Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill

Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill.

Albin Michel Imaginaire, octobre 2019, 416 pages, 24 €, ISBN 978-2-22643-904-8. A Cosmology of Monsters (2019) est traduit de l’américain par Benoît Domis.

Genres : littérature états-unienne, premier roman, fantastique, horreur.

Shaun Hamill naît (quand ?) à Arlington au Texas. Il est diplômé d’anglais de l’Université du Texas en 2008 puis il étudie les Arts à l’Iowa Writers Workshop en 2016 et écrit quelques nouvelles. Ses préférences en littérature et en cinéma : le fantastique et l’horreur. Une cosmologie de montres, qui va être adapté en série télévisée, est son premier roman. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.shaunhamill.com/.

Noah Turner, le petit dernier de la famille Turner, est le narrateur. Il raconte la malédiction qui poursuit sa famille, depuis sa grand-mère paternelle, Deborah, une veuve diagnostiquée schizophrène paranoïde, en passant par ses parents, Margaret et Harry, dans les années 60 et suivantes, ainsi que ses deux sœurs aînées, Sydney et Eunice, et lui-même. Tout commence avec une « Cité ».

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, d’une traite !, mais je n’ai pas pris beaucoup de notes… J’ai apprécié l’écriture, le style, et la traduction est, à mon avis, une réussite. Avec la Cité et les monstres, le lecteur comprend vite que ce premier roman est un somptueux hommage à H.P. Lovecraft, maître du fantastique, de l’horreur qui a parfois lorgné vers la science-fiction ou la fantasy. Pour le lecteur néophyte, il y a de nombreuses références à Lovecraft mais il est aisé de comprendre ce qui se dessine. L’angoisse monte crescendo mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas eu peur ! Tant pis, le roman est très bien écrit, très bien construit et se lit vraiment bien même sans frayeur !

J’ai noté trois extraits.

« Elle tambourina de ses doigts sur le livre. ‘Et toi, alors ! Tu ne crois pas que tu as passé l’âge des histoires de fantômes et de montres. – Je ne m’en suis jamais caché. – Je suppose que je n’y avais pas réfléchi jusqu’à présent. Tu ne te sens pas un peu ridicule ? Pourquoi ne pas lire de la littérature pour adultes ? – Je pense que le fantastique est le genre littéraire le plus important du monde. (Margaret à Harry, p. 38).

« Un grand mal, jadis enchaîné, hante à nouveau ces couloirs en liberté. Il se joue des murs et des portes. […] Qu’ai-je libéré, se demande Eunice. » (extrait d’un texte d’Eunice, p. 183).

« La Cité a vu Noah. Elle est sur sa piste. » (extrait d’un texte d’Eunice, p. 312).

Pour le Mois américain et le challenge Littérature de l’imaginaire #8.

Sa majesté des chats de Bernard Werber

Sa majesté des chats de Bernard Werber.

Albin Michel, septembre 2019, 464 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-226-44483-7.

Genres : littérature française, science-fiction.

Bernard Werber naît le 18 septembre 1961 à Toulouse. Il mêle conte, philosophie, science-fiction ou genre policier dans ses romans et ses nouvelles. Plus d’infos sur son site officiel et sa page FB.

Après avoir dévoré le premier tome, Demain les chats, j’ai voulu lire la suite mais j’ai dû attendre mon tour (roman très demandé et réservé à la bibliothèque).

La narratrice est toujours Bastet ; elle a 3 ans. Elle doit raconter parce que « Tout ce qui n’est pas raconté est oublié. Et tout ce qui est oublié, c’est comme si cela n’avait jamais existé. Raconter une histoire revient à la rendre immortelle » (p. 14). Pour « les récentes aventures qui m’ont transformée de simple chatte d’appartement en conquérante visionnaire » (p. 19), voir le premier tome de la trilogie et pour le projet de « faire communiquer entre elles toutes les espèces » (p. 19), vous en saurez plus en lisant ce deuxième tome.

Bastet fait un petit résumé de l’Effondrement (attentats terroristes, guerre civile, épidémie de peste) et raconte que, depuis la bataille contre les rats, 6 mois auparavant, chats et humains (survivants) vivent « tranquilles sur l’île aux Cygnes » (p. 28). Mais les rats risquent de revenir… toujours plus nombreux, comme l’expliquent deux chats blessés. Les différentes hordes de rats se sont alliées et s’en prennent à tous les êtres vivants (humains, chats, chiens, oiseaux, bétail…). Sur les conseils de Pythagore, tous partent sur l’île de la Cité (le quartier de Notre-Dame).

Mais des dizaines de milliers de rats, conduits par Tamerlan (qui a, comme Pythagore, un troisième œil) font état de siège et le groupe des humains et des chats doit trouver rapidement une solution : ce sera par les airs et il faudra trouver des alliés par-delà les lignes de rats.

« Ce n’est pas que j’apprécie particulièrement la guerre, je ne suis pas comme mon fils qui prône la violence comme distraction, mais je sais que l’une des lois de la nature est aussi la confrontation des espèces ; les chats mangent les souris. Il arrive même que les plantes s’y mettent et que du lierre fasse la guerre à des oliviers en les étouffant avec ses longues tiges. Et puis, parfois, les chats sont en rivalités avec des chiens ou des rats. Alors, ce n’est pas de gaieté de cœur, mais il faut bien se défendre, tuer pour ne pas mourir. […] C’est Pythagore qui m’a fait prendre conscience de cette logique et je lui en suit reconnaissante. » (Bastet, p. 138-139).

C’est un plaisir de retrouver Bastet et son fils Angelo, Pythagore, le lion Hannibal, Nathalie, etc. De nouveaux personnages apparaissent au fil du roman, un taureau exceptionnel, des cochons et leur roi Arthur, Roman Wells un humain de l’université d’Orsay, Champollion un perroquet spécialiste des langues et des sons… Mais attention au carnage… Beaucoup n’y survivront pas… Par contre, il y a des moments drôles ; par exemple, connaissez-vous le « chat-kwando » et le « cri qui fige » ?

Comme dans le premier tome, l’auteur distille pas mal d’informations historiques ou scientifiques au fur et à mesure que Bastet apprend avec Pythagore et l’ESRA (l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu). Nathalie lui dit que, pour créer une civilisation, elle doit comprendre l’humour, l’amour et l’art. « Franchement, si on vous propose de pratiquer sur vous une expérience qui vous rendra plus intelligent, n’hésitez pas, acceptez, cela vaut le coup. Pour ma part je ne regrette vraiment pas. » (Bastet, p. 241). Elle est prête à tout, Bastet : «  C’est à moi qu’incombe la mission de sauver le monde et à personne d’autre, car je suis une ancienne déesse. » (p. 333).

J’ai trouvé ce deuxième tome un peu plus profond que le premier (pas seulement au niveau humain et écologique), un peu plus violent aussi (je ne sais pas si c’est lié !). Je le redis, ce n’est pas de la grande littérature mais c’est enjoué, maîtrisé, agréable à lire alors j’attends maintenant le troisième et dernier tome.

Pour les challenges Animaux du monde #3, Littérature de l’imaginaire #8 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal avec chats).

Brume de Stephen King

Brume de Stephen King.

Albin Michel, collection Wiz, octobre 2019, 288 pages, ISBN 978-2-22644-535-3. The Mist (1985) est traduit de l’américain par Serge Quadruppani.

Genres : littérature états-unienne, nouvelle, young adult, fantastique.

Stephen King naît le 21 septembre 1947 à Portland dans le Maine (États-Unis). Dois-je réellement le présenter ? Maître de l’horreur dans les genres fantastiques, science-fiction et policier, il est l’auteur de plus de 60 romans dont quelques-uns sous le pseudonyme de Richard Bachman et plus de 200 nouvelles !

Bridgton, Maine occidental. Grosse vague de chaleur en ce mois de juillet puis, dans la nuit du 19, « épouvantables orages » (p. 7). David et Stephanie Drayton vivent dans une maison à côté du Long Lake avec Billy, leur fils de 5 ans. Ils se réfugient à la cave mais les dégâts sont importants… « La porte de verre coulissante avait tenu bon mais à la place de la baie vitrée il y avait un trou aux bords déchiquetés, garni du feuillage d’un bouleau. C’était la cime du vieil arbre qui flanquait l’accès extérieur du sous-sol d’aussi loin que je me souvienne. […] J’aimais cet arbre. Vétéran endurci de bien des hivers, il était le seul arbre, du côté où la maison donne sur le lac, que ma propre tronçonneuse eut épargné. » (p. 18). Après le cyclone qui a détruit arbres, maisons et pontons, une étrange brume blanche, épaisse, s’installe peu à peu. Lorsque la route est dégagée, Dave se rend au supermarché avec Billy et leur voisin, Breton Norton, un avocat avec lequel il ne s’entend pas très bien, mais en cas de catastrophe, c’est mieux de s’entraider. Alors que la brume arrive au centre-ville, ils sont coincés dans le supermarché (à partir de ce moment, ça devient un huis-clos) avec d’autres clients soit incrédules soit affolés. « Si on attendait encore un peu que le brouillard se dissipe et qu’on puisse voir… » (p. 87). Mais l’angoisse s’installe au fur et à mesure que la brume s’épaissit avec les cris qui en parviennent et les disparitions. « Mesdames et messieurs, il apparaît que nous sommes confrontés à un problème d’une certaine ampleur. » (p. 140).

Je n’en dis pas plus, vous voyez sur la couverture les tentacules et les ventouses mais s’il n’y avait que ça ! Les créatures immondes ont-elles été crées par le projet militaire Pointe-de-Flèche ou arrivent-elles tout droit de l’enfer ? Erreur humaine ou catastrophe naturelle ?

Comme ça faisait longtemps (peut-être une trentaine d’années !) que je n’avais pas lu du Stephen King, j’avais oublié toutes ses descriptions pour présenter les lieux et les personnages mais ça plante l’atmosphère et ça leur donne une épaisseur (sans jeu de mot avec la brume !). Dans cette nouvelle, il traite plutôt des relations parents-enfant (père-fils), des thèmes écologiques et du comportement des gens (par exemple la malveillance et le fanatisme religieux de madame Carmody qui, en plus, fait des adeptes !) en cas de danger imminent.

En fin de volume, dans Notes, l’auteur explique qu’il a écrit Brume à l’été 1976 « pour une anthologie de nouveaux récits » (p. 279) ; le titre original était The Mist et le recueil paru en 1985, Skeleton Crew, remporte le prix Locus du meilleur recueil de nouvelles. La nouvelle Brume dans ce recueil fait 150 pages et elle est plus longue que les autres.

Parfait pour le Mois américain et les challenges Jeunesse Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8, Maki Project (bien que considérée comme un peu longue, Brume est bien une nouvelle) et S4F3 #6.

J’apprends qu’un film réalisé par Frank Darabont est sorti en 2007. L’avez-vous vu ?

La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino.

Albin Michel, janvier 2019, 400 pages, 22 €, ISBN 978-2-22640-185-4. Le assagiatrici (2018) est traduit de l’italien par Dominique Vittoz. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, mars 2020, 384 pages, 7,90 €, ISBN 978-2-25326-223-7.

Genres : littérature italienne, roman historique.

Rosella Postorino naît le 27 août 1978 à Reggio de Calabre (sud de l’Italie) mais elle grandit en Ligurie (nord de l’italie). Elle est autrice et traductrice. Sa première nouvelle paraît en 2004 (In una capsula) et son premier roman en 2007 (La stanza di sopra). La goûteuse d’Hitler est son 4e roman mais le premier traduit en français.

Automne 1943. Rosa Sauer, une Berlinoise de 26 ans, est une des dix goûteuses d’Hitler. Elle est mariée depuis 4 ans à Gregor mais il est parti il y a 3 ans sur le front russe et Rosa vit à Gross-Partsch, à la campagne, en Prusse-Orientale, chez ses beaux-parents, Joseph et Herta. Un matin, les SS sont venus la chercher à la ferme ; le maire du village l’avait recommandée… « Travailler pour Hitler, sacrifier sa vie pour lui : n’’était-ce pas le lot de tous les Allemands ? Mais que j’avale des aliments empoisonnés et que je meure de cette façon, sans un coup de feu, sans une détonation, Joseph ne l’acceptait pas. Une mort en sourdine, en coulisses. Une mort de rat, pas de héros. Les femmes ne meurent pas en héros. » (p. 21).

Hitler, craignant pour sa vie, s’est en effet retranché dans son quartier général, à la caserne de Krausendorf surnommée Wolfschanze, la Tanière du Loup, par les habitants voisins.

Tous les matins, un autocar récupère les femmes à 8 heures pour qu’elles goûtent ce qu’Hitler mangera au petit-déjeuner à 10 heures. Puis à 11 heures, elles goûtent ce qu’Hitler mangera au déjeuner. Les SS attendent au moins une heure pour voir si aucun aliment n’est empoisonné avant de les laisser partir. Puis elles reviennent à 17 heures pour goûter ce qu’Hitler mangera au dîner. Tout ça est préparé par le chef-cuisinier Otto Günther surnommé Krümel, la Miette, par les SS. En fait, en dehors du fait qu’elles peuvent être malades ou empoisonnées (ce qui va arriver), la nourriture est copieuse et excellente, ce qui n’est pas négligeable en temps de guerre ! En plus, elles sont rémunérées 200 marks par mois. Les semaines passent et leur « méfiance à l’égard de la nourriture faiblit. » (p. 62). Les relations entre les femmes vont évoluer et des secrets vont apparaître au grand jour.

Gregor ne vient pas à la permission de Noël… Pire, Rosa, Joseph et Herta reçoivent une lettre : Gregor est porté disparu… Peut-être qu’il reste un espoir, il n’est pas mort, il n’est que disparu. Mais la radio donne « des nouvelles de plus en plus alarmantes » (p. 116). Le peuple allemand, aussi bien à Berlin qu’en province, souffre lui aussi car beaucoup d’Allemands n’étaient pas nazis et n’adhéraient pas à l’idéologie et à la guerre.

La goûteuse d’Hitler est un très beau roman, riche en anecdotes, passionnant, et surtout inspiré de l’histoire de Margot Wölk, la dernière (des 15) goûteuses d’Hitler encore en vie en 2012 lorsqu’elle a accordé une interview pour son 95e anniversaire (en décembre 2012). Elle est morte en avril 2014 après avoir délivré au monde son secret.

L’autre point intéressant est que le roman n’est pas linéaire ; il y a des flashbacks sur les moments que Rosa a passés avec Gregor à Berlin, l’explosion de leur immeuble durant une alerte nocturne qui a coûté la vie à sa mère, et puis aussi l’enfance de Rosa avec son jeune frère, Franz, parti aux États-Unis, et des souvenirs comme celui-ci : en 1933, 25 000 livres sont brûlés sur la place publique… « L’ère de l’intellectualisme juif est terminé, clame Goebbels, il faut retrouver le respect de la mort […]. » (p. 156). Terrible idéologie, terrible guerre, terrible drame…

Un petit détail : en allemand le h est aspiré et se prononce (même si ce n’est pas facile pour nous autres francophones), il n’y a donc pas de liaison et il aurait fallu écrire La goûteuse de Hitler.

Une excellente lecture pour le Challenge de l’été (Italie), le Petit Bac 2020 (dans la catégorie Personne célèbre pour Hitler) et Voisins Voisines 2020 (Italie).

La fée des glaces de Maxence Fermine

La fée des glaces de Maxence Fermine.

Michel Lafon, novembre 2013, 158 pages, 9,95 €, ISBN 978-2-7499-1978-2.

Genres : littérature française, jeunesse, fantasy.

Maxence Fermine naît le 17 mars 1968 à Albertville (Savoie). Je l’ai découvert avec Neige et Le violon noir en 1999 aux éditions Arléa puis L’apiculteur en 2000 chez Albin Michel. Depuis, j’ai lu une grande partie de ses romans mais pas tous.

Pour ses 13 ans, Malo part en vacances dans les Alpes chez la sœur de son père, Reine Dumont qu’il a surnommée Tante Urticaire car elle pique quand on l’embrasse. Dès le premier jour, un moniteur sympa lui apprend le snowboard mais la météo change tout à coup pendant qu’ils pique-niquent. « Le jour blanc est un phénomène étrange. Tout devient alors uniforme, et celui qui est pris dans ce piège paraît enfermé lui-même dans une gangue de brouillard inextricable. » (p. 15). Malo perd de vue le moniteur et tombe dans une crevasse. Puis il se réveille dans une immense cavité dans laquelle l’attend Léa, une fée des glaces. Pour la troisième fois, Malo est dans le Royaume des Ombres et ici, c’est le Royaume des Ombres de l’Hiver. « Il ne faut pas juger les gens sur leur apparence. Cela ne sert à rien qu’à se perdre. » (p. 119).

La magie a moins opéré dans ce troisième tome des aventures de Malo dans le Royaume des morts. Le roman comporte moins de pages mais il m’a paru plus long… Comme si l’histoire tirait sur la corde. Bien sûr la lecture est toujours agréable et le merveilleux est au rendez-vous mais Malo a grandi, il n’est plus un petit garçon, et en tant que lectrice, je m’attendais peut-être à quelque chose de plus impressionnant. Parce que là, il ne se passe pas grand-chose finalement…

Une lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8 et S4F3 #6.

Opium de Maxence Fermine

Opium de Maxence Fermine.

Albin Michel, février 2002, 175 pages, 13,90 €, ISBN 2-226-13124-8.

Genres : littérature française, Histoire.

J’ai déjà parlé de Maxence Fermine avec les chroniques de Le tombeau d’étoiles, Tango Massaï, La petite marchande de rêves et Zen.

Ce roman commence comme cela : La vie de Charles Stowe, aventurier du thé…

1938 : Charles Stowe, fils unique de Robert Stowe, commerçant de thé et épices depuis 1816 à Londres, décide de partir pour la Chine à la découverte du thé qu’il aime depuis son enfance. Il y découvrira Chine, Thé et Opium.

1940 : Charles Stowe rentre en Angleterre où l’attend son père, il emporte avec lui son plant de thé blanc. Sur le chemin du retour, il rencontre Robert Fortune, connu comme le premier Britannique à avoir rapporté du thé de Chine et auteur de La route du thé et des fleurs.

Voici donc Opium ou l’histoire d’un illustre inconnu ! C’est un très beau roman qui se lit d’une traite, mais court, trop court !

Cette note de lecture est la refonte d’un billet déjà publié sur un autre blog en 2008, ceci pour le Mois anglais. En effet, ce roman raconte comment le thé chinois est arrivé en Angleterre : c’est super important, isn’t it ?

Le livre de M de Peng Shepherd

Le livre de M de Peng Shepherd.

Albin Michel Imaginaire, juin 2020, 592 pages, 24,90 €, ISBN 978-2-22644-293-2. The Book of M (2018) est traduit de l’américain par Anne-Sylvie Homassel.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, premier roman.

Peng Shepherd naît à Phoenix en Arizona où elle vit mais elle a aussi vécu à Beijing, Kuala Lumpur, Londres, Los Angeles, Washington DC et New York (source : son site). Elle est diplômée du NYU MFA (écriture créative et arts). Le livre de M est son premier roman et a reçu le Prix Neukom en 2019 (bien mérité !). Son deuxième roman, The Cartographers, va paraître. Plus d’infos sur son site officiel, http://pengshepherd.com/.

Depuis deux ans, les humains perdent leur ombre puis, plus ou moins vite, perdent aussi leurs souvenirs, leur être intérieur. Beaucoup se suicident ou deviennent dangereux. Ce phénomène est appelé l’Oubli. Mais tout le monde n’est pas touché ; il y a donc des survivants avec leur ombre et des survivants sans ombre. « Pourquoi avait-il fallu que les ombres soient ce lieu du corps où gisent les souvenirs ? Pourquoi l’Oubli épargnait-il certaines personnes ? Et lorsqu’on en était affecté, pourquoi la disparition des souvenirs se produisait-elle à des délais aussi variables ? Et quand cet effacement s’accomplissait, pourquoi la terre elle-même semblait oublier, de même que les hommes ? » (Ory, p. 12).

Dans ce roman de science-fiction, pas d’explosions nucléaire ou bactériologique rendant la Terre inhabitable, pas de zombies ou d’extraterrestres envahisseurs ou de robots détruisant l’humanité. C’est un des points forts du Livre de M : un monde post-apocalyptique totalement différent des autres déjà vus (lus) auparavant. Quoique j’ai pensé, durant ma lecture, à L’aveuglement de José Saramago (écrivain portugais) qui raconte la fin du monde à cause d’une cécité fulgurante (roman paru en 1995 et adapté en un excellent film, Blindness, réalisé par Fernando Meirelles en 2008).

Un autre point fort du Livre de M, ce sont les personnages qui sont vraiment très bien créés et suivis par Peng Shepherd (j’ai vraiment eu l’impression qu’elle aimait chacun d’entre eux) : je ne suis pas restée sur ma fin au sujet des personnages, de leur passé et leur histoire alors que la majorité d’entre eux perdaient la mémoire !

D’ailleurs, revenons au résumé et aux personnages. Le lecteur suit donc quelques personnages principaux, très bien choisis et représentatifs de l’humanité : un Indien – d’Inde, pas d’Amérique – (Hemu Joshi) avec lequel tout commence et sa doctoresse indienne (Avanthikar), un Américain d’origine chinoise (Ory), une Américaine noire (Max), un couple d’homosexuels (Paul et Imanuel), un groupe d’Américains classiques (Ursula et sa bande dans leur van), une Iranienne (Naz) principalement, les chapitres alternant avec l’un ou l’autre.

Il y a d’abord Orlando Li Zhang (Ory) et son épouse Maxine Webber (Max) de Washington : ils sont dans un hôtel en forêt dans le Great Falls National Park, au-dessus d’Arlington (Virginie), pour célébrer le mariage de leurs amis (Paul et Imanuel). Ils apprennent ce qui se déroule à Boston puis dans plusieurs États et, peu à peu, les convives partent. Deux ans après, il ne reste plus qu’Ory et Max mais celle-ci a perdu son ombre depuis 7 jours et il n’y a plus rien à manger… C’est en allant à Arlington qu’Ory rencontre un groupe de 12 personnes dont 4 ont encore leur ombre, conduit par Ursula : ils veulent aller à la Nouvelle-Orléans rejoindre Celui qui Rassemble (il a d’autres surnoms). Mais, lorsqu’il rentre à l’Elk Cliffs Resort, Max a disparu avec son petit magnétophone à cassettes sur lequel elle va s’enregistrer pour garder sa mémoire.

Premier flashback. Mahnaz (Naz) Ahmadi est une Iranienne championne de tir à l’arc. Elle a quitté Téhéran pour Boston où elle s’entraîne pour les Jeux Olympiques. Elle est avec son entraîneur et ses coéquipières lorsque les infos montrent le premier homme sans ombre : Hemu Joshi a perdu son ombre au marché aux épices de Pune en Inde. Or, Boston sera la première ville touchée aux États-Unis.

« Ce qu’on a oublié, ça ne manque pas, non ? » (Max, p. 136). Eh bien, essayez de vivre sans votre mémoire, sans le souvenir qu’il faut manger, dormir ou respirer tout simplement !

Je vais mettre ce roman dans le challenge Les étapes indiennes. Bien sûr Peng Shepherd n’est pas une autrice indienne mais une partie du roman se déroule en Inde où tout commence – ce qui apporte et peu d’exotisme – et se rapporte régulièrement à des légendes indiennes (voir ci-dessous avec Hemu et ARI). C’est que, en Inde, le « Jour sans Ombre » existe vraiment à cause de l’angle de la Terre ; c’est un jour célébré mi-mai, lorsque le soleil est au zénith mais, normalement, l’ombre revient ! « Tous les ans, juste avant midi, d’immenses foules se rendaient sur les parvis des marchés pour attendre le moment où le soleil passait si exactement au-dessus d’eux que leur ombre disparaissait pendant quelques stupéfiantes secondes. » (p. 50). Pas de magie dans cet événement : « Une explication parfaitement scientifique. » (p. 50) sauf si les ombres ne reviennent pas ! J’ai remarqué une petite erreur : un des deux frères de Hemu s’appelle Vinay et quelques lignes plus bas, Vijay… (p. 52).

Deuxième flashback. Peu avant l’Oubli, un Américain de la Nouvelle-Orléans a également perdu la mémoire mais dans un grave accident de voiture. Il est surnommé ARI pour « Amnésie Rétroactive Intégrale ». ARI et le docteur Zadeh se rendent en Inde pour rencontrer Hemu Joshi et la doctoresse Avanthikar. Peut-être pourront-il comprendre ce qu’est l’Oubli et y remédier ? Mais « Il n’y a dans aucun champ de la connaissance humaine quelque chose qui puisse l’expliquer. Psychiatrie, neurologie, physique, biologie… » (docteur Zadeh, p. 214). Hemu, bien qu’amoindri par son état, raconte pourtant à ARI des légendes indiennes (d’où le challenge Contes et légendes #2). D’abord le Rigveda, en particulier la légende de Sanjna qui est tellement aveuglée par son époux bien-aimé, Surya, le Soleil, qu’elle crée une ombre identique à elle, Chaaya, pour la remplacer !

Ensuite (c’est ma préférée), celle de Gajarajan, un éléphanteau sauvé du massacre, et de sa jeune sœur (qu’il n’a pas connue), Manikan qui peint et qui est en liaison avec Gajarajan (d’où le challenge Animaux du monde) : cela prouverait-il que la mémoire peut se transmettre d’un être à un autre même à distance mais… comment ?

En tout cas, de bête curieuse qui attire les journalistes du monde entier, Hemu devient bien malgré lui, cobaye scientifique avant de totalement perdre pieds… Typique de notre société.

Vous êtes bien plongé dans cet incroyable roman ? Alors, en route pour la Nouvelle-Orléans ! Malgré les dangers et même si vous avez oublié pourquoi vous y alliez ! « On le saura bien assez tôt. On y arrivera. » (p. 240).

Ce résumé et cette présentation peuvent vous paraître un peu long mais je voulais vraiment vous parler des personnages principaux et aussi de la complexité et de la richesse de ce roman de science-fiction atypique. Ory aime Max, Imanuel aime Paul, Naz aime sa sœur Rojan, ARI aime l’humanité, mais pourront-il sauver ceux qu’ils aiment ? Amour et violence se côtoient tout au long du roman avant un final ahurissant mais plausible. Et j’avais réellement l’impression d’y être ! Un premier roman innovant, rythmé, exceptionnel !

Je tiens à remercier les éditions Albin Michel Imaginaire car j’ai reçu ce livre avant sa parution [mon billet ici] et, je voudrais dire que faire paraître ce roman après le confinement et une pandémie mondiale, c’est assurément gonflé mais n’hésitez pas à investir dans Le livre de M car c’est une excellente lecture ! Science-fiction mais pas que : vous découvrirez pourquoi lors de la lecture.

En plus des challenges cités dans le billet, je mets bien sûr cette lecture dans Littérature de l’imaginaire #8.

Sherlock, Lupin & moi (tomes 1 à 3) d’Irene Adler

La série de littérature italienne Sherlock, Lupin e io met en scène Sherlock Holmes, Arsène Lupin et Irene Adler alors qu’ils ont entre 12 et 14 ans.

Irene Adler est le pseudonyme utilisé par deux auteurs italiens en littérature jeunesse, Alessandro Gatti (né en 1975 à Alessandria) et Pierdomenico Baccalario (né en 1974 à Acqui Terme).

Il y a, pour l’instant, 22 tomes parus en Italie (entre 2011 et 2019). Mais je vais vous présenter les trois premiers pour le Mois italien.

Sherlock, Lupin & moi, 1 – Le mystère de la dame en noir d’Irene Adler.

Albin Michel, janvier 2017, 288 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-22632-837-3. Sherlock, Lupin & io – Il trio della dama nera (2011) est traduit de l’italien par Béatrice Didiot.

Genres : littérature italienne, jeunesse, roman policier.

Irene Adler est un personnage fictif qui apparaît dans la nouvelle Un scandale en Bohême (1891) Sir Arthur Conan Doyle. Née en 1958 dans le New Jersey (États-Unis), elle a bien 12 ans en 1870, époque où débute ses souvenirs relatés dans une série de romans.

Iacopo Bruno naît en 1964 à La Spezia (Italie). Il est illustrateur.

Juillet 1870. Irene Adler, 12 ans, est en vacances avec sa mère à Saint-Malo : « ce fameux été changea toute, mais toute ma vie. » (p. 10). Elle rencontre William Sherlock Holmes (environ 13 ans) qui lui présente son ami, Arsène Lupin, 14 ans. Ils trouvent un cadavre dans une crique mais un homme encapuchonné les observe depuis le haut de la falaise. « Nous avons trouvé un cadavre sur la plage. Qui dit cadavre dit assassin, non ? » (Irene, p. 92) alors « Je propose que nous menions notre propre enquête. » (Lupin, p. 94).

Et voici donc la première enquête de Sherlock, Lupin (il n’aime pas qu’on l’appelle Arsène) et Irene ! Mais, comme ça devient trop dangereux, les deux ados veulent éloigner Irene… « Nous avons commencé cette aventure ensemble. Nous trois : Sherlock, Lupin et Irene ! Et le soir où nous avons trouvé le cadavre sur la plage, nous avons conclu un pacte. Nous avons décidé de découvrir ensemble ce qui s’était passé. C’est dangereux, nous le savions, et c’est peut-être cela qui nous plaisait. » (Irene, p. 176-177).

Si l’on ne pense pas au fait qu’Irene Adler n’apparaît que dans une nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle et qu’il y a fort peu de chance qu’elle ait connu Sherlock Holmes et Arsène Lupin à l’adolescence, et qu’eux-mêmes se soient connus également, eh bien le reste tient la route ! L’écriture est soignée, fluide, l’aventure et le danger sont au rendez-vous pour le trio de détectives en herbe, c’est donc un premier tome bien accrocheur pour donner envie de lire les tomes suivants !

Sherlock, Lupin & moi, 2 – Dernier acte à l’opéra d’Irene Adler.

Albin Michel, mai 2017, 304 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-22632-838-0. Sherlock, Lupin & io – Ultimo atto al teatro dell’opera (2012) est traduit de l’italien par Béatrice Didiot.

Genres : littérature italienne, jeunesse, roman policier.

Irene Adler et Iacopo Bruno : voir ci-dessus.

Septembre 1870. Sherlock est rentré en Angleterre, Arsène vadrouille avec le cirque de son père et Irene est de retour avec sa mère à Paris. « Je trouvais absolument incroyable d’être obligée de m’ennuyer à mourir dans notre salon, autrement dit de perdre mon temps, alors que toute une armée marchait sur la capitale. » (Irene, p. 22-23). C’est alors que le père Adler fait irruption : « Fais tes valises ! me dit Papa. Et toi aussi, ma chère ! La semaine prochaine, Ophelia Merridew montera sur scène pour la dernière fois, dans le nouvel opéra du grand Giuseppe Barzini, donné à Covent Garden ! » (p. 24). Effectivement, le spectacle est magnifique malgré la tristesse de l’histoire. Et, voici Irene à Londres où, bien sûr, elle peut revoir Sherlock ! « Comme j’étais heureuse de retrouver mon ami à l’esprit si singulier. Mais Lupin, pourquoi n’était-il pas là ? – Il va arriver, m’assura Sherlock. La vie du cirque ne permet pas toujours d’être ponctuel. » (p. 77). Mais Alfredo Santi, le secrétaire personnel de Barzini est assassiné et c’est Theophraste Lupin, le père d’Arsène, qui est accusé !

Arsène avoue à ses amis : « Mon père est un voleur, amateur de bijoux. C’est dit, confessé. Maintenant, à vous de décider, en toute liberté, si vous préférez rester ou quitter cette pièce. Je ne vous blâmerai pas si vous ne voulez plus fréquenter le fils d’un cambrioleur. Cela étant… jamais au grand jamais mon père n’assassinerait quelqu’un. C’est impensable ! » (p. 114).

Cette fois, leur enquête est bien plus personnelle (et dangereuse ?) que l’enquête estivale. Mais, alors qu’ils essaient de trouver le véritable assassin pour faire libérer le père Lupin, ils apprennent que la cantatrice, Ophelia Merridew, a disparu !

À noter : une rencontre avec Wilkie Collins.

Un deuxième tome un peu plus violent, guerre, assassinat, disparition. Et les trois jeunes sont inséparables et un peu inconscients mais prêts à tout pour découvrir la vérité.

Sherlock, Lupin & moi, 3 – L’énigme de la rose écarlate d’Irene Adler.

Albin Michel, septembre 2017, 272 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-22632-839-7. Sherlock, Lupin & io – Il mistero della rosa scarlatta (2012) est traduit de l’italien par Béatrice Didiot.

Genres : littérature italienne, jeunesse, roman policier.

Irene Adler et Iacopo Bruno : voir ci-dessus.

Décembre 1870. Toujours à Londres. Première neige. Installée à Londres avec ses parents pour échapper à la guerre entre la France et la Prusse, Irene voit Sherlock régulièrement. Quant à Arsène, « il explorait le vaste monde avec le cirque où travaillait son père » (p. 10) et envoie de temps en temps des cartes postales. Lorsqu’Irene rejoint Sherlock au Shackleton Coffee House à Carnaby Street, elle le trouve contrarié à cause d’une énigme parue dans le Times. « Problème d’échecs. Elle tenait en trois lignes composées de lettres et de chiffres telles V2 – P19 – D2, suivies de la phrase Échec et mat en trois coups. Le tout signé : Le Frère Noir. » (p. 20-21). Mais Sherlock en est persuadé, cette notation ne correspond pas du tout au jeu d’échecs !

Et, qui arrive, par surprise ? Arsène Lupin. Voici dans les trois amis réunis à nouveau pour une troisième enquête !

Sherlock et Lupin découvrent que ces codes correspondent en fait à trois zones de Londres et, dans l’une d’elle, un crime vient d’être commis : « Samuel Peccary, riche négociant en peaux, poignardé dans sa luxueuse villa au bord de la Tamise, dans le quartier de Twickenham. » (p. 46). Y aura-t-il deux autres meurtres dans les deux autres zones ? Ce qu’ils ont appris est trop important, il leur faut prévenir Scotland Yard mais les policiers se moquent d’eux… « Je ne crois pas me tromper en affirmant que notre mésaventure marqua profondément mon ami Sherlock Holmes. À dater de ce jour-là, son attitude à l’égard de Scotland Yard devint – et pour ce que je puis en juger, demeure – empreinte d’une vive méfiance et d’un mépris à peine dissimulé. » (Irene, p. 65).

Mais, s’ils pouvaient s’associer avec Charles Frederick Field, un grand policier de Scotland Yard à la retraite, devenu détective privé ?

Cette enquête monte d’un cran ; elle est encore plus périlleuse que les deux précédentes et les trois ados vont même mettre leur vie en danger !

Sherlock, Lupin & moi est une très bonne série jeunesse mais, vu le nombre total de tomes, je ne suis pas sûre de lire la suite ! Ou alors un de temps en temps si je tombe dessus à la bibliothèque.

Pour les challenges (en plus du Mois italien cité au début du billet) Jeunesse Young Adult #9, Lire en thème 2020 (livre dont le titre fait plus de trois mots), Petit Bac 2020 (catégorie Crimes et justice pour Sherlock et Lupin), Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Italie).

Demain les chats de Bernard Werber

Demain les chats de Bernard Werber.

Albin Michel, octobre 2016, 320 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-22639-205-3. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, janvier 2018, 352 pages, 7,30 €, ISBN 978-2-25307-370-3.

Genres : littérature française, science-fiction, anticipation.

Bernard Werber naît le 18 septembre 1961 à Toulouse. Il mêle conte, philosophie, science-fiction ou genre policier dans ses romans et ses nouvelles. Plus d’infos sur son site officiel et sa page FB.

Paris. La narratrice est Bastet, une jeune chatte de 3 ans qui désespère de communiquer avec son humaine, Nathalie… Exit la petite souris à la queue rose, exit Poséidon le poisson rouge… Peut-être que son humaine (sa servante) sera un peu plus réceptive, c’est que Bastet est persuadée que les chats sont supérieurs aux humains ! Mais il va se passer deux choses dans la vie de Bastet.

Des nouveaux voisins s’installent dans la maison d’à côté et elle fait la connaissance de Pythagore, un Siamois… connecté ! Il a un Troisième Œil sur le front et peut y brancher une clé USB. Il est très instruit.

Et son humaine ramène à la maison Félix, un Angora blanc… « Toi, tu ne me plais pas. Fiche le camp. » (p. 42).

Puisque son humaine n’y comprend rien à rien, Bastet préfère passer ses nuits avec Pythagore qui peu à peu lui apprend ce qu’il sait. « Être instruite me semble le plus grand des privilèges et je plains ceux qui vivent dans l’ignorance. » (p. 68).

Ainsi Bastet et Pythagore observent le monde des humains et Bastet, ayant été témoin d’un attentat, comprend ce qu’est le terrorisme, les agressions et la guerre…

Sûrement mon passage préféré : « […] j’ai découvert l’histoire des humains. J’ai choisi mon nom en référence à l’un d’entre eux, qui me semblait le plus intéressant et le plus sage. Pythagore. […] Pythagore était un humain d’une grande clairvoyance qui a vécu il y a deux mille cinq cents ans. Alors que la société était en crise, plongée dans la violence, la bêtise et la peur, il a changé la mentalité de ses congénères. Il les a informés de leur propre ignorance. Il leur a fait découvrir un monde au-delà de la simple perfection directe de leur sens. […] Pythagore a guidé l’humanité vers la paix et la sagesse, alors j’ai choisi son nom pour guider de la même manière mes congénères les chats. » (p. 221-222).

Après, c’est le chaos… Les humains et les chats survivants, Hannibal le lion, et peut-être d’autres espèces, pourront-ils se comprendre et s’allier pour se battre contre les rats ? « L’épidémie de peste finira forcément par s’arrêter. C’est sur la culture que va se jouer notre avenir commun. Il est venu le temps où les derniers humains sages doivent offrir leurs connaissances les plus avancées aux autres espèces animales. » (p. 336).

J’ai un mot (ou deux) à dire à Thomas… « Thomas, tu un gros connard ! » (vous comprendrez en lisant le roman), voilà, ça soulage !

Le titre, Demain les chats, un clin d’œil à Demain les chiens, un recueil de nouvelles de Clifford D. Simak (1904-1988) paru en 1952 ?

Par le passé, j’avais lu le premier tome de la trilogie Les Fourmis (son premier roman, mars 1991) et ça ne m’avait pas emballée alors je n’avais pas relu cet auteur. Mais, ici, avec les chats, l’histoire m’a attirée et il y a de beaux moments comme la rencontre avec Pythagore, la naissance des chatons de Bastet et Félix (eh oui !), l’arrivée du lion échappé du cirque… Mais ce n’est pas de la « grande littérature » et la réflexion sur le monde des humains est basique. Cependant, j’ai passé un bon moment de lecture et je veux lire la suite : le tome 2, Sa majesté des chats, est paru en septembre 2019 et je l’emprunterai à la médiathèque. Et si vous avez un excellent titre de cet auteur à me proposer, Le père de nos pères, L’arbre des possibles ?

Bon, Bernard Werber est un écrivain très connu et il n’a pas besoin de pub mais comme j’ai lu ce roman durant le Printemps de l’imaginaire francophone 2020, autant publier ma note de lecture avant le 1er juin. Cette lecture entre aussi dans les challenges Animaux du monde, Littérature de l’imaginaire #8 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal avec chats).

Rivages de Gauthier Guillemin

Rivages de Gauthier Guillemin.

Albin Michel Imaginaire, octobre 2019, 256 pages, 18,90 €, ISBN 978-2-22644-237-6.

Genres : littérature française, fantasy, premier roman.

Gauthier Guillemin est directeur adjoint dans un collège. Il aime lire et voyager. Rivages est son premier roman, et quel roman !

« Un homme au départ. » (p. 17). Cet homme, le Voyageur, quitte la Cité post-apocalyptique, bruyante et polluée, dans laquelle il a toujours vécu. Il s’aventure dans la forêt inconnue et dangereuse, appelée le Dômaine. Il y observe des arbres, des animaux et parfois même d’autres humains dont certains ont des branchies. Rapidement, il se découvre un don : voyager d’arbre en arbre ! Au bout d’un an de voyage, il s’arrête dans le village des Ondins car Sylve, une jeune femme l’attire. Ce peuple, les Thuata dé Dana, est un peuple de la mer « maintenant exilé dans l’immensité verte » (p. 37). Le village, c’est Sráidbhaile ciorclaign le Crann Mór Ard, ce qui signifie « le village entouré d’un grand arbre » (p. 48), un figuier banian qui sert de palissade. « […] il écoutait avidement les contes des temps anciens, l’histoire de ceux qui l’avaient accueilli. » (p. 70).

Quel roman magnifique ! La dualité entre les humains et la Nature est racontée avec une telle poésie ! « Maintenant l’homme est seul, dépossédé de la création, incapable de nommer tout ce qui vit sur la surface de la Terre. La nature s’est recréée sans lui, sans qu’il puisse la contrôler, tout occupé qu’il était de lui-même. Il s’est mis au ban de la création et nul Dieu ne vient l’aider, car l’homme ne le veut pas, il enrage, il est seul, il a peur, il ne compte plus pour rien. » (p. 75). C’est que ce roman de fantasy écologique est post-apocalyptique, proche ou lointain dans le futur mais la civilisation des êtres vivants (humains, ondins, nains, etc.) n’est plus du tout la même que celle que nous connaissons et il y a partout beaucoup de verdure.

Mais, revenons au village des Ondins. Le Voyageur, humain, étranger, va-t-il être accepté par le Conseil des Anciens et les villageois ? D’autant plus qu’il y a du danger : les Fomoires (un peuple violent) rôdent… Krûll, le vieux nain, (je l’aime bien, ce personnage) est le père de Dinnâ Trich Krûll Nyssach, surnommée Sente car elle arpente la forêt ; elle est moitié naine (Krûll) moitié Ondine (Nyssach) : c’est avec elle que va travailler le Voyageur pour faire ses preuves.

Le roman aurait pu être titré Le Voyageur ou Le Dômaine ou La quête de… mais « Je veux revenir aux rivages qui ont vu naître nos ancêtres. » (Quentil, p. 156). Quels sont-ils ces rivages ? Où sont-ils ? La mer existe-t-elle toujours ? Une nouvelle quête pour le Voyageur ? Quentil, lui, veut partir en quête des origines de son peuple, les Ondins. « Un poète a dit que l’homme en voyageant mesurait son infini sur le fini des mers. Au temps où les terres étaient toutes recensées, seul les désirs de l’homme restaient sans limites. Je me demande si cela a changé. – Je comprends ce que tu veux dire, acquiesça Quentil, nous voulons toujours aller plus loin, toujours voir de nouvelles choses et peut-être que je pourrais perdre de vue le sens même de mon voyage. » (p. 157).

Ce roman de fantasy, post-apocalyptique, est un conte, une quête avec une grande importance du merveilleux : j’ai beaucoup aimé ce mélange des genres ; ce roman est incroyablement beau, agréablement rythmé et ambitieux (au niveau littéraire). Le tome 2, La fin des étiages, était annoncé pour le 25 mars 2020. Je ne pensais pas qu’il y aurait un deuxième tome mais comme j’ai hâte de le lire !

Pour les légendes et les contes des Thuata dé Dana, je vais mettre ce roman dans le challenge Contes et légendes. D’ailleurs, ce roman interroge le lecteur : les contes, les légendes, les mythes sont-ils utiles, indispensables aux humains ? Je le mets aussi dans les challenges Littérature de l’imaginaire #8 et Printemps de l’imaginaire francophone 2020 (je suis un peu à la bourre, le challenge se termine le 1er juin… J’ai lu 3 ou 4 autres romans qui entrent dans ce challenge mais je ne sais pas si je pourrai publier les notes de lectures avant cette date… En tout cas, si je dois publier une seule note de lecture, c’est bien Rivages !).