Roman de l’au-delà de Matthias Politycki

Roman de l’au-delà de Matthias Politycki.

Jacqueline Chambon, mars 2011, 144 pages, 17,30 €, ISBN 978-2-7427-9671-7. Jenseitsnovelle (2009) est traduit de l’allemand par Alban Lefranc.

Genres : littérature allemande, roman.

Matthias Politycki naît le 20 mai 1955 à Karlsruhe dans le Bade-Wurtemberg en Allemagne. Après son bac (à Munich) et son service militaire (à Neubourg sur le Danube), il devient objecteur de conscience et « étudie la littérature allemande moderne, la philosophie, le théâtre et la communication aux universités de Munich et de Vienne » (source Wikipédia). Il devient ensuite écrivain freelance, lecteur pour un éditeur puis écrivain avec son premier roman en 1987. Du même auteur (traduit en français) : Samarcande (Jaqueline Chambon, 2015), totalement différent puisque c’est un roman d’anticipation (que j’ai bien envie de lire). Plus d’infos sur son site officiel et ses livres sur le site de l’éditeur allemand, en allemand, natürlich.

Le professeur Schepp vient de se lever, il se réjouit d’embrasser son épouse, Doro. Elle est justement assise à son bureau ; se serait-elle endormie sur des corrections ? Et puis, il y a une drôle d’odeur (l’eau des fleurs n’aurait-elle pas été changée ?). Mais « […] il recula, ouvrit grand la bouche. S’étouffa, chercha son souffle. » (p. 9). Belle réaction de l’homme : « Je ne comprends pas, comprit Schepp. Ce n’est pas vrai, décida Schepp. Tout va s’arranger, s’assura Schepp et au même moment une certitude étouffante le saisit. […] Comme il aurait aimé prendre Doro dans ses bras, il l’aurait serrée de toutes ses forces jusqu’à ce qu’elle perde haleine et arrête le jeu. Mais il n’y avait plus rien à faire, il le voyait, il le sentait, il le savait. » (p. 10). D’ailleurs « ce n’était pas des tiges pourries qu’il avait senties en entrant, c’était clair à présent. » (p. 10).

Avec les extraits ci-dessus, vous pouvez tout de suite voir le choix des mots, le sens des mots, tout est soigné, maîtrisé, c’est que Matthias Politycki est en fait poète (l’un des plus grands poètes contemporains d’après ce que j’ai lu) mais il a aussi écrit des romans, des nouvelles et des essais.

Schepp lit les corrections apportées par Doro, il lit le message qu’elle lui a laissé, il est abasourdi, « il aurait dû d’abord prévenir les enfants » (le couple a deux filles, Pia et Louisa) et « il aurait dû aller chercher un médecin pour qu’il établît un certificat de décès » (p. 10)… Mais Schepp est plongé dans les souvenirs. Lorsqu’ils se sont rencontrés, « il était encore chargé de cours, elle déjà assistante » (p. 16) et elle lui avait parlé de sa peur de franchir le lac de la mort alors ils s’étaient promis que le premier qui mourrait attendrait l’autre pour franchir le lac et trouver ensemble l’île des morts. Dorothee Wilhelmine Renate, comtesse de Hagelstein, et Hinrich Schepp ont tous deux étudié la Chine ancienne (l’art, l’écriture, le feng shui et surtout le Yi King). Et, alors que tous les hommes la courtisaient, c’est lui qu’elle a épousé.

Mais ce que Doro a écrit est insupportable, elle n’avait sûrement plus toute sa tête, ce n’est pas possible, cette épouse aimante, discrète et douce… « Impossible, Doro n’aurait jamais fait une chose pareille. Ou bien si ? » (p. 32). Schepp se décide à déplacer le corps et à lire à côté de Doro… L’auteur intègre alors une ancienne tentative de roman de Schepp (Marek, le poivrot) dans son roman et les commentaires de Doro rendent Schepp furieux : il va se mettre à la détester ! « S’était-il trompé toute sa vie sur son compte ? Lui avait-elle joué la comédie durant tant d’années ? » (p. 66). Mais, à mon avis, Schepp ne se pose pas les bonnes questions ! A-t-il été un mari aimant et attentionné ? Ou était-il trop occupé par son statut de « premier spécialiste mondial de chinois ancien » (p. 67) ?

À travers l’histoire de Doro et Schepp, à travers le roman inachevé de Schepp – et d’ailleurs les deux histoires ne sont-elles pas finalement inachevées – l’auteur parle du couple, des non-dits, des secrets, du choix que l’on fait en toute connaissance de cause, du deuil auquel on n’est pas préparé et surtout il livre un testament depuis l’au-delà qui va conduire Schepp à la folie. Car c’est incroyable comment ce roman qui se déroule dans un seul lieu, le bureau, et sur une journée, brosse en fait toute une vie. Une vie – et une mort – dérangée par une odeur persistante, une mouche encombrante et l’incompréhension de Schepp vis-à-vis de son épouse, de la femme qu’il pensait connaître et aimer. À noter la place de la Chine ancienne et du Yi King.

Une faute page 22 : « elle avait encore ou les larmes aux yeux » au lieu de « eu ».

Incroyable lecture que je mets dans Les feuilles allemandes et Voisins Voisines 2021 (Allemagne).

Finsterau d’Andrea Maria Schenkel

Finsterau d’Andrea Maria Schenkel.

Actes Sud, collection Actes noirs, février 2015, 112 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-330-03910-3. Finsterau (2012) est traduit de l’allemand par Stéphanie Lux.

Genres : littérature allemande, roman policier.

Andrea Maria Schenkel naît le 21 mars 1952 à Ratisbonne en Bavière (Allemagne). Ses romans sont courts (moins de 180 pages) et percutants (elle a reçu plusieurs prix littéraires), tous publiés chez Actes Sud. Tannöd (2006) soit La ferme du crime (2008), Kalteis (2007) soit Un tueur à Munich, Josef Kalteis (2009), Bunker (2009) soit Bunker (2010), Finsterau (2012) soit Finsterau (2015), Täuscher (2013) soit Tromperie (2020) et Als die Liebe Endlich War (2016) pas (encore) traduit en français.

1965, Finsterau, petit village de Bavière. Hermann Müller, l’aubergiste, ferme mais un vagabond ivre lui dit que deux ans après la guerre, la police a mal fait son travail dans une affaire de meurtre et que le meurtrier s’en est tiré.

Johann et Theres Zauner sont des gens très pauvres et très pieux mais ils n’aiment pas vraiment leur fille, Afra, et encore moins Albert, le fils illégitime qu’elle a eu avec un prisonnier français. « Mais que vont dire les gens, ma petite ? Tu ne crois pas que tu nous as déjà suffisamment fait honte ? Tu ne peux pas suivre le droit chemin ? » (p. 17).

Lorsqu’Afra (24 ans) et Albert (2 ans) sont tués en juillet 1947, Johann est arrêté. « Il était toujours resté dans le droit chemin. Toujours. Toute sa vie. Il avait prié, il avait travaillé, il s’était efforcé d’être un homme bon et d’élever sa fille dans la piété. » (p. 20).

Après avoir quitté la maison à l’âge de 14 ans, Afra est revenue, à l’été 1944. Lorsque son patron a appris qu’elle couchait avec un STO, il l’a mise dehors. Ses parents étaient « des sans-terre […]. C’est à cette misère qu’elle avait voulu échapper. Elle avait fui la maison, mais elle avait fini par y revenir. […] Rien n’avait changé ici, et rien ne changerait jamais, le temps s’était arrêté. » (p. 26). Albert naît au printemps 1945. « Albert était là, et à la maison la situation devenait chaque jour plus insupportable. » (p. 27).

1947. C’est Hermann Irgang, garde champêtre, et le stagiaire Weinzierl qui arrivent les premiers sur les lieux. Le père Zauner a un comportement bizarre alors Irgang le pense coupable. « J’ai dit à Weinzierl de surveiller le suspect, de ne pas le quitter des yeux une seule seconde, jusqu’à ce que je revienne avec le docteur et la brigade criminelle. » (p. 39).

Après avoir lu Bunker d’Andrea Maria Schenkel, j’ai été très contente d’avoir également emprunté ce Finsterau pour Les feuilles allemandes. Tout est parfaitement raconté mais l’enquête est insidieuse et à charge car tout accable le père d’Afra mais il ne se rappelle plus de rien… Pourtant, en tant que bon chrétien, il n’aurait jamais tué sa fille unique même si elle ne priait jamais et n’allait jamais à l’église, et son petit-fils même s’il « faisait trop de bruit et était mal élevé » (p. 52), s’il était toujours dans leurs jambes, même si c’était un bâtard ! Seule son épouse, Theres le croit innocent. « Il avait toujours été très croyant, il voulait toujours forcer tout le monde à rester sur le droit chemin, et il était censé les avoir tué tous les deux ? Il s’était montré buté, étrange, ces derniers mois. Il n’avait aucune patience avec le petit et ne voyait que les défauts d’Afra, mais elle avait tout de même du mal à croire ce qu’on lui racontait. » (p. 54). Je n’en dis pas plus pour que vous découvriez vous aussi l’affaire et la vérité.

Et si la justice rapide d’après-guerre avait envoyé un innocent en prison puis à l’asile ? Encore une réussite pour Andrea Maria Schenkel qui sait distiller les infos à petite dose chapitre après chapitre (chaque chapitre se consacre à un protagoniste) et surtout créer une ambiance particulière, plus ou moins angoissante. Encore cette fois, elle analyse avec un réalisme incroyable l’âme humaine. Un genre de cold case à la bavaroise dit l’éditeur, vraiment excellent et je pense lire dans le futur d’autres titres de cette romancière allemande.

Je mets aussi ce roman dans les challenges Polar et thriller 2021-2022 et Voisins Voisines 2021 (Allemagne).

Bunker d’Andrea Maria Schenkel

Bunker d’Andrea Maria Schenkel.

Actes Sud, collection Actes noirs, septembre 2010, 112 pages, 13,70 €, ISBN 978-2-7427-9217-7. Bunker (2009) est traduit de l’allemand par Stéphanie Lux. Parution en poche chez Babel Noir, n° 238, janvier 2020, 112 pages, 6,70 €, ISBN 978-2-330-12985-9.

Genres : littérature allemande, roman noir.

Andrea Maria Schenkel naît le 21 mars 1952 à Ratisbonne en Bavière (Allemagne). Ses romans sont courts (moins de 180 pages) et percutants (elle a reçu plusieurs prix littéraires), tous publiés chez Actes Sud. Tannöd (2006) soit La ferme du crime (2008), Kalteis (2007) soit Un tueur à Munich, Josef Kalteis (2009), Bunker (2009) soit Bunker (2010), Finsterau (2012) soit Finsterau (2015), Täuscher (2013) soit Tromperie (2020) et Als die Liebe Endlich War (2016) pas (encore) traduit en français.

Monika travaille chez un concessionnaire automobile. Elle ne sait pas qu’un de ses voisins l’espionne, s’introduit chez elle (il lui vole une photo d’elle jeune avec son petit frère décédé, Joachim) puis il l’enlève et l’enferme pendant cinq jours dans le moulin dans lequel il vivait enfant. Monika pense que cet homme est Hans, le seul ami de Joachim, revenu se venger.

« La pièce est plongée dans l’obscurité, la porte du bunker fermée, je suis toujours couché devant la porte sur le sol froid, prisonnier de ce trou. » (p. 12).

« J’ouvre les yeux. Je me redresse dans le lit, regarde autour de moi. Personne. […] Rien n’a changé. […] Je n’ai aucune idée de ce que je fais ici. Qu’est-ce que ce type me veut ? […] Il faut que je sorte d’ici ! […] ça doit bien être possible ! » (p. 33).

Mais, qui de Monika ou de « Hans » enferme l’autre ? Qui est le bourreau, qui est la victime ? Qui est un monstre ? Monika pense que « Hans » est dérangé mais que pense-t-il lui ?

« Je me dis qu’elle est peut-être bien folle. […] Je n’aurais pas dû l’enfermer, certaines personnes deviennent dingues, elles n’assument pas. » (p. 71-72).

En lisant ce roman, vous découvrirez ce que Monika n’assume pas…

Andrea Maria Schenkel analyse l’obscurité et la froideur de l’esprit humain et, oui, ça fait froid dans le dos ! D’autant plus qu’elle traite ça en peu de mots (et en peu de jours aussi). Toutefois ce n’est pas un roman policier, c’est un roman noir avec un petit côté thriller puisque le suspense oppressant et l’angoisse vont en s’amplifiant jusqu’à la fin. Huis-clos presque horrifique avec le point de vue du kidnappeur, le point de vue de Monika et le passé de l’un et de l’autre qui peut expliquer (mais pas excuser) le comportement de chacun.

Par contre, ne lisez pas la quatrième de couverture ! Elle en dit trop ! Elle dévoile ce que je ne dis pas…

J’ai vraiment été emballée et je veux lire d’autres titres d’Andrea Maria Schenkel, d’ailleurs j’ai emprunté Finsterau en même temps que Bunker pour Les feuilles allemandes.

Je le mets aussi dans les challenges Polar et thriller 2021-2022 et Voisins Voisines 2021 (Allemagne).

Les feuilles allemandes – novembre 2021

Ravie de mes participations en 2019 (une seule lecture) et en 2020 (deux lectures plus une note de lecture publiée un peu en retard), je rempile pour Les feuilles allemandes en ce mois de novembre 2021. Heureusement que j’ai retrouvé le carton qui contenait l’ordinateur hier et que j’ai pu l’installer et le configurer avec la nouvelle box pour le connecter et heureusement qu’Eva est passée me déposer un commentaire sinon je zappais ce challenge qui consiste à lire des auteurs de langue allemande (allemands, autrichiens, suisses) tous genres littéraires confondus.

Infos, logo (créé par Goran) et inscription chez Eva et Patrice – du blog Et si on bouquinait un peu – et chez Fabienne – du blog Livr’escapades.

Eh bien, tous mes livres sont dans des cartons… Je devrai donc trouver de la littérature germanique (et pourquoi pas du cinéma) à la médiathèque alors il n’y aura peut-être qu’un ou deux billet(s) avant la fin du mois. J’ai lu récemment (en octobre) Airpussy d’Ulli Lust, c’est une bande dessinée autrichienne mais l’autrice vit en Allemagne, c’est un peu coquin mais c’est mignon, je vous la conseille.

Mes billets pour ce challenge

1. Bunker d’Andrea Maria Schenkel (Actes Sud, 2010)

2. Finsterau d’Andrea Maria Schenkel (Actes Sud, 2015)

3. Roman de l’au-delà de Matthias Politycki (Jacqueline Chambon, 2011)

Trois romans pas récents mais parus dans les années 2010 (en français), trois romans Actes Sud en fait (puisque les éditions Jacqueline Chambon sont affiliées à Actes Sud) et surtout trois romans atypiques que, peut-être, je n’aurais jamais pensé à lire sans ces Feuilles allemandes.

Une histoire pour l’Europe de Will Self

Une histoire pour l’Europe de Will Self.

Mille et une nuits, La Petite Collection n° 200, mars 1998, 48 pages, 1 €, ISBN 2-84205-315-X. A Story for Europe (1996) est traduit de l’anglais par Francis Kerline. Illustrations par Serge Kantorowicz. Postface d’Olivier Cohen.

Genres : littérature anglaise, nouvelle, science-fiction.

Will Self naît le 26 septembre 1961 à Hammersmith (Londres, Angleterre). Il est écrivain (romans, nouvelles) et journaliste. Plus d’infos sur son site officiel.

Londres, chez la famille Green. Humphrey, surnommé Humpy, deux ans et demi, se met subitement à parler l’allemand. « Wir müssen expandieren ! […] Masse ! […] Massenfertigung ! » (p. 9-10). Sa mère, Miriam, journaliste, est fort mécontente, elle pense que son fils est agressif. Daniel rentre du travail le soir, « Darlehen, hartes Darlehen. » (p. 11) ricane Humpy. Miriam décide de lui faire voir un psychologue pour enfants, Philip Weston.

Francfort, au « Département de recherche-développement en capital-risque de la Deutsche Bank » (p. 18), le docteur Martin Zweijärig, 61 ans, n’arrive pas à se concentrer, sue, parle tout seul, un genre de charabia… « Qu’est-ce qui m’arrive ? Serais-je en train de perdre la bille ? » (p. 34).

Tout comme Maudit soit l’Éternel ! et Dieu n’a pas que ça à foutre de Thierry Marignac, je n’avais jamais entendu parler de cet auteur et j’ai voulu lire ce petit livre avant qu’il parte au pilon. Eh bien… L’idée de départ était originale mais je trouve qu’elle n’est pas développée (il n’y a pas de fin, pas de lien entre le bébé et le vieil homme, donc l’interchangeabilité n’aboutit à rien…). Voilà, cette histoire aussi se lit vite mais ne me laissera pas un souvenir impérissable… Et vous, vous connaissiez ?

Pour Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts.

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepúlveda

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepúlveda.

Métailié, collection Suites, mai 2012, 126 pages, 7 €, ISBN 978-2-86424-878-1. Historia de una gaviota y del gato que le enseñó a volar (1996) est traduit de l’espagnol (Chili) par Anne Marie Métailié.

Genres : littérature chilienne, novella.

Luis Sepúlveda naît le 4 octobre 1949 à Ovalle (Chili) mais grandit dans le quartier ouvrier de Santiago. Il pratique le football puis se lance en littérature. Étudiant, il soutient le gouvernement de Salvador Allende et il est emprisonné sous la dictature du général Augusto Pinochet en tant qu’opposant politique. Libéré, il est exilé en Suède mais va voyager en Amérique du sud (Équateur, Pérou, Colombie et Nicaragua) avant de s’installer en Europe (Allemagne puis Espagne). Militant à la Fédération internationale des droits de l’homme et à Greenpeace, il voyage régulièrement (Amérique du Sud, Afrique) et écrit (pour les adultes et pour la jeunesse). Il meurt le 16 avril 2020 à Oviedo (Espagne).

En mai 2017, j’avais lu L’Ouzbek muet et autres histoires clandestines, un recueil de très bonnes nouvelles, plutôt politiques, en poche. Après avoir lu Histoire d’une baleine blanche en février pour le Mois Amérique latine, j’avais très envie de relire encore cet auteur chilien. Je profite donc du Mois espagnol et sud américain.

Hambourg, Allemagne. Zorbas est un « chat grand noir et gros » (p. 17). La famille chez qui il vit depuis cinq ans part en vacances pour deux mois (un ami viendra le nourrir et nettoyer sa litière). « Deux mois pour se prélasser dans les fauteuils, sur les lits, ou sortir sur le balcon, grimper sur les toits, aller jusqu’aux branches du vieux marronnier et descendre le long de son tronc jusqu’à la cour, où il retrouvait les chats du quartier. Il n’allait pas s’ennuyer. Pas du tout. » (p. 22).

En plongeant pour attraper un hareng, Kengah, la mouette argentée, a été touchée par « la peste noire » (p. 23), c’est-à-dire une nappe de pétrole lâchée par un pétrolier qui nettoie illégalement son réservoir et, après maints efforts, s’étant arraché les plumes qu’elle n’arrivait pas à nettoyer, arrive à voler tant bien que mal. Elle atterrit sur le balcon où Zorbas prend le soleil. « C’était mon dernier vol, croassa la mouette d’une voix presque inaudible, et elle ferma les yeux. (p. 30). Avant de mourir, Kengah fait promettre à Zorbas trois choses : de ne pas manger l’œuf, de s’en occuper jusqu’à la naissance du poussin et de lui apprendre à voler. Zorbas promet et court chercher de l’aide mais Kengah a pondu l’œuf et a rendu l’âme.

Je dois vous dire que Sepúlveda est un géant, il m’arrache des larmes, saloperie de pétrole ! L’intensité dramatique augmente mais Sepúlveda fait de l’humour avec les chats Secrétario, Colonello et Jesaitout que Zorbas a consultés. Quand ils arrivent sur le balcon, c’est trop tard pour Kengah, mais les quatre chats découvrent « l’œuf blanc taché de bleu » (p. 51) et enterrent la mouette sous le marronnier. Le code d’honneur des chats du port dit que la promesse d’un chat est la promesse de tous les chats. Pendant vingt jours, les chats étudient et Zorbas tient chaud à l’œuf tout contre son ventre jusqu’à ce que la coquille se craquelle. « Maman ! Maman ! cria le poussin qui avait quitté son œuf. » (p. 65). Zorbas, Secrétario, Colonello et Jesaitout s’attellent à nourrir l’oisillon et, après que le chat de mar, Vent-debout ait certifié que c’était une oiselle, ils décident de l’appeler Afortunata car elle « a eu la chance, la fortune de tomber sous notre protection » (p. 84). Afortunada grandit bien mais les chats se demandent toujours comment lui apprendre à voler… « Si on suit les instructions techniques et si on respecte les lois de l’aérodynamique, on peut voler. N’oubliez pas que tout est dans l’encyclopédie, affirma Jesaitout. » (p. 100).

Aussitôt acheté, aussitôt lu et chroniqué. Quel roman magnifique, d’une grande poésie ! Il parle d’animaux, d’humains et de leur folie avec le pétrole (s’il n’y avait que ça !), d’écologie, d’amitié, d’honneur, d’entraide. Un si court roman, tellement émouvant, tendre et puissant, qui parle de tant de choses… Le courage de cette mouette, l’amour de ce chat, la persévérance de cet oisillon et l’amitié des autres chats, un pur bonheur. Ce livre est un trésor comme Histoire d’une baleine blanche, un message engagé que les humains ne doivent pas ignorer. Si je peux, je reverrai avec plaisir le film d’animation, La mouette et le chat, qui lui est Italien.

Je mets ce coup de cœur dans Challenge lecture 2021 (catégorie, 13, un livre dont le titre comprend le nom d’un animal, 3e billet), Jeunesse Young Adult #10, Littérature de l’imaginaire #9, Mois espagnol et sud américain, Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Mouette et Chat) et Projet Ombre 2021 (novella).

La mémoire du temps de Frank Leduc

La mémoire du temps de Frank Leduc.

Nouveaux auteurs, collections Puissance 2, Thriller, mai 2020, 374 pages, 19,95 €, ISBN 978-2-8195-0605-8.

Genres : littérature française, thriller, Histoire.

Frank Leduc naît le 18 août 1958 à Paris. Après une carrière de cadre manager dans une entreprise de téléphonie, il quitte Paris pour les Landes et devient coach et formateur en management avant de se lancer dans l’écriture. Deux romans, Le chaînon manquant (2017), Cléa (2019) et deux recueils de nouvelles, Quelque chose à vous dire (2019), Un hôtel à Paris (2020) précèdent La mémoire du temps.

Mars 1937. Lisa Stein et Alexis Keller, deux ados (d’environ 16 ans), fuient leur village d’Eltville, situé dans le land de Hesse près de Mayence. Ils ont leurs billets pour Paris via Metz. « Tu vois, nous n’avions rien à craindre. Nous sommes en règle. Et bientôt, nous serons libres. Loin de ce pays qui devient complètement fou. » (p. 23). Mais ils sont rapidement repris et Angus Stein, un homme violent, enferme sa fille Lisa au couvent.

De nos jours, à Paris. Alice et Vincent sont mariés depuis 13 ans et ils ont trois enfants, Romane, Louna et Nathan. Ils vivent bien : Vincent est un célèbre romancier de science-fiction et Alice est une critique gastronomique reconnue. Mais, depuis près d’un an, Alice a sur le corps d’étranges brûlures douloureuses et aucun spécialiste n’a pu donner d’explications… Elle a rendez-vous avec le Pr Strootman. « Ce n’est pas un simple « psy ». C’est un neurologue et l’un des meilleurs. Il va regarder les choses autrement. Il y a forcément quelque chose à trouver. » (p. 20). « C’est l’un des plus grands neuropsychiatres de la planète. Il a écrit des tas de bouquins. Il a dû traiter des centaines de cas. Des milliers peut-être… S’il y en a bien un qui peut comprendre ce qui t’arrive, c’est lui ! » (p. 21). Alice ne sait pas si elle doit être soulagée ou inquiète après sa visite au Pr Strootman. « Même pour lui, l’affaire était surprenante. Il avait à la fois de l’enthousiasme à s’occuper de cette pathologie peu commune, l’adrénaline de réussir là où ses confrères avaient échoué et un mauvais pressentiment. Il ne s’en doutait pas encore, mais les jours qui allaient suivre modifieraient profondément le cours de sa vie ! » (p. 50).

J’ai appris beaucoup de choses sur la mémoire et sur les différentes zones qui abritent la mémoire, je les ai notées pour ne pas les oublier, cerveau, hippocampe, cortex frontal, amygdale, cervelet, ganglions, cortex, en fait tout ce qui concerne le cerveau et la mémoire m’intéressent alors j’ai vraiment envie de creuser le sujet. Mais il existe « une autre mémoire, plus mystérieuse encore, que les neurologues n’étudient sérieusement que depuis une dizaine d’années et dont nous ne connaissons pas encore tout à fait la portée. On l’appelle la mémoire génétique ou « ancestrale ». […] Un lien invisible qui unit les êtres d’une même famille à travers les générations. Un genre d’atavisme émotionnel. On ne l’explique pas encore, mais c’est réel et tout à fait démontrable. » (p. 125).

La mémoire du temps est à la fois un roman historique et un thriller (qui lorgne du côté du fantastique), et j’aime bien le mélange des deux genres que j’avais déjà apprécié dans Le violoniste de Mechtild Borrmann ou dans Angor de Franck Thilliez par exemple. Quant à cette histoire de mémoire familiale, je l’ai découverte dans L’île du Diable de Nicolas Beuglet (avec l’épigénétique). Cette mémoire à travers l’Histoire et le temps m’a donc bien embarquée. D’ailleurs, j’ai particulièrement aimé les passages à bord du dirigeable Hindenburg avec l’amitié entre Lisa et Paul (le jeune homme noir originaire de Pennsylvanie, matelot de seconde classe, qui lui prête Moby Dick pour qu’elle apprenne l’anglais) et la relation avec Otto, un berger malinois. « Ce chien avait une force hors norme. Elle était rassurée de l’avoir avec elle. Elle était persuadée qu’il la protégerait au péril de sa vie si quelqu’un lui voulait du mal. Et vu son gabarit, elle se sentait en parfaite sécurité. » (p. 334-335).

Franchement, le sujet est top, bien raconté, intriguant, et je voudrais vous conseiller La mémoire du temps mais l’auteur a malheureusement perdu la mémoire de l’orthographe et de la grammaire… « un genre d’existence en accélérée » (p. 105), « ils faisaient tous les deux partis » (p. 113), « Ils traversèrent l’air de décollage » (p. 118), « un contrat en bon et due forme » (p. 157), « Le marin sembla désarçonner par cette réponse » (p. 285), « Sans elle, je n’aurai pas réussi » (p. 333), mêmes fautes de futur au lieu du conditionnel dans « je n’aurai pas eu cette part de mystère » (p. 351) et dans « Elle devait penser que je vivrai éternellement » (p. 354), « l’enquête sur la disparition de Sarah Stein » (p. 360) qui je le rappelle se prénomme Lisa, « Et bienvenu à ceux […] » (p. 370)… Ma faute préférée est « Elle sangla solidement Otto à un piquet qui la regarda faire bizarrement. » (p. 346) parce qu’elle est drôle : vu la construction de la phrase, le lecteur ne peut s’empêcher de sourire en imaginant le piquet la regarder bizarrement ! Je ne sais pas si, pour vous, c’est rédhibitoire, pour moi ça l’est normalement mais j’avais déjà lu plus de 100 pages avant la première faute et je voulais savoir le fin mot de l’histoire alors j’ai continué la lecture mais je ne pensais quand même pas qu’il y aurait plus de 10 fautes dans ce roman… Par contre, je ne compte pas lire un autre titre de cette maison d’éditions.

Je place cette lecture dans Animaux du monde #3 (pour Otto, le berger malinois qui a une belle place dans la vie de Lisa), Challenge lecture 2021 (catégorie 26, un roman fantastique), Littérature de l’imaginaire #9 (pour le côté fantastique des rêves d’Alice et cette mémoire partagée qu’on ne comprend pas encore très bien), Mois du polar/thriller et Polar et thriller 2020-2021.

Cuisine tatare et descendance d’Alina Bronsky

Cuisine tatare et descendance d’Alina Bronsky.

Actes Sud, collection Lettres allemandes, mars 2012, 336 pages, 23,40 €, ISBN 978-2-330-00530-6. Die Schärfsten Gerichte der Tatarischen (2010) est traduit de l’allemand par Isabelle Liber. Je l’ai lu en poche : Babel, n° 1610, avril 2019, 336 pages, 8,70 €, ISBN 978-2-330-12024-5.

Genres : littérature allemande, roman.

Alina Bronsky naît en 1978 à Iekaterinbourg (Sibérie, Russie). Elle est journaliste et autrice. Depuis quelques années, elle vit en Allemagne (elle écrit en allemand) avec ses trois enfants (à qui elle parle en russe). Son premier roman : Scherbenpark (2008) réédité sous le titre Broken Glass Park (2010). D’autres romans suivent mais peu sont traduits en français : Cuisine tatare et descendance (Actes Sud, 2012) que j’avais repéré mais pas lu, Le dernier amour de Baba Dounia (2019) et Ma vie n’est pas un roman (Actes Sud Junior, 2019).

« Quand ma fille Sulfia m’a annoncé qu’elle était enceinte et qu’elle ne savait pas de qui, je me suis concentrée sur la manière dont je me tenais. J’étais assise bien droite, les mains dignement croisées sur les genoux. » (p. 11). Voici comment débute ce roman narré par Rosalinda, la mère de Sulfia, une belle Russe d’origine Tatare, orpheline, mais qui avec son mari, Boris Kalganov, élève sa fille en bonne Soviétique.

Rosalinda ne sait pas quoi faire de son unique enfant, une fille de 17 ans qui se retrouve enceinte on ne sait comment vu qu’elle est vilaine et idiote (sic). Un rêve peut-être… « J’ai regardé Sulfia d’un air sévère et préoccupé, mais elle est restée les yeux rivés sur ses pieds minuscules. Ce genre de choses arrivait parfois, je le savais. » (p. 13).

En plus, la famille (donc trois personnes, Rosalinda, Kalganov et Sulfia) habite dans un appartement collectif avec une langue de vipère, Klavdia…

Poudre de moutarde dans un bain brûlant, bouillon de feuilles de laurier, aiguille à tricoter, Rosalinda a tout essayé, même l’aide de Klavdia, mais… « L’enfant, une petite fille de trois kilos deux pour cinquante-et-un centimètres, est né par une froide nuit de décembre 1978, à la maternité n° 134. Dès le début, j’ai senti que ce bébé serait de ceux qui survivent à tout, par principe et sans concession. Cette petite n’était pas comme les autres, et elle avait une voix très puissante. » (p. 20).

La petite, c’est Anna, ou Anja, mais contre toute attente, Rosalinda lui préfère un prénom tatare : Aminat, en hommage à sa grand-mère caucasienne.

Rosalinda va élever Aminat, à sa façon à elle : elle est un peu tyrannique, ou tout du moins résolument têtue. Par deux fois, Sulfia s’enfuit avec sa fille, et Rosalinda fait tout pour la récupérer et en avoir la garde. C’est qu’elle aimerait à travers Aminat avoir la fille parfaite que Sulfia n’a jamais été… « Elle devait être la plus douée, la plus jolie et la plus intelligente. Une enfant soviétique affranchie de toute nationalité, disait Kalganov fièrement. Au fond, même si nos raisons étaient différentes, nos espoirs – étrangement – étaient les mêmes quand il s’agissait de notre petite-fille. » (p. 34). « Je considérais comme de mon devoir d’éduquer Aminat, de l’aider à distinguer le bien du mal. Ce n’est pas pour rien que j’avais un diplôme d’éducatrice. » (p. 68).

Toutefois, Rosalinda et Sulfia feront des efforts pour redevenir une « famille civilisée » mais le monde s’effondre lorsqu’en laissant une lettre, Kalganov annonce qu’il quitte le domicile conjugal car il a rencontré une autre femme et que Sulfia, mariée, veut partir avec Aminat. « Qu’allais-je devenir sans Aminat ? Dans cette ville, sur cette terre ? Si Aminat s’en allait, toutes les couleurs et tous les murmures qui peuplaient ma vie disparaissaient. Et plus rien n’avait de sens. » (p. 159).

Vous l’aurez compris d’après le titre, ce roman parle aussi de la culture tatare et de la cuisine tatare même si Rosalinda essaie de gommer les traditions tatares de sa vie et d’être une bonne Soviétique. Rosalinda raconte les années 80 en Union Soviétique et les années 90 en Allemagne (Aminat a 12 ans lorsqu’elle arrive en Allemagne avec sa mère et sa grand-mère) : se rajoute donc l’exil et les difficultés de vivre dans un autre pays mais Rosalinda a toujours de la ressource et n’est pas du tout modeste ! « La fille de John disait que j’étais une perle. Chose qu’évidemment, je savais déjà. » (p. 258).

Ma phrase préférée. « J’ai réfléchi au problème pendant deux jours et cinq heures. Aminat avait raison : mon erreur avait toujours été de faire trop de projets pour les autres. Ils ne tenaient pas le rythme. Qu’à cela ne tienne : je pouvais réaliser tous les projets que j’avais formés pour moi. » (p. 290). Indécrottable, Rosalinda, quelle énergie tout au long de sa vie !

Et un de mes passages préférés. Lorsque les trois générations de femmes, en route vers l’Allemagne, font une escale à Moscou et découvrent le grand restaurant à la mode, devant lequel la foule fait la queue (mais les Soviétiques sont habitués) et où tout est servi dans des boîtes en carton ; attention aucun nom n’est prononcé par la narratrice.

Après avoir lu Le dernier amour de Baba Dounia (coup de cœur en 2019), j’avais très envie de lire Cuisine tatare et descendance : eh, bien coup de cœur pour lui aussi et 2e note de lecture pour Les feuilles allemandes.

Comme dans Le dernier amour de Baba Dounia, Alina Bronsky donne la parole à une « vieille » dame quoique Rosalinda est une jeune grand-mère puisqu’elle a moins de 50 ans au début du roman (mais environ 75 ans vers la fin). J’ai aimé le style, l’humour, les personnages, l’histoire, les détails, tout est vraiment parfait dans cette histoire, même la traduction, alors je vous conseille vivement cette romancière allemande d’origine russe. Son roman est sans concession, aussi bien sur les relations familiales et le comportement de Rosalinda (elle veut tout gérer, tout décider) que sur les difficultés de vivre dans l’univers soviétique (promiscuité, manque de tout, corruption…). Les traditions et la gastronomie tatares y ont une petite place mais importante et ce roman est en fait un régal culinaire et littéraire.

Et aussi pour Challenge du confinement (case Contemporain), Des livres (et des écrans) en cuisine et Voisins Voisines 2020 (Allemagne).

Le bruit de la lumière de Katharina Hagena

Le bruit de la lumière de Katharina Hagena.

Anne Carrière, août 2018, 250 pages, 20 €, ISBN 978-2-8433-7883-6. Je l’ai lu en poche : Le Livre de poche, août 2020, 288 pages, 7,70 €, ISBN 978-2-25325-959-6. Das Geräusch des Lichts (2016) est traduit de l’allemand par Corinna Gepner.

Genres : littérature allemande, roman.

Katharina Hagena naît le 20 novembre 1967 à Karlsuhe (Allemagne). Elle étudie l’anglais, l’allemand et James Joyce (sa thèse de doctorat porte sur le roman Ulysse) puis travaille dans le monde universitaire. Elle vit à Hambourg où elle est écrivain. Son premier roman, paru en 2008, est Der Geschmack von Apfelkernenn ou Le goût des pépins de pomme en français (que j’avais repéré en 2010 mais pas lu). Son deuxième roman, paru en 2012, est Vom Schlafen und Verschwinden ou L’envol du héron en français (2013). Plus d’infos sur son site officiel (en allemand bien sûr).

« Salle d’attente du cabinet du Docteur Carl Nansen Dammberg, neurologue » (p. 13). Une femme attend ; devant elle, une jeune femme, une vieille dame, un homme et son jeune fils. La patiente qui attend, c’est Daphne Holt ; elle travaille au Centre de biologie du Jardin botanique de Hambourg ; elle est botaniste et est spécialisée en bryologie (mousses, lichens).

Avant ce rendez-vous, elle était en vacances à Yellow Knife au Canada où elle espérait retrouver sa collègue et amie, Thekla Kern, zoologue spécialiste des oursons d’eau (ou tardigrades), qui ne donne plus de nouvelles.

Ce roman atypique est une ode à la nature et à sa beauté. « Le lendemain matin, elle se réveilla tôt. De la fenêtre qui donnait sur le lac, elle put suivre le lever du jour. On était si près du pôle Nord que le soleil ne s’élevait pas simplement de l’eau tel un ballon, mais que le ciel tout entier commençait à brûler, bande de lumière rose et or. » (p. 49).

Au Canada, elle rencontre un Allemand, Mark, veuf, qui vit avec son fils, jeune ado, Nick. « Daphne exposa à Mark sa conviction que certaines mousses pouvaient pousser sur d’autres planètes. Et si c’était possible pour les mousses, d’autres organismes ne tarderaient pas à pouvoir survivre là-bas. Un nouvel espace de vie naîtrait dans l’univers grâce aux mousses, une nouvelle Création. » (p. 70).

Mais elle rentre subitement à Hambourg car elle souffre de vertiges, d’où son rendez-vous chez le neurologue. Et dans la salle d’attente, elle imagine des histoires, une vie fictive pour chacune des personnes qui est avant elle et qu’elle ne connaît pas du tout.

Quelle imagination ! Daphne emmène le lecteur au Canada, à Berlin, à New York, un véritable road movie depuis cette salle d’attente !

L’histoire de Daphne et les histoires qu’elle invente parlent du Canada de son artisanat (sculpture en particulier), d’aurores boréales, d’exploitation intensive (pétrole, sables bitumeux), de musique, de cuisine, de relations de couple, d’enfants, de deuil…

Mais, quel(s) lien(s) entre le voyage de Daphne au Canada et cette salle d’attente en Allemagne avec les histoires fictives ? Un indice dans le titre : bruit (sons, signal acoustique, musique) et lumière (soleil, aurores boréales) mais pas que ! « Mais vous êtes bien placée pour savoir que les histoires n’apportent jamais de réponses aux questions, elles ne font que poser d’autres questions. » (p. 228).

J’ai adoré ce roman, vraiment différent de ce que j’ai déjà lu précédemment mais je comprends que certains puissent ne pas accrocher ou décrocher. Cependant, le pouvoir de la fiction est immense et Katharina Hagena conduit ses lecteurs très loin. Réalité ? Fiction ? Folie ? Je vous conseille Le bruit de la lumière si vous êtes curieux et que vous ne craignez pas d’être déstabilisés par une lecture qui possède par exemple un chapitre avec 10 photos de plaques d’égouts.

Ce roman acheté et lu pour Les feuilles allemandes #2, je le mets aussi dans Animaux du monde #3 (tardigrades, ours canadiens), Challenge du confinement (case Contemporain) et Voisins Voisines 2020 (Allemagne).