Code 93 d’Olivier Norek

Code 93 d’Olivier Norek.

Michel Lafon, collection Thrillers/Polars, avril 2013, 304 pages, 18,95 €, ISBN 978-2-74991-778-8. Je l’ai lu en poche : Pocket, collection Thriller, octobre 2014, 360 pages, 7,40 €, ISBN 978-2-266-24915-7.

Genre : polar français.

Olivier Norek, né en 1975 à Toulouse, est lieutenant de la Police judiciaire en Seine Saint Denis depuis bientôt 20 ans (en ce moment en disponibilité). Il a travaillé dans l’humanitaire avant sa carrière de policier. Il est aussi romancier et co-scénariste avec Hugues Pagan de Flic tout simplement, un film réalisé en 2015 par Yves Rénier. Plus d’infos sur sa page FB.

« Coste ouvrit un œil. Son portable continuait à vibrer, posé sur l’oreiller qu’il n’utilisait pas. Il plissa les yeux pour lire l’heure, 4 h 30 du matin. Avant même de décrocher, il savait déjà que quelqu’un, quelque part, s’était fait buter. Il n’existait dans la vie de Coste aucune autre raison de se faire réveiller au milieu de la nuit. » (p. 17). Le capitaine Victor Coste, la trentaine, enquête sur la mort de Camille, une droguée de 20 ans que sa mère et son frère refusent de reconnaître à la morgue. Quelques mois plus tard, Bébé, un Black de deux mètres de haut, se réveille à la morgue, puis Franck, un toxico, est retrouvé cramé sur une chaise avec son portable qui sonne dans son estomac toutes les trois heures. Coste n’enquête pas seul, il a une équipe un peu hétéroclite : Ronan Scoglia, Sam (Samuel) Dorfrey, Mathias est muté et remplacé par Johanna De Ritter, tout juste sortie de l’école de police, et puis l’équipe va s’associer avec Marc Farel, un journaliste fouille-merde mais efficace. « Je voulais juste souligner que si les deux affaires ont un rapport, y a un enfoiré qui se fout largement de notre gueule. » (p. 93). « Le pouvoir est une source de tentation difficilement contrôlable. Une carte tricolore et une arme peuvent donner l’impression d’être supérieur, à bien des égards, aux autres et à la loi parfois. » (p. 186).

Ce premier roman d’Olivier Norek, c’est du lourd, du brut de décoffrage, pas de fioritures, en même temps on sent que les mots sont choisis, percutants, que les descriptions du paysage et de la météo, si elles ne paraissent pas indispensables au premier abord, sont importantes : elles plantent une ambiance toute particulière. « Tenter d’arriver sans déprimer dans cette nouvelle journée qui commence. » (p. 18). L’auteur ne cherche pas à préserver ses personnages ou les lecteurs, il est direct, franc, et utilise à bon escient un humour noir qui me plaît énormément. Tout est plausible, tout est sûrement vrai car, comme souvent, les auteurs de polars s’inspirent de la société qui les entoure et de faits réels (ici, on est à Bobigny en Seine Saint Denis), d’autant plus qu’Olivier Norek est un policier du 93 ! J’ai dévoré ce roman en une journée (à vrai dire le dimanche du weekend de Pâques, oui je sais, j’ai du retard à publier ma note de lecture…) et je ne pouvais pas le lâcher ! Et je me disais : pourquoi n’ai-je acheté que celui-ci, pourquoi n’ai-je pas acheté les deux autres ? En fait, je ne connaissais pas Olivier Norek mais, au printemps, j’ai vu plusieurs gags sur FB, de Nicolas Lebel (un autre auteur de polars), et ils ont attiré mon attention sur cet auteur que j’ai absolument voulu lire, d’où l’achat de Code 93, que je me suis fait dédicacer aux Quais du polar 2017 : j’ai eu avec Olivier Norek un échange court (il y avait du monde dernière moi) mais bien agréable, un auteur abordable et sympathique, tantôt sérieux tantôt drôle, un auteur authentique qui ne triche pas et qui met toutes ses tripes et son expérience dans ses romans ; j’en veux encore !

D’ailleurs, j’ai depuis lu Territoires, le deuxième tome des enquêtes de Coste et je publierai la note de lecture dès que possible mais je peux d’ores et déjà vous dire qu’il m’a scotchée autant que Code 93 ! Vous voulez du bon – de l’excellent même – polar français ? Lisez Olivier Norek ! Comme moi, vous deviendrez sûrement Norek-addict 😉

Une excellente lecture que je mets dans les challenges Défi Premier roman et Polar et thriller.

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Il était une fois… peut-être pas d’Akli Tadjer

[Article archivé]

Il était une fois… peut-être pas est un roman d’Akli Tadjer paru aux éditions JC Lattès en août 2008 mais je l’ai lu en Pocket (mars 2011, 253 pages, 6,60 €, ISBN 978-2-266-18993-4) et je remercie Blog-o-Book de m’avoir envoyé ce très joli roman qui a reçu le Prix de la Révélation 2009 de AuFéminin.com.

Akli Tadjer est né en 1954 à Paris. Il est romancier et scénariste (épisodes de Maigret). Plusieurs de ses romans ont reçu des prix. Du même auteur : Les ANI du Tassili (1985), Courage et patience (2000), Le porteur de cartable (2002), Alphonse (2005), Bel-Avenir (2006) et Western (2009).

Mohamed a 42 ans, il est artificier depuis 18 ans, il vit à Paris. Il a élevé seul sa fille, Myriam, une charmante fillette à qui il racontait le soir des histoires : « Il était une fois… peut-être pas ». Des histoires magiques, des histoires d’amour, des histoires d’Algériens et de Français dont l’histoire pendant deux cents ans a emmêlé les vies et les destins : Awa et ses éventails, Hussein Dey, Madeleine, Marion, Adam, Aziz, Kamel… Mais Myriam n’a jamais rien su concernant sa mère. S’étant prise de passion pour les bateaux, la voile et la navigation dès l’enfance, Myriam le bac en poche a décidé d’étudier à La Navale, l’école de Commerce maritime de Toulon. Myriam a 20 ans, elle est partie, elle a laissé Mohamed à Paris, elle revient mais pas tous les weekends… Et ce weekend, Mohamed doit se mettre sur son 31 ! Myriam va lui présenter son petit ami ! « Elle va me le ramener pour le déjeuner, son gus. Elle m’a casé la nouvelle la semaine dernière. Simple comme un coup de fil. […] Le reste, c’était son prénom. Je ne l’ai pas retenu. Le reste, c’était son nom. Je l’ai encore moins retenu. Et tout le reste, je n’ai pas voulu l’entendre. » (p. 10). En fait, le gus, c’est Gaston Leroux, oui comme la chicorée, et aussi comme l’auteur de Rouletabille, ça dépend de votre culture. Un jeune homme d’un blond insignifiant, mais qu’est-ce qu’elle lui trouve ? « À première vue, il était de ses beautés ordinaires. Ni gros ni maigre. Ni grand ni petit. Ni beau ni laid. Et ses yeux étaient comme le temps entre gris et bleu. » (p. 14). Les deux hommes se jaugent mais Gaston est en admiration devant le père aimant dont lui a parlé Myriam, alors que ses parents ont fait preuve de racisme envers elle et qu’il a coupé les ponts avec eux. « Tu vois venir la suite, papa ? – Je vois surtout venir le pire. » (p. 22). Impossible pour Gaston de rester à Toulon et de reprendre l’horlogerie familiale ! Il va rester à Paris et apprendre un métier ! « Alors, c’est oui puisque tu ne dis pas non. » (p. 24). Il ne manquait plus que ça ! Mohamed doit héberger le jeune homme, le supporter, le conseiller !!! Mais pendant que Gaston est à Paris et travaille avec Mohamed, Myriam de retour à Toulon a rencontré Malik, un étudiant en théologie qui veut devenir imam et qui la transforme en bonne musulmane. Mohamed va craquer, c’est sûr ! Mais un matin, il rencontre Rachel, une belle psychanalyste juive (non pratiquante).

Mohamed, le papa-poule, sous la plume d’Akli Tadjer, trouve le ton juste. Je pense que vous vous en êtes rendus compte avec les extraits dont j’ai parsemés mon résumé. Il y a beaucoup d’humour et de tendresse, pour en arriver à des choses graves (guerre, massacre, intégrisme, asservissement de la femme). On aime nos enfants de toute notre âme mais un jour l’enfance puis l’adolescence prennent fin et ils deviennent des adultes qui vivent de leurs propres ailes et qui prennent leurs propres décisions. Mais en tout cas, ne pas raconter aux enfants leur histoire, celle de leur famille, de leurs ancêtres, leur mentir ou leur cacher des choses, c’est les éloigner de la vérité et risquer qu’ils cherchent cette vérité ailleurs et qu’ils se fourvoient. Pour moi, Akli Tadjer est un auteur humaniste qui met toute son âme dans une écriture fine et envoûtante, et j’aimerais beaucoup lire d’autres de ses romans. En avez-vous lu ? Lequel me conseilleriez-vous ?

PS : J’ai oublié de dire que, vu l’humour de Mohamed/Akli Tadjer, je le mets dans le challenge Rire et humour d’Hélène.