La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins

La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins.

Denoël, collection Lunes d’encre, août 2017, 480 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-20713-552-5. The Library at Mount Char (2015) est traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque. Je l’ai lu en poche : Folio SF, n° 633, mai 2019, 576 pages, 9,10 €, ISBN 978-2-07284-464-5.

Genres : littérature états-unienne, roman, fantasy.

Scott Hawkins naît en 1969 aux États-Unis. Il est informaticien spécialisé dans les systèmes Unix et Linux. La bibliothèque de Mount Char est son premier roman.

Carolyn, ensanglantée et pieds nus, marche sur la Highway 78, elle retourne chez elle à Garrison Oaks. À la première page, il y a cette phrase que je note telle quelle : « Le poignard d’obsidiennetours dans la ce avec lequel elle avait tué le détective Miner était niché au creux de ses reins, secret et affûté. » (p. 13). Hum, soit il y a des mots en trop soit il manque des mots mais j’espère qu’il n’y a pas d’autres erreurs de ce genre… (en fait il n’y en a pas).

Carolyn avait 8 ans lorsque ses parents sont morts assassinés. Avec quelques autres enfants américains, elle a été recueillie par Père. « Vous êtes maintenant des Pelapi, dit Père. C’est un mot très ancien. Il signifie quelque chose comme « bibliothécaire » et quelque chose comme « élève ». Je vous emmènerai dans ma maison. Je vous élèverai à l’ancienne, comme j’ai moi-même été élevé. Je vous enseignerai les choses que j’ai apprises. » (p. 17). Voici comment Carolyn est devenue « bibliothécaire ».

Les (12) enfants : Carolyn, Margaret, David, Michael, Emily, Jennifer, Alicia, Rachel, Peter et Richard (des jumeaux), Lisa, Jacob (dans l’ordre où leurs prénoms apparaissent). Ils ont été éduqués à la dure avec chacun une matière (un catalogue). Pour Carolyn, ce fut les langues, toutes les langues du monde entier et même les oubliées. Ils n’ont absolument pas le droit de partager les uns avec les autres ce qu’ils étudient.

Un quart de siècle après, Père a disparu et les enfants maintenant adultes le cherchent, chacun selon les capacités acquises mais… « Il n’est dans aucun avenir et il n’est pas mort. Comment est-ce possible ? » (p. 37). La Bibliothèque leur est devenue inaccessible… Même le fidèle Nobununga n’a pas pu y entrer. Et si David avait tué Père ? « Uzan-iya, disait-on dans les steppes de l’Himalaya il y avait six mille ans de cela. Uzan-iya – l’instant où le cœur pour la première fois a des envies de meurtre. » (p. 134).

En parallèle, Erwin Leffington « Ancien de la 82e division aéroportée, aujourd’hui enquêteur spécial pour la Sécurité intérieure » (p. 253) enquête sur Carolyn et ses frères et sœurs, ainsi que sur Steve Hogdson suspecté d’avoir tué Miner.

Dans ce roman vraiment étrange (et super violent), il y a un taureau dans lequel on fait des barbecues, des chiens dangereux, un lion et sa fille (mes personnages préférés), des « bibliothécaires » troublants… L’auteur, pour un premier roman, a une imagination débordante et va très loin dans l’horreur donc à ne pas mettre entre toutes les mains. Le lecteur peut être un peu perdu au début de la lecture mais il faut persévérer car ce roman foisonnant se mérite ! Il est classé en fantasy et a reçu un prix fantasy (Elbakin 2018) mais il y a un côté science-fiction indéniable et résolument un côté terrifiant : en littérature comme en musique, il existe la fusion des genres et ça vaut le coup de tester. Je dirais donc que La bibliothèque de Mount Char est un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) qui ne plaira pas à tout le monde mais laissez-lui sa chance !

Je mets cette lecture dans les challenges Animaux du monde #3 (pour le lion et la lionne, je ne donne pas leurs noms humains car ils ne les aiment pas), Challenge du confinement (case Fantasy), Littérature de l’imaginaire #8.

Préférence système d’Ugo Bienvenu

Préférence système d’Ugo Bienvenu.

Denoël Graphic, octobre 2019, 168 pages, 23 €, ISBN 978-2-20714-221-9.

Genres : bande dessinée française, science-fiction.

Ugo Bienvenu naît le 10 mai 1987 (à Paris ?). Il étudie les Arts et l’animation à l’École Estienne et aux Gobelins à Paris puis au California Institute of the Arts à Los Angeles. Il réalise des films d’animation (courts-métrages, pubs…), il est dessinateur de presse et se lance dans la bande dessinée. Du même auteur chez Denoël Graphic : Sukkwan Island d’après le roman de David Vann (2014) et Paiement accepté (2017), et aux éditions Réalistes : Premium+ (2019).

Dans un futur robotisé dans lequel « tout » est archivé numériquement, l’agent Yves Mathon, dont l’épouse – ou plutôt le robot Mikki – est enceint(e), doit détruire des fichiers qui sont très peu – ou plus du tout – consultés afin de libérer de la place de stockage pour les images modernes (les séries à la mode, les vidéos et les photos de vacances des gens). Aujourd’hui il doit détruire le « dossier X-22057GT403 » (p. 18) qui ne pèse que 1100 go mais qui se compose de 2001, l’odyssée de l’espace réalisé en 1968 par Stanley Kubrick et les fichiers afférents au film. Yves défend ce film culte mais il n’est pas critique cinéma et ses supérieurs se montrent intransigeants… Or, des enquêteurs surveillent car quelqu’un sauverait illégalement des fichiers. Mais si Yves n’était pas seul à sauver des données ? « Voler et sauvegarder des données est passible de trente ans de prison au bas mot. » (p. 64). Après l’accident d’Emy et Yves, Mikki s’enfuit avec leur fille, Isi, qui va naître.

Les dessins de ce récit cruel sont corrects mais j’ai un peu de mal avec ces couleurs criardes… Cependant j’ai bien aimé l’histoire, parfois poétique, et le message, plutôt humaniste. Que va-t-on transmettre aux générations futures si, par manque de place et de rentabilité, on supprime à tour de bras des chefs-d’œuvre (littérature y compris poésie, arts, cinéma…) pour remplacer ces fichiers par des séries indigentes ou par les photos et les vidéos (pas d’un grand intérêt, et même largement superficielles et dispensables, mais énormément visionnées) de tout le monde ?

Mes deux passages préférés sont… Le premier lorsqu’Yves et Mikki vont vider la maison des parents d’Yves et ont une discussion philosophique sur les différences entre humains et robots. Le deuxième lorsque Mikki et Isi vivent isolés à la campagne au milieu de la nature et des animaux.

J’ai choisi cette bande dessinée car elle était dans la sélection officielle d’Angoulême 2020.

Une BD intrigante qui fait un peu froid dans le dos pour La BD de la semaine et pour les challenges BD, Lire en thème 2020 (en février, un livre d’un auteur français) et Littérature de l’imaginaire #8.

Plus de BD de la semaine chez Moka Milla.