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Le manteau de neige de Nicolas Leclerc

Le manteau de neige de Nicolas Leclerc.

Seuil, collection Thrillers, février 2020, 352 pages, 19 €, ISBN 978-2-02142-690-8.

Genres : littérature française, roman policier, fantastique.

Nicolas Leclerc naît en 1981 à Pontarlier (Doubs). Après avoir étudié l’audiovisuel et le cinéma, il travaille pour la télévision. Le manteau de neige est son premier roman. Le deuxième, La bête en cage, est paru en janvier 2021 (j’ai hâte de le lire).

Village de Vuillefer dans le Haut-Doubs (village inventé, il existe un Vuillecin près de Pontarlier mais pas de Vuillefer). C’est l’hiver et le village est sous un manteau de neige.

Dans une ferme isolée, une vieille femme catatonique depuis plus de 20 ans se lève subitement et égorge son mari devant la chienne médusée. Étienne Devillers était un agriculteur retraité. À son enterrement, Alexandre, le fils qui n’avait plus de contact avec ses parents depuis des années, Laura son épouse, et Katia, leur fille, une adolescente qui souffre d’haptophobie (je ne savais pas ce que c’était).

Jugée irresponsable, la vieille femme, Louise, va être internée et Alexandre espère disposer de la ferme comme bon lui semble. « Qu’on s’en débarrasse de cette ferme. Qu’on en finisse une bonne fois pour toute. » (p. 27). Mais Alexandre ne peut pas vendre la ferme car c’est Katia qui en hérite et elle n’a que 16 ans. Peut-être qu’à sa majorité, elle voudra la vendre…

Dans la maison, Katia a des visions. « Une crise d’angoisse ? […] Des sensations inédites qu’elle ne peut pas expliquer, qu’elle n’arrive pas à comprendre. » (p. 43). Mais elle récupère la chienne, Malaga, qui devient le seul être vivant qu’elle peut toucher.

Lucie, la sœur de Louise, qui avait recueilli Alexandre lorsqu’il avait fui de la ferme, à l’âge de 10 ans, sait sûrement des choses mais elle ne veut rien dire à Laura. « Laisse le passé là où il est. Ça n’a rien à voir avec Vuillefer. » (p. 64). Mais comment laisser le passé alors que Katia est envahie par des choses horribles ?

Ce roman parle de prison mentale, de fantômes, de poltergeist (ça faisait longtemps que je n’avais pas vu ce mot, il était très à la mode dans les années 70 et 80 au cinéma et dans la littérature !).

Les parents de Katia se décident à la faire consulter Caroline Grunwald, une spécialiste des phénomènes paranormaux. « Cette gosse, c’est un don. Il faut lui faire prendre conscience de son importance, il est hors de question de gâcher une telle aptitude. Katia a déjà plus que largement prouvé son potentiel. » (p. 137).

Katia voit en fait deux fantômes, un homme qu’elle a surnommé l’Ogre et une jeune femme rousse (qui s’appelle Camille). Elle va découvrir des « événements dissimulés par les années, oubliés ou tus, qui demeurent gravés dans la mémoire du lieu. » (p. 174) et ça va mal se finir !

Sous ce manteau de neige immaculé, l’auteur décrit le Haut-Doubs (à ne pas confondre avec le Jura, merci !), les vallées, les fermes isolées, les fruitières à comté (miam !), les tuyés (miam aussi, même si je ne mange plus que très rarement de saucisses, mais l’odeur, hum…), les gens austères avec de graves secrets de famille qui remontent à la Seconde guerre mondiale et même avant.

Comme je participe au Printemps de l’imaginaire francophone (PIF), je voudrais dire qu’il y a un renouveau d’auteurs français qui allient avec brio thriller et fantastique (voire horreur). Depuis le début de l’année, j’ai lu La princesse au visage de nuit de David Bry, La mémoire du temps de Frank Leduc, Deux gouttes d’eau de Jacques Expert et Le manteau de neige de Nicolas Leclerc, quatre auteurs que je lisais pour la première fois. Évidemment, j’ai lu des avis mitigés : ceux qui ne voulaient que du thriller ont été chamboulés par le côté fantastique et ceux qui ne voulaient que du fantastique ont été dérangés par le côté enquête. Pas de cela chez moi, j’aime les deux genres et j’aime la fusion de genres, donc aucun problème pour moi comme je le disais déjà dans ma note de lecture de La princesse au visage de nuit de David Bry. Et puis ça fait du bien d’avoir un peu peur de temps en temps, non ? Non… Eh bien, tant pis pour vous !

Je mets cette excellente lecture dans d’autres challenges : Challenge lecture 2021 (catégorie 27, un livre d’un auteur originaire de votre région de naissance, zut, il faudra que je trouve un autre roman avec une couverture rouge pour la catégorie 7 !), Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Météo pour Neige) et Polar et thriller 2020-2021.

Deux gouttes d’eau de Jacques Expert

Deux gouttes d’eau de Jacques Expert.

Sonatine, janvier 2015, 336 pages, 19 €, ISBN 978-2-35584-316-7.

Genres : littérature française, roman policier.

Jacques Expert naît en 1956 à Bordeaux. Il est journaliste, producteur et directeur de programmes pour la télévision (TF1, M6, Paris Première, RTL). Deux gouttes d’eau est son troisième roman chez Sonatine après Adieu (2012) et Qui ? (2013) mais d’autres romans sont parus depuis 1989 chez d’autres éditeurs.

Après des années d’échecs et de déceptions, Sophie est enfin enceinte. C’est la première échographie à laquelle est présent Philippe Deloye, le futur papa. Et c’est une totale surprise, Sophie attend des jumeaux !

Des années plus tard, Élodie Favereau, 27 ans, est massacrée et décapitée à la hache dans son appartement de Boulogne-Billancourt. Les caméras de surveillance montrent Antoine Deloye, son compagnon. Le commissaire Étienne Brunet et le commissaire-divisionnaire Robert Laforge sont chargés de l’enquête. Mais Antoine Deloye, 28 ans, en larmes, nie toute implication. « Ce n’est pas moi […] C’est Franck […] Mon frère. Mon frère jumeau. C’est lui… Forcément… » (p. 26). Le problème, c’est que, s’ils ont deux caractères différents, les deux frères se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Et que Franck Deloye s’est présenté de lui-même au commissariat pour savoir ce que son frère avait encore fait ! « Plus tard, lorsqu’ils reparleront de cette première rencontre avec Franck Deloye, Laforge confiera à Brunet qu’à l’instant où il avait vu le frère d’Antoine, il avait compris que cette enquête en apparence si simple avait dérapé. Franck pouvait être l’assassin d’Élodie Favereau. Il ne lui accorde pas la moindre confiance. Et si Antoine disait la vérité ! La question s’impose à lui. » (p. 55).

Les chapitres concernant l’enquête alternent avec des chapitres en italique dans lesquels l’auteur présente l’enfance puis l’adolescence des jumeaux et les problèmes que leurs parents rencontrent. « […] ils se faisaient violence pour cacher leur désarroi quand ils étaient en leur présence. Ils s’ingéniaient à se comporter comme si tout allait bien. Mais quand ils se retrouvaient seuls, ils avaient des discussions interminables au cours desquelles ils tentaient maladroitement de se remonter le moral, de se dire qu’il n’y avait rien de si dramatique, finissant toujours pas conclure que la situation les minait de l’intérieur. » (p. 179-180).

Voici un roman rondement mené ! Je vous avoue que j’ai pensé Antoine innocent et Franck coupable, je ne sais trop pourquoi, peut-être que l’auteur veut emmener le lecteur à penser ça, puis à douter, à s’interroger sur la gémellité mais qui est coupable, Antoine, Franck ? C’est en lisant le roman, glaçant, intense et fascinant, que vous le découvrirez parce que Jacques Expert est véritablement un expert ! (bon, je sais, il était facile ce jeu de mots).

Un excellent roman policier (psychologique et machiavélique) pour Challenge lecture 2021 (catégorie 6, un livre dont le titre contient le nom d’une boisson pour Eau, mais j’aurais pu le mettre dans la catégorie 11, un livre dont le titre comprend un nombre), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Aliment/Boisson pour Eau) et Polar et thriller 2020-2021.

Robopocalypse de Daniel H. Wilson

Robopocalypse de Daniel H. Wilson.

Pocket, juin 2017, 480 pages, 8,70 €, ISBN 978-2-26624-246-2. Robopocalypse (2011) est traduit de l’américain par Patrick Imbert.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, post-apocalyptique.

Daniel H. Wilson naît le 6 mars 1978 à Tulsa dans l’Oklahoma (il est Cherokee). Ancien ingénieur à Microsoft et Intel, il est spécialiste de la robotique et de l’intelligence artificielle. Il est auteur d’essais scientifiques parfois humoristiques, d’articles parus dans le New York Times et le magazine Wired, de romans de science-fiction et de nouvelles. Du même auteur, j’ai lu et bien aimé Le cœur perdu des automates. Plus d’infos sur son site officiel.

Robots (machines) et humains sont en guerre. Bright Boy et son équipe découvrent un cube dans le puits N-16, dans la plaine de Ragnorak en Alaska. « Ce truc, c’est la boîte noire de toute la guerre, nom de Dieu. » (p. 16).

Le narrateur est Cormac « Bright Boy » Wallace mais en fait, en plus de son témoignage (les extraits sont en italique), il retranscrit ce que le cube a enregistré (c’est-à-dire absolument tout), des conversations téléphoniques, des entretiens privés et parfois classifiés top-secrets, des comptes-rendus scientifiques ou militaires, des rapports, ce qui donne un roman très diversifié, bien construit, moderne et passionnant. « Les machines nous ont attaqué sans prévenir, elles ont bouleversé notre vie quotidienne, elles sont nées de nos rêves, mais aussi de nos cauchemars. » (p. 20).

Tout commence lorsque le professeur Nicolas Wasserman crée Archos et Cormac Wallace raconte les incidents qui ont suivi les mois suivants aux États-Unis, au Japon, en Afghanistan (avec un robot militaire américain), en Angleterre jusqu’à l’Heure Zéro, au moment où les machines (robots mais aussi jouets, téléphones, véhicules et appareils connectés…) entrent en guerre. De nombreux humains sont tués mais certains échappent au massacre comme Marcus Johnson et son épouse Dawn à New York City, la sénatrice Laura Perez et ses enfants, Mathilda et Nolan. « Le monde a changé depuis un an. Notre technologie nous lâche de plus en plus. Les incidents se multiplient. Lentement, mais sûrement. Nos transports, nos communications, notre défense nationale… Plus je constate de dysfonctionnements, plus cette société me paraît creuse, prête à s’effondrer à tout moment. » (p. 157).

Lonnie Wayne Blanton, policier et indien Osage, a pu, avec sa Honda 350, se réfugier dans la réserve de Gray Horse au centre de l’Oklahoma, comme beaucoup d’Osages qui conduisent de vieilles voitures ou de vieilles motos (non connectées) ou, comme leurs ancêtres, en voyageant à cheval. « Gray Horse est rapidement devenu le bastion de la résistance humaine. » (p. 182). La résistance existe aussi au Japon, à Adachi, avec la forteresse et les robots amis de Takeo Nomura, et en Afghanistan avec Paul, soldat américain, et Jabar, jeune Afghan.

Au moment de l’Heure Zéro, Cormac « Bright Boy » Wallace est avec son frère aîné, Jack, à Boston. Jack est « soldat du feu » et « membre de la Garde nationale » (p. 221). Il a donc accès à l’armurerie de la ville et sait quoi faire en toute circonstance. Heureusement parce que Cormac a l’impression d’être « un gamin dans un costume d’Halloween de soldat, avec un fusil d’assaut chargé. » (p. 229). Pendant ce temps-là, à Londres, Lurker et Arrtrad, font ce qu’ils savent faire, hacker, ce qui « a sauvé l’humanité de l’extermination. » (p. 338).

Le Bright Boy Squad (de Cormac Wallace) et le Freeborn Squad (des robots « éveillés » qui se sont libérés de l’emprise d’Archos) s’unissent pour détruire Archos. C’est en Alaska qu’on les retrouve près de 3 ans après l’Heure Zéro. « Je ne réfléchis pas. J’agis. La suite n’a plus rien à voir avec la logique ou l’émotion. Ce n’est plus une question d’humanité, d’inhumanité, c’est une urgence, une obligation, un fait. Je crois que ce genre de choix, les choix pris dans des situations extrêmes, révèle notre moi profond, dépasse l’expérience et la réflexion. Dans une existence humaine, c’est sans doute la chose qui se rapproche le plus du destin. » (p. 407-408).

Le lecteur suit donc plusieurs personnages, tous différents mais prêts à se battre, ou tout du moins à survivre, aux États-Unis, au Japon, en Afghanistan et dans une moindre mesure en Angleterre, et ils sont tous attachants même si mon préféré est Cormac « Bright Boy » Wallace, le narrateur.

Après avoir lu R.U.R. de Karel Čapek (la première fiction avec des robots), me voici de nouveau avec des machines et des robots qui s’en prennent aux humains mais, dans Robopocalypse, ils sont plus élaborés, plus dangereux et il s’en est fallu de peu que l’humanité disparaisse ! Bien sûr, cette histoire m’a fait penser à la série Battlestar Galactica et au roman Un océan de rouille de C. Robert Cargill (dans lequel il n’y a carrément plus d’humains), Robopocalypse étant très réaliste et visuel. Je n’ai pas pu lâcher ce roman et j’ai très envie de voir le film éponyme réalisé par Michael Bay en 2020. L’auteur met en évidence les dangers de l’IA (Intelligence Artificielle) et il sait de quoi il parle en tant que scientifique (j’espère que tout cela restera de la fiction !). Les humains ont, avec d’immenses pertes, vaincu les robots mais ce n’est pas fini, il y a une suite, Robogenesis, que je pense lire tout bientôt.

Une excellente lecture que je mets dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 47, un roman qui a été adapté en film ou en série) et Littérature de l’imaginaire #9.

James Day de Patrick Cialf

James Day de Patrick Cialf.

Ymaginères, septembre 2011, 11 pages, nouveau lien sur Nouveau Monde, téléchargement gratuit.

Genres : littérature française, nouvelle, fantastique.

Patrick Cialf est un auteur français de l’imaginaire. D’autres de ses nouvelles sont disponibles en pdf comme La dernière damathair ou La folie bleue.

Le général Leifsen, d’origine suédoise, est un soldat confédéré, un Sudiste donc. Miss Nightingale, une guérisseuse anglaise, est sa prisonnière. « Les soldats en gris se levaient de leur tranchée pour crier : « Vive le général Leifsen ! – Ils sont bien maigres, général, dit l’Anglaise. Et la plupart ont un teint maladif. Vous ne le voyez pas ? – Peu importe, Miss. Ils sont une nation de héros, les fils des soldats de Gustave-Adolphe et de Charles XII. Ils se battront, qu’ils soient bien portants ou malades ou même… Enfin, vous verrez. Les Yankees vont avoir une surprise. » (p. 4).

Dans cette nouvelle, Patrick Cialf revisite la guerre de Sécession avec des dragons-squelettes d’un côté et des morts-vivants de l’autre. Il y a aussi des Trolls et des Gobelins qui sont en fait des esclaves et vont se battre pour leur liberté. « Vous êtes fou ! Cette guerre est monstrueuse ! Comment pouvez-vous recourir à la magie de la Mort ? – Et eux, est-ce qu’ils se gênent pour bombarder nos villes et nous affamer par le blocus ? Ils n’ont que ce qu’ils méritent ! – Qui vous a donné ces sortilèges ? L’Europe avait ordonné un embargo sur toutes les techniques de nécromancie. » (p. 6).

Horreur, puanteur et mort, voilà ce que fut la guerre de Sécession avec ou sans magie, avec ou sans créatures bizarres… « Les stocks de jusquiame et de belladone s’épuisaient, et d’ici quelques heures, les souffrances des blessés deviendraient atroces. » (p. 8). Vous allez voir la capitulation du 26 avril 1865 d’un autre œil !

La nouvelle James Day est lauréate des Joutes de l’Imaginaire 2011 et du Prix Zone Franche 2012. C’est une nouvelle agréable à lire qui mêle le fantastique horrifique à un brin de science-fiction.

Si vous aimez la littérature de l’imaginaire, Ymaginères « le webzine venu d’ailleurs » (et, je dirais, qui vous emmène ailleurs) est fait pour vous !

Pour le Mois des nouvelles, le challenge Littérature de l’imaginaire #9 et le Projet Ombre 2021.

Challenge Littérature de l’imaginaire #9

Ma Lecturothèque annonce le challenge Littérature de l’imaginaire #9 pour 2021. J’aime ce challenge auquel je participe depuis des années : #4 en 2016 avec 13 lectures, #5 en 2017 avec 16 lectures, #6 en 2018 avec 45 lectures (un exploit), #7 en 2019 avec 24 lectures, #8 en 2020 avec 72 lectures (un record durant l’année spéciale).

Infos, logos et inscription (jusqu’au 1er avril 2021) chez Ma Lecturothèque + quelques infos ici + le lancement ici + la chrobox pour déposer les liens.

Le but du challenge est toujours de lire de la littérature de l’imaginaire : science-fiction, fantasy, fantastique et leurs sous-genres : anticipation, dystopie, uchronie, bit-lit, horreur…

Les échelons
Échelon 1 : Atterrissage dans l’irréel = au moins 12 livres
Échelon 2 : Plongée dans l’inconnu = au moins 30 livres
Échelon 3 : Immersion dans le vide = au moins 48 livres
Échelon 4 : Absorption dans l’étrange = au moins 60 livres
Échelon 5 : Fusion dans l’utopique = au moins 72 livres
Échelon 6 : Je lis donc je chronique = au moins 100 livres
Échelon 7 : Synchronisation avec la page = au moins 130 livres

Les catégories

Catégorie A : Ange gardien de la simplicité – Le challenge reste comme il était jusque-là, à savoir tous les supports sont acceptés et vous lisez tous les genres des lectures de l’imaginaire.

Catégorie B : Cerbère des mots – On bannit les BDs et les mangas, la place est réservée aux romans uniquement. Tous genres confondus.

Catégorie C : Dragon de la multidisciplinarité – Vous devrez choisir un genre en début de challenge entre la Fantasy et la SF. Ils ont tous deux des sous-genres, dans cette catégorie vous devrez lire un livre par sous-genre. À vous de voir ce que vous lisez pour le reste de la catégorie. Fantasy : Dark Fantasy / Heroic Fantasy / La Fantasy épique (dans laquelle je regroupe volontairement la High Fantasy et le Sword & Sorcery) / Light Fantasy / Romantic Fantasy / Science Fantasy. Science-fiction : Anticipation / Cyberpunk / Hard-Science ou Voyage dans le temps (au choix) / Space Opéra / Steampunk / Uchronie.

Catégorie D : Elfe de l’incontournable – Vous lirez ce que vous voudrez durant ce challenge dans le genre que vous voulez MAIS il vous sera obligatoire de lire 3 livres écrits par des auteurs que l’on qualifie de « classiques » de l’imaginaire. Les incontournables quoi.

Je m’inscris, comme d’habitude en Échelon 1 (même si je lis plus) et en Catégorie A.

Mes lectures pour ce challenge

1. James Day de Patrick Cialf (Ymaginères, 2011, France)

2. Rétrocession de Southeast Jones (Nouveau Monde, 2015, Belgique)

3. L’empire de sable de Kayla Olson (Robert Laffont, 2017, États-Unis)

4.  La princesse au visage de nuit de David Bry (L’homme sans nom, 2020, France)

5. Helstrid de Christian Léourier (Le Bélial, 2019, France)

6. Le Gel craquant d’Alexandre Afanassiev (Imago, Russie, collecté au XIXe siècle)

7. R.U.R. de Karel Čapek (Hachette, 1920, Tchécoslovaquie)

8. Le courtier Delaunay de Georges-Olivier Châtaureynaud (Zulma, 2010, France)

9. Inhumain de Bajram, Mangin et Rochebrune (Dupuis, 2020, France)

10. La mémoire du temps de Frank Leduc (Nouveaux auteurs, 2020, France)

11.  Robopocalypse de Daniel H. Wilson (Pocket, 2017, États-Unis)

12. Les miracles du bazar Namiya de Keigo Higashino (Actes Sud, 2020, Japon)

Échelon 1 : Atterrissage dans l’irréel = au moins 12 livres honoré 🙂

13. Gretch & Ferragus, dragons mégalos, 1 – Carboniser pour mieux régner de Joshua Wright (Robinson, 2019, Australie)

14. La hache d’or de Fang Yuan et Yang Yongqing (Éditions en langues étrangères, Chine)

15. Le manteau de neige de Nicolas Leclerc (Seuil, 2020, France)

16. La planète des chats de Bernard Werber (Albin Michel, 2020, France)

17. Le rendez-vous dans trois cents ans d’Alekseï Tolstoï (ebook, 1840, Russie)

18. La fuite du cerveau de Pierre-Henry Gomont (Dargaud, 2020, France)

19. Futu.re de Dmitry Glukhovsky (Le livre de poche, 2019, Russie)

20. La Peau de chagrin d’Honoré de Balzac (1830-1831, France)

21. La guerre des salamandres de Karel Čapek en théâtre (L’avant-scène théâtre, 2018, Tchécoslovaquie, 1936)

22. Metro 2033 de Dmitry Glukhovsky (L’Atalante, 2010, Russie)

23. Metro 2034 de Dmitry Glukhovsky (L’Atalante, 2011, Russie)

24. Les âges perdus 1 – Le fort des Landes de Jérôme Le Gris et Didier Poli (Dargaud, 2021, France)

25. Erectus de Xavier Müller (XO, 2018, France)

26. La Mort et le Météore de Joca Reiners Terron (Zulma, 2020, Brésil)

+?

La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins

La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins.

Denoël, collection Lunes d’encre, août 2017, 480 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-20713-552-5. The Library at Mount Char (2015) est traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque. Je l’ai lu en poche : Folio SF, n° 633, mai 2019, 576 pages, 9,10 €, ISBN 978-2-07284-464-5.

Genres : littérature états-unienne, roman, fantasy.

Scott Hawkins naît en 1969 aux États-Unis. Il est informaticien spécialisé dans les systèmes Unix et Linux. La bibliothèque de Mount Char est son premier roman.

Carolyn, ensanglantée et pieds nus, marche sur la Highway 78, elle retourne chez elle à Garrison Oaks. À la première page, il y a cette phrase que je note telle quelle : « Le poignard d’obsidiennetours dans la ce avec lequel elle avait tué le détective Miner était niché au creux de ses reins, secret et affûté. » (p. 13). Hum, soit il y a des mots en trop soit il manque des mots mais j’espère qu’il n’y a pas d’autres erreurs de ce genre… (en fait il n’y en a pas).

Carolyn avait 8 ans lorsque ses parents sont morts assassinés. Avec quelques autres enfants américains, elle a été recueillie par Père. « Vous êtes maintenant des Pelapi, dit Père. C’est un mot très ancien. Il signifie quelque chose comme « bibliothécaire » et quelque chose comme « élève ». Je vous emmènerai dans ma maison. Je vous élèverai à l’ancienne, comme j’ai moi-même été élevé. Je vous enseignerai les choses que j’ai apprises. » (p. 17). Voici comment Carolyn est devenue « bibliothécaire ».

Les (12) enfants : Carolyn, Margaret, David, Michael, Emily, Jennifer, Alicia, Rachel, Peter et Richard (des jumeaux), Lisa, Jacob (dans l’ordre où leurs prénoms apparaissent). Ils ont été éduqués à la dure avec chacun une matière (un catalogue). Pour Carolyn, ce fut les langues, toutes les langues du monde entier et même les oubliées. Ils n’ont absolument pas le droit de partager les uns avec les autres ce qu’ils étudient.

Un quart de siècle après, Père a disparu et les enfants maintenant adultes le cherchent, chacun selon les capacités acquises mais… « Il n’est dans aucun avenir et il n’est pas mort. Comment est-ce possible ? » (p. 37). La Bibliothèque leur est devenue inaccessible… Même le fidèle Nobununga n’a pas pu y entrer. Et si David avait tué Père ? « Uzan-iya, disait-on dans les steppes de l’Himalaya il y avait six mille ans de cela. Uzan-iya – l’instant où le cœur pour la première fois a des envies de meurtre. » (p. 134).

En parallèle, Erwin Leffington « Ancien de la 82e division aéroportée, aujourd’hui enquêteur spécial pour la Sécurité intérieure » (p. 253) enquête sur Carolyn et ses frères et sœurs, ainsi que sur Steve Hogdson suspecté d’avoir tué Miner.

Dans ce roman vraiment étrange (et super violent), il y a un taureau dans lequel on fait des barbecues, des chiens dangereux, un lion et sa fille (mes personnages préférés), des « bibliothécaires » troublants… L’auteur, pour un premier roman, a une imagination débordante et va très loin dans l’horreur donc à ne pas mettre entre toutes les mains. Le lecteur peut être un peu perdu au début de la lecture mais il faut persévérer car ce roman foisonnant se mérite ! Il est classé en fantasy et a reçu un prix fantasy (Elbakin 2018) mais il y a un côté science-fiction indéniable et résolument un côté terrifiant : en littérature comme en musique, il existe la fusion des genres et ça vaut le coup de tester. Je dirais donc que La bibliothèque de Mount Char est un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) qui ne plaira pas à tout le monde mais laissez-lui sa chance !

Je mets cette lecture dans les challenges Animaux du monde #3 (pour le lion et la lionne, je ne donne pas leurs noms humains car ils ne les aiment pas), Challenge du confinement (case Fantasy), Littérature de l’imaginaire #8.

Angor de Franck Thilliez

Angor de Franck Thilliez.

Fleuve, collection Fleuve noir, octobre 2017, 624 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-26509-869-5.

Genres : littérature française, roman policier, thriller.

Franck Thilliez naît le 15 octobre 1973 à Annecy (Haute-Savoie). Il étudie à l’ISEN Lille pour devenir ingénieur en nouvelles technologies. Puis devient romancier (romans policiers, thrillers, une vingtaine depuis 2002), nouvelliste et scénariste (téléfilms et séries policières). Angor est le 8e roman de la série Sharko & Henneblle. Plus d’infos sur son site officiel.

Camille Thibaut, 32 ans, est gendarme à la cellule d’investigation criminelle (CIC) de Villeneuve d’Ascq dans le Nord. Elle a reçu une greffe du cœur et fait des cauchemars… C’est pourquoi, depuis un an, sous l’œil attentif de son chat, Brindille, elle épluche les faits divers d’accidents mortels de France, Belgique et Suisse qui ont eu lieu les trois jours avant la greffe. « Cette femme dans mon rêve, elle s’adresse à moi. Elle veut que je lui vienne en aide. […] On dirait qu’elle a été kidnappée, retenue quelque part. Elle est terrorisée. Le plus étonnant, c’est cette clarté du rêve, ces petits détails dont je me souviens. Ça ressemble à de vrais souvenirs. Quelque chose que… je ne sais pas, que j’aurais vu, ou vécu. C’est improbable.  » (p. 13). Mais, sur le terrain, avec le lieutenant Boris Levak, elle s’effondre, crise cardiaque.

« Quatre jours plus tard, à cent-cinquante kilomètres de là » (p. 22), Jules et Armand, deux employés de l’Office national des forêts (ONF) constatent les dégâts de la tempête dans la forêt de Laigue dans l’Oise. Un énorme chêne déraciné est tombé sur d’autres arbres qui ont toutefois tenu le coup. « Va falloir le traiter en priorité. C’est dangereux. S’il s’effondre vraiment, il emporte tout avec lui. […] Il n’y avait presque plus de vent, le ciel avait retrouvé sa teinte cobalt, mais le bois continuait à craquer. La forêt était vivante, elle souffrait, gémissait, pansait ses plaies. » (p. 24). Mais lorsque Jules regarde dans le trou des racines, « une main […] lui agrippa les cheveux et tira de toutes ses forces. Englouti dans l’obscurité, Jules hurla. » (p. 26).

Au même moment, un autre Jules hurle ! Lucie Hennebelle, dix ans après ses jumelles, a mis au monde deux jumeaux, Jules et Adrien. Ils ont deux mois et le papa n’est autre que Franck Sharko. « Certes, ils ne remplaceraient jamais les jumelles de Lucie, Clara et Juliette, ni Éloïse, la fille de Franck, mais ces bébés portaient en eux tout ce que leurs parents avaient perdu. Ils grandiraient avec les yeux de ces enfants qui n’étaient plus là. Leurs trois demi-sœurs défuntes… » (p. 30). C’est pendant qu’il donne le biberon à Jules que le téléphone de Sharko sonne. Il doit aller dans la forêt où une femme a été retrouvée aveugle dans le trou du chêne.

Mais, revenons à Camille qui s’est réveillée à l’hôpital de Lille où le Dr Calmette s’occupe d’elle. « La bonne nouvelle, c’est que vous avez ressenti l’angor. Cela arrive chez deux ou trois pour cent des personnes greffées du cœur. » (p. 52). « Il s’agit d’une douleur vive dans la poitrine que le receveur, normalement, ne peut pas ressentir. Lorsqu’on prélève le cœur chez un donneur, on sectionne évidemment toutes les terminaisons nerveuses. Ces dernières ne sont jamais rétablies chez le receveur. Durant l’opération de greffe, on reconnecte les veines, les artères, pas les nerfs. Et donc, dans la plupart des cas, le greffon est insensible à toute douleur. On pourrait vous planter une aiguille dans le cœur, vous ne sentiriez rien. […] Dans de très rares cas, qu’on n’arrive pas encore à expliquer, les terminaisons nerveuses du greffon se reconnectent d’elles-mêmes avec le système nerveux de l’hôte, comme si le cœur étranger cherchait à conquérir son nouveau territoire. À s’intégrer complètement à son porteur, y compris jusque dans ses ramifications les plus complexes… » (p. 54).

Les enquêtes de Camille et de Sharko, qui ne se connaissent pas, vont se rejoindre, ainsi que l’enquête menée par Nicolas Bellanger, commissaire de police au 36 quai des Orfèvres. Et, en plus, Lucie, qui est encore en congés pour deux semaines, va elle aussi enquêter en parallèle en secret. « L’horreur. Juste là, sur l’écran de sa tablette reliée à Internet. » (p. 169). Bizarrement, là où Sharko et son équipe enquêtent, une jeune gendarme qui dit s’appeler Cathy Lambres est déjà passée… « C’est ça le Mal, tu comprends ? Il se répand dans les esprits, dans chaque individualité, comme un virus qu’on ne peut arrêter. » (p. 250-251).

J’aime les personnages que Thilliez crée et je trouve agréable de les suivre dans les différents romans (même si je ne les ai pas encore tous lus, et pas lus dans l’ordre chronologique…) ; j’aime aussi la construction de ses romans sacrément musclés et le fait que tout soit bien documenté au niveau scientifique (greffes, corps conservés) et historique (crime organisé au niveau international, Histoire espagnole et argentine). En tout cas, leurs enquêtes vont loin dans la violence, dans la brutalité, dans la folie humaine. « Le sexe, le pouvoir, l’argent. Réunis tout ça dans un seul homme, et tu en fais un prédateur redoutable. C’est peut-être à ce genre d’individus qu’on est confrontés en ce moment. » (p. 378). Les thèmes abordés dans Angor sont larges, les greffes et leurs complications, le culte fanatique des criminels, des enfants volés en Espagne (durant le franquisme) et en Argentine, le trafic d’organes avec l’Europe de l’Est. Un excellent thriller implacable ! Je ne peux pas comparer avec les autres titres parce que, pour l’instant, je n’ai lu que Gataca (je publierai ma note de lecture) mais je peux dire que c’est toujours violent, sombre, et je vais lire la suite, Pandemia, ainsi que d’autres titres.

Pour le Challenge du confinement (case Thriller) et Polar et thriller 2020-2021. Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 18.

Monstrueuse féerie de Laurent Pépin

Monstrueuse féerie de Laurent Pépin.

Flatland, collection La Tangente, octobre 2020, 102 pages, 8,50 €, ISBN 978-2-490426-12-6.

Genres : littérature française, fantastique, novella, premier roman.

Laurent Pépin est un psychologue clinicien de 40 ans qui réside à Saintes en Charente Maritimes. Monstrueuse féerie est son premier roman (une novella est un court roman) ; un mot sur la couverture du livre : c’est une illustration de Kawanabe Kyôsai (1831-1889), un artiste japonais. Deuxième titre à paraître chez Flatland : L’angelus des ogres en avril 2021 (déjà écrit) et troisième titre : Clapotille (en cours d’écriture).

Un petit garçon terrifié par son père fait entrer les Monstres dans sa tête. « Il y a toujours une fenêtre que je laisse ouverte pour que les Monstres puissent entrer. Je ne le fais pas vraiment exprès. Mais tous les Monstres rentrent dans toutes les têtes de la même façon : on les y invite. Parce qu’il y a quelque chose en eux qui nous fascine, qui nous comble, ou du moins qui absorbe notre esprit logique en polarisant nos réflexions. Quand ils sont là, c’est trop tard. Ils ne sortent plus et la terreur grandit. » (début du roman, p. 5).

Le petit garçon est devenu adulte, tant bien que mal, et il est « psychologue dans le service pour malades volubiles du Centre psychiatrique, et [son] travail de recherche, au-delà des interventions à but thérapeutique, consistait pour l’essentiel à établir des ponts entre la poésie classique ou contemporaine et le contenu délirant des décompensations poétiques des patients du Centre. Je n’aime pas dire : « les patients ». Je les appelle les Monuments, en général. » (p. 10).

Comme il a du mal à communiquer avec les gens considérés comme normaux, sa vie au milieu des Monuments lui convient très bien. En plus il a rencontré une Elfe et vit un conte de fée. Mais, lorsque sa mère meurt d’un cancer, il souffre de problèmes de peau, d’accès de panique… et l’Elfe disparaît, le laissant seul et désemparé. « Quand je disparais, ça ne veut pas dire que je n’existe plus ou que tu n’existes plus. » (p. 24).

L’auteur va alterner les chapitres de l’adulte qui vit mal la séparation et de l’enfant envahi par les Monstres. Car, pour surmonter tout ça, il faut comprendre les traumatismes de l’enfance et aussi les traumatismes vécus par les parents. Mais ce n’est pas facile du tout… « Il n’y avait rien d’autre dans le monde que les Elfes, les Monstres et les Monuments. » (p. 40). Et c’est toujours terrifiant !

Les relations parents-enfants et les relations de couple sont parfois disproportionnées et toxiques… surtout quand l’un des protagonistes a des problèmes mentaux. « – J’ai des problèmes avec des souvenirs… Ils m’empêchent d’exister, c’est vrai. Mais j’existe quand tu es avec moi. – Il faut exister le reste du temps aussi. Je ne peux pas vivre comme ça. Je ne veux pas. » (p. 53) et « Je savais que j’avais tort mais j’étais prisonnier de moi-même. » (p. 64).

Lecteurs, venez rencontrer les patients, je veux dire les Monuments, Didier, Pierrot, Pierrette, Henri, Jean-François, Blanche, Christine, Paulette et leur psychologue qui aurait bien besoin d’être soigné lui aussi !

Désenchanté, ce psychologue à l’imagination débordante, passionné de poésie et de musique, tenaillé entre la colère, la peur et le désespoir, cite aussi bien Boris Vian que Harry Potter. En tout cas, la toile que l’auteur tisse entre son personnage psychologue, les patients Monuments, les Monstres, l’Elfe et les lecteurs fait presque peur parce qu’elle enveloppe vraiment tout : « Comment faire pour empêcher les Monstres de me hanter ? » (p. 77) et qu’il sera difficile de s’en dépêtrer après la lecture ! Monstrueuse féerie est un monstrueux roman sur les humains, le monde dans lequel ils vivent et les mondes qu’ils créent pour eux-mêmes ou pour les autres (il y a d’ailleurs une monstrueuse revisitation du conte Hansel et Gretel). Pour vivre heureux, faut-il « tuer » le père, « tuer » la mère, « tuer » l’enfant que l’on était ? Mais, attention, parce que finalement, « Ne devient pas fou qui veut. » (p. 98) !

Attirée par ce qu’en disait l’éditeur : « Avis aux amateurs : conte pour adultes teinté de pataphysique, de psychanalyse, de poésie et d’humour noir. », j’ai émis le souhait de lire Monstrueuse féerie et je remercie Laurent Pépin (que je ne connaissais pas du tout avant d’avoir un échange avec lui sur le groupe FB Nouveau Monde) de m’avoir envoyé son premier roman qui fut une grande claque ! Mais, comme j’aime lire des fictions sur le monde aliéniste (plutôt historique) et psychiatrique (je parle de fictions et pas de documents car je n’y comprendrais sûrement pas grand-chose…), je me suis sentie à l’aise à la lecture de ce récit presque kafkaïen (surtout à cause des cafards), enfin à l’aise façon de parler tant il est déstabilisant et un brin horrifique. Par certains côtés, cette lecture m’a d’ailleurs fait penser à un premier roman américain lu récemment, Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill, et à une bande dessinée lue la semaine dernière et qui sera sur le blog mercredi prochain (pour La BD de la semaine), Journaux troublés de Sébastien Pérez et Marco Mazzoni, qui traite de la psychiatrie de façon différente mais aussi avec poésie. Mais je vous laisse découvrir tout ça par vous-mêmes et, si vous le souhaitez, lire une interview de Laurent Pépin sur L’ours danseur.

Une lecture que je mets dans 1 % rentrée littéraire 2020, le Challenge du confinement (case Contemporain), Littérature de l’imaginaire #8 (pour le côté fantastique horreur) et Maki Project 2020 (novella, imaginaire).

Ils l’ont lu : Le chien critique, La lectrice compulsive, L’ours danseur.

Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill

Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill.

Albin Michel Imaginaire, octobre 2019, 416 pages, 24 €, ISBN 978-2-22643-904-8. A Cosmology of Monsters (2019) est traduit de l’américain par Benoît Domis.

Genres : littérature états-unienne, premier roman, fantastique, horreur.

Shaun Hamill naît (quand ?) à Arlington au Texas. Il est diplômé d’anglais de l’Université du Texas en 2008 puis il étudie les Arts à l’Iowa Writers Workshop en 2016 et écrit quelques nouvelles. Ses préférences en littérature et en cinéma : le fantastique et l’horreur. Une cosmologie de montres, qui va être adapté en série télévisée, est son premier roman. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.shaunhamill.com/.

Noah Turner, le petit dernier de la famille Turner, est le narrateur. Il raconte la malédiction qui poursuit sa famille, depuis sa grand-mère paternelle, Deborah, une veuve diagnostiquée schizophrène paranoïde, en passant par ses parents, Margaret et Harry, dans les années 60 et suivantes, ainsi que ses deux sœurs aînées, Sydney et Eunice, et lui-même. Tout commence avec une « Cité ».

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, d’une traite !, mais je n’ai pas pris beaucoup de notes… J’ai apprécié l’écriture, le style, et la traduction est, à mon avis, une réussite. Avec la Cité et les monstres, le lecteur comprend vite que ce premier roman est un somptueux hommage à H.P. Lovecraft, maître du fantastique, de l’horreur qui a parfois lorgné vers la science-fiction ou la fantasy. Pour le lecteur néophyte, il y a de nombreuses références à Lovecraft mais il est aisé de comprendre ce qui se dessine. L’angoisse monte crescendo mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas eu peur ! Tant pis, le roman est très bien écrit, très bien construit et se lit vraiment bien même sans frayeur !

J’ai noté trois extraits.

« Elle tambourina de ses doigts sur le livre. ‘Et toi, alors ! Tu ne crois pas que tu as passé l’âge des histoires de fantômes et de montres. – Je ne m’en suis jamais caché. – Je suppose que je n’y avais pas réfléchi jusqu’à présent. Tu ne te sens pas un peu ridicule ? Pourquoi ne pas lire de la littérature pour adultes ? – Je pense que le fantastique est le genre littéraire le plus important du monde. (Margaret à Harry, p. 38).

« Un grand mal, jadis enchaîné, hante à nouveau ces couloirs en liberté. Il se joue des murs et des portes. […] Qu’ai-je libéré, se demande Eunice. » (extrait d’un texte d’Eunice, p. 183).

« La Cité a vu Noah. Elle est sur sa piste. » (extrait d’un texte d’Eunice, p. 312).

Pour le Mois américain et le challenge Littérature de l’imaginaire #8.

Brume de Stephen King

Brume de Stephen King.

Albin Michel, collection Wiz, octobre 2019, 288 pages, ISBN 978-2-22644-535-3. The Mist (1985) est traduit de l’américain par Serge Quadruppani.

Genres : littérature états-unienne, nouvelle, young adult, fantastique.

Stephen King naît le 21 septembre 1947 à Portland dans le Maine (États-Unis). Dois-je réellement le présenter ? Maître de l’horreur dans les genres fantastiques, science-fiction et policier, il est l’auteur de plus de 60 romans dont quelques-uns sous le pseudonyme de Richard Bachman et plus de 200 nouvelles !

Bridgton, Maine occidental. Grosse vague de chaleur en ce mois de juillet puis, dans la nuit du 19, « épouvantables orages » (p. 7). David et Stephanie Drayton vivent dans une maison à côté du Long Lake avec Billy, leur fils de 5 ans. Ils se réfugient à la cave mais les dégâts sont importants… « La porte de verre coulissante avait tenu bon mais à la place de la baie vitrée il y avait un trou aux bords déchiquetés, garni du feuillage d’un bouleau. C’était la cime du vieil arbre qui flanquait l’accès extérieur du sous-sol d’aussi loin que je me souvienne. […] J’aimais cet arbre. Vétéran endurci de bien des hivers, il était le seul arbre, du côté où la maison donne sur le lac, que ma propre tronçonneuse eut épargné. » (p. 18). Après le cyclone qui a détruit arbres, maisons et pontons, une étrange brume blanche, épaisse, s’installe peu à peu. Lorsque la route est dégagée, Dave se rend au supermarché avec Billy et leur voisin, Breton Norton, un avocat avec lequel il ne s’entend pas très bien, mais en cas de catastrophe, c’est mieux de s’entraider. Alors que la brume arrive au centre-ville, ils sont coincés dans le supermarché (à partir de ce moment, ça devient un huis-clos) avec d’autres clients soit incrédules soit affolés. « Si on attendait encore un peu que le brouillard se dissipe et qu’on puisse voir… » (p. 87). Mais l’angoisse s’installe au fur et à mesure que la brume s’épaissit avec les cris qui en parviennent et les disparitions. « Mesdames et messieurs, il apparaît que nous sommes confrontés à un problème d’une certaine ampleur. » (p. 140).

Je n’en dis pas plus, vous voyez sur la couverture les tentacules et les ventouses mais s’il n’y avait que ça ! Les créatures immondes ont-elles été crées par le projet militaire Pointe-de-Flèche ou arrivent-elles tout droit de l’enfer ? Erreur humaine ou catastrophe naturelle ?

Comme ça faisait longtemps (peut-être une trentaine d’années !) que je n’avais pas lu du Stephen King, j’avais oublié toutes ses descriptions pour présenter les lieux et les personnages mais ça plante l’atmosphère et ça leur donne une épaisseur (sans jeu de mot avec la brume !). Dans cette nouvelle, il traite plutôt des relations parents-enfant (père-fils), des thèmes écologiques et du comportement des gens (par exemple la malveillance et le fanatisme religieux de madame Carmody qui, en plus, fait des adeptes !) en cas de danger imminent.

En fin de volume, dans Notes, l’auteur explique qu’il a écrit Brume à l’été 1976 « pour une anthologie de nouveaux récits » (p. 279) ; le titre original était The Mist et le recueil paru en 1985, Skeleton Crew, remporte le prix Locus du meilleur recueil de nouvelles. La nouvelle Brume dans ce recueil fait 150 pages et elle est plus longue que les autres.

Parfait pour le Mois américain et les challenges Jeunesse Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8, Maki Project (bien que considérée comme un peu longue, Brume est bien une nouvelle) et S4F3 #6.

J’apprends qu’un film réalisé par Frank Darabont est sorti en 2007. L’avez-vous vu ?