Qaanaaq de Mo Malø

Qaanaaq : meurtres au Groenland de Mo Malø.

La Martinière, mai 2018, 496 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-7324-8630-7. Je l’ai lu en poche : Points Policiers (bizarre, je n’ai pas trouvé Qaanaaq au catalogue donc pas de lien…), mars 2019, 552 pages, 8,50 €, ISBN 978-2-7578-7570-4.

Genres : littérature française, roman policier.

Mo Malø… Difficile d’avoir des infos sur cet auteur (apparemment français) qui publie sous pseudonymes. Mo Malø est un de ses pseudonymes – pour son premier roman policier – et j’ai l’impression qu’il fait écho à Jo Nesbø (auteur de polars, norvégien).

Janvier 1975. Nuit polaire. Une attaque d’ours blanc. Mina réussit à s’enfuir, laissant son père et sa mère pour morts. L’enfant, environ 3 ans, est adopté par une famille danoise (mère chef de la police, père célèbre auteur de romans policiers).

42 ans plus tard. Qaanaaq, capitaine à la Crim de Copenhague est envoyé à Nuuk (la capitale du Groenland) pour aider sur une enquête. « Et vous, qu’est-ce que vous venez faire ici ? insista-t-elle. – Moi… ? Il hésitait. Il y avait tant de réponses possibles, la plupart impropres ou prématurées. Puis il se lança : – Je viens coffrer un tueur en série. […] – À Nuuk ? s’exclama-t-elle. – À Nuuk. Mais vous savez ce qu’on dit : ‘Toute chose a une fin’. » (p. 18). Qaanaaq rejoint donc l’équipe de la commissaire danoise Rike Engell et travaille surtout avec l’inspecteur groenlandais, Apputiku (ou Appu) – il loge d’ailleurs chez lui –, et le légiste danois, Kris Karlsen, pour résoudre le meurtre de trois ouvriers étrangers d’une entreprise pétrolière : « un Chinois, un Canadien et un Islandais » (p. 34). Leurs morts ressemblent à des attaques d’ours blanc mais leurs serrures ont été crochetées. « Je dis bien crochetées, pas forcées ni défoncées. » (p. 38). Les locaux de la police sont sinistrés, il n’y a pas de matériel de pointe… Et pour cause : « Pour ce qu’il en savait, la délinquance de rue était quasi inexistante au Groenland. L’île, encore intégrée au Danemark sur la scène internationale, affichait en la matière de toute l’Union européenne. À part peut-être au Vatican, on n’était nulle part plus en sécurité que dans les rues de Nuuk. » (p. 62-63). Sauf que… exploitation pétrolière à outrance, travailleurs étrangers qui se comportent mal avec les filles groenlandaises, racisme, nationalisme, volonté d’indépendance.

Qaanaaq est un flic atypique, fort sympathique, passionné de photographie (les entêtes de chapitres sont d’ailleurs des noms et numéros de photos qu’il prend sur place) envoyé dans un monde qui n’est pas le sien (alors qu’il y est né). « Ce qui le touchait le plus chez Appu, c’était l’impression qu’il partageait ce déchirement, cette fracture. Lui, entre deux cultures. Apputiku, entre tradition et modernité. Entre ce ragoût de phoque immangeable et son ordinateur au top de la technologie. Chacun à leur manière, ils pratiquaient le grand écart entre deux mondes. Des univers indispensables à leur équilibre mais qu’ils savaient impossible à concilier. » (p. 115). Comment va-t-il résoudre cette enquête alors qu’il ne connaît rien des coutumes et des traditions de ce pays. « Les meurtres ritualisés, je ne t’apprends rien, ça pue forcément. C’est soit le fait de givrés, soit un écran de fumée pour te balader. Dans les deux cas, tu ne dois pas te fier à tes impressions premières. » (p. 177).

Quelques extraits que je veux garder :

« L’histoire n’a pas de nom, jeune homme. Elle n’est que la somme de ce que nous accomplissons tous. Elle appartient à tout le monde. » (p. 240).

« Qaanaaq prisonnier de Qaanaaq. Captif de cette identité qu’il subissait depuis si longtemps. Cela ne finirait donc jamais ? » (p. 343). À savoir que Qaanaaq n’est en fait pas un prénom mais le nom d’un village au nord du Groenland.

« C’était bien là tout le paradoxe de ce peuple : si jalousement attaché à ses valeurs traditionnelles ; et s’emballant comme un gamin au moindre signe de modernité. » (p 484).

Et ma phrase préférée, sur la photographie : « Derrière son immédiateté trompeuse, la photo était un monstre dévoreur de temps. » (p. 349).

Je veux bien, si j’ai l’occasion, lire Diskø, son deuxième roman policier, dans lequel Qaanaaq retourne en terre inuit.

Un bon roman policier (que j’ai lu en fait fin juin, pendant la période caniculaire, idéal pour un peu de fraîcheur) pour les challenges Contes et légendes (il y a beaucoup de légendes au Groenland et certaines sont dans ce roman) et bien sûr Polar et thriller 2019-2020.

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Mademoiselle à la folie de Pascale Lécosse

Mademoiselle à la folie de Pascale Lécosse.

La Martinière, août 2017, 128 pages, 14 €, ISBN 978-2-73248-453-2.

Genre : premier roman.

Pascale Lécosse vit dans la région parisienne et a reçu le Prix de l’auteur indépendant 2016 pour ce premier roman paru le 17 août 2017. Pas d’autres infos sur l’auteur !

Catherine Delcour, surnommée Mademoiselle, bientôt 48 ans, vit sur l’île Saint-Louis à Paris ; elle est comédienne de théâtre et, après une incursion au cinéma, est revenue au théâtre. « Je n’ai pas peur du temps qui passe mais du temps perdu. » (p. 8) : j’aime beaucoup cette phrase, elle donne le ton du roman. Ses grands-parents étaient d’origine russe, ses parents sont morts, elle est orpheline et partage sa vie avec Jean Rivière, son amant, marié, Ministre de la culture, et Mina Flamand, son assistante et amie. « Nous levons nos coupes, nous buvons à la vie. Tout va bien. » (p. 19). Eh bien, non, tout ne va pas bien… Catherine se sent fatiguée, elle est de plus en plus confuse, égarée et colérique. « Je perds le fil, je (*) sens que tout cela m’échappe. » (p. 48). Mais après avoir consulté un spécialiste, Catherine se réfugie dans son monde. « C’est la forme précoce de la maladie que je développe, la plus vaporeuse, la plus avide. J’ai dans la tête un mal gourmand qui me transforme en rosier stérile. Une saleté qui fait de moi une autre. Je voudrais l’espérance. » (p. 74).

J’ai repéré quelques fautes… « Il m’a consolé […], m’a encouragé » (p. 9) et « tu m’aurais épousé ? » (p. 43) ; c’est Catherine qui parle alors où sont les « e » ? C’est d’autant plus bizarres que les autres adjectifs en ont ! (*) Ici, j’ai corrigé, j’ai mis « je » car il est en fait écrit « le ».

La vie de Catherine se déroule comme on détacherait les pétales d’une marguerite, un peu, beaucoup, à la folie, et sur un ton léger, l’auteur traite d’un sujet grave, une maladie qui n’est jamais nommée mais dont on devine tout de suite le nom. Par contre Catherine a un caractère spécial… Elle parle de la mort de ses parents de la même façon que de son amant, de son assistante, de son Champagne ou de ses rôles, sans pathos, comme si elle était détachée de sa propre vie et de son passé, pourtant ça l’a touchée, c’est sûr. Le roman alterne les chapitres où Catherine est la narratrice et ceux où Mina est la narratrice, c’est intéressant d’avoir les deux points de vue et l’auteur livre ainsi deux beaux portraits de femmes qui ont toutes deux laissé passer le véritable amour pour se consacrer à autre chose. Il y a beaucoup de dialogues (comme au théâtre) alors le roman se lit vite, peut-être même trop vite (j’ai eu une petite impression d’inspiration à la Amélie Nothomb, je ne sais pas si c’est avéré), mais je l’ai lu sur mon balcon, au soleil, et c’était bien agréable cependant le « danger » est qu’il soit aussi vite oublié que lu…

Une lecture pour les 68 premières fois 2017 que je mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2017 et Défi Premier roman 1017.