Toxique de Samanta Schweblin

Toxique de Samanta Schweblin.

Gallimard, collection Du monde entier, avril 2017, 128 pages, 14 €, ISBN 978-2-07-019781-1. Distancia de rescate (2014) est traduit de l’espagnol par Aurore Touya.

Genres : littérature argentine, premier roman.

Samanta Schweblin naît en 1978 en Argentine. Elle est nouvelliste (Des oiseaux plein la bouche, Seuil, 2013) et Toxique est son premier roman. Elle vit actuellement à Berlin, en Allemagne.

Dans la campagne argentine, près d’un lac, Amanda a loué une maison de vacances avec sa fillette, Nina, et son mari doit les rejoindre plus tard. Amanda fait la connaissance de Carla qui vit là avec son mari, Omar, éleveur de chevaux, et leur fils de neuf ans, David. « Si je te raconte – dit-elle –, tu ne voudras plus qu’il joue avec Nina. » (p. 16). David était un amour jusqu’à ses trois ans, puis il est tombé malade… Carla n’en dit guère plus à Amanda mais un dialogue s’installe entre Amanda et David. Carla est-elle folle ? Nina est-elle en danger ? « En quoi es-tu si différent aujourd’hui du David d’il y a six ans ? Qu’as-tu fait de si terrible pour que ta mère te rejette désormais ? » (p. 38-39). « David n’a rien fait ! – et voilà que je crie, voilà que je suis celle qui semble folle. C’est toi qui nous fais peur, à nous tous, avec ton délire de… » (p. 50).

Quel est le danger ? David ? Carla ? Le lieu en lui-même ? La vieille sorcière de la maison verte ? Autre chose dans l’eau ou dans l’air ? En tout cas, Amanda et Nina, tout comme David il y a six ans, ont bien été contaminées par quelque chose de toxique. Et Amanda n’a pas pu respecter la distance de secours (la distancia de rescate) pour préserver sa fille… Quelle claque ce roman ! Court, d’une grande intensité, presque fiévreux, qui amène son lecteur au bord de la terreur ou de la folie (ou des deux !). Mais, à travers ce roman, Samanta Schweblin dénonce évidemment l’énorme pollution qui empoisonne les terres, l’eau et les êtres vivants (humains et animaux) à cause de tous les produits chimiques de l’agriculture intensive (ici des champs de soja qui sont pourtant si beaux, si verdoyants…).

L’éditeur nous dit : « L’écriture magnétique et obsessionnelle de Samanta Schweblin part à la recherche de ce moment où tout bascule, où les vacances virent au cauchemar, où les relations d’amour condamnent au lieu de sauver. Formidable radiographie de la peur, Toxique est un bref roman à la tension vertigineuse, qui progresse comme une enquête à plusieurs voix vers une terrible vérité. Il cache un secret qui nous effraie autant qu’il nous attire. » Que vous dire de plus ?… Lisez Toxique !

Une lecture pour le Challenge de l’épouvante, Littérature de l’imaginaire, Pumpkin Autumn Challenge (pour le Menu 2 – Creepy, Spooky, Halloween) et le Défi Premier roman.

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Rencontre avec Serge Chauvin, traducteur

Vendredi soir, j’ai rencontré à la médiathèque, Serge Chauvin, traducteur entre autres du roman américain Les pêcheurs de Chigozie Obioma, gagnant du Prix La Passerelle 2017.

J’ai raté une bonne heure car je travaillais… J’ai donc pris la discussion en cours et raté quelques infos…

Serge Chauvin naît le 21 juillet 1966 ; il est agrégé d’anglais, maître de conférence en littérature et cinéma américains à l’Université Paris-Nanterre, critique de cinéma et traducteur.

La bibliothécaire, Julia (à gauche) et le traducteur, Serge Chauvin (à droite)

Le dernier roman traduit est Underground Railroad de Colson Whitehead qui me fait très envie.

Avant d’être traducteur, il était lecteur, d’après ce que j’ai compris, ça consistait à lire des romans en anglais pour dire si ça valait le coup de les faire traduire et de les publier en français. Puis il est devenu traducteur, principalement pour Gallimard et plus récemment pour L’Olivier et Albin Michel.

Ses auteurs de prédilection sont Jonathan Coe, Richard Bausch, Steven Wright, Paul West, Colson Whitehead et Zadie Smith (source : Wikipédia).

Un homme cultivé, passionné et passionnant, avec qui j’ai eu un très bon contact ; dommage que j’aie manqué le début de la rencontre…

Le public, trente personnes, plus six bibliothécaires, et les livres !

L’homme des bois de Pierric Bailly

L’homme des bois de Pierric Bailly.

P.O.L., février 2017, 160 pages, 10 €, ISBN 978-2-8180-4183-3.

Genre : roman français.

Pierric Bailly naît le 14 août 1982 à Champagnole dans le Jura. Il étudie le cinéma à Montpellier, travaille sur Paris, Grenoble, Nîmes et vit maintenant à Lyon. Du même auteur : Polichinelle (2008), Michael Jackson (2011) et L’étoile du Hautacam (2016) chez P.O.L.

Près de Lons le Saunier, Clairvaux, dans le Jura. « Je ne dors pas dans son lit, je ne porte pas ses habits. Mais je mange dans ses casseroles, je me sers dans sa cave à vin, j’écoute sa musique, ses disques, tous les chanteurs engagés qui ont bercé mon enfance à ses côtés. Je fourre mon nez dans son bordel, je fouille, je trie, je classe, je range, je jette. » (p. 8). « Mon père a été déclaré mort en forêt suite à une chute accidentelle. » (p. 13). Mais que s’est-il vraiment passé ? Le corps n’a été découvert que trois jours après la chute. Le gendarme et le légiste ont deux avis différents… Le narrateur retourne dans la forêt plusieurs fois, sur les traces de son père. « Je reconstituais peu à peu ses derniers instants de vie, sa dernière matinée. » (p. 91) et « Mourir comme ça… J’aimerais bien savoir comment. J’avais besoin de savoir, moi. » (p. 92).

En plus de la mort de son père et de sa quête forestière, tout en pudeur et en nuances, le narrateur raconte ses souvenirs, le Jura de son enfance, la maison de La Frasnée, la vie avec son père, Christian Bailly, à qui il dit adieu dans ce roman, ses amis et son engagement social, le monde rural, les transformations de la région, en particulier au niveau des scieries (les spécialités du Jura sont le bois et le plastique comme la bakélite), les fabricants de jouets en bois ou en plastique, la culture qui s’installe peu à peu (médiathèque, cinéma, festivals…), la famille (son père avait plusieurs frères et sœurs).

Quelques extraits

« J’aime bien les lancer sur leur jeunesse, c’est une amorce assez facile. C’est loin derrière et en même temps ce sont des souvenirs forts, alors ils n’ont pas de gêne à se dévoiler. » (p. 28).

« J’ai grandi dans ce paysage de conte, bercé par ces anecdotes et ces légendes locales, en plus des histoires que me lisait mon père. » (p. 57).

« La vie après sa mort, la vie depuis sa mort. Puisqu’il était parti juste au début. C’est le principe de la mort. » (zut, j’ai oublié de noter le n° de la page… (entre les pages 57 et 70).

« Une vie s’arrête, c’est la fin d’une histoire. Mais la mort engendre une nouvelle histoire, dont le défunt est le déclencheur, et dont il n’a pas connaissance. Alors je lui racontais cette histoire. » (p. 70).

« Je ne mens pas quand je dis que mon père est mort dans un site fabuleux. Un site qu’il connaissait comme sa poche et qu’il n’a jamais cessé d’arpenter. » (p. 115-116).

Je connais un peu le Jura, j’ai visité quelques villes et sites touristiques (Arbois et son vignoble, Baume les Messieurs et les Cascades du Hérisson, Clairvaux les Lacs et ses deux lacs, Dole ville fortifiée, Orchamps et la Saline de Salins les Bains, Poligny capitale du comté…), et je peux dire que c’est un très beau département (surtout quand il fait beau !), avec de très bons fromages (cancoillotte, comté…) et d’excellents vins (Savagnin, vins jaunes, vins de paille…) 😉 Je suis ravie d’avoir lu ce roman, beau, tendre, un peu triste et d’avoir découvert (par hasard !) cet auteur qui n’en est pas à son coup d’essai puisque trois romans sont déjà parus chez P.O.L, je les note en particulier L’étoile de Hautacam qui m’intrigue plus.

L’homme des bois a reçu le 1er Prix Blù / Jean-Marc Roberts 2017 : il le mérite et je conseille chaleureusement ce roman.

Une très belle lecture qui pour une fois ne rentre dans aucun challenge !

Mademoiselle à la folie de Pascale Lécosse

Mademoiselle à la folie de Pascale Lécosse.

La Martinière, août 2017, 128 pages, 14 €, ISBN 978-2-73248-453-2.

Genre : premier roman.

Pascale Lécosse vit dans la région parisienne et a reçu le Prix de l’auteur indépendant 2016 pour ce premier roman paru le 17 août 2017. Pas d’autres infos sur l’auteur !

Catherine Delcour, surnommée Mademoiselle, bientôt 48 ans, vit sur l’île Saint-Louis à Paris ; elle est comédienne de théâtre et, après une incursion au cinéma, est revenue au théâtre. « Je n’ai pas peur du temps qui passe mais du temps perdu. » (p. 8) : j’aime beaucoup cette phrase, elle donne le ton du roman. Ses grands-parents étaient d’origine russe, ses parents sont morts, elle est orpheline et partage sa vie avec Jean Rivière, son amant, marié, Ministre de la culture, et Mina Flamand, son assistante et amie. « Nous levons nos coupes, nous buvons à la vie. Tout va bien. » (p. 19). Eh bien, non, tout ne va pas bien… Catherine se sent fatiguée, elle est de plus en plus confuse, égarée et colérique. « Je perds le fil, je (*) sens que tout cela m’échappe. » (p. 48). Mais après avoir consulté un spécialiste, Catherine se réfugie dans son monde. « C’est la forme précoce de la maladie que je développe, la plus vaporeuse, la plus avide. J’ai dans la tête un mal gourmand qui me transforme en rosier stérile. Une saleté qui fait de moi une autre. Je voudrais l’espérance. » (p. 74).

J’ai repéré quelques fautes… « Il m’a consolé […], m’a encouragé » (p. 9) et « tu m’aurais épousé ? » (p. 43) ; c’est Catherine qui parle alors où sont les « e » ? C’est d’autant plus bizarres que les autres adjectifs en ont ! (*) Ici, j’ai corrigé, j’ai mis « je » car il est en fait écrit « le ».

La vie de Catherine se déroule comme on détacherait les pétales d’une marguerite, un peu, beaucoup, à la folie, et sur un ton léger, l’auteur traite d’un sujet grave, une maladie qui n’est jamais nommée mais dont on devine tout de suite le nom. Par contre Catherine a un caractère spécial… Elle parle de la mort de ses parents de la même façon que de son amant, de son assistante, de son Champagne ou de ses rôles, sans pathos, comme si elle était détachée de sa propre vie et de son passé, pourtant ça l’a touchée, c’est sûr. Le roman alterne les chapitres où Catherine est la narratrice et ceux où Mina est la narratrice, c’est intéressant d’avoir les deux points de vue et l’auteur livre ainsi deux beaux portraits de femmes qui ont toutes deux laissé passer le véritable amour pour se consacrer à autre chose. Il y a beaucoup de dialogues (comme au théâtre) alors le roman se lit vite, peut-être même trop vite (j’ai eu une petite impression d’inspiration à la Amélie Nothomb, je ne sais pas si c’est avéré), mais je l’ai lu sur mon balcon, au soleil, et c’était bien agréable cependant le « danger » est qu’il soit aussi vite oublié que lu…

Une lecture pour les 68 premières fois 2017 que je mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2017 et Défi Premier roman 1017.

Arrêt non demandé d’Arnaud Modat

Arrêt non demandé d’Arnaud Modat.

Alma, janvier 2017, 160 pages, 17 €, ISBN 978-2-36279-211-3.

Genres : roman (nouvelles ?), ovni littéraire !

Arnaud Modat naît en 1979 à Douai et vit à Strasbourg. Du même auteur : La fée Amphète (2012) et Comic Strip (2012), deux recueils de nouvelles.

« La mer dans le ventre ». Dans l’école de Sébastien, pas de rédaction à la rentrée pour raconter ses vacances car trop d’enfants ne partent pas l’été… Mais lui veut raconter ses vacances, celles durant lesquelles « une chose [lui] est arrivée » et plus particulièrement cette soirée de juillet 1989 « qui a failli gâcher sa belle jeunesse » (p. 10) parce qu’à onze ans, il est trop grand pour colorier un soleil. Son récit entrecoupé de digressions et de définitions est vraiment drôle. Son père ne s’entend pas avec sa sœur, tante Sylvie, et encore moins avec son mari, Marc, un chasseur, et l’apéro tourne mal… « On m’a dit que c’était rien, que ça allait passer. » (p. 25).

Changement de décor. « Raoul ». Quentin et Aurore attendent leur premier enfant mais ils n’ont plus de sexualité et la sage-femme leur donne un conseil surprenant.

Changement de décor. « Tapage nocturne et neige précoce ». Henry, un écrivain local, dédicace son livre à Castorama. Rentré chez lui, il est sommé par sa compagne d’aller chez les voisins qui font trop de bruit et qui empêche le bébé de dormir mais… le son est vraiment bon !

Changement de décor. « J’existe ». Le Père Noël, enfin plus exactement Michel, un jeune sur-diplômé au chômage, répond à Joan, 5 ans. « Je suis heureux d’apprendre que tu as été bien sage, je te cite « surtout à la fin ». Il faut être sage toute l’année, mon coquin ! Tu ne peux pas te contenter de faire un effort avant les fêtes, afin de t’attirer mes faveurs et faire oublier toutes les saloperies que tu auras pu commettre auparavant. Ça ne marche pas comme ça. » (p. 74) et le reste de la lettre de plusieurs pages est gratiné ! C’est mon chapitre préféré !

Changement de décor. « La dernière nuit du hibou ». Changement de décor. « La fourchette à poisson ». Changement de décor…

En tout, six histoires (et un autoportrait) avec des décors différents et des personnages différents, alors véritable roman (comme c’est écrit en tout petit en haut de la couverture) avec comme lien la vie de l’homme (et de l’acteur) qui doit endosser tour à tour les différents rôles de sa vie (enfance, rencontre, couple, sexualité, père, responsabilité, séparation, solitude, mort) en six épisodes (comme les seconds rôles de Peter Cushing) ou recueil de nouvelles « déguisé » en roman ? Je ne sais pas mais, en tout cas, j’ai beaucoup ri surtout avec la lettre du Père Noël (extrait ci-dessus), humour noir et cynisme garantis ! Lucide, burlesque, un brin trash (la bagarre qui traumatise Sébastien), Arnaud Modat (comparé à Annie Saumont, grande nouvelliste française morte en janvier) a un style vif, un humour grinçant et interpelle joyeusement ses lecteurs. La fin de chaque histoire, c’est en fait comme : que feriez-vous si on vous demandait de descendre d’un train en marche alors que ce n’est pas votre arrêt ? Je suis curieuse de voir ce que fera ce jeune auteur à l’avenir.

Une lecture pour les challenges Défi Premier roman 2017 et Feel good.

La fonte des glaces de Joël Baqué

La fonte des glaces de Joël Baqué.

P.O.L., août 2017, 288 pages, 17 €, ISBN 978-2-8180-1391-5.

Genre : roman français.

Joël Baqué naît le 23 décembre 1963 à Béziers ; il vit à Nice. Poésie (Angle plat aux éditions Hors jeu en 2002, Un rang d’écart aux éditions L’Arbre à Paroles en 2003, Start-up aux éditions Le Quartanier en 2007) et romans chez P.O.L. : Aire du mouton (2011), La salle (2015), La mer c’est rien du tout (2016).

L’auteur nous transporte en Afrique, en France et en Antarctique. Après la mort de son mari, comptable dans une bananeraie en Côte d’Ivoire, la mère retourne avec son fils, Louis, en France, à Carcassonne, et l’élève seule. Louis est un enfant calme, sensible et aimant. Bien que son père ait été écrasé par un éléphant, Louis aime et respecte les animaux. Il devient… boucher-charcutier ! Et rencontre, à Toulon, Lise, la fille de son patron, qu’il épouse mais ils n’ont pas d’enfant et personne à qui léguer la boutique. « Ils eurent ainsi de longues années d’un bonheur paisible jusqu’à ce qu’un petit point sombre repéré sur une radiographie mammaire de Lise fasse tache d’encre et assombrisse leurs vies. » (p. 42). Jeune veuf et jeune retraité, Louis déprime mais se crée « un emploi du temps et de nouvelles habitudes. » (p. 43). Un dimanche matin, après sa visite habituelle à la boulangerie-pâtisserie, Louis achète un oiseau empaillé dans une brocante. « Ce manchot empereur était certes bien conservé mais d’un usage incertain. Qui donc l’aurait acheté et pourquoi ? Difficile de se dire : un manchot empereur, ça sert toujours. Autant de questions que Louis ne se posa pas. Il s’entendit poser une question d’un tout autre ordre, comme s’il se ventriloquait lui-même. […] – Ah ! Attention, hein ! C’est pas un pingouin, c’est un manchot empereur ! Pas pareil, hein ! Pas pareil ! C’est bien mieux, un manchot empereur ! D’abord c’est plus gros et puis bientôt avec la fonte des glaces y en aura plus, vous pouvez voir ça comme un investissement ! » (p. 57-58). Cet oiseau empaillé va bouleverser la vie de Louis : une nouvelle passion, un voyage, des rencontres ! « L’irruption dans sa vie du manchot empereur avait changé les choses. » (p. 93). On retrouve donc Louis sur la banquise avec son guide Inuit, Ivaluardjuk, qui va faire une vidéo hilarante et la poster sur sa page FB.

Hum… Ce roman aurait pu me plaire : le style est relativement agréable et il y a une pointe d’humour – bon parfois c’est du gros cliché bien lourd (par exemple, avec les bibliothécaires : une fois, c’est amusant, trois fois, c’est exagéré) – et les retours en arrière ne m’ont pas dérangée mais… il y a tellement de digressions, de longueurs et de détails inutiles, que je me suis vraiment ennuyée… J’ai fait un effort pour aller au bout, à vrai dire j’ai lu une centaine de pages normalement et les presque deux-cents dernières pages en diagonale : j’ai donc rencontré Alice, visité Terre-Neuve, je suis montée à bord du Nathanaël et j’ai remorqué un iceberg, par contre je n’ai pas mangé de gâteau soviétique au beurre de je ne sais plus quoi donc je n’ai pas été malade, ni d’indigestion ou d’hallucinations ni de la lecture de ce roman, mais je suis déçue, très déçue… Alors, oui, Joël Baqué dénonce l’hystérie des réseaux sociaux et de la mise en célébrité des anonymes, oui, il crie au secours de la fonte des glaces (et du réchauffement climatique) et pour la sauvegarde de la banquise et de ses habitants, mais ça n’a pas été suffisant pour me faire apprécier ce roman trop longuet, trop laborieux. Les journalistes sont dithyrambiques à propos de cet auteur qui fut le plus jeune gendarme de France et qui se consacre désormais à la littérature : « drôle », « loufoque », « excellent », « réjouissant », « impérial » et même « précieux », bof, je ne suis pas convaincue du tout et je ne pense pas lire un autre titre de lui.

Je le mets quand même dans le challenge 1 % rentrée littéraire 2017.

Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa

Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa.

Actes Sud, juin 2017, 336 pages, 22 €, ISBN 978-2-330-07823-2. 旅猫リポート Tabineko ripôto (2015) est traduit du japonais par Jean-Louis de La Couronne.

Genres : littérature japonaise, littérature animalière.

ARIKAWA Hiro 有川 浩 naît le 9 juin 1972 à Kôchi (île de Shikoku). Habituellement elle consacre plutôt ses romans aux forces d’auto-défense japonaises avec des descriptions militaires et de la romance. Les mémoires d’un chat, totalement différent !, est son premier roman traduit en français.

Tokyo. Un chat errant d’un an, né au printemps. Un jeune homme, Satoru Miyawaki, célibataire, laisse le chat dormir sur le capot de son monospace et lui donne même à manger en échange de quelques caresses. Une nuit, ébloui par les lumières des phares, le chat est renversé par une voiture et gravement blessé à une patte arrière. Satoru l’emmène à la clinique vétérinaire puis l’installe chez lui. « […] j’avais pas encore de nom. D’ailleurs, même si j’en avais eu un, comment j’aurais pu lui dire ? Il ne comprend pas ma langue. Les humains, c’est vraiment des nuls, à part leur langue à eux, ils n’entravent rien. Pour ça, nous les animaux, on est totalement polyglotte, vous saviez ça ? » (p. 17). Le chat errant devient Nana car sa queue cassée ressemble au chiffre sept (nana signifie 7 en japonais). Mais, au bout de cinq ans de vie commune et de bonheur partagé, Satoru, pour un problème indépendant de sa volonté, ne peut plus garder Nana… Il va prendre la route avec Nana pour rendre visite à ses anciens amis (qui habitent loin de Tokyo, à Kyoto, ou même à la campagne, sur l’île de Hokkaido même) pour savoir qui peut prendre Nana.

Vous l’avez compris, avec l’extrait ci-dessus, c’est Nana qui parle, mais en fait il y a deux sortes de chapitres. Il y a ceux où Nana est le narrateur effectivement et c’est vraiment drôle : les chats ont un sacré humour et… peu de modestie ! « Quand même, tu peux te vanter d’avoir un chat exceptionnellement intelligent, tu ne trouves pas ? » (p. 80). Et il y a ceux où la narration est partagée par Satoru (la rencontre et la cohabitation, puis le voyage puisque le roman se transforme en road movie) et par les amis qu’il retrouve avec leurs souvenirs (enfance, adolescence, etc.) et là, le ton est beaucoup plus grave puisque Nana – et le lecteur par la même occasion – va découvrir la vie, le passé (pas joyeux joyeux…) de Satoru et peu à peu comprendre pourquoi il ne peut plus garder Nana. « J’ai un peu de mal à me séparer de Nana, je ne le nie pas. » (p. 140).

Quelques mots sur les amis de Satoru. Il y a l’ami de l’école primaire, Kôsuke Sawada, l’ami d’enfance donc, qui habite à Kyôto. Il y a l’ami du collège, Daigo Yoshimine, l’ami d’adolescence, qui habite à la campagne, dans une ferme, donc avec des animaux. Il y a ensuite les amis du lycée, Shûsuke Sugi et son épouse, Chikako, amis conservés à la fac, qui tiennent une auberge autorisée aux animaux au pied du Mont Fuji. Et on se rend compte de toute l’importance de la scolarité au Japon avant d’entrer dans le monde du travail !

Nana bien sûr est triste que son humain ne puisse plus le garder, mais c’est un animal doué d’une grande sensibilité alors il sait, et plus il en apprend sur Satoru plus il veut rester avec lui. « Un chat reste fidèle à ses convictions en toutes circonstances. » (p. 193). Mais quel bonheur pour lui, il voyage en voiture, il est avec Satoru, il rencontre des gens et d’autres animaux (fous rires assurés !), il va découvrir avec curiosité et ravissement la campagne, la mer, la montagne, la neige, vous imaginez comme c’est extraordinaire dans une vie de chat ! « En voyage, j’ai vu des tas de choses que je n’avais jamais vues avant. » (p. 232). Et pour Satoru, c’est l’occasion de se remémorer des souvenirs, heureux ou malheureux, de faire le point sur sa vie, de visiter le Japon, d’est en ouest, et du sud au nord, de parler des relations entre les parents et les enfants, entre amis, entre humains et animaux, et de revoir sa tante qui l’a élevé.

J’ai terminé ce très beau roman, ce merveilleux roman, en larmes mais ne vous inquiétez pas, ce n’est pas à cause du chat : sans rien dévoiler de trop, je préfère vous le dire car je sais que, sinon, vous serez nombreux à ne pas vouloir (pouvoir) lire ce roman alors qu’il ne faut pas passer à côté !

Tabineko ripôto est d’abord paru en feuilleton dans la revue hebdomadaire Shûkan Bunshun 週刊文春, entre octobre 2011 et avril 2012. Il a été joué au théâtre en 2013, et il a reçu 4 prix littéraires. Un album illustré par MURAKAMI Tsutomu 村上 勉est paru en 2014 et un film est prévu en 2018 avec l’acteur FUKUSHI Sôta 福士 蒼汰.

Une lecture pour les challenges Feel good et Raconte-moi l’Asie (Japon).