La Fleur de Dieu de Jean-Michel Ré

La Fleur de Dieu de Jean-Michel Ré.

Albin Michel Imaginaire, mai 2019, 350 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-226-44236-9.

Genres : littérature française, science-fiction, space opera.

Jean-Michel Ré naît en 1973 à Nice. Il étudie l’agriculture et l’Histoire. Il est professeur de français en Ardèche et gère « un projet de jardin pédagogique agro-forestier autour de la production de plantes aromatiques et médicinales ». La Fleur de Dieu est son premier roman.

An 10996. La Terre Primale existe toujours mais l’humanité a essaimé dans tout l’univers connu. L’Imperium, qui dirige tout, a été fondé en 2750. Les humains sont reconnus par religions gérées par le concile œcuménique (l’Ordo qui décide du dogme commun à toutes les religions) : les chrétiens, les musulmans, les scientistes, les bouddhistes, le peuple d’Israël (par ordre d’apparition dans le roman et je pense par ordre d’importance selon le nombre de membres) pour les « églises majeures » ; les shintôs et les autres croyants « souvent polythéistes et animistes » (p. 42) pour les « églises mineures ». Mais, sous l’impulsion du Seigneur de Latroce, un général de guerre (de l’Empereur Chayin Xe du nom), des humains de toutes confessions fomentent un complot contre l’Empire. Et, cerise sur le gâteau, un groupe anarchiste, Fawdha’ Anarchia, a volé la formule de la Fleur de Dieu (juste avant les Fêtes de la Floraison) et veut, non pas la vendre pour s’enrichir, mais la mettre à disposition de tous ! « Un groupe de terroristes vient de s’emparer de la Formule de la Fleur de Dieu. » (p. 47). Mais, comment tout contrôler et tout savoir alors qu’il y a des « milliards d’êtres humains sur une multitude de mondes à travers l’Empire. » (p. 53) ? L’Empire emploie des Veilleurs, des Inquisiteurs et des clones de combat équipés de bio-armure et de micro-puce… Mais il y a aussi une Diaspora, c’est que « nombre d’humains sont sortis des circuits légaux pour, de leur propre initiative, tenter des expériences de vies alternatives sur des mondes non encore répertoriés. » (p. 78).

Ce roman (qui par certains côtés m’a fait penser à Star Wars avec son Empire galactique qui veut tout gouverner, tout contrôler et à Dune avec son Épice gériatrique produite par les vers de sable de la planète Arrakis) est brillamment construit même si j’ai eu quelques difficultés avec les noms (de personnes, de lieux…) qui sont un brin compliqués ! En fait, en lisant ce roman, le lecteur perd tous ses repères ! L’an 10996, c’est loin, vraiment très loin, et les planètes sur lesquelles vivent les humains sont étranges, avec une végétation pour la plupart inconnue. Et il y a un personnage appelé L’Enfant, est-il jeune ou vieux, on ne sait pas trop mais il a des pouvoirs extraordinaires et il peut consommer la Fleur de Dieu au naturel. C’est un de mes deux personnages préférés (il est intrigant), le deuxième étant Kobayashi, un moine soufi-shintô. « Que l’avenir te soit doux, Laërtio. Je t’amène celui que nous attendions. » (L’Enfant, p. 236). Science-fiction, anticipation lointaine, space opera, aventure, sciences et technologie, politique, sociologie, économie, religions, réflexion philosophique, quelle richesse !

Mais, pour en arriver là, en 10996, les humains ont besoin d’un passé, du moins le lecteur a besoin de comprendre le passé de ces humains du futur pour comprendre leur présent ! Entre chaque chapitre est intercalé un extrait d’une œuvre historique, les plus importants – à mon avis – étant celui pages 91-92 et celui page 189. Voici les deux extraits.

1- « Le XXIe siècle aurait dû être spirituel selon les aspirations de certaines classes sociales de cette époque lointaine. Mais, loin d’une spiritualité cathartique, ce siècle a surtout été d’une religiosité exacerbée qui a plongé certains peuples dans des abîmes d’obscurantisme culturel et social ainsi que dans des théocraties totalitaires fleurissant dans ces périodes troublées. […] En ajoutant à cela les différents renversements de valeurs tant sémantiques que sociologiques ou idéologiques orchestrés par les tenants du néolibéralisme, on aboutit à la redéfinition de l’essence même de l’être humain et de son existence… Ainsi, a pu se construire de toutes pièces, sur la base des expériences passées, un État totalitaire hyperpolicé ou la surveillance de la personne est devenue omniprésente et perpétuelle, enfouie jusqu’au plus profond de notre pensée. Ainsi, également, a-t-on pu inventer, pour les masses, des loisirs et des buts artificialisés à l’extrême, aptes à faire oublier ne serait-ce qu’un instant l’oppression définitive à laquelle est voué l’être humain… Nous avons là toutes les pièces assemblées pour préparer la période sombre de l’Empire universel, période durant laquelle les droits de l’homme ont été bafoués avec un cynisme et une violence jamais observés auparavant dans l’Histoire. In Histoire critique de l’Empire universel, Sandrum Fryuio, A.D. 7974, Éd. Anarchie Vaincra » (p. 91-92).

2- « Les démocraties totalitaires qui virent donc le jour au XXIe siècle ont semé les ferments de l’Empire et de son régime absolutiste, libéral et ultrasécuritaire tel que nous le connaissons aujourd’hui. C’est à cette époque qu’ont été expérimentées ce qui allait devenir les armes de la machine implacable que constituent tous les rouages du pouvoir impérial, à savoir le génie génétique, les technologies de l’information appliquées au contrôle des personnes, la visibilité de tous les moyens de surveillance pour dissuader tout écart, une omniprésence des Veilleurs et autres organismes de contrôle des ondes cérébrales par l’intermédiaire du Rez0… Tout un arsenal qui vise à briser les volontés, broyer les libertés et finalement à détruire toute humanité. In Leçon du chaos, O.I. 9679 » (p. 189).

Vous voyez, on y est presque ! Il n’y a pas encore un unique État totalitaire mondial, un Empire (quoique au niveau commercial…) mais on y sera peut-être bientôt, ou plus tard, peu importe, l’auteur raconte un de nos futurs possibles, et le lecteur est… « rassuré » (d’une certaine façon) car il comprend comment les humains en sont arrivés où ils en sont… Mais, en même temps, le lecteur se dit qu’il faut faire machine arrière maintenant pour ne pas en arriver là car, finalement, tout a commencé au XXIe siècle !

Quant à la plante appelée Fleur de Dieu, c’est énorme : 22500 molécules, toutes cryptées différemment et ayant « plusieurs millions d’applications thérapeutiques possibles » (p. 108) ! Pourrait-elle libérer les humains de l’emprise des religions, du joug de l’Imperium ? Possible… Mais, après plus de 8000 ans de totalitarisme, la technologie est omniprésente (neurocom, vitesse supraluminique, accélérateurs de particules, etc.) et les humains sont démunis, abrutis par des images incessantes et isolés les uns des autres sur tellement de planètes… (près de vingt-mille mondes). « Ne comprenez-vous pas que nous sommes en guerre ? » (p. 156).

La Fleur de Dieu est un roman exigeant mais passionnant et fascinant, un space opera ambitieux et si vous le lisez, vous aurez sûrement, comme moi, hâte de lire la suite puisque c’est le premier tome d’une trilogie. Le tome 2, Les Portes Célestes, était annoncé pour novembre 2019 (tiens, il faut que je vois s’il est paru… oui il est paru !) et le tome 3, Cosmos Incarné, est annoncé pour février 2020 (c’est tout bientôt !).

Le petit point négatif : il y a un glossaire conséquent (p. 283-329) et je n’aime pas quitter ma lecture pour faire des allers-retours en fin de volume… Mais c’est peut-être un détail pour vous ! En tout cas je remercie vivement Albin Michel Imaginaire pour ce roman (photo ici, 3e photo).

Je n’ai pas l’habitude de faire des liens mais en voici quelques-uns : Anne-Laure (Chut… Maman lit !), Anudar, Célindanaé (Au pays des Cave Trolls), Le Chien Critique, Dionysos (Bibliocosme), Lutin (Albédo), Marc Le Chroniqueur (analyse poussée), Yogo (du Maki), Zina (Les Pipelettes en parlent).

Une lecture idéale pour le challenge Littérature de l’imaginaire #8.

Terminus de Tom Sweterlitsch

Terminus de Tom Sweterlitsch.

Albin Michel Imaginaire, mai 2019, 448 pages, 24,90 €, ISBN 978-2-226-43993-2. The Gone World (2018) est traduit de l’américain par Michel Pagel.

Genres : littérature états-unienne, roman policier, science-fiction.

Tom Sweterlitsch étudie la littérature et la théorie culturelle à l’Université Carnegie-Mellon à Pittsburgh (Pennsylvanie) où il vit avec sa famille. Il travaille comme bibliothécaire puis écrit un premier roman, Tomorrow and Tomorrow qui devrait être porté à l’écran par Matt Ross. Terminus est son deuxième roman et sera lui aussi porté à l’écran mais par Neill Blomkamp (très bonne idée, j’ai beaucoup aimé District 9 et Elysium !). Une interview de l’auteur est disponible sur le site de l’éditeur [lien].

Shannon Moss, 27 ans, est une agent spéciale du NCIS (Naval Criminal Investigation Service). Elle est dans un programme ultra-secret créé au début des années 1980 : des agents temporels explorent des futurs potentiels et ont vu que la fin de toute vie sur Terre serait au XXVIIe siècle. Mais, après une mission qui l’envoie en 2199, Shannon se voit pendue la tête en bas… Elle est récupérée par une équipe mais elle souffre d’hypothermie, de graves brûlures, d’amnésie et elle perd une jambe. Elle est de plus contaminée par des NET, des particules : « – Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que c’est que ces NET ? Qu’est-ce qu’il y a en moi ? […] – On ne sait pas d’où elles viennent ni ce qu’elles veulent, répondit son instructeur. Elles ne veulent peut-être rien du tout. On les appelle nanoparticules à effet tunnel, et on les pense extra-dimensionnelles – jaillies du Trou Blanc, le deuxième soleil que vous avez vu. À un point de notre futur, elles provoquent l’événement que nous appelons le Terminus. » (p. 18). Mais, à chaque visite dans un futur potentiel, les agents racontent que la date du Terminus avance et ce de plus en plus rapidement.

1997. Shannon est appelée en pleine nuit car Patrick Mursult, 48 ans, un Navy Seal, a massacré sa famille (son épouse, leur fils, leur fille) à Cricketwood Court à Canonsbourg. Or, c’est là que Shannon a grandi et la maison était celle de la famille de son amie d’enfance, Courtney Gimm, assassinée à l’âge de 16 ans. Marian, 17 ans, la fille aînée de Mursult, a disparu. Shannon est envoyée dans le futur (en 2015-2016) à bord du Colombe Grise pour découvrir des informations et essayer de sauver Shannon. C’est que Mursult a été agent temporel pour les missions du Zodiaque mais le vaisseau sur lequel il servait, l’USS Balance a disparu dans les Eaux Profondes, comme huit vaisseaux sur les douze envoyés. Comment Mursult a-t-il pu revenir sur Terre et fonder une famille ? Et est-il raisonnable de ramener de la technologie du futur pour l’utiliser dans le présent ?

Ce roman, à la fois enquête policière et à la fois science-fiction, avec le thème du voyage dans le temps, est parfaitement construit. Il y a des mots comme multivers, quantique, Vardogger… mais rien de compliqué à comprendre, c’est avant tout un genre de thriller avec le FBI et le NCIS. Il y a de plus des passages poétiques qui atténuent l’horreur de la situation (ou plutôt des situations, puisque futurs potentiels !). « Moss savait que des montagnes se dressaient autour d’elle mais ne les voyait pas – sinon comme des poches d’obscurité gigantesques qui éteignaient les étoiles. » (p. 81).

Ma phrase préférée. « Rien ne disparaît, rien ne s’achève. Tout existe. Tout existe à jamais. La vie n’est qu’un rêve, Shannon. Le moi est l’unique illusion. » (docteur Wally Njoku, p. 116).

Une fois n’est pas coutume, je ne sais pas si ce roman passionnant et vraiment original fait l’unanimité mais voici les avis d’Albédo, d’Apophis, de Dionysos, de Lorkhan, de Xapur qui ont été scotchés et il y en a d’autres.

Une excellente lecture pour Littérature de l’imaginaire #7 et Polar et thriller 2019-2020.

La dame au petit chien arabe de Dana Grigorcea

La dame au petit chien arabe de Dana Grigorcea.

Albin Michel, août 2019, 140 pages, 15 €, ISBN 978-2-226-44101-0. Die Dame mit dem Maghrebinischen Hündchen (2019) est traduit de l’allemand par Dominique Autrand.

Genres : littérature suisse, littérature de langue allemande.

Dana Grigorcea naît le 11 novembre 1979 à Bucarest (Roumanie). Elle vit maintenant en Suisse, à Zurich. Elle est philologue (spécialiste des philologies allemande et néerlandaise) et autrice  (deux précédents livres ne sont pas traduits en français). Plus d’infos (en allemand) sur son site officiel, https://www.grigorcea.ch/.

Printemps, bords du lac, Zurich. Anna, célèbre danseuse, mariée à un médecin, promène le petit chien qu’elle a ramené d’Algérie. Elle rencontre Gürkan, un jardinier Kurde de Turquie, marié et père de trois enfants. « […] c’est une belle journée, avec un soleil radieux et des cygnes blancs sur le lac, dans une des plus belles villes du monde, peuplée de gens affables et apparemment insouciants. » (p. 15). Ils vont devenir amants et se voir tous les jours mais Gürkan n’est pas habitué aux relations extraconjugales. « Il ne fallait pas se sentir coupable de tout, s’empoisonner la vie. Qu’avaient-ils fait de mal ? C’était la nature. L’être humain est rempli d’envies et de désirs. Pourquoi aller contre ? Serait-il plus honnête de se renier soi-même. » (p. 30-31).

Mais ils ne sont pas du même monde (Anna et son mari ont des amis aisés, amateurs d’art) et Anna va se lasser. « Quand un mois se serait écoulé, se disait Anna, le souvenir de Gürkan serait aussi lointain qu’une hirondelle envolée. » (p. 55). Pourtant, un jour d’été, en Italie, elle se rend compte qu’elle pense toujours à Gürkan. « Penser à Gürkan était une évidence. » (p. 68). Et finalement, elle ne supporte plus sa vie artistique et futile. « Cette nuit-là, Anna n’arrivait pas à dormir. De temps en temps elle réveillait son mari et se plaignait d’avoir du mal à respirer. Ce n’était pas tant la chaleur qui étouffait, c’était le silence. » (p. 83).

L’éditeur dit que ce roman est un hommage à Anton Tchekhov, effectivement il est tout en finesse et délicatesse. Et ce roman, très agréable à lire, sur deux saisons, printemps et été, est une jolie histoire d’amour moderne. Le petit chien, tout mignon, a sa place dans le roman, il est l’élément déclencheur. Une chouette découverte et sûrement une romancière à suivre. Un détail : je pense que La dame au petit chien maghrébin plus proche du titre original aurait été préférable.

Une agréable lecture donc pour le challenge 1 % Rentrée littéraire 2019 que je mets dans Voisins Voisines 2019 (Roumanie/Suisse).

L’appartement du dessous de Florence Herrlemann

L’appartement du dessous de Florence Herrlemann.

Albin Michel, février 2019, 252 pages, 18 €, ISBN 978-226-43666-5.

Genres : littérature française, roman épistolaire.

Florence Herrlemann naît à Marseille ; elle vit à Lyon et se rend régulièrement à Paris pour son travail. Elle apprend le théâtre, la musique, la sculpture et devient réalisatrice. Son premier roman, Le festin du lézard, paraît en avril 2016 chez Antigone 14.

Un immeuble cossu du quartier du Marais à Paris.

« Je pourrai, si vous le souhaitez, vous suggérer des lectures. J’aime lire, je lis tout ce qui ne me tombe pas des mains. Éclectique mais sélective ! […] Littérature, musique, chat. Voilà un triptyque essentiel au bon entretien de nos neurones. » (p. 10). Extrait de la première lettre que Hectorine, la doyenne de l’immeuble, envoie à la jeune voisine (Sarah) qui vient d’emménager au-dessus de chez elle. Hectorine a bientôt 104 ans et Sarah en a 30. Elles ne se connaissent pas, elles se sont à peine aperçues lors de l’emménagement de Sarah. Lorsque la trentenaire reçoit la première lettre de la centenaire, elle ne répond pas mais la vieille dame se se décourage pas et se montre insistante (c’est qu’elle a des choses à raconter). « Pourquoi vous obstinez-vous à vouloir m’écrire et me lire ? Pourquoi épiez-vous mes allées et venues ? Qu’attendez-vous de moi ? » (p. 49).

Les relations épistolaires entre les deux femmes ne sont pas au beau fixe mais elles vont évoluer de façon surprenante. Pour le plus grand plaisir des lecteurs ! « Quand tout devient sombre, quand on ne saisit plus réellement le sens de l’existence, il est bon de savoir s’arrêter. Ne plus penser à rien d’autre qu’à l’instant présent. » (p. 213).

L’appartement du dessous est un roman atypique, uniquement épistolaire, et surtout avec une chute stupéfiante : à découvrir donc ! Quand une petite histoire se retrouve connectée avec la grande histoire.

Et je me rappelle que je voulais lire Le festin du lézard mais je ne l’ai pas trouvé en librairie et la médiathèque ne l’a pas acheté, dommage.

Une excellente lecture de la Rentrée littéraire de janvier 2019.

Hamish Macbeth 2 – Qui va à la chasse de M.C. Beaton

Hamish Macbeth 2 – Qui va à la chasse de M.C. Beaton.

Albin Michel, avril 2019, 288 pages, 14 €, ISBN 978-2-22643-593-4. Death of Cad (1987) est traduit de l’anglais par Marina Boraso.

Genres : littérature écossaise/anglaise, roman policier.

M.C. Beaton… Je remets ce que j’avais déjà écrit pour La quiche fatale (Agatha Raisin enquête) en juin 2017 et pour Hamish Macbeth, 1 – Qui prend la mouche avant-hier. M.C. Beaton naît en 1936 à Glasgow : elle est donc née Écossaise ! Mais elle épouse un Anglais et le couple a un fils. M.C., c’est pour Marion Chesney. Elle écrit sous plusieurs pseudonymes dont M.C. Beaton. Ses spécialités : la romance et les mysteries.

Priscilla Halburton-Smythe, 23 ans, journaliste, se rend avec son fiancé, Henry Withering, dramaturge londonien, dans le nord-ouest de l’Écosse pour le présenter à ses parents à Tommel Castle. Après un voyage éprouvant (plus de 900 km), Henry apprécie enfin le paysage avec le village de Lochdubh (celui où on vit dans Hamish Macbeth, 1 – Qui prend la mouche). « Que c’est beau ici. Tu veux bien t’arrêter un moment ? » (p. 22) ; « Londres me semble tellement loin, fit-il, autant pour lui-même que pour Priscilla. Comme un autre pays, un monde truqué, plein de vacarmes, d’agitation et d’intrigues. » (p. 23). Les deux tourtereaux découvrent au château de nombreux invités… La chasse à la grouse a été annulée à cause du déclin de l’espèce mais le capitaine Bartlett, odieux personnage, a fait le pari qu’il serait le premier à tuer un couple de grouses. Lorsqu’il est retrouvé mort, l’inspecteur-chef Blair conclut à un accident mais Hamish, intrigué, continue les recherches avec son chien, Towser. « Il y a eu homicide, déclara-t-il. Le capitaine Peter Bartlett a été assassiné. Et j’en détiens la preuve formelle. […] Aye, je dois quand même dire que le crime était presque parfait. » (p. 103). « C’est étrange dit-il enfin [le commissaire Chalmer qui a repris l’affaire après Blair], que toutes ces personnes qui détestaient légitimement Bartlett se soient trouvées réunies sous le même toit. » (p. 164). Plus l’enquête avance, plus la relation entre Priscilla et Henry se dégrade.

J’ai préféré cette histoire à Qui prend la mouche. Pourquoi ? Peut-être parce que je l’ai lue en premier et que ce fut une surprise de découvrir Hamish Macbeth et Priscilla Halburton-Smythe (ils sont amis d’enfance et le policier est secrètement amoureux d’elle). Peut-être parce que la traduction est plus fluide et dynamique (la traductrice est différente). En tout cas, j’ai apprécié cette enquête mais je n’aime ni la chasse ni la pêche et je ne sais pas si cette série (datée années 80, comme je le disais déjà pour Qui prend la mouche) est faite pour moi. Je pense que les deux premiers tomes pour découvrir me suffiront car c’est moins drôle et moins percutant qu’Agatha Raisin. Toutefois j’ai appris pas mal de choses sur l’Écosse et son aristocratie. Une série à découvrir si vous êtes curieux ou si vous aimez l’Écosse ou si vous êtes absolutly fan de M.C. Beaton !

Une lecture pour le Mois anglais donc et Voisins Voisines 2019 (Écosse / Angleterre). Sans oublier le challenge Polar et thriller 2018-2019.

Hamish Macbeth, 1 – Qui prend la mouche de M.C. Beaton

Hamish Macbeth, 1 – Qui prend la mouche de M.C. Beaton.

Albin Michel, avril 2019, 252 pages, 14 €, ISBN 978-2-22643-592-7. Death of a Gossip (1985) est traduit de l’anglais par Karine Guerre.

Genres : littérature écossaise/anglaise, roman policier.

M.C. Beaton… Je remets ce que j’avais déjà écrit pour La quiche fatale (Agatha Raisin enquête) en juin 2017. M.C. Beaton naît en 1936 à Glasgow : elle est donc née Écossaise ! Mais elle épouse un Anglais et le couple a un fils. M.C., c’est pour Marion Chesney. Elle écrit sous plusieurs pseudonymes dont M.C. Beaton. Ses spécialités : la romance et les mysteries.

John et Heather Cartwright dirigent l’école de pêche à la mouche de Lochdubh (à l’extrême nord-ouest de l’Écosse). « Hamish hocha la tête. […] Un sombre pressentiment le tenaillait. Quelque chose ne tournait pas rond dans ce stage de pêche, mais quoi, exactement ? » (p. 79). Et effectivement, une des participantes, Lady Jane Winters, une femme détestable, est retrouvée morte dans la Keeper’s Pool et ce n’est pas un accident puisque « Un bas de ligne es enroulé autour de son cou. Elle a été étranglée. Et ce n’est pas tout… […] On lui a ligoté les chevilles avec une chaîne ! » (p. 123). Mais, alors que le policier du village, l’unique policier du village !, Hamish Macbeth, commence son enquête, l’inspecteur en chef Blair et ses collègues de la PJ, Anderson et MacNals, débarquent de Strathbarie. « Écoutez, mon vieux, je ne suis pas certain que vous ayez l’expérience nécessaire pour résoudre un crime pareil. Laissez-nous faire : on en a vu d’autres, mes hommes et moi. » (p. 137). Mais Hamish et son chien, Towser, ne vont pas se laisser marcher sur les pieds et les pattes ! D’autant plus que Priscilla Halburton-Smythe, la fille des châtelains, va les aider.

Alors, j’ai bien aimé et j’ai appris plein de choses sur l’Écosse et sur la pêche à la mouche (une activité qui ne m’intéresse normalement pas du tout) mais, soyons clairs, c’est beaucoup moins drôle qu’Agatha Raisin ! La série Hamish Macbeth date (années 80), il y a des références à Lady Di, Margaret Thatcher et il n’y a aucune technologie (pas d’ordinateurs et encore moins de téléphones portables) : ce n’est pas un reproche mais les plus jeunes lecteurs vont-ils accrocher ? Je pense qu’avec le succès d’Agatha Raisin, Hamish Macbeth a été traduit mais cette série aurait dû l’être dans les années 80-90 pour plaire réellement au lectorat. Et puis, une série en 35 tomes (en 2018), c’est trop long pour moi… Mais j’ai également lu Qui va à la chasse (en fait je l’ai lu en premier) et je vais rédiger ma note de lecture pour le Mois anglais avant la fin du mois.

Une lecture pour le Mois anglais donc et Voisins Voisines 2019 (Écosse / Angleterre). Sans oublier le challenge Polar et thriller 2018-2019.

Le prix de Cyril Gely

Le prix de Cyril Gely.

Albin Michel, janvier 2019, 224 pages, 17 €, ISBN 978-2-226-43710-5.

Genres : littérature française, roman scientifique.

Cyril Gely naît le 23 mars 1968 à Boulogne-Billancourt. Il étudie le commerce et la finance mais se lance dans une carrière de comédien et de metteur en scène de théâtre (Signé Dumas en 2003, Diplomatie en 2011) puis de scénariste (Chocolat en 2016). Il est auteur de romans depuis les années 90 : La traversée (Spengler, 1995), Le cercle de pierre (Anne Carrière, 1997), Poétique du combat (Krakoen, 2009), Toujours libre, la saga des Saint-Quare (Le Rocher, 2014), Fabrika (Albin Michel, 2016) et c’est un écrivain que je ne connaissais pas avant Le prix !

10 décembre 1946, Grand Hôtel de Stockholm. L’Allemand Otto Hahn, 67 ans, doit recevoir le Prix Nobel de Chimie « pour sa découverte de la fission nucléaire » (p. 18) mais « Nul ne sait ce que nous réserve le passé. » (p. 11). L’Autrichienne Lise Meitner a travaillé pendant plus de trente ans avec le scientifique au Kaiser-Wilhelm-Institut de Berlin sur la physique atomique et elle n’était pas une simple assistante alors ce Prix Nobel, elle devrait le recevoir aussi ! Mais, comme elle a dû fuir l’Allemagne en juillet 1938 et se réfugier en Suède, elle est éliminée de l’histoire scientifique… « Hahn sort de sa douche et s’observe un court instant dans le miroir. Il peut se regarder sans frémir. Ce qui s’est passé en Allemagne pendant la guerre a certes été horrible, mais il ne se sent ni coupable, ni responsable. » (p. 17). Edith, l’épouse d’Otto est dans la chambre d’à côté et elle se doute que Lise va rendre visite à son mari avant la remise du prix.

Petit clin d’œil : dans la chambre d’Otto, il y a une copie du tableau Tempête de neige en mer de William Turner. La tempête ici, elle est dans la chambre d’hôtel, elle est dans les âmes.

Huis-clos glaçant, souvenirs et règlements de comptes, chacun (Lise et Otto) campe sur ses positions. Mais « La mémoire nous joue parfois de drôles de tours […]. » (p. 58). « Au moins, dit-il en quittant la fenêtre, aucun de nos scientifiques n’a du sang sur les mains. – Aucun ? – Pas un seul. – Si avoir du sang sur les mains, c’est tuer quelqu’un, tu as sans doute raison. Si, en revanche, c’est dénoncer les gens, fabriquer des bombes ou favoriser l’eugénisme, les scientifiques dont tu parles n’ont rien à envier aux assassins. » (p. 41). C’est que les scientifiques allemands, même s’ils n’adhéraient pas aux idées du parti nazi, ont participé à l’Uranprojekt car Hitler voulait absolument la bombe, dès 1942, mais Otto poursuit : « […] qu’on luttait de toutes nos forces pour ne pas livrer la bombe. Qu’on traînait les pieds. Qu’on inventait toutes les excuses du monde pour justifier nos retards. Hitler hurlait. Hitler entrait dans des rages folles. Mais nous avons tenu bon. Et je peux t’affirmer en te regardant droit dans les yeux : nous les scientifiques allemands, n’avons pas de sang sur les mains ! » (p. 95). Otto Hahn est-il sincère ? Dit-il la vérité ou veut-il simplement se justifier, se dédouaner ? En tout cas, « Huit ans qu’elle attendait cette entrevue, qu’elle l’imaginait jour après jour. Elle avec Hahn. Elle contre Hahn. Huit ans. Et ce jour est enfin arrivé. » (p. 63). Et il n’est pas facile – sinon impossible – de simplement tourner la page, de tout oublier et de continuer à vivre comme si rien ne s’était passé ! « Tu ne mérites pas le Nobel. Ni aucun autre prix. » (p. 124). L’excuse, la piteuse excuse, d’Otto… : « Tu étais juive, Lise, lâche-t-il finalement. Je ne pouvais pas associer mon nom au tien. » (p. 175).

Voilà, tout est dit… Lise était femme et juive… Ce roman atypique (inspiré de personnages et de faits réels) et impressionnant de rigueur remet, avec Lise Meitner, la place de la femme dans le monde scientifique. J’ai l’impression que les auteurs parlent peu des femmes dans la science. Bien sûr, il y a des exceptions avec des noms très connus comme celui de Marie Curie (qui travaillait avec son mari) mais, en général, les femmes sont mises de côté et travaillent dans l’ombre d’un homme (père, frère, époux)… Alors, à l’heure où on apprend que, par exemple, de nombreuses femmes ont fait progressé l’informatique avant que les hommes ne prennent le pouvoir dans cette branche scientifique et technologique, il est bon de savoir que de nombreuses femmes étaient (sont !) douées pour les sciences, ont fait avancer les choses (parfois seules) et que la science n’est pas (du tout) une affaire d’hommes !

Un roman de la Rentrée littéraire de janvier (mais, comme je le disais hier, je n’ai pas vu de challenge pour 2019, dommage). Et il y a finalement un challenge Rentrée littéraire janvier 2019.