La chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard

La chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard.

Fleuve, collection Outre-Fleuve, janvier 2017, 512 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-26511-633-7. Je l’ai lu en poche : Pocket, collection Imaginaire Fantasy, décembre 2017, 542 pages, 8,60 €, ISBN 978-2-266-28371-7. The House of Shattered Wings (2015) est traduit de l’américain par Emmanuel Chastellière.

Genres : science-fiction, fantasy.

Aliette de Bodard, bien que née à New York aux États-Unis, le 10 novembre 1982, est issue d’une famille noble française ; elle a grandi et étudié en France. Nouvelliste et romancière, elle a reçu de nombreux prix littéraires. Elle écrit en anglais et est traduite en français, ce qui lui permet de toucher les lecteurs anglophones et francophones. La chute de la Maison aux Flèches d’Argent, premier tome de la série Dominion of the Fallen, a reçu le Prix British Science-Fiction 2015. Plus d’infos sur son site officiel, https://aliettedebodard.com/ (en anglais).

En 1914, la Grande Guerre magique a opposé les Grandes Maisons – et leurs subordonnés dans les colonies – et tout est détruit. Les survivants évoluent dans Paris en ruines 60 ans après cette guerre. Philippe, un Annamite, un Immortel de la Cour de l’Empereur de Jade devenu presque mortel, et Ninon, une magicienne vivant dans un gang de rues, les Mambas rouges, cherchent à manger et des produits à revendre dans les décombres d’un grand magasin. Mais c’est une jeune Déchue qu’ils découvrent. « De près, le corps était vraiment dans un état pitoyable : des os cassés, et pas toujours de façon nette ; les mains écartées au-dessus de poignets disloqués ; le torse couvert de fluides inconnus et de sang. » (p. 14). Mais Séléné de la Maison Flèches d’Argent a senti la présence de la jeune Déchue et, récupérant le corps encore en vie malgré la lourde Chute, fait prisonnier Philippe. Séléné nomme la Déchue Isabelle et celle-ci ressent un lien avec Philippe qui, par la magie, est prisonnier dans Notre-Dame. « La Maison […] était une demeure immense et tentaculaire […] s’étirant sur toute l’île de la Cité, en grande partie dévastée. » (p. 52).

Parmi les personnages principaux, Séléné, Isabelle, Madeleine, Emmanuelle, Oris, Asmodée…, Philippe est mon préféré. « Il était encore suffisamment Immortel pour que son corps ne vieillisse pas, pour que ses pouvoirs soient toujours là, mais… » (p. 90).

Nous sommes dans un roman bien spécial…

– à la fois de science-fiction post-apocalyptique mais se déroulant dans le passé (1914 pour la Grande Guerre magique, 60 ans plus tard donc années 1970 pour nos personnages ce qui correspond à une uchronie) ;

– à la fois d’urban fantasy, c’est-à-dire fantasy urbaine : fantasy pour la magie et le surnaturel, urbaine pour le récit en centre urbain (Paris).

Et le roman est finalement un mélange de science-fiction, de fantasy et de fantastique !

J’ai eu cette impression étrange que le sort des Anges Déchus (les mêmes que ceux de la Bible) était véritablement lié aux humains et aux créatures vivant sur Terre ou créées comme les héros, les chimères… « Étoile-du-Matin. Lucifer. Le Porteur de Lumière, le Flamboyant, le Premier Déchu. » (p. 65).

Le pouvoir et la religion (une religion différente de celle qu’on connaît) sont les thèmes principaux de ce roman dans une cité en ruines… « C’est une ville fragile. Nous cherchons à éviter une nouvelle guerre des Grandes Maisons tout en guettant le moindre avantage. Personne ne voudrait faire de nouveau la guerre, bien sûr. Mais si nous avons l’occasion, même infime, de faire chuter les autres, si nous pouvons donner une leçon d’humilité à nos rivaux et même à nos alliés… nous la saisirons sans hésiter, et sans un regard en arrière. » (p. 166-167). Et qui va certainement le rester… « Il avait toujours su que les Maisons étaient corrompues, que leur pouvoir était bâti sur la mort et le sang ; mais trahir les siens… » (p. 305).

J’ai dévoré ce roman en un weekend, 10 chapitres le samedi (240 pages) et 14 chapitres le dimanche (300 pages) et j’ai hâte de lire la suite !

Une lecture pour le Challenge de l’été, Chaud Cacao (session 2) et Littérature de l’imaginaire.

Publicités

L’élixir du diable de Raymond Khoury

L’élixir du diable de Raymond Khoury.

Pocket, octobre 2012, 480 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26622-921-0. The Devil’s Elixir (2011) est traduit de l’anglais par Jean-Jacques Marvost. Roman d’abord paru aux Presses de la Cité en novembre 2011.

Genres : littérature américano-libanaise, thriller.

Raymond Khoury naît en 1960 à Beyrouth au Liban qu’il quitte avec sa famille en 1975 pour les États-Unis. Avant de se lancer dans l’écriture, il fut architecte, manager et financier. Il actuellement vit à Londres avec son épouse et leurs deux filles. Du même auteur : dans la série « Reilly & Tess », Le dernier Templier (2005), La malédiction des Templiers (2010), Manipulations (2012) et Dossier Corrigan (2014) ; autres romans, Eternalis (2008) et Le signe (2009). Plus d’infos sur https://raymondkhoury.com/.

1741, Nueva España (actuel Mexique). Alvaro de Padilla et Eusebio de Salvatierra (surnommé Motoliano, l’homme pauvre), deux Jésuites, évangélisent les tribus indigènes. « Avec l’aide de certains des premiers convertis, Alvaro et Eusebio avaient établi leur mission dans une vallée couverte d’une épaisse forêt et nichée dans les plis des montagnes occidentales de la Sierra Madre, au cœur du pays wixaritari. » (p. 13). Mais, dans une tribu qui l’a initié, Eusebio découvre une plante qui ouvre les portes de l’esprit et Alvaro le met en garde. « Eusebio, prends garde, fit-il d’une voix sifflante. Le diable a planté ses griffes en toi, avec son élixir. Tu risques de te perdre, mon frère, et je ne peux rester sans réagir et le permettre, ni pour toi ni pour aucun autre membre de notre foi. Je dois te sauver. » (p. 17).

2006, Mexique. Sean Reilly du FBI et Jesse Munro de la DEA sont en commando pour récupérer, dans un laboratoire clandestin, McKinnon, un scientifique américain enlevé, mais l’opération ne se déroule pas comme prévu… « Les travaux de McKinnon allaient passer à la postérité. Un legs infâme, de l’avis général. » (p. 21) car « Les cartels mexicains menaient maintenant le jeu et à travers tous les États-Unis les bandes de motards, les bandes des rues et des prisons leur servaient de petits soldats. » (p. 28). Lorsque Michelle Martinez, une ancienne militaire, est attaquée dans sa maison devant son fils de 4 ans, Alex, elle appelle Reilly, son ancien collègue, à l’aide. Mais Reilly ne sait pas qu’Alex est son fils ; il vit maintenant avec Tess Chaykin qui a une fille de 14 ans, Kim.

Si vous n’y connaissez rien aux neurotoxiques, hallucinogènes et psychotropes, comme moi, vous apprendrez de nombreuses choses dans ce thriller haletant tout en vous baladant au Mexique, sans oublier de faire un tour chez Raoul Navarro, surnommé El Brujo, « le chaman, le sorcier, l’adepte de la magie noire » (p. 30) et surtout chef du cartel mexicain ! De l’action, de l’aventure, des courses poursuites, des rebondissements, tout ce qu’il faut pour un bon thriller (un peu ésotérique), avec une pointe de drame familial, « […] il passera par les cinq stades, exactement comme un adulte. Tu sais… déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. » (p. 119). Un roman finalement très visuel (aucune adaptation cinématographique ?) qui se dévore en un jour (ce fut ma lecture du dimanche pour le premier weekend à 1000 de l’année) et je lirai sûrement d’autres titres de Raymond Khoury.

Je ne sais pas pourquoi mais j’avais oublié de publier en février cette note de lecture pour le Mois du polar et le challenge Polar et Thriller, les deux organisés par Sharon.

Throwback Thursday livresque #57

Nouvelle participation pour le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose.

Thème du jeudi 16 novembre : « Coupable d’insomnie, de book hangover ou troubles divers » et je déclare Code 93 d’Olivier Norek, le premier roman de l’auteur, un excellent polar, coupable de m’avoir rendue Norek-addict, d’ailleurs les romans suivants de l’auteur devraient apparaître sur mon blog, je ne m’en sortirai pas 😛

Code 93 d’Olivier Norek

Code 93 d’Olivier Norek.

Michel Lafon, collection Thrillers/Polars, avril 2013, 304 pages, 18,95 €, ISBN 978-2-74991-778-8. Je l’ai lu en poche : Pocket, collection Thriller, octobre 2014, 360 pages, 7,40 €, ISBN 978-2-266-24915-7.

Genre : polar français.

Olivier Norek, né en 1975 à Toulouse, est lieutenant de la Police judiciaire en Seine Saint Denis depuis bientôt 20 ans (en ce moment en disponibilité). Il a travaillé dans l’humanitaire avant sa carrière de policier. Il est aussi romancier et co-scénariste avec Hugues Pagan de Flic tout simplement, un film réalisé en 2015 par Yves Rénier. Plus d’infos sur sa page FB.

« Coste ouvrit un œil. Son portable continuait à vibrer, posé sur l’oreiller qu’il n’utilisait pas. Il plissa les yeux pour lire l’heure, 4 h 30 du matin. Avant même de décrocher, il savait déjà que quelqu’un, quelque part, s’était fait buter. Il n’existait dans la vie de Coste aucune autre raison de se faire réveiller au milieu de la nuit. » (p. 17). Le capitaine Victor Coste, la trentaine, enquête sur la mort de Camille, une droguée de 20 ans que sa mère et son frère refusent de reconnaître à la morgue. Quelques mois plus tard, Bébé, un Black de deux mètres de haut, se réveille à la morgue, puis Franck, un toxico, est retrouvé cramé sur une chaise avec son portable qui sonne dans son estomac toutes les trois heures. Coste n’enquête pas seul, il a une équipe un peu hétéroclite : Ronan Scoglia, Sam (Samuel) Dorfrey, Mathias est muté et remplacé par Johanna De Ritter, tout juste sortie de l’école de police, et puis l’équipe va s’associer avec Marc Farel, un journaliste fouille-merde mais efficace. « Je voulais juste souligner que si les deux affaires ont un rapport, y a un enfoiré qui se fout largement de notre gueule. » (p. 93). « Le pouvoir est une source de tentation difficilement contrôlable. Une carte tricolore et une arme peuvent donner l’impression d’être supérieur, à bien des égards, aux autres et à la loi parfois. » (p. 186).

Ce premier roman d’Olivier Norek, c’est du lourd, du brut de décoffrage, pas de fioritures, en même temps on sent que les mots sont choisis, percutants, que les descriptions du paysage et de la météo, si elles ne paraissent pas indispensables au premier abord, sont importantes : elles plantent une ambiance toute particulière. « Tenter d’arriver sans déprimer dans cette nouvelle journée qui commence. » (p. 18). L’auteur ne cherche pas à préserver ses personnages ou les lecteurs, il est direct, franc, et utilise à bon escient un humour noir qui me plaît énormément. Tout est plausible, tout est sûrement vrai car, comme souvent, les auteurs de polars s’inspirent de la société qui les entoure et de faits réels (ici, on est à Bobigny en Seine Saint Denis), d’autant plus qu’Olivier Norek est un policier du 93 ! J’ai dévoré ce roman en une journée (à vrai dire le dimanche du weekend de Pâques, oui je sais, j’ai du retard à publier ma note de lecture…) et je ne pouvais pas le lâcher ! Et je me disais : pourquoi n’ai-je acheté que celui-ci, pourquoi n’ai-je pas acheté les deux autres ? En fait, je ne connaissais pas Olivier Norek mais, au printemps, j’ai vu plusieurs gags sur FB, de Nicolas Lebel (un autre auteur de polars), et ils ont attiré mon attention sur cet auteur que j’ai absolument voulu lire, d’où l’achat de Code 93, que je me suis fait dédicacer aux Quais du polar 2017 : j’ai eu avec Olivier Norek un échange court (il y avait du monde dernière moi) mais bien agréable, un auteur abordable et sympathique, tantôt sérieux tantôt drôle, un auteur authentique qui ne triche pas et qui met toutes ses tripes et son expérience dans ses romans ; j’en veux encore !

D’ailleurs, j’ai depuis lu Territoires, le deuxième tome des enquêtes de Coste et je publierai la note de lecture dès que possible mais je peux d’ores et déjà vous dire qu’il m’a scotchée autant que Code 93 ! Vous voulez du bon – de l’excellent même – polar français ? Lisez Olivier Norek ! Comme moi, vous deviendrez sûrement Norek-addict 😉

Une excellente lecture que je mets dans les challenges Défi Premier roman et Polar et thriller.

Il était une fois… peut-être pas d’Akli Tadjer

[Article archivé]

Il était une fois… peut-être pas est un roman d’Akli Tadjer paru aux éditions JC Lattès en août 2008 mais je l’ai lu en Pocket (mars 2011, 253 pages, 6,60 €, ISBN 978-2-266-18993-4) et je remercie Blog-o-Book de m’avoir envoyé ce très joli roman qui a reçu le Prix de la Révélation 2009 de AuFéminin.com.

Akli Tadjer est né en 1954 à Paris. Il est romancier et scénariste (épisodes de Maigret). Plusieurs de ses romans ont reçu des prix. Du même auteur : Les ANI du Tassili (1985), Courage et patience (2000), Le porteur de cartable (2002), Alphonse (2005), Bel-Avenir (2006) et Western (2009).

Mohamed a 42 ans, il est artificier depuis 18 ans, il vit à Paris. Il a élevé seul sa fille, Myriam, une charmante fillette à qui il racontait le soir des histoires : « Il était une fois… peut-être pas ». Des histoires magiques, des histoires d’amour, des histoires d’Algériens et de Français dont l’histoire pendant deux cents ans a emmêlé les vies et les destins : Awa et ses éventails, Hussein Dey, Madeleine, Marion, Adam, Aziz, Kamel… Mais Myriam n’a jamais rien su concernant sa mère. S’étant prise de passion pour les bateaux, la voile et la navigation dès l’enfance, Myriam le bac en poche a décidé d’étudier à La Navale, l’école de Commerce maritime de Toulon. Myriam a 20 ans, elle est partie, elle a laissé Mohamed à Paris, elle revient mais pas tous les weekends… Et ce weekend, Mohamed doit se mettre sur son 31 ! Myriam va lui présenter son petit ami ! « Elle va me le ramener pour le déjeuner, son gus. Elle m’a casé la nouvelle la semaine dernière. Simple comme un coup de fil. […] Le reste, c’était son prénom. Je ne l’ai pas retenu. Le reste, c’était son nom. Je l’ai encore moins retenu. Et tout le reste, je n’ai pas voulu l’entendre. » (p. 10). En fait, le gus, c’est Gaston Leroux, oui comme la chicorée, et aussi comme l’auteur de Rouletabille, ça dépend de votre culture. Un jeune homme d’un blond insignifiant, mais qu’est-ce qu’elle lui trouve ? « À première vue, il était de ses beautés ordinaires. Ni gros ni maigre. Ni grand ni petit. Ni beau ni laid. Et ses yeux étaient comme le temps entre gris et bleu. » (p. 14). Les deux hommes se jaugent mais Gaston est en admiration devant le père aimant dont lui a parlé Myriam, alors que ses parents ont fait preuve de racisme envers elle et qu’il a coupé les ponts avec eux. « Tu vois venir la suite, papa ? – Je vois surtout venir le pire. » (p. 22). Impossible pour Gaston de rester à Toulon et de reprendre l’horlogerie familiale ! Il va rester à Paris et apprendre un métier ! « Alors, c’est oui puisque tu ne dis pas non. » (p. 24). Il ne manquait plus que ça ! Mohamed doit héberger le jeune homme, le supporter, le conseiller !!! Mais pendant que Gaston est à Paris et travaille avec Mohamed, Myriam de retour à Toulon a rencontré Malik, un étudiant en théologie qui veut devenir imam et qui la transforme en bonne musulmane. Mohamed va craquer, c’est sûr ! Mais un matin, il rencontre Rachel, une belle psychanalyste juive (non pratiquante).

Mohamed, le papa-poule, sous la plume d’Akli Tadjer, trouve le ton juste. Je pense que vous vous en êtes rendus compte avec les extraits dont j’ai parsemés mon résumé. Il y a beaucoup d’humour et de tendresse, pour en arriver à des choses graves (guerre, massacre, intégrisme, asservissement de la femme). On aime nos enfants de toute notre âme mais un jour l’enfance puis l’adolescence prennent fin et ils deviennent des adultes qui vivent de leurs propres ailes et qui prennent leurs propres décisions. Mais en tout cas, ne pas raconter aux enfants leur histoire, celle de leur famille, de leurs ancêtres, leur mentir ou leur cacher des choses, c’est les éloigner de la vérité et risquer qu’ils cherchent cette vérité ailleurs et qu’ils se fourvoient. Pour moi, Akli Tadjer est un auteur humaniste qui met toute son âme dans une écriture fine et envoûtante, et j’aimerais beaucoup lire d’autres de ses romans. En avez-vous lu ? Lequel me conseilleriez-vous ?

PS : J’ai oublié de dire que, vu l’humour de Mohamed/Akli Tadjer, je le mets dans le challenge Rire et humour d’Hélène.