Mes coups de… /1-2017 – Jirô Taniguchi

Je n’oublie pas cette rubrique dominicale même si je ne publie pas toutes les semaines…

jirotaniguchi2011

Photo de Jirô Taniguchi par Niccolò Caranti à Lucca Comics and Games 2011 (Wikimedia Commons)

Coup de blues

Gros coup de blues effectivement. Je viens d’apprendre le décès de Jirô Taniguchi ! Et, comme c’est le Mois Natsume Sôseki, maintenant en février, j’avais parlé de Jirô Taniguchi qui a dessiné l’excellente série de mangas Au temps de Botchan 坊っちゃんの時代 (Botchan no jidai) dans les années 80-90.

Jirô Taniguchi 谷口 ジロー est né le 14 août 1947 à Tottori. Il est mort hier, le 11 février 2017 ; il aurait eu 70 ans cette année. R.I.P. 😥 Né dans une famille pauvre, il lit et dessine beaucoup dès l’enfance. Il découvre d’abord le shônen (manga action aventure pour garçons) puis le seinen (manga pour adultes) et le gekiga (manga dramatique pour adultes, plus intellectuel, plutôt dans les années fin 50 à 70). À 21 ans, il sait ce qu’il veut faire : mangaka (dessinateur de manga) ! Il part à Tokyo où il devient assistant de mangakas, commence ses premiers mangas et découvre la bande dessinée européenne (il sera très influencé par la ligne claire). Quelques mangas érotiques dans les années 70 (des commandes), des mangas de tous genres (aventures, histoires policières, historiques, un peu politiques), puis des mangas sur les relations humaines, sur les relations des humains avec les animaux et avec la nature, sur la vie quotidienne, la famille, l’enfance, les souvenirs : tous des chefs-d’œuvres que je vous conseille fortement ! Il travaillait dans son atelier à Kumegawa, un quartier à l’ouest de Tokyo.

De nombreuses distinctions, des Prix prestigieux, des expositions ont accompagné l’auteur et son œuvre tout au long de sa vie, ainsi que quelques adaptations : drama au Japon (série télévisée), film en France (aviez-vu aperçu Jirô Taniguchi dans le train dans Quartier lointain, le film réalisé par Sam Garbarski en 2010 ?), théâtre et film d’animation prévu.

Son œuvre (sélection chronologique selon les parutions japonaises des mangas parus en français)

Années 70 : rien qui ne soit traduit en français.

Années 80 (plusieurs mangas non traduits en français) :

blanco1Blanco ブランカ (Buranka), 1984-1986 -> Le chien Blanco (Casterman, 1996, réédition 2009)

Enemigo sur un scénario de M.A.T., 1985 (Casterman, 2012)

Tokyo killers 海景酒店 (Kaikei shuten Hotel Harbour View) sur un scénario de Natsuo Sekikawa, 1986 (Kana, 2016)

K ケイ sur un scénario de Shirô Tôzaki 1986 (Kana, 2006)

Au temps de Botchan ぼっちゃんの時代 Botchan no jidai) sur un scénario de Natsuo Sekikawa (fresque évoquant l’ère Meiji et ses écrivains), 1987-1996 (Seuil, 2002-2006 et Casterman, 2011-2013)

Ice age chronicle of the Earth 地球氷解事紀 (Chikyû hyôkai-ji-ki), 1987-1988 (Casterman, 2015)

Encyclopédie des animaux de la Préhistoire 原獣事典 (Genjû jiten), 1987-1990 (Kana, 2006, one-shot)

Garôden 餓狼伝 (Garôden) sur un scénario de Baku Yumemakura, 1989-1990 (Casterman, 2011, one shot)

Années 90 (quelques mangas non traduits en français) :

homme-qui-marcheL’homme qui marche 歩くひと (Aruku hito), 1990-1991 (Casterman, 1995, one shot)

Kaze no shô, le livre du vent 風の抄 (Kaze no shô) sur un scénario de Kan Furuyama, 1992 (Panini Comics, 2004, one shot)

Terre de rêves 犬を飼う, (Inu o kau, littéralement Acheter / donc Élever un chien), 1991-1992 (Casterman, 2005, recueil de 5 nouvelles)

L’orme du Caucase 人びとシリーズけやきのき (Hitobito Shirîzu – Keyaki no ki, littéralement Série sur les humains – Le Zelkova du Japon) sur un scénario de Ryûichirô Utsumi, 1993 (Casterman, 2004, recueil de 8 nouvelles)

Le journal de mon père 父の暦 (Chichi no koyomi), 1994 (Casterman, 1999-2000, réédition 2004, one shot)

gourmetsolitaireLe gourmet solitaire 孤独のグルメ (Kodoku no gurume) sur un scénario de Masayuki Kusumi, 1994-1996 (Casterman, 2005, one shot)

Blanco 神の犬 ブランカII (Kami no inu Buranka II, littéralement Le chien divin, Blanca II), 1995-1996 (Casterman, 2010)

Icare イカル (Ikaru) sur un scénario de Mœbius, 1997 (Kana, 2005, one shot)

Quartier lointain 遥かな町へ (Harukana machi e), 1998 (Casterman, 2002-2003)

Tokyo est mon jardin 東京は僕の庭 (Tôkyô ha boku no niwa) avec Frédéric Boilet et Benoît Peeters (Kôrinsha, 1998) : Jirô Taniguchi a réalisé les trames de cet ouvrage publié uniquement au Japon (mais je voulais le mettre car je le connais)

Le sauveteur 捜索者 (Sôsakusha, littéralement L’enquêteur), 1999 (Casterman, 2007, one shot)

Années 2000 :

sommetdieux1Le sommet des dieux 神々の山嶺 (Kamigami no Itadaki) sur un scénario de Baku Yumemakura, 2000-2003 (Kana, 2004-2005)

Sky Hawk 天の鷹 (Ten no taka, littéralement Le faucon du ciel), 2001-2002 (Casterman, 2002)

Le promeneur 散歩もの (Sampo mono) sur un scénario de Masayuki Kusumi, 2003-2005 (Casterman, 2008)

L’homme de la toundra 凍土の旅人 (Tôdo no tabibito), 2004 (Casterman, 2006, recueil de 6 nouvelles)

Un ciel radieux 晴れゆく空 (Hareyuku sora), 2004 (Casterman, 2006, one shot)

seton-taniguchi1Seton シートン (Shîton) sur un scénario de Yoshiharu Imaizuma (sur l’artiste animalier canadien d’origine écossaise Ernest Thompson Seton), 2004-2006 (Kana, 2005-2008)

Ciel d’été 夏の空 (Natsu no sora), nouvelle de douze pages parue dans le recueil Japon dirigé par Frédéric Boilet – avec des auteurs français, belges et japonais – (Casterman, 2005)

La montagne magique 魔法の山 (Mahô no yama), 2005 (Casterman, 2007, one shot)

Les années douces センセイの鞄 (Sensei no kaban, littéralement Le sac du professeur) d’après le roman de Hiromi Kawakami, 2008 (Casterman, 2010-2011)

Un zoo en hiver 冬の動物園 (Fuyu no dôbutsuen), 2008 (Casterman, 2009, one shot)

Mon année sur un scénario de Jean-David Morvan (Dargaud, 2009, 1 volume – Printemps – paru sur 4 prévus)

À noter que, au Japon, est parue 谷口ジロー選集 (Taniguchi Jirô Senshû soit une Anthologie de Jirô Taniguchi avec deux mangas inédits : La lune finissante 秘剣残月 (Hiken zangetsu) et Une lignée centenaire 百年の系譜 (Hyakunen no keifu).

Années 2010 :

furari-taniguchiFurari ふらり。 (Furari.) inspiré de la vie de Tadataka Inô (célèbre géomètre et cartographe japonais, 1745-1818), 2011 (Casterman, 2012, one shot)

L’homme qui dessine : entretiens avec Benoît Peeters (Casterman, 2012)

Les enquêtes du limier 猟犬探偵 (Ryôken tantei) d’après le roman St-Mary no ribbon セント・メリーのリボン (Sento Merî no ribon) d’Itsura Inami, 2011-2012 (Casterman, 2013)

Les contrées sauvages 荒野より (Kôya yori), recueil de nouvelles, 2012 (Casterman, 2014)

Les gardiens du Louvre 千年の翼、百年の夢 (Chitose no tsubasa, hyaku nen no yume, littéralement Ailes de mille ans, rêve de cent ans), 2014 (Louvre éditions/Futuropolis, 2014, one shot)

tomojiElle s’appelait Tomoji とも路 (Tomoji) avec Jirô Taniguchi et Miwako Ogihara au scénario, 2014 (Rue de Sèvres, 2015, one shot)

Rêveries d’un gourmet solitaire 孤独のグルメ2 (Kodoku no gurume 2) sur un scénario de Masayuki Kusumi, 2014 (Casterman, 2016, one shot)

L’art de Jirô Taniguchi 谷口ジロー画集 (Taniguchi Jirô gashû), 2016 (Casterman, 2016, artbook)

Jirô Taniguchi était vraiment un grand mangaka, un grand homme et je suis sûre que, comme moi, vous êtes très tristes. Que diriez-vous de mettre Jirô Taniguchi à l’honneur dans vos lectures dans les semaines, les mois qui viennent ?

Beaux Arts hors-série Les secrets des chefs-d’œuvre de la BD de science-fiction

Beaux Arts hors-sériebd-sf Les secrets des chefs-d’œuvre de la BD de science-fiction. Janvier 2017, 156 pages, 7,90 €, EAN 9791020403094.

De Les pionniers de l’Espérance à Y le dernier homme, un grand tour d’horizon de la bande dessinée de science-fiction avec 10 titres à l’international ! Des extraits, des planches expliquées, des histoires complètes (en noir et blanc ou en couleurs), les trois secrets du succès pour chaque bande dessinée, la naissance de la revue Métal Hurlant en 1974, etc.

Les pionniers de l’Espérance de Roger Lécurieux et Raymond Poïvet : la « première grande bande dessinée française de science-fiction » débute en 1945 et continuera pendant 30 ans. Je ne connaissais pas.

L’Éternaute de Hector Oesterheld et Victor Solano López en 1957 : une bande dessinée argentine (attention aux flocons de neige !). Je ne connaissais pas non plus.

Les naufragés du temps de Jean-Claude Forest et Paul Gillon en 1964 : un space opéra poétique et sentimental (entre Chris et Valérie) avec un « réalisme magique ».

Lone Sloane de Jacques Lob, Benjamin Legrand et Philippe Druillet en 1966 : l’année de ma naissance mais je ne suis pas fan de Druillet, des couleurs éclatantes et des bulles partout !

Valérian et Laureline de Pierre Christin et Claude Mézières en 1967 : un célèbre titre de la revue Pilote que cette « première grande série populaire de science-fiction franco-belge » qui continue encore.

La trilogie Nikopol d’Enki Bilal en 1978 : pas fan du dessin sombre d’Enki Bilal mais c’est sa première œuvre. Je devrais peut-être essayer de relire cet auteur.

incal1L’Incal d’Alejandro Jodorowsky et Mœbius en 1980 : et par extension Les Méta-Barons. Pour moi, c’est le must : j’aime tous les titres de ces deux grands auteurs !

Transperceneige de Jacques Lob, Benjamin Legrand et Jean-Marc Rochette en 1982 : un excellent noir et blanc et un bon film post-apocalyptique réalisé par le Coréen Bong Joon-ho en 2013.

Akira de Katsuhiro Ôtomo en 1982 : un des premiers mangas arrivés en France : chef-d’œuvre ! Ainsi que le film d’animation réalisé par l’auteur lui-même en 1988.

Y le dernier homme de Brian K. Vaughan et Pia Guerra en 2002 : « une des dernières révélations de la BD de SF », une très bonne série effectivement mais je n’ai lu que les deux ou trois premiers tomes.

Il aurait pu y en avoir d’autres comme Aquablue, Arctica, Carmen Mc Callum, Neige, Nomad, Sillage, la Caste des Méta-Barons et les Technopères, les bandes dessinées de Léo (Antarès, Kénya, Terres lointaines…), celles de Christophe Bec (Carthago, Sanctuaire…) ou même le « classique » Yoko Tsuno et l’autre titre japonais emblématique Gunnm, etc. mais je vous laisse le plaisir de les découvrir vous-mêmes car la science-fiction est un univers riche en personnages, animaux et créatures, vaisseaux et planètes lointaines, « critiques » sociales et politiques, mondes détruits, rêve et imagination !

Challenge BD avec Marjorie

Troisième édition pour le Challenge BD de Marjorie du blog Chroniques littéraires. Les infos sur son billet de présentation et le groupe FB (pour échanger et déposer les liens) ; le challenge court jusqu’au 7 juillet 2017.

Voici les catégories que Marjorie a crées :

challengebd2016-2017Agent 212 = 1 à 4 BD

Les Nombrils = 5 à 10 BD

Alter Ego = 11 à 24 BD

Pico Bogue = 25 à 50 BD

BDvore = plus de 50 BD

Super BDvore = plus de 100 BD

Je vais démarrer « petit » et je me ferai un plaisir d’augmenter la dose !

Mes lectures BD pour ce challenge

1. L’appel de Laurent Galandon et Dominique Mermoux (Glénat, 2016)

Le jeudi, c’est musée #5

Au cœur du quartier Chony à Bourg lès Valence, La Cartoucherie n’est en fait pas un véritable musée mais elle a reçu les Rencontres de la bande dessinée (en 2013 et en 2015) et elle accueille des expositions.

Cet ensemble architectural est d’abord une ferme avec des terres agricoles et une source. De 1855 à 1866, c’est une usine textile traitant le coton et la soie. De 1874 à 1964, le corps de bâtiments devient une cartoucherie nationale (avec la construction d’une petite gare pour assurer la liaison avec Grenoble et Valence). Entre 1964 et 1990, la fabrication de cartouches continue ainsi que la fabrication de matériaux plastiques, de matériaux de chaudronnerie, puis de matériaux électroniques.

La municipalité de Bourg-lès-Valence achète le site en 1993 et la Cartoucherie est inscrite à l’inventaire supplémentaire des bâtiments historiques en février 2003. Les bâtiments à eux seuls (bâtiment principal quadrilatère, grande cour, canaux, entrepôts, cheminée, chaudière, roue hydraulique, gare et ses quais, château d’eau, poudrière) sont musée ! Ils représentent l’architecture industrielle du XIXe siècle.

Depuis 2009, la Cartoucherie, rénovée, est devenue la Cour des images avec des studios d’animation (parmi les plus connus, Folimage, Les films du Nord et TeamTO), une école européenne du cinéma d’animation (La Poudrière) et d’autres entreprises et associations en lien avec l’image (comme Citron Bien ou L’Équipée).

Les photos ci-dessous ont été prises avec mon Smartphone ; une prochaine fois je publierai d’autres photos de meilleure qualité.

Cartoucherie1

Cartoucherie2

Le château des étoiles – 1 : 1869 la conquête de l’espace d’Alex Alice

[Article archivé]

1869 la conquête de l’espace est une bande dessinée d’Alex Alice. C’est le premier tome de la trilogie Le château des étoiles. Rue de Sèvres, septembre 2014, 64 pages, 13,50 €, ISBN 979-2-36981-013-1.

Je remercie très fort Gilles Paris qui m’a envoyé cette magnifique bande dessinée fin août (juste pour mon anniversaire !).

Alex Alice est né le 2 novembre 1974. En 1997, il sort diplômé de l’École supérieure de commerce de Paris et il se lance dans la bande dessinée avec des thèmes plutôt historiques, fantastiques et science-fiction. Et c’est dingue parce que je ne connaissais pas cet auteur ! Plus d’infos sur http://alexaliceblog.blogspot.fr/.

Rue de Sèvres, éditeur créé en 2013, est le projet bande dessinée de l’éditeur jeunesse L’école des loisirs. Sont prévues des bandes dessinées ados-adultes, tout public et jeunesse. Le site et la page Facebook.

En 1868, la mère de Séraphin disparaît à bord de son ballon. Elle était à la recherche de l’Éther. Un an plus tard, son journal de bord, retombé sur terre, est retrouvé par le Roi Ludwig. Séraphin et son père se rendent donc en Bavière mais ils sont pourchassés par des espions. Car la conquête de l’espace changerait la face du monde ! « Le temps de l’Empire était proche, le train de l’histoire en marche. » (p. 18). Au château du Roi Ludwig, pendant que son père travaille sur un engin spatial, Séraphin se fait deux amis : Hans qui a construit un ballon et Sophie, la bonne. Les trois jeunes gens vont devenir des chevaliers secrets, les chevaliers de l’Éther.

1869 la conquête de l’espace est d’abord paru en trois gazettes : 1. Le secret de l’Éther, 2. Les chevaliers de l’Éther, 3. Les conquérants de l’Éther et ce sont ces trois journaux qui forment les trois chapitres de ce premier tome grand format (avec un cahier graphique supplémentaire pour l’édition collector).

Pour la suite, trois autres gazettes sont annoncées : 4. Les naufragés de la Lune, 5. Les secrets de la face cachée, 6. Le Roi-Lune avant que celles-ci ne paraissent également en un deuxième tome de bande dessinée.

Magnifique ! Grandiose ! Sublime ! Les dessins sont vraiment très beaux, en aquarelle, de la pure poésie. L’histoire est passionnante, il y a de l’action, du mystère, des rebondissements. Mi-historique (le contexte, les personnages historiques et les théories scientifiques sont bien réels) mi-science fiction tendance steampunk (rétro-futuriste), cette bande dessinée qui fait rêver est tout simplement géniale ! Et c’est un très bel objet à avoir dans sa bibliothèque ou à offrir.

Alex Alice s’est laissé influencé par les pionniers de la science-fiction (Albert Robida, Jules Verne…), les films de space opéra et, selon ses dires, les œuvres de Hayao Miyazaki : tant mieux, j’en redemande ! Car je l’ai dévorée, cette bande dessinée, je l’ai même relue tellement j’ai adoré ! D’ailleurs, je ne mets pas de coup de cœur habituellement pour les bandes dessinées mais là, je vais un mettre un.

Toutes les infos sur le site officiel Le château des étoiles.

À noter la soirée de lancement avec l’auteur ce mercredi 24 septembre à Le dernier bar avant la fin du monde (avenue Victoria à Paris) : si vous y allez, vous nous raconterez !

Une lecture pour les challenges 1 % de la rentrée littéraire (c’est une BD mais elle mérite d’être dans la rentrée littéraire !), BD, Geek, Petit Bac 2014 (catégorie Bâtiment), Royal (pour le Roi Ludwig de Bavière) et XIXe siècle.