Les herbes folles de Lewis Trondheim

Les nouvelles aventures de Lapinot, 2 – Les herbes folles de Lewis Trondheim.

L’Association, collection 48CC, janvier 2019, 368 pages, 19 €, ISBN 978-2-84414-738-7.

Genres : bandes dessinée française, fantastique, écologie.

Lewis Trondheim, de son vrai nom Laurent Chabosy, naît le 11 décembre 1964 à Fontainebleau de parents libraires. Il étudie le dessin industriel puis le graphisme publicitaire. Son épouse est la coloriste Brigitte Findakly Il crée le fanzine Approximate Continuum Comics Institute H3319 soit ACCI H3319 (1988), L’Association (1990), l’OuBaPo c’est-à-dire l’OUvroir de BAnde dessinée Potentielle (1992), la collection Shampooing chez Delcourt (2005) et la revue Papier (2013-2015) chez Delcourt. Des bandes dessinées en ligne, Lapinot, Donjon (plusieurs séries), Les cosmonautes du futur, Le roi catastrophe, Les petits riens, Ralph Azham, L’atelier Mastodonte, Infinity 8, des one-shots, des collaborations en pagaille, Trondheim est un grand bosseur dont je suis fan (quel talent !) mais, bizarrement n’était pas encore sur le blog ! Plus d’infos sur son site officiel.

Dans cette bande dessinée au petit format paysage (11 x 16 cm), à l’italienne donc, Lapinot et son ami Richard sont confrontés à la végétation qui reprend ses droits et envahit la ville. Une histoire sans bulle et sans texte (muette) d’abord parue sur Instagram en 2018 (un dessin par jour).

L’éditeur nous dit « avec de l’amour et des bagarres, des phénomènes surnaturels et du vomi, de l’émotion et des coups de théâtre », c’est ça et bien plus encore !

En ville, tout est gris, des tas de voitures, des gens partout, des poubelles et des déchets sur les trottoirs, des animaux enfermés (en cage ou derrière des vitres), et tout à coup, au détour d’une rue, une plante, des fleurs, des papillons même ! Et puis, d’autres plantes, le long de gouttières, de barrières, de fenêtres, de poteaux de signalisation… Plus Lapinot avance plus la végétation reprend ses droits, c’est très beau, tout est verdoyant et coloré, mais quand même surprenant et un peu inquiétant, non ? Lapinot s’enfuit, appelle à l’aide mais il n’y a plus personne et, évidemment, plus de réseau ! Il réussit à rentrer chez lui mais l’immeuble est envahi par la végétation, carrément en ruine, et sur son lit il y a même un énorme nid avec trois œufs bleus qu’il récupère car plus rien n’est comestible… Et puis des créatures bizarres apparaissent. Heureusement il arrive à rejoindre son ami Richard. Mais tout cela ne serait-il pas un mauvais trip ?

Je n’ai pas lu Les nouvelles aventures de Lapinot, 1 – Un monde un peu meilleur (qui a un format classique) parce que la bibliothèque ne l’avait pas (je veux dire qu’il était emprunté) mais je le lirai assurément parce que ce tome 2 est une incroyable réussite et je ne peux que vous conseiller sa « lecture ».

Pour La BD de la semaine, Des histoires et des bulles (catégorie 41, une BD au format non standard), Jeunesse young adult #11, Lire en thème 2021 (le thème d’octobre est l’action se passe dans un lieu effrayant, ici une ville envahie par la végétation) et Littérature de l’imaginaire #9.

Airpussy d’Ulli Lust

Airpussy d’Ulli Lust.

L’employé du moi, novembre 2020, 40 pages, 13 €, ISBN 978-2-390040-76-7.

Genres : bande dessinée autrichienne, érotisme.

Ulli Lust, de son vrai nom Ulli Schneider, naît en 1967 à Vienne (Autriche) mais elle grandit dans un village près de la Tchéquie. Elle étudie le design et le dessin à Vienne. Elle est autrice, dessinatrice et éditrice de bandes dessinées. Elle vit et travaille à Berlin (Allemagne) et a reçu plusieurs prix littéraires. Plus d’infos sur son site officiel (anglais) et sur electrocomics (anglais et allemand).

Une jeune femme se réveille, elle est nue, elle jouit dans son bain, elle jouit en regardant par la fenêtre. Elle sort vêtue uniquement d’un manteau rouge et d’un grand chapeau. Elle jouit en pleine rue. Elle excite certains hommes, d’autres sont gênés par sa nudité, elle excite une autre femme qui promène un guépard.

Cette bande dessinée coquine et un poil provocante – au format carré – s’inspire du mythe de la déesse de la Terre qui devait faire l’amour avec un amant, au sortir de l’hiver, pour réveiller la Nature.

Allégorie ? Fantasme ? Cette quête de la sexualité et du plaisir, déjà parue en mai 2009 chez L’employé du moi, était épuisée et a été rééditée en novembre 2020.

Airpussy n’est pas dans mes lectures habituelles mais j’avais besoin d’une BD érotique pour Des histoires et des bulles (catégorie 31, une BD érotique, porno, hentaï) et je la mets également dans La BD de la semaine, Contes et légendes #3, Littérature de l’imaginaire #9 et Les textes courts.

Challenge Jeunesse Young Adult #11

11e édition pour le Challenge Jeunesse Young Adult organisé par Muti ! Le challenge dure du 1er octobre 2021 au 30 septembre 2022 et l’objectif est toujours de lire de la littérature jeunesse.

Infos, très beau logo créé par Azilis et inscription chez Muti.

Les catégories
1 : Aux frontières du rêve = au moins 10 romans
2 : Badine avec les royaumes de l’enfance = au moins 20 romans
3 : À pieds joints dans la marelle = au moins 35 romans
4 : A su garder son cœur de mioche = au moins 50 romans
5 : Peter Pan dans l’âme = au moins 65 romans
6 : Au pays des mille et un livres = au moins 80 romans
7 : Vit dans un conte de fées = 100 romans et plus (pour les livrovores)

L’option BD/Mangas/Albums illustrés
1 = 5 BD/Mangas/Albums
2 = 10 BD/Mangas/Albums
3 = 15 BD/Mangas/Albums
4 = 20 BD/Mangas/Albums

Je m’inscris en catégorie 1 : Aux frontières du rêve avec l’option BD/mangas/albums (même si j’ai pris l’habitude de lire plus).

Mes lectures pour ce challenge

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+ ?

Mes lectures BD, mangas et albums illustrés

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+ ?

Alerte 5 de Max de Radiguès

Alerte 5 de Max de Radiguès.

Casterman, juin 2021, 192 pages, 15 €, ISBN 978-2-20321-579-5.

Genres : bande dessinée belge, science-fiction.

Max de Radiguès naît en 1982 en Belgique. Il étudie à Bruxelles et devient libraire, éditeur et auteur de bandes dessinées depuis 2012 (scénariste et dessinateur). Du même auteur chez Casterman : La cité moderne et Bâtard. Plus d’infos sur son site officiel.

Cinq scientifiques sont dans la Mars Base. Ellen la capitaine est Américaine, Amir Belgo-Marocain, Vlad Polonais, Kim Sud-Coréenne et Maddison Canadienne.

Mais trois astronautes « sont morts dans l’explosion de leur Soyouz au décollage vers l’ISS » (p. 19) et l’attentat a été revendiqué par « un groupe de terroristes islamiste » (p. 19). L’alerte 5 est donc lancée, « un passage immédiat au niveau Alerte 5 ! » (p. 27) et tous les scientifiques sont contrôlés en particulier Amir.

Alors que les cinq dans la Mars Base se sentent abandonnés, l’ordre est donné d’évacuer l’ISS (il y a eu un deuxième attentat). Mais David, un Français, y est resté. « […] si son but c’est d’assurer une présence humaine […]. Il est un peu dans la même situation que nous… abandonné. » (Amir, p. 83-84).

Malgré le protocole strict, Ellen entre en contact avec David. « On veut tous aller dans l’espace mais on veut aussi que l’homme aille sur Mars un jour. » (p. 171).

En fin de volume, une rubrique « Que sont-ils devenus ? » raconte ce qu’il est advenu d’Ellen, Amir, Vlad, Kim, Maddison et David et quelques planches amusantes montrant l’auteur confiné avec ses deux enfants (5 et 2 ans) et essayant de terminer sa bande dessinée. En fait, Alerte 5 est d’abord parue dans le fanzine de l’auteur, Ketje, de janvier 2020 à mars 2021. J’ai bien aimé les personnages, les dessins (simples) et l’humour. Pour faire face au confinement, l’auteur confine ses personnages !

Cette bande dessinée en noir et blanc a un format atypique, un format plutôt poche (15 x 19 cm) alors je la choisis pour le challenge Des histoires et des bulles (catégorie 41, une BD au format non standard).

Je la mets aussi dans La BD de la semaine, Challenge BD, Challenge de la planète Mars et Littérature de l’imaginaire #9.

Les oubliés de Prémontré de Jean-Denis Pendanx et Stéphane Piatzszek

Les oubliés de Prémontré de Jean-Denis Pendanx et Stéphane Piatzszek.

Futuropolis, mai 2018, 104 pages, 21 €, ISBN 978-2-75482-273-2.

Genres : bande dessinée française, Histoire.

Jean-Denis Pendanx, le dessinateur, naît le 27 septembre 1966 à Dax. Il étudie les arts appliqués et les arts décoratifs à l’École Estienne à Paris puis à Jolimont à Toulouse. Il vit à Bordeaux où il est auteur et illustrateur (bandes dessinées, livres jeunesse, magazines). Il travaille aussi pour l’animation.

Stéphane Piatzszek, le scénariste, naît le 5 avril 1971 dans le Doubs (cependant l’éditeur dit « en banlieue parisienne »). Il étudie le Droit et l’Histoire à la Sorbonne (Paris). Il vit à Mulhouse (Alsace) où il est journaliste et auteur de bandes dessinées. Plus d’infos sur son blog.

Des mêmes auteurs : Tsunami (2013) et Le maître des crocodiles (2016).

« Août 1914. Asile de Prémontré, près de Soissons. » (p. 3). Soissons est dans l’Aisne (Hauts de France). Les patients ont entre 4 et 95 ans. Comme ils ne sont sensibles qu’à leur propre folie, ils ne sont pas dangereux, enfin sauf si « ils s’éveillent » (p. 4). « Si tu veux bosser ici, il va falloir t’habituer à la mort, mon garçon. » (p. 6). Le jeune Clément est embauché comme gardien mais, comme il sait conduire et que beaucoup d’hommes ont été mobilisés, il est en fait chauffeur de l’ambulance de la Croix-Rouge pour l’asile. Mais qui est vraiment Clément ? Bon, je ne divulgue rien mais le lecteur sait dès la page 9 que Clément n’est pas Clément.

Les Allemands arrivent et tout le monde fuit… Sauf quelques-uns comme Letombe l’économe, Loisel un gardien, Clément et les religieuses qui s’occupent du pavillon des femmes (interdit aux hommes). Le lendemain, l’armée allemande est là mais l’économe n’a rien pour nourrir ni les aliénés ni les Allemands qui s’en vont rapidement « nach Paris ! » (p. 24) mais ils subissent une défaite à Soissons et réquisitionnent tout. « Les réquisitions sont calculées en fonction de la population de chaque commune. Prémontré, 1500 habitants. Les Français sont de grands travailleurs, vous aurez vite fait de compenser ça. » (p. 34). Sauf que « sur les 1500 habitants, 1300 sont des malades mentaux dont la plupart ne peuvent même pas attacher leurs chaussures tout seuls ! » (p. 34).

L’évacuation est refusée, il n’y a plus rien à manger, plus de charbon, il faut trouver une solution… Faire travailler les aliénés qui le peuvent, aux champs, ramassage et coupage du bois, filage de la laine pour les femmes… Et contre toute attente, un régiment d’Allemands arrivent avec parmi eux des médecins et même un aliéniste : la vie des aliénés encore en vie va en être changée !

Je comprends que c’était la guerre et que ça devait être difficile partout mais combien de lieux comme l’asile de Prémontré ont-ils été abandonnés par le gouvernement français durant les 4 ans de guerre ? Les employés qui n’ont pas fui et quelques malades ont été exemplaires et même si ça dérange je veux le dire aussi il en est de même pour certains soldats allemands en particulier ceux du corps médical (dommage qu’on ne sache pas ce qui est arrivé au jeune aliéniste allemand après qu’il ait reçu son ordre de mission pour le front russe). En tout cas, cette bande dessinée est inspirée d’une histoire vraie puisque l’asile de Prémontré, construit en 1121, accueille des malades depuis 900 ans !

Les oubliés de Prémontré est une très belle bande dessinée qui m’a plu tant au niveau des dessins (je les trouve lumineux) que des personnages (réels et fictifs) et que du récit (historique et médical). Les auteurs se sont montrés respectueux envers leurs personnages et cette période de l’histoire et ont bien maîtrisé leur sujet, bravo messieurs. Et pour moi, ce fut une lecture enrichissante et émouvante.

Il me semble avoir vu cette bande dessinée dans La BD de la semaine mais je ne me rappelle plus chez qui… Et je la mets dans les challenges BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 36, un livre basé sur des faits réels), Des histoires et des bulles (catégorie 50, une BD qui se déroule pendant une guerre), Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour Prémontré).

Dessiner encore de Coco

Dessiner encore de Coco.

Les Arènes BD, mars 2021, 352 pages, 28 €, ISBN 979-10-375-0283-4.

Genres : bande dessinée française, récit graphique autobiographique.

Coco – de son vrai nom Corinne Rey – naît le 21 août 1982 à Annemasse (Haute-Savoie). Elle étudie les arts plastiques et l’expression plastique à l’École européenne supérieure de l’image de Poitiers. Elle est dessinatrice pour plusieurs journaux dont Charlie Hebdo, Les Inrockuptibles, Libération, entre autres. J’ai envie de lire son adaptation en bande dessinée avec le philosophe Raphaël Enthoven du Banquet de Platon (2019). Dessiner encore est en fait sa première bande dessinée seule aux commandes.

Je vois Coco régulièrement lorsqu’elle est invitée pour dessiner à 28 minutes sur Arte mais je ne l’avais jamais lue. Je cite la 4e de couverture : « L’attentat du 7 janvier 2015 tourne en boucle dans ma tête. Tout fout le camp en moi mais le dessin résiste… » et voici ce qu’en dit l’éditeur sur son site : « Le récit graphique bouleversant d’un voyage intérieur, pudique et authentique. », ce qui résume parfaitement cette grosse bande dessinée (sûrement une des plus épaisses que j’aie lue !) en noir et blanc et parfois en couleurs.

Parfois Coco lutte contre la vague qui la submerge, parfois elle est engloutie. « C’est incontrôlable. Ça vient à tout moment m’avaler et me replonger dans cette poignée de minutes qui a bouleversé ma vie. » (p. 17). La résistance, la combativité, Coco les maîtrise grâce au dessin. « Dessiner pour ne plus penser. Dessiner, dessiner, dessiner… » (p. 21) « Et rire, malgré tout. Ça semble encore possible… » (p. 23).

Flashback. Mai 2015. Coco raconte comment elle a été orientée vers l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing). Elle n’y croit pas trop mais elle y retourne. « Peut-être par curiosité. Ou par indulgence… » (p. 54). Puis elle essaie la psychologie post-traumatique mais « Cette journée tourne dans ma tête comme un disque rayé. J’en revois chaque instant, chaque détail. » (p. 83). La thérapie, qu’elle quelle soit, est longue et semble inutile…

Des phrases importantes

« Qu’on aime ou qu’on n’aime pas Charlie Hebdo, c’est un journal. La liberté de la presse, c’est une liberté sacrée pour les Français. La liberté de la presse, ça veut dire la liberté d’expression et même la liberté de penser. » (Claude Guéant, ministre de l’intérieur, p. 160).

Après le procès des caricatures danoises, le justice française a confirmé « qu’il n’y avait pas de délit de blasphème en France » (p. 163) et « Charlie n’avait fait que ce qu’il avait toujours fait : analyser l’actualité et en rire. » (p. 162).

« Ils [les terroristes] ont tiré sur de vrais journalistes, des gens qui avaient le courage de leurs opinions et qui usaient de leur droit à la critique sans tabou. C’est le talent qu’ils ont assassiné. » (p. 206).

Si le thème est glaçant (terrorisme, assassinat), la BD est profondément humaine et émouvante. Coco se met à nu, au propre comme au figuré (puisqu’elle se dessine sans rien, simplement le contour de son corps et ses cheveux), et elle continue à vivre (elle montre les moments avec son compagnon, sa fille, son chat, son travail) mais la « guérison » sera longue car « Il y a dans la beauté quelque chose d’insoutenable. » (p. 275).

Cette bande dessinée bouleversante est à mon avis complémentaire du film documentaire C’est dur d’être aimé par des cons de Daniel Leconte que j’ai vu en octobre 2020. Pensées pour les cinq dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski et les sept autres personnes assassinées le 7 janvier 2015. Pensées aussi pour les survivants qui restent avec leur angoisse, leur culpabilité d’être encore en vie…

Pour La BD de la semaine et les challenges BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 36, un livre basé sur des faits réels, 2e billet, mais il va aussi dans la catégorie 14, un roman graphique), Des histoires et des bulles (catégorie 34, une BD autobiographique). Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Le peintre hors-la-loi de Frantz Duchazeau

Le peintre hors-la-loi de Frantz Duchazeau.

Casterman, mars 2021, 96 pages, 20 €, ISBN 978-2-20320-277-1..

Genres : bande dessinée française, Histoire.

Frantz Duchazeau, de son vrai nom Frantz Duchazeaubeneix, naît le 11 octobre 1971 à Angoulême. Il vit à Paris où il est dessinateur et scénariste de bandes dessinées et travaille aussi pour des journaux (Capsule Cosmique, Journal de Mickey, Spirou).

Le peintre hors-la-loi de Duchazeau et Drac chez Casterman (1ère planche)

Drac, de son vrai nom Pascale Wallet, naît le 1er mai 1978. Elle est coloriste et illustratrice de bandes dessinées. Fin des années 90, elle participe à la création de l’association (et du fanzine) Nekomix. Plus d’infos sur son site officiel.

Je remercie Lecteurs.com de m’avoir envoyé cette bande dessinée.

La grande Histoire. Paris, 21 janvier 1793, Louis XVI est guillotiné sous les acclamations du peuple. Enfin, pas de tout le peuple, les révolutionnaires tuant et pillant, beaucoup sont mécontents. « Ces révolutionnaires sont des assassins ! Ils affament le peuple ! » (p. 30).

La petite histoire. Contrairement à « Prieur, Desfontaines, Girardet, Fragonard » (p. 12), Lazare Bruandet dessine et peint « pour le plaisir de l’instant » (p. 12) et n’aspire pas à la postérité. Après avoir bien bu, il tue son épouse par accident, s’enfuit et se réfugie dans une abbaye. « Je n’ai pas voulu la tuer. Adieu l’ami. » (p. 19), dit-il à son ami dessinateur Jean Duplessis-Bertaux. Bruandet a un étrange physique, il est hanté par un événement de son enfance, il devient le peintre hors-la-loi. Un jour, il rencontre Hollandine qui lave le linge à la rivière ; son père est aubergiste.

« Ces révolutionnaires sont des assassins, des pilleurs, des violeurs, des incendiaires ! » (p. 31) et les frères de la Cour-Dieu ont été brûlés et pendus… Alors les frères de l’abbaye dans laquelle Bruandet s’est réfugié lui demande de l’aide. « Vous êtes armé. Apprenez-nous à nous servir d’une arme. Nous vous demandons protection. » (p. 40).

Et, après tous ces événements odieux, il est en colère. « Hahahaha ! La populace des faubourgs et tout ce que Paris peut fournir de coupe-jarrets sont venus conquérir le titre de héros. En pillant et dévastant le château des Tuileries… Massacrant la poignée de Suisses qui le défendaient, égorgeant sans pitié… Glup… égorgeant jusque dans les caves et les cuisines les gens de services, les hommes de peine, les marmitons, les laveuses de vaisselle, ils s’étaient réfugiés là, tout tremblants. Tous exécutés !! » (p. 67). Cette révolution fut affreuse, surtout durant la Terreur, et personne n’a pu y échapper… et, au milieu de toute cette violence, l’Art, le beau, la forêt, la Nature.

J’ai eu l’impression que les personnages étaient petits, peut-être pour montrer la grandeur des paysages et de la nature. Parce qu’en plus, le comportement de la majorité des gens est vraiment petit, très petit… Les dessins sont un peu spéciaux, anguleux, je dirais, mais j’ai aimé et je vous conseille vivement cette bande dessinée historique et artistique.

En tout cas, Lazare Bruandet n’est pas un personnage de fiction ! Il est né le 3 juillet 1755 à Paris. Il était peintre et graveur. Grâce à lui, la peinture de paysage a évolué par rapport au cadre institutionnel. Il a étudié avec le peintre de lavis Jean-Philippe Sarrazin puis avec le maître allemand Rœser qui l’inclina vers la tradition du paysage réaliste nordique. Dans la bande dessinée, on le voit vivre isolé de tout, eh bien il a effectivement vécu dans la forêt de Fontainebleau, caché dans les ruines de l’ancien prieuré Notre-Dame de Franchard. La petite histoire rejoint donc la grande Histoire. Il meurt le 26 mars 1804 à Paris.

Une chouette lecture pour La BD de la semaine que je mets aussi dans BD, Des histoires et des bulles (catégorie 15, une BD autour d’un artiste, celui-ci est peintre) et Les textes courts.

Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Melvina de Rachele Aragno

Melvina de Rachele Aragno.

Dargaud, Hors collection, août 2020, 192 pages, 19,99 €, ISBN 978-2-50508-372-6. Melvina (2019) est traduit de l’italien par Claudia Migliaccio.

Genres : bande dessinée italienne, fantastique.

Rachele Aragno naît en 1982 à Pise en Toscane (Italie). Elle dessine depuis l’enfance et étudie à l’École internationale de bande dessinée de Rome. Elle travaille pour des éditeurs indépendants américains et européens. Melvina est sa première bande dessinée en tant qu’autrice et illustratrice.

Melvina en a marre d’être une enfant et que ses parents ne l’écoutent jamais et décident pour elle. D’ailleurs ses parents se disputent en prévision d’un déménagement dont ils ne lui ont même pas parlé et son chat Ottavio se sauve par la fenêtre. Melvina le poursuit sur les toits et entre par la fenêtre dans un appartement inconnu où l’attendent un vieil homme, Otto, un renard, une chouette et une belette (il me semble) vêtus comme des humains. « Je suis si heureux que tu sois là ! Ensemble, nous pourrons affronter Malcapé ! » (p. 12). Otto explique à Melvina que, lorsqu’il était enfant, il ne supportait pas que son grand-père et son père tuent des animaux à la chasse. Un jour, sous un arbre, un étrange enfant lui a remis un livre pour faire revenir à la vie les animaux mais Otto ne savait pas qu’il y avait une contrepartie à payer. « Otto ! C’est un plaisir de te revoir ! Tu me reconnais ? Je suis le Grand Malcapé, souverain d’Aldiqua. Je vois que mon livre t’a été utile. Je suis ici pour te rappeler notre pacte. C’est l’heure d’honorer ton engagement. » (p. 25). Le pacte ne peut être rompu que par l’élue… Melvina ?

Otto et Melvina sont projetés dans un autre monde peuplé de tous les êtres trompés par Malcapé. Benjamino, un corbeau, les accompagne au château de la reine mais il n’a pas la langue dans la poche. « […] tu es encore une enfant superficielle qui s’attache aux apparences. » (Benjamino, p. 50). Parce que « c’est normal de vouloir grandir, mais il faut du temps et de l’expérience… » (Otto, p. 67).

Melvina, Otto et Benjamino parcourent un monde dangereux mais opèrent des exploits jusqu’aux marais métaphysiques où Melvina devra affronter Malcapé dont la proposition est… simple et alléchante. « Tout le monde pourra obtenir tout ce qu’il veut, sans aucun effort, sans avoir besoin de se battre. » (p. 159). Trop facile ! Melvina se laissera-t-elle tenter, elle qui veut grandir pour qu’enfin on l’écoute ?

Aventure, amitié, fantastique (et clins d’œil à la littérature fantastique comme Alice au pays des merveilles ou Harry Potter) sont au rendez-vous dans cette très belle bande dessinée dont les dessins (si j’ai bien compris) sont réalisés à la peinture à l’eau (après le crayonné et l’encrage). Vous pouvez lire une instructive interview de Rachel Aragno sur à voir à lire. Elle considère que tout le monde peut lire Melvina, petits et grands, et je suis d’accord avec elle parce que c’est une histoire universelle, celle de l’enfance et de la volonté de grandir (mais il ne suffit pas uniquement de grandir physiquement pour véritablement grandir, n’est-ce pas ?). Les personnages sont attachants, les décors sont beaux et l’histoire questionne non seulement sur le fait de grandir mais aussi sur notre relation avec les êtres qui nous entourent (famille, amis, inconnus) et les animaux. En lisant Melvina, j’ai un peu pensé à Raven & l’ours de Bianca Pinheiro. Dommage que la fin arrive trop vite ! Mais une petite question : est-ce que, quand on est grand (adulte), on est vraiment écouté, entendu ?

Pour La BD de la semaine et les challenges BD, Des histoires et des bulles (catégorie 38, une BD avec un prénom dans le titre), Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Prénom pour Melvina).

Plus de BD de la semaine chez Moka. Caro avait lu cette BD en juin.

Atar Gull de Nury et Brüno

Atar Gull ou le destin d’un esclave modèle de Nury et Brüno.

Dargaud, collection Long Courrier, octobre 2011, 88 pages, 16,95 €, ISBN 978-2-20506-746-0.

Genres : bande dessinée française, Histoire, adaptation d’une œuvre littéraire.

Fabien Nury naît le 31 mai 1976 en France. Il étudie le commerce dans une grande école à Paris mais devient scénariste de bandes dessinées, W.E.S.T., Je suis légion, Il était une fois en France… Des BD historiques ou science-fiction ou policières. Il est aussi scénariste pour le cinéma.

Bruno Thielleux, dit Brüno, naît le 1er mars 1975 à Albstadt en Allemagne mais il est Français (son père y est militaire). Il étudie les arts plastiques à l’École Estienne à Paris puis à Rennes. Il débute sa carrière de dessinateur en 1996 mais il est aussi scénariste. Plus d’infos sur son site officiel.

Laurence Croix naît le 29 janvier 1974 à Châteaubriant en Loire-Atlantique. Elle est coloriste et travaille avec de nombreux auteurs de bandes dessinées (Apollo, Brüno, Jean Dufaux, Li-An…).

1830. Afrique. « Moi, Atar Gull, je ne pleurerai jamais. Jamais. » (p. 4).

Monsieur Benoît, capitaine de la Catherine, fait du trafic de « bois d’ébène » (p. 11). Atar Gull est une des marchandises, il est vendu par Van Hop pour 100 guinées et pourra en rapporter 500 « au bas mot » (p. 17) à la Jamaïque. Mais le brick du capitaine Benoît est attaqué par une goélette sans pavillon. C’est la Hyène du capitaine Brulart, un pirate qui embarque plusieurs esclaves pour les vendre à son compte. Bon, sur les 100 du départ, il n’en reste plus que 17… dont Atar Gull – fils du roi des petits Namaquas – qui est acheté « par monsieur Tom Will, planteur à Greenwiew » (p. 46).

Ce Tom Will est un humaniste et il traite bien ses esclaves, du moins mieux que les autres planteurs… On parle déjà des « abolitionnistes », des « nègres marrons » mais il y a de nombreuses exactions…

Cette bande dessinée possède des couleurs chatoyantes et quelques personnages hauts en couleurs mais c’est surtout la vengeance d’Atar Gull qui est terrible ! « Moi, Atar Gull, je suis ton bourreau, et ton supplice sera plus long que le mien la été. » (p. 83).

Atar Gull est une adaptation du roman éponyme d’Eugène Sue, un roman de 400 pages paru en 1831 (disponible librement sur Wikisource). Roman maritime (avec une sacrée tempête puis un abordage par des pirates), roman social sur la traite des Noirs et récit d’une vengeance impitoyable, Eugène Sue a accompli un coup de maître en « dénonçant » toute la chaîne aussi bien noire que blanche (du côté des Noirs il y a les tribus qui se font des guerres incessantes et qui pratiquent le cannibalisme ou vendent aux hommes blancs les prisonniers des autres tribus, et du côté des Occidentaux il y a la traite d’êtres humains et l’esclavage). Nury, Brüno et Laurence Croix rendent parfaitement l’intensité dramatique de cette histoire qui se déroule au début du XIXe siècle.

Une très belle adaptation lue pour Les classiques c’est fantastique #2 (le thème d’août est de l’écrit à l’écran en passant par les cases) que je mets également dans La BD de la semaine et les challenges 2021, cette année sera classique, À la découverte de l’Afrique (les Namaquas viennent d’Afrique australe, c’est-à-dire Namibie et Afrique du Sud), BD, Challenge de l’été #2 (voyage en Jamaïque), Des histoires et des bulles (catégorie 49, une BD avec des pirates) et Les textes courts.

Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Le Petit Prince de Joann Sfar d’après l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry

Le Petit Prince de Joann Sfar d’après l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry.

Gallimard, collection Fétiche, septembre 2008, 112 pages, 21 €, ISBN 978-2-07060-339-8, couleurs de Brigitte Findakly. C’est cette édition que j’ai lue mais il existe une nouvelle version en noir et blanc, Gallimard, collection Fétiche, novembre 2011, 112 pages, 20,30 €, ISBN 978-2-07064-288-5.

Genres : bande dessinée française, adaptation d’une œuvre littéraire.

Antoine de Saint-Exupéry naît le 29 juin 1900 à Lyon dans une famille de la noblesse. Il étudie les beaux-arts et l’architecture. Il est pilote d’avion (en 1922) et écrivain avec Courrier sud (1929) et Vol de nuit (1931), deux romans bien sûr inspirés de son expérience d’aviateur de l’Aéropostale. Il voyage beaucoup et devient journaliste. Mais, en 1939, c’est la guerre et il sert dans l’Armée de l’air mais malheureusement son avion se crashe en mer le 31 juillet 1944 (avion formellement identifié au large de Marseille en septembre 2003). Cependant, Le Petit Prince, écrit à New York en 1943, paraît aux États-Unis la même année, puis en France en 1946.

Joann Sfar naît le 28 août 1971 à Nice. Il étudie la philosophie (Université Nice Sophia Antipolis) puis les beaux-arts (École nationale supérieure des beaux-arts de Paris). Il est auteur (bandes dessinées, romans), illustrateur et réalisateur. Je suis fan de sa série Le chat du rabbin (10 tomes entre 2002 et 2020) et j’ai également lu les Donjon réalisés avec Lewis Trondheim mais il faudrait que je lise d’autres titres comme Petit Vampire ou Sardine de l’espace. Plus d’infos sur sa page FB.

Brigitte Findakly naît en 1959 à Mossoul en Irak d’un père irakien et d’une mère française. Elle est coloriste (et scénariste) de bandes dessinées, en particulier pour Lewis Trondheim, son mari (Lapinot), pour Joann Sfar (Le chat du rabbin) et pour Manu Larcenet (Le retour à la terre), que des bandes dessinées excellentes ! Elle travaille aussi pour des journaux jeunesse comme Journal de Mickey, Pif et Spirou.

Après L’étranger de Jacques Ferrandez d’après l’œuvre d’Albert Camus présenté hier pour Les classiques c’est fantastique #2 (le thème d’août est de l’écrit à l’écran en passant par les cases), je propose Le Petit Prince de Joann Sfar chez le même éditeur et dans la même collection. Je vous avoue que je ne suis pas fan du Petit Prince de Saint-Exupéry (je le trouve mièvre et répétitif) mais peut-être que ça passera mieux en bande dessinée ?

Alors qu’il doit réparer son avion, Saint-Exupéry rêve du Petit Prince. Il vient d’une autre planète et il voudrait un mouton mais pas trop gros parce que sa planète est toute petite. Il a besoin du mouton pour manger les pousses de baobab avant que ces arbres ne deviennent trop gros et détruisent sa planète. Mais, et si le mouton mangeait sa fleur ? Une fleur unique… mais orgueilleuse et colérique, c’est pourquoi le Petit Prince décide de partir et de visiter les autres planètes.

Il rencontre un roi qui règne (sur qui, sur quoi ?), un vaniteux qui se congratule, un ivrogne qui boit pour oublier la honte qu’il a de boire, un businessman qui compte les étoiles pour les posséder, un allumeur de réverbère qui applique la consigne d’éteindre puis d’allumer, un géographe qui écrit des gros livres, mais chacun est seul sur sa planète. « Décidément, elles sont bien bizarres, les grandes personnes. » (p. 55). Et le Petit Prince, il n’est pas bizarre ?

Cependant le géographe lui conseille de visiter « la planète Terre. Elle a une bonne réputation. » (p. 71). Mais le Petit Prince ne rencontre personne à part un serpent et une fleur car il est dans un désert d’Afrique. Puis il rencontre un renard – un ami ? – et celui-ci, bien que pas apprivoisé, engage la conversation. « Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu. » (p. 81) et il lui délivre son secret (phrases très célèbres) : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » (p. 85) mais que voit le cœur ? Rien en fait ! Ce sont les yeux qui voient et qui envoient des signaux au cerveau… Je veux bien rêver et imaginer mais… je me méfie des réactions dues uniquement à l’émotion.

Bon, Saint-Exupéry réussit au bout de plusieurs jours à réparer son avion mais ce Petit Prince, est-ce un rêve ? « Je ne te quitterai pas. » (p. 101).

J’ai bien aimé les dessins de Sfar (les couleurs aussi) et l’humour décalé (« Il me les broute avec son mouton, celui-là », p. 9) mais je ne suis toujours pas convaincue par cette histoire de Petit Prince… La bande dessinée de Sfar est pourtant jolie et poétique… Elle a reçu le Prix Lire de la meilleure BD de l’année 2008 et le Prix Essentiel Jeunesse à Angoulême en 2009. Désolée pour les fans irréductibles mais il faut croire que la magie n’opère pas sur moi ! Mais je comprends que Joann Sfar, en tant qu’artiste et que philosophe, ait voulu adapter cette œuvre littéraire.

En plus de Les classiques c’est fantastique #2, je mets cette BD dans 2021, cette année sera classique, BD, Challenge de l’été #2 (Sahara, Maroc), Des histoires et des bulles (catégorie 20, une BD récompensée) et À la découverte de l’Afrique (Sahara, Maroc).