Annihilation de Jeff VanderMeer

annihilation1Annihilation de Jeff VanderMeer.

Au Diable Vauvert, mars 2016, 223 pages, 18 €, ISBN 979-10-307-0021-3. Annihilation (2014) est traduit de l’américain par Gilles Goullet.

Genres : littérature américaine, science-fiction, horreur.

Jeff VanderMeer naît le 7 juillet 1968 en Pennsylvanie. Il est écrivain, éditeur et membre du mouvement littéraire New Weird (littérature de l’imaginaire plutôt horreur) inspiré par Lovecraft entre autres. Du même auteur : La cité des saints et des fous (Calmann-Lévy, 2006, recueil de nouvelles). Plus d’infos sur le site officiel de l’auteur, http://www.jeffvandermeer.com/.

« Toute cette région était désertée depuis des décennies, pour des raisons qui ne sont pas faciles à raconter. Notre expédition était la première à entrer dans la Zone X depuis plus de deux ans et la majeure partie de l’équipement de nos prédécesseurs avait rouillé, leurs tentes et abris ne protégeant plus grand-chose. En regardant ce paysage paisible, je ne pense pas qu’aucune d’entre nous n’en voyait encore la menace. » (p. 7). Cette douzième expédition, c’est quatre femmes : une biologiste (la narratrice), une anthropologue, une géomètre et une psychologue. « Notre mission était simple : poursuivre l’enquête gouvernementale sur les mystères de la Zone X en progressant lentement à partir du camp de base. » (p. 8). Mais rapidement, elles découvrent une « tour » qui s’enfonce sous terre et qui n’est sur aucune carte des missions précédentes, et elles se rendent compte qu’il se passe des choses étranges… La biologiste, contaminée par des spores, comprend que la tour est organique. « La tour était silencieuse, elle retenait son souffle, son cœur battait soudain plus lentement et de beaucoup plus loin, ou peut-être n’entendais-je que le sang en train de circuler à toute vitesse dans mon crâne. » (p. 71).

UnGenreParMoisWeird vous avez dit weird ! Annihilation, premier tome de La trilogie du Rempart Sud (les tomes suivants s’intituleront Authority et Acceptance) qui a reçu le Prix Nebula du meilleur roman en 2014, est angoissant au possible ! Quel est cet Événement qui a créé la Zone X ? Une catastrophe environnementale ? Des expériences militaires ? Autre chose qui donnerait une explication à des phénomènes incompréhensibles ? Malgré les disparitions, meurtres, suicides, troubles mentaux graves et cancers foudroyants des membres des anciennes expéditions, « Pourquoi continuaient-ils de nous envoyer là ? Pourquoi continuions-nous d’y aller ? » (p. 137) et « […] certaines questions vous détruiront si la réponse vous est trop longtemps refusée. » (p. 192). Au fur et à mesure des souvenirs et de l’avancement du récit, le lecteur en apprend plus sur la biologiste, son enfance, sa passion pour le vivant et les écosystèmes, sa relation avec son époux qui rentra complètement changé d’une mission précédente, sa motivation pour être de cette mission. Mais il faut se méfier des mots, se méfier de ses sens, et surtout ne pas lire ce roman le soir si vous ne voulez pas faire de cauchemars ! J’ai hâte que la suite paraisse. De plus, un film réalisé par Alex Garland (auteur de romans et de nouvelles, scénariste pour le cinéma et le monde du jeu vidéo, et réalisateur anglais né en 1970) devrait arriver sur les écrans en 2017.

LitteratureImaginaire2016Un roman de science-fiction horreur que je présente pour Un genre par mois dans le genre fantastique ou horreur (Bon sang, mais je me suis trompée, j’ai cru que ce genre était celui de novembre !!! Décidément je suis en décalage avec ce challenge…) et que je mets bien sûr aussi dans Littérature de l’imaginaire qui se termine fin décembre.

Feed de Mira Grant

FeedFeed de Mira Grant.

Bragelonne, octobre 2012, 450 pages, 24 €, ISBN 978-2-35294-605-2. Feed (2010) est traduit de l’américain par Benoît Domis.

Genres : littérature américaine, science-fiction, horreur.

Mira Grant – de son vrai nom Seanan McGuire – est née le 5 janvier 1978 à Martinez en Californie (États-Unis). Elle est auteur de romans, de nouvelles et de plusieurs séries (soit fantasy soit horreur) : October Daye, InCryptid, Velveteen, Parasitology et Newflesh dont Feed est le premier tome. Plus d’infos sur ses sites officiels, Seanan McGuire et Mira Grant.

« Quand les premiers infectés sont apparus (précédés par des cris annonçant le retour des morts et l’avènement du Jugement dernier), ils se sont comportés exactement comme les films d’horreur nous l’avaient montré pendant des décennies. Sauf que, cette fois, ça arrivait pour de bon. » (p. 13). Le Jour des Morts a eu lieu à l’été 2014. Le vaccin, sensé guérir le rhume et le cancer, est devenu un virus et a été appelé la maladie de Kellis-Amberlee. Il touche les humains et les animaux de plus de vingt kilos. L’histoire se déroule vingt-six ans après. « Oui, les morts se relèvent, ont dit les blogueurs ; oui, ils attaquent la population ; oui, il s’agit bien d’un virus ; et oui, le risque de perdre la bataille est bien réel, parce que le temps qu’on comprenne ce qui nous arrive, le monde entier était infecté. » (p. 47). Georgia et Shaun Mason ont été adoptés. Ils sont journalistes et tiennent chacun un blog : « Âmes sensibles s’abstenir » pour Georgia et « Vive le roi » pour Shaun ». Ils travaillent avec Georgette Messonier, dite Buffy, technicienne surdouée. Lorsque l’équipe est sélectionnée pour suivre la campagne présidentielle du sénateur Peter Ryman, un outsider devenu un des favoris, c’est l’euphorie – malgré le danger – et le site « Après la fin des temps » est créé. Mais le camp, pourtant bien protégé, est attaqué par des zombies, puis le ranch du sénateur aussi et sa fille aînée, Rebecca, est tuée ainsi que les parents d’Emily, l’épouse du sénateur, et des membres du personnel. « Comme par hasard, le premier cas identifié de réplication spontanée chevaline se produit dans l’écurie du sénateur Ryman, le jour où le Parti républicain confirme sa nomination de candidat à la présidence des États-Unis ? » (p. 221). Georgia et Shaun veulent absolument découvrir la vérité, c’est le cœur de leur métier !

Feed-illustrationCe roman pourrait être unique en soi : il se termine mal mais il se termine bel et bien alors j’ai été agréablement surprise de voir qu’il y avait un tome 2, Deadline, et un tome 3, Red flag, que j’ai finalement hâte de lire car Feed est bien plus qu’un roman de zombies ! Mira Grant a étudié la virologie et s’est entourée des meilleurs spécialistes pour que tout soit correct au niveau médical, géographique, technologique ou politique. De plus, en mettant en scène ses personnages principaux en tant que journalistes, elle pose des questions aux lecteurs non seulement sur ce métier et sur la vérité (voir mon passage préféré ci-dessous) mais aussi sur le comportement humain (amitié, travail, trahison…) et sur le monde politique (pas seulement américain).

Mon passage préféré

LettreAuteur« Nous sommes une nation habituée à vivre dans la peur, la voilà la vérité. Si je veux être honnête avec vous, mais aussi avec moi-même, ça ne concerne pas uniquement notre nation, et il ne s’agit pas réellement d’une habitude. Ça concerne le monde entier, et c’est une addiction. Les gens sont accros à la peur. La peur justifie tout. La peur nous fournit une excuse toute trouvée pour renoncer à nos libertés, l’une après l’autre, au point de trouver normal qu’on nous suive à la trace et que le moindre de nos mouvements soit enregistré dans une dizaine de bases de données auxquelles monsieur tout-le-monde n’aura jamais accès. La peur crée, définit et façonne notre univers, et sans elle, la plupart d’entre nous se sentiraient perdus. Nos ancêtres rêvaient d’un monde sans frontières, alors que nous passons notre temps à en imaginer de nouvelles, autour de nos maisons, de nos enfants, et de nous-mêmes. Nous limitons notre potentiel, jour après jour, au nom d’un idéal de sécurité que nous n’atteignons jamais. Nous avons pris un monde riche de possibilités et l’avons appauvri. Et maintenant, vous vous sentez en sécurité ? Extrait d’Âmes sensibles s’abstenir, blog de Georgia Mason, le 6 avril 2040. » (p. 336).

LitteratureImaginaire2016Une excellente lecture horrifique pour le challenge Littérature de l’imaginaire et pour Une lettre pour un auteur (lettre G).

Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent

[Article archivé]

C’est chez Olivia que j’ai vu Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent (j’en ai profité pour lire l’extrait de sa nouvelle, début prometteur !), opération qui dure du 1er novembre au 1er décembre 2014.

C’est quoi SFFFH ? SFFF, c’est pour Science-Fiction, Fantastique, Fantasy et le H est pour Horreur.

Cette opération est initiée par l’auteur Gaëlle Dupille (son blog et son FB) et la communauté qu’elle gère sur FB, L’invasion des grenouilles. Je vous laisse y consulter les infos.

Même si je n’ai pas le temps de lire quelque chose ce mois-ci, je veux quand même soutenir cette opération et je rappelle que j’ai lu cette année :

L’enfant de l’orage – 1 : Pierres de sang de Manuel Bichebois et Didier Poli (BD française, SF, Fantasy)

Les contes d’Amy de Frédéric Livyns (nouvelles belges, fantastique, horreur)

Barbares ! de Southeast Jones (nouvelle belge, SF)

Cryozone de Cailleteau et Bajram (BD française, SF, horreur)

L’orphelinat du bout du monde (Le Surnatureur, 1) d’Éric Sanvoisin (roman français, SF)

La fin du monde a du retard de J.M. Erre (roman français, SF)

Le château des étoiles – 1 : 1869 la conquête de l’espace d’Alex Alice (BD française, SF)

Le maître bonsaï d’Antoine Bueno (roman français, fantastique)

Ai-je trouvé ces œuvres trop intellectuelles ou ennuyeuses ? Non, pas du tout ! La SFFF francophone vaut bien la SFFF anglophone !