais pas une lectrice régulière mais j’avais pu feuilleter des numéros à la maison de la presse et en lire à la bibliothèque. C’est l’époque où j’ai découvert Moebius, Philip K. Dick, Enki Bilal, Ceppi, Jodorowsky, Schuiten et tant d’autres. C’est dingue de penser que Métal Hurlant a inspiré la création de Heavy Metal, magazine similaire aux États-Unis, en 1977. Un article à lire sur France Culture.

Extrait de l’édito de Vincent Bernière, directeur de publication, « Changeons la science-fiction et reprenons en main notre futur. Métal Hurlant revient. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » (p. 5).

Des articles traitant bien sûr de la science-fiction : futur, anticipation, fin du monde… avec de la littérature, de la bande dessinée mais aussi du cinéma, du jeu vidéo et même plus (philosophie, art…).

Des entretiens : (dans le désordre) Nicolas Minvielle et Olivier Wathelet, Éric de Broche des Combes (architecte, vous saviez qu’il y avait de la science-fiction en architecture, et pas seulement contemporaine mais dès l’Antiquité ?), Emmanuele Coccia (philosophe, avec un très bel article, Le monde est un jardin avant d’être un zoo, et j’ai bien envie de lire son essai, Métamorphoses, paru chez Rivages en 2020), William Gibson (inventeur du cyberpunk, avec Neuromancien en 1984, que je n’ai jamais lu), Patrice Van Eersel (essayiste, avec un article optimiste, Tout n’est pas perdu) et surtout Enki Bilal qui dit le sublime « Sans nous, la planète sera sublime » (p. 16) et Alain Damasio qui n’est pas « antitechnologique » mais « clairement techno-critique et techno-interrogatif » (p. 19).

Et le gros morceau (plus de 220 pages), 28 histoires courtes en bandes dessinées.

Mes trois préférées.

Premiers de cordée de Mathieu Bablet (c’est la première bande dessinée et elle met la barre haut, sans jeu de mot, vous comprendrez en la lisant !).

Les différents visages du Dr Dehlinger de Benjamin Fogel et Franck Biancarelli emmènent le lecteur dans un monde post-apocalyptique et un noir et blanc somptueux et riche en détails.

La vie quotidienne de Matt Fraction et Afif Khaled, une histoire idéale en ce mois de novembre avec la Journée internationale contre les violences faites aux femmes le 25. Bon, il faudrait que ça soit toute l’année, ou plutôt qu’il n’y ait plus de violence, eh bien justement, faites comme Jessica (épouse de l’affreux Bob), profitez de la gentille robotique ! Des tons bleus, plutôt froids donc, qui font justement froid dans le dos.

Mais toutes les 25 autres BD sont réussies voire excellentes, réalisées par des auteurs argentins, britanniques, états-uniens, français, québécois…

À noter H.O.P. d’Ugo Bienvenu, auteur et dessinateur que j’avais énormément apprécié dans Préférence système et Le blues du dentiste d’Adam Sillard qui fait partie du collectif Réalistes créé par Ugo Bienvenu.

Comme j’ai acquis et lu ce Métal Hurlant en novembre, je voulais mettre à l’honneur le Mois québécois avec deux bandes dessinées québécoises et un dessinateur allemand pour Les feuilles allemandes mais j’ai pris du retard pour publier ce billet…

Ces mains qui nourrissent de Samia Marshy et Lee Lai. Samia Marshy est la scénariste, elle vit à Tio’tia:ke, c’est-à-dire Montréal, et livre ici son premier scénario (une bonne idée bien rendue). Lee Lai est l’illustratrice, elle est d’origine australienne mais vit à Montréal (elle est connue pour Le goût de la mandarine chez Sarbacane). Même si elle ne fait pas partie de mes bandes dessinées préférées, j’ai apprécié cette histoire en noir et blanc, avec des dessins tout en finesse, et le récit qui interroge les lecteurs sur la production de ce que nous mangeons, le goût des ‘vrais’ fruits et légumes.

Ticket Tuesday de Maya Penn et Tommi Parish. Maya Penn, la scénariste, et Américaine (Atlanta) mais Tommi Parish, né(e) en Australie vit à Montréal. Si l’histoire est plutôt classique – des humains espèrent une vie paradisiaque grâce à une loterie appelée Ticket Tuesday et en attendant le gros lot consomment du VitaSun –, les dessins sont surprenants avec des personnages très colorés (jaunes, rouges…) et surtout disproportionnés.

Un futur différent de Sylvain Runberg et Ingo Römling. Si Sylvain Runberg, le scénariste est Franco-Belge, Ingo Römling, le dessinateur (également musicien), est Allemand. Dans un futur, peut-être proche du nôtre, le monde est surveillé par des drones car une maladie génétique transmise par les moustiques déforme les humains mais des anti-vaxx refusent d’être contraints. Alexia et son bébé fuient devant les milices mais… Un récit rondement mené qui fait réfléchir.

Vous aimez la bande dessinée et la science-fiction ? Métal Hurlant est fait pour vous ! Et sûrement que, comme moi, vous vous demanderez : et si la science-fiction était en fait le réel ? Vous voulez découvrir / soutenir Métal Hurlant ? « Engagez-vous, abonnez-vous qu’ils disaient ! » (p. 4 et 390).

Bon, j’ai bien remarqué quelques fautes comme le « film Distict 9 » (p. 9) ou « un maison » (p. 41) mais ça n’empêche pas d’apprécier l’énorme tour de force pour la réalisation de ce numéro et j’espère qu’il y en aura d’autres (de numéros de Métal Hurlant, pas de fautes !).

Pour La BD de la semaine, Des histoires et des bulles (catégorie 32, un livre sur l’histoire de la BD, du manga, de l’évolution du 9e art, des interviews d’artistes, ce n’est peut-être pas exactement ce qu’attend Noctenbule pour cette catégorie mais Métal Hurlant fait partie de l’histoire de la BD, de son évolution et il y a des interviews d’auteurs et dessinateurs) et Littérature de l’imaginaire #9. Plus de BD de la semaine chez (lien à venir).

Terrarium 1 de Yûna Hirasawa

Terrarium 1 de Yûna Hirasawa.

Glénat, collection Seinen, juin 2021, 176 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-344-04471-1. Kagitsuki Terrarium 1 鍵つきテラリウム (Flex Comix, 2019) est traduit du japonais par Yohan Leclerc.

Genres : manga, seinen, science-fiction.

Yûna Hirasawa 平沢ゆうな naît le 6 septembre 1985 et débute sa carrière en 2015. La mangaka dit qu’elle pense depuis 20 ans à cette histoire et que ça fait un an et demi que le premier chapitre a été publié sur Comic Meteor. Plus d’infos sur son tumblr, son pixiv fanbox, son compte twitter et sa chaîne youtube.

Après la Grande guerre et l’avènement de l’Arcologie, Chico (fille avec un exosquelette), technologue d’investigation, et Pino (robot) sont en mission.

Ils découvrent la Colony58, « par contre, il n’y a pas de Colonie 58 dans la base de données centrale… Sommes-nous les bienvenus ici ? » (p. 18). Ils ne rencontrent que « Naver, robot soignant modèle n-511 » (p. 35) qui continue de s’occuper des malades… déjà réduits en état de cadavres.

En fait, Chico et Pino recherchent leur mère, la technologue Pethie, disparue lors d’une expédition, mais ils veulent surtout sauver l’Arcologie et l’humanité.

Plus loin, ils rencontrent un robot facteur, JPK-35, un petit robot teigneux prêt à en découdre avec ceux qui voudraient voler le courrier ! « Faites gaffe, je le défendrai jusqu’au bout, parole d’honneur !!! » (p. 116) mais il n’y a plus aucun habitant pour recevoir du courrier.

Les dessins post-apocalyptiques sont vraiment beaux, l’histoire est amusante surtout avec Chico qui a toujours faim et le lecteur s’interroge sur cette Grande guerre, sur ce qu’est l’Arcologie, etc. Vivement la suite ! Les tomes 2 et 3 sont parus (respectivement en septembre et novembre 2021) et le tome 4 (le dernier tome de la série) est annoncé pour février 2022.

Bien sûr, ce manga m’a fait penser à Tsugumi Project 1 d’Ippatu, un manga post-apocalyptique intrigant également, mais l’histoire, les dessins, les personnages sont totalement différents, Terrarium étant plus drôle et plus poétique (les deux séries sont à suivre donc !).

Une série courte (4 tomes) à lire absolument si vous aimez la science-fiction, le post-apocalyptique, les robots et l’humour. À noter que la mangaka est née garçon qui a subi une opération chirurgicale de réattribution sexuelle, épreuve racontée dans 僕が私になるために (2016) qui peut être traduit par Pour que je sois moi.

Pour La BD de la semaine et Des histoires et des bulles (catégorie 42, une BD que l’on m’a conseillée, merci Élodie !) et Jeunesse young adult #11. Plus de BD de la semaine chez Moka (lien à venir).

La lionne d’Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg

La lionne : un portrait de Karen Blixen d’Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg.

Sarbacane, octobre 2015, 200 pages, 24,50 €, ISBN 978-2-84865-829-2.

Genres : bande dessinée franco-danoise, biographie, Histoire.

Anne-Caroline Pandolfo naît le 7 juin 1970. Elle étudie les lettres modernes puis les arts décoratifs à Strasbourg. Elle travaille d’abord dans l’animation avant de devenir autrice pour la jeunesse puis autrice de bandes dessinées. Plus d’infos sur son site officiel.

Terkel Risbjerg naît le 5 décembre 1974 à Copenhague (Danemark). Il est dessinateur. Il rencontre Anne-Caroline Pandolfo en 2000 à Paris où il travaille dans l’animation, une collaboration naît entre eux et leur première bande dessinée, Mine une vie de chat, paraît en 2012. Suivront d’autres titres au fil des années dont La lionne.

Printemps 1885. Karen Christentze Dinesen naît, de son « petit nom affectueux : Tanne » (p. 7).

« Autour de son berceau étaient rassemblées 7 fées remarquables. Chacune avait le désir de faire don à l’adorable petite, de qualités particulières. » (p. 8).

La première fée est Nietzsche qui offre son livre tout juste paru, Ainsi parlait Zarathoustra, et lui raconte l’histoire de Le chameau, le lion et l’enfant mais il y a aussi un dragon en fait.

La deuxième fée est un lion, la troisième Shéhérazade, la quatrième le diable, la cinquième est William Shakespeare, la sixième un roi africain, et « La septième et dernière fée était la cigogne. Elle avait beaucoup à dire, mais elle n’en eut pas le temps. » (p. 19).

Bien sûr, cette très belle bande dessinée parle de la vie de Karen Blixen, la célèbre autrice danoise de Out of Africa mais elle parle surtout de la liberté de l’esprit, la volonté et le libre-arbitre, la puissance, la découverte, l’art de conter et l’imagination, l’Afrique, la sagesse et les embûches (devinez quelle fée a offert ça !).

Du côté maternel. Manoir de Mattrup, nord du Danemark, avec Mama Mary Westenholz, tyran de la perfection morale, mère de 7 enfants dont Ingeborg qui donnera naissance à Karen.

Du côté paternel. Château de Katholm, nord-est du Danemark, la famille Dinesen, une des plus grandes familles du pays. 8 enfants dont Wilhelm, le cadet qui sera le père de Karen.

Wilhelm et Ingeborg ont 5 enfants, Ea (1883), Karen (1885), Ella (1886), Thomas (1892) et Anders (1894), élevés de la même façon mais Karen est la préférée de Wilhelm. Il lui parle de liberté, d’oiseaux. « Imagine ces mondes merveilleux qu’ils ont vus de leurs yeux. » (p. 31) mais il meurt lorsqu’elle a 10 ans.

Karen (Tanne) se réfugie alors dans les livres, Henrik Ibsen, Friedrich Nietzsche, Hans Christian Andersen, Jens Peter Jacobsen, August Strindberg, William Shakespeare, Soren Kierkegaard (p. 57) puis d’autres comme « Jane Austen, Rousseau, Mme de Staël, Huysmans, Selma Lagerlöf, Flaubert, Racine, Dickens, Joyce, Goethe, George Sand, Baudelaire, Walter Scott, Mary Shelley, Lewis Caroll, les sœurs Brontë, Kipling » entre autres (p. 59).

Et, inspirée par toutes ses lectures, la jeune fille se rebelle : « J’en peux plus ! J’ai besoin de poésie… d’imagination… de grandeur… de folie ! Je n’en peux plus de vos idées domestiques ! Je n’en peux plus d’être repliée sur moi-même… dans une famille repliée sur elle-même… dans un pays replié sur lui-même !! Donnez-moi de l’air !!! » (p. 61). Et, en 1903, elles est inscrite à l’Académie des Beaux-Arts de Copenhague.

Un jour qu’elle visite la famille de son père au château de Frijsenborg, où vit « le comte Mogens Christian Krag-Juel-Vind-Frijs […] cousin de son père et son meilleur ami » (p. 71), Daisy Frijs, une des filles du comte, lui présente Hans von Blixen-Finecke. « L’imagination de Tanne s’emballa comme un cheval fougueux. » (p. 76). Mais il ne s’intéresse pas à elle alors elle se rapproche de son frère jumeau, Bror Blixen-Finecke. Elle l’épouse, devient baronne et s’envole avec lui pour l’Afrique.

1913, « une ferme à 2000 mètres d’altitude, avec une vue incroyable sur le Ngong, la grande chaîne de montagnes du Kenya. » (p. 87). La jeune baronne découvre les kikuyus, des éleveurs pacifiques, les masaïs, des guerriers et Farah qui est venu l’accueillir à son arrivée à Mombasa devient un véritable ami. « M’basu… tu es une lionne ! », lui dit-il (p. 102).

Après son divorce, Karen reste ‘seule’ dans la ferme africaine et rencontre Denys Fich-Hatton, un « aristocrate anglais, beau, sportif, exceptionnellement cultivé. » (p. 111) et passionné par la nature, la vie sauvage et l’Afrique.

Je triche un peu pour Les classiques c’est fantastique sur le thème Quand l’histoire raconte l’Histoire mais franchement XIXe siècle, littérature, aventure, amour, Afrique, tout y est pour une histoire qui raconte l’Histoire, celle de Karen Blixen et de sa famille, celle d’une Afrique et d’Africains qui ont disparu. J’en profite pour mettre aussi dans 2021, cette année sera classique. Ainsi que dans Challenge nordique, Des histoires et des bulles (catégorie 17, un animal dans le titre), Jeunesse young adult #11 et Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour lionne).