Le guide Lovecraft de Christophe Thill

Le guide Lovecraft de Christophe Thill.

ActuSF, collection Les 3 souhaits, mai 2018, 216 pages, 10 €, ISBN978-2-36629-870-3.

Genres : essai, littérature de l’imaginaire.

Christophe Thill naît en 1965 à Paris. Il est statisticien de formation mais il s’intéresse à la littérature de l’imaginaire (et en particulier à H.P. Lovecraft). Plusieurs de ses textes sont publiés dans des anthologies ; il est le traducteur de Le roi en jaune de Robert W. Chambers (recueil de nouvelles, 1895) et il est coresponsable des éditions Malpertuis. Une interview sur ActuSF pour la parution du guide Lovecraft.

L’objectif de ce guide « est de donner une vue d’ensemble de l’œuvre de H.P. Lovecraft « et y trouver quelques suggestions de lecture » car Lovecraft n’est pas que le « créateur de Cthulhu » (p. 15) : l’œuvre de Lovecraft est riche, inspirée, inventive ; « il est également un poète, un essayiste, un théoricien du fantastique en littérature, un considérable épistolier » (p. 15).

Pari réussi pour Christophe Thill : j’ai bien apprécié ce « petit » livre et j’ai appris beaucoup de choses. Bon, je ne suis pas une spécialiste de H.P. Lovecraft mais, d’après ce que j’ai lu, beaucoup de choses fausses ont été publiées sur lui en France depuis les années 50 (des clichés, des mauvaises informations, etc.) – y compris parmi ses spécialistes – dont ce guide est peut-être indispensable pour tous, spécialistes ou néophytes. J’ai apprécié le ton et le soin, et aussi les explications données pour les nouvelles et textes à lire en priorité avec pourquoi les lire et des propositions pour en lire d’autres.

H.P. Lovecraft naît le 20 août 1890 et meurt le 15 mars 1937 donc, en 2017, c’était le 70e anniversaire de sa mort et la maison d’éditions américaine, Arkham House – créée en 1939 dans le Wisconsin par deux amis de l’auteur, August Derleth et Donald Wandrei – doit faire tomber l’œuvre de Lovecraft dans le domaine public. Mais, en France, des œuvres sont retraduites au plus proches du texte original et des œuvres sont traduites pour la première fois en français. C’est Mnémos qui publiera au deuxième semestre 2019 l’intégrale des œuvres de Lovecraft dans un superbe coffret prestige avec sept volumes et des bonus (la campagne de financement sur Ulule, terminée, a collecté près de 400 000 €) et je vous invite fortement à consulter le lien sur le site de l’éditeur.

Avec l’anniversaire de sa mort, il y a en fait un « renouveau d’intérêt » pour Lovecraft et son œuvre (retraductions, biographie, essais, hommages et pastiches) et Christophe Thill souhaite aux lecteurs « de beaux rêves… et de merveilleux cauchemars » (p. 16).

Il délivre une bio honnête sur un homme étonnant et érudit mais de santé fragile ; il tord le coup aux préjugés et fausses informations véhiculés sur H.P. Lovecraft. Il analyse une grosse partie de son œuvre (20 nouvelles à lire et 10 autres textes qui méritent l’attention) et donne une info dont je me doutais déjà : le mieux est tout simplement de lire les textes de Lovecraft sans l’ordre chronologique pour mieux « comprendre le développement de l’écriture et des idées de Lovecraft » (p. 50).

Coffret prestige « intégrale » à paraître chez Mnémos au 2e semestre 2019

Je note quelques infos pour ne pas les oublier 😉 Les influences de Lovecraft : la mythologie, E.A. Poe (fantastique macabre), Lord Dunsany (auteur anglo-irlandais, précurseur de la fantasy) et la littérature anglaise du XVIIIe siècle en général, ainsi que Nietzsche et les poètes français comme Baudelaire, sans oublier les propres rêves de Lovecraft !

Mon expérience avec H.P. Lovecraft est un peu chaotique… Elle se déroule en trois époques éloignées l’une de l’autre en gros par une puis deux décennies. 1. 1985-1986 (j’ai 19-20 ans), j’emprunte à la bibliothèque (je ne me rappelle plus quelles nouvelles j’ai lues à ce moment-là) et… je n’aime pas…, je trouve ça trop cauchemardesque et trop obscur, et puis ses textes me mettent mal à l’aise (il faut dire que je suis enceinte et que je lis plutôt des romans historiques et des romans policiers). Je me retranche alors vers des auteurs comme H.G. Wells, P.K. Dick ou Asimov, en fait des auteurs de science-fiction « classique ». 2. 1998, un ami (Lee Rony du blog Lire au nid) me prête deux recueils de nouvelles en poche : il faudrait lui demander les titres et les éditions cependant je me souviens très bien d’avoir lu La couleur tombée du ciel (The Color Out of Space, 1927) mais je n’accroche toujours pas… je trouve ça trop horrifique et même trop onirique… Alors je n’ai peut-être rien lu d’autre avant de lui rendre ses livres… et j’ai laissé tomber Lovecraft ! 3. 2017 : depuis le début de l’année, je lis des choses sur Lovecraft, l’anniversaire de sa mort approche (le 7 mars 2017, ça fera 80 ans qu’il est mort) et la curiosité envers l’homme et son œuvre s’emparent de moi ! Vais-je réussir à (re)lire et à apprécier Lovecraft ? J’en parle à mon ami Lee Rony et je crée – histoire de ne pas être seule – le challenge Printemps Lovecraft du 15 mars au 21 juin 2017 (il n’enregistrera qu’une dizaine de participants mais il durera finalement jusqu’à la date anniversaire de Lovecraft c’est-à-dire jusqu’au 20 août 2017) avec un blog dédié et un groupe FB qui perdurent. J’ai finalement réussi à lire H.P. Lovecraft et à apprécier son œuvre, en partie grâce à des adaptations en bande dessinée qui ont ouvert la voie. J’ai acheté quelques poches et je ne les ai pas encore tous lus donc je reparlerai de Lovecraft dans le futur et j’aimerais – pourquoi pas – remanier le blog dédié pour qu’il continue de vivre avec des infos récentes, des liens et d’autres notes de lectures (si j’ai le temps).

Clin d’œil à propos de La couleur tombée du ciel : j’apprends dans le guide de Christophe Thill que c’était « une des histoires préférées de Lovecraft, celle où il pensait avoir quasiment réussi à atteindre ses objectifs artistiques. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il n’est jamais allé aussi loin dans l’indicible, qui l’est ici, non par excès d’horreur, mais parce que les choses qu’il faudrait pouvoir décrire dépassent autant nos sens que notre vocabulaire. Celui utilisé dans la nouvelle est très significatif : vague, hésitant (« quelque chose » revient à plusieurs reprises), impressionniste, c’est un véritable manifeste de l’échec du langage devant l’incompréhensible. Les mots ne sont plus là que pour signaler, impuissants, la présence de quelque chose de totalement autre. […] » (p. 105).

Alors, les œuvres de Lovecraft : fantastique ou science-fiction ? Lovecraft utilisait en fait les termes de « weird fiction » (je dirais fiction de l’étrange et de l’horreur) et le terme plus générique de « littérature de l’imagination » (opposée à la littérature romantique « poétique et émotionnelle » et à la littérature réaliste « intellectuelle et analytique […] scientifique et littérale », toutes deux objectives plus que suggestives) et enfin de « cosmique ». Lisez l’excellent huitième chapitre (pages 145-157) !

Un très bon livre pour le Challenge de l’épouvante, le Challenge de l’été, le Challenge Chaud Cacao (session 2, auteurs francophones), Littérature de l’imaginaire et S4F3 #4.

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Tristesse de la terre d’Éric Vuillard

Tristesse de la terre : une histoire de Buffalo Bill Cody d’Éric Vuillard.

Actes Sud, collection Un endroit où aller, août 2014, 176 pages, 18 €, ISBN 978-2-330-03599-0. Existe en Babel, n° 1402, août 2016, 176 pages, 6,80 €, ISBN 978-2-330-06558-4.

Genres : récit historique, biographie.

Éric Vuillard, né le 4 mai 1968 à Lyon, écrit depuis 1999 ; il est aussi réalisateur et scénariste. Il vient de recevoir le Prix Goncourt 2017 pour L’ordre du jour que j’ai très envie de lire mais en attendant, voici Tristesse de la terre qui m’a fait apprécier son style.

Chicago, 1893, « pendant que l’Exposition universelle célébrait la révolution industrielle, Buffalo Bill exaltait la conquête. » (p. 12). Buffalo Bill, ancien ranger, devenu acteur et créateur du spectacle Wild West Show, voulait « révolutionner l’art du divertissement » (p. 17) car « […] le spectacle et les sciences de l’homme commencèrent dans les mêmes vitrines, par des curiosités recueillies sur les morts. » (p. 14). Le chef indien Sitting Bull se joint à sa troupe et c’est pour la promotion du nouveau spectacle qu’est prise la célèbre photo où Sitting Bull et Buffalo Bill se serrent la main !

C’est l’histoire d’une époque durant laquelle « le premier zozo venu pouvait fonder une ville, devenir général, homme d’affaires, gouverneur, président des États-Unis » (p. 21) ! On est à la fin du XIXe siècle, il y a de nombreux massacres d’Indiens, William Cody alias Buffalo Bill crée la ville de Cody dans le Wyoming, un de ses amis crée le premier Luna Park à Coney Island… Mais, malgré sa célébrité et sa richesse, Buffalo Bill est un homme sujet au découragement et à la déprime, il est terriblement seul et angoissé. « Le succès est un vertige. » (p. 38). Il est le créateur du divertissement de masse, du reality show. Qu’est-ce que le spectacle ? Le plaisir du spectacle ? « On ne sait pas. Et on s’en fiche. On aime le vertige, se faire peur, s’identifier, hurler, crier, rire, pleurer. […] Le spectacle tire sa puissance et sa dignité de ne rien être. » (p. 85-86). Et que reste-t-il ? Des photographies, souvent montées de toutes pièces, des noms, des souvenirs et aussi des mensonges qui sont pourtant devenus Histoire. « Que c’est étrange une photographie. La vérité y vit comme incorporée à son signe. » (p. 145).

Un récit biographique de Buffalo Bill (personnalité mythique des États-Unis) court mais d’une grande intensité avec un rétablissement de certaines vérités historiques (certains événements qu’on croit être historiques – ou qu’on a vu dans les westerns ! – sont en fait légendaires, soit inventés soit tronqués). Tristesse de la terre, qui a reçu plusieurs prix en 2014 et 2015 (Prix d’une vie par Le Parisien magazine, Prix Folies d’encre, meilleur récit de l’année par Lire magazine, Prix Joseph Kessel) est à lire absolument si vous vous intéressez à l’Histoire des États-Unis, au sort des Amérindiens, au monde du spectacle et si vous voulez savoir pourquoi il y a des bisons en Europe !

Dans un autre registre, Enna propose pour le mois de février un African American History Month Challenge qui concerne les États-Unis avec les Noirs-Américains. Je ne sais pas encore si je vais participer, il faut que je vois ce que j’ai en stock mais si ça vous intéresse, allez vous inscrire !

En coup de vent… /40

J’ai eu une belle surprise, encore de la part de Noctenbule, la première fois c’était un paquet pour mon anniversaire et elle m’avait prévenue de son envoi, mais là, pour Halloween, surprise totale ! Merci Noctenbule, tu es super ! Et je réfléchis encore à quoi t’envoyer (d’un peu original) pour te remercier ! Je vous mets deux photos car sur la première on voit la carte fermée alors que sur la deuxième on la voit ouverte : carte faite maison, géniale, n’est-ce pas ?

J’en profite pour vous redire que ma note de lecture du Tour du monde en 72 jours de Nellie Bly – que je viens justement de commencer et que j’aime beaucoup – sera publiée le 14 novembre à 9 heures 40 puisque c’est le jour et l’horaire où la journaliste est partie en 1889 donc ce sera comme un hommage de ma part.

En ce qui concerne cet autre livre, 10 jours dans un asile de Nellie Bly (j’avais vu la note de lecture de Noctenbule fin octobre mais je ne m’attendais pas du tout à ce qu’elle me l’envoie), je le lirai plus tard mais je suis sûre qu’il va me plaire car je m’intéresse à l’histoire de la psychiatrie, les aliénistes, etc.

Je vous souhaite une belle semaine en espérant que la reprise n’est pas trop difficile (pour les chanceux qui étaient en vacances) et qu’il ne fait pas trop froid chez vous.

Agir et penser comme un chat de Stéphane Garnier

Agir et penser comme un chat de Stéphane Garnier.

Les éditions de l’Opportun, Hors collection, juin 2017, 157 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-36075-473-1.

Genres : document, développement personnel.

Stéphane Garnier, né le 4 août 1974 à Lyon, est auteur. Plus d’infos sur http://www.stephanegarnier.com/ et sa page FB.

Je ne lis jamais de livre de développement personnel mais Agir et penser comme un chat m’a intéressée à cause du thème félin et c’est un excellent livre de bien-être et d’apprentissage de soi à travers les comportements des chats. Une philosophie, une sagesse, un coach, le chat ! Ce livre se lit comme un roman, passionnant et drôle. Il est plein de bon sens, d’exemples, de citations, il est même agrémenté des secrets de Ziggy, le chat de l’auteur depuis 12 ans.

Ce « petit livre fait du bien et se lit souvent avec le sourire aux lèvres. Il est tellement bien que j’aimerais que tout le monde le lise ! », nous dit l’auteur et c’est ce que je me dis, moi aussi !

À la fin du livre, il y a un test pour connaître son « quotient chat » afin de découvrir nos points forts et les points à améliorer. Je ne m’en suis pas trop mal sortie 😉

Une lecture pour les challenges Feel good et Un genre par mois (non fiction).

L’homme nu de Marc Dugain et Christophe Labbé

L’homme nu : la dictature invisible du numérique de Marc Dugain et Christophe Labbé.

Coédition Robert Laffont & Plon, avril 2016, 200 pages, 17,90 €, ISBN 978-2-259-22779-7.

Genre : essai.

Marc Dugain, né le 3 mai 1957 au Sénégal, est un célèbre romancier et metteur en scène (théâtre) français. Il a reçu quelques Prix littéraires et plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma, le plus connu étant La chambre des officiers.

Christophe Labbé est journaliste d’investigation au magazine hebdomadaire Le Point.

« La collecte et le traitement de données de tout type vont conditionner le siècle qui vient. Jamais dans l’histoire de l’humanité nous n’aurons eu accès à une telle production d’informations. […] Cette révolution numérique ne se contente pas de modeler notre mode de vie vers plus d’information, plus de vitesse de connexion, elle nous dirige vers un état de docilité, de servitude volontaire, de transparence, dont le résultat final est la disparition de la vie privée et un renoncement irréversible à notre liberté. […] » (p. 7, introduction).

Pourquoi, comment ? C’est ce qu’expliquent les deux auteurs dans seize chapitres explicites, argumentés, tous plus intéressants les uns que les autres. Toile numérique, téléphonie mobile, données collectées, big data, influences sur la santé et sur la vie privée, super-mondialisation… Vous saurez et comprendrez tout facilement dans cet Homme nu(mérique) vraiment abordable (mais un peu effrayant) !

Les objectifs de ces big data – les quatre plus importants sont Google, Apple, Facebook et Amazon surnommés GAFA ou « sociétés du 7e continent » – (p. 23) ? Gagner de l’argent, beaucoup d’argent ! « tout savoir sur tout » (p. 8) même si ça ne leur est pas utile tout de suite mais enregistrer, analyser, prévoir… Qu’il n’y ait plus du tout de conflits qu’ils soient personnels, professionnels, politiques, religieux… (cf. p. 181). Et pourquoi pas allonger la durée de la vie et trouver l’éternité ? (pas pour tous, pour une poignée de gens immensément riches évidemment et qui vivront dans des îlots protégés) : « vaincre le fléau originel » (p. 10) et « euthanasier la mort » comme l’a déclaré Larry Page, cofondateur de Google en juillet 2014 (p. 136).

Quels sont les risques ? L’humain sera nu devant tous ces collecteurs d’infos (big data, services de renseignements, commerces, industries…), il perdra son identité, sa vie privée, son intimité, ses données personnelles, professionnelles, médicales…

Bien sûr, il y a (et il y aura) des effets positifs ! Les connaissances, la communication, la santé, la sécurité… C’est d’ailleurs bien sûr ce qui est mis en avant par-dessus tout !

Il y a déjà des symptômes : perte des « sécrétions purement humaines » (p. 37) c’est-à-dire les émotions (véritables), l’imprévisibilité et surtout l’authenticité (« une valeur essentielle chez les Grecs anciens », p. 37), perte de la solidarité, individualisme, isolement, « psychopathologies » (p. 43), perte de la liberté individuelle (de façon pernicieuse), « forme de gouvernement mondial non élu » (p. 58), etc. Mais en tenons-nous compte ?

Certains big data sont carrément dans l’illégalité et réalisent des marchés de dupes comme par exemple des contrats entre la presse américaine et européenne directement avec les gouvernements (un patron de presse richissime est-il similaire à un président élu et peut-il signer d’égal à égal avec le représentant d’un pays ? Bien sûr que non, il lui est… supérieur !), pratiquent la censure et veulent en fait virer les États – et la démocratie – car ils les considèrent comme obsolètes et empêchant le progrès…

Quelques extraits que je voulais conserver

« Jamais, dans l’histoire de l’humanité, un aussi petit nombre d’individus aura concentré autant de pouvoirs et de richesses. » (p. 24).

« Nos données numériques ne nous appartiennent pas, nous en sommes dépouillés, les maîtres de l’industrie de la Tech se les arrogent gratuitement. C’est une partie de nous-mêmes qui nous est volée, notre empreinte numérique. Les big data ont construit leur puissance au détriment des individus. » (p. 26-27).

« L’information est infinie, et c’est ainsi que la conçoivent les big data. » (p. 63).

« La dernière chose que souhaitent les entrepreneurs du Net est d’encourager la lecture lente, oisive, ou concentrée. […] Le lecteur numérique est le prolongement de l’individu hyperconnecté qui, comme une abeille devenue folle, se livre à un butinage compulsif, sautant constamment d’un sujet à un autre. La pensée s’émiette, la réflexion se fait par spasmes. » (p. 102-103). Ce passage où les auteurs expliquent que le cerveau fonctionne différemment – et moins bien – lorsqu’on lit numérique plutôt que papier m’a découragée d’acheter une liseuse…

J’ai bien aimé l’allégorie de la caverne : réf. Platon, in La République il y a… 2500 ans ! (3e chapitre intitulé La prophétie de Platon, p. 33-44) et le parallèle avec l’hybris, le crime suprême chez les Grecs anciens (11e chapitre, intitulé Les maîtres du temps, p. 133-146).

Alors, des solutions pour lutter contre ces big data qui espionnent tout et tous ? Les auteurs en donnent dans l’avant-dernier chapitre intitulé Le retour d’Ulysse (p. 183-192) en particulier avec les hackers – attention, les hackers citoyens, les lanceurs d’alerte (pas les crackers, « sortes de hooligans du numérique » ou les phreakers ou carders, « animés par le goût du lucre », p. 185), les Anonymous, les logiciels libres, les outils d’anonymat (peu finalement…).

Intellectuellement, je comprends très bien tout ce qu’expliquent les auteurs mais… que faire ? Ne plus passer de coups de fil, ne plus envoyer de sms et de mails, ne plus consulter Internet, fuir les réseaux sociaux et les blogs ? Bien sûr, toutes ces explications font peur… mais tout cela est tellement fascinant aussi ! Transhumanisme, robotique, biogénétique, nanotechnologie, neurosciences… Alors, oui, avec ce blog, et FB, entre autres, j’externalise ma mémoire (une partie de ma mémoire seulement !) mais c’est autant pour la garder (avant, c’était sur des feuilles de papier rangées dans des classeurs !) que pour la partager et, même si cette mémoire partagée (donc utilisée par d’autres) n’est plus vraiment la mienne puisqu’elle est partagée (cf p. 178), je peux vous dire que, pour l’instant (!), mon cerveau fonctionne encore très bien, je fais des efforts de concentration, de mémoire, je ne me sens pas concernée par les symptômes de perte cités plus haut, et que tant pis si mes données sont conservées par de puissants ordinateurs super-calculateurs (cf. p. 180).

Je vais m’attacher à l’Histoire, la géographie, la cartographie, les sciences pour toujours mieux connaître ce qui m’entoure ! Je vais programmer de relire les livres fondateurs de la civilisation occidentale (avec des valeurs universelles) comme ceux d’Hérodote et d’Homère ! Je vais retenir que, malgré sa force limitée (calcul, mémoire…), le cerveau humain a développé ce que les ordinateurs n’ont pas : l’intuition, l’émotion « qui lui confère à la fois son génie et son imprévisibilité » (p. 116) car « oublier est une nécessité vitale qui nourrit l’intelligence humaine » (p. 116) et « ce n’est pas de données dont nous manquons, mais bien de ces choses que les ordinateurs ne savent pas produire : des idées, des concepts, des imaginations. » (p. 117).

Et conclure avec ces deux phrases qui me touchent particulièrement : « Ce qui constitue notre humanité, c’est indubitablement la conscience, les idées, la créativité, les rêves. L’information certes, mais en extraire la connaissance et, mieux, la sagesse, ce qu’aucun algorithme ne peut extraire. » (p. 118).

Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous lu ce livre ? Ou des articles traitant de cette dictature du numérique ? Vous privez-vous de matériel (ordinateur, téléphone, tablette, liseuse, objets connectés) pour vous défaire de cette dictature ? Ou vous vous en fichez ? Vous pensez être impuissant ? Ou vous êtes à fond là-dedans ?

J’ai trouvé cette vidéo ; même si, comme moi, c’est une émission que vous ne regardez pas, entendre les auteurs peut être tout de même intéressant :

Écrire une histoire d’Olivier de Solminihac

Écrire une histoire d’Olivier de Solminihac.

La contre allée, collection Les périphéries, octobre 2015, 64 pages, 6 €, ISBN 978-2-91781-743-8.

Genre : essai.

Olivier de Solminihac, né en 1976 à Lille, est écrivain : littérature adulte, littérature jeunesse, poésie.

Qu’est-ce que « écrire une histoire » ? L’auteur l’explique en comparant à plusieurs choses comme faire du bateau, faire du feu, fabriquer du yaourt aux fruits, construire une cabane, pratiquer un sport, etc. car il faut différents ingrédients et matériaux pour écrire une histoire et, selon ces ingrédients et ces matériaux, l’histoire sera différente.

« Écrire une histoire, c’est dans un premier temps prendre un objet, s’en saisir, et se l’approprier : le faire sien. Dans un deuxième temps, c’est être pris de l’intérieur par cet objet, être hanté par lui, être possédé par lui : devenir l’objet de son objet. Puis dans un troisième temps, c’est le faire sortir de soi, l’expulser et le rendre, et que cet objet et nous ne soyons plus liés par aucun lien de possession réciproque. » (p. 21).

J’ai lu ce petit livre pour Un mois, un éditeur car en ce mois de mai, l’éditeur choisi est La contre allée que je ne connaissais pas. Mais il n’y avait pas grand-chose ni en librairie ni en bibliothèque donc j’ai choisi cet essai : l’auteur souvent interrogé par les enfants qu’il rencontre sur le thème d’écrire une histoire y développe plusieurs idées, donc plusieurs histoires, mais j’ai trouvé cet exercice de style assez fastidieux et donc je n’ai pas été très emballée même si j’ai trouvé quelques comparaisons intéressantes. Tant pis, j’ai quand même découvert une maison d’éditions et un auteur dont je lirai peut-être un autre titre mais en fiction.

10 milliards de Stephen Emmott

10Milliards10 milliards de Stephen Emmott.

Fayard, octobre 2014, 208 pages, 12 €, ISBN 978-2-213-68096-5. Ten Billion (2013) est traduit de l’anglais par Sylvie Lucas.

Genres : essai, littérature anglaise.

Stephen Emmott est né le 3 juin 1960. Il a étudié les sciences et la psychologie expérimentale à Cambridge (Angleterre) puis les neurosciences computationnelles à l’Université de Stirling (Écosse). Il est professeur et auteur.

« Notre intelligence, notre inventivité et nos activités ont modifié presque chaque parcelle de notre planète. Celle-ci subit très fortement notre influence. De fait, notre intelligence, notre inventivité et nos activités sont à l’origine de tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui à l’échelle mondiale. » (p. 6).

« Comment en sommes-nous arrivés là ? » (p. 14).

Révolutions (agricoles, scientifiques, industrielles), progrès de la médecine, surpopulation, énergies fossiles ou « renouvelables », production industrielle, production outrancière, transports, pollution, climat, écosystèmes, nourriture, eau, déforestation, réchauffement climatique, probabilité de pandémies… : tout est abordé. Constat : augmentations de tout (surpopulation, productions, pollutions…) et chiffres ahurissants. Pessimisme ? Oui ! Mais à juste titre : urgence, point de non-retour !

« Toutes les données scientifiques révèlent l’inéluctable réalité : nous sommes dans le pétrin, un sale pétrin. Et tandis que notre population se rapproche des 10 milliards d’habitants, nous pénétrons en territoire inconnu. Mais, s’il est une chose prévisible, c’est que les choses vont s’aggraver encore. » (page 117).

« J’espère que je me trompe. Mais toutes les données scientifiques indiquent que j’ai raison. » (page 194).

Stephen Emmott est « responsable du département des sciences informatiques au sein de Microsoft Research et dirige à Cambridge un vaste programme de recherche scientifique interdisciplinaire en quête de nouvelles approches pour aborder certains des problèmes fondamentaux de la sphère scientifique. Il est également professeur associé de sciences informatiques à l’université d’Oxford, professeur associé d’informatique biologique à l’University College de Londres et membre honoraire du National Endowment of Science, Technology and the Arts du Royaume-Uni. ». Il n’est donc pas un alarmiste irresponsable ou en quête de couverture médiatique et son essai est à lire de toute urgence ! Même s’il est sûrement trop tard…

Une lecture dans A year in England.