Une famille comme il faut de Rosa Ventrella

Une famille comme il faut de Rosa Ventrella.

Les Escales, janvier 2019, 288 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-36569-421-6. Je l’ai lu en poche : Pocket, juin 2020, 336 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-26630-702-4. Storia di una famiglia perbene (2018) est traduit de l’italien par Anaïs Bouteille Bokobza.

Genres : littérature italienne, premier roman.

Rosa Ventrella naît à Bari en Italie. Journaliste et éditrice, elle se lance dans l’écriture avec Une famille comme il faut (2018) suivi par La liberté au pied des oliviers (2019) que j’ai également acheté en poche.

« Je n’oublierai jamais le jour où mamie Antonietta m’a affublée du surnom de Malacarne : mauvaise viande, méchante chair. Mauvaise graine. » (p. 11).

San Nicola, un vieux quartier de Bari dans les Pouilles. Maria De Santis est la fille d’un pêcheur, Antonio. La famille comporte aussi la mère, Teresa, la grand-mère Antonietta et les deux frères aînés, Giuseppe et Vincenzo. La famille est pauvre et le père est un homme rude voire violent. « La laideur et la douleur étaient partout autour de moi. [mais] Je ne me rappelle pas avoir pensé que ces années étaient moches ou malheureuses. » (p. 22).

Les premiers souvenirs de Maria remontent à l’âge de 7 ans puis elle avance dans le temps. Elle a une amie, Maddalena, très belle mais jalouse de ses résultats scolaires, et un camarade de classe, Michele, un gros garçon adorable mais dont la famille est louche. Elle a 10 ans lors d’un mariage en 1985 et elle décide qu’elle ne veut pas se marier. « Moi, je ne voulais dépendre de personne. Soudain je perçus ma différence. » (p. 93).

Lorsqu’elle entre au collège privé du Sacro Cuore di Gesù, Giuseppe part pour le service militaire laissant sa famille et sa petite amie, Beatrice. « En quelques semaines, je fus entourées de filles d’ennemies déclarées. Les filles de l’élite d’un côté, qui n’acceptaient pas ma présence dans leur monde feint et ouaté, et les filles de cols blancs de l’autre, dont les sacrifices servaient à prouver que l’émancipation était possible, mais pas encore pour tout le monde. » (p. 160-161).

Les années passent. Après le collège, Maria entre au lycée scientifique Enrico-Fermy et passe tous les étés avec sa mère dans la campagne de Cerignola chez mamie Assunta. Les premiers émois amoureux, des deuils, des mariages, la découverte de la politique (à la fin du lycée, le petit-ami de Maria, Alessandro, fils de militaire, est communiste), l’université où elle étudie les lettres, l’histoire et le latin… « On prend chaque jour qui vient avec l’espoir qu’il soit meilleur que le précédent, dit maman. » (p. 270).

J’ai flashé sur la couverture (poche, en noir et blanc) alors j’ai acheté ce roman pour le Mois italien. J’ai d’abord été surprise d’une telle pauvreté dans les années 80 mais j’ai lu que Bari était une région très pauvre dans le sud est de l’Italie (le talon de la botte). Sur la côte Adriatique quand même.

Au début de la lecture, je me suis demandé si ce roman ne surfait pas sur la vague de L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante qui se déroule dans un quartier pauvre de Naples dans les années 50 (et je peux mieux comprendre la pauvreté après guerre que dans les années 80). Bon je n’ai pas lu Ferrante mais j’ai vu la saison 1 de la série et j’ai remarqué des similitudes (la pauvreté, la violence, l’histoire d’une fillette qui grandit, qui est très bonne élève, etc.) qui sont peut-être simplement les souvenirs de Rosa Ventrella (du moins en partie). Et, finalement, elle traite de nombreux sujets à travers ses personnages, enfants, adolescents et adultes, par exemple la mafia, la violence et la drogue avec la famille de Michele et les mauvaises fréquentations de Vincenzo, la féminité naissante et la jalousie avec Maddalena, le rejet des personnes différentes avec le jeune travesti surnommé Mezzafemmna… Beaucoup ont des surnoms, pas toujours agréables à porter.

Les femmes sont effacées, soumises, parfois laides, certaines furent belles mais elles ont vieilli… En tout cas, elle ne sont jamais rebelles sauf Maria, la Malacarne. Et c’est elle, la narratrice, l’observatrice, qui emporte ce roman et le lecteur dans son quartier, dans son apprentissage de la vie et c’est vraiment très bien écrit. C’est presque un coup de cœur. J’ai hâte de lire la suite, La liberté au pied des oliviers (même s’il sera trop tard pour publier dans le Mois italien…).

Pour le Mois italien déjà cité et le Challenge lecture 2021 (catégorie 30, un livre dont l’histoire se déroule dans un pays européen, 5e billet) et Voisins Voisines (Italie).

L’insondable profondeur de la solitude de Hao Jingfang

L’insondable profondeur de la solitude de Hao Jingfang.

Fleuve, collection Outre Fleuve, mai 2018, 368 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-26511-786-0. Gudu Shenchu (2016) est traduit du chinois par Michel Vallet. Je l’ai lu en poche : Pocket, collection Science-fiction, mai 2019, 384 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26629-267-2.

Genres : littérature chinoise, science-fiction, nouvelles.

Hao JINGFANG naît le 27 juillet 1984 à Tianjin (nord-est de la Chine). Elle étudie la physique à l’université Tsinghua de Beijing puis l’économie et la gestion. Elle est autrice de science-fiction (romans, nouvelles) et d’un essai sur la culture. L’insondable profondeur de la solitude est son premier livre traduit en français et la nouvelle Pékin Origami 北京折叠, 2015) reçoit le Prix Hugo en 2016 (premier auteur chinois à recevoir ce prix). Vous comprenez le chinois ? Vous pouvez alors suivre son activité sur son blog officiel.

J’ai lu ce recueil de nouvelles fin novembre 2020 et ma note de lecture attend depuis… Pourquoi ? Parce qu’il y a 11 nouvelles – dont certaines en plusieurs parties – et que je m’étais mise en tête de parler de toutes les nouvelles ! J’imagine bien le billet de 4 ou 5 pages alors je vais faire plus court (j’ai pris trop de notes en fait).

Dans une introduction, Hao Jingfang explique que les nouvelles ont été écrites entre 2010 et 2016 et que celle de Pékin Origami a été conçue « comme la première partie d’un roman » (p. 5) mais le projet n’est pas encore finalisé.

Pékin Origami (en 5 parties) – Lao Dao, 43 ans, célibataire, employé au centre de traitement des ordures, vit à Pékin. La ville est divisée en trois espaces qui vivent en alternance grâce à un basculement genre pliage (d’où origami). Lao Daol vit dans le troisième espace (celui où habitent les plus pauvres) mais il est investi d’une mission. « Je n’ai pas le temps de m’expliquer. Je dois me rendre dans le premier espace. Dites-moi comment. » (p. 10). Cette nouvelle parle de la surpopulation et de l’aliénation selon le statut social.

Au centre de la postérité – Ah Jui, 22 ans, violoniste, mariée à Chen Jun, arrive à la Royal Academy of Music à Londres. Elle veut passer un master de composition. « Ah Jiu n’était pas douée pour l’interprétation mais pour la composition. Elle en était sûre, et tous les professeurs qu’elle avait eu depuis son enfance le reconnaissaient. […] Elle aimait la composition musicale au point d’en faire son langage. » (p. 65). Mais durant sa troisième année d’études, la Terre est envahie par des « hommes d’acier », des extraterrestres venant d’une « planète lointaine ». Une nouvelle qui plaide pour la culture, plus importante que tout.

Le chant des cordes (5 parties) – Pendant le concert de la Symphonie n°2 de Mahler, Résurrection, une explosion fait fuir le public. Nous retrouvons les « hommes d’acier », ces extraterrestres qui s’en prennent à la Terre sauf « les villes anciennes [et] les lieux liés à l’art » (p. 94). Et s’il était possible de détruire la Lune, sur laquelle les extraterrestres ont établi leur base, avec la musique (oscillations, résonance…) ? Plusieurs musiciens et scientifiques se réfugient à Shangri-la. Comme la nouvelle précédente, cette nouvelle est une réflexion sur la liberté et la domination.

Le dernier des braves (3 parties) – Sijie47, poursuivi par des drones, se réfugie dans ce qu’il pense être l’entrepôt d’un supermarché mais c’est en fait un dépôt de munitions surveillé par Pannuo 32, un vieil inoffensif. Inoffensif, vraiment ? Cette nouvelle développe le clonage et la désobéissance.

Le théâtre de l’univers – Glasgow, hiver 2099. C’est l’ère du Céphalocène, « l’ère du partage des cerveaux » (p. 167). Elaine rencontre un musicien de rue ce qui devenu très rare. Elle qui déplore la disparition des rituels et des fêtes qui marquaient la civilisation est ravie. « […] qu’est-ce qui l’a poussée [l’humanité] à abandonner son agressivité pour se sociabiliser ? Les fêtes. » (p. 173). Mais A n’est pas qu’un simple chanteur de rue… Cette nouvelle met en parallèle passé et futur.

Question de vie ou de mort (2 parties) – Un Pékinois rentre tranquillement chez lui lorsqu’il est heurté par une Maserati. Il se réveille dans une ville inconnue où tout est gris. « Il ne savait toujours pas s’il était mort. » (p. 184). L’ambiance de cette histoire est particulière, elle délivre un message philosophique différent mais elle est angoissante.

Le palais Epang (13 parties + 3 épilogues) – Alors qu’Ah Da disperse les cendres de ses parents dans la mer, il s’endort sur le petit bateau et se retrouve devant une île inconnue. « [une] plage, une petite montagne et une végétation luxuriante […] une pierre dressée, presque masquée, au bord d’un bosquet. » (p. 230). Il découvre une grotte avec « des statues similaires aux soldats en terre cuite de Xi’an » (p. 232). Il ramène la statue de l’empereur Qin Shi Huang (ancienne de deux mille ans) chez lui. Celui-ci lui propose de participer au concours de reconstruction du palais d’Epang. Prenons-nous nous-mêmes des décisions ou sommes-nous influencés par ce et ceux qui nous entourent ? « Fleuves et montagnes changent, seul le pouvoir est éternel ! » (p. 278). Et si le passé était lié au présent et inversement ? C’est étrange parce que c’est ce qui est (en partie) développé dans le roman La Mort et le Météore de Joca Reiners Terron que j’ai lu récemment.

L’envol de Cérès (3 parties) – Sur Cérès, les enfants de l’école primaire Anya attendent le bibliothécaire, Monsieur Ronning, avec impatience. Celui-ci arrive de Mars à bord d’un vaisseau. De l’importance de la lecture (même si les livres sont dématérialisés) et de l’imagination. Mais « les sentiments n’ont pas leur place dans le déroulement de l’histoire humaine. » (p. 317) parce que Mars a besoin de l’eau de Cérès… de toute l’eau de Cérès. Cette nouvelle entre dans le Challenge de la planète Mars car les humains vivent sur Terre (où c’est apparemment le chaos), sur Cérès et sur Mars (qui est une des 3 parties de la nouvelle). D’ailleurs, voici un extrait. « Vu à haute altitude, l’hémisphère Nord de Mars semble constitué d’une vaste mer azur aux vagues magnifiques qui s’étend sur des milliers de kilomètres. À mesure que l’on se rapproche du sol, cette vaste mer se fragmente en d’innombrables parcelles, lacs de tailles diverses entrecroisés de fleuves. […] Ce sont des toits, les toits des villes. Les toits de Mars sont recouverts d’immenses panneaux solaires de silicium. » (p. 303-304).

La clinique dans la montagne – Han Zhi s’est perdu dans le parc qui est maintenant fermé. Son épouse, Andun, va s’inquiéter d’autant plus qu’il devait acheter deux biberons pour leur bébé, Xiao Peng. Han Zhi a 32 ans, il est maître de conférences à l’université mais son beau-père aimerait qu’il gagne plus d’argent. Ce n’était pas une dispute mais « Han Zhi était sorti de la maison et avait pris un bus direct pour la banlieue. » (p. 331). Ses pas le conduisent en fait à la clinique de la montagne où vit son ami, Lu Xing. Et ça va changer sa vie ! En bien ou en mal, ça…

La chambre des malades – Qi Na et Han Jie travaillent dans un hôpital. « Dis-moi, quel sens y a-t-il à continuer à vivre quand on en arrive là ? » (p. 367). Exaspéré par son ami, Ah Paul, qui ne lui donne pas de nouvelles et passe son temps à surfer sur les réseaux sociaux, Qi Na décide d’essayer les électrodes des malades… Les dangers du repli sur soi et des réseaux sociaux trop présents dans les vies humaines.

Le procrastinateur – Ah Chou doit rendre un projet de recherche le lendemain matin mais il n’arrive pas à le rédiger… Ses camarades de chambre ne peuvent pas l’aider mais « Ah Yan sourit jusqu’aux oreilles : Je t’avais bien dit de t’y mettre plus tôt, et que les articles étaient long à résumer. » (p. 376) et « Ah Dan rampa hors du lit : […] C’est encore quand je m’y mets au dernier moment que le résultat est le meilleur […] . » (p. 377). Syndrome chinois, travailler, toujours, et toujours plus ?

Un bon recueil de nouvelles de science-fiction par une jeune Chinoise (déjà la science-fiction a été interdite en Chine pendant longtemps donc la science-fiction chinoise débute mais le fait que l’autrice soit une femme, récompensée en plus, est rare). Ci-dessus, j’ai écrit bon et pas excellent parce que je pense que les nouvelles sont de qualité inégale, premièrement j’aurais aimé m’attacher plus aux personnages et deuxièmement, avec plusieurs parties, certaines nouvelles sont trop longues… (ou la traduction pas très bonne…). Toutefois, pour découvrir les problèmes de la société chinoise, et de l’humanité en général (parce que c’est l’humain qui est toujours mis en avant), c’est un bon recueil de nouvelles qui amène le lecteur à réfléchir non seulement sur le présent mais aussi sur le futur parce que vraiment beaucoup de thèmes sont abordés (il y en a ainsi pour tous les goûts).

Un recueil que je mets dans Challenge de la planète Mars (pour la nouvelle L’envol de Cérès), Challenge lecture 2021 (catégorie 19, un recueil de nouvelles, 2e billet), Littérature de l’imaginaire #9, Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

Robopocalypse de Daniel H. Wilson

Robopocalypse de Daniel H. Wilson.

Pocket, juin 2017, 480 pages, 8,70 €, ISBN 978-2-26624-246-2. Robopocalypse (2011) est traduit de l’américain par Patrick Imbert.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, post-apocalyptique.

Daniel H. Wilson naît le 6 mars 1978 à Tulsa dans l’Oklahoma (il est Cherokee). Ancien ingénieur à Microsoft et Intel, il est spécialiste de la robotique et de l’intelligence artificielle. Il est auteur d’essais scientifiques parfois humoristiques, d’articles parus dans le New York Times et le magazine Wired, de romans de science-fiction et de nouvelles. Du même auteur, j’ai lu et bien aimé Le cœur perdu des automates. Plus d’infos sur son site officiel.

Robots (machines) et humains sont en guerre. Bright Boy et son équipe découvrent un cube dans le puits N-16, dans la plaine de Ragnorak en Alaska. « Ce truc, c’est la boîte noire de toute la guerre, nom de Dieu. » (p. 16).

Le narrateur est Cormac « Bright Boy » Wallace mais en fait, en plus de son témoignage (les extraits sont en italique), il retranscrit ce que le cube a enregistré (c’est-à-dire absolument tout), des conversations téléphoniques, des entretiens privés et parfois classifiés top-secrets, des comptes-rendus scientifiques ou militaires, des rapports, ce qui donne un roman très diversifié, bien construit, moderne et passionnant. « Les machines nous ont attaqué sans prévenir, elles ont bouleversé notre vie quotidienne, elles sont nées de nos rêves, mais aussi de nos cauchemars. » (p. 20).

Tout commence lorsque le professeur Nicolas Wasserman crée Archos et Cormac Wallace raconte les incidents qui ont suivi les mois suivants aux États-Unis, au Japon, en Afghanistan (avec un robot militaire américain), en Angleterre jusqu’à l’Heure Zéro, au moment où les machines (robots mais aussi jouets, téléphones, véhicules et appareils connectés…) entrent en guerre. De nombreux humains sont tués mais certains échappent au massacre comme Marcus Johnson et son épouse Dawn à New York City, la sénatrice Laura Perez et ses enfants, Mathilda et Nolan. « Le monde a changé depuis un an. Notre technologie nous lâche de plus en plus. Les incidents se multiplient. Lentement, mais sûrement. Nos transports, nos communications, notre défense nationale… Plus je constate de dysfonctionnements, plus cette société me paraît creuse, prête à s’effondrer à tout moment. » (p. 157).

Lonnie Wayne Blanton, policier et indien Osage, a pu, avec sa Honda 350, se réfugier dans la réserve de Gray Horse au centre de l’Oklahoma, comme beaucoup d’Osages qui conduisent de vieilles voitures ou de vieilles motos (non connectées) ou, comme leurs ancêtres, en voyageant à cheval. « Gray Horse est rapidement devenu le bastion de la résistance humaine. » (p. 182). La résistance existe aussi au Japon, à Adachi, avec la forteresse et les robots amis de Takeo Nomura, et en Afghanistan avec Paul, soldat américain, et Jabar, jeune Afghan.

Au moment de l’Heure Zéro, Cormac « Bright Boy » Wallace est avec son frère aîné, Jack, à Boston. Jack est « soldat du feu » et « membre de la Garde nationale » (p. 221). Il a donc accès à l’armurerie de la ville et sait quoi faire en toute circonstance. Heureusement parce que Cormac a l’impression d’être « un gamin dans un costume d’Halloween de soldat, avec un fusil d’assaut chargé. » (p. 229). Pendant ce temps-là, à Londres, Lurker et Arrtrad, font ce qu’ils savent faire, hacker, ce qui « a sauvé l’humanité de l’extermination. » (p. 338).

Le Bright Boy Squad (de Cormac Wallace) et le Freeborn Squad (des robots « éveillés » qui se sont libérés de l’emprise d’Archos) s’unissent pour détruire Archos. C’est en Alaska qu’on les retrouve près de 3 ans après l’Heure Zéro. « Je ne réfléchis pas. J’agis. La suite n’a plus rien à voir avec la logique ou l’émotion. Ce n’est plus une question d’humanité, d’inhumanité, c’est une urgence, une obligation, un fait. Je crois que ce genre de choix, les choix pris dans des situations extrêmes, révèle notre moi profond, dépasse l’expérience et la réflexion. Dans une existence humaine, c’est sans doute la chose qui se rapproche le plus du destin. » (p. 407-408).

Le lecteur suit donc plusieurs personnages, tous différents mais prêts à se battre, ou tout du moins à survivre, aux États-Unis, au Japon, en Afghanistan et dans une moindre mesure en Angleterre, et ils sont tous attachants même si mon préféré est Cormac « Bright Boy » Wallace, le narrateur.

Après avoir lu R.U.R. de Karel Čapek (la première fiction avec des robots), me voici de nouveau avec des machines et des robots qui s’en prennent aux humains mais, dans Robopocalypse, ils sont plus élaborés, plus dangereux et il s’en est fallu de peu que l’humanité disparaisse ! Bien sûr, cette histoire m’a fait penser à la série Battlestar Galactica et au roman Un océan de rouille de C. Robert Cargill (dans lequel il n’y a carrément plus d’humains), Robopocalypse étant très réaliste et visuel. Je n’ai pas pu lâcher ce roman et j’ai très envie de voir le film éponyme réalisé par Michael Bay en 2020. L’auteur met en évidence les dangers de l’IA (Intelligence Artificielle) et il sait de quoi il parle en tant que scientifique (j’espère que tout cela restera de la fiction !). Les humains ont, avec d’immenses pertes, vaincu les robots mais ce n’est pas fini, il y a une suite, Robogenesis, que je pense lire tout bientôt.

Une excellente lecture que je mets dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 47, un roman qui a été adapté en film ou en série) et Littérature de l’imaginaire #9.

Une histoire des abeilles de Maja Lunde

Une histoire des abeilles de Maja Lunde.

Presses de la Cité, août 2017, 400 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-25813-508-6. Bienes Historie (2015) est traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon. Je l’ai lu en poche : Pocket, août 2018, 448 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26628-435-6. Je préfère la couverture du poche qui en plus a comme des alvéoles.

Genres : littérature norvégienne, roman, science-fiction.

Maja Lunde naît le 30 juin 1975 à Bislett (un quartier d’Oslo) en Norvège. Elle étudie à l’université d’Oslo et publie son premier roman, Over Grensen soit À travers la frontière, en 2012, un roman jeunesse ; suivront Barnas Supershow (2012) et Battle (2014) avant ce premier roman pour adultes, Une histoire des abeilles, qui reçoit le Fabelprisen en 2016. Ensuite Snill, snillere, snillest (2016, roman jeunesse) et Blaa soit Bleue (2017) paru aux Presses de la Cité (2019). Ne sont donc traduits en français que ses deux romans pour adultes.

2198, Sichuan, Chine. Tao pollinise manuellement les arbres fruitiers. Elle est mariée à Kuan et le couple a un fils de 3 ans, Wei-Wen. « Les abeilles avaient disparu dès les années 1980, bien avant l’Effondrement, tuées par les insecticides. » (p. 10). Dans cette Chine du futur, les enfants travaillent dès l’âge de 8 ans car il faut que tous participent à l’effort collectif.

1851, Hertfordshire, Angleterre. William est naturaliste et tient un petit magasin de semences. Il est marié à Thilda et le couple à un fils, Edmund, 16 ans, et 7 filles entre 7 et 14 ans. Elles chantent un chant de Noël mais leur père est très malade. « Il n’y aurait pas de miracle aujourd’hui. » (p. 25).

2007, Ohio, États-Unis. George est fermier et apiculteur. Il est marié avec Emma et leur fils, Tom, étudiant, revient à la maison pour une semaine de vacances. Mais père et fils n’arrivent pas à communiquer et William ne comprend pas que Tom soit devenu végétarien. « Si j’avais su que tu deviendrais comme ça, je ne t’aurais jamais envoyé à la fac. » (p. 33). En plus, Tom veut devenir journaliste.

L’Effondrement, c’est « la chute des démocraties et la guerre mondiale qui avait suivi, quand la nourriture devint une denrée réservée à une infime minorité. » (p. 40).

Ce roman en triptyque est constitué de chapitres qui se suivent, toujours dans le même ordre : 2198, 1851, 2007. À travers le temps et l’espace, cette histoire des abeilles montre que tout est lié sur cette Terre et que l’humanité court à sa perte si elle continue sur le chemin qu’elle a pris.

En 2007, beaucoup d’apiculteurs dans le sud des États-Unis perdent leurs abeilles à cause de l’apiculture et de l’agriculture intensives. « Elle devait être l’œuvre de l’homme, car lui seul est capable d’inverser l’ordre de la nature et de la placer sous son contrôle, plutôt que le contraire. » (William à propos d’une nouvelle ruche qu’il veut fabriquer, p. 160). C’est donc en 2007 que l’expression Colony Collapse Disorder est créée, c’est « le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles. » (p. 310). Dans les années qui suivent, ce phénomène touche le monde entier…

Qu’est-ce qui relie ces hommes, ces familles ? Tout d’abord, les abeilles mais pas que… Les liens familiaux, la transmission aux générations suivantes, l’écologie… Mais, reprenons dans l’ordre chronologique. 1851 donc, en Angleterre, William va fabriquer les premières ruches qui vont emprisonner les abeilles et créer l’apiculture humaine. On sait maintenant que les abeilles sauvages ont pratiquement disparu… 2007, les ancêtres (une en fait) de William ont apporté aux États-Unis les plans de ces ruches et George va essayer de les reproduire voire de les améliorer. On sait maintenant que ça a aggravé les choses et que les abeilles ont disparu de plus en plus et dans le monde entier. 2198, il n’y a plus d’abeilles depuis plus de deux siècles et la pollinisation doit se faire manuellement (c’est qu’il faut nourrir toute la population). Mais, lors d’un pique-nique, il arrive quelque chose à Wei-Wen et il est retiré à ses parents : Kuan se résigne mais Tao va tout faire pour retrouver son fils.

Voilà, le reste, je vous laisse le découvrir dans ce précieux roman visionnaire qui met en parallèle passé, présent et futur de façon admirable. L’écriture de Maja Lunde doit être géniale et, en tout cas, le roman est très bien traduit. J’ai passé un merveilleux moment de lecture, sur les trois continents à trois périodes différentes (comme trois romans différents en fait) mais bien choisies car elles sont les trois novatrices, en pensant bien faire, et conduisent à la catastrophe…

Coup de cœur pour moi, ce premier roman traduit en français d’une Norvégienne, tiens Décembre nordique, ça tombe bien ! Bon, je sais, je l’ai lu avant mais j’ai tellement de retard dans mes notes de lecture… Et puis, j’ai mis ce livre dans Mon avent littéraire 2020 en jour n° 5 (aujourd’hui…) pour « Le livre dont l’écriture m’a éblouie » donc il faut bien que je la publie cette note de lecture ! Et j’ai un message pour vous, tous, lisez ce roman !

J’honore aussi les challenges Animaux du monde #3 (abeilles), Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour Abeilles) et Voisins Voisines 2020 (Norvège).

Ils l’ont lu : Le chien critique, Lutin82 (Albédo), Yogo (Les lectures du Maki).

Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020, ce roman est dans le jour n° 5.

Le chat zen de Kwong Kuen Shan

Le chat zen de Kwong Kuen Shan.

Pocket, novembre 2011, 96 pages, 6,95 €, ISBN 978-2-26622-196-2. The Cat and the Tao (2002) est traduit de l’anglais par Alain Sainte-Marie.

Genres : littérature hongkongaise, poésie, peintures.

KWONG Kuen Shan est une Chinoise née à Hong Kong. Elle étudie l’anglais, la littérature chinoise et la peinture. Elle est peintre et calligraphe. Autres titres parus aux éditions L’Archipel : Le chat philosophe (2008) que je dois avoir quelque part dans un carton, Le chat à l’orchidée (2015), Le chat qui m’aimait (2017), Les quatre saisons du chat (2018) et Les 8 bonheurs du chat (2019). Ne sont pas parus en français : Portraits of Wales – A Chinese View (2015) et The Tao of Dogs (2016). Plus d’infos sur http://kwongkuenshan.net/.

« Je n’avais aucune connaissance des chats et je n’en avais jamais peint auparavant. » (p. 7). C’est qu’elle est allergique… Mais un jour, elle recueille Healey, le chat de voisins qui ont déménagé et qui revient plusieurs fois. Depuis, elle a eu d’autres chats et observent aussi les chats dans la rue, dans les jardins. « J’étais sous le charme absolu de leur élégance, de leur agilité, de leur endurance et, par-dessous tout, de leur indépendance et de leur force de caractère. » (p. 8).

Chaque œuvre de Kwong Kuen Shan – 40 peintures « avec un mélange de technique méticuleuse et de technique libre » (p. 8) – est associée à un texte classique de la littérature chinoise. « Les textes présentés dans ce livre sont un choix d’anciens proverbes chinois, de poèmes et de maximes des grands maîtres : Confucius, Lao Tzeu, Zhuangzi et Sun Zi. » (p. 10). Je rajoute Feng Menglong, Zuo Quining, Mencius, Gao Bogong, Bai Juyi, Zi Gong, Lu Xuoxun et Liu Xiyang pour être exhaustive. Et il y a aussi plusieurs sceaux différents qui sont répertoriés et expliqués en fin de volume.

Quel très beau livre, même en format poche ! Il est dépaysant, reposant et les peintures de Kwong Kuen Shan sont toutes superbes. Parmi mes préférées, allez 5 sur 40, c’est raisonnable : L’inexprimé qui est sur la couverture (p. 13), Une branche de magnolia (p. 29), Les deux frères (p. 47), Lotus (p. 65) et La cour (p. 81).

La peinture la plus drôle : La mangeoire à oiseaux (p. 49), devinez qui est dans la mangeoire à oiseaux !

Mon texte préféré : Grandir (anonyme, p. 72) : « L’avantage d’être tout petit : / Comme un brin d’herbe / qui lève les yeux vers les arbres, / Comme un torrent qui regarde vers l’océan, Comme une lanterne dans la chaumière / qui regarde les étoiles du ciel, / C’est que, étant tout petit, / Je peux voir ce qui est grand. »

Une belle lecture pour les challenges Animaux du monde #3, Cette année, je (re)lis des classiques #3 (textes classiques chinois) et Challenge de l’été (Hong Kong).

Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley

Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley.

Pocket, août 2017, 320 pages, 4,95 €, ISBN 978-2-26628-303-8. Brave New World (1932) est traduit de l’anglais par Jules Castier.

Genres : littérature anglaise, science-fiction, utopie, dystopie.

Aldous Huxley naît le 26 juillet 1894 à Godalming (Surrey, Angleterre). Son père est l’écrivain Leonard Huxley. Il étudie la littérature anglaise à Oxford. Il est romancier, nouvelliste, poète, essayiste et scénariste. Il meurt à Los Angeles (Californie, États-Unis) le 22 novembre 1963 (le même jour que le président John Kennedy et l’écrivain C.S. Lewis).

Année 632 de N.F. (Notre Ford). Des étudiants visitent le Centre d’Incubation et de Conditionnement de Londres-Central. Tandis que les Alphas et les Bêtas n’ont qu’un seul œuf (et naissent donc uniques), les Gammas, les Deltas et les Epsilons subissent le procédé Bokanovsky : un genre de clonage (même si ce mot n’est jamais cité) qui engendre entre 8 et 96 embryons (bourgeons) bien utiles pour les travaux agricoles ou en usines. La devise planétaire de cet État Mondial est « Communauté, Identité, Stabilité. Des mots grandioses. » (p. 30).

En fait, conditionnement et prédestination pour tous sont la règle et tout le monde prend la soma (la drogue du bonheur). « Et c’est là, dit sentencieusement le Directeur, en guise de contribution à cet exposé, qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper. » (p. 40). Dans le monde d’avant (c’est-à-dire le nôtre), les gens étaient « fous, méchants et misérables » (p. 68), ils n’étaient pas « sains d’esprit, vertueux, heureux » (p. 68), c’est qu’ils n’étaient pas conditionnés pour lutter contre « leurs tentations et leurs remords solitaires, […] leurs maladies et leur douleur qui les isolait sans fin, avec leurs incertitudes et leur pauvreté […], en solitude, dans l’isolement désespérément individuel […]. » (p. 68). Or, c’est la stabilité qui compte. « Pas de civilisation sans stabilité sociale. Pas de stabilité sociale sans stabilité individuelle. » (p. 69). Dans Candide, Voltaire disait déjà « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. » (p. 5).

L’enseignement de Sa Forderie (il y en a dix dans le monde et l’actuel Forderie pour l’Europe occidentale est Mustapha Menier), en alternance avec les discussions de Henry Foster et le Prédestinateur Adjoint d’un côté, et de Lenina et Fanny de l’autre, c’est du pur surréalisme ! Et je ne vous dis pas de quelle façon sont traitées les femmes… Surtout celles qui sont « pneumatiques » dans un monde où la sexualité est totalement libérée : « Je l’ai eu par-ci, je l’ai eu par-là. » (p. 73). Et ce n’est pas mieux avec les « représentants des classes inférieures » (p. 97).

Cependant, il y a parfois des accidents dans le procédé des embryons. Par exemple, Bernard Marx n’a pas la bonne taille et il ressemble plus à un Epsilon qu’à un Alpha ; Elmholtz Watson est trop capable. Déficience physique pour l’un, excès mental pour l’autre… C’est que la motivation principale est « Tout le monde est heureux, à présent ! » (enseignée aux enfants dès l’âge de 5 ans). Mais eux ne sont pas heureux, car ils ont pris conscience d’être à part, d’être des individus différents. Grains de sable dans le rouage ?

J’aime bien le cynisme de Bernard Marx : à chaque fois qu’il entend quelqu’un prononcer par habitude (réciter) une leçon hypnopédique (enseignée à tous à leur insu pendant leur sommeil, dès l’enfance), il annonce la période et la durée de cette leçon.

Il y a en fait deux mondes : le monde de Notre Ford (clin d’œil à Our Lord), un État Mondial créé après la Guerre de Neuf Ans (apparemment nucléaire et bactériologique), et le monde des Sauvages, qui vivent dans des Réserves éloignées et que l’auteur aborde en deuxième partie du roman. Justement, pendant les vacances, Bernard Marx et Lenina Crowne se rendent en Amérique (au Nouveau-Mexique) pour visiter une Réserve de Sauvages : « pas de parfums, pas de télévision, pas même d’eau chaude. » (p. 136). Lenina est horrifiée par ce qu’elle voit (et sent !) chez ces Sauvages. « Mais c’est terrible, chuchota Lenina, c’est épouvantable ! Nous n’aurions pas dû venir ici. » (p. 147). Les Sauvages se reproduisent à l’ancienne (viviparité), ils sont moches, sales, vieux… Mais Bernard et Lenina vont avoir une sacrée surprise qui va changer leur vie ! « Eh bien, j’aimerais mieux être malheureux que de connaître cette espèce de bonheur faux et menteur dont vous jouissez ici ! » (John, p. 224). « Mais vous plaît-il d’être des esclaves ? […] Vous plaît-il d’être des bébés ? Oui, des bébés, vagissants, bavants […]. Oui, bavants […]. Vous ne voulez donc pas être libres, être des hommes ? Ne comprenez-vous même pas ce que c’est que l’état d’homme, que la liberté. […] Vous ne comprenez pas ? » (John, p. 264).

L’auteur s’est bien éclaté avec les noms de ses personnages : par exemple Lenina Crowne, Benito Hoover, Bernard Marx, Darwin Bonaparte… Il mixe prénom et nom de personnalités en vue au début du XXe siècle, politiques mais pas que (Lénine, Marx, Bakounine, Watson, Freud, etc.).

Aldous Huxley écrit Brave New World en 1931 (en 4 mois, dans le sud de la France) et le roman est publié en 1932 à Londres. Classé en dystopie, le roman est pourtant considéré par son auteur comme une utopie ! Préface de l’auteur de 1946. « À tout bien considérer, il semble que l’Utopie soit beaucoup plus proche de nous que quiconque ne l’eût pu imaginer, il y a seulement quinze ans. À cette époque, je l’avais lancée à six cents ans dans l’avenir. Aujourd’hui, il semble pratiquement possible que cette horreur puisse s’être abattue sur nous dans le délai d’un siècle. » (p. 20-21). Aldous Huxley n’a pas tort car par certains côtés, nous y sommes (le culte du bonheur, l’aseptisation, le monde séparé en deux…).

Dans Brave New World, l’auteur s’inspire énormément des œuvres de Shakespeare (puisque c’est le livre qu’a pu lire John durant son enfance et son adolescence). Le titre même, Brave New World, vient de The Tempest (La tempête) de Shakespeare (acte 5).

Il y a de nombreux extraits du Meilleur des mondes sur Wikiquote.

Une excellente relecture (je l’avais lu à l’adolescence) pour le Mois anglais que je mets aussi dans Cette année, je (re)lis des classiques, le Challenge de l’été (pour l’Angleterre), Littérature de l’imaginaire #8 et Summer Short Stories of SFFF – S4F3 #6.

Et si les chats disparaissaient du monde… de Genki Kawamura

Et si les chats disparaissaient du monde… de Genki Kawamura.

Pocket, novembre 2018, 176 pages, 6,50 €, 978-2-26628-657-2. 世界から猫が消えたなら (Sekai kara neko ga kieta nara, 2012) est traduit du japonais par Diane Durocher.

Genres : littérature japonaise, fantastique.

Genki Kawamura 川村元気 naît le 12 mars 1979 à Yokohama (Kanagawa, Japon). Il travaille dans le monde du cinéma (scénariste, producteur) et c’est son premier roman (il a d’ailleurs été adapté au cinéma en 2016, bande annonce ci-dessous).

Le narrateur, un jeune homme de 30 ans, facteur de son métier, pense qu’il n’a qu’un rhume mais il souffre tellement qu’il consulte. « Ce n’était pas un rhume. Mais un cancer du cerveau de stade 4. » (p. 10). Il accuse le coup mais il n’a plus qu’une semaine à vivre, ou un peu plus ou un peu moins… Il reçoit alors chez lui la visite du diable qui lui annonce qu’il va mourir demain mais qui lui propose une solution : « Tu dois faire disparaître une chose de cette planète. En contrepartie, il te sera accordé un jour de vie supplémentaire. » (p. 18). Le jeune homme hésite puis accepte l’échange.

Téléphones, films, montres… « Qu’est-ce qui était le plus triste ? L’idée de ma propre mort, ou celle de la disparition de choses importantes ? » (p. 90).

Les quatre premiers jours sont faits de rêves et de souvenirs. De sa mère, décédée il y a quatre ans, et des deux chats qu’ils ont eus (l’un après l’autre) : Laitue et Chou (ce dernier vit d’ailleurs avec lui depuis le décès de sa mère). Et de son père, horloger, avec qui il a coupé les ponts.

Mais le diable annonce que le vendredi, les chats disparaîtront ! « Si les chats disparaissaient du monde… Que gagnerait-on ? Que perdrait-on ? » (p. 127). Pour le jeune homme, c’est un dilemme de trop, d’autant plus qu’il aime Chou plus que tout !

Lorsque j’ai vu ce roman (en poche) à la librairie en novembre 2018, j’ai craqué : chat sur la couverture, littérature japonaise et thème qui m’a plu, ce qui faisait trois bonnes raisons d’acheter ce livre ! J’ai choisi de le lire début avril lors d’un marathon de lecture et je n’ai pas été déçue : c’est beau, c’est triste, c’est… miaou ! Et puis, il y a une réelle réflexion sur la mort, le sens de la vie et ce qu’on peut faire sans risquer de nuire. Il y a tous ces petits bonheurs, ces petits riens tout au long d’une vie que le narrateur (et le lecteur aussi) laisse passer sans se rendre compte de leur importance et puis oublie… Ce roman est donc comme un conte philosophique qui remettrait gentiment sur le droit chemin avec un peu d’humour.

Quant au narrateur (on ne saura pas son nom), il décide d’écrire une lettre au jour le jour, un peu comme un journal ou un testament, et ce n’est que vers la fin du livre que le lecteur comprend à qui il l’écrit.

Une belle lecture pour les challenges Animaux du monde, Lire en thème (en avril, auteur découverte, encore jamais lu), Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour chat) et Un mois au Japon (qui continue d’ailleurs en mai).

La chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard

La chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard.

Fleuve, collection Outre-Fleuve, janvier 2017, 512 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-26511-633-7. Je l’ai lu en poche : Pocket, collection Imaginaire Fantasy, décembre 2017, 542 pages, 8,60 €, ISBN 978-2-266-28371-7. The House of Shattered Wings (2015) est traduit de l’américain par Emmanuel Chastellière.

Genres : science-fiction, fantasy.

Aliette de Bodard, bien que née à New York aux États-Unis, le 10 novembre 1982, est issue d’une famille noble française ; elle a grandi et étudié en France. Nouvelliste et romancière, elle a reçu de nombreux prix littéraires. Elle écrit en anglais et est traduite en français, ce qui lui permet de toucher les lecteurs anglophones et francophones. La chute de la Maison aux Flèches d’Argent, premier tome de la série Dominion of the Fallen, a reçu le Prix British Science-Fiction 2015. Plus d’infos sur son site officiel, https://aliettedebodard.com/ (en anglais).

En 1914, la Grande Guerre magique a opposé les Grandes Maisons – et leurs subordonnés dans les colonies – et tout est détruit. Les survivants évoluent dans Paris en ruines 60 ans après cette guerre. Philippe, un Annamite, un Immortel de la Cour de l’Empereur de Jade devenu presque mortel, et Ninon, une magicienne vivant dans un gang de rues, les Mambas rouges, cherchent à manger et des produits à revendre dans les décombres d’un grand magasin. Mais c’est une jeune Déchue qu’ils découvrent. « De près, le corps était vraiment dans un état pitoyable : des os cassés, et pas toujours de façon nette ; les mains écartées au-dessus de poignets disloqués ; le torse couvert de fluides inconnus et de sang. » (p. 14). Mais Séléné de la Maison Flèches d’Argent a senti la présence de la jeune Déchue et, récupérant le corps encore en vie malgré la lourde Chute, fait prisonnier Philippe. Séléné nomme la Déchue Isabelle et celle-ci ressent un lien avec Philippe qui, par la magie, est prisonnier dans Notre-Dame. « La Maison […] était une demeure immense et tentaculaire […] s’étirant sur toute l’île de la Cité, en grande partie dévastée. » (p. 52).

Parmi les personnages principaux, Séléné, Isabelle, Madeleine, Emmanuelle, Oris, Asmodée…, Philippe est mon préféré. « Il était encore suffisamment Immortel pour que son corps ne vieillisse pas, pour que ses pouvoirs soient toujours là, mais… » (p. 90).

Nous sommes dans un roman bien spécial…

– à la fois de science-fiction post-apocalyptique mais se déroulant dans le passé (1914 pour la Grande Guerre magique, 60 ans plus tard donc années 1970 pour nos personnages ce qui correspond à une uchronie) ;

– à la fois d’urban fantasy, c’est-à-dire fantasy urbaine : fantasy pour la magie et le surnaturel, urbaine pour le récit en centre urbain (Paris).

Et le roman est finalement un mélange de science-fiction, de fantasy et de fantastique !

J’ai eu cette impression étrange que le sort des Anges Déchus (les mêmes que ceux de la Bible) était véritablement lié aux humains et aux créatures vivant sur Terre ou créées comme les héros, les chimères… « Étoile-du-Matin. Lucifer. Le Porteur de Lumière, le Flamboyant, le Premier Déchu. » (p. 65).

Le pouvoir et la religion (une religion différente de celle qu’on connaît) sont les thèmes principaux de ce roman dans une cité en ruines… « C’est une ville fragile. Nous cherchons à éviter une nouvelle guerre des Grandes Maisons tout en guettant le moindre avantage. Personne ne voudrait faire de nouveau la guerre, bien sûr. Mais si nous avons l’occasion, même infime, de faire chuter les autres, si nous pouvons donner une leçon d’humilité à nos rivaux et même à nos alliés… nous la saisirons sans hésiter, et sans un regard en arrière. » (p. 166-167). Et qui va certainement le rester… « Il avait toujours su que les Maisons étaient corrompues, que leur pouvoir était bâti sur la mort et le sang ; mais trahir les siens… » (p. 305).

J’ai dévoré ce roman en un weekend, 10 chapitres le samedi (240 pages) et 14 chapitres le dimanche (300 pages) et j’ai hâte de lire la suite !

Une lecture pour le Challenge de l’été, Chaud Cacao (session 2) et Littérature de l’imaginaire.

L’élixir du diable de Raymond Khoury

L’élixir du diable de Raymond Khoury.

Pocket, octobre 2012, 480 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26622-921-0. The Devil’s Elixir (2011) est traduit de l’anglais par Jean-Jacques Marvost. Roman d’abord paru aux Presses de la Cité en novembre 2011.

Genres : littérature américano-libanaise, thriller.

Raymond Khoury naît en 1960 à Beyrouth au Liban qu’il quitte avec sa famille en 1975 pour les États-Unis. Avant de se lancer dans l’écriture, il fut architecte, manager et financier. Il actuellement vit à Londres avec son épouse et leurs deux filles. Du même auteur : dans la série « Reilly & Tess », Le dernier Templier (2005), La malédiction des Templiers (2010), Manipulations (2012) et Dossier Corrigan (2014) ; autres romans, Eternalis (2008) et Le signe (2009). Plus d’infos sur https://raymondkhoury.com/.

1741, Nueva España (actuel Mexique). Alvaro de Padilla et Eusebio de Salvatierra (surnommé Motoliano, l’homme pauvre), deux Jésuites, évangélisent les tribus indigènes. « Avec l’aide de certains des premiers convertis, Alvaro et Eusebio avaient établi leur mission dans une vallée couverte d’une épaisse forêt et nichée dans les plis des montagnes occidentales de la Sierra Madre, au cœur du pays wixaritari. » (p. 13). Mais, dans une tribu qui l’a initié, Eusebio découvre une plante qui ouvre les portes de l’esprit et Alvaro le met en garde. « Eusebio, prends garde, fit-il d’une voix sifflante. Le diable a planté ses griffes en toi, avec son élixir. Tu risques de te perdre, mon frère, et je ne peux rester sans réagir et le permettre, ni pour toi ni pour aucun autre membre de notre foi. Je dois te sauver. » (p. 17).

2006, Mexique. Sean Reilly du FBI et Jesse Munro de la DEA sont en commando pour récupérer, dans un laboratoire clandestin, McKinnon, un scientifique américain enlevé, mais l’opération ne se déroule pas comme prévu… « Les travaux de McKinnon allaient passer à la postérité. Un legs infâme, de l’avis général. » (p. 21) car « Les cartels mexicains menaient maintenant le jeu et à travers tous les États-Unis les bandes de motards, les bandes des rues et des prisons leur servaient de petits soldats. » (p. 28). Lorsque Michelle Martinez, une ancienne militaire, est attaquée dans sa maison devant son fils de 4 ans, Alex, elle appelle Reilly, son ancien collègue, à l’aide. Mais Reilly ne sait pas qu’Alex est son fils ; il vit maintenant avec Tess Chaykin qui a une fille de 14 ans, Kim.

Si vous n’y connaissez rien aux neurotoxiques, hallucinogènes et psychotropes, comme moi, vous apprendrez de nombreuses choses dans ce thriller haletant tout en vous baladant au Mexique, sans oublier de faire un tour chez Raoul Navarro, surnommé El Brujo, « le chaman, le sorcier, l’adepte de la magie noire » (p. 30) et surtout chef du cartel mexicain ! De l’action, de l’aventure, des courses poursuites, des rebondissements, tout ce qu’il faut pour un bon thriller (un peu ésotérique), avec une pointe de drame familial, « […] il passera par les cinq stades, exactement comme un adulte. Tu sais… déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. » (p. 119). Un roman finalement très visuel (aucune adaptation cinématographique ?) qui se dévore en un jour (ce fut ma lecture du dimanche pour le premier weekend à 1000 de l’année) et je lirai sûrement d’autres titres de Raymond Khoury.

Je ne sais pas pourquoi mais j’avais oublié de publier en février cette note de lecture pour le Mois du polar et le challenge Polar et Thriller, les deux organisés par Sharon.

Throwback Thursday livresque #57

Nouvelle participation pour le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose.

Thème du jeudi 16 novembre : « Coupable d’insomnie, de book hangover ou troubles divers » et je déclare Code 93 d’Olivier Norek, le premier roman de l’auteur, un excellent polar, coupable de m’avoir rendue Norek-addict, d’ailleurs les romans suivants de l’auteur devraient apparaître sur mon blog, je ne m’en sortirai pas 😛