L’anomalie de Hervé Le Tellier

L’anomalie de Hervé Le Tellier.

Gallimard, collection Blanche, août 2020, 336 pages, 20 €, ISBN 978-2-07289-509-8.

Genres : littérature française, science-fiction.

Hervé Le Tellier naît le 21 avril 1957 à Paris. Il étudie les mathématiques puis le journalisme et la linguistique. Il est auteur (romans, nouvelle, théâtre, poésie), journaliste et éditeur. Il est membre de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) depuis 1992 et en est le président depuis 2019. De nombreux titres sont parus depuis 1990 mais je n’avais jamais lu cet auteur. L’anomalie reçoit le Goncourt 2020 mais j’avais très envie de lire ce roman avant la réception de ce prix.

Ce roman est en collection Blanche, sûrement pour toucher un large lectorat mais c’est bien de la science-fiction publiée en littérature générale.

Paris. Blake connaît la mort depuis l’enfance, un chien écrasé par sa mère, la chasse avec son oncle, « Il est déjà méticuleux, prudent, imaginatif, à l’extrême. Il a vu tellement de films. » (p. 16) et il devient tueur professionnel.

Victor Miesel est écrivain mais « malgré un prix littéraire très parisien » (p. 25), il ne rencontre pas le succès alors, pour vivre, il fait des traductions, mais il écrit un dernier roman, L’Anomalie.

Paris. Lucie Bogaert est monteuse de cinéma et travaille pour plusieurs réalisateurs. Elle a un fils, Louis, et son ancien amant architecte lui offre L’Anomalie lors de leur séparation.

New York. David apprend qu’il a une « tumeur […] sur la queue du pancréas, à l’opposé de l’intestin grêle […] une tumeur maligne. Cancéreuse. » (p. 43).

Voici les premiers personnages de ce roman, il y en a quelques autres (une avocate, un chanteur nigérian par exemple). Ils ne se connaissent pas, ils se sont peut-être aperçus. Leur point commun ? Ils étaient sur « le vol AF006 Paris-New York » (p. 49) le 10 mars 2021 lorsque le Boeing 787 a été confronté à un immense cumulonimbus, à une tempête de grêle et de fortes agitations. Chaque chapitre est consacré a un personnage et, pour chacun, l’auteur a bien ciblé les choses importantes de leur vie et de leur caractère en peu de pages.

Dans la publication de L’Anomalie de Victor Miesel, très vite publié par les éditions de l’Oranger après le décès de l’auteur, je vois une critique du monde de l’édition, une « évidence nécrophile : la critique, le public vont adorer cette histoire de livre remis juste avant le grand saut. » (p. 82).

Ce qu’il y a d’intéressant dans ce roman, c’est tout ce qui est mis en place par les militaires, les scientifiques et les responsables de toutes les Agences à la McGuire Air Force Base de Trenton dans le New Jersey. Tous essaient de comprendre l’anomalie du 10 mars et du 24 juin. « Mais le protocole 42… On ne peut pas être confronté au protocole 42. » (le professeur Adrian Miller, probabiliste, p. 129).

J’avais regardé l’interview de l’auteur au 28’ sur Arte (lien ci-dessous), j’avais lu et entendu des choses sur ce roman mais rien ne me préparait à ce que j’ai finalement lu (j’avais quand même préservé le maximum avant de le lire) et je peux vous dire ma surprise à la lecture de ce roman extraordinaire, multi-genres, inventif.

C’est pourquoi je ne veux rien divulgâcher mais je peux vous mettre l’eau à la bouche et vous « parler de la ‘réalité’. Toute réalité est une construction, et même une reconstruction. Notre cerveau est scellé dans l’obscurité et le silence de la boîte crânienne, et il n’a accès au monde que par les capteurs que sont nos yeux, nos oreilles, notre nez, notre peau : tout ce que nous voyons, sentons, lui est transmis par des câbles électriques, nos synapses… nos cellules nerveuses. » (p. 165). Ah, vous n’y connaissez rien en sciences… pas grave, vous pouvez bien sûr lire ce roman !

Le passage qui m’a fait sourire. « Le président français parle, parle, avant – fait rare – de laisser la parole au bout de cinq minutes à son conseiller scientifique. Pour ne pas ajouter de l’excentrique à l’incompréhensible, le mathématicien a rogné son aspect de savant fou, troqué sa perturbante lavallière pourpre pour une fine écharpe de soie beige, sans se résigner à décrocher du revers de sa veste une araignée d’argent. » (p. 223-224).

Malheureusement, malgré les protocoles scientifiques et religieux, certains voient l’anomalie comme une abomination mais, comme avec la présentation des protagonistes, l’auteur vise juste, sans complaisance mais sans forcer le trait non plus et invite ses lecteurs à se positionner, à se confronter (soi-même, les autres, la société…).

Un roman que j’ai trouvé excellent, c’est la première fois que je lisais un titre de Hervé Le Tellier et j’en lirai d’autres assurément. Ah, et rien à voir avec Le silence de Don DeLillo (je me posais la question en juillet mais le thème est vraiment différent).

Pour le challenge Littérature de l’imaginaire #9.

Dans la vidéo ci-dessous, vous verrez Hervé Le Tellier à partir de 1’30 jusqu’à 14’00.

Le chameau de la bibliothèque de Karine Guiton

Pour changer de la bande dessinée le mercredi, voici un roman jeunesse amusant et illustré.

Le chameau de la bibliothèque de Karine Guiton.

Didier jeunesse, collection Mon marque-page, juillet 2021, 96 pages, 7,90 €, ISBN 978-2-27812-065-9. Illustrations de Laure du Faÿ.

Genres : littérature française, roman jeunesse, humour.

Karine Guiton naît en 1973 en Vendée. Elle ne veut pas lire durant l’enfance (sa mère est l’institutrice) mais elle devient bibliothécaire et se passionne pour les contes. Elle écrit d’abord des nouvelles pour adultes puis un album illustré pour la jeunesse en 2016, Les tourterelles illustré par Maurèen Poignonec chez La Palissade. La sorcière des marais, paru en mai 2021 chez Didier Jeunesse, est son premier roman et donc Le chameau de la bibliothèque son deuxième roman.

Laure Du Faÿ naît en 1979 à Tours et elle étudie les Arts décoratifs à Strasbourg. Elle est illustratrice pour la jeunesse (chez Amaterra, Bayard, Casterman, Milan, Nathan, Sarbacane, Tourbillon…).

Voici comment commence ce roman (et qui peut servir de résumé en fait). « Monsieur Mache est un chameau très distingué. Il porte un chapeau différent chaque jour et une écharpe de soie assortie. Tous les samedis, il emprunte sept livres à la bibliothèque du village. C’est le lecteur préféré de madame Floris, la girafe bibliothécaire : il est poli (même s’il a parfois mauvais caractère), cultivé et possède une mémoire d’éléphant. Mais monsieur Mache a tout de même un gros défaut : il ne rend jamais tous les documents qu’il a empruntés. Il en manque toujours un ! Chaque fois, le chameau a une bonne excuse : le livre a été volé par un pivert, brûlé dans un barbecue, écrasé par un hippopotame ou oublié dans un train fantôme… » (p. 9-10). Vous comprendrez donc pourquoi madame Floris convoque monsieur Mache dans son bureau ! Et lui retire sa carte de lecteur…

Attention, bibliothèque incroyable, fréquentée par des taupes, des zébus, des kangourous, bref des tas d’animaux, et dont certaines étagères très hautes ne peuvent être consultées que par la girafe et la famille Colibri.

Mais durant la réunion du club de lecture, les animaux s’inquiètent de ne pas voir monsieur Mache… C’est Kika, la fille de madame Floris, qui vend la mèche mais « sans lui, que deviendra le club de lecteurs ? » (p. 50). Et monsieur Mache ne peut pas vivre sans livres : « « Grâce aux livres, je rêve, je m’évade. » (p. 80).

Lisez ce joli roman illustré pour savoir le fin mot de l’histoire !

Le seul point faible… une faute… page 24, il est écrit suspens au lieu de suspense et je ne comprends pas pourquoi les auteurs et les éditeurs ne font pas la différence entre l’expression « en suspens » (dans l’indécision, dans l’incertitude) et le mot « suspense »… Bref, ça ne gâche pas la lecture mais mieux vaut corriger pour les jeunes lecteurs (sinon ils feront la faute à leur tour…).

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 2, un livre dont l’action se passe dans une bibliothèque ou une librairie, ici une bibliothèque, 3e billet), Jeunesse young adult #10 et Petit Bac 2021 (catégorie Gros mot pour Chameau, puisqu’on peut traiter quelqu’un de chameau = acariâtre, sans pitié).

Comme des bêtes de Violaine Bérot

Comme des bêtes de Violaine Bérot.

Buchet-Chastel, avril 2021, 160 pages, 14 €, ISBN 978-2-283-03487-3

Genres : littérature française, roman.

Violaine Bérot naît le 16 juin 1967 à Bagnères de Bigorre. Elle étudie la philosophie à Toulouse mais devient ingénieur en informatique puis professeur. Elle vit dans les montagnes des Pyrénées où elle s’occupe d’animaux et d’enfants. Du même auteur : Jehanne (Denoël, 1995), Léo et Lola (Denoël, 1997), Notre père qui êtes odieux (Baleine, 2000), Tout pour Titou (Zulma, 2000), L’ours, les raisons de la colère (Cairns, 2006), Pas moins que lui (Lunatique, 2013), Des mots jamais dits (Buchet-Chastel, 2015), Nue sous la lune (Buchet-Chastel, 2017) et Tombée des nues (Buchet-Chastel, 2018). Plus d’infos sur son blog.

« Depuis toujours / nous / les fées. / Depuis toujours / au-dessus du monde d’en bas / à observer ce qui se trame. / Nous / les fées / cachées dans la grotte / à l’aplomb de la paroi / discrètes / curieuses. / Nous / les fées / qui du monde d’en bas / aurions tant à raconter. » (p. 9-10).

Un village isolé dans la montagne.

Une institutrice se souvient avoir eu cet enfant en primaire il y a plus de vingt ans. L’enfant ne parlait pas, il grognait si quelqu’un l’approchait, il avait peur des autres et sa mère (Mariette) a refusé de le mettre dans un institut spécialisé puis il n’est jamais revenu à l’école et elle n’a pas eu de nouvelles car l’enfant (surnommé l’Ours) et sa mère habitaient isolés, éloignés du village d’Ourdouch. Mais Albert dit que l’Ours guérit ses bêtes.

Un homme se souvient aussi, il était en classe avec l’Ours. « Je me souviens qu’on avait une trouille énorme de lui. On évitait au maximum de le croiser quand on était seul. Et en même temps, il nous attirait terriblement. » (p. 21). Attraction et répulsion, fascination.

Mais un randonneur a trouvé une fillette de six ans qui jouait avec un âne. Quel lien a-t-elle avec l’Ours ? Est-elle sa fille ? Sa sœur ? S’est-il réellement occupée d’elle ? L’institutrice pense qu’il faut faire parler Mariette : « ce ne peut être que par elle que l’on connaîtra le fin mot de l’histoire. » (p. 15).

La construction de ce roman est impressionnante. Déjà, avant chaque chapitre, il y a une poésie de fées comme une chanson (extrait ci-dessus, en début de billet). Ensuite, chaque chapitre est un témoignage différent sur l’Ours, ce dont le narrateur se souvient, ce qu’il pense, et aussi, on apprend des choses dans le chapitre suivant, donc avec un autre témoin (par exemple, on apprend que l’institutrice s’appelle Mme Lafont lorsque le camarade de classe devenu adulte témoigne, ou que le couple qui a vendu la grange à Mariette s’appelle Dupuy lorsqu’Albert raconte comment l’Ours a soigné ses vaches). En fait, les gens de la vallée sont tous interrogés par les gendarmes. Les témoignages s’imbriquent les uns dans les autres, se complètent même si les avis divergent sur l’Ours et si les questions que chacun se pose sont différentes quant à la fillette.

« Ah, c’est une légende qui se raconte depuis toujours. Que les fées vivaient dans cette grotte parce qu’elle est inaccessible. Qu’elles volaient les bébés dans les villages pour les ramener là-haut. […] Non, on n’y croit pas vraiment, bien sûr. Mais n’empêche que c’est la tradition, la grotte aux fées c’est la grotte des bébés volés. » (un chasseur, p. 51-52).

« Non, j’idéalise pas. Mais c’est peut-être pas facile à comprendre pour vous qui venez de la ville. Les bêtes, les humains, le rapport vous le voyez plus trop. Tout ça c’est plus votre monde, je me doute bien. Pourtant j’idéalise pas, je vous promets. » (Albert dont l’Ours – lui le surnomme le Grand Muet – soigne les bêtes, p. 78).

« Mais non il n’a pas volé cet âne ! Je vous dis que nous l’avons racheté à son propriétaire ! Il n’a rien volé ! » (Mariette, p. 122).

Ouah, ce court roman, tellement profond et tragique, et en même temps tout en délicatesse, je n’ai jamais rien lu de tel. Une ode à la différence, au droit de vivre à la marge (sans faire de mal à quiconque bien sûr). Cette histoire dont l’intensité augmente à chaque page, à chaque interrogatoire, le tout entrecoupé par la poésie des fées, m’a bouleversée et j’espère qu’elle vous bouleversera aussi. Car le lecteur doit « écouter » tous les protagonistes (les malveillants, les neutres et les bienveillants) et tenter de se faire sa propre idée parmi les théories fumeuses voire les rumeurs nauséabondes (d’ailleurs, qui se comportent comme des bêtes ?).

Un roman coup de poing coup de cœur que je mets dans Challenge lecture 2021 (catégorie 43, un livre dont le nom de l’auteur commence par B) et Contes et légendes #3 (légendes de fées).

Mes coups de… 9-2021

Bonsoir, des coups de blues et un coup de cœur quand même et mon fond d’écran d’août.

Coups de blues

Oh non… Jabbour Douaihy, écrivain libanais né en 1949 à Zghorta (au nord du Liban), est mort le 23 juillet 2021. J’avais beaucoup aimé Le quartier américain et la rencontre avec lui en 2016 avait été magnifique. Je suis tellement triste… RIP.

John Cornell, né le 2 février 1941 à Kalgoorlie (Australie), est mort le 23 juillet 2021. Vous ne connaissez peut-être pas son nom mais Crocodile Dundee (1986-1988), c’était lui aux commandes (scénariste, réalisateur et producteur). Toute une époque (l’Australie arrivait sur nos écrans). RIP.

Henri Vernes de son vrai nom Charles-Henri Dewisme naît le 16 octobre 1918 à Ath (Belgique). Il est le papa de Bob Morane et Bill Ballantine en 1953, toute une époque aussi… Il est mort le 25 juillet 2021 à Bruxelles. RIP.

Mo Hayder de son vrai nom Clare Dunkel, née en 1962 à Londres (Angleterre) est morte le 27 juillet 2021. Elle était autrice de romans policiers (plutôt violents), j’avais apprécié Rituel et je veux relire cette autrice. RIP.

Coup de cœur

Mourad, 14 ans, l’hôpital La Timone à Marseille, un piano, une vidéo enregistrée (à son insu) et le succès, bravo !

Et j’en profite pour vous montrer mon fond d’écran d’août, toujours créé par mademoiselle Farfalle.

Journal de bord 7-2021

Bonjour chers visiteurs,

Après le Journal de bord 01-2021, le Journal de bord 02-2021, le Journal de bord 03-2021, le Journal de bord 04-2021, le Journal de bord 05-2021 et le Journal de bord 6-2021, voici le Journal de bord de juillet 2021.

Un mois de juillet qui a commencé bizarrement avec une météo d’automne… puis des journées de chaleur dans la deuxième moitié (30°, 31°, 32°, 35° mais nous avons eu pire les années précédentes), comme d’habitude atelier d’écriture, rendez-vous photographiques, lectures bien sûr (voir ci-dessous) mais aussi deux concerts, le Duo Mathis et le Duo Fazaz, et une belle expo.

Le nouveau challenge auquel je participe (en plus de ceux auxquels je me suis déjà inscrite et qui continuent) : Polar et thriller 2021-2022.

Les livres que j’ai lus : Comme des bêtes de Violaine Bérot (Buchet-Chastel, 2021, 160 pages). La fleur perdue du chaman de K de Davide Morosinotto (L’école des loisirs, 2021, 544 pages). L’anomalie de Hervé Le Tellier (Gallimard, 2020, 336 pages). La cité du Soleil de Tommaso Campanella (1602, 80 pages). Curiosity de Sophie Divry (Noir sur Blanc, 2021, 112 pages). Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi (Ynnis, 2020, 464 pages). Journal d’un jeune naturaliste de Dara McAnulty (Gaïa, 2021, 240 pages). Le Murder Club du jeudi de Richard Osman (JC Lattès, 2021, 432 pages). Le chameau de la bibliothèque de Karine Guiton (Didier Jeunesse, 2021, 96 pages). Soit 2464 pages.

Les BD et mangas : Little Nemo 1905-2005 – Un siècle de rêves (Les impressions nouvelles, 2005, 104 pages). Grand silence de Sandrine Revel et Théa Rojzman (Glénat, 2021, 128 pages). Alerte 5 de Max de Radiguès (Casterman, 2021, 192 pages). SuperGroom 1 – Justicier malgré lui de Vehlmann et Yoann (Dupuis, 2020, 88 pages). La fugue de Pascal Blanchet (La Pastèque, 2005, 136 pages). Soit 648 pages.

Soit 14 lectures dont 5 BD et 3112 pages. Les notes de lectures en retard seront publiées en août.

Le livre que j’ai acheté : le nouveau magazine scientifique Epsil∞n n° 2 d’août 2021 (même si je n’ai pas encore lu le n° 1 paru le mois dernier, simplement feuilleté).

Les films que j’ai vus : Parasite réalisé par Bong Joon-ho en 2019 est un film sud-coréen inclassable mais extraordinaire (j’ai aimé tous ses films que j’ai vus depuis Memories of Murder au début des années 2000). J’ai vu deux films catastrophe norvégiens : Bølgen ou The Wave (La vague) réalisé par Roar Uthaug en 2015 est un film inspiré d’un fait réel (un glissement de terrain et une énorme vague dans le fjord du Tafjord et du Norddalsfjord en 1934, 40 morts) et qui le transpose en 2015 (cette région est sous surveillance car cela peut se reproduire à tout moment) et la suite, Skjelvet ou Quake (Le tremblement de terre) réalisé par John Andreas Andersen en 2018 est du même genre (un tremblement de terre a détruit une partie d’Oslo en 1904) et transposé en 2018 avec les mêmes acteurs principaux (la famille du géologue) et la possibilité d’un tremblement de terre encore plus puissant et dangereux. Ces deux films sont très beaux visuellement : magnifiques paysages du fjord de Geiranger pour Bølgen et visite (dangereuse) d’Oslo pour Skjelvet, et valent bien les films catastrophe états-uniens.

Télévision : comme d’habitude, en soirée avec Arte, documentaire (souvent animalier ou touristique) puis journal télévisé puis 28’ (mais, le dimanche soir, je regarde souvent le journal de France2). Quelques morceaux d’émissions musicales comme Basique ou Taratata (France2) ou des concerts (France2 ou Arte).

Les séries que j’ai vues : j’ai terminé Agatha Raisin saison 3 (France3), Hawaii 5.0 saison 10 (M6, 10 ans avec cette série qui a toujours su se renouveler avec de l’action, de l’humour et de nouveaux acteurs supplémentaires, je suis un peu triste qu’elle soit terminée), La meute, la série policière chilienne (Arte), The Outpost saison 3 (Syfy). Les nouvelles séries sont Most Wanted Criminals, série policière états-unienne en 14 épisodes sur TF1 (je n’avais pas regardé les autres séries avec cet acteur, Julian McMahon, mais ici les enquêtes du FBI sont intéressantes et diversifiées). Prodigal Son saison 2, série policière états-unienne atypique en 13 épisodes. Blacklist saison 7 sur TF1, série policière états-unienne que je retrouve toujours avec plaisir (en replay car elle passe tard…). L’amie prodigieuse saison 2, série dramatique italienne ‘en 8 épisodes (d’après les romans d’Elena Ferrante que je n’ai pas lus) sur France2. Seal Team saison 2, série action (militaire) états-unienne en 22 épisodes, j’avais bien aimé la première saison, les acteurs son attachants, mais il va y avoir des pertes…

J’espère que ce septième Journal de bord de l’année vous a intéressés et je vous souhaite un beau mois d’août.

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Projet 52-2021 #30

Cliquez sur la photo !

Trentième semaine pour le Projet 52-2021 de Ma avec le thème volets.

J’ai pris cette photo dimanche : ce sont les volets de la Maison du gardien au Parc Jouvet (exposition et balade). Il paraît que les volets bleus éloignent les insectes.

Je vous souhaite un bon week-end et, si vous voulez participer, allez voir Ma !

Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi

Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi.

Ynnis, juin 2020, 464 pages, 14,95 €, ISBN 978-2-37697-101-6. Penguin Highway ペンギン・ハイウェイ (2010) est traduit du japonais par Yacine Youhat.

Genres : littérature japonaise, roman jeunesse, science-fiction.

Tomihiko Morimi 森見登美彦 naît le 6 janvier 1979 à Ikoma dans la Préfecture de Nara au Japon. Il fait des études agricoles à l’université de Kyôto. Ses titres précédents sont Taiyô no Tô soit La tour du soleil (2003, grand prix du roman fantasy japonais), Yojôhan Shinwa Taikei soit La Galaxie Tatami (2004, adaptation en anime par le studio Madhouse en 2010) et Yoru wa mijikashi arukeyo otome soit La nuit est courte. Marche, jeune fille (2017, prix Yamamoto Shûgorô). Penguin Highway remporte le Grand prix du roman de science-fiction japonais en 2021 (Grand prix Nihon SF 日本大賞 Nihon esu efu taishô).

Le narrateur, Aoyama, est un garçon de 9 ans en quatrième année d’école élémentaire. Il vit avec ses parents et sa jeune sœur dans une petite maison. « Certes, je suis un génie. Mais cela ne m’empêche pas d’étoffer sans cesse mes connaissances. […] Je le dois à toutes les notes que je prends sans faute tous les jours, ainsi qu’à mes nombreuses lectures. Il y a beaucoup de choses que je veux savoir. Je suis intéressé par l’espace, les organismes vivants, la mer ou encore les robots. […] Je n’ai encore jamais vu la mer mais j’ai pour projet d’y aller prochainement. Il est important de voir les choses en vrai. Observer le monde de ses propres yeux est une méthode inégalable. Être inférieur à autrui n’est pas honteux, mais être surpassé par la personne que l’on était hier l’est. Jour après jour, j’en apprends davantage sur le monde et m’élève au-dessus de celui que j’étais le jour précédent. » (p. 9-10), voici pour vous familiariser avec l’étonnant Aoyama, éveillé, curieux, intelligent (son seul défaut, ben oui, il en a un, il est un peu obsédé par les seins). Son père lui a offert un cahier et lui a dit : « Note tous les jours ce que tu découvres. » (p. 13).

Aoyama vit dans une petite ville avec pas grand-chose, une école, une ligne de bus, un parc Ornithorynque, une clinique dentaire, un centre commercial, une église (une vraie église avec une croix au sommet), un bar Au bord de mer, un canal et une forêt. Un matin de mai, les enfants vont à l’école et aperçoivent une colonie de manchots d’Adélie ! « On aurait dit des êtres vivants à peine débarqués d’une lointaine planète et totalement inadaptés à notre monde. » (p. 17). Que font ces manchots de l’Antarctique dans cette ville de banlieue qui n’est même pas en bord de mer ? Mais le soir, ils ont disparu… avant de réapparaître tout aussi subitement !

Aoyama a un meilleur ami, Uchida, avec qui il élabore le projet Amazone : remonter le long du canal pour trouver sa source et explorer les environs pour créer une carte. Uchida élève un bébé manchot trouvé sur le parking de son immeuble. « Peux-tu garder secrète la présence de ce manchot ici ? – Je te le promets. Je suis un garçon capable de garder un secret. » (p. 105). Il se lie avec une jeune femme qui travaille à la clinique dentaire (on ne saura pas son nom). Ensemble, ils vont étudier les manchots et attirer l’attention d’une copine de classe qui joue aux échecs, Hamamoto, qui fait des recherches sur une boule bizarre en suspension dans l’air qu’elle appelle la Mer. « Elle était sacrément étonnante. » (p. 156).

Pour Aoyama, Uchida et Hamamoto, c’est tout un été de mystères… « Il y en a de curieuses histoires depuis l’apparition des manchots, souffla ma mère. » (p. 331).

Je l’ai déjà dit, j’aime l’irruption du fantastique dans le quotidien dans la littérature japonaise (bon, il y a aussi d’autres genres que j’apprécie dans la littérature japonaise comme l’intime ou le polar, entre autres) mais le fantastique dans le quotidien, c’est quelque chose de récurent (y compris dans le polar ou autres genres littéraires japonais), Haruki Murakami est un des maîtres pour cela. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos manchots, ou à nos pingouins, ce n’est pas grave. En tout cas, vous pouvez vous joindre à Aoyama et à sa petite équipe pour enquêter, découvrir, comprendre, bon, peut-être pas tout, ça reste des enfants et les événements sont plutôt incompréhensibles ! Le mystère des pingouins, c’est l’intelligence et la fraîcheur dans cette chaleur estivale (je parle de l’été dans le roman mais c’est finalement l’été ici aussi), vous mangerez bien quelques glaces, ferez quelques balades en voiture avec le père, fuirez devant les tortionnaires de l’école (une bande de grands, bêtes et méchants), ah et, désolée, mais vous passerez chez le dentiste aussi. Action, aventure, fantastique, humour (japonais, ça change de l’humour anglais ou de l’humour belge, je vous préviens), amitié et mystère sont au rendez-vous de ce roman très bien écrit et surtout très bien traduit. Si vous n’aimez pas les enfants intelligents, extravertis, différents, Aoyama peut vous énerver mais ce serait vraiment dommage car, comme le dit l’éditeur, c’est une « œuvre poétique, intime et écologique […] qui a inspiré le film d’animation de Hiroyasu ISHIDA, lauréat du prix Satoshi Kon. » (et qui a aussi inspiré un manga de Keito Yano) alors ne vous privez pas et émerveillez-vous !

Le fait d’avoir vu la bande annonce (ci-dessous) me donne très envie de voir le film d’animation (en VO bien sûr).

En attendant, je mets cette lecture dans Challenge lecture 2021 (catégorie 12, un livre d’un auteur japonais, 3e billet), Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Pingouins).

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Le jeudi, c’est musée/expo #29

Je vous présente l’expo que je suis allée voir dimanche à la Maison du Gardien au Parc Jouvet (Valence) : De l’intérieur à l’extérieur (du 7 juin au 31 juillet 2021) : une rencontre aux confins de trois univers proposée par Guillermo Labastida dit Memo (artiste peintre et plasticien, c’est lui qui était présent ce jour-là), Raymond Ponson (auteur) et Jean-François Tixier (photographe).

« Leur univers tourne autour des 4 éléments : l’air, l’eau, la terre, le feu. Faire entrer à l’intérieur des ‘morceaux’ d’extérieur pour amener le public à un voyage introspectif et intime tourné vers soi, pour mieux s’ouvrir au monde qui nous entoure. Un monde végétal, minéral, animal né des 4 éléments. »

Cette exposition m’a plu par son originalité et l’inventivité des trois artistes (complémentaires). Voici quelques photos dont celle de mon œuvre préférée (ci-dessus) mais il y avait plusieurs autres œuvres qui méritent d’être vues.

Le Baron Perché de Claire Martin

Le Baron Perché de Claire Martin.

Jungle (Steinkis), janvier 2021, 128 pages, 16,95 €, ISBN 978-2-82222-998-2.

Genres : bande dessinée française, histoire.

Claire Martin étudie à l’École Émile Cohl et obtient un diplôme de dessinateur concepteur en 2019. Elle est autrice et illustratrice. Le Baron Perché est sa première bande dessinée, une adaptation de Il Barone Rampante (1957) d’Italo Calvino. Plus d’infos sur son blog.

Ombreuse, en Italie, au milieu du XVIIIe siècle. Côme et Blaise Laverse du Rondeau vivent dans un beau domaine avec leurs parents, Konradine et Arminius, Baron d’Ombreuse. L’aîné, Côme, 12 ans, est en conflit avec son père et s’enfuit du manoir pour vivre dans les arbres. « Je ne mettrai plus jamais les pieds sur le sol. Désormais, je ne vivrai que dans les arbres. » (p. 14), d’où son surnom de Baron Perché.

Il rencontre Violette qui vit chez sa tante et une bande d’enfants pauvres qui volent des fruits et qui surnomment Violette, La Capelinette.

Les années passent (dans les arbres). Côme mûrit, il construit une maison perchée, il adopte un chien qu’il appelle Optimus Maximus, il chasse et aide les pauvres, il accueille « Jean des Bruyères, le célèbre brigand » (p. 46) dont la passion est en fait de lire des romans et l’été de ses 18 ans, il empêche même le feu de ravager la forêt et le village avec l’aide des villageois.

Mais, un jour, il apprend que des réfugiés espagnols vivent un peu plus loin, eux aussi dans des arbres.

J’ai tout aimé dans cette bande dessinée, l’histoire (je n’ai pas lu le roman de Calvino mais je me le note !), les dessins, les couleurs, l’ambiance, l’humour (Côme est perché dans les arbres mais il est aussi un peu parfois perché dans sa tête !). Ce conte philosophique montre la liberté, l’indépendance et la conviction de Côme qui ne dérogera jamais à la règle de ne plus jamais mettre les pieds sur le sol. Pour ça, il va devoir être inventif et il y a des moments drôles. Il va aussi découvrir les auteurs français des Lumières, l’amitié, l’amour, la solidarité avec les villageois ou les réfugiés espagnols.

Une très belle bande dessinée que je vous conseille donc vivement et que je mets dans les challenges classiques : 2021 cette année sera classique et Les classiques c’est fantastique (puisque cette BD est une adaptation d’un roman italien paru en 1957), les challenges bandes dessinées : BD et La BD de la semaine (bien qu’en pause estivale) ainsi que dans Challenge de l’été #2 (Italie) et Jeunesse young adult #10.