Mois espagnol et Mois italien

En mai, deux pays sont mis à l’honneur par deux charmantes blogueuses que je suis depuis des années.

Vu que pratiquement la moitié du mois de mai est passée…, il était temps que je publie mon billet d’inscription !

Le Mois espagnol, c’est avec Sharon du blog Des livres et Sharon : infos, logo et inscription chez Sharon + dépôt des liens. À noter que, pour cette 3e édition, l’Espagne est bien sûr à l’honneur mais aussi tout le monde hispanique (Amérique du Sud).

Le Mois italien, c’est avec Martine du blog Les lectures de Martine : infos, logo et inscription chez Martine + billet de lancement officiel avec un programme (facultatif) et d’autres logos (ci-dessous) + groupe FB. À noter que Martine, prenant le relai d’Eimelle (qui l’organisait en octobre), a préféré le mois de mai pour cette 3e édition.

Mes billets hispaniques : …

Mes billets italiens : …

La sonate oubliée de Christiana Moreau

La sonate oubliée de Christiana Moreau.

Préludes, janvier 2017, 255 pages, 15,60 €, ISBN 978-2-25310-781-1.

Genres : littérature belge, premier roman, roman historique.

Christiana Moreau est peintre, sculptrice en terre cuite et La sonate oubliée est son premier roman. Plus d’infos sur son blog, Journal d’atelier, et sur son site d’artiste.

D’un côté, notre époque avec Lionella Petrella, une adolescente belge qui vit à Seraing. « Mon professeur de violoncelle m’a inscrite au concours Arpèges… Un concours prestigieux qui s’adresse aux meilleurs étudiants, avec un jury très exigeant, des musiciens de haut niveau… » (p. 15). « Je ne veux pas d’un morceau que tout le monde joue, c’est du réchauffé, c’est banal ! » (p. 25).

Sur une brocante, Kevin son meilleur (et seul) ami, trouve un coffret en métal avec un cahier, une partition musicale « sonata per violoncello » et une « médaille en cuivre ou en bronze à forme bizarre, ou plutôt une demi-médaille, comme si quelqu’un s’était amusé à la scier. » (p. 28) et achète le tout pour… 5 € ! « On dirait du Vivaldi… Une sonate de Vivaldi que je ne connais pas… Il faut que je déchiffre, que je travaille. Je pourrais jouer peut-être jouer cette sonate pour le concours ! Je suis sûre que je serais la seule à l’interpréter ! » (p. 33).

De l’autre côté, Venise au XVIIIe siècle avec le journal d’Ada, née le 5 décembre 1705 et abandonnée à la Pietà. « Au commencement du monde, le silence. Puis vient l’harmonie, source de la musique. » (p. 39). En 1723, Ada est l’élève de Vivaldi, surnommé le prêtre roux, qui lui commande un violoncelle chez son luthier, Matteo Goffriller. « On me remit un violoncelle si précieux, si cher que j’osais à peine le toucher. » (p. 41). Lors d’une rare sortie de la Pietà, Ada rencontre le comte Charles Sétil de Fays, un jeune Liégeois, tombé sous son charme musical, et s’éprend de lui.

Avec Lionella, le langage est moderne, actuel alors qu’avec Ada, le langage est plus soigné pour correspondre à son époque. Ce n’est pas un tour de force mais c’est à signaler car le roman est bien construit et joliment mené !

« Elles étaient unies par une passion commune. » (p. 50). La passion de la musique, du violoncelle, l’âme de la musique, du violoncelle. Mais, au XVIIIe siècle, les filles n’ont pas le droit de jouer et de chanter en public, elles sont donc « dissimulées derrière une grille de fer » (p. 61).

Kevin est différent : élevé par une mère ouvrière, un frère aîné fainéant et violent, il aime la musique classique et l’Art.

Ce roman est à la fois un roman (historique) contemporain avec le passé ouvrier de Seraing, ville extrêmement polluée (ainsi que la Meuse qui la traverse) par la sidérurgie, les produits chimiques, les métaux lourds, les pesticides… En plus il y a une centrale nucléaire ! Christiana Moreaux connaît bien cette ville puisqu’elle y est née, qu’elle y a grandit et qu’elle y vit.

Et un roman historique car le lecteur apprend énormément de choses non seulement sur la musique et le violoncelle mais aussi sur Venise, son Carnaval (qui durait plusieurs mois), les masques, les chansons des bâteliers…

Quelques extraits

« Qui étais-je pour prétendre à la composition ? A-t-on jamais vu une pauvre orpheline se monter la tête avec autant de suffisance ? Quelle vanité s’était emparée de moi, petite chose insignifiante à la charge de la charité de la république de Venise ? » (p. 127).

« Personne ne se souviendra que je suis passée sur cette terre comme un souffle de vent léger. Mon histoire, consignée dans ces pages, est tout ce qui restera de moi. » (p. 165).

« Cette histoire vieille de presque trois cents ans lui chavirait le cœur. C’était comme si une amie intime se perdait dans le chagrin, et qu’elle ne pouvait rien pour elle. » (p. 185).

« C’est pour mes grands-parents que cela fut sûrement le plus difficile ; quitter le soleil de leur Italie natale pour s’enfermer dans la morosité de ce quartier d’émigrés dont les notables belges ne voulaient plus… » (p. 208).

J’ai reçu ce beau roman dans le cadre des 68 premières fois 2017 et je remercie Nelly B. de me l’avoir envoyé. Il entre aussi dans les challenges Défi Premier roman 2017, Un genre par mois 2017 (en mars, c’est historique), Voisins Voisines 2017 (Belgique) et Rentrée littéraire janvier 2017 de MicMélo.

Attentat contre le Saint Suaire de Laura Mancinelli

attentatsaintsuaireAttentat contre le Saint Suaire de Laura Mancinelli.

La fosse aux ours, mai 2001, 137 pages, 13,50 €, ISBN 2-912042-36-4. Attentato alla Sindone (2000) est traduit de l’italien par Patrick Vighetti.

Genres : littérature italienne, roman policier.

Laura Mancinelli est née le 18 décembre 1933 à Udine et je découvre qu’elle est morte le 7 juillet 2016 à Turin. En 1956, elle sortait diplômée en Lettres modernes (littérature allemande) de l’Université de Turin. Elle était professeur universitaire, traductrice, auteur en particulier de romans historiques, médiéviste et germaniste : assurément de la matière pour ses romans ! Son œuvre : de nombreux romans et nouvelles, des histoires pour enfants, des essais et des ouvrages sur la littérature allemande.

Ce vendredi soir d’avril, après sa semaine de travail, Carmine Bauducco, professeur d’histoire des religions au Palazzo Nuovo (l’Université des lettres et sciences humaines de Turin), s’apprête à continuer de lire son édition latine des œuvres de Denys l’Aréopagite mais une odeur de fumée le dérange : la coupole Guarini est en feu ! « Ce que lui montra le journal télévisé le glaça au plus profond de l’âme. Un brasier immense et furieux dévorait la chapelle du Saint-Suaire, au sommet de la Cathédrale. » (p. 14). Après avoir réfléchi toute la nuit, Carmine Bauducco est sûr que l’incendie n’est pas accidentel mais criminel. Il pense qu’une organisation a voulu détruire la précieuse relique ou que l’incendie masque le vol de la relique. Il va enquêter avec une jeune collègue chargée de recherches en philologie germanique, Priscilla Pampieri, et un voisin journaliste à La Stampa, Ciro Cerfoglio.

un-mois-un-editeurLa fosse aux ours (site toujours pas à jour…) a édité quelques romans policiers. Attentat contre le Saint Suaire est un d’entre eux. Ce n’est pas un grand roman policier mais il est bien agréable à lire et le lecteur apprend pas mal de choses sur Turin et son patrimoine, c’est ce qui est le plus intéressant. Les personnages ont chacun leur caractère et sont complémentaires ; il y a quelques moments amusants, en particulier avec Camilla et son horrible chien nommé Napoléon.

ThrillerPolar2016-2voisinsvoisines2017Une petite lecture sympa que je mets vite, avant la fin du mois, dans Un mois, un éditeur et dans Polars et thrillers et Voisins Voisines 2017.

Interview de Jean-Marc Ceci

monsieurorigamiMon coup de cœur de l’année 2016, c’est Monsieur Origami de Jean-Marc Ceci, un (premier) roman… parfait ! Si, si, je vous assure ! J’ai alors eu l’idée de contacter l’auteur pour lui demander s’il m’accorderait une interview sur le blog et… tadam, quelle joie, quel honneur ! J’espère que pour terminer l’année, ça vous fait plaisir. Nota : au début, je n’avais pas numéroté mes questions mais le document est long c’est pourquoi j’ai choisi de les numéroter et j’ai mis les réponses de Jean-Marc Ceci en couleur.

Jean-Marc Ceci, bonjour et merci d’avoir accepté de répondre à cette petite interview pour mon blog !

1. Monsieur Origami est mon roman coup de cœur 2016 (quelle finesse et quelle profondeur dans ce roman qui paraît pourtant simple !) et je sais que de nombreux blogolecteurs l’ont aussi beaucoup apprécié ; quel(s) effet(s) cela vous fait ?

Bonjour PatiVore.

Je vous remercie pour vos gentils mots.

Je suis très touché par ce qui m’arrive, j’en mesure l’importance et le côté extraordinaire.

Je suis en train de vivre la consécration d’une intention que j’ai depuis mon adolescence. J’y ai pensé en secret chaque jour et chaque nuit pendant plus de vingt ans. Je ne l’avais jamais révélée jusqu’à l’envoi de mon manuscrit. Monsieur Origami est le premier que j’envoie à un éditeur : j’ai estimé que le temps était venu.

2. Vous reliez dans ce roman plusieurs choses qui me touchent : un Japonais (j’ai vécu au Japon et c’est un pays qui me fascine), la Toscane (j’adore l’Italie, c’est pour moi le pays du romantisme), la chatte Ima (j’adore les chats) et le temps (source perpétuelle d’interrogation). Voici mes questions :

2-a. J’ai trouvé que vous connaissiez bien le Japon et ses traditions (washi, origami, thé, arts martiaux…) ; avez-vous été au Japon ou avez-vous écrit ce roman « à l’aveugle », au feeling ?

Ma passion pour le Japon remonte à mon enfance. Je ne peux pas expliquer pourquoi. C’est en moi. J’ai toujours été fasciné par la construction de la mentalité, de son for intérieur, la recherche de la sagesse, la spiritualité silencieuse qui entoure les gestes du quotidien. J’ai toujours voulu chercher à cultiver cet état d’esprit en moi.

Adolescent, j’ai pratiqué les arts martiaux avec un homme extraordinaire qui a beaucoup compté pour moi. J’ai eu beaucoup de chance de le rencontrer. Je peux dire que pas un jour ne se passe sans que je ne pense à lui encore aujourd’hui. La pratique du karaté, puis de l’aïkido, m’a nourri et est restée en moi.

Les phrases m’ont en partie été inspirées de l’efficacité des gestes courts et précis des arts martiaux.

2-b. Vous avez la double nationalité, italienne et belge : quelle(s) relation(s) avez-vous avec votre patrie d’origine ?

Je suis fier d’être belge et je suis fier d’être italien. Il y a en moi un peu des deux cultures. J’ai encore de la famille en Italie avec qui je garde contact.

Je suis issu de l’immigration. Mes grands-pères ont émigré en Belgique et ont travaillé dans les mines. Je ne les ai malheureusement pas connus. La Belgique est le pays d’accueil de toute ma famille et m’a offert la nationalité belge lorsque j’étais adolescent. Ma double nationalité reflète à la fois mes origines et mon présent.

2-c. Aimez-vous les chats ? En avez-vous ? Si oui, vous ont-ils inspiré pour le travail de réflexion et d’écriture ?

Le chat – et les félins en général – est l’animal auquel je me suis toujours identifié. Adolescent, j’ai été scout et j’y ai reçu le totem de Lionceau. On ne choisit pas son totem, je l’ai donc reçu avec joie.

La présence de la chatte Ima était nécessaire dans l’histoire. Je la voulais discrète, mais présente, comme le sont les chats. Je suis d’autant plus content d’avoir ajouté ce personnage qu’il est l’évocation personnelle de ma propre chatte, l’animal de compagnie de mon enfance. Je l’aimais beaucoup.

Dans le roman, la chatte apparaît pour équilibrer l’histoire. Elle s’approche des êtres auprès desquels elle entend obtenir quelque chose, elle s’en éloigne lorsqu’elle est repue des êtres, elle vit en paix, elle rappelle Kurogiku au calme. C’est sans doute le seul personnage qui a tout compris : il se fait dorloter et il dort – et lorsqu’il dort, il ronronne. C’est à peu près tout.

2-d. Quant au temps (quel beau projet de le déplier !), avez-vous cette notion plus cyclique que linéaire qu’ont les Bouddhistes ?

Je vois le temps comme l’espace. Ni le temps ni l’espace ne sont linéaires. Ils occupent tout. Mais nous, humains, ne pouvons faire les choses qu’en séquences, nous sommes ainsi faits. Nous nous déplaçons sur une ligne : même si nous savons que l’espace est infini, nous ne pouvons en occuper qu’un seul point à la fois. Il en va de même du temps, je pense. Il est déjà parti, il n’est pas encore advenu, et tout cela en même temps. Mais nous, humains, ne pouvons nous positionner qu’en un seul point à la fois qui s’appelle le présent. Nous sommes en ce lieu, mais nous savons qu’il existe d’autres lieux où nous ne sommes pas. Je dirais également que nous sommes en ce moment, mais nous savons qu’il existe d’autres moments où nous ne sommes pas. Mais ils sont là.

3. En lisant Monsieur Origami, j’ai ressenti des similitudes avec les écrits de Cédric Villani en particulier dans le style (épuré) et le choix des mots (précis) comme si, malgré toute la poésie de ce roman (qui ressemble à un haïku géant !), vous l’aviez rédigé en scientifique, de façon mathématique : était-ce calculé ? (sans jeu de mot !).

Dans ce ton « mathématique » ou « scientifique », comme vous dites, j’y vois le ton coupé et sec d’un geste d’art martial, comme je le disais plus haut. Dans un coup, une position, un kata, il y a une esthétique compatible à leur efficacité, qui leur est nécessaire même.

Ce ton n’était pas calculé car, à partir du jour où j’ai eu l’idée de ce roman, il m’a fallu deux ans avant de le trouver. J’avais en tête la relation difficile et emplie de non-dits entre les deux personnages – Kurogiku et Casparo – mais je ne trouvais pas le ton qui traduisait ce que je ressentais de l’intérieur. Alors j’ai mis cette histoire de côté tout en la surveillant du coin de l’œil. Un jour, deux ans plus tard, j’ai senti le ton qui me semblait devoir être utilisé. À ce moment, j’ai écrit très vite, dans un sentiment d’urgence, de peur de perdre la petite musique. J’ai essayé de mettre sur papier les mots comme les notes de musique du ton que je voulais donner à l’ensemble.

J’ai coupé avec une paire de ciseaux dans la tête tous les mots qui faisaient trop de bruit. J’ai essayé de faire paraître les émotions qui traversent les personnages et les vérités de l’histoire au moyen de la combinaison des éléments factuels. Je voulais laisser le lecteur induire et reconstruire lui-même ce qui était en train de se passer.

4. À une personne qui me disait « Je n’ai pas le temps de lire », j’ai répondu « Lis-le et tu verras que tu auras le temps de prendre le temps ! » et effectivement, elle a lu Monsieur Origami et l’a énormément apprécié. Que représente pour vous le temps ? Le « manque » de temps ? Pensez-vous qu’il prend trop de place dans nos vies ?

Je reprends les similitudes entre le temps et l’espace.

De quoi est-on disposé à se débarrasser par manque de place chez soi ? Quel sacrifice est-on prêt à faire si ce sacrifice sert à la création d’un espace nécessaire à une réalisation qui nous tient plus à cœur encore ?

J’utilise ce même état d’esprit pour le temps. Plus que « prendre » le temps, je pense qu’il est question de « reprendre » le temps à ce qui nous le vole, ou prendre « son » temps.

Il pleut, il neige, il fait froid, cela n’arrête pas le coureur à pied ou cycliste. Car ce qu’ils font n’est pas courir ou pédaler. Courir ou pédaler n’est que le moyen d’atteindre un objectif. Ils le font pour une raison (se détendre, oublier, se dépasser, se prouver). Les conditions ne sont jamais idéales. La vraie question pour moi est la suivante : le temps étant ce qu’il est, comment est- ce que je décide de m’y adapter et d’avancer, malgré tout.

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Source : Facebook de Jean-Marc Ceci

5. En parlant de temps, vous êtes un jeune auteur proche de la quarantaine : écrire vous est-il venu comme ça « sur le tard » ou écrivez-vous pour vous depuis plus longtemps ?

J’écrivais pour moi depuis longtemps, caché. Comme une activité interdite ou inavouable, mais surtout parce que le résultat était médiocre, et ne méritait rien d’autre que de rester caché. Il m’était donc inutile d’en parler. Je savais qu’un jour il me faudrait bien sortir de cette sorte d’impasse qui consistait à cacher ce qui, dans la vie, me tenait à cœur. Cela a pris du temps pour que je me décide à m’ouvrir et assumer les conséquences, qu’elles soient heureuses ou douloureuses. Entre-temps j’ai vécu d’autres expériences qui m’ont nourri aussi. C’est ainsi. Monsieur Origami est le premier que j’envoie à un éditeur : j’ai estimé que j’étais enfin prêt, que le temps était venu. Alors je l’ai envoyé. Cela faisait 10 ans que je savais la personne à qui je voulais l’envoyer : Guy Goffette. Je ne le connaissais pas du tout, mais sa plume me touche au plus profond. C’est à lui que j’ai envoyé mon manuscrit. Aujourd’hui il est mon éditeur, et j’en éprouve une grande fierté. C’est une chance extraordinaire.

6. Après la lecture de Monsieur Origami, un ami a dit qu’il le pensait trop bien écrit, trop scientifique, que ça frisait l’imposture (sic) ; que voudriez-vous lui répondre ?

Je n’ai pas vraiment de réponse car je ne vois pas vraiment de question, mais plutôt une opinion. Je suis qui je suis et j’ai écrit ce que j’ai écrit, c’est tout ce que je peux dire.

7. J’espère que vous accepterez de partager avec mes lecteurs et moi quelques infos :

7-a. Quels écrivains appréciez-vous et conseilleriez-vous ?

J’aime Alessandro Baricco, Guy Goffette, JMG Le Clézio, Italo Calvino, Stefano Benni, Charles Dickens, Luigi Pirandello, Antoine de Saint-Exupéry, Daniel Pennac, Jacqueline Harpman, Maurice Maeterlinck, Sylvie Germain, John Steinbeck, John Kennedy Toole, Nietzsche… Je me nourris d’histoires et de styles très divers. Si j’étais nutritionniste, je dirais qu’il est bon d’avoir une alimentation littéraire variée. Je ne conseille rien d’autre que cela.

7-b. Que lisez-vous en ce moment ?

De l’inconvénient d’être né, de Cioran. Ensuite, je commence Les Luminaires, d’Eleanor Catton.

7-c. Un livre qui vous est récemment tombé des mains ?

Le dernier qui m’est vraiment tombé des mains est Guerre et Paix, je pense. C’était il y a très longtemps. Le moment était mal venu, car je l’avais emporté lors de mon voyage de noces ! Je n’avais donc pas la tête à ça. Depuis, cela ne m’arrive quasiment jamais. J’attends d’être prêt avant de lire un roman. Si j’évoque et me souviens de Guerre et Paix, c’est que le souvenir m’a marqué. Je sais que je le lirai. Cela prendra peut-être un an ou vingt.

7-d. Un artiste musical que vous appréciez ?

Chopin, Bach, Vivaldi, Mozart.

7-e. Un artiste (peinture, dessin…) que vous appréciez ?

Léonard de Vinci, Dali, Jérôme Bosch, Miro, les peintres flamands.

7-f. Vos coups de cœur 2016 ?

J’ai toujours été en retard de plusieurs années dans mes lectures, alors je répondrai à cette question dans quelques années.

Cette année, j’ai découvert et dévoré Cioran avec Syllogismes de l’amertume.

8. Autre chose que vous souhaiteriez ajouter ?

Je vous remercie pour vos questions.

À dix-huit ans, je suis tombé par hasard sur les 10 conseils d’Hemingway aux écrivains. J’aime bien les relire, de temps en temps. Les voici :

Soyez amoureux.

Crevez-vous à écrire.

Fréquentez les écrivains du « Bâtiment ».

Ne perdez pas votre temps.

Écoutez la musique.

Regardez la peinture.

Lisez sans cesse.

Ne cherchez pas à vous expliquer.

Écoutez votre bon plaisir.

Taisez-vous.

9. Et la dernière question : un deuxième roman en projet ? (j’espère que oui !).

Oui.

[Excellente nouvelle ! Mais zut ! J’aurais dû demander s’il lui était possible de donner un thème, un topo, un titre, une date de parution… Tant pis, il faudra patienter !]

Jean-Marc Ceci, encore merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et surtout merci pour ce magnifique Monsieur Origami !

Merci à vous, PatiVore. Cela m’a fait plaisir.

Quel bonheur, cette interview ! Les réponses de Jean-Marc Ceci sont simples mais argumentées. Même sa réponse à la question 6 quand on pense au conseil de Hemingway : « Ne cherchez pas à vous expliquer ». Et quand je parle de simplicité, ce n’est pas péjoratif, c’est en fait dans les sens de sans fioritures et de façon sincère et généreuse. Ses réponses m’ont enrichie, touchée, émue, j’ai vraiment hâte de lire le deuxième roman ! Mais en attendant, mon dernier conseil de l’année, c’est : lisez Monsieur Origami, ce roman est magnifique, profond, émouvant, je ne taris pas d’éloges mais je ne veux pas en faire trop et que vous vous détourniez…  Et puis, vous pouvez bien sûr aussi piocher dans la belle liste d’auteurs qu’il aime lire. Vous pouvez suivre Jean-Marc Ceci sur FB.

Sur ce, passez de bonnes fêtes de fin d’année et je vous dis à l’année prochaine, c’est-à-dire à demain !

Monsieur Origami de Jean-Marc Ceci

monsieurorigamiMonsieur Origami de Jean-Marc Ceci.

Gallimard, collection Blanche, août 2016, 159 pages, 15 €, ISBN 978-2-07019-772-9.

Jean-Marc Ceci naît en 1977 en Belgique. Il est fasciné par le Japon et ses traditions (origami, calligraphie, thé, arts martiaux…). Monsieur Origami est son premier roman.

« Maître Kurogiku est assis. Depuis un peu plus d’une heure maintenant. En position zazen. […] À ses pieds, la chatte Ima ronronne. » (p. 15). Voici comment commence ce roman atypique. À 20 ans, Maître Kurogiku quitte le Japon et part pour la Toscane en Italie. Il s’installe avec ses trois pousses de kôzo (mûrier à papier) dans une maison en ruine où il vit encore 40 ans après. Maître Kurogiku fabrique en fait du papier. « Pas n’importe lequel. L’un des papiers les plus beaux et les plus résistants du monde. Le washi. » (p. 33). Un jour, un jeune homme, Casparo, arrive dans la région et les villageois lui disent d’aller chez Monsieur Origami. À défaut de connaître son nom, « C’est comme cela que tout le monde l’appelle. » (p. 41).

68premièresfois2016Monsieur Origami est un roman d’une grande beauté, d’une grande pureté. Posez-vous, lisez-le tranquillement avec un thé vert japonais, vous allez entendre le silence. Cette lecture est comme un conte philosophique et poétique, une émouvante rencontre entre deux magnifiques personnages, trois finalement, rythmée par les pliages et les dépliages du papier et du temps. D’ailleurs, j’ai été conquise par le parallèle entre origami et temps : « Dépliez votre montre. Dépliez la ligne du temps. » (p. 103).

rentreelitteraire2016Coup de cœur de cette rentrée d’automne car j’ai énormément apprécié ce roman fin et élégant qui montre avec délicatesse comment « Toute beauté a sa part d’ombre. » (p. 141).

Deux extraits pour vous plonger dans Monsieur Origami :

DefiPremierRoman2016« Les règles de l’origami sont simples. Comme souvent, la simplicité de ces règles rend l’exercice de l’art plus compliqué. » (p. 57, Maître Kurogiku).

FeelGood1« Je cherche à concevoir le mécanisme d’une montre qui contiendrait en elle toutes les complications connues et inconnues. Je veux… je voudrais construire la montre qui puisse contenir toutes les mesures du temps. » (p. 76, Casparo).

Une lecture pour les 68 premières fois 2016 que je mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2016, Défi premier roman 2016 et Feel good.

PS du 31 décembre 2016 : mon interview de Jean-Marc Ceci 🙂

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Projet 52-2016 #12

Voici ma douzième participation pour le Projet 52-2016 de Ma et cette semaine, le thème choisi par Ma est voyager.

Je vous présente donc le Val d’Aoste en Italie (idéal si vous ne parlez pas – ou pas très bien – l’italien !). Et j’ai choisi des photos en lien avec Pâques : Église Saint-Étienne (XIIIe – XVIIe siècles) transformée en Musée archéologique régional au-dessus et Cathédrale Notre Dame de l’Assomption (Ve – XIXe siècles) au-dessous.

Je vous souhaite un bon weekend de Pâques et, si vous voulez participer aussi à ce projet photographique sur l’année, allez vite voir Ma !

Projet52-2016-12

Cœurs, soleil et Lambrusco

Dimanche, c’était quand même la Saint-Valentin et, malgré mon texte décalé [lien], je voulais vous montrer quelques photos. Depuis des années, nous mélangeons gaiement la gastronomie italienne et la gastronomie asiatique (chinoise mais pas que) ! Et je vous l’avais dit : je n’étais pas partie les mains vides de l’épicerie italienne samedi [lien]. 😉 Ce Lambrusco blanc délicatement pétillant (et faisant la part belle au raisin et pas au sucre), je l’avais dégusté jeudi dernier à L’oiseau siffleur lors de la rencontre avec Antoine Choplin [lien] et mon homme a été surpris parce que le Lambrusco est plutôt connu en rouge. Pour le soleil en pâte feuilletée, j’avais vu une vidéo (en accéléré…) et ça m’avait bien plu alors j’ai souhaité essayer : vous avez donc ici mon premier soleil feuilleté ! Je craignais que la garniture (sauce tomate et fromage râpé italien) ne coule à la cuisson ou que ça casse (je n’avais pas vraiment la recette) mais aucun problème et franchement, c’était super bon. 🙂 Monsieur veut tenter avec du pesto, miam, j’ai hâte ! Quant au dessert, mascarpone, myrtilles (je ne sais pas si c’est de saison), ramboutan (fruit asiatique de la même famille que le litchi) et amaretti moelleux (ils sont trop bons !), c’était un délice. Bon, ben, ça m’a donné faim tout ça ! 😛

SaintValentin2016-1

SaintValentin2016-2