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Lundi Soleil 2021 #2 bis

Nous sommes toujours dans le deuxième thème de Lundi Soleil 2021, celui de février qui est montagne. Après les montagnes d’Ardèche, voici la montagne vue depuis la Diga di Beauregard, c’est-à-dire le Barrage de Beauregard, à Valgrisenche dans la très belle vallée d’Aoste (Italie). Je vous souhaite une belle semaine.

La Mémoire de riz et Journal de David d’Ashby de Jean-Marie Blas de Roblès

La Mémoire de riz et Journal de David d’Ashby de Jean-Marie Blas de Roblès.

In La Mémoire de riz, Zulma, octobre 2011, 336 pages, 18,80 €, ISBN 978-2-84304-568-4. Parution en poche : J’ai lu, août 2014, 288 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-29005-658-5.

Genres : littérature française, nouvelles.

Jean-Marie Blas de Roblès naît en 1954 à Sidi Bel Abbès (alors département d’Algérie française) mais sa famille s’installe dans le Var. Il étudie la philosophie (Sorbonne) et l’histoire (Collège de France) et part enseigner au Brésil puis en Chine. Là où les tigres sont chez eux (2008, Prix Médicis, Prix du jury Jean-Giono et Prix du roman Fnac) n’est pas son premier roman puisque sont d’abord parus L’impudeur des choses (1987) et Rituel des dunes (1989). Il est auteur de romans, nouvelles, poésie, essais et traducteur. Plus d’infos sur son site officiel.

La Mémoire de riz (5 pages). Le narrateur a pu « consulter certains papiers personnels du regretté Landolfo Grimaldi qui fut durant vingt ans (1884-1904) l’irréprochable conservateur de la bibliothèque royale de Turin. » (p. 69). À la fin du XIIIe siècle, Édouard 1er roi d’Angleterre envoie David d’Ashby en Chine. Mais en plus de ses récits de voyage (similaires finalement à ceux de Marco Polo ou d’autres voyageurs), il y a un journal intime. « Délivrée des nécessités de forme et d’effacement que demandait la rédaction de ses souvenirs de voyage, la personnalité de David d’Ashby s’y dévoile ici tout entière. » (p. 71).

Journal de David d’Ashby (15 pages). « Florence, le 17 février de l’an 1320. » (p. 72). David d’Ashby a 35 ans et il est rentré de son voyage depuis plusieurs mois. Il raconter comment son professeur de chinois et ami, maître Shang, lui a légué « la Mémoire de riz » (p. 74). Il se repose à Florence où il rencontre dame Beppa et sa fille Giovanna, et il découvre que les cinq mille grains de riz dans le sac ne sont pas de simples grains de riz. « […] une absolue certitude s’emparait de moi, un sentiment de liberté, de puissance, un éblouissement de l’être qui mettait toute chose, y compris le divin, à sa juste place dans le théâtre du Cosmos. » (p. 81-82). Que va faire David d’Ashby de toute cette sagesse ?

Très envie de relire cet auteur car les deux nouvelles sont excellentes, très bien écrites, ciselées, mots soigneusement choisis, côté mystérieux, envoûtant, presque poétique, j’ai vraiment eu l’impression d’y être et j’ai savouré mon plaisir de lecture. Ce recueil a reçu le Prix de la nouvelle de l’Académie française.

Pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021.

Le jeudi, c’est musée/expo #26

Suite à la lecture des deux bandes dessinées, Général Leonardo 1 – Au service du Vatican et Général Leonardo 2 – Croisade vers la Terre Sainte d’Erik Svane et Dan Greenberg, j’ai pensé à voir (en ligne) l’exposition Léonard de Vinci (1452-1519) réalisée du 24 octobre 2019 au 24 février 2020 au Louvre pour l’anniversaire (500 ans) de sa mort.

Léonard est né le 15 avril 1452 à Vinci près de Florence. Ce que j’aime chez lui ? Sa curiosité, son amour de la Nature, son génie ! Sa chance ? Vivre dans l’Europe de la Renaissance ! Florence était une ville riche en pleine expansion et humaniste. Par rapport aux bandes dessinées (citées ci-dessus) dans lesquelles Leonardo se veut contre la guerre et partisan de la paix, il faisait en réalité connaître ses talents d’ingénieur militaire et dessinait des machines de guerre (ce qui peut-être ne l’empêchait pas d’être pour la paix).

Il s’est intéressé à presque tout ! La Nature, les sciences (mathématiques, anatomie, astronomie, géologie, physique…), les Arts (dessin, peinture, il a inventé la perspective !, architecture…), etc. et a écrit de nombreux codex (dont beaucoup ont malheureusement disparu…). Mais il est possible de consulter en ligne le Codex Atlanticus (en italien et en anglais). Un de ses plus grands fans était sûrement François 1er, roi de France, qui a déclaré : « Il n’y a jamais eu un autre homme né au monde qui en savait autant que Léonard. ».

Deux citations magnifiques de Léonard de Vinci. « J’ai l’intention de laisser un souvenir impérissable dans la mémoire des mortels. » (c’est fait !). « Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail. » (c’est parfait !).

Pour tout savoir sur Léonard de Vinci, son œuvre, sa mort en France (c’est pourquoi la Joconde, héritée par François 1er, est en France), visitez Beaux-Arts Léonard de Vinci (le cahier hors-série sur l’exposition est aussi visible sur Calaméo) et Le Louvre.

Général Leonardo 1 d’Erik Svane et Dan Greenberg

Général Leonardo 1 – Au service du Vatican d’Erik Svane et Dan Greenberg.

Paquet, mai 2006, 48 pages, 14,99 €, ISBN 978-2-88890-100-5.

Genres : bande dessinée danoise, Histoire.

Erik Svane naît au Danemark (il a la double nationalité, danoise et américaine). Il a vécu dans plusieurs pays en Europe et sur le continent américain. Il est journaliste (magazines BD européens et américains) et auteur : 2 tomes de Général Leonardo et La bannière étalée (essai, 2005).

Dan Greenberg naît en France. Il étudie le cinéma section animation. Il est dessinateur.

Fred Vigneau et Pascal Agunaou de Makma sont les coloristes.

Florence, XIVe siècle. Leonardo se livre à d’étranges expériences sur la crucifixion qui horrifie l’archevêque mais quoi de mieux que de rétablir la vérité ? « Vous pensez que les Romains n’ont jamais crucifié leurs victimes par les paumes ? – Sûrement que si, au début ! Mais ! Comme celles-ci n’ont pas dû tenir, ils ont dû améliorer le concept exactement de la même manière que je l’ai faite. » (p. 4). « Mais vous êtes complètement malade !?! Votre maison et jardin remplis de cadavres crucifiés ! » (p. 5). Comprenez bien la différence entre la crucifixion en croix et les crucifixions en masse ? Macabre, vous avez dit macabre ! Trois semaines après, Leonardo est convoqué au Saint-Siège.

Mais ce sont d’autres inventions que son linceul ou sa camera obscura « qui ont retenu l’attention des plus hautes instances de l’Église. » (p. 16). Mais Leonardo n’est pas d’accord. « Non, je ne veux rien avoir à faire avec votre croisade, et quand je dis non, c’est non ! » (p. 19). La riposte du Saint-Siège ne se fait pas attendre…

Histoire, religion et humour sont au rendez-vous dans cette agréable bande dessinée bien documentée. Mais de belles idées comme « unir la chrétienté » ou « l’avenir de nos enfants » aboutissent malheureusement à des conflits…

Un bon moment de lecture et je vous présenterai le tome 2 un prochain mercredi. Et je remercie Lydia.

Pour La BD de la semaine, les challenges BD, Jeunesse Young Adult #10 et Petit Bac 2021 (catégorie Prénom pour Leonardo). Et je rajoute le Challenge lecture 2021 puisqu’on peut lire autre chose que des romans (catégorie 36 pour le livre basé sur des faits réels). Plus de BD de la semaine chez Moka.

Wily Fox mène l’enquête, 2 d’Adam Frost

Wily Fox mène l’enquête, 2 – Un parfum de mystère d’Adam Frost.

Thomas Jeunesse, octobre 2017, 128 pages, 6,90 €, ISBN 978-2-35481-435-9. Investigates Fox A Whiff of Mystery (2015) est traduit de l’anglais par Paolia Appelius. Illustré par Emily Fox.

Genres : littérature anglaise, roman jeunesse, roman policier.

Adam Frost naît le 21 août 1972 à Epping (Angleterre). Il est auteur pour la jeunesse depuis 2005. Plus d’infos sur son site officiel.

Emily Fox, diplômée de l’Université Falmouth, est illustratrice. Plus d’infos sur son site officiel.

Après la lecture de Wily Fox mène l’enquête, 1 – Une ombre au tableau d’Adam Frost, j’ai embrayé avec le tome 2.

Wily Fox est invité à la soirée de lancement du nouveau parfum, Odorissimo, d’Adolfo Aroma, le célèbre parfumeur, un lapin italien. « Ce parfum séduira dans les terriers tous les goupils qui ont du style et les belettes qui en jettent par son attaque de sous-bois mouillé sur un cœur de marron éclaté. » (p. 4). Le détective londonien est donc à Pise. Mais Fabio furet, le chef de la sécurité d’Adolfo, n’est pas content qu’un renard vienne mettre le museau dans son travail. Mais la soirée ne se passe pas comme prévu et la formule d’un parfum unique, Utopia, créé par le père d’Adolfo, est volée…

Dans la liste d’une centaine d’invités, Albert l’assistant de Wily Fox à Londres, repère trois suspects : Bianca Blaireau, reporter à Pise, Joey La Fouine, ancien gangster reconverti dans le monde de la mode, et Wanda Rouquine, une panda rousse, propriétaire d’une chaîne de magasins mode et parfums en Chine.

Wily Fox se rend à Venise car la Princesse de Parmesan est la seule à posséder un flacon d’Utopia. « C’est « une vieille antilope de quatre-vingt-deux ans » (p. 28).

Mais Marius Molosse et Érica Écureuil de la MOTUS (Milice des Officiers de Terrain Ultra Secrète) lui mettent à nouveau des bâtons dans les roues… La MOTUS enquête sur « Trois gibiers de potence connus sous le nom de Gang des Pattes Noires » (p. 49) qui ont tenté de cambrioler des banques. Non, ils ne sont pas sur la même enquête.

Wily Fox peut partir en Chine sur les trace du « hon sêng zha » (p. 49). Direction Chengdu !

Je ne veux pas répéter ce que j’ai déjà dit pour le premier tome mais encore une belle histoire et une belle enquête pour Wily Fox ! Et des gadgets que n’aurait pas renier James Bond ! Idéal pour démarrer le roman policier pour les enfants à partir de 8 ans mais les grands y trouvent leur compte aussi.

Une lecture idéale pour Animaux du monde #3, British Mysteries #5, Challenge du confinement (case Jeunesse), Jeunesse Young Adult #10, Petit Bac 2020 (catégorie crimes et justice avec mystère), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Contagions de Paolo Giordano

Contagions de Paolo Giordano.

Seuil, collection Littérature étrangère, mai 2020, 64 pages, 9,50 €, ISBN 978-2-02146-576-1. Nel contagio (2020) est traduit de l’italien par Nathalie Bauer. À noter que ce livre est, pour le moment, en ligne, sur le site du Seuil, mais sa parution est annoncée pour le 28 mai 2020.

Genres : littérature italienne, essai.

Paolo Giordano naît le 19 décembre 1982 à Turin (Italie). Il est docteur en physique théorique ; il est aussi romancier : La solitude des nombres premiers (2008) et Le corps humain (2013).

Vous l’avez compris, ce livre parle de la pandémie de coronavirus (CoV-2) que nous vivons actuellement et je remercie Martine d’en avoir parlé sur FB ce qui m’a permis d’aller sur le site du Seuil et de le lire en ligne.

« Ce que nous traversons possède un caractère supra-identitaire et supra-culturel. La contagion est à la mesure du monde d’aujourd’hui, global, interconnecté, inextricable. » (p. 7).

Rendez-vous annulés ou repoussés, pratiquement tout fermé… « J’ai échoué dans un espace vide inattendu. » (p. 7) et « J’ai décidé d’employer ce vide à écrire. » (p. 8).

L’auteur fait appel aux mathématiques (simplement, je vous rassure) et, en courts chapitres, ordonne ses pensées pour ne pas oublier cette période de réactions en chaîne de la contagion de la maladie appelée Covid19.

« Pour le virus, l’humanité entière se partage en trois groupes : les Susceptibles, c’est-à-dire tout ceux qu’il pourrait encore contaminer ; les Infectés, c’est-à-dire ceux qu’il a déjà contaminés ; et les Rejetés, ceux qu’il ne peut plus contaminer. Susceptibles, Infectés, Rejetés : SIR. » (p. 11-12).

Sacrifices, patience, prudence, solitude… qui peuvent entraîner souffrances et rébellion, mais pourquoi pas aussi la réflexion et la sagesse.

« Dans la contagion, nous sommes tous libres et assignés à résidence. » (p. 25).

Un des passages importants est, à mon avis, celui où il explique pourquoi comment toute l’humanité est concernée, « la totalité des êtres humains » (p. 32), et qu’il y a des Ultra-susceptibles partout dans le monde.

Mais, à propos de ces nouveaux coronavirus, et si les coupables, c’était nous ? Urbanisme, déforestation, extinction d’espèces… L’auteur évoque l’hypothèse que des micro-organismes aient besoin de se réfugier ailleurs, de s’installer chez nous, les humains, qui sommes si nombreux, si réceptifs et si vulnérables !

« On en a le vertige. Un enchaînement meurtrier de causes et d’effets. » (p. 45).

L’auteur pense que ce genre de pandémies reviendra et surtout reviendra de plus en plus souvent. Je n’ai pas les connaissances scientifiques adéquates mais c’est ce que je pense aussi.

« Parmi les maladies qui pourraient bénéficier du climate change figurent, en dehors d’Ebola, la malaria, la dengue, le choléra, la maladie de Lyme, le virus du Nil occidental et même la diarrhée […]. Le monde s’apprête à se conchier. » (p. 48).

Mon avis : une chose est sûre, c’est que nous, les citoyens qui respectons le confinement, qui ne sortons pas ou très peu pour des choses indispensables, nous avons perdu le contrôle de nos vies… Mais ce qu’il y a de bien, c’est que nous avons repris le contrôle, chez nous, avec des activités que nous avions oubliées ou que nous n’avions pas le temps de pratiquer (cuisiner, lire, faire du rangement, regarder des films, des séries, écouter de la musique, faire des puzzles, tricoter, broder, coudre, dessiner, étudier, méditer, etc.) bref, utiliser notre temps intelligemment (bon, peut-être pas pour tout le monde, mais en majorité, j’espère).

« Cette crise est en étroite relation avec le temps. Avec notre façon d’organiser, de tordre, de subir le temps. Nous sommes à la merci d’une force microscopique qui a l’arrogance de prendre des décisions à notre place. » (p. 60-61).

Dans cet essai, rédigé entre mi-février et mi-mars 2020, l’auteur met les mots sur certaines choses, c’est ça qui est primordial (j’emprunte le mot de Martine qui a écrit que cette lecture est « essentielle »), et sans être moralisateur, il nous demande de réfléchir à cette situation et de penser différemment. Une lecture intéressante que je n’aurais pas eu sans le post de Martine (merci pour l’info !).

C’est le dernier livre lu en avril 2020 et je posterai ma note de lecture pour le Mois italien en mai.

Mois espagnol et Mois italien 2020

En mai, arrivent deux challenges auxquels j’essaie de participer du mieux possible. Cette année, ça va être compliqué car je n’ai pas grand-chose chez moi et les médiathèques sont fermées mais je tente quand même ! Alors…

Le Mois espagnol (et sud-américain depuis quelques années) en est à sa 6e édition. Mes précédentes participations sont sur 2015 (+ bilan), 2016, 2017, 2018 et 2019 ce qui signifie que j’ai participé à toutes les éditions (contente !). Infos, logos (6 superbes nouveaux logos créés par Cannibal Lecteur !) et inscription chez Sharon ou aussi ici.

Le Mois italien en est aussi à sa 6e édition. Je n’ai participé qu’en 2015 (à l’époque, c’était Eimelle qui le gérait) et 2017. Infos, logos et inscription chez Martine + le top-départ. J’aime beaucoup l’Italie mais je n’ai pas de littérature italienne chez moi à part Dante…

Le Mois au Japon qui lui est en avril continue en mai !

Mon billet hispanique

1. L’échine du Diable et Le labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro (deux films mexicains et espagnols qui se déroulent en Espagne)

Mes billets italiens

1. Contagions de Paolo Giordano (Seuil, 2020, essai)

2. Le vent des libertaires, 1/2 de Philippe Thirault et Roberto Zaghi (Les Humanoïdes Associés, 2019, bande dessinée franco-italienne)

3. Sherlock, Lupin & moi (tomes 1 à 3) d’Irene Adler ; les trois tomes sont sur le même billet (Albin Michel, 2017, romans jeunesse italiens)

La fameuse invasion de la Sicile par les ours de Dino Buzzati

La fameuse invasion de la Sicile par les ours de Dino Buzzati.

Gallimard, collection Folio Junior n° 490, collection Textes classiques, 1977 – 1982 – 1988 – 1997 – 2009 (précédemment publié chez Stock en 1968), 128 pages, 5,90 €, ISBN 978-2-07062-374-7. Illustrations de l’auteur (en couleur à l’origine). La famosa invasione degli orsi in Sicilia (1945) est traduit de l’italien par Hélène Pasquier.

Genres : littérature italienne, littérature jeunesse, conte.

Dino Buzzati naît le 16 octobre 1906 à San Pellegrino di Belluno dans la région de Vénétie. Il étudie le Droit à l’Université de Milan mais il est embauché comme journaliste par le Corriere della Sera. Il est aussi peintre, écrivain et critique littéraire. Il meurt d’un cancer le 28 janvier 1972 à Milan. De lui, j’ai déjà lu Le Désert des Tartares (son plus célèbre roman, paru en 1940) et Le K (un recueil de nouvelles, paru en 1966) et j’ai apprécié le côté fantastique. Avec La fameuse invasion de la Sicile par les ours, je lis un de ses contes, mais il a aussi écrit de la poésie et du théâtre donc il me reste des choses à lire !

Le roman commence par une présentation des personnages et des décors, ça fait un peu théâtral, ça m’a bien plu et puis c’est présenté avec humour.

L’ourson Tonin, fils de Léonce Roi des ours, a été enlevé par deux chasseurs. Deux ans après, les ours font face au froid et à la faim alors ils décident de descendre pour la première fois dans la plaine, là où vivent les humains. « Et les montagnes d’où nous sommes partis. Les reverrons-nous jamais, nos vieilles montagnes ? » (p. 18). Les ours ne sont pas les bienvenus et ils doivent se battre contre l’armée du Grand-Duc, un tyran. « Mais que peuvent les ours, armés de lances, de flèches, de harpons / contre des fusils, des mousquets, des couleuvrines, des canons ? » (p. 24). J’ai oublié de vous dire qu’une partie du roman est racontée sous forme de poésie ! Le Grand-Duc et le magicien De Ambrosiis se réfugient au château de Cormoran mais les ours, valeureux, emmenés par le courageux ours Babbon défient l’armée humaine. Au début, c’est un « Désastre complet » (p. 56) mais un autre ours, plutôt bricoleur, Frangipane, va faire gagner les ours. Pendant que la bataille fait rage, il y a un spectacle au Grand Théâtre Excelsior et, parmi les artistes, un ourson acrobate, rebaptisé Goliath. Oui, oui, vous avez deviné et il va s’en passer des choses ! D’ailleurs, pendant plus de dix ans, les ours vont vivre avec les humains mais leur comportement va changer ce qui déplaît au Roi Léonce.

Ce conte, joliment illustré (par l’auteur lui-même !) s’est déroulé il y a très longtemps car il n’y a plus de montagnes en Sicile, il n’y a plus d’ours non plus… Mais la magie et l’humour de Dino Buzzati font vivre cette histoire pour les petits et les grands lecteurs ! Avec la sortie du film d’animation réalisé par Lorenzo Mattotti et présenté au Festival de Cannes en mai 2019, le livre paraît à nouveau en mai 2019 (couverture ci-contre).

Une lecture plaisante que je mets dans les challenges Cette année, je (re)lis des classiques, Contes et légendes pour la piste « Des animaux à la fête », Jeunesse & Young Adult #9 et Littérature de l’imaginaire #7.

Les liens de Domenico Starnone

Les liens de Domenico Starnone.

Fayard, collection Littérature étrangère, août 2019, 180 pages, 18 €, ISBN 978-2-21370-567-5. Lacci (2014-2016) est traduit de l’italien par Dominique Vittoz.

Genre : littérature italienne.

Domenico Starnone naît le 15 février 1943 près de Naples (Italie). Il vit à Rome où il est journaliste, écrivain et scénariste. Il écrit depuis 1988 mais je ne connaissais pas cet auteur, c’est la première fois que je le lisais. D’après des études littéraires et critiques, des spécialistes disent que Domenico Starnone pourrait être Elena Ferrante !

Vanda et Aldo sont mariés depuis 12 ans, depuis octobre 1962. Ils habitent à Naples et ils ont deux enfants : Sandro, 9 ans, et Anna, 5 ans. Vanda est femme au foyer et Aldo est assistant dans une université à Rome. Il vient de quitter le foyer conjugal car il a rencontré une jeune femme, Lidia, 19 ans.

Ce qu’il y a de subtil dans ce roman, dont l’histoire est somme toute classique, la séparation d’un couple, c’est les trois parties racontées, à leur façon, par les protagonistes.

La première partie est consacrée aux lettres que Vanda écrit à Aldo pour qu’il revienne. « Au cas où tu l’aurais oublié, mon cher, je te le rappelle : je suis ta femme. » (première phrase du roman, p. 9). « Tu n’as tout simplement pas pris la mesure de ce que tu m’as infligé. » (p. 10). « Tu t’es envolé en évitant par tous les moyens d’être clair avec moi. […] J’ai reçu les factures de gaz et d’électricité. J’ai le loyer à payer. Et les deux enfants. Reviens tout de suite. » (p. 15). Est-il question d’amour ou Vanda est-elle simplement dépendante d’Aldo ?

Des années plus tard, Aldo est revenu mais leur couple est comme un objet cassé et recollé qui ne sert plus voire qui menace de se casser à nouveau… C’est la deuxième partie consacrée à Aldo, aux états d’âmes d’Aldo. Car, à leur retour de vacances, leur appartement est sens dessus dessous et leur chat, Labès, a disparu ! Aldo va-t-il prendre la mesure de ce que Vanda et leurs enfants ont subi ?

Et justement, la troisième partie est consacrée aux enfants, Sandro et Anna, devenus adultes et pas contents du tout, surtout Anna. Leur père a commis « Un crime, oui, un crime. » (p. 101).

Les liens est un roman, à la fois court et dense (je l’ai lu d’une traite un dimanche après-midi), sur le naufrage d’un couple, d’une famille… « Laisse tomber les lacets, tout ce que nos parents ont su nouer, c’est un lien avec lequel ils se sont torturés l’un l’autre toute leur vie. » (p. 158). Et c’est vrai qu’il y a quelque chose de pathétique dans les liens qui « unissent » ce couple, cette famille, ou plutôt l’absence de liens… Quand on regarde la couverture, on a l’impression que les lacets sont un lien à la patte et que l’homme ne pense qu’à s’enfuir ! Et on se rend compte que la rancœur a remplacé l’amour aussi bien dans le couple qu’entre les parents et les enfants, ainsi y a-t-il eu un réel pardon ? Je n’en suis pas sûre du tout et c’est triste… Mais super bien écrit ! Tout en finesse, parfois drôle, plutôt cynique, tout en amertume et non-dits, en tout cas ce qu’ont sûrement vécu des milliers de couples qui se sont séparés dans les années 70.

Domenico Starnone est à découvrir ! Du même auteur : Rage de dents (Actes Sud, 1996) et Via Gemito (Fayard, 2000) pour les romans traduits en français, plus les autres titres en italien pour ceux qui lisent en italien ! Avez-vous déjà lu cet auteur ? Me conseilleriez-vous Rage de dents ou Via Gemito ?

Une lecture pour les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Voisins Voisines 2019 (Italie).

Le Club Vesuvius de Mark Gatiss

Le Club Vesuvius (Une aventure de Lucifer Box, 1) de Mark Gatiss.

Bragelonne, collection Le mois du cuivre, février 2015, 264 pages, 25 €, ISBN 978-2-35294-824-7. Je l’ai lu en Bragelonne poche, février 2018, 300 pages, 9,90 €, ISBN 979-1-02810-439-9. The Vesuvius Club (2004) est traduit de l’anglais par Laurence Boishot.

Genres : littérature anglaise, science-fiction, steampunk, espionnage.

Mark Gatiss naît le 17 octobre 1966 à Sedgefield dans le comté de Durham (au nord-est de l’Angleterre). Ses parents travaillaient tous les deux à l’hôpital psychiatrique Edwardian situé en face de chez eux et (je suis sûre que c’est lié !), il s’est intéressé dès l’enfance aux aventures de Sherlock Holmes, du Doctor Who, aux films d’épouvante. Résultat ? Il est acteur (cinéma, télévision, humour, policier, espionnage), scénariste (en particulier pour la série Doctor Who), producteur (il est cocréateur et coproducteur de la série Sherlock dans laquelle il joue le rôle de Mycroft Holmes) et auteur ! Du même auteur, dans les aventures de Lucifer Box : L’ambre du diable (Bragelonne, 2016, traduit de The Devil in Amber, 2006) et Black Butterfly (2008, pas encore paru en français).

Lucifer Box, peintre diplômé de la Royal Academy of Arts, est aussi agent secret. « Vous savez comment ça fonctionne, ici : on aime les mystères et les secrets, les passages dérobés et la poudre aux yeux. C’est ce qui nous motive, ha ha ! (p. 22). Il est sous les ordres de Joshua Reynolds, un avocat de toute petite taille mais « un haut personnage dans le gouvernement de Sa Majesté – dans les ombres et le plus grand secret, évidemment. » (p. 23). Deux géologues sont morts et l’agent Crott a disparu à Naples, il va falloir enquêter : direction le sud de l’Italie avec Naples et le Vésuve.

Lucifer Box est un personnage incroyable, artiste impertinent, dandy, aussi sûr de lui que Sherlock Holmes ! Et, s’il habite au 9 Downing Street, une adresse mythique, c’est parce qu’il a hérité la maison de ses ancêtres (qui possédaient tout le quartier auparavant). « Vous allez sans doute me traiter de crâneur, mais après tout, il faut bien que quelqu’un y habite. » (p. 26). Il est loyal envers son pays et « ne recule devant nul sacrifice quand il s’agit de rendre service au roi et à la Couronne. » (p. 163) [C’est peut-être le roi Édouard VII (règne de 1901-1910) ou le roi George V (règne de 1910-1936) : je pense que l’histoire se situe au début des années 1900, sûrement avant la Première guerre mondiale, puisqu’il est dit dans le roman « Après tout, on n’était plus au XIXe siècle. » (p. 91)] et il est très coquin : « Ne vous méprenez pas, chers lecteurs, je sais apprécier une petite pipe de temps en temps, mais comme l’a dit Gengis Khan, c’est un plaisir à consommer avec modération. » (p. 225). Non mais, de quoi pensiez-vous qu’il parlait ? D’une pipe d’opium ! J’aime beaucoup lorsqu’il s’adresse aux lecteurs, j’ai bien ri.

Un humour tout britannique donc, rien qu’avec les noms des personnages : bon Lucifer Box ce n’est déjà pas banal, mais il y a Jocelyn Crott, Everard Supple, Eli Verdegris, Frederick Scallop, Christopher Miracle, Bizarre Beagle, Charles Jackpot, Bella Bok, Crétacé Nonhomme… qui permettent des jeux de mots amusants.

La première partie du roman se déroule à Londres, elle est plutôt mystery, historique et espionnage, la deuxième partie se déroule à Naples et là, on est plus dans le côté science-fiction, steampunk. « Ce procédé, M. Box, c’est l’avenir ! Un monde nouveau, fait de machines et d’automates ! Nous contrôlerons les flots de magma de toute la planète. Une fois que le monde aura assisté à la destruction de Naples, les chefs d’État se bousculeront pour nous donner tout ce que nous voulons ! » (p. 255). Vaste et dangereux programme ! Et une très chouette lecture, je me suis laissée emporter, j’ai voyagé (Naples, Pompéi), j’ai eu chaud (Vésuve), j’ai frissonné, je n’ai pas pu lâcher le livre alors je l’ai lu en une journée (bon, j’ai pris un petit goûter quand même !) et j’ai hâte de lire la suite !

Un mot que je ne connaissais pas : sidérodromophobie (p. 99), c’est un terme médical pour la peur irraisonnée de prendre le train. Je ne suis pas touchée, j’aime beaucoup prendre le train, par contre je n’aime pas les retards qui font rater une correspondance mais ça ce n’est pas une phobie…

Une lecture que je mets dans les challenges British Mysteries, Littérature de l’imaginaire, Mois anglais, Polar et thriller, Rentrée littéraire janvier 2018 (pour l’édition en poche que j’ai lue), S4F3 #4, Vapeur et feuilles de thé et Voisins Voisines 2018. Je la mets aussi dans le Défi 52 semaines 2018 pour le thème « chaleur » (#26) : à la lecture de ce roman, faites attention de ne pas revivre ce qu’ont vécu les habitants de Pompéi !

Je ne recopie jamais la 4e de couverture sauf s’il y a une très belle phrase ou une citation. Là, ce sont deux belles phrases / citations qui donnent vraiment envie de lire le roman : « Imaginez Oscar Wilde installé dans une chaise longue avec, dans une main, une cigarette hors de prix, et dans l’autre, Le Club Vesuvius, plié de rire à la lecture de ce petit chef-d’œuvre. Tout est dit. » The Times Literary Supplement. « Impossible d’imaginer un début littéraire plus délicieux, plus décadent, plus macabre, plus inventif et plus hilarant que celui-ci. J’en redemande ! » Stephen Fry.