Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Cever

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Cever d’après le roman de Luis Sepúlveda.

Caurette, octobre 2021, 96 pages, 17,95 €, ISBN 979-10-96315-95-6.

Genre : bande dessinée franco-suisse, adaptation d’un roman chilien.

Cever est un Franco-Suisse né en 1959 à Bruxelles en Belgique. Biologiste, il partage sa vie entre la science et la bande dessinée. Il a aussi beaucoup voyagé. « En juin 2018, ma fille, Swann, avait laissé traîner un livre dont le titre m’a interpellé : L’Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler. Au lieu de lui demander de le ranger, je l’ai lu… En moins d’une heure… Et la magie a opéré… J’ai « vu » ce livre en BD. » (introduction, p. 2). Cever a pu contacter Luis Sepúlveda pour lui montrer ses premiers croquis et l’auteur lui a donné l’autorisation pour la BD.

Un grand chat noir, Zorbas, vit avec une agréable famille à Hambourg dans le quartier Sankt Pauli. Lorsque les parents et leur fils partent en vacances pour deux mois, le matou est content, seul maître de l’appartement à se prélasser, à prendre l’air sur le balcon et à accéder aux toits pour retrouver ses copains, « Sûr, je ne vais pas m’ennuyer… » (p. 7).

Au même moment, en Mer du Nord, près de phare de Roter Sand, un groupe de mouettes s’envole et plonge pour manger des poissons mais un chalutier déverse du pétrole dans la mer et Kengah se retrouve engluée… Elle arrive à se nettoyer plus ou moins en s’arrachant quelques plumes et à voler péniblement jusqu’au port de Hambourg avant de s’écraser sur le balcon où Zorbas profite du soleil. Kengah dit à Zorbas qu’avant de mourir, elle va pondre un œuf et elle lui fait promettre de ne pas manger l’œuf, de s’en occuper jusqu’à la naissance du poussin et… de lui apprendre à voler ! Zorbas pense qu’elle délire et promet puis part chercher de l’aide (les mimiques sur son visage sont super bien faites, extrait ci-contre).

Mais quand Zorbas revient avec les conseillers qu’il a consultés, Colonello, Secrétario et Jesaistout (qui sait tout grâce à ses encyclopédies), la mouette est malheureusement morte mais il y a un bel œuf blanc et bleu. Or « une promesse faite par un chat du port engage tous les chats du port. » (p. 34). Après avoir enterré la mouette dans un parc avec ses amis, Zorbas prend soin de l’œuf alors que les autres chats se renseignent sur comment élever un oisillon et lui apprendre à voler. Vingt jours après, le poussin naît. « Maman ! » (p. 45) crie-t-il devant Zorbas éberlué qui doit trouver de quoi nourrir le petit affamé, le protéger du voisin qui vient vérifier si tout va bien et lui remplir sa gamelle et contre les chats des toits qui veulent le manger. Zorbas décide alors de l’emmener au Bazar de Harry où vit Jesaistout.

Heureusement, Zorbas réussit à négocier avec les rats et Capitano, le chat qui a fait le tour du monde arrive pour les aider. Comme il leur dit que c’est une petite femelle, les chats décident de l’appeler Afortunada, « Nous te saluons Afortunada, la fortunée, amie des chats ! » (p. 65). Mais un mois après, les chats ne savent toujours pas comment lui apprendre à voler…

Page 59, il y a un petit message émouvant en bas de page, « 16 avril 2020, au revoir, monsieur Sepúlveda. ». J’aime beaucoup les pages 72 et 73 dans lesquelles Zorbas rassure Afortunada et lui explique pourquoi elle est différente des chats et que ceux-ci l’aiment comme elle est. En tout cas, toute la BD (qui a reçu 8 prix) est magnifique avec ses dessins en noir et blanc et plusieurs thèmes sont abordés, écologie et pollution, amitié et engagement, acceptation de la différence… Si vous voulez en savoir plus sur le roman et sur Luis Sepúlveda, vous pouvez cliquer sur le lien en haut du billet.

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Moka) et le challenge BD 2022 mais aussi pour Les adaptations littéraires, Littérature de l’imaginaire #10 (des chats, des oiseaux et un singe qui parlent, c’est bien du fantastique), Petit Bac 2022 (catégorie Verbe pour Voler), Les textes courts, Tour du monde en 80 livres (Suisse et Chili) et Un genre par mois (en octobre, c’est fantastique ou horreur).

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Lundi Soleil 2022 #mai (1)

Voici une photo pour Lundi Soleil 2022. Le thème de mai est une direction : l’est. Eh bien, en février, c’était déjà une direction, le nord, et je n’avais pas été très inspirée… J’ai dû réfléchir et innover… Ce n’est pas très évident mais j’ai pris cette photo de piranhas en Allemagne donc… à l’est de la France (pays où je vis). Je vous souhaite une bonne semaine, un beau mois de mai, et vous donne rendez-vous lundi prochain si l’inspiration me vient…

Roman de l’au-delà de Matthias Politycki

Roman de l’au-delà de Matthias Politycki.

Jacqueline Chambon, mars 2011, 144 pages, 17,30 €, ISBN 978-2-7427-9671-7. Jenseitsnovelle (2009) est traduit de l’allemand par Alban Lefranc.

Genres : littérature allemande, roman.

Matthias Politycki naît le 20 mai 1955 à Karlsruhe dans le Bade-Wurtemberg en Allemagne. Après son bac (à Munich) et son service militaire (à Neubourg sur le Danube), il devient objecteur de conscience et « étudie la littérature allemande moderne, la philosophie, le théâtre et la communication aux universités de Munich et de Vienne » (source Wikipédia). Il devient ensuite écrivain freelance, lecteur pour un éditeur puis écrivain avec son premier roman en 1987. Du même auteur (traduit en français) : Samarcande (Jaqueline Chambon, 2015), totalement différent puisque c’est un roman d’anticipation (que j’ai bien envie de lire). Plus d’infos sur son site officiel et ses livres sur le site de l’éditeur allemand, en allemand, natürlich.

Le professeur Schepp vient de se lever, il se réjouit d’embrasser son épouse, Doro. Elle est justement assise à son bureau ; se serait-elle endormie sur des corrections ? Et puis, il y a une drôle d’odeur (l’eau des fleurs n’aurait-elle pas été changée ?). Mais « […] il recula, ouvrit grand la bouche. S’étouffa, chercha son souffle. » (p. 9). Belle réaction de l’homme : « Je ne comprends pas, comprit Schepp. Ce n’est pas vrai, décida Schepp. Tout va s’arranger, s’assura Schepp et au même moment une certitude étouffante le saisit. […] Comme il aurait aimé prendre Doro dans ses bras, il l’aurait serrée de toutes ses forces jusqu’à ce qu’elle perde haleine et arrête le jeu. Mais il n’y avait plus rien à faire, il le voyait, il le sentait, il le savait. » (p. 10). D’ailleurs « ce n’était pas des tiges pourries qu’il avait senties en entrant, c’était clair à présent. » (p. 10).

Avec les extraits ci-dessus, vous pouvez tout de suite voir le choix des mots, le sens des mots, tout est soigné, maîtrisé, c’est que Matthias Politycki est en fait poète (l’un des plus grands poètes contemporains d’après ce que j’ai lu) mais il a aussi écrit des romans, des nouvelles et des essais.

Schepp lit les corrections apportées par Doro, il lit le message qu’elle lui a laissé, il est abasourdi, « il aurait dû d’abord prévenir les enfants » (le couple a deux filles, Pia et Louisa) et « il aurait dû aller chercher un médecin pour qu’il établît un certificat de décès » (p. 10)… Mais Schepp est plongé dans les souvenirs. Lorsqu’ils se sont rencontrés, « il était encore chargé de cours, elle déjà assistante » (p. 16) et elle lui avait parlé de sa peur de franchir le lac de la mort alors ils s’étaient promis que le premier qui mourrait attendrait l’autre pour franchir le lac et trouver ensemble l’île des morts. Dorothee Wilhelmine Renate, comtesse de Hagelstein, et Hinrich Schepp ont tous deux étudié la Chine ancienne (l’art, l’écriture, le feng shui et surtout le Yi King). Et, alors que tous les hommes la courtisaient, c’est lui qu’elle a épousé.

Mais ce que Doro a écrit est insupportable, elle n’avait sûrement plus toute sa tête, ce n’est pas possible, cette épouse aimante, discrète et douce… « Impossible, Doro n’aurait jamais fait une chose pareille. Ou bien si ? » (p. 32). Schepp se décide à déplacer le corps et à lire à côté de Doro… L’auteur intègre alors une ancienne tentative de roman de Schepp (Marek, le poivrot) dans son roman et les commentaires de Doro rendent Schepp furieux : il va se mettre à la détester ! « S’était-il trompé toute sa vie sur son compte ? Lui avait-elle joué la comédie durant tant d’années ? » (p. 66). Mais, à mon avis, Schepp ne se pose pas les bonnes questions ! A-t-il été un mari aimant et attentionné ? Ou était-il trop occupé par son statut de « premier spécialiste mondial de chinois ancien » (p. 67) ?

À travers l’histoire de Doro et Schepp, à travers le roman inachevé de Schepp – et d’ailleurs les deux histoires ne sont-elles pas finalement inachevées – l’auteur parle du couple, des non-dits, des secrets, du choix que l’on fait en toute connaissance de cause, du deuil auquel on n’est pas préparé et surtout il livre un testament depuis l’au-delà qui va conduire Schepp à la folie. Car c’est incroyable comment ce roman qui se déroule dans un seul lieu, le bureau, et sur une journée, brosse en fait toute une vie. Une vie – et une mort – dérangée par une odeur persistante, une mouche encombrante et l’incompréhension de Schepp vis-à-vis de son épouse, de la femme qu’il pensait connaître et aimer. À noter la place de la Chine ancienne et du Yi King.

Une faute page 22 : « elle avait encore ou les larmes aux yeux » au lieu de « eu ».

Incroyable lecture que je mets dans Les feuilles allemandes et Voisins Voisines 2021 (Allemagne).

Finsterau d’Andrea Maria Schenkel

Finsterau d’Andrea Maria Schenkel.

Actes Sud, collection Actes noirs, février 2015, 112 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-330-03910-3. Finsterau (2012) est traduit de l’allemand par Stéphanie Lux.

Genres : littérature allemande, roman policier.

Andrea Maria Schenkel naît le 21 mars 1952 à Ratisbonne en Bavière (Allemagne). Ses romans sont courts (moins de 180 pages) et percutants (elle a reçu plusieurs prix littéraires), tous publiés chez Actes Sud. Tannöd (2006) soit La ferme du crime (2008), Kalteis (2007) soit Un tueur à Munich, Josef Kalteis (2009), Bunker (2009) soit Bunker (2010), Finsterau (2012) soit Finsterau (2015), Täuscher (2013) soit Tromperie (2020) et Als die Liebe Endlich War (2016) pas (encore) traduit en français.

1965, Finsterau, petit village de Bavière. Hermann Müller, l’aubergiste, ferme mais un vagabond ivre lui dit que deux ans après la guerre, la police a mal fait son travail dans une affaire de meurtre et que le meurtrier s’en est tiré.

Johann et Theres Zauner sont des gens très pauvres et très pieux mais ils n’aiment pas vraiment leur fille, Afra, et encore moins Albert, le fils illégitime qu’elle a eu avec un prisonnier français. « Mais que vont dire les gens, ma petite ? Tu ne crois pas que tu nous as déjà suffisamment fait honte ? Tu ne peux pas suivre le droit chemin ? » (p. 17).

Lorsqu’Afra (24 ans) et Albert (2 ans) sont tués en juillet 1947, Johann est arrêté. « Il était toujours resté dans le droit chemin. Toujours. Toute sa vie. Il avait prié, il avait travaillé, il s’était efforcé d’être un homme bon et d’élever sa fille dans la piété. » (p. 20).

Après avoir quitté la maison à l’âge de 14 ans, Afra est revenue, à l’été 1944. Lorsque son patron a appris qu’elle couchait avec un STO, il l’a mise dehors. Ses parents étaient « des sans-terre […]. C’est à cette misère qu’elle avait voulu échapper. Elle avait fui la maison, mais elle avait fini par y revenir. […] Rien n’avait changé ici, et rien ne changerait jamais, le temps s’était arrêté. » (p. 26). Albert naît au printemps 1945. « Albert était là, et à la maison la situation devenait chaque jour plus insupportable. » (p. 27).

1947. C’est Hermann Irgang, garde champêtre, et le stagiaire Weinzierl qui arrivent les premiers sur les lieux. Le père Zauner a un comportement bizarre alors Irgang le pense coupable. « J’ai dit à Weinzierl de surveiller le suspect, de ne pas le quitter des yeux une seule seconde, jusqu’à ce que je revienne avec le docteur et la brigade criminelle. » (p. 39).

Après avoir lu Bunker d’Andrea Maria Schenkel, j’ai été très contente d’avoir également emprunté ce Finsterau pour Les feuilles allemandes. Tout est parfaitement raconté mais l’enquête est insidieuse et à charge car tout accable le père d’Afra mais il ne se rappelle plus de rien… Pourtant, en tant que bon chrétien, il n’aurait jamais tué sa fille unique même si elle ne priait jamais et n’allait jamais à l’église, et son petit-fils même s’il « faisait trop de bruit et était mal élevé » (p. 52), s’il était toujours dans leurs jambes, même si c’était un bâtard ! Seule son épouse, Theres le croit innocent. « Il avait toujours été très croyant, il voulait toujours forcer tout le monde à rester sur le droit chemin, et il était censé les avoir tué tous les deux ? Il s’était montré buté, étrange, ces derniers mois. Il n’avait aucune patience avec le petit et ne voyait que les défauts d’Afra, mais elle avait tout de même du mal à croire ce qu’on lui racontait. » (p. 54). Je n’en dis pas plus pour que vous découvriez vous aussi l’affaire et la vérité.

Et si la justice rapide d’après-guerre avait envoyé un innocent en prison puis à l’asile ? Encore une réussite pour Andrea Maria Schenkel qui sait distiller les infos à petite dose chapitre après chapitre (chaque chapitre se consacre à un protagoniste) et surtout créer une ambiance particulière, plus ou moins angoissante. Encore cette fois, elle analyse avec un réalisme incroyable l’âme humaine. Un genre de cold case à la bavaroise dit l’éditeur, vraiment excellent et je pense lire dans le futur d’autres titres de cette romancière allemande.

Je mets aussi ce roman dans les challenges Polar et thriller 2021-2022 et Voisins Voisines 2021 (Allemagne).

Bunker d’Andrea Maria Schenkel

Bunker d’Andrea Maria Schenkel.

Actes Sud, collection Actes noirs, septembre 2010, 112 pages, 13,70 €, ISBN 978-2-7427-9217-7. Bunker (2009) est traduit de l’allemand par Stéphanie Lux. Parution en poche chez Babel Noir, n° 238, janvier 2020, 112 pages, 6,70 €, ISBN 978-2-330-12985-9.

Genres : littérature allemande, roman noir.

Andrea Maria Schenkel naît le 21 mars 1952 à Ratisbonne en Bavière (Allemagne). Ses romans sont courts (moins de 180 pages) et percutants (elle a reçu plusieurs prix littéraires), tous publiés chez Actes Sud. Tannöd (2006) soit La ferme du crime (2008), Kalteis (2007) soit Un tueur à Munich, Josef Kalteis (2009), Bunker (2009) soit Bunker (2010), Finsterau (2012) soit Finsterau (2015), Täuscher (2013) soit Tromperie (2020) et Als die Liebe Endlich War (2016) pas (encore) traduit en français.

Monika travaille chez un concessionnaire automobile. Elle ne sait pas qu’un de ses voisins l’espionne, s’introduit chez elle (il lui vole une photo d’elle jeune avec son petit frère décédé, Joachim) puis il l’enlève et l’enferme pendant cinq jours dans le moulin dans lequel il vivait enfant. Monika pense que cet homme est Hans, le seul ami de Joachim, revenu se venger.

« La pièce est plongée dans l’obscurité, la porte du bunker fermée, je suis toujours couché devant la porte sur le sol froid, prisonnier de ce trou. » (p. 12).

« J’ouvre les yeux. Je me redresse dans le lit, regarde autour de moi. Personne. […] Rien n’a changé. […] Je n’ai aucune idée de ce que je fais ici. Qu’est-ce que ce type me veut ? […] Il faut que je sorte d’ici ! […] ça doit bien être possible ! » (p. 33).

Mais, qui de Monika ou de « Hans » enferme l’autre ? Qui est le bourreau, qui est la victime ? Qui est un monstre ? Monika pense que « Hans » est dérangé mais que pense-t-il lui ?

« Je me dis qu’elle est peut-être bien folle. […] Je n’aurais pas dû l’enfermer, certaines personnes deviennent dingues, elles n’assument pas. » (p. 71-72).

En lisant ce roman, vous découvrirez ce que Monika n’assume pas…

Andrea Maria Schenkel analyse l’obscurité et la froideur de l’esprit humain et, oui, ça fait froid dans le dos ! D’autant plus qu’elle traite ça en peu de mots (et en peu de jours aussi). Toutefois ce n’est pas un roman policier, c’est un roman noir avec un petit côté thriller puisque le suspense oppressant et l’angoisse vont en s’amplifiant jusqu’à la fin. Huis-clos presque horrifique avec le point de vue du kidnappeur, le point de vue de Monika et le passé de l’un et de l’autre qui peut expliquer (mais pas excuser) le comportement de chacun.

Par contre, ne lisez pas la quatrième de couverture ! Elle en dit trop ! Elle dévoile ce que je ne dis pas…

J’ai vraiment été emballée et je veux lire d’autres titres d’Andrea Maria Schenkel, d’ailleurs j’ai emprunté Finsterau en même temps que Bunker pour Les feuilles allemandes.

Je le mets aussi dans les challenges Polar et thriller 2021-2022 et Voisins Voisines 2021 (Allemagne).

Les feuilles allemandes – novembre 2021

Ravie de mes participations en 2019 (une seule lecture) et en 2020 (deux lectures plus une note de lecture publiée un peu en retard), je rempile pour Les feuilles allemandes en ce mois de novembre 2021. Heureusement que j’ai retrouvé le carton qui contenait l’ordinateur hier et que j’ai pu l’installer et le configurer avec la nouvelle box pour le connecter et heureusement qu’Eva est passée me déposer un commentaire sinon je zappais ce challenge qui consiste à lire des auteurs de langue allemande (allemands, autrichiens, suisses) tous genres littéraires confondus.

Infos, logo (créé par Goran) et inscription chez Eva et Patrice – du blog Et si on bouquinait un peu – et chez Fabienne – du blog Livr’escapades.

Eh bien, tous mes livres sont dans des cartons… Je devrai donc trouver de la littérature germanique (et pourquoi pas du cinéma) à la médiathèque alors il n’y aura peut-être qu’un ou deux billet(s) avant la fin du mois. J’ai lu récemment (en octobre) Airpussy d’Ulli Lust, c’est une bande dessinée autrichienne mais l’autrice vit en Allemagne, c’est un peu coquin mais c’est mignon, je vous la conseille.

Mes billets pour ce challenge

1. Bunker d’Andrea Maria Schenkel (Actes Sud, 2010)

2. Finsterau d’Andrea Maria Schenkel (Actes Sud, 2015)

3. Roman de l’au-delà de Matthias Politycki (Jacqueline Chambon, 2011)

Trois romans pas récents mais parus dans les années 2010 (en français), trois romans Actes Sud en fait (puisque les éditions Jacqueline Chambon sont affiliées à Actes Sud) et surtout trois romans atypiques que, peut-être, je n’aurais jamais pensé à lire sans ces Feuilles allemandes.

Bonus : Métal Hurlant n° 1 – automne 2021 (Les Humanoïdes associés, 2021, France et international) acheté et lu en novembre contient une bande dessinée d’un dessinateur allemand.

Une histoire pour l’Europe de Will Self

Une histoire pour l’Europe de Will Self.

Mille et une nuits, La Petite Collection n° 200, mars 1998, 48 pages, 1 €, ISBN 2-84205-315-X. A Story for Europe (1996) est traduit de l’anglais par Francis Kerline. Illustrations par Serge Kantorowicz. Postface d’Olivier Cohen.

Genres : littérature anglaise, nouvelle, science-fiction.

Will Self naît le 26 septembre 1961 à Hammersmith (Londres, Angleterre). Il est écrivain (romans, nouvelles) et journaliste. Plus d’infos sur son site officiel.

Londres, chez la famille Green. Humphrey, surnommé Humpy, deux ans et demi, se met subitement à parler l’allemand. « Wir müssen expandieren ! […] Masse ! […] Massenfertigung ! » (p. 9-10). Sa mère, Miriam, journaliste, est fort mécontente, elle pense que son fils est agressif. Daniel rentre du travail le soir, « Darlehen, hartes Darlehen. » (p. 11) ricane Humpy. Miriam décide de lui faire voir un psychologue pour enfants, Philip Weston.

Francfort, au « Département de recherche-développement en capital-risque de la Deutsche Bank » (p. 18), le docteur Martin Zweijärig, 61 ans, n’arrive pas à se concentrer, sue, parle tout seul, un genre de charabia… « Qu’est-ce qui m’arrive ? Serais-je en train de perdre la bille ? » (p. 34).

Tout comme Maudit soit l’Éternel ! et Dieu n’a pas que ça à foutre de Thierry Marignac, je n’avais jamais entendu parler de cet auteur et j’ai voulu lire ce petit livre avant qu’il parte au pilon. Eh bien… L’idée de départ était originale mais je trouve qu’elle n’est pas développée (il n’y a pas de fin, pas de lien entre le bébé et le vieil homme, donc l’interchangeabilité n’aboutit à rien…). Voilà, cette histoire aussi se lit vite mais ne me laissera pas un souvenir impérissable… Et vous, vous connaissiez ?

Pour Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts.

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepúlveda

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepúlveda.

Métailié, collection Suites, mai 2012, 126 pages, 7 €, ISBN 978-2-86424-878-1. Historia de una gaviota y del gato que le enseñó a volar (1996) est traduit de l’espagnol (Chili) par Anne Marie Métailié.

Genres : littérature chilienne, novella.

Luis Sepúlveda naît le 4 octobre 1949 à Ovalle (Chili) mais grandit dans le quartier ouvrier de Santiago. Il pratique le football puis se lance en littérature. Étudiant, il soutient le gouvernement de Salvador Allende et il est emprisonné sous la dictature du général Augusto Pinochet en tant qu’opposant politique. Libéré, il est exilé en Suède mais va voyager en Amérique du sud (Équateur, Pérou, Colombie et Nicaragua) avant de s’installer en Europe (Allemagne puis Espagne). Militant à la Fédération internationale des droits de l’homme et à Greenpeace, il voyage régulièrement (Amérique du Sud, Afrique) et écrit (pour les adultes et pour la jeunesse). Il meurt le 16 avril 2020 à Oviedo (Espagne).

En mai 2017, j’avais lu L’Ouzbek muet et autres histoires clandestines, un recueil de très bonnes nouvelles, plutôt politiques, en poche. Après avoir lu Histoire d’une baleine blanche en février pour le Mois Amérique latine, j’avais très envie de relire encore cet auteur chilien. Je profite donc du Mois espagnol et sud américain.

Hambourg, Allemagne. Zorbas est un « chat grand noir et gros » (p. 17). La famille chez qui il vit depuis cinq ans part en vacances pour deux mois (un ami viendra le nourrir et nettoyer sa litière). « Deux mois pour se prélasser dans les fauteuils, sur les lits, ou sortir sur le balcon, grimper sur les toits, aller jusqu’aux branches du vieux marronnier et descendre le long de son tronc jusqu’à la cour, où il retrouvait les chats du quartier. Il n’allait pas s’ennuyer. Pas du tout. » (p. 22).

En plongeant pour attraper un hareng, Kengah, la mouette argentée, a été touchée par « la peste noire » (p. 23), c’est-à-dire une nappe de pétrole lâchée par un pétrolier qui nettoie illégalement son réservoir et, après maints efforts, s’étant arraché les plumes qu’elle n’arrivait pas à nettoyer, arrive à voler tant bien que mal. Elle atterrit sur le balcon où Zorbas prend le soleil. « C’était mon dernier vol, croassa la mouette d’une voix presque inaudible, et elle ferma les yeux. » (p. 30). Avant de mourir, Kengah fait promettre à Zorbas trois choses : de ne pas manger l’œuf, de s’en occuper jusqu’à la naissance du poussin et de lui apprendre à voler. Zorbas promet et court chercher de l’aide mais Kengah a pondu l’œuf et a rendu l’âme.

Je dois vous dire que Sepúlveda est un géant, il m’arrache des larmes, saloperie de pétrole ! L’intensité dramatique augmente mais Sepúlveda fait de l’humour avec les chats Secrétario, Colonello et Jesaitout que Zorbas a consultés. Quand ils arrivent sur le balcon, c’est trop tard pour Kengah, mais les quatre chats découvrent « l’œuf blanc taché de bleu » (p. 51) et enterrent la mouette sous le marronnier. Le code d’honneur des chats du port dit que la promesse d’un chat est la promesse de tous les chats. Pendant vingt jours, les chats étudient et Zorbas tient chaud à l’œuf tout contre son ventre jusqu’à ce que la coquille se craquelle. « Maman ! Maman ! cria le poussin qui avait quitté son œuf. » (p. 65). Zorbas, Secrétario, Colonello et Jesaitout s’attellent à nourrir l’oisillon et, après que le chat de mar, Vent-debout ait certifié que c’était une oiselle, ils décident de l’appeler Afortunata car elle « a eu la chance, la fortune de tomber sous notre protection » (p. 84). Afortunada grandit bien mais les chats se demandent toujours comment lui apprendre à voler… « Si on suit les instructions techniques et si on respecte les lois de l’aérodynamique, on peut voler. N’oubliez pas que tout est dans l’encyclopédie, affirma Jesaitout. » (p. 100).

Aussitôt acheté, aussitôt lu et chroniqué. Quel roman magnifique, d’une grande poésie ! Il parle d’animaux, d’humains et de leur folie avec le pétrole (s’il n’y avait que ça !), d’écologie, d’amitié, d’honneur, d’entraide. Un si court roman, tellement émouvant, tendre et puissant, qui parle de tant de choses… Le courage de cette mouette, l’amour de ce chat, la persévérance de cet oisillon et l’amitié des autres chats, un pur bonheur. Ce livre est un trésor comme Histoire d’une baleine blanche, un message engagé que les humains ne doivent pas ignorer. Si je peux, je reverrai avec plaisir le film d’animation, La mouette et le chat, qui lui est italien.

Je mets ce coup de cœur dans Challenge lecture 2021 (catégorie, 13, un livre dont le titre comprend le nom d’un animal, 3e billet), Jeunesse Young Adult #10, Littérature de l’imaginaire #9, Mois espagnol et sud-américain, Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Mouette et Chat) et Projet Ombre 2021 (novella).

La mémoire du temps de Frank Leduc

La mémoire du temps de Frank Leduc.

Nouveaux auteurs, collections Puissance 2, Thriller, mai 2020, 374 pages, 19,95 €, ISBN 978-2-8195-0605-8.

Genres : littérature française, thriller, Histoire.

Frank Leduc naît le 18 août 1958 à Paris. Après une carrière de cadre manager dans une entreprise de téléphonie, il quitte Paris pour les Landes et devient coach et formateur en management avant de se lancer dans l’écriture. Deux romans, Le chaînon manquant (2017), Cléa (2019) et deux recueils de nouvelles, Quelque chose à vous dire (2019), Un hôtel à Paris (2020) précèdent La mémoire du temps.

Mars 1937. Lisa Stein et Alexis Keller, deux ados (d’environ 16 ans), fuient leur village d’Eltville, situé dans le land de Hesse près de Mayence. Ils ont leurs billets pour Paris via Metz. « Tu vois, nous n’avions rien à craindre. Nous sommes en règle. Et bientôt, nous serons libres. Loin de ce pays qui devient complètement fou. » (p. 23). Mais ils sont rapidement repris et Angus Stein, un homme violent, enferme sa fille Lisa au couvent.

De nos jours, à Paris. Alice et Vincent sont mariés depuis 13 ans et ils ont trois enfants, Romane, Louna et Nathan. Ils vivent bien : Vincent est un célèbre romancier de science-fiction et Alice est une critique gastronomique reconnue. Mais, depuis près d’un an, Alice a sur le corps d’étranges brûlures douloureuses et aucun spécialiste n’a pu donner d’explications… Elle a rendez-vous avec le Pr Strootman. « Ce n’est pas un simple « psy ». C’est un neurologue et l’un des meilleurs. Il va regarder les choses autrement. Il y a forcément quelque chose à trouver. » (p. 20). « C’est l’un des plus grands neuropsychiatres de la planète. Il a écrit des tas de bouquins. Il a dû traiter des centaines de cas. Des milliers peut-être… S’il y en a bien un qui peut comprendre ce qui t’arrive, c’est lui ! » (p. 21). Alice ne sait pas si elle doit être soulagée ou inquiète après sa visite au Pr Strootman. « Même pour lui, l’affaire était surprenante. Il avait à la fois de l’enthousiasme à s’occuper de cette pathologie peu commune, l’adrénaline de réussir là où ses confrères avaient échoué et un mauvais pressentiment. Il ne s’en doutait pas encore, mais les jours qui allaient suivre modifieraient profondément le cours de sa vie ! » (p. 50).

J’ai appris beaucoup de choses sur la mémoire et sur les différentes zones qui abritent la mémoire, je les ai notées pour ne pas les oublier, cerveau, hippocampe, cortex frontal, amygdale, cervelet, ganglions, cortex, en fait tout ce qui concerne le cerveau et la mémoire m’intéressent alors j’ai vraiment envie de creuser le sujet. Mais il existe « une autre mémoire, plus mystérieuse encore, que les neurologues n’étudient sérieusement que depuis une dizaine d’années et dont nous ne connaissons pas encore tout à fait la portée. On l’appelle la mémoire génétique ou « ancestrale ». […] Un lien invisible qui unit les êtres d’une même famille à travers les générations. Un genre d’atavisme émotionnel. On ne l’explique pas encore, mais c’est réel et tout à fait démontrable. » (p. 125).

La mémoire du temps est à la fois un roman historique et un thriller (qui lorgne du côté du fantastique), et j’aime bien le mélange des deux genres que j’avais déjà apprécié dans Le violoniste de Mechtild Borrmann ou dans Angor de Franck Thilliez par exemple. Quant à cette histoire de mémoire familiale, je l’ai découverte dans L’île du Diable de Nicolas Beuglet (avec l’épigénétique). Cette mémoire à travers l’Histoire et le temps m’a donc bien embarquée. D’ailleurs, j’ai particulièrement aimé les passages à bord du dirigeable Hindenburg avec l’amitié entre Lisa et Paul (le jeune homme noir originaire de Pennsylvanie, matelot de seconde classe, qui lui prête Moby Dick pour qu’elle apprenne l’anglais) et la relation avec Otto, un berger malinois. « Ce chien avait une force hors norme. Elle était rassurée de l’avoir avec elle. Elle était persuadée qu’il la protégerait au péril de sa vie si quelqu’un lui voulait du mal. Et vu son gabarit, elle se sentait en parfaite sécurité. » (p. 334-335).

Franchement, le sujet est top, bien raconté, intriguant, et je voudrais vous conseiller La mémoire du temps mais l’auteur a malheureusement perdu la mémoire de l’orthographe et de la grammaire… « un genre d’existence en accélérée » (p. 105), « ils faisaient tous les deux partis » (p. 113), « Ils traversèrent l’air de décollage » (p. 118), « un contrat en bon et due forme » (p. 157), « Le marin sembla désarçonner par cette réponse » (p. 285), « Sans elle, je n’aurai pas réussi » (p. 333), mêmes fautes de futur au lieu du conditionnel dans « je n’aurai pas eu cette part de mystère » (p. 351) et dans « Elle devait penser que je vivrai éternellement » (p. 354), « l’enquête sur la disparition de Sarah Stein » (p. 360) qui je le rappelle se prénomme Lisa, « Et bienvenu à ceux […] » (p. 370)… Ma faute préférée est « Elle sangla solidement Otto à un piquet qui la regarda faire bizarrement. » (p. 346) parce qu’elle est drôle : vu la construction de la phrase, le lecteur ne peut s’empêcher de sourire en imaginant le piquet la regarder bizarrement ! Je ne sais pas si, pour vous, c’est rédhibitoire, pour moi ça l’est normalement mais j’avais déjà lu plus de 100 pages avant la première faute et je voulais savoir le fin mot de l’histoire alors j’ai continué la lecture mais je ne pensais quand même pas qu’il y aurait plus de 10 fautes dans ce roman… Par contre, je ne compte pas lire un autre titre de cette maison d’éditions.

Je place cette lecture dans Animaux du monde #3 (pour Otto, le berger malinois qui a une belle place dans la vie de Lisa), Challenge lecture 2021 (catégorie 26, un roman fantastique), Littérature de l’imaginaire #9 (pour le côté fantastique des rêves d’Alice et cette mémoire partagée qu’on ne comprend pas encore très bien), Mois du polar/thriller et Polar et thriller 2020-2021.