10 milliards de Stephen Emmott

10Milliards10 milliards de Stephen Emmott.

Fayard, octobre 2014, 208 pages, 12 €, ISBN 978-2-213-68096-5. Ten Billion (2013) est traduit de l’anglais par Sylvie Lucas.

Genres : essai, littérature anglaise.

Stephen Emmott est né le 3 juin 1960. Il a étudié les sciences et la psychologie expérimentale à Cambridge (Angleterre) puis les neurosciences computationnelles à l’Université de Stirling (Écosse). Il est professeur et auteur.

« Notre intelligence, notre inventivité et nos activités ont modifié presque chaque parcelle de notre planète. Celle-ci subit très fortement notre influence. De fait, notre intelligence, notre inventivité et nos activités sont à l’origine de tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui à l’échelle mondiale. » (p. 6).

« Comment en sommes-nous arrivés là ? » (p. 14).

Révolutions (agricoles, scientifiques, industrielles), progrès de la médecine, surpopulation, énergies fossiles ou « renouvelables », production industrielle, production outrancière, transports, pollution, climat, écosystèmes, nourriture, eau, déforestation, réchauffement climatique, probabilité de pandémies… : tout est abordé. Constat : augmentations de tout (surpopulation, productions, pollutions…) et chiffres ahurissants. Pessimisme ? Oui ! Mais à juste titre : urgence, point de non-retour !

« Toutes les données scientifiques révèlent l’inéluctable réalité : nous sommes dans le pétrin, un sale pétrin. Et tandis que notre population se rapproche des 10 milliards d’habitants, nous pénétrons en territoire inconnu. Mais, s’il est une chose prévisible, c’est que les choses vont s’aggraver encore. » (page 117).

« J’espère que je me trompe. Mais toutes les données scientifiques indiquent que j’ai raison. » (page 194).

Stephen Emmott est « responsable du département des sciences informatiques au sein de Microsoft Research et dirige à Cambridge un vaste programme de recherche scientifique interdisciplinaire en quête de nouvelles approches pour aborder certains des problèmes fondamentaux de la sphère scientifique. Il est également professeur associé de sciences informatiques à l’université d’Oxford, professeur associé d’informatique biologique à l’University College de Londres et membre honoraire du National Endowment of Science, Technology and the Arts du Royaume-Uni. ». Il n’est donc pas un alarmiste irresponsable ou en quête de couverture médiatique et son essai est à lire de toute urgence ! Même s’il est sûrement trop tard…

Une lecture dans A year in England (billet de présentation à venir).

Les coulisses de la création de Karol Beffa et Cédric Villani

CoulissesCreationLes coulisses de la création de Karol Beffa et Cédric Villani.

Flammarion, collection Documents et essais (sciences), novembre 2015, 256 pages, 18 €, ISBN 978-2-0813-6070-9.

Genre : essai.

Karol Beffa naît le 27 octobre 1973 à Paris dans une famille originaire de Pologne. Jeune acteur, il étudie la musique et décroche plusieurs prix. Il étudie aussi l’histoire, la philosophie, l’anglais et la musicologie (thèse sur György Ligeti). Il est compositeur, improvisateur, musicien (pianiste), musicologue et professeur. Plus d’infos (biographie, discographie, concerts…) sur Collège de France.

Cédric Villani naît le 5 octobre 1973 à Brive la Gaillarde en Corrèze, dans une famille d’universitaires et d’artistes. Il étudie les mathématiques mais s’intéresse à énormément d’autres thèmes. Il est mathématicien (spécialiste de l’analyse, il a aussi travaillé sur la physique statistique et les équations aux dérivées partielles), professeur et auteur. En 2010, il reçoit la médaille Fields (équivalent du prix Nobel pour les mathématiques) et en 2013, il est élu à l’Académie des sciences. Du même auteur : Mathématiques en liberté (2012), Théorème vivant que j’ai offert à mon homme (2012) et Les rêveurs lunaires (2015). Plus d’infos sur son site.

« Les rencontres font les idées, les projets et les hommes. » (p. 7, première phrase du livre). Aussi bien en mathématiques qu’en musique, les contraintes sont créatrices : « […] pas de créativité sans contraintes ! » (p. 151, Cédric Villani) et, il y a des styles en mathématiques comme en poésie ou en musique. « [… la musique : tout le monde en a besoin. […] Les arts en général sont indispensables et il est absurde de vouloir quantifier leur valeur. » (p. 18, Cédric Villani). Les mathématiques ont également une utilité sociale, c’est une des choses à découvrir dans cet essai.

Karol Beffa et Cédric Villani dialoguent sur leurs métiers, les façons dont leurs passions s’expriment, l’inspiration et ses sources, la création et ses processus, l’écriture (pas seulement pour les mathématiques et la musique mais aussi pour la langue), l’esthétique et en vrac la pédagogie, la vulgarisation, le chaos, le sommeil, la mondialisation, la productivité, la solitude, le trac, les analyses et les probabilités, la folie, le mysticisme, etc. et partagent leurs souvenirs, leurs études, l’ENS, leurs influences, l’évolution de la société depuis vingt ans, des anecdotes, des canulars et mystifications comme la fausse œuvre d’Andrzej Panufnik (un compositeur polonais émigré en Angleterre après la seconde guerre mondiale) ou les phénomènes stochastiques, etc.

Évidemment sont cités de nombreux mathématiciens et compositeurs (György Ligeti, Pierre Boulez, Henri Dutilleux…) mais au détour surgissent Franquin, Kafka, les Têtes raides, Wong Kar-wai, Quentin Tarantino, les auteurs de l’Oulipo, Allain Leprest, Paul Valéry, Albert Einstein…

J’ai souffert avec les maths, c’est vrai, mais c’est en fait un monde qui m’emballe et celui de la musique aussi ! Mon chapitre préféré est sans doute celui sur le progrès mais tous m’ont intéressée ! Les coulisses de la création est un ouvrage passionnant que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire et que je conseille à tous pour enrichir la culture personnelle et l’ouverture d’esprit. Voici quelques phrases dont je veux garder la trace :

Engrenages« Il est essentiel d’apprendre à ne rien faire. Je pense même que c’est indispensable à la formation du chercheur. » (p. 94, Karol Beffa).

Engrenages« En transmettant aux autres, on progresse soi-même et on fait progresser son travail. » (p. 110, Cédric Villani).

Engrenages« La marge est étroite entre le génie et la folie. » (p. 139, Cédric Villani).

Engrenages« […] il est rassurant de savoir qu’il est si difficile aux mathématiciens de se comprendre entre eux. Le grand public ne doit donc avoir aucune honte à avoir du mal ! » (p. 188, Karol Beffa).

Engrenages« La notion de création est inséparable de celle de progrès. » (p. 199, Cédric Villani).

Engrenages« La quantité de musique disponible est maintenant inouïe, mais il nous reste encore à réapprendre, en tant qu’utilisateurs, l’exigence de la qualité musicale… » (p. 208, Cédric Villani).

Engrenages« Et bien sûr, on admet que l’on est, d’une certaine façon, de plus en plus ignorant, par rapport à la quantité de savoir de l’humanité. D’ailleurs, le langage reflète cette évolution. Il y a encore un siècle, typiquement au temps de Poincaré, on parlait de savants. Aujourd’hui les savants ont disparu, on parle de scientifiques. On en parle plus de la connaissance, mais de l’approche, de la méthodologie, du rapport à l’ignorance, à l’incertitude. » (p. 220, Cédric Villani).

RentreeLitteraire2015Une lecture que je mets dans le challenge 1 % de la rentrée littéraire 2015.

De plus, j’ai noté, pendant ma lecture, d’écouter Akiko Suwanai, une violoniste japonaise née à Tokyo en 1972. Et Douze études d’exécution transcendante de Liszt jouées par Boris Berezovsky, un pianiste russe né à Moscou en 1969 : il existe plusieurs concerts comme celui de 2009 à Moscou ou celui de 2011 à Lisbonne mais j’ai choisi celui de 1996 à Budapest, je ne sais pas pourquoi mais j’ai été enchantée par ce que j’ai entendu alors voici :