L’affaire Mayerling de Bernard Quiriny

L’affaire Mayerling de Bernard Quiriny.

Rivages, janvier 2018, 272 pages, 20 €, ISBN 978-2-7436-4228-0.

Genre : littérature belge.

Bernard Quiriny naît le 27 juin 1978 à Bastogne en Belgique. Il est docteur en Droit, professeur universitaire de Droit, critique littéraire, responsable des pages livres dans Chronic’Art, auteur (romans, nouvelles) et lauréat de plusieurs prix littéraires.

Braque et le narrateur se passionnent pour l’immobilier ; ils m’ont bien plu, ils sont ensemble un peu comme des Dupond et Dupont ! Dès le début, je trouve ce roman très amusant. « Le pas de porte d’un immeuble n’est pas un salon de thé. Dans la vraie vie, les voisins de palier se croisent et se saluent à peine. […] De plus […], un autre voisin est occupé à lire un journal sur sa terrasse du premier étage, juste au-dessus de l’entrée. Il entend donc tout ce que raconte les bavards en dessous de lui. À sa place, je ne supporterais pas d’être ainsi dérangé. » (p. 14-15).

À Rouvières, les deux filles Ramut vendent le manoir à la mort de leur mère, à une société espagnole inconnue (CFR) qui va construire un bel immeuble neuf de grand standing. « Ce n’est pas nous qui choisissons l’endroit où nous voulons vivre, c’est l’endroit qui nous choisit. » (p. 43).

Durant la lecture, je ris bien même avec les problèmes d’urbanisme et les termes d’architecture auxquels je ne connais rien ! Il y a toute une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres, dont le personnage principal c’est-à-dire l’immeuble.

« Un nouvel être est né : le Mayerling. 5 000 m² de béton. 300 tonnes d’acier. 150 fenêtres et portes-fenêtres. 300 portes intérieures. 1 500 m² de façade isolée. 200 m² de garde-corps aux balcons. 1 000 plaques de cloison. […] Et une âme noire, cachée là-dedans, dont on ignore la taille et le poids. » (p. 62).

Mais, depuis la construction du Mayerling, le quartier Voltaire est différent. Les habitants de l’immeuble sont bruyants, se disputent de plus en plus, deviennent dingues ; les chiens aboient sans discontinuité ou se laissent mourir, les chats s’enfuient ; il y a des remontées dans la tuyauterie, des odeurs pestilentielles, des fantômes, de la « délinquance inédite […] rarissime au centre-ville » (p. 149), des bagarres, des incivilités routières… Le commissaire Montorgue interrogé par Braque et le narrateur (qui écrit un livre) dit « On aurait cru qu’un aimant à délinquants était posé là. » (p. 150).

Un immeuble peut-il être vivant et en vouloir à ses habitants ? Peut-il « pourrir la vie de ses habitants » (p. 177).

J’aime particulièrement les interrogations (des voisins, des journalistes, de la police…), les différents points de vue sur les habitants (médical, psychosociologique, marxiste, esthétique, artistique) et le côté fantastique. « Que se passe-t-il au Mayerling ? Voici un immeuble magnifique, bien propre et bien blanc, avec tout le confort, protégé par un haut mur ; or, ses habitants le démolissent ; sont-ils donc fous ? » (p. 228).

Ce roman est assurément une charge contre le béton. « La civilisation du béton fait des dégâts irrémédiables. » ( p. 237). Et une réflexion sur la folie des architectes et les malversations des promoteurs immobiliers. L’architecture moderne est-elle réellement habitable pour le bien-être des occupants ?

J’ai repéré une faute (ma petite maniaquerie) : « Ce que nous ne verrez pas » (p. 35).

La plus grande joie des immeubles collectifs… Le bruit ! « Un imbécile, au dernier étage, reçoit ses amis imbéciles. Ils passent des musiques imbéciles, tiennent des conversations imbéciles et font profiter l’immeuble entier de la folle ambiance imbécile qui règne chez eux. » (p. 93) et plus loin « La fête, donc. Dès huit heures. […] les rires, les cris, les objets tombés par terre, […] une armée de soudards avaient pris possession de l’appartement du dessus. » (p. 94). Oh la la, j’ai connu ça, au-dessus, au-dessous, toutes les semaines, et même plusieurs fois dans la semaine surtout en fin de semaine (mais pas que) et bien sûr toute la nuit !

Un grand roman, génial ! L’affaire Mayerling est un roman intelligent, drôle et offre de belles références littéraires. Il est vraiment très original et j’étais presque triste de le finir et de quitter l’univers des personnages et de l’auteur… Je lirai d’autres titres de Bernard Quiriny, c’est certain ! Est-ce que vous connaissez cet auteur ? Avez-vous un (ou des) titre(s) en particulier à me conseiller ?

Une excellente lecture que je mets dans Littérature de l’imaginaire et Voisins Voisines (Belgique).

Le sous-marin de papier de Werner Lambersy et Aude Léonard

Le sous-marin de papier de Werner Lambersy et Aude Léonard.

Møtus, collection Pommes Pirates Papillons (n° 28), 3e trimestre 2017, 72 pages, 10,90 €, ISBN 978-2-36011-172-8.

Genres : poésie, photographie, jeunesse.

Werner Lambersy naît le 16 novembre 1941 à Anvers (Belgique). Il est poète : plus de 70 recueils de poésie dont certains illustrés et de nombreux prix littéraires. Plus d’infos sur son site officiel, http://evazine.com/wlam/wlam.htm.

Aude Léonard est illustratrice et photographe. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.audeleonard.fr/.

Le sous-marin de papier est un livre de poésie et de photographies (en noir et blanc) pour la jeunesse. C’est un beau livre objet et les poésies sont agréables à lire ; elles abordent le thème de la vie, la nature, sur le ton de l’humour – et de façon presque surréaliste – pour montrer aux jeunes que tout peut être jeu et imagination.

Mes poèmes préférés

« Tu adores battre en neige / Les nuages / Sortir du four meringues / Et chouquettes / Jeter l’huile sur l’orage / Pour écouter / Crépiter la friture / De la pluie / Dans la poêle des tuiles » (p. 6).

« La nuit / Tous les chats sont partis / Le bol de lait / De la lune / Est vidé très rapidement / Puis ils mettent / Les pattes / En poche et s’envolent » (p. 46).

« Les autos vont et viennent / Sans trouver la sortie / Toi tu rêves / Le soleil / Est le dernier feu rouge / Avant l’horizon » (p. 65).

Celui-ci, je l’aime bien pour la photo qui l’accompagne (ci-dessus). « Un petit vélo court / Dans ma montre poignet / Parfois / Ça monte dur / Parfois ça descend vite / Ça dépend » (p. 40).

Une jolie lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #8 et Petit Bac 2018 (catégorie Déplacement, moyen de transport).

La vraie vie d’Adeline Dieudonné

La vraie vie d’Adeline Dieudonné.

L’iconoclaste, août 2018, 270 pages, 17 €, ISBN 978-2-37880-023-9.

Genres : littérature belge, premier roman.

Adeline Dieudonné naît le 12 octobre 1982 en Belgique ; elle vit présentement à Bruxelles. Elle est nouvelliste (Amarula, sa première nouvelle, parue dans le recueil Pousse-café en 2017, remporte le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles), dramaturge (Bonobo Moussaka, 2017) et romancière (La vraie vie, son premier roman, remporte le Prix Première Plume 2018 et le Prix du roman Fnac 2018). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.adelinedieudonne.com/.

Première et deuxième pages, je suis horrifiée par ce père de famille chasseur qui pose fièrement sur les cadavres des animaux sauvages (souvent protégés) qu’il a abattus et qu’il a triturés pour avoir des trophées comme une défense d’éléphant par exemple. En plus, il garde les cadavres empaillés des animaux dans une chambre spéciale de sa maison. Le genre de sale type qu’on devrait buter d’office ou qui devrait se faire écrabouiller et bouffer par un des animaux qu’il chasse (si toutefois il est comestible…). Je ne donne pas cher de la peau de ce roman si l’autrice continue avec ce minable colérique qui n’aime que la chasse, « la télé et le whisky » et qui traite sa femme comme « un ficus » : « Ma mère, elle avait peur de mon père. » (p. 11)…

Et puis, je laisse emportée par ce roman ! La narratrice (on ne saura pas son prénom) est la fille de ce barbare, elle a 10 ans, et son petit-frère, Gilles, en a 6. « Il riait tout le temps, avec ses petites dents de lait. Et, chaque fois, son rire me réchauffait, comme une minicentrale électrique. […] Le rire de Gilles pouvait guérir toutes les blessures. » (p. 18). Mais, après un terrible accident, un été dans les années 90, Gilles n’est plus le même. « Le regard fixe et la bouche entrouverte, il m’a suivie comme un somnambule. » (p. 36). Gilles ne parle plus, ne mange plus… « J’essayais de le distraire. Il me suivait comme un robot docile, mais il ne vivait plus à l’intérieur. » (p. 47). La fillette rêve d’une machine à remonter le temps pour que tout ça n’ait pas lieu. Mais il n’est pas possible de créer une telle machine et Gilles va devenir un enfant cruel, « un serial killer. Le Jack l’Éventreur des chats […] » (p. 111). « Je crois qu’en réalité, il ne ressentait presque plus rien. Sa machine à fabriquer les émotions était cassée. Et le seul moyen d’en ressentir était de tuer ou de torturer. » (p. 161). Un jour, après une nuit horrible, la mère dit deux fois à sa fille « Gagne de l’argent et pars. » (p. 208 et 209).

J’ai lu en 2017 deux romans parus chez L’iconoclaste, tous deux parlent de l’enfance : Neverland de Timothée de Fombelle qui fut un coup de cœur et Ma reine de Jean-Baptiste Andrea que je n’ai pas du tout aimé (c’est pour ça que ma note de lecture a traîné…). La vraie vie – qui parle aussi de l’enfance – se situe, à mon avis, entre les deux : j’ai aimé mais ce n’est pas un coup de cœur. Plutôt un roman coup de poing car quelle histoire atroce ! Cinq ans d’horreur ! Mais, mieux vaut la fiction qu’une histoire réelle dans la vraie vie ! La vraie vie est un roman initiatique puissant, intense, avec une pointe de mystère voire de fantastique et de suspense, presque un conte macabre ; le style est maîtrisé, ciselé, subtil et je ne regrette pas d’avoir poursuivi ma lecture malgré la haine que j’éprouvais pour ce brutus des temps modernes. À lire mais âmes sensibles, s’abstenir !

Un roman pour 1 % Rentrée littéraire 2018, Challenge de l’épouvante (franchement, on peut facilement le mettre dans ce challenge !), Challenge de l’été 2018 et Voisins Voisines 2018 (Belgique).

De cuivre et d’ambre de Dominique Warfa

De cuivre et d’ambre de Dominique Warfa.

In Le Novelliste #1, novembre 2017, 208 pages, 12 €. Pages 10 à 39, 3 illustrations en noir et blanc de Christine Luce, nouvelle écrite pour Le Novelliste en juin 2017.

Genres : littérature belge, nouvelle, science-fiction.

Dominique Warfa naît le 30 avril 1954 à Liège (Belgique). Il étudie les Lettres et l’histoire de l’Art. Il est écrivain depuis les années 70 (nouvelles plutôt science-fiction, essais), critique littéraire et aussi informaticien. Plus d’infos sur sa page FB.

« Cet été-là, nous avons tué une petite fille. C’était en 1963, je venais d’avoir dix ans, et Simon, mon compagnon de jeu, en comptait à peine onze. » (p. 10, premières phrases). Petit citadin, Théo, le narrateur, passe ses vacances d’été chez des cousins à la campagne. Il aime la lecture et l’aventure, il est curieux, a beaucoup d’imagination et a « accumulé à Pairemont de nombreuses découvertes sur la vie, l’univers et le reste… » (p. 12). Son imagination galopante lui fait imaginer tant de choses pour se divertir, un sous-marin, une fusée, des espions, des êtres étranges… ! « Ce fut l’été de toutes les surprises – des aventures les plus incroyables. Et en définitive les plus tragiques. » (p. 17).

Une nouvelle parfaitement équilibrée avec, pour le lecteur, la découverte des personnages, des lieux, l’aventure, le suspense, la montée en puissance et puis le silence et la culpabilité, parfois ce sont ces choses qui forgent une vie. Dominique Warfa est un excellent novelliste, je vous le conseille (même s’il y a parfois des mots belges qu’un Français a du mal à comprendre, vous saviez qu’un colon c’est un pigeon ?).

Je vous avais déjà un peu parlé de Le Novelliste édité par l’association Flatland (basée à Tourcoing) : ici (avec Le Vivarium) et ici mais je n’avais pas encore rédigé de notes de lecture sur son contenu (c’est qu’elle était encartonnée avec mes livres). Comme je vous l’avais déjà dit, c’est une belle « revue littéraire de patrimoine et de création », soignée, riche, avec des nouvelles anciennes (patrimoine) et des nouvelles récentes (création) et un roman à suivre en trois parties.

Après le sommaire, l’Ours et un édito genre grosse présentation de 6 pages, De cuivre et d’ambre est la première nouvelle de ce premier numéro. Vous ne trouvez pas que cuivre et ambre, ça sonne un peu steampunk ? Alors, il y a bien une machine et un peu de vapeur mais nous ne sommes pas dans un univers steampunk, nous sommes dans la campagne ardennaise belge au début des années 60 et il vous faudra lire cette nouvelle pour savoir ce qui est arrivé à Sylvie, une gamine de six ans qui voulait absolument jouer avec les deux garçons, et à quoi correspondent le cuivre et l’ambre !

Par contre, Le Novelliste #2 qui était d’abord annoncé pour mai 2018 est repoussé à septembre 2018 (info ici et ici), c’est normal quand on fonctionne avec une toute petite équipe, il faut tout faire et ce n’est pas facile, mais je félicite Leo pour son excellente idée et son excellent travail pour Le Novelliste #1. J’attends le #2 avec impatience mais le temps d’attente me permet de continuer ma lecture du #1 😉

Une lecture pour La bonne nouvelle du lundi (Martine, je sais que la SF n’est pas ta tasse de thé mais c’est une incroyable nouvelle) que je mets dans le Challenge de l’été et dans le S4F3 #4 (j’y mets le volume complet, 208 pages, et je rajouterai les autres liens au fur et à mesure de mes lectures) ainsi que dans Littérature de l’imaginaire.

Nos mères d’Antoine Wauters

Nos mères d’Antoine Wauters.

Verdier, janvier 2014, 148 pages, 14,60 €, ISBN 978-2-86432-745-5.

Genre : littérature belge.

Antoine Wauters naît à Liège (Belgique) le 15 janvier 1981. Il est écrivain et scénariste. Précédemment publiés : Debout sur la langue (Maelström, 2008) et chez Cheyne éditeur : Césarine de nuit (2012), Ali si on veut avec Ben Arès (2012) et Sylvia (2014).

Au Proche-Orient, un père vient de mourir à la guerre ; sa jeune veuve, prisonnière de ses souvenirs, cache leur fils, Jean, au grenier, pour le protéger. Jean est livré à lui-même, à la solitude, à l’ennui, au manque d’amour… Puis Jean est recueilli par Sophie, en Europe. Saura-t-il faire face à sa nouvelle vie et se (re)construire ?

Ce roman a reçu deux prix : Prix Première de la RTBF 2014 et Prix Révélation de la SGDL 2014 mais je l’ai trouvé très « dur » et, pourtant, il ne m’a pas émue plus que ça… J’ai quand même noté quelques extraits :

« diluer nos souffrances en fragmentant nos vies. » (p. 9).

« Chaque fois les mêmes mots. Ils montent et viennent à nous. Du bas de leur détresse, du début de la folie, ils nous rejoignent. » (p. 13).

« Le soir, elles baignent dans la lumière presque orangée qu’il y a ici sur les hauteurs, dans ce village de petite taille et de petite montagne que nous n’allons jamais quitter, dit-on. » (p. 35).

« Ils existent. Ce sont les enfants de la ruine et de l’oubli. » (p. 37).

« Autant vous le dire : je n’ai pas la moindre idée de ce que je fais là, je veux dire ici dans ce village d’Europe encore plus minuscule que le nôtre, et tellement pluvieux, plus froid, si vous pouviez voir ça. » (p. 71).

« Quelque chose ne va pas chez Sophie. Je le vois bien, quelque chose cloche. » (p. 101).

« Les fils mentent mais les mères aussi. » (p. 125).

Avez-vous lu ce roman ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Ai-je raté quelque chose ?

Avec un peu de retard pour le Défi littéraire de Madame lit (avril = littérature belge) et pour le challenge Voisins Voisines 2018 (Belgique).

Les larmes du seigneur afghan de Campi, Zabus et Bourgaux

Les larmes du seigneur afghan de Campi, Zabus et Bourgaux.

Dupuis – Aire Libre, mai 2014, 80 pages, 16,50 €, ISBN 978-2-8001-58-46-4.

Genre : bande dessinée documentaire.

Thomas Campi, né le 8 décembre 1975, est un dessinateur italien qui a commencé par la pub. Il a vécu pendant 6 ans en Chine et vit maintenant à Sydney en Australie. Plus d’infos sur http://thomascampi.com/.

Vincent Zabus, né le 8 mai 1971 à Namur, est un scénariste belge. Du même auteur : Agathe Saugrenu, Macaroni !, Le monde selon François.

Pascale Bourgaux est une journaliste française, elle a couvert le Kosovo, l’Irak, l’Afghanistan, le Moyen-Orient, elle travaille pour les médias français et belges, et donne aussi des cours à Sciences Po.

Depuis dix ans, Pascale va régulièrement en Afghanistan. Elle réalise des reportages sur Mamour Hasan, « un seigneur de guerre ouzbek du nord du pays » (p. 8) et les gens de sa maison. Mars 2010, son employeur préférerait qu’elle ne parte pas car le pays devient de plus en plus dangereux. Pascale est cette fois accompagnée de Gary, le caméraman, c’est sa première fois, et comme d’habitude d’un fixeur qui les guidera et leur servira d’interprète. C’est vrai que la situation s’est dégradée en dix ans : Pascale voit la corruption, les bavures et la pauvreté. « Si l’argent de la communauté internationale était dépensé correctement… Aujourd’hui en Afghanistan, il n’y aurait ni pauvreté, ni talibans. » (p. 26). Beaucoup d’Afghans ne croient plus en la démocratie et sont prêts à inviter les talibans contre lesquels ils ont combattu. « Dix ans de soutien militaire et d’aide humanitaire internationale pour en arriver là… T’imagines ? » (p. 32).

Comme le livre date un peu (2014), on n’apprend pas de choses récentes sur l’Afghanistan mais le constat n’a pas changé : les talibans sont toujours là, la corruption et la pauvreté aussi, une partie de la population se radicalise de nouveau et le pays peut basculer dans le fondamentalisme. C’est triste pour les Afghans… Mais la bande dessinée est tout de même intéressante à lire car, en plus des dessins très réussis, c’est une belle tranche de vie, le beau témoignage d’une journaliste européenne qui aime ce pays et qui risque sa vie à chaque voyage pour rencontrer les gens dans les villages, les filmer, leur donner la parole et qui espère que la vie s’arrangera pour eux. Je me demande si elle y est retournée depuis ? J’aurais aimé savoir plus de choses sur la vie quotidienne, en particulier pour les femmes et les enfants, peut-être qu’il faudrait que je vois le film documentaire réalisé en 2011.

Une lecture pour La BD de la semaine que je mets dans les challenges BD, Défi 52 semaines (A comme Afghanistan), Raconte-moi l’Asie et Un max de BD en 2018.

Shi – 2 de Zidrou et Homs

Shi – 2 : le roi démon de Zidrou et Homs.

Dargaud, octobre 2017, 56 pages, 14 €, ISBN 978-2-50506-705-4.

Genres : bande dessinée, aventure.

Zidrou est le pseudonyme de Benoît Drousie, né le 12 avril 1962 à Anderlecht, scénariste de bande dessinée belge. Mais il vit en Andalousie et travaille avec des dessinateurs espagnols.

José Homs, né le 15 mai 1975, a étudié à Barcelone et a tenté sa chance dans le comics aux États-Unis avant de revenir en Espagne où il est dessinateur de bande dessinée et coloriste.

Sept mois ont passé depuis la fin du premier tome. « Si, à cette époque, une femme régnait sur le plus grand empire du monde… Le monde, lui régnait sur la femme ! » (p. 3). Jennifer (Jay) a dû épouser le révérend Green : elle n’est pas du tout heureuse avec cet homme pervers et violent et son oncle la place à l’asile. Kita, elle, doit se prostituer. Quant à Lionel Barrington, son fils Terry, gravement blessé, est hospitalisé. « J’ai récolté pas mal de renseignements concernant ces deux femmes dont vous m’avez parlé l’autre jour… Ces fameuses « Shi » qui, voici 150 ans, ont fait trembler l’empire britannique. » (p. 29).

Le premier tome de Shi démarrait super bien et j’attendais ce tome 2 avec impatience mais j’ai été un peu déçue. L’objet est superbe ; les dessins rougeoyants de Homs et l’histoire sombre de Zidrou sont toujours là et j’ai suivi le quotidien de Jay et Kita avec attention mais je n’ai pratiquement rien appris de plus dans ce tome, j’ai eu l’impression de stagner et, maintenant, il faut encore attendre la suite… Ou alors je suis trop exigeante ? Ou j’ai trop hâte d’en savoir plus ! Si j’ai bien compris, il y aura encore deux tomes pour le premier cycle. À suivre donc…

Une lecture pour La BD de la semaine et les challenges A year in England, BD et Un max de BD en 2018.