Animal de Sandrine Collette

Animal de Sandrine Collette.

Denoël, collection Sueurs froides, mars 2019, 288 pages, 19 €, ISBN 978-2-20714-974-4.

Genres : littérature française, roman noir, thriller.

Sandrine Collette naît en 1970 à Paris. Elle étudie la littérature, la philosophie (master) puis la science politique (doctorat) et devient professeur universitaire et consultante. Elle s’installe dans le Morvan avec des chevaux et écrit son premier roman, Des nœuds d’acier, publié en 2013 par Denoël qui relance la collection Sueurs froides (1972-1998). Viennent ensuite chez Denoël, Un vent de cendres (2014), Six fourmis blanches (2015), Il reste la poussière (2016), Les larmes noires sur la terre (2017), Juste après la vague (2018), Animal (2019) puis chez JC Lattès, Et toujours les forêts (2020), Ces orages-là (2021) et On était des loups (2022) soit un roman par an (et plusieurs prix littéraires). Plus d’infos sur sa page Facebook.

Mara, la trentaine (« elle aurait été incapable de donner son année de naissance » p. 10), est veuve et survit seule « Mais manger était devenu compliqué. » (p. 13). La nuit elle sort vérifier ses pièges pour avoir à manger mais elle doit faire très attention car les tigres de plus en plus nombreux – ils sont protégés et se reproduisent – font de même. Une nuit donc, en allant vérifier ses pièges, Mara voit un petit garçon attaché à un arbre, elle le libère et l’emmène dans sa cabane. La nuit suivante, c’est une fillette et elle fait de même. Mais elle sait qu’elle n’aurait pas dû… « Deux enfants sauvages. » (p. 15) de 4 ou 5 ans et elle sait qu’elle ne doit pas rester là avec eux qu’elle a appelé Nun et Nin. De mon côté, je ne sais pas si ce sont des enfants abandonnés par leurs parents qui avaient trop de bouches à nourrir ou si ces enfants sont des sacrifices faits aux tigres pour qu’ils ne s’approchent pas du village mais je verrai bien car cette introduction me plaît beaucoup !

Mara quitte donc la cabane avec les deux enfants mais, lorsqu’ils arrivent en ville, ils voient que c’est un bidonville aux « constructions précaires » (p. 17) et aux odeurs atroces, « la merde et l’humidité mélangées » (p. 17)… Ils s’installent dans une maison inoccupée, « C’était petit, sale et sombre. Mais dans ces neuf mètres carrés on logeait en général six à huit personnes, alors elle s’était tue. » (p. 18). Eh bien, je connais des personnes qui ont été enchantées de leur voyage au Népal mais, apparemment, elles n’ont pas vu ça… la misère, la violence… ou alors elles ne sont pas allées à Pokhara !

Vingt ans plus tard, un groupe d’Européens est dans le Kamtchatka pour une chasse à l’ours. Lior, une Française, son mari, Hadrien, un couple d’amis, comme eux sportifs et chasseurs, Annabelle et Gauvain, ainsi qu’Oscar un Suédois, Jonas et Vlad le vieux guide. C’est de Lior qu’on va parler, « […] la chasse, elle l’avait dans le sang depuis toujours » (p. 36), « quand elle chassait, elle était vivante » (p. 37). Je me dis, à ce moment de la lecture, que Lior, c’est Nin, je verrai si j’ai raison mais c’est logique et je sais que Lior ne va pas me plaire. Quant à Hadrien, « il n’aimait pas la chasse, et il n’aimait pas les chasseurs » (p. 38) et même s’il pense souvent à la folie, à la sauvagerie de son épouse, il est fasciné par Lior depuis leur rencontre cinq ans auparavant et il lui suffit que Lior l’aime pour qu’il la suive.

Je déplore fortement cette idée que se racontent les chasseurs sur leurs proies, « tous, ils ont leur chance » (p. 46), non, devant leurs fusils, les animaux n’ont aucune chance et ils se mentent à eux-mêmes, ils mentent aux autres et ils le savent très bien ! D’ailleurs, plus loin, « Ils parlent du maintien des effectifs, de l’équilibre des espèces. Vivent dans un monde de mensonges qu’ils se servent à eux-mêmes : ils sont là pour le sang et rien d’autre, pour ce geste que nulle part ils n’ont plus le droit de commettre entre eux, et dont ils rêvent tout éveillés – armer, viser, tuer. » (p. 56), voilà des mots sensés mais mon passage préféré est « et si l’ours était réellement plus intelligent qu’eux ? » (p. 76).

La chasse ne se déroulera pas comme prévu… et c’est ce qui fait tout le sel de ce roman inquiétant et violent ! J’ai aimé que les chapitres alternent entre Hadrien et l’ours, être dans la tête d’Hadrien qui poursuit Lior et être dans la tête de l’ours poursuivi par Lior. « Comment se débarrasser du petit être qui ne se laisse pas perdre. » (p. 137). Animal est un roman mi-humain mi-animal, un roman intense, dense et passionnant. Après avoir apprécié On était des loups (2022), je suis ravie de découvrir un autre roman de Sandrine Collette et je peux vous dire qu’il y aura d’autres titres !

Pour ABC illimité (lettre S pour prénom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 8, un livre qui se passe à la montagne), Challenge lecture 2023 (catégorie 4, un roman dont le titre est un seul mot), Petit Bac 2023 (catégorie Animal avec… Animal), Polar et thriller 2022-2023 (pas vraiment d’enquête mais un roman noir et thriller) et Un genre par mois (en février, du rire aux larmes, drame).

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En un combat douteux… de John Steinbeck

En un combat douteux… de John Steinbeck.

Folio, n° 228, octobre 1972, 384 pages, 9,20 €, ISBN 978-2-07036-228-8. In Dubius Battle (1936) est traduit de l’américain par Edmond Michel-Ty.

Genres : littérature états-unienne, roman social, drame.

John Steinbeck naît le 27 février 1902 à Salinas en Californie (États-Unis). Son père est d’origine allemande et sa mère d’origine irlandaise. Comme l’été, il travaille dans les ranchs voisins, il découvre la vie des travailleurs agricoles itinérants et leurs difficultés. Il étudie la littérature anglaise à l’Université Stanford à San Francisco. Il a une vie riche en expériences professionnelle et humaine. Il écrit plusieurs romans et nouvelles (prix Nobel de littérature en 1962) ainsi que des récits et reportages. Il meurt le 20 décembre 1968 à New York.

Années 1930, États-Unis. Après avoir perdu son père et sa mère, avoir fait de la prison injustement, Jim Nolan abandonne tout et décide d’entrer au parti. « J’ai coupé les ponts entre moi et mon passé. Je veux commencer une nouvelle vie. » (p. 18). Jim veut faire quelque chose d’utile, quelque chose qui ait un sens, ne plus être une victime. Il rejoint la planque de Mac et devient dactylographe mais ce qu’il veut, c’est « être envoyé en mission de propagande » (p. 35).

Sa première mission sera justement avec Mac, grimper dans le wagon vide d’un train de marchandises, récolter des pommes dans la vallée de Salinas en Californie, organiser les ouvriers mal payés, et au passage aider à un accouchement. « […] il y en a trop qui ont crevé de faim […] ; peut-être trop de patrons qui on exploité leurs ouvriers. Je ne sais pas. Je sens ça sous ma peau. » (le vieux Dan, p. 78).

Les ouvriers agricoles, mécontents de la baisse des salaires pour la récolte des pommes, savent que ce sera pire pour la récolte du coton qui vient après, ils commencent à parler, la tension monte… d’autant plus que le vieux Dan, 71 ans, est tombé d’une échelle dont deux barreaux se sont cassés (c’est ça le matériel qu’on leur donne pour travailler ?).

Mac, sous prétexte d’organisation, n’hésite pas à jeter de l’huile sur le feu, à considérer les dommages collatéraux comme normaux… Je comprends le combat social qu’ont mené ces hommes mais ils se fichaient complètement des pertes humaines, seul le résultat comptait… « Il faut que nous nous montrions habiles, impitoyables, et que nous agissions rapidement. […] Nous pouvons réussir si les hommes consentent à se serrer les coudes. Les propriétaires n’en mèneraient pas large. » (Mac, p. 140). Après qu’il y ait eu un mort et que Mac veuille en profiter : « Nous en avons besoin pour exciter nos hommes, pour les tenir. Ça les rapprochera ; ils auront une raison de combattre. – Salaud ! ricana Dakin. Vous n’avez donc pas de cœur. Vous n’avez qu’une idée en tête : la grève ! » (Mac puis Dakin, p. 188) et « S’ils viennent avec des fusils, […] ils vont nous tuer des hommes. […] – Ce ne serait pas mauvais […]. Supposons qu’ils tuent des hommes. Ce serait avantageux pour la cause. À chaque victime correspondraient dix recrues. […] » (Jim puis Mac, p. 356). Alors on comprend bien le titre, un combat douteux…

Mais, d’un autre côté, à propos des ‘vigilants’, « Ceux qui ont brûlé les maisons d’Allemands pendant la guerre. Ceux qui lynchent les nègres. Ils sont cruels à plaisir. Ils aiment faire du mal, et ils appellent ça d’un joli nom, patriotisme, ou protection de la Constitution. Les patrons se servent d’eux et leur disent : ‘Il faut protéger le gens contre les communistes.’ Alors, ils brûlent les maisons et torturent les gens, sans courir de danger. C’est tout ce qu’il leur faut. Ils sont lâches. Ils tirent embusqués ou ils attaquent les autres à dix contre un. C’est ce qu’il y a de pire au monde, cette race. » (Mac, p. 191).

Ce roman est considéré comme le premier de la trilogie des romans sociaux de Steinbeck ou trilogie du travail (Labor Trilogy) car suivent Des souris et des hommes (1937) et Les raisins de la colère (1939). Donc je suis contente d’avoir commencé par En un combat douteux et je remercie tadloiduciné (qui officie sur le blog de Dasola) de m’avoir conseillé ce titre. L’auteur avance peu à peu et emmène ses personnages et ses lecteurs jusqu’au bout du drame, du tragique.

Steinbeck décrit le désespoir et la colère des ouvriers abusés par le système patronal, méprisés par les ‘honnêtes gens’, battus et enfermés par des policiers ou des milices violents et vicieux… Les descriptions (personnages et paysages) sont incroyables, les personnages sont tous différents et paraissent bien réels, les dialogues sont très bien menés et j’ai apprécié le discours (la pensée) du docteur Burton (chapitre 8), il se pose des questions, il veut aider mais il n’est pas dupe… Mac sert-il la cause des pauvres gens ou se bat-il pour une idéologie qui se moque des gens et des pertes ?

Adaptation au cinéma : In Dubious Battle (en français, Les insoumis) réalisé par James Franco en 2016 (bande annonce ci-dessous, en VF, je n’ai pas trouvé en VOST).

J’ai lu ce roman exprès pour Les classiques c’est fantastique #3 car le thème de janvier est ‘Jamais sans mon Steinbeck’ mais il entre aussi dans 2023 sera classique, ABC illimité (lettre J pour prénom), Challenge lecture 2023 (catégorie 41, un livre dont on n’aime pas la couverture, je n’aime pas cette couverture parce qu’elle ne correspond pas du tout au contenu du roman, on pense plutôt à des ouvriers dans l’industrie, plutôt pétrolière, alors que le roman raconte la grève d’ouvriers agricoles dans des vergers…) et Tour du monde en 80 livres (États-Unis).

Rita trace sa route de Flor Lurienne

Rita trace sa route de Flor Lurienne.

Velvet, collection Souffles, mai 2022, 132 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-490619-18-4. Préface de Vincent Ravalec.

Genres : littérature française, premier roman.

Flor Lurienne naît d’une mère française et d’un père vénézuélien (elle a sûrement mis un peu d’elle dans le personnage de Rita). Elle étudie la littérature et le cinéma, devient comédienne (cours René Simon, Paris). Elle joue au théâtre, au cinéma, pour la télévision et tient une chronique sur FranceInter. Elle est romancière, poète et aussi narratrice pour des textes lus (livre audios). Plus d’infos sur son site officiel.

Rita, 5 ans, sort du cinéma avec son père, Boogie (ils ont vu Alice au pays des merveilles), il pleut et son père est enlevé par « deux silhouettes encagoulées » (p. 14).

Rita a des crises de panique et les années passent… Jusqu’au jour où sa mère et elle voient son visage dans un journal et le mot terroriste !

Des années après, Rita est adulte et elle revoit son père dans la rue par hasard. Rita a développé des tocs puis s’est passionnée pour les jeux d’argent.

« Au bout d’une décennie, cette passion avait fini par tout rétrécir chez moi : mon compte en banque, mes mètres carrés habitables, mes contrats de travail, mes amours. Je devais me rendre à l’évidence, j’étais addict au jeu autant qu’on peut l’être à l’héroïne ou à l’alcool. » (p. 18).

Alors qu’elle réussit enfin à passer son permis de conduire, Boogie meurt et Rita apprend qu’il a eu plusieurs autres enfants avec des femmes différentes. C’est elle qui doit le conduire au cimetière pour la cérémonie mais elle kidnappe l’urne et les laisse tous en plan ! « Tu peux annoncer à tout le monde que je viens de prendre Boogie en otage. Mais je ne demande aucune rançon. On va se faire un petit voyage. Faites la cérémonie sans nous. » (p. 37).

Mais elle s’arrête dans une auberge et là… son père qui se fait maintenant appeler Puma entre et salue les patron. « Après une seconde de stupeur, les deux hommes se tombent dans les bras l’un de l’autre et se tapent fraternellement les épaules. » (p. 45). Un fantôme ? « tout est possible. » (p. 52) mais ce que son père lui raconte, est-ce la vérité ou des affabulations ?

Certains côtés de ce roman m’ont plu, le côté fantasque et facétieux de Rita et de son père, le côté road-trip, mais je n’ai pas vraiment accroché avec le style et je suis passée à côté des personnages et de leur (non) relation… mais ce n’est pas à cause du fantôme qui ne m’a pas dérangée. Cependant la presse était unanime pour honorer ce premier roman donc si vous avez envie de le découvrir et de partager votre avis.

Pour ABC illimité (lettre F pour prénom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 17, un livre d’un auteur/une autrice français(e), 2e billet), Challenge lecture 2023 (catégorie 3, un roman dont le titre contient un prénom), Littérature de l’imaginaire #11 (il y a un fantôme quand même) et Petit Bac 2023 (catégorie Prénom pour Rita).

Les tisseuses de Naima Guerziz

Les tisseuses (Au fil du Bogolan) de Naima Guerziz.

Éditions d’Avallon, collection Blanche – Littérature contemporaine, juin 2022, 182 pages, 15 €, ISBN 978-2-38439-031-1.

Genres : littérature française, roman.

Naima Guerziz est professeur, autrice (roman, biographie, album pour enfants), chroniqueuse radio et blogueuse sur Les chroniques de Naima (pas mis à jour depuis 2021).

Joséphine, riche femme d’affaires d’origine sénégalaise, vit à Paris. Elle a accueilli Espérance dans son grand appartement mais celle-ci lui a volé Prince. Pour se venger, et ayant appris qu’Espérance avait des faux papiers, Joséphine l’a dénoncée pour qu’elle soit renvoyée au Mali.

Je commence le premier chapitre et… que dire… Jugez plutôt… « Je me relève, chemine vers les toilettes. Je le connais comme ma poche, cet endroit. J’urine abondamment. Je rabaisse la lunette, tire la chasse d’eau. […]. Je me dirige vers le lavabo. » (p. 21). Alors, ça vous fait envie ?

Pour les 1ère et 3e parties, la narratrice est Joséphine. Pour la 2e partie, c’est Espérance et pour la 4e partie, c’est Aïssa (je n’ai même pas compris qui c’était…).

Pourquoi les tisseuses ? Parce que Joséphine vend des textiles de luxe et de la mercerie dans sa boutique Bogolan Inc. et Espérance était tisseuse au Mali. Quant à Bogolan, le sous-titre sur la page de titre, « C’est un textile de chez moi en coton orné de symboles tribaux. » (p. 86).

Les tisseuses est une histoire d’amour et de haine mais je n’ai pas du tout accroché… Lorsque, par exemple, Alain Mabanckou raconte les Noirs vivant à Paris, j’y crois vraiment mais là tout est cousu de fil blanc… J’en suis désolée car je trouve que les valeurs de cette nouvelle « petite maison » d’éditions sont bienvenues dans la littérature francophone… Mais d’autres ont aimé ce roman et en parlent « mieux » que moi. Je n’ai pas compris pourquoi le roman est paru aux éditions Lemart en 2021 puis aux éditions d’Avallon en 2022.

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio, case n° 16, un livre qui vous a énervée ou révoltée et il faut expliquer pourquoi. Alors révoltée quand même pas, énervée oui, avec son style faussement cool et ses phrases d’une « grande qualité » littéraire et humaine comme l’extrait de la page 21 ci-dessus. Quant aux personnages je les ai trouvés creux et ne m’y suis pas attachée du tout. Le roman est court mais j’étais pressée de le terminer… J’ai hésité à parler de ce roman mais c’est bien aussi de parler des livres qu’on n’a pas aimés et puis c’est utile pour ce challenge !

Pour ABC illimité (lettre T pour titre), À la découverte de l’Afrique (ce roman parle des Noirs en France et du Mali), Challenge lecture 2023 (catégorie 31, un livre avec un visage sur la couverture, et la couverture est belle).

Charamba, Bobine s’en mêle de Marie Pavlenko et Marie Voyelle

Charamba, hôtel pour chat – Bobine s’en mêle de Marie Pavlenko et Marie Voyelle.

Flammarion Jeunesse, mars 2022, 128 pages, 10,90 €, ISBN 978-2-08027-295-9.

Genres : littérature française, littérature jeunesse.

Marie Pavlenko naît le 30 septembre 1974 à Lille dans le Nord. Elle étudie les lettres modernes à Sorbonne-Nouvelle (Paris3) puis le journalisme à l’école supérieure de journalisme de Lille. Elle est journaliste, romancière (fantasy et littérature jeunesse) et reçoit plusieurs prix littéraire. Elle vit entre la région parisienne et les Cévennes et elle est engagée pour l’écologie. Plus d’infos sur son site officiel.

Marie Voyelle est illustratrice jeunesse (romans et BD) et pour la presse (jeunesse et féminine) pour plusieurs éditeurs. Plus d’infos sur son site officiel et sa page FB.

Vous partez en vacances ou vous devez vous absentez pour une autre raison ? Mettez votre chat en pension à l’hôtel Charamba, géré par Magda, une « vieille dame charmante » (p. 9) qui pense être la propriétaire des lieux. Mais « les vrais maîtres des lieux sont » (p. 10) Bobine (chatte Persan blanche à poils longs est la doyenne et rêve de tricoter comme Magda), Mulot (matou européen noir et blanc, bien musclé et bagarreur, qui a la phobie des concombres), Carpette (mâle Siamois qui se prend pour un humain et chante comme… Johnny Hallyday car il cherche l’amour), Couscousse (Chartreuse obèse… que son humain a abandonné à l’hôtel, mythomane, elle communique avec le fantôme de Bertou… Bertou ? Ben oui, Albert Einstein ! C’est qu’elle aurait étudié à l’université de Harvard aux States). Voilà, vous êtes briffés, on commence ?

Un matin, Norbert dépose Wolfgang à l’hôtel Charamba car il part en vacances en Italie. Wolfgang est un jeune chat noir très timide et il est gêné car il a dû faire pipi dans la caisse de transport… Magda l’installe dans la chambre n° 13 et Bobine vient aux nouvelles, puis Couscousse qui a bien du mal à entrer par la chatière… Mais Wolfgang est toujours très intimidé… « On va te laisser t’installer et te mettre à l’aise, intervint Bobine. Dès que tu te sens prêt, tu nous dit : le grand chalon est rempli de jeux, de frotte-griffettes, de passages secrets, de tubes, d’échelles, de chaises, de ficelles et de chats sympas. » (p. 35).

Le problème, c’est que Wolfgang reste enfermé dans sa chambre pendant 3 jours. Bon, il reçoit des croquettes dans son bol et Magda passe lui dire bonjour et lui faire des caresses le matin et le soir mais Wolfgang est vraiment plus que timide… Même « Bobine [qui] était plutôt fortiche pour décoincer les timides et les trouillards […] commençait à s’interroger. » (p. 43).

D’ailleurs Bobine fait tout pour convaincre Wolfgang mais rien n’y fait, il dit qu’il n’aime pas les chats et s’isole dans sa chambre… Que faire ? Les chats de Charamba trouveront-ils une solution pour dérider Wolfgang ? Je peux vous dire que j’ai bien ri !

Les dessins sont plein d’humour et le texte aussi, avec des mots inventés ou modifiés comme abrachadabrantesque (p. 36) ou croustidégringolant (p. 40) et parfois l’autrice pend le lecteur à partie pour lui expliquer un mot ou lui dire que « ce mot existe, puisqu’il est écrit » (p. 40), ce qui apprend aux jeunes à jouer avec les mots, à faire des jeux de mots ou à créer des mots bizarres mais qui veulent cependant dire quelque chose. C’est donc très inventif ! Il y a aussi un petit côté féministe qui ne déplaira pas aux garçons. « Tant d’inventivité dans deux cerveaux féminins ! Dingue, n’est-ce pas ? Non, pas dingue. Normal. Mais mal connu. Bref. Poursuivons. » (p. 42).

Et les lecteurs apprendront pas mal de choses sur le comportement des chats, « Observez-les quand vous en aurez l’occasion : dès qu’un chat manque sa cible (sauter sur un canapé, une commode, une étagère) et qu’il retombe par terre comme un paquet de riz, que fait-il ? Il se relève aussitôt et repart comme si de rien n’était, la mine fière. » (p. 64), surtout ne jamais rire, le chat vous en voudrait affreusement ! Et surtout, le roman traite d’un sujet difficile, le harcèlement, avec un message clair pour tous les enfants : pour les harcelés : ne pas se laisser envahir par la peur et parler ; pour les harceleurs : ce n’est pas malin du tout, arrêtez ça ou il vous en coûtera !

Je suis sûre que ce premier tome de Charamba va plaire à tous et je n’ai qu’une hâte, lire le deuxième tome, Félins pour l’autre, paru en septembre 2022.

Pour ABC illimité (lettre V pour nom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 6, un livre avec un chat sur la couverture), Challenge lecture 2023 (catégorie 40, un roman dont la couverture est un dessin), Les départements en lecture (pour le Nord), Jeunesse & young adult #12, Littérature de l’imaginaire #11 et Petit Bac 2023 (catégorie Objets pour Bobine).

19 jours sans Noa d’Anne-Gaëlle Balpe

19 jours sans Noa d’Anne-Gaëlle Balpe.

L’école des loisirs, collection Neuf, août 2022, 264 pages, 11 €, ISBN 978-2-21131-928-7. Illustré par Clémence Monnet.

Genres : littérature française, jeunesse, aventure, fantastique.

Anne-Gaëlle Balpe naît en 1975 en France et vit en région parisienne. Elle étudie la philosophie, le multimédia et la langue tibétaine puis devient professeur et écrivain (en particulier pour la jeunesse) et anime aussi des ateliers d’écriture.

Cosmo et Salma (son aînée de 5 ans) vivent dans une oasis dans le désert mais ils sont seuls depuis 18 jours, depuis que leur frère aîné, Noa, est parti chercher des dattes et n’est pas revenu. Ce matin-là, il fait très chaud, comme chaque jour, et Cosmo va chercher de l’eau au puits. En observant un curieux fennec, il voit « un trou creusé dans le sable » (p. 15). Il donne une datte au fennec qui le suit, au retour, jusque sous la tente où l’attend Salma ! Il décide de l’appeler Dune.

Mais, dans la nuit du 19e jour sans Noa, Salma entend des bruits à l’extérieur de leur tente et préviens son petit frère. « Tu fais ce que je te dis, Cosmo. Tu cours sans t’arrêter et tu te caches dans les rochers. Elle saisie une grosse pierre noircie, qu’elle souleva au-dessus de sa tête […]. » (p. 35). Ce sont finalement des musiciens voyageurs, deux hommes et trois femmes, qui à l’aube sont partis laissant la kora miniature sur le sable. « Ils ont oublié ça. » (p. 43).

Cosmo récupère la kora et se rend au puits où il retrouve Dune mais tout à coup « un grondement sourd » (p. 46), « le ciel s’assombrit [et] un mur de sable. » (p. 48). C’est fascinant mais Cosmo ne doit pas rester là sinon il va être enseveli avec tout le reste ! Il court derrière Dune et se glisse dans le trou à la suite du fennec. « C’était un terrier beaucoup plus profond que ce qu’il avait imaginé. […] La tempête submergea les rochers en hurlant. » (p. 50). Au bout d’un moment, Cosmo tombe dans le vide et pense que, peut-être, il est arrivé la même chose à Noa.

Seul dans une grotte, le fennec étant passé dans une fente trop étroite pour Cosmo, l’enfant se met à jouer de la kora, pour dépasser sa peur, « pour faire taire ses pensées » (p. 58) et se rend compte qu’il joue pour la première fois et chante même. Une créature ressemblant à un fantôme s’approche de lui, lui dit que le fennec est le « roi de Souterre » (p. 61) et qu’il devra rester ici « Comme tous ceux qui viennent de là-haut. » (p. 61).

Non, Cosmo ne peut pas rester ici et laisser Salma seule ! Il continue d’avancer dans la grotte (je pense que les petites lueurs sont des lucioles) et découvre un monde « splendide » (p. 66).

Voilà je ne peux en dire plus pour ne pas divulgâcher mais à partir de là, les lecteurs plongent (c’est le cas de le dire) dans du fantastique. Cette histoire de monde souterrain m’a fait penser à Mardy & Ozgo – Le monde d’en dessous de Marie Lenne-Fouquet et Marie Morelle et bien sûr à Alice aux pays des merveilles. La musique est très importante parce qu’elle est symbole de « l’espoir, l’amour et la liberté » (p. 137). Une très belle lecture pour jeunes (et moins jeunes), prenante (je n’ai pas lâché le livre), qui permet d’affronter sa peur, de prendre ses propres décisions et de grandir.

Pour ABC illimité (lettre A pour prénom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 9, un livre jeunesse, young adult), Challenge lecture 2023 (catégorie 9, un livre avec du sable sur la couverture), Jeunesse & young adult #12, Littérature de l’imaginaire #11, Petit Bac 2023 (catégorie Moment de la journée pour Jour) et À la découverte de l’Afrique (il n’y a aucun pays de stipulé mais le fennec surnommé renard des sables ou renard des sables du Sahara vit dans tout le nord de l’Afrique).

Le soldat désaccordé de Gilles Marchand

Le soldat désaccordé de Gilles Marchand.

Aux Forges de Vulcain, collection Fiction, août 2022, 208 pages, 18 €, ISBN 978-2-373-05648-8.

Genres : littérature française, roman, Histoire.

Gilles Marchand, je vous remets ce que j’avais écrit sur Requiem pour une apache : il naît en 1976 à Bordeaux. Il est musicien, auteur et éditeur. Depuis 2010, il publie des nouvelles aux éditions Antidata. Ses précédents titres aux Forges de Vulcain : deux romans, Une bouche sans personne (2016), Un funambule sur le sable (2017) et un recueil de nouvelles, Des mirages plein les poches (2018).

Alors que j’ai vu récemment la très belle série télévisée, historique et dramatique, Les Combattantes, sur le rôle des femmes durant la Première guerre mondiale, je m’apprête maintenant à lire Le soldat désaccordé.

« Je n’étais pas parti la fleur au fusil. Je ne connais d’ailleurs personne qui l’ait vécu ainsi. L’image était certes jolie, mais elle ne reflétait pas la réalité. On n’imaginait pas que le conflit allait s’éterniser, évidemment. Personne ne pouvait le prévoir. On croyait passer l’été sous les drapeaux et revenir pour l’Automne avec l’Alsace et la Lorraine en bandoulière. De retour pour les moissons, les vendanges ou de nouveaux tours de vis à l’usine. Pour tout dire, ça emmerdait pas mal de monde cette histoire. On avait mieux à faire qu’aller taper sur nos voisins. Pourtant, on savait que ça viendrait : on nous avait bien préparés à cette idée. À force de nous raconter qu’ils étaient nos ennemis, on avait fini par le croire. Alors, quand ils sont passés par le Luxembourg et la Belgique, il n’y avait pas grand monde pour leur trouver des circonstances atténuantes. On était nombreux à être volontaires pour leur expliquer que ça ne se faisait pas trop d’aller envahir des pays neutres. […]. » Voici comment débute ce roman, page 9, et je trouve ces phrases très fortes bien que je n’aime pas le mélange du ‘on’ et du ‘nous’, c’est soit l’un soit l’autre mais je vais m’y habituer parce que j’ai très envie de lire ce roman !

Et, à la fin de la guerre, en 1918 « Les morts officiels, les disparus, les estropiés… » (p. 10), sans oublier les fusillés, combien sont-ils en vrai ?

Le narrateur, ayant « perdu une main dès l’automne 1914 » (p. 10), ne participe plus au combat mais, malgré le fait qu’il soit fiancé à Anna, il veut continuer à aider, « je pensais que j’étais indispensable » (p. 10), alors il approvisionne, il transporte (il peut conduire des camions grâce à une prothèse) dans toute la France jusqu’en 1918. Lorsqu’après guerre, il rencontre Blanche Maupas qui veut prouver que son mari a été « fusillé à tort » (p. 11), il apprend tout d’elle : « la méthode, l’abnégation, le sens du détail, les réseaux, l’importance de l’opinion publique, les démarches judiciaires. » (p. 11). Pendant des années il travaille « pour des associations ou différents comités œuvrant à la réhabilitation des fusillés pour l’exemple. Et je parcourais le pays afin de permettre à une famille de retrouver la dépouille d’un soldat qui n’était pas revenu. » (p. 11-12). Voilà la vie et le travail d’enquêteur de cet ancien soldat qui va redonner espoir, des informations et si possible des corps aux familles alors que le lecteur ne sait même pas son nom ! Et il est plus habitué aux « villes détruites aux clochers défoncés, les villages éventrés, les anciens hôpitaux et les asiles de campagne » (p. 15) qu’au restaurant parisien où le convie une nouvelle cliente, Jeanne Joplain, qui veut retrouver son fils Émile, disparu à Verdun en 1916 (le nombre officiel de disparus est de deux cent cinquante mille, p. 20). « Je ne pus réprimer un violent élan de désespoir. Des mères et des femmes de poilus persuadées que leur soldat était toujours vivant quelque par, j’en avais rencontré beaucoup. […] Mais retrouver un poilu vivant, cela ne m’était jamais arrivé. » (p. 18). Pourtant, c’est possible car il y avait de nombreux amnésiques, « Ça représentait un stock de tendresse laissé à l’abandon, et pour lequel on était prêt à se battre. » (p. 21). De rencontre en rencontre, l’enquêteur est le récipiendaire de « toutes les histoires qu’ils n’en pouvaient plus de garder pour eux. Tout ce qui venait hanter leurs nuits et qu’ils désiraient épargner à leur famille. » (p. 25). À travers cet enquêteur, l’auteur donne la parole aux soldats rescapés des tranchées.

Et lorsque les Français font la fête, comme en 1925, «  Ça swinguait, ça jazzait, ça cinématographiait, ça électroménageait, ça mistinguait. L’Art déco flamboyait, Paris s’amusait et s’insouciait. Coco Chanélait, André Bretonnait, Maurice Chevaliait. » (p 53), bien vu les jeux de mots, beaucoup ne parviennent pas à s’« abandonner à cette insouciance. […] On avait beau faire semblant, on avait traversé l’enfer. » (p. 53). Et puis, Verdun… « Dans le ciel, c’était le feu. Le feu et les cendres. Sur la terre, c’était les secousses et les tremblements. L’antichambre de l’enfer. » (p. 61).

Pas facile de remonter la piste, entre les légendes comme celle de la Fille de la Lune, les délires de ceux qui ont perdu la tête mais l’enquêteur n’abandonne pas !

Estomaquée après cette lecture, je me demande encore comment un livre si magnifique peut raconter autant d’horreurs (réelles) mais «  Ça sert à ça, les histoires, à rendre la vie meilleure. » (p. 111) et « J’ai compris que, même après la mort, il restait de l’amour. On ne sait pas quoi en faire, mais ça vaut le coup de se battre et de le nourrir. » (p. 138). Un très beau roman sur un thème, différent de la guerre en elle-même et des gueules cassées, peu abordé en littérature que je vous conseille fortement.

Pour ABC illimité (lettre G pour prénom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 11, une couverture bleue), Challenge littéraire 2023 (catégorie 11, le livre préféré d’un proche) et Les départements en lecture (Gironde, 2e billet).

Harper et le cirque des rêves de Cerrie Burnell

Harper et le cirque des rêves de Cerrie Burnell.

Albin Michel Jeunesse, collection Mes premiers Witty, février 2017, 176 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-22639-226-8. Harper and the Circus of Dreams (2016) est traduit de l’anglais par Mickey Gaboriaud et illustré (en noir et blanc) par Laura Ellen Anderson.

Genres : littérature anglaise, jeunesse, fantastique.

Cerrie Burnell naît le 30 août 1979 à Petts Wood au sud-est de Londres (Angleterre). Elle étudie le théâtre à la Manchester Metropolitan University et elle a joué non seulement pour le théâtre mais aussi pour la télévision. Elle est actrice, chanteuse, autrice (pour la jeunesse et le théâtre) et elle a travaillé pour la chaîne pour enfants CBeebies de la BBC (en montrant son handicap, son bras droit s’arrêtant au coude). Plus d’infos sur son site officiel.

Laura Ellen Anderson naît en 1988 dans l’Essex (Angleterre) mais vit à Londres. Elle étudie l’illustration à l’University College Falmouth et en sort diplômée en 2010. Elle est autrice et illustratrice (albums, romans) depuis 2011. Elle est connue pour sa série Amelia Fang et le comics Evil Emperor Penguin. Plus d’infos sur son site officiel.

Alors que Harper est sur le toit de la résidence Haute-Tour avec son chat Minuit et qu’elle s’apprête à jouer du violoncelle, elle entend hurler Fumée, la louve de son ami Nate. « C’était une compagne sauvage, qui avait de la sagesse dans le cœur et de la pleine lune dans ses hurlements. Mais ce soir, quelque chose semblait la troubler. » (p. 9). Freddy et sa sœur Lisette les rejoignent sur le toit et tous s’envolent grâce au parapluie rouge magique (voir Harper et le parapluie rouge de Cerrie Burnell). Alors que l’équipage s’est arrêté sur un étrange nuage, « une fille vêtue d’une cape de neige » (p. 18) arrive à toute vitesse et une tempête de glace oblige Harper à reconduire tout le monde sur Haute-Tour.

Les lecteurs apprennent ce qui est arrivé à Harper durant la Tempête terrifiante cinq ans auparavant. « Bien sûr, il arrivait parfois, tard dans la nuit, que Harper se demande qui étaient ses parents, et où ils pouvaient bien se trouver. Mais, avec Minuit qui lui tenait compagnie et tous les habitants de la résidence de Haute-Tour qui veillaient sur elle, il était rare qu’elle en éprouve du chagrin. » (p. 29).

Le lendemain, alors qu’elle joue du piccolo auprès de Minuit, Harper fait la connaissance d’Étournelle, la fille aux oiseaux qui vole sur les nuages. « J’ai grandi dans un cirque, révéla Étournelle avec un sourire. Le vent nous porte à travers le monde. » (p. 37), « Je déclenche de violentes tempêtes afin que le Cirque des rêves puisse arriver en toute discrétion. » (p. 38).

Pour la première fois, Harper et ses amis, Freddy, Lisette, Nate et Fumée – suivis par Minuit – vont traverser la ville car ils veulent aller au cirque et ainsi « revenir avec plein d’histoires à raconter » (p. 49). Et, soudain, le chapiteau rouge et or apparaît flottant sur les nuages. « La petite troupe entra dans le chapiteau rouge et or. Et dans une nouvelle aventure. » (p. 62).

Après avoir lu le premier tome, Harper et le parapluie rouge, dans lequel j’a pu faire connaissance de Harper, ses voisins et les animaux qui vivent avec eux, j’étais ravie d’avoir emprunté en même temps ce tome 2 ! Un tome 3, Harper et la forêt de la nuit, est paru en octobre 2017 et je veux absolument le lire. Bizarrement, il y a deux autres titres parus en anglais, Harper and the Fire Star et Harper and the Sea of Secret mais pas (encore) traduits en français…

C’est vraiment un très bon roman jeunesse, joliment illustré, avec du mystère, de l’humour, de nouveaux personnages surprenants dans le monde du cirque, un monde magique, presque féerique, et poétique, et un secret dévoilé !

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio 2023 (case n° 18, un livre dont vous auriez aimé être le personnage principal, le personnage de Harper est très attirant même si j’aurais le vertige avec le parapluie !), British Mysteries 2023 (pour le côté mystère et surnaturel), Challenge lecture 2023 (catégorie 6, un livre dont l’un des personnages principaux est un chat ou un chien, le chat Minuit et Harper sont les personnages principaux), Jeunesse & young adult #12, Littérature de l’imaginaire #11, Petit Bac 2023 (catégorie Bâtiment pour Cirque), Tour du monde en 80 livres et Voisins Voisines 2023 (Angleterre).

Le dernier des siens de Sibylle Grimbert

Le dernier des siens de Sibylle Grimbert.

Anne Carrière, août 2022, 192 pages, 19 €, ISBN 978-2-3808-2257-1.

Genres : littérature française, roman.

Sibylle Grimbert naît en 1967 à Paris. Elle est autrice (premier roman, Birth Days en 2000) et éditrice (éditions Plein Jour fondées en 2013 avec le journaliste Florent Georgesco).

Allez, dernière note de lecture de l’année ! Il faut que je publie ce billet parce que Le dernier des siens est sûrement parmi mes trois plus grands coups de cœur de l’année.

Comment débute le roman ? « De loin seule la tache blanche de leur ventre se détachait sur la paroi de la falaise, surmontée d’un bec qui brillait, crochu comme celui d’un rapace, mais beaucoup plus long. Ils avançaient en balançant de droite à gauche ; on avait l’impression qu’ils prenaient leur temps, vérifiaient à chaque pas leur stabilité, et qu’à chaque pas ils rétablissaient leur corps par un roulement de bassin. Les hommes progressaient eux aussi avec difficulté, cherchant des appuis sur le sol détrempé et lourd de la petite île […]. » (p. 11).

Aïe, des hommes… Là où les humains passent, la faune et souvent la flore trépassent… Et que ça écrase les œufs, et que ça étrangle les pingouins pour les jeter en un tas… « Maintenant, il n’y avait plus un seul animal vivant sur l’île. » (p. 13). Immonde… Bande de pourritures !

Eldey (Île de Feu en islandais) est un îlot volcanique situé au sud-ouest de l’ouest de l’Islande. Les habitants de ce monolithe étaient des grands pingouins européens mais ils ont disparu… C’est maintenant une réserve naturelle protégée et inaccessible au public mais il ne reste que des fous de Bassan (j’ai déjà vu des documentaires).

Auguste (surnommé Gus), 23 ans, à bord de la chaloupe, voit dans l’eau un rescapé « dont un moignon d’aile cassée pendait sur son ventre » (p. 14) alors il le sauve. C’est que Gus est un jeune scientifique envoyé par le Musée d’Histoire naturelle de Lille, alors ramener un pingouin vivant, même blessé, c’est mieux qu’un pingouin mort.

Gus, installé aux Orcades (Orkney, un archipel au nord de l’Écosse), étudie le pingouin… enfermé dans une cage, « immobile, le bec enfoncé dans la poitrine, le corps tassé, comme calé sur ses pattes » (p. 16). C’est sûr qu’il vaut mieux observer discrètement les animaux dans leur milieu naturel ! Son objectif est de « le dessiner sous tous les angles possibles avant qu’il ne meure. » (p. 17).

Gus est en pension dans le village de Stromness, chez madame Bridge, pas contente de la présence de ce pingouin qu’elle trouve affreux et puant. De plus, les relations sont difficiles entre Gus et le pingouin enfermé, en colère, au regard accusateur, et qui se laisse dépérir (est-ce un comportement naturel qu’un scientifique puisse étudier ?)… Mais enfin Gus se rend compte de « sa beauté et sa majesté. […] Gus découvrait un animal unique, un animal comme il n’en avait jamais vu, dont il peinait à comprendre que c’était un oiseau. […] il fait ce qu’il doit faire, il fait ce que tous les siens font – ce qui lui permet de vivre. Il veut vivre. » (p. 31-32).

Buchanan, un habitant de l’île horrifié par les massacres, explique à Gus que le pingouin est en danger : « Ils essaieront de vendre jusqu’à une moitié de griffe du pingouin, un œil s’ils savent comment le conserver. Le marché est immense, les musées veulent des dépouilles pour enrichir leurs collections, les marchands veulent vendre des dépouilles aux musées, les collectionneurs trouveront de jolies et chères boîtes à tabac fabriquées dans les becs, si c’est à la mode. » (p. 34).

Gus se rend compte qu’il est responsable du pingouin, il devrait l’emmener en France pour qu’il soit à l’abri. En tout cas, il se rapproche de lui, comprend mieux ses besoins et l’appelle Prosperous. L’animal étant en danger avec les marins qui le veulent, Gus emmène Prosp aux îles Féroé (2e partie du roman). « Il regardait toujours Prosp, il dessinait Prosp, il écrivait sur Prosp. Tous les gestes de son animal étaient répertoriés, classés, archivés. Il en savait plus sur les grands pingouins que n’importe quel être humain sur terre en cette année 1836. » (p. 73). De plus, Gus s’est marié à Elinborg et elle s’occupe du pingouin avec lui. Gus se sent tellement proche de Prosp qu’il a l’impression de le comprendre et de ressentir les mêmes choses que lui. « Il le comprenait. Mieux, il était d’accord avec lui. » (p. 80).

Gus publie des articles dans des revues sur la faune et la flore du Grand Nord et devient une référence dans le monde scientifique.

Chez certains humains, il y a enfin une prise de conscience comme Gus qui a vu les grands pingouins massacrés ou Buchanan qui a vu un troupeau de bisons se faire égorger par des trappeurs au Canada, deux extraits de sa lettre à Gus. « J’ai vu au Canada des choses merveilleuses et affreuses. » (p. 95) et « Il paraît que c’est courant. Mais je ne pensais pas que la vue de tout ce sang, la douleur et l’incompréhension de ces animaux que les hommes achevaient juste parce qu’il était en leur pouvoir de le faire m’atteindraient autant. » (p. 96).

Gus aimerait que Prosp rencontre d’autres grands pingouins et puisse se reproduire. Le frère d’Elinborg, Signar, l’embarque pour Saint-Kilda. « Prosp criait de joie, le cou dressé vers l’horizon, la mer, les embruns. » (p. 98) mais les hommes ne voient que des phoques et des macareux, cependant Prosp sait ? a senti ? et son comportement change, « Prosp se pavanait. » (p. 99).

J’ai aimé la confiance qui s’installe entre Gus (et sa famille ensuite) et Prosp (ce n’était pas gagné, ça a été tout un travail d’approche et de compréhension mutuelles), l’affection qui les unit dans leurs similitudes et leurs différences, même si, évidemment il aurait été préférable que Prosp vive parmi les siens sans massacre… Le dernier des siens est un roman touchant inspiré de faits réels, d’un côté la violence du massacre, de l’autre l’improbable et incroyable amitié entre l’humain et le pingouin. Et puis, cette prise de conscience, bien tardive… une fois qu’il est trop tard et tellement peu d’humains se sentant concernés… Ferons-nous de même à notre époque ? Ne rien voir, ne rien comprendre, ne rien faire, agir lorsqu’il sera trop tard…?

Le dernier des siens a été sélectionné dans plusieurs prix de la rentrée littéraire et a reçu en novembre le Prix 30 millions d’amis – roman (surnommé le Goncourt des animaux) délivré par la Fondation 30 millions d’amis (à noter que le Prix 30 millions d’amis – essai a été délivré à Au nom des requins de François Sarano, un livre que j’ai acheté même si je n’ai pas pu rencontrer l’auteur lors de sa venue à la médiathèque).

Je note deux titres d’Henri Gourdin (spécialiste de Jean-Jacques Audubon) que l’autrice conseille et qui me font très envie : Le grand pingouin (Actes Sud, 2008) et Du temps où les pingouins étaient nombreux… (Pommier, 2022).

Ils l’ont lu : Céline, Delphine-Olympe, Doudoumatous, Kathel, on arrête tout, Sandrine, Yvan, c’est tout ? D’autres ?

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 29, un livre sur un thème ou une cause qui vous tient à cœur, 3e billet), Challenge lecture 2022 (catégorie 52, un livre qui a gagné un prix littéraire), Challenge nordique (attention, l’autrice est Française mais le récit se déroule dans le Grand Nord) et ABC illimité (lettre G pour nom).

L’amas ardent de Yamen Manai

L’amas ardent de Yamen Manai.

Elyzad, avril 2017, 240 pages, 19,50 €, ISBN 978-9-97358-092-4. Mais je l’ai lu en poche : J’ai lu, n° 12148, juin 2019, 224 pages, 7,10 €, ISBN 978-2-29016-508-9. Ce titre a reçu 8 prix littéraires

Genres : littérature tunisienne, roman.

Yamen Manai naît le 25 mai 1980 à Tunis (Tunisie) dans une famille cultivée (parents professeurs). Dès l’enfance, il aime la lecture et la poésie. Il étudie les nouvelles technologies de l’information à Paris et écrit en français. Ses romans – qui ont reçu plusieurs prix littéraires – sont considérés comme des contes philosophiques qui amènent les lecteurs à réfléchir (dictatures, fanatismes religieux, écologie). La marche de l’incertitude (2010), La sérénade d’Ibrahim Santos (2011) et Bel abîme (2021) plus rencontre avec l’auteur en octobre 2022.

Alors que des rois riches et puissants s’arrachent le monde (politique, économie, football), le Don, dans un petit village tunisien appelé Nawa, voit ses abeilles bien-aimées mourir… « Ce qui est arrivé n’est pas le fait d’un homme de ce village ni d’une bête des environs » (p. 22). Toute une ruche, « […] trente mille de ses abeilles. Déchiquetées pour la majorité d’entre elles. Trente mille abeilles. Ouvrières. Butineuses. Gardiennes. […] cellules profanées, […] opercules déchirés et les larves arrachées à la chaleur de leurs cocons… Le miel ? Plus une goutte, disparu, comme bu à la paille ! Et au beau milieu du saccage, la reine… Mortellement blessée […] Une colonie complète anéantie et pillée en l’espace de deux heures. Un massacre. » (p. 23).

« Quel mal étrange avait foudroyé la ruche, coupant en deux milliers de ses filles ? » (p. 24). Pour lutter contre le parasite varroa destructor, certains apiculteurs utilisent des pesticides mais le Don, non, il renforce ses ruches grâce à « l’apport de reines sauvages » (p. 45) qu’il part chercher en forêt et en montagne avec son âne, Staka. Mais ce qui est arrivé à ses abeilles, c’est autre chose et il ne sait pas quoi… « C’était la première fois de sa vie d’apiculteur qu’il était confronté à un tel phénomène. » (p. 46).

Lorsqu’il descend au village pour faire des achats, le Don ne reconnaît plus personne ! « À la vue des Nawis, il se frotta les yeux, incrédule. » (p. 58). « Mais où suis-je au juste ? se demanda-t-il. Les femmes étaient de noir nippées de la tête aux pieds, et les hommes qui avaient lâché leur barbe, étaient flanqué de longues tuniques et de coiffes serrées. […] Il courut se réfugier dans l’épicerie. Mais ce n’était pas l’apparence de l’épicière qui allait le rassurer. La bonne femme avait troqué son légendaire foulard rouge aux motifs berbères pour un voile noir satiné qui lui donnait des allures de veuve. » (p. 59). Alors, le Don se rappelle son passé d’apiculteur dans un pays qu’il a fuit, le royaume du Qafar, à cause du fanatisme et de l’hypocrisie…

« Depuis qu’il avait découvert la nouvelle dégaine de ses habitants, le Don descendait au village encore moins souvent que d’habitude. » (p. 107). Surtout, il doit s’occuper de ses nouvelles reines sauvages et veiller au confort de ses ruches. Mais, de nouveau une ruche détruite, le miel dérobé… Que se passe-t-il ? Vous l’aurez compris, c’est un frelon « aux couleurs atypiques et aux proportions gigantesques. » (p. 110).

La mondialisation et les œuvres humanitaires ont des avantages mais, entre le parasite qui arrive d’Europe et le frelon qui arrive d’Asie, c’est beaucoup pour les petites abeilles… En plus, le fanatisme religieux arrive d’Orient… Que peut faire le Don face à ces terroristes agressifs et envahisseurs ? « La nature ne pouvait accoucher d’un tel monstre du jour au lendemain. Ce frelon venait sans doute d’ailleurs. Il avait voyagé. » (p. 119). Le parallèle entre le frelon destructeur et le fanatisme importé est vraiment bien trouvé, une idée de génie !

Lorsque le Don se rend à la capitale pour chercher des informations sur le frelon géant et dangereux, la ville féerique a bien changé… Elle est même « méconnaissable […] triste et crasseuse » (p. 136), partout des barbelés, des poubelles, des blindés de l’armée, des inscriptions révolutionnaires ou religieuses… Et surtout « plus aucun libraire » (p. 137)… Heureusement le Don n’est pas démuni et il va découvrir qui est « vespa mandarinia, ou frelon asiatique géant […] la plus grosse espèce de frelons au monde. » (p. 154), j’en ai aperçu un au Japon et je peux vous dire que je n’en menais pas large mais il est parti dans une autre direction (ouf !). D’ailleurs, en parlant du Japon, « Seules les abeilles japonaises, les apis mellifera japonica, ont réussi à développer une technique de défense efficace, appelée l’amas ardent. » (p. 155). Alors, un voyage au Japon, ça vous plaît ? Un pays qui, comme la Tunisie, est « un savoureux mélange de tradition et de modernité. » (p. 168), je confirme. « Ces deux derniers jours, j’ai vu des costauds faire la queue derrière des gringalets pour rentrer dans des métros et des trains toujours à l’heure, j’ai vu des piétons qui s’arrêtent au feu rouge même à minuit alors qu’il n’y a pas l’ombre d’une voiture. J’ai vu des rues et des parcs étincelants de propreté. Pas un papier ni un mégot de cigarettes par terre. Dans les temples et les jardins zen, l’attention est portée jusqu’aux pétales, rassemblés en petit tas au pied de leurs fleurs. » (p. 181), je voulais noter ces phrases de Tahar parce que c’est ce que j’ai vu au Japon, et tant d’autres choses aussi, les costauds sont les lutteurs de sumô, les gringalets c’est parce que les Japonais sont petits et menus. C’est en fait un de mes passages préférés avec, plus loin, « Le Japon m’a appris sur moi-même plus que je n’ai appris sur lui » (p. 188), bon sang, qu’est-ce que c’est vrai !

L’amas ardent est un roman tragique mais aussi émouvant, tellement. En fait, j’aime bien les romans avec des abeilles, j’avais déjà beaucoup aimé Une histoire des abeilles de Maja Lunde et plus récemment Les abeilles grises d’Andreï Kourkov, si vous avez d’autres titres à me proposer. De plus, Yamen Manai a un humour bien à lui (par exemple, Mino Thor (p. 13), Abdul Ban Ania (p. 16), la bière dans le taxi collectif, les rêves de Jenna…). Et enfin, il y a a les différences et les similitudes entre les cultures tunisienne et japonaise. Tout ça fait de L’amas ardent un roman passionnant, très agréable à lire et un quatrième coup de cœur pour moi (Yamen Manai = 4 romans = 4 coups de cœur = un auteur à lire et à suivre absolument !).

Pour ABC illimité (lettre Y pour prénom), À la découverte de l’Afrique (Tunisie), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 19, un roman de mon auteur préféré, 3e billet), Tour du monde en 80 livres (Tunisie) et Un genre par mois (en décembre c’est l’amour, l’amour du Don pour ses abeilles, ses filles comme il dit, et l’amour que se portent Jenna et Tahar).