Eltonsbrody d’Edgar Mittelholzer

Eltonsbrody d’Edgar Mittelholzer.

Les éditions du Typhon, février 2019, 230 pages, 20 €, ISBN 978-2-490501-02-1. Eltonsbrody (1960) est traduit de l’anglais (Guyana) par Benjamin Kuntzer.

Genres : littérature guyanienne, fantastique.

Edgar Mittelholzer naît le 16 décembre 1909 à New Amsterdam en Guyane britannique (devenue Guyana). Son premier roman, Corentyne Thunder, signe le début de la littérature de Guyana en 1938. Après un séjour à Trinidad où il se marie (en 1942), il s’exile en Angleterre (en 1947) où il rencontre Leonard et Virginia Woolf qui deviennent ses éditeurs ; il est ainsi le premier auteur caribéen à trouver le succès en Europe. Mais, dépressif, à cause de la couleur de sa peau, il se suicide le 5 mai 1965.

Une maison d’éditions inconnue de moi ! Un auteur de Guyane britannique, devenue Guyana, inconnu de moi ! Un roman fantastique, à la limite du gothique, dont l’éditeur dit : « Dans la lignée des chefs-d’œuvre d’Edgar Allan Poe, de H.P. Lovecraft et de John Carpenter, Eltonsbrody captive en faisant imploser le réel. Intriguant et obsédant, le roman happe le lecteur en le confrontant à l’empire des pulsions. ». À noter que ce titre inaugure la collection Les hallucinés « dédiée à une littérature étrange, inclassable, venue du monde entier ». Ni une ni deux, Eltonsbrody a atterri chez moi ! Et participera au challenge Cette année, je (re)lis des classiques #2 (puisqu’il est paru originalement avant 1970), un classique de Guyana, dingue !

Mr Woodsley, le narrateur, est un jeune peintre en visite à la Barbade. Mais, en ce week-end de Pâques 1958, les deux hôtels et la pension de famille de l’île sont complets… Il s’installe donc à Eltonsbrody (bâti en 1887) chez Mrs Dahlia Scaife, veuve du Dr Scaife. Une particularité : Mrs Scaife est Anglaise alors que le Dr Scaife était un Noir de la Barbade (à l’époque, ça faisait jaser mais les gens respectaient tout de même cette union car Scaife était docteur donc utile à la communauté). « Mr Woodsley, avez-vous déjà été submergé par l’horreur et la joie en même temps ? » (p. 36). Malgré l’atmosphère bizarre et le vent, les premiers jours sont agréables mais la situation se dégrade après le décès de Grégory, le petit-fils de Mrs Scaife… « J’ai l’impression que vous avez une imagination extraordinairement morbide, Mrs Scaife. J’irais même jusqu’à dire malade. » (p. 58).

Peu à peu, la tension monte… « […] ces deux jours m’ont convaincu qu’elle était plus qu’une excentrique. Cette femme est folle. Un silence s’ensuivit. Nous contemplâmes la nuit par la vitre. La fenêtre devant laquelle nous nous trouvions se mit subitement à trembler frénétiquement, comme si une main puissante l’avait agrippée et cherchait à la réduire en morceaux. Le vent sifflait à travers les fissures avec une frustration furieuse, et des courants d’air nous entourèrent de leurs tentacules glacials. La maison tout entière semblait vibrer sous la pression du vent. » (p. 128). Avec cet extrait, vous pouvez apprécier le choix des mots et voir qu’il y a toute une ambiance avec le vent, plus loin ce sera avec la mer et les escarpements dangereux et aussi avec les odeurs et les couleurs.

Bon, je n’ai pas été terrifiée (peut-être parce que j’ai lu ce roman dans la journée et pas durant la nuit) mais j’ai été saisie par le style de l’auteur (je me demande bien s’il n’est pas ici traduit en français pour la première fois !) et l’ambiance qui s’alourdit peu à peu dans cette maison, avec des questionnements, des craintes, non seulement au sujet de la vieille Mrs Scaife mais aussi des événements étranges et même des morts ! Une belle découverte donc avec un éditeur à suivre et un auteur qui sera peut-être à nouveau traduit en français. Par contre, est-ce que l’auteur met de son mal-être d’être métis, d’être « de couleur », dans ses écrits, je ne saurais le dire, je ne peux faire confiance qu’en ce qu’en dit l’éditeur.

Ce roman paru en février 2019 est à la fois un roman de la Rentrée littéraire de janvier 2019 et un classique puisqu’il est originellement paru en 1960 : comme je l’ai dit plus haut, je le mets donc dans Cette année, je (re)lis des classiques #2 (parution originale avant 1970) et, en plus, un classique de Guyana, c’est rare ! Il entre aussi dans Littérature de l’imaginaire #7.

Le voyageur de Koren Shadmi

Le voyageur de Koren Shadmi.

Ici même, août 2017, 176 pages, 25 €, ISBN 978-2-36912-037-7. Highwayman (2017) est traduit de l’américain par Bérengère Orieux.

Genres : bande dessinée états-unienne, science-fiction.

Koren Shadmi est illustrateur de bandes dessinées et de romans graphiques. Cet Américano-Israélien commence sa carrière à l’âge de 17 ans avec Profile 107 en collaboration avec Uri Fink. En 2002, il part étudier à New York. Il est aussi illustrateur pour des journaux comme le New York Times, le New Yorker et le Wall Street Journal entre autres. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.korenshadmi.com/.

Dans le futur, il n’y a pratiquement plus d’humains et la planète est désertique, presque invivable mais, aux États-Unis, du moins ce qu’il en reste, un homme marche (ou alors il est pris en auto-stop) : il est immortel et peut voir ce qui va arriver mais il cherche en vain la Source. Un jour, dans un train, il rencontre Madeline qui est comme lui. « Comment vous faites ? – Faire quoi ? – Pour tenir le coup. J’en ai rencontré d’autres comme nous. Tous brisés, dévastés. – Je continue d’avancer et j’essaie de ne pas trop réfléchir. » (p. 69). Plus tard, il recueille un bébé : il l’appelle Zébulon et l’élève comme son fils. Le voyageur, c’est Lucas : il est mort il y a près de 300 ans mais il est revenu à la vie et, depuis, il ne peut plus mourir.

Dans ce road trip intrigant, Koren Shadmi parvient à montrer la fin de la planète et donc de l’humanité de façon poétique malgré l’horreur des situations. Le voyageur est le témoin impuissant de la fin du monde, de la fin de tout mais il continue d’avancer et de chercher une réponse à sa vie. Je découvre cet artiste avec cette bande dessinée et je veux absolument lire ses autres titres, en particulier Bionique qui vient de paraître aux éditions Ici-même.

Une très belle bande dessinée pour La BD de la semaine et les challenges BD, Littérature de l’imaginaire #7 et Rat-a-week de l’épouvante.

Plus de BD de la semaine chez Noukette (lien à venir).

Rat-a-week de l’épouvante – octobre 2019

Marjorie du blog Chroniques littéraires organise le Rat-a-week de l’épouvante (comme chaque année ?) du dimanche 13 octobre (minuit) au dimanche 20 octobre (minuit). Je vais tenter de participer mais je n’ai pas grand-chose d’horrifique dans ma PàL… Infos, logo, inscription et défis chez Marjorie.

Un billet pour ce marathon

Le voyageur de Koren Shadmi (Ici même, 2017, États-Unis).

Destruction d’Ezechiel Boone

Destruction d’Ezechiel Boone.

Actes Sud, collection Exofictions, mars 2019, 368 pages, 22,80 €, ISBN 978-2-330-11871-6. Zero Day (2018) est traduit de l’américain par Jérôme Orsoni.

Genres : littérature américaine, thriller, science-fiction, horreur.

Ezekiel Boone – de son vrai nom Alexi Zentner – naît en 1950 à Kitchener (Ontario, Canada). Il étudie à l’Université Cornell à Ithaca dans l’État de New York (États-Unis). Ithaca où il vit avec son épouse et leurs deux filles. Il est romancier et nouvelliste. Voir mes notes de lectures d’Éclosion (tome 1) et d’Infestation (tome 2). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.alexizentner.com/.

Le commandant Brian Reynard et son équipe viennent de passer près de trois ans dans l’espace pour la mission Mars Conquest mais leur navette ne peut pas atterrir à cause de la deuxième vague d’araignées et ils sont en orbite, « faisant le tour de la Terre en deux heures environ » (p. 14) lorsqu’ils voient « de grands éclats de lumière » : les explosions nucléaires pour détruire les araignées et tenter de sauver quelques humains. Lorsque leur navette atterrit au Kennedy Space Center, en Floride, « […] tout était si calme. Personne pour les accueillir. Pas de défilé. » (p. 15). Mais, une chance : « pour l’instant, la Floride semblait avoir été épargnée par les araignées. » (p. 19).

C’est avec plaisir que le lecteur retrouve les survivants des tomes 1 et 2, la vice-caporale Kim Bock, la première classe Sue Chirp et les Marines, les civils Gordo, Shotgun, Teddie la journaliste de CNN Washington. Ils décident d’aller en Virginie pour être plus proches d’une évacuation en hélicoptère direction le porte-avions USS Elsie Down où sont déjà la présidente, Stéphanie Pilgrim, et son mari, George Hitches, son assistant Manny Walchuck (chef de cabinet de la Maison Blanche), Melanie Guyer la scientifique et sa petite équipe.

Comme c’est un thriller, le lecteur fait des excursions dans d’autres États des States (par exemple avec Mike Rich et Leshaun DeMilo, les deux agents fédéraux, dans le Minnesota) et à l’étranger : au Japon, en Norvège, en Allemagne, en Pologne, en Nouvelle-Zélande, en Inde, au Pérou, aux Hébrides… où il (le lecteur) retrouve soit des scientifiques soit des gens « normaux » qui ont échappé jusque-là aux araignées. Celles-ci sont plus grosses, plus nombreuses, plus dangereuses, c’est sûrement la fin du monde, du moins la fin des humains, la destruction soit par les araignées tueuses (surnommées les Araignées de l’Enfer) soit par les armes nucléaires… Mais il y a un Prophète, Bobby Higgs et ses cinq mille survivants qui avancent dans le désert !

« Ils avaient tous peur – Melanie, Julie, Laura, Will et Mike Haaf –, mais ils étaient aussi concentrés pour résoudre l’énigme. Parfois, Melanie oubliait pourquoi elle menait ces recherches et elle se sentait grisée par la pure curiosité intellectuelle. Comment les araignées se reproduisaient-elles si vite ? Comment s’y prenaient-elles pour coordonner apparemment leurs cycles d’éclosion ? Pourquoi certaines personnes étaient-elles rongées jusqu’à l’os par les nuées d’araignées tandis que d’autres étaient indemnes ? Comment se faisait-il qu’une araignée puisse se frayer un chemin dans le corps d’une personne pour y pondre des œufs et que la blessure se referme presque instantanément derrière elle ? Et, par-dessus tout le reste, comment les humains étaient-ils censés riposter ? » (p. 64).

Après Éclosion et Infestation, j’ai dévoré le troisième et dernier tome de cette trilogie, Destruction, avec cette question en tête : qui est détruit à la fin, les araignées ou les humains ? Donc, malgré mon aversion (pour les araignées), je n’ai pas lâché ce roman en espérant que cette histoire n’arriverait jamais en vrai ! La série d’Ezechiel Boone est une fiction (ouf !) qui tient bien la route et Destruction conclut parfaitement cette trilogie horrifique, mi thriller mi science-fiction. Je verrais bien cette histoire en série ou film.

J’ai lu ce roman de la Rentrée littéraire janvier 2019 pour le Mois américain mais parfois (souvent !) les notes de lectures arrivent plus tard…

Cependant cette lecture entre dans les challenges Littérature de l’imaginaire #7 et Polar et thriller 2019-2020.

L’affaire Mayerling de Bernard Quiriny

L’affaire Mayerling de Bernard Quiriny.

Rivages, janvier 2018, 272 pages, 20 €, ISBN 978-2-7436-4228-0.

Genre : littérature belge.

Bernard Quiriny naît le 27 juin 1978 à Bastogne en Belgique. Il est docteur en Droit, professeur universitaire de Droit, critique littéraire, responsable des pages livres dans Chronic’Art, auteur (romans, nouvelles) et lauréat de plusieurs prix littéraires.

Braque et le narrateur se passionnent pour l’immobilier ; ils m’ont bien plu, ils sont ensemble un peu comme des Dupond et Dupont ! Dès le début, je trouve ce roman très amusant. « Le pas de porte d’un immeuble n’est pas un salon de thé. Dans la vraie vie, les voisins de palier se croisent et se saluent à peine. […] De plus […], un autre voisin est occupé à lire un journal sur sa terrasse du premier étage, juste au-dessus de l’entrée. Il entend donc tout ce que raconte les bavards en dessous de lui. À sa place, je ne supporterais pas d’être ainsi dérangé. » (p. 14-15).

À Rouvières, les deux filles Ramut vendent le manoir à la mort de leur mère, à une société espagnole inconnue (CFR) qui va construire un bel immeuble neuf de grand standing. « Ce n’est pas nous qui choisissons l’endroit où nous voulons vivre, c’est l’endroit qui nous choisit. » (p. 43).

Durant la lecture, je ris bien même avec les problèmes d’urbanisme et les termes d’architecture auxquels je ne connais rien ! Il y a toute une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres, dont le personnage principal c’est-à-dire l’immeuble.

« Un nouvel être est né : le Mayerling. 5 000 m² de béton. 300 tonnes d’acier. 150 fenêtres et portes-fenêtres. 300 portes intérieures. 1 500 m² de façade isolée. 200 m² de garde-corps aux balcons. 1 000 plaques de cloison. […] Et une âme noire, cachée là-dedans, dont on ignore la taille et le poids. » (p. 62).

Mais, depuis la construction du Mayerling, le quartier Voltaire est différent. Les habitants de l’immeuble sont bruyants, se disputent de plus en plus, deviennent dingues ; les chiens aboient sans discontinuité ou se laissent mourir, les chats s’enfuient ; il y a des remontées dans la tuyauterie, des odeurs pestilentielles, des fantômes, de la « délinquance inédite […] rarissime au centre-ville » (p. 149), des bagarres, des incivilités routières… Le commissaire Montorgue interrogé par Braque et le narrateur (qui écrit un livre) dit « On aurait cru qu’un aimant à délinquants était posé là. » (p. 150).

Un immeuble peut-il être vivant et en vouloir à ses habitants ? Peut-il « pourrir la vie de ses habitants » (p. 177).

J’aime particulièrement les interrogations (des voisins, des journalistes, de la police…), les différents points de vue sur les habitants (médical, psychosociologique, marxiste, esthétique, artistique) et le côté fantastique. « Que se passe-t-il au Mayerling ? Voici un immeuble magnifique, bien propre et bien blanc, avec tout le confort, protégé par un haut mur ; or, ses habitants le démolissent ; sont-ils donc fous ? » (p. 228).

Ce roman est assurément une charge contre le béton. « La civilisation du béton fait des dégâts irrémédiables. » ( p. 237). Et une réflexion sur la folie des architectes et les malversations des promoteurs immobiliers. L’architecture moderne est-elle réellement habitable pour le bien-être des occupants ?

J’ai repéré une faute (ma petite maniaquerie) : « Ce que nous ne verrez pas » (p. 35).

La plus grande joie des immeubles collectifs… Le bruit ! « Un imbécile, au dernier étage, reçoit ses amis imbéciles. Ils passent des musiques imbéciles, tiennent des conversations imbéciles et font profiter l’immeuble entier de la folle ambiance imbécile qui règne chez eux. » (p. 93) et plus loin « La fête, donc. Dès huit heures. […] les rires, les cris, les objets tombés par terre, […] une armée de soudards avaient pris possession de l’appartement du dessus. » (p. 94). Oh la la, j’ai connu ça, au-dessus, au-dessous, toutes les semaines, et même plusieurs fois dans la semaine surtout en fin de semaine (mais pas que) et bien sûr toute la nuit !

Un grand roman, génial ! L’affaire Mayerling est un roman intelligent, drôle et offre de belles références littéraires. Il est vraiment très original et j’étais presque triste de le finir et de quitter l’univers des personnages et de l’auteur… Je lirai d’autres titres de Bernard Quiriny, c’est certain ! Est-ce que vous connaissez cet auteur ? Avez-vous un (ou des) titre(s) en particulier à me conseiller ?

Une excellente lecture que je mets dans Littérature de l’imaginaire et Voisins Voisines (Belgique).

À la ligne : feuillets d’usine de Joseph Ponthus

À la ligne : feuillets d’usine de Joseph Ponthus.

La Table Ronde, collection Vermillon, janvier 2019, 272 pages, 18 €, ISBN 978-2-71038-966-8.

Genres : littérature française, premier roman.

Joseph Ponthus naît à Reims en 1978. Il étudie à Reims puis à Nancy (hypokhâgne, khâgne) puis travaille à Nanterre : éducateur spécialisé auprès d’adolescents en difficulté (paraît Nous, la cité, en 2012 aux éditions La Découverte). Installé à Lorient (Bretagne) après son mariage, il travaille en intérimaire et rédige son vécu professionnel qui deviendra À la ligne : feuillets d’usine.

« L’usine c’est pour les sous / Un boulot alimentaire / Comme on dit » (p. 11). Un homme, bientôt 40 ans, qui a fait des études (littérature à hypokhâgne), mais ne trouve pas de travail, se lance dans l’intérim pour avoir un salaire. « L’usine m’a eu / Je n’en parle plus qu’en disant / Mon usine » (p. 13-14). L’été, pendant trois semaines, pour les vacances, il travaille avec un groupe de handicapés dans le nord (il vit en Bretagne). « Faire la route / C’est presque aussi répétitif / Que trier les caisses les poissons les crevettes » (p. 37). Avant de retourner dans l’agroalimentaire avec les poissons panés et le tofu à égoutter puis les fruits de mer et les crustacés. « Ritournelles obsédantes / Ceux qui taffent / ceux qui cheffent / les cadences de production édictées d’en haut » (p. 90). Puis de travailler au nettoyage dans un abattoir (le sang, le gras…). « Et les collègues sont gentils […] / Et il paraît que l’abattoir paie bien […] / Et puis on s’habitue / Voilà tout » (p. 130). Embauche, débauche, embauche, débauche… « Je me dis qu’il faut avoir une sacrée foi dans la paie qui finira bien par tomber dans l’amour de l’absurde ou dans la littérature / Pour continuer » (p. 49).

Il découvre (et fait découvrir aux lecteurs) l’industrie agroalimentaire avec ses difficultés : horaires, travail de nuit et donc décalage, productivité, bruits, odeurs, précarité, « ambiance de merde (p. 43), etc. Dans ce roman atypique, largement autobiographique, il y a de nombreuses références musicales, littéraires, cinématographiques, même anciennes (par exemple Fernand Raynaud avec son célèbre 22 à Asnières entre autres) : c’est ça qui lui permet de tenir, les souvenirs, la culture.

Mon passage préféré est celui avec Pok Pok, le chiot de six mois (p. 154). Il y a même des passages émouvants dans ce récit (plutôt tragique). Par exemple, l’adieu avec les collègues (p. 167-169) et la lettre qu’il écrit à sa mère (p. 214-219). Et aussi de l’humour comme des jeux de mots, « road tripes » ou « En avant Marx » !

Bref, l’auteur vit grâce à un travail atroce, de la fatigue, des douleurs… Mais il faut « que la tête tienne bon sinon le corps lâche / Et que le corps tienne bon sinon la tête explose » (p. 184).

J’ai noté que « Le sang des bêtes est un documentaire réalisé en 1949 par Georges Franju dans les abattoirs de Vaugirard et de La Villette qui fait passer n’importe quelle vidéo de L.214 pour un épisode gentillet de La petite maison dans la prairie / Le sang des bêtes est insoutenable et c’est pour ça qu’il faut le voir […] » (p. 208). Ainsi, les gens savent ce qui se passe dans les abattoirs, comment sont maltraités les animaux depuis 70 ans… Que vous mangiez de la viande ou non, il faut lire ce livre ! « Hallucination du trop d’animaux morts / Pourquoi / Pour qui » (p. 228).

Comme vous le voyez, dans les extraits ci-dessus, il n’y a pas de ponctuation, pas de virgule, pas de point, et lorsque j’ai mis un « / » entre les groupes de mots c’est parce que l’auteur passe « à la ligne » ; cela donne un rythme particulier au récit et le lecteur est happé par les mots et l’ambiance.

À la ligne : feuillets d’usine est un « livre ouvrier » qui sort vraiment de l’ordinaire ; il a déjà reçu le Grand Prix RTL/Lire 2019 et il est sélectionné pour d’autres prix. Il le mérite amplement car c’est un livre bouleversant, énorme, un coup de cœur de ce début d’année ! Du même genre (roman dans un abattoir) : Les liens du sang d’Errol Henrot (un premier roman également) paru en août 2017.

Je mets cette lecture dans Lire en thème puisque le thème de mars est : auteur français. Et il y a finalement un challenge Rentrée littéraire janvier 2019.

 

Pati fait son cinéma #4

Billets précédents de Pati fait son cinéma : #1, #2 et #3.

Après la parution de Pati fait son cinéma #3 – spécial Queen, je n’ai pas pris le temps de faire un autre billet pour les autres films vus en novembre donc voici un billet qui regroupe les films vus en novembre et décembre 2018.

Au cinéma

En novembre

Bohemian Rhapsody ❤ sur Pati fait son cinéma #3 – spécial Queen.

Les crimes de Grindelwald (Fantastic Beasts: The Crimes of Grindelwald) est le deuxième volet des Animaux fantastiques (2016), tous deux réalisés par David Yates d’après J.K. Rowling. C’est un film fantastique anglo-américain qui dure 134 minutes. On retrouve Norbert Dragonneau et ses créatures, les personnages du premier opus et on découvre de nouveaux personnages. C’est très beau, les images, les créatures, l’ambiance de la fin des années 20, mais lors des combats, c’est un peu rapide et donc confus. Le troisième opus dans deux ans ?

En décembre

Casse-Noisette et les quatre royaumes (The Nutcracker and the Four Realms) est un film américain réalisé par Lasse Hallström et Joe Johnston. C’est un film fantastique qui dure 99 minutes et qui est adapté du conte germanique Casse-Noisette et le roi des souris (Nußknacker und Mausekönig, Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, 1816) et du ballet féérique russe Щелкунчик (Chtchelkountchik) sur une composition du compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski. Londres, difficile de fêter Noël alors que Clara Stahlbaum (l’héroïne), sa sœur et son frère viennent de perdre leur mère. Mais la fête organisée chez son parrain, Drosselmeyer, est… magique ! Les images sont superbes, la musique de Tchaïkovski aussi et Misty Copeland (première danseuse à l’American Ballet Theatre) et Sergei Polunin (danseur ukrainien, ancien danseur au Royal Ballet de Londres) sont magnifiques.

L’exorcisme de Hannah Grace (The Possession of Hannah Grace) est un film américain réalisé par Diederik van Rooijen (réalisateur et scénariste néerlandais). C’est un film fantastique horreur qui dure 85 minutes. Megan Reed a perdu son poste de policière à Boston et démarre un travail de nuit à la morgue de l’hôpital mais, dès la première nuit, elle réceptionne le corps de Hannah Grace, jeune fille possédée par un démon et décédée… trois mois plus tôt ! Stana Katic (célèbre pour le rôle du lieutenant Kate Beckett dans la série Castle, 2009-2016) dans le rôle de Lisa, amie de Megan Reed et infirmière à l’hôpital de Boston. Un huis-clos effrayant dans une morgue grise, sombre et froide, moderne dans sa réalisation, quoique un peu long au début (pas besoin d’ouvrir cinq ou six fois le tiroir de la morgue, le spectateur a compris ! Mais l’actrice visiblement pas…).

Oscar et le monde des chats (Cats and Peachtopia) est un film chinois réalisé par Gary Wang. C’est un film d’animation qui dure 97 minutes. Leon, joli chaton, est devenu un bon gros chat d’appartement. Il ne sait pas quoi dire à son fils, le chaton Oscar, qui ne comprend pas pourquoi sa maman a disparu. Il lui raconte qu’elle est à Catstopia, un endroit magnifique où vivent les chats. Ni une ni deux, Oscar s’enfuit pour aller sur la montagne de l’autre côté du fleuve mais le danger rôde… Une aventure incroyable, drôle, triste, effrayante parfois pour tous les amoureux des chats. C’est le dernier film que j’ai vu au cinéma en 2018 😉

Overlord est un film américain réalisé par Julius Avery (qui dure 110 minutes). C’est un film de guerre différent car il a un côté fantastique horreur : un bon mélange, original de ce qu’on voit habituellement. L’action se déroule pendant le débarquement de Normandie mais les soldats américains parachutés près d’un village vont, après de lourdes pertes, découvrir une base dans laquelle les nazis font des expériences secrètes. Le film a en fait été tourné à Londres et les acteurs, en particulier Bokeem Woodbine, sont vraiment bons. La bande annonce en VO m’a scotchée et j’ai absolument voulu voir ce film !

Disponibles en DVD

En novembre

Cendres () est un film français de Mélanie Pavy et Idrissa Guiro sorti en 2013 ; il dure 75 minutes. Akiko, une franco-japonaise ayant grandi en France, a choisi de vivre au Japon même si elle n’a pas encore assimilé toutes les subtilités de la langue et des traditions. Mais sa mère, Kyoko, venant de mourir, Akiko doit retourner à Paris pour vider l’appartement. Elle découvre deux carnets datant des années 60 et apprend des choses sur son père (cinéaste français) et sa mère (japonaise devenue une égérie de la Nouvelle vague). Deux destins de femmes, le thème du deuil et de la double culture, un drame intimiste pour ce beau film documentaire. Le site officiel.

Jusqu’à ce que la mort nous unisse est un film français réalisé par Delphine Lemoine ; il dure 90 minutes et il est adapté du roman éponyme de Karine Giébel (2009). Il a été diffusé directement sur France3. L’adjudante Servane Breintenbach, Alsacienne, a demandé sa mutation à Colmar mais elle se retrouve en poste à Colmars-les-Alpes ! Disparition de l’épouse de Vincent Lapaz, guide de montagne, assassinat de son meilleur ami… La jolie Ophelia Kolb, déjà vue dans la récente série On va s’aimer un peu, beaucoup…, est convaincante. Il en est de même pour Bruno Debrandt, déjà vu dans la série Caïn (2012-2018).

En décembre

C’est bon d’être un peu fou est un film français réalisé par Antoine Page. C’est un film documentaire sous forme de road movie qui dure 105 minutes. Bilal Berreni (1990-2013) alias Zoo Project, peintre urbain, et Antoine Page, réalisateur, quittent les Vosges à bord d’un camion aménagé direction Vladivostok en passant par la Suisse, l’Autriche, la Slovaquie, la Pologne, l’Ukraine, le Kazakhstan et la Russie (près de 16 000 kilomètres en 4 mois !). Dessins, papiers découpés, vidéos illustrent le voyage et les rencontres. J’ai bien aimé le côté artisanal, les peintures d’animaux sur des maisons isolées ou dans des lieux pratiquement inaccessibles et les rencontres dans les trains (le camion ayant rendu l’âme) ; la chanson dans le taxi au Kazakhstan est super ! C’est le genre de voyage que j’aurais aimé faire en étant plus jeune. Le site officiel.