Mois o-bon de Purple Velvet

Découvert chez Bidib, bien que je sois abonnée au blog Murasaki no sekai (mais peut-être que les billets de Blogspot tombent moins bien dans le reader de WordPress ?) : le Mois o-bon organisé pour la 3e fois par Purple Velvet, une passionnée du Japon.

O-bon お盆 est une fête japonaise qui dure trois jours pour honorer la mémoire des ancêtres ; elle existe depuis plus de 500 ans et elle est inspirée de la fête chinoise des fantômes. Le Mois o-bon concerne le fantastique japonais – voire horreur – avec monstres, démons, yôkais, fantômes… Romans, nouvelles, mangas, légendes, films, animés seront donc à l’honneur du 15 juillet au 15 août 2017 (selon mes disponibilités car je travaille).

Infos, logo et inscription chez Purple Velvet.

Je vous conseille Le démon de l’île solitaire d’Edogawa Ranpo, un très bon roman fantastique et horrifique que j’ai lu au printemps pour la lecture commune du Mois japonais.

Malheureusement je travaillais et j’ai laissé passé ce Mois o-bon… Ce sera pour une prochaine fois. Et au moins j’en aurai parlé pour vous informer si vous vouliez participer.

Le Cœur de la Terre de Maxime Chattam

Le Cœur de la Terre (Autre-Monde, tome 3) de Maxime Chattam.

Albin Michel, avril 2010, 467 pages, 20,30 €, ISBN 978-2-22620-840-8.

Genres : science-fiction, fantasy, fantastique, horreur.

Maxime Chattam : voir sur le tome 1, L’Alliance des Trois.

Toujours un grand plaisir de retrouver l’univers d’Autre-Monde et ses personnages. Ce troisième tome est différent car Matt et Tobias sont séparés ! Tobias est prisonnier dans le Raupéroden avec une affreuse araignée énorme, le Dévoreur.

« Eden semblait imperturbable. Un havre protecteur. Il était difficile de croire à l’imminence de la guerre. » (p. 29).

« Dépêche-toi d’aller te trouver un compagnon à quatre pattes. – C’est déjà fait, dit-il en s’écartant pour désigner une boule de fourrure noire et marron dont les yeux étaient à peine visibles sous les poils trop longs. Je l’ai choisi parce qu’il est aussi moche que moi ! On devrait s’entendre ! » (p. 98).

Dès le tome 2, Malronce, j’avais mon idée sur les identités du Raupéroden et de Malronce 😉 mais je ne vous dirai rien, na !

Encore ici, l’auteur continue de développer avec talent ses idées, comme la Terre en colère et la Nature qui se venge des humains. Tout tient la route mais tous n’arrivent pas au bout de l’aventure… Une pensée pour Peps et une pour Phalène 😥

« Ils n’avaient plus d’ombre. Et rien ne peut survivre sans sa part d’ombre. L’équilibre du monde. » (p. 336).

« Le résultat est le même : ils obéissent à celle qui sait leur parler. Balthazar avait raison : ils n’ont plus de mémoire, ils ne sont que des coquilles vides qui ne demandent qu’à être remplies ! C’est ça qui les rend si mauvais. » (p. 414).

Je vais me répéter mais toujours de l’aventure, de l’action, des rebondissements, etc. ; et puis quelque chose d’impensable : les Pans (enfants et adolescents) vont devoir se battre contre les Cyniks et les Gloutons (adultes). Une belle fin de cycle mais, en terminant ce tome, on ne sait pas ce qui est arrivé à Plume et aux autres chiens ! Un oubli de la part de l’auteur ou une volonté de garder le suspense jusqu’au prochain tome ?

Comme pour les tomes 1 et 2, une très agréable lecture que je mets dans les challenges Jeunesse young adult #6, Littérature de l’imaginaire et Printemps de l’imaginaire francophone (toujours avec du retard dans la publication de ma note de lecture… mais j’ai bien lu ce roman avant !). Et je vais me plonger dans le deuxième cycle (de 4 tomes), c’est sûr et certain !

Malronce de Maxime Chattam

Malronce (Autre-Monde, tome 2) de Maxime Chattam.

Albin Michel, novembre 2009, 407 pages, 20,30 €, ISBN 978-2-22619-413-8.

Genres : science-fiction, fantasy, fantastique, horreur.

Maxime Chattam : voir sur le tome 1, L’Alliance des Trois.

Ce fut un plaisir de retrouver l’univers horrifique d’Autre-Monde et nos héros, Matt, Tobias et Ambre (pour les personnages principaux). Ils sont en route vers la Forêt aveugle encore plus au sud, pour le royaume de Malronce, et rien ne leur sera épargné… « Il avait tué. Pour survivre, pour protéger. Mais il avait tué tout de même. » (p. 66). Ils vont découvrir d’énormes chiens qui peuvent servir de montures et rencontrer le peuple Gaïa – ou les Kloropanphylles – qui vivent dans un immense nid judicieusement aménagé au-dessus de la dangereuse Mer-Sèche et qui ont construit un Vaisseau-Matrice.

« Si vous le pouvez, rentrez chez vous, le monde a changé, nous ne pouvons plus compter sur les adultes, et regardez même entre nous, les différences nous poussent à tant de méfiance, nous ne sommes pas encore prêts. À présent je dois vous laisser, je n’ai pas le droit de vous parler. » (p. 171).

« La mémoire est ton identité, tes valeurs, et la connaissance qu’ils n’ont plus les a transformés en coquilles vides. Malronce n’a eu qu’à les remplir de certitudes rassurantes pour en faire ses marionnettes. » (p. 246).

Comme je le disais plus haut : un grand plaisir à retrouver Autre-Monde. L’auteur continue de développer son monde horrifique dans lequel la Nature a repris ses droits de façon bien étrange avec des créatures toutes plus horribles et dangereuses les unes que les autres. En mûrissant, en faisant face au danger ensemble et en pratiquant la solidarité, les enfants et adolescents prennent plus d’épaisseur et de nouveaux apparaissent, tous différents, avec des particularités et des dons différents, ainsi que des ennemis comme les Mangeombres et le Buveur d’innocence. Il y a toujours de l’aventure, du suspense, de la peur, et parfois des traîtrises, c’est que les ados deviennent inévitablement des adultes… et ne peuvent s’empêcher de passer du côté obscur ! Beaucoup d’imagination, j’aimerais bien voir ça en film… d’animation par exemple. Évidemment, j’ai embrayé sur le tome 3 qui clôture le premier cycle de la série et je vous en parle tout bientôt.

Comme pour le tome 1, L’Alliance des Trois, une lecture très agréable que je mets dans les challenges Jeunesse young adult #6, Littérature de l’imaginaire et Printemps de l’imaginaire francophone (avec du retard dans la publication de ma note de lecture mais j’ai bien lu ce roman avant).

L’Alliance des Trois de Maxime Chattam

L’Alliance des Trois (Autre-Monde, tome 1) de Maxime Chattam.

Albin Michel, novembre 2008, 483 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-226-18863-2.

Genres : science-fiction, fantasy, fantastique, horreur.

Maxime Chattam, de son vrai nom Maxime Drouot, naît le 19 février 1976 à Herblay (Val d’Oise). Après des études de criminologie – et des cours de comédie au Cours Simon à Paris –, il écrit des romans policiers et/ou fantastique et reçoit plusieurs prix littéraires.

Trois copains, Matt, Tobias et Newton, 13-14 ans, à Manhattan, New York. Ils vivent entre deux mondes, l’enfance et l’adolescence. « Aujourd’hui ces deux mondes se mélangeaient, se heurtaient parfois. Celui des jeux, des figurines qu’il appréciait tant, et celui du jeune homme en devenir. Il s’interrogeait sur la conduite à tenir : devait-il sacrifier ses passions juvéniles au nom de l’âge mûr ? Newton était un peu comme ça. Tobias, lui, n’avait pas encore eu le déclic, […]. » (p. 27-28). Mais les parents de Matt annoncent leur divorce et après Noël, arrivent une vague de froid et une tempête colossale qui engendrent un black out et… des phénomènes bizarres. « Oui, le blizzard était énorme ; oui, il leur était tombé dessus plus tôt que prévu, mais cela n’en faisait pas pour autant la fin du monde. Sauf qu’il y a tous ces signes étranges depuis quelques jours. » (p. 45). La majorité des adultes a disparu… « Ne reverraient-ils jamais leur existence paisible ? Avaient-ils perdu leurs parents, leurs amis et le confort de la vie normale pour toujours ? » (p. 99-100). Matt et Tobias s’enfuient au sud mais la ville est remplie d’humains mutants (les Cyniks et les Gloutons et il ne fait pas bon croiser leur route) et de créatures dangereuses. Sur l’île Carmichael où ils ont trouvé refuge, il y a une soixantaine d’enfants entre 9 et 17 ans qui vivent dans six manoirs car le septième est hanté, et ils rencontrent Ambre : ils deviennent les trois « Pans » mais ils sont poursuivis par le dangereux Raupéroden et se rendent compte que beaucoup d’enfants développent des dons. « Je suis… noir, et elle est blanche – Oh ça. On est des êtres humains, non ? C’est quoi la différence ? Ah oui, ta peau est de la couleur de la terre, la sienne de celle du sable. C’est avec du sable et de la terre qu’on fait les continents, qu’on fait la Terre, non ? Alors vous êtes faits pour vous mélanger. Il ne peut en naître que de bonnes choses. » (p. 309).

Autre-Monde est une excellente série post-apocalyptique, pas seulement pour la jeunesse ; elle oscille entre fantasy, science-fiction et fantastique horreur (un peu comme un survival). Moderne, l’auteur fait plusieurs références populaires, comme Le Seigneur des Anneaux ou le groupe System of a Down : Matt est un adolescent de son temps ! Dans ce roman, pas de temps morts, une belle galerie de personnages, de bonnes idées scientifiques et spirituelles, du mystère, de l’aventure et surtout de l’amitié et de la solidarité, quelques traîtrises aussi mais il faut bien qu’il y ait du suspense (après tout, l’auteur est considéré comme un des maîtres français du thriller et du fantastique), des rebondissements et des frayeurs d’autant plus que les créatures sont… ouah je n’aimerais pas les voir en vrai ! Je n’avais jamais lu Maxime Chattam avant et j’ai été ravie de cette découverte : L’alliance des trois est un véritable page turner et vous pensez bien que j’ai vite embrayé sur le tome 2.

Une lecture très agréable que je mets dans les challenges Jeunesse young adult #6, Littérature de l’imaginaire, Printemps de l’imaginaire francophone (avec du retard dans la publication de ma note de lecture mais j’ai bien lu le roman avant).

J’ai découvert une vidéo présentant ce premier tome d’Autre-Monde :

et par hasard cette suite orchestrale du compositeur français né en 1984, Sébastien Pan. Si vous avez le temps de l’écouter :

Les montagnes hallucinées de Lovecraft et Culbard

Les montagnes hallucinées de H.P. Lovecraft et Ian Culbard.

Akiléos, novembre 2010, 128 pages, 978-2-35574-079-4. En fait, depuis qu’une autre bande dessinée, Quatre classiques de l’horreur, [lien Akiléos] adaptés par Ian Culbard est parue en novembre 2016, la bande dessinée seule des Montagnes hallucinées n’est plus au catalogue.

Genres : bande dessinée anglaise, science-fiction, horreur.

H.P. Lovecraft : je vous renvoie au billet du Printemps Lovecraft et à la note de lecture de Les montagnes hallucinées parue fin mai.

Ian Culbard (aucune information sur sa date de naissance) est un dessinateur de bande dessinée né à Greenwich à Londres dans une famille d’origine polonaise. Il a déjà illustré plusieurs œuvres d’Arthur Conan Doyle (Sherlock Holmes) et de H.P. Lovecraft. Il a même un peu vécu en Ardèche (c’est le département d’à côté !… pour moi s’entend !). Il a aussi travaillé dans les mondes de l’animation et de la publicité. Pour la bande dessinée des Montagnes hallucinées, il a reçu, en 2011, le Prix British Fantasy du Meilleur comics ou roman graphique.

Cette bande dessinée est une fidèle adaptation du récit de Lovecraft. Le narrateur est le Pr William Dyer ; son expédition est partie de Boston le 2 septembre 1930 avec deux bateaux : le Miskatonic (nom de l’université en fait) et l’Arkham, et cinq avions à monter sur place. Les scientifiques émérites sont le Pr Lake (biologiste), le Pr Pabodie (ingénieur), le Pr Atwood (physicien et météorologiste) et le Pr Dyer (géologue), plus seize assistants (des étudiants diplômés) et neuf mécaniciens qualifiés. Notez qu’il n’y a aucune femme… mais je ne crie pas à la misogynie, c’est l’époque qui voulait ça… Le 8 novembre, les bateaux arrivent au Détroit de McMurdo avec au loin le Mont Erebus, et le 9 novembre, tout le monde s’installe sur l’île de Ross pour le campement provisoire. Ces endroits sont déjà nommés car il y a eu une expédition de reconnaissance auparavant, l’expédition Scott et Shackleton. Ensuite, c’est l’inconnu pour eux et, comme je le disais dans ma note de lecture, l’auteur a laissé son imagination s’enflammer (qui ira vérifier ses dires ?) et, pour le plus grand bonheur des lecteurs, les illustrations de Culbard sont fantastiques ! Forages, expédition à l’intérieur de la terre gelée, découverte de « trois curieux fragments d’ardoise » avec des inscriptions. Le 22 janvier, le Pr Lake et une équipe réduite partent à l’ouest, découvrent d’autres fragments d’ardoise, « une chaîne de montagnes plus grande qu’aucune autre qu’il n’ait jamais vue », une caverne avec treize êtres au corps étrange et carrément une immense cité dans la glace. Mais comme plus personne ne donne de nouvelles, Dyer et le jeune Danforth partent en avion à la recherche de leurs collègues et des chiens disparus. Eux aussi découvrent la gigantesque cité dans la glace et… l’horreur ! Comme je le disais dans ma note de lecture, grosses références au Nécronomicon, aux Anciens, etc., un récit horrifique très imaginatif et imagé que la bande dessinée exprime parfaitement bien.

J’ai passé un très bon moment avec cette bande dessinée ! À vrai dire, je l’ai lue avant le texte de Lovecraft – histoire de me mettre dans le bain – mais pour le Printemps Lovecraft, je voulais quand même publier ma note de lecture du « véritable » texte avant la note de lecture de l’adaptation en bande dessinée.

J’ai remarqué quelques fautes : « nos craintes nos craintes », « quatre heures et et demie » et « deux semaines arpès » qui ont été corrigées dans Quatre classiques de l’horreur dont j’ai parlé plus haut.

Si H.P. Lovecraft était Américain, Ian Culbard est Anglais donc je mets cette bande dessinée dans le Mois anglais (le 6 juin, le thème retenu est BD). Je la mets aussi dans les challenges BD, Littérature de l’imaginaire et Un genre par mois (en juin, le genre est la bande dessinée).

Les montagnes hallucinées de H.P. Lovecraft

Les montagnes hallucinées de H.P. Lovecraft.

J’ai lu, collection Science-fiction, octobre 1996, réédition juin 2016, 256 pages, 5 €, ISBN 978-2-29031-905-5. At the Fountains of Madness (1932) est traduit de l’américain par Simone Lamblin.

Genres : littérature américaine, science-fiction, horreur.

H.P. Lovecraft : voir sa biographie et sa bibliographie dans le billet du Printemps Lovecraft.

« Je suis obligé d’intervenir parce que les hommes de science ont refusé de suivre mes avis sans en connaître les motifs. C’est tout à fait contre mon gré que j’expose mes raisons de combattre le projet d’invasion de l’Antarctique […] » (p. 7). Voici comment débute le récit du Pr William Dyer ; il souhaite en effet, pour le bien de l’humanité, empêcher l’expédition Starkweather-Moore. « Ce continent antarctique avait été tempéré et même tropical, avec une végétation luxuriante et une vie animale dont les lichens, la faune marine, les arachnides et les manchots de la côte nord sont, comme chacun sait, les seuls survivants et nous espérions élargir cette information en diversité, précision et détail […]. » (p. 9-10). L’expédition du Pr Dyer était prévue « en un seul été antarctique » (p. 15) mais il y avait une possibilité d’hivernage pour les vingt hommes et les cinquante-cinq chiens de traîneaux d’Alaska. Le voyage s’est bien passé et l’expédition commence bien : forages, vols d’observation, mirages, spécimens collectés, fragments, « espoirs fous de révolutionner les sciences en biologie et en géologie » (p. 20). Alors que l’expédition proprement dite est prévue à l’est, le Pr Lake qui a trouvé d’étranges fragments d’ardoise souhaite partir à l’ouest. L’équipe se scinde donc en deux : Lake et son équipage vont à l’ouest et le reste l’attend. Lake découvre d’immenses sommets et une caverne avec des vertébrés fossiles (quatorze êtres mi animaux mi végétaux avec des ailes membranes, dont huit en parfait état) puis un souterrain secret. « Charrié depuis les jungles inconnues de fougères arborescentes et de champignons du mésozoïque, les forêts de cycas, de palmiers-éventails et d’angiospermes primitifs du tertiaire, ce pot-pourri osseux contenait plus de spécimens du crétacé, de l’éocène, et de diverses espèces animales que le plus éminent paléontologue n’en pourrait dénombrer ou classer en un an. Mollusques, carapaces de crustacés, poissons, batraciens, reptiles, oiseaux et premiers mammifères – grands et petits, connus et inconnus. » (p. 28). Mais le lendemain, il est impossible de joindre l’expédition du Pr Lake… Tempête ? Phénomènes électriques ? Le surlendemain, le Pr Dyer et le jeune Danforth partent en avion en mission de reconnaissance et si possible en opération de secours mais ils découvrent l’horreur ! « On eut dit une cité cyclopéenne d’une architecture inconnue de l’homme et de l’imagination humaine, aux gigantesques accumulations de maçonnerie noire comme la nuit, selon de monstrueuses perversions des lois géométriques et jusqu’aux outrances les plus grotesques d’une sinistre bizarrerie. […]. » (p. 47).

Une des questions que se posent les scientifiques est : « la Terre aurait-elle déjà connu « un cycle entier ou plusieurs cycles de vie organique ? » (p. 30). Comme vous le voyez avec les extraits ci-dessus, Lovecraft s’en donne à cœur joie, l’Antarctique étant un continent encore inconnu, il laisse aller son imagination, s’inspire sûrement de ce que ces contemporains connaissent de l’Arctique, tout semble plausible, mais de toute façon, en ce début du XXe siècle, qui ira vérifier ? Et dans ces « montagnes les plus hautes du monde », ces êtres organiques qui avaient une vie à la fois marine, terrestre et aérienne seraient-ils les Anciens dont parle le Nécronomicon ? Ce serait une découverte sensationnelle ! « le clou de l’expédition », « scientifiquement, c’est la gloire » (p. 36). Ces êtres non humains composés de « pas du sang mais un liquide épais, vert foncé », « dégageant une odeur forte et repoussante » (p. 38) ont-ils servi de modèle aux petits-hommes verts de fiction ? « Les mythes primitifs des Grands Anciens , qui descendirent des étoiles pour inventer la vie sur Terre par plaisanterie ou par erreur, et les contes extravagants des être cosmiques des collines d’Ailleurs que racontait un collègue folkloriste du département anglais de Miskatonic. » (p. 40).

On peut en tout cas noter les erreurs commises par les scientifiques : explosions, stalactites abattues pour améliorer les fouilles… Malgré ces petites erreurs, il y a chez Lovecraft de grandes connaissances scientifiques et architecturales, une rigueur technique, ainsi le lecteur pense que cette expédition a vraiment eu lieu ! Il y a non seulement de nombreuses références à l’univers que Lovecraft a créé (les Anciens, le Nécronomicon, les Shoggoths, tout ce qui est mystérieux, surnaturel, décadent même) mais aussi des clins d’œil à Jules Verne (monde souterrain et ses créatures), à Edgar Allan Poe (horreur) et même à la Bible avec « le regard en arrière » (comme celui de l’épouse de Loth) : instinct ? curiosité ?

L’auteur raconte « contre son gré » mais prend un grand plaisir finalement à donner tous ces détails à ses lecteurs (avides et curieux !) tout en les mettant encore en garde (à titre individuel même, c’est plus marquant) : « Les mots qui parviendront au lecteur ne pourront jamais suggérer seulement l’horreur du spectacle. Il paralysa si totalement notre conscience que je m’étonne qu’il nous soit resté assez de bon sens […]. L’instinct seul a dû nous guider, mieux peut-être que ne l’eut fait la raison […]. De raison, nous n’en avions plus guère. » (p. 147).

Alors, une petite balade en Antarctique pour voir ces montagnes gelées, cette incroyable cité immense et ces êtres cauchemardesques ?

L’histoire Les montagnes hallucinées compte 150 pages (je vous présenterai le récit suivant, Dans l’abîme du temps, une centaine de pages, une prochaine fois) alors court roman ou longue nouvelle ? Elle fut la première fois publiée comme nouvelle dans la revue Weird Tales en 1933. Elle est considérée aux États-Unis comme une novella (plus longue qu’une nouvelle classique mais plus courte qu’un roman). Alors je mets bien cette lecture dans La bonne nouvelle du lundi, Classiques, Littérature de l’imaginaire, Printemps Lovecraft et Un genre par mois (classique ou théâtre).

 

Annihilation de Jeff VanderMeer

annihilation1Annihilation de Jeff VanderMeer.

Au Diable Vauvert, mars 2016, 223 pages, 18 €, ISBN 979-10-307-0021-3. Annihilation (2014) est traduit de l’américain par Gilles Goullet.

Genres : littérature américaine, science-fiction, horreur.

Jeff VanderMeer naît le 7 juillet 1968 en Pennsylvanie. Il est écrivain, éditeur et membre du mouvement littéraire New Weird (littérature de l’imaginaire plutôt horreur) inspiré par Lovecraft entre autres. Du même auteur : La cité des saints et des fous (Calmann-Lévy, 2006, recueil de nouvelles). Plus d’infos sur le site officiel de l’auteur, http://www.jeffvandermeer.com/.

« Toute cette région était désertée depuis des décennies, pour des raisons qui ne sont pas faciles à raconter. Notre expédition était la première à entrer dans la Zone X depuis plus de deux ans et la majeure partie de l’équipement de nos prédécesseurs avait rouillé, leurs tentes et abris ne protégeant plus grand-chose. En regardant ce paysage paisible, je ne pense pas qu’aucune d’entre nous n’en voyait encore la menace. » (p. 7). Cette douzième expédition, c’est quatre femmes : une biologiste (la narratrice), une anthropologue, une géomètre et une psychologue. « Notre mission était simple : poursuivre l’enquête gouvernementale sur les mystères de la Zone X en progressant lentement à partir du camp de base. » (p. 8). Mais rapidement, elles découvrent une « tour » qui s’enfonce sous terre et qui n’est sur aucune carte des missions précédentes, et elles se rendent compte qu’il se passe des choses étranges… La biologiste, contaminée par des spores, comprend que la tour est organique. « La tour était silencieuse, elle retenait son souffle, son cœur battait soudain plus lentement et de beaucoup plus loin, ou peut-être n’entendais-je que le sang en train de circuler à toute vitesse dans mon crâne. » (p. 71).

UnGenreParMoisWeird vous avez dit weird ! Annihilation, premier tome de La trilogie du Rempart Sud (les tomes suivants s’intituleront Authority et Acceptance) qui a reçu le Prix Nebula du meilleur roman en 2014, est angoissant au possible ! Quel est cet Événement qui a créé la Zone X ? Une catastrophe environnementale ? Des expériences militaires ? Autre chose qui donnerait une explication à des phénomènes incompréhensibles ? Malgré les disparitions, meurtres, suicides, troubles mentaux graves et cancers foudroyants des membres des anciennes expéditions, « Pourquoi continuaient-ils de nous envoyer là ? Pourquoi continuions-nous d’y aller ? » (p. 137) et « […] certaines questions vous détruiront si la réponse vous est trop longtemps refusée. » (p. 192). Au fur et à mesure des souvenirs et de l’avancement du récit, le lecteur en apprend plus sur la biologiste, son enfance, sa passion pour le vivant et les écosystèmes, sa relation avec son époux qui rentra complètement changé d’une mission précédente, sa motivation pour être de cette mission. Mais il faut se méfier des mots, se méfier de ses sens, et surtout ne pas lire ce roman le soir si vous ne voulez pas faire de cauchemars ! J’ai hâte que la suite paraisse. De plus, un film réalisé par Alex Garland (auteur de romans et de nouvelles, scénariste pour le cinéma et le monde du jeu vidéo, et réalisateur anglais né en 1970) devrait arriver sur les écrans en 2017.

LitteratureImaginaire2016Un roman de science-fiction horreur que je présente pour Un genre par mois dans le genre fantastique ou horreur (Bon sang, mais je me suis trompée, j’ai cru que ce genre était celui de novembre !!! Décidément je suis en décalage avec ce challenge…) et que je mets bien sûr aussi dans Littérature de l’imaginaire qui se termine fin décembre.