Le chat zen de Kwong Kuen Shan

Le chat zen de Kwong Kuen Shan.

Pocket, novembre 2011, 96 pages, 6,95 €, ISBN 978-2-26622-196-2. The Cat and the Tao (2002) est traduit de l’anglais par Alain Sainte-Marie.

Genres : littérature hongkongaise, poésie, peintures.

KWONG Kuen Shan est une Chinoise née à Hong Kong. Elle étudie l’anglais, la littérature chinoise et la peinture. Elle est peintre et calligraphe. Autres titres parus aux éditions L’Archipel : Le chat philosophe (2008) que je dois avoir quelque part dans un carton, Le chat à l’orchidée (2015), Le chat qui m’aimait (2017), Les quatre saisons du chat (2018) et Les 8 bonheurs du chat (2019). Ne sont pas parus en français : Portraits of Wales – A Chinese View (2015) et The Tao of Dogs (2016). Plus d’infos sur http://kwongkuenshan.net/.

« Je n’avais aucune connaissance des chats et je n’en avais jamais peint auparavant. » (p. 7). C’est qu’elle est allergique… Mais un jour, elle recueille Healey, le chat de voisins qui ont déménagé et qui revient plusieurs fois. Depuis, elle a eu d’autres chats et observent aussi les chats dans la rue, dans les jardins. « J’étais sous le charme absolu de leur élégance, de leur agilité, de leur endurance et, par-dessous tout, de leur indépendance et de leur force de caractère. » (p. 8).

Chaque œuvre de Kwong Kuen Shan – 40 peintures « avec un mélange de technique méticuleuse et de technique libre » (p. 8) – est associée à un texte classique de la littérature chinoise. « Les textes présentés dans ce livre sont un choix d’anciens proverbes chinois, de poèmes et de maximes des grands maîtres : Confucius, Lao Tzeu, Zhuangzi et Sun Zi. » (p. 10). Je rajoute Feng Menglong, Zuo Quining, Mencius, Gao Bogong, Bai Juyi, Zi Gong, Lu Xuoxun et Liu Xiyang pour être exhaustive. Et il y a aussi plusieurs sceaux différents qui sont répertoriés et expliqués en fin de volume.

Quel très beau livre, même en format poche ! Il est dépaysant, reposant et les peintures de Kwong Kuen Shan sont toutes superbes. Parmi mes préférées, allez 5 sur 40, c’est raisonnable : L’inexprimé qui est sur la couverture (p. 13), Une branche de magnolia (p. 29), Les deux frères (p. 47), Lotus (p. 65) et La cour (p. 81).

La peinture la plus drôle : La mangeoire à oiseaux (p. 49), devinez qui est dans la mangeoire à oiseaux !

Mon texte préféré : Grandir (anonyme, p. 72) : « L’avantage d’être tout petit : / Comme un brin d’herbe / qui lève les yeux vers les arbres, / Comme un torrent qui regarde vers l’océan, Comme une lanterne dans la chaumière / qui regarde les étoiles du ciel, / C’est que, étant tout petit, / Je peux voir ce qui est grand. »

Une belle lecture pour les challenges Animaux du monde #3, Cette année, je (re)lis des classiques #3 (textes classiques chinois) et Challenge de l’été (Hong Kong).

Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley

Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley.

Pocket, août 2017, 320 pages, 4,95 €, ISBN 978-2-26628-303-8. Brave New World (1932) est traduit de l’anglais par Jules Castier.

Genres : littérature anglaise, science-fiction, utopie, dystopie.

Aldous Huxley naît le 26 juillet 1894 à Godalming (Surrey, Angleterre). Son père est l’écrivain Leonard Huxley. Il étudie la littérature anglaise à Oxford. Il est romancier, nouvelliste, poète, essayiste et scénariste. Il meurt à Los Angeles (Californie, États-Unis) le 22 novembre 1963 (le même jour que le président John Kennedy et l’écrivain C.S. Lewis).

Année 632 de N.F. (Notre Ford). Des étudiants visitent le Centre d’Incubation et de Conditionnement de Londres-Central. Tandis que les Alphas et les Bêtas n’ont qu’un seul œuf (et naissent donc uniques), les Gammas, les Deltas et les Epsilons subissent le procédé Bokanovsky : un genre de clonage (même si ce mot n’est jamais cité) qui engendre entre 8 et 96 embryons (bourgeons) bien utiles pour les travaux agricoles ou en usines. La devise planétaire de cet État Mondial est « Communauté, Identité, Stabilité. Des mots grandioses. » (p. 30).

En fait, conditionnement et prédestination pour tous sont la règle et tout le monde prend la soma (la drogue du bonheur). « Et c’est là, dit sentencieusement le Directeur, en guise de contribution à cet exposé, qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper. » (p. 40). Dans le monde d’avant (c’est-à-dire le nôtre), les gens étaient « fous, méchants et misérables » (p. 68), ils n’étaient pas « sains d’esprit, vertueux, heureux » (p. 68), c’est qu’ils n’étaient pas conditionnés pour lutter contre « leurs tentations et leurs remords solitaires, […] leurs maladies et leur douleur qui les isolait sans fin, avec leurs incertitudes et leur pauvreté […], en solitude, dans l’isolement désespérément individuel […]. » (p. 68). Or, c’est la stabilité qui compte. « Pas de civilisation sans stabilité sociale. Pas de stabilité sociale sans stabilité individuelle. » (p. 69). Dans Candide, Voltaire disait déjà « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. » (p. 5).

L’enseignement de Sa Forderie (il y en a dix dans le monde et l’actuel Forderie pour l’Europe occidentale est Mustapha Menier), en alternance avec les discussions de Henry Foster et le Prédestinateur Adjoint d’un côté, et de Lenina et Fanny de l’autre, c’est du pur surréalisme ! Et je ne vous dis pas de quelle façon sont traitées les femmes… Surtout celles qui sont « pneumatiques » dans un monde où la sexualité est totalement libérée : « Je l’ai eu par-ci, je l’ai eu par-là. » (p. 73). Et ce n’est pas mieux avec les « représentants des classes inférieures » (p. 97).

Cependant, il y a parfois des accidents dans le procédé des embryons. Par exemple, Bernard Marx n’a pas la bonne taille et il ressemble plus à un Epsilon qu’à un Alpha ; Elmholtz Watson est trop capable. Déficience physique pour l’un, excès mental pour l’autre… C’est que la motivation principale est « Tout le monde est heureux, à présent ! » (enseignée aux enfants dès l’âge de 5 ans). Mais eux ne sont pas heureux, car ils ont pris conscience d’être à part, d’être des individus différents. Grains de sable dans le rouage ?

J’aime bien le cynisme de Bernard Marx : à chaque fois qu’il entend quelqu’un prononcer par habitude (réciter) une leçon hypnopédique (enseignée à tous à leur insu pendant leur sommeil, dès l’enfance), il annonce la période et la durée de cette leçon.

Il y a en fait deux mondes : le monde de Notre Ford (clin d’œil à Our Lord), un État Mondial créé après la Guerre de Neuf Ans (apparemment nucléaire et bactériologique), et le monde des Sauvages, qui vivent dans des Réserves éloignées et que l’auteur aborde en deuxième partie du roman. Justement, pendant les vacances, Bernard Marx et Lenina Crowne se rendent en Amérique (au Nouveau-Mexique) pour visiter une Réserve de Sauvages : « pas de parfums, pas de télévision, pas même d’eau chaude. » (p. 136). Lenina est horrifiée par ce qu’elle voit (et sent !) chez ces Sauvages. « Mais c’est terrible, chuchota Lenina, c’est épouvantable ! Nous n’aurions pas dû venir ici. » (p. 147). Les Sauvages se reproduisent à l’ancienne (viviparité), ils sont moches, sales, vieux… Mais Bernard et Lenina vont avoir une sacrée surprise qui va changer leur vie ! « Eh bien, j’aimerais mieux être malheureux que de connaître cette espèce de bonheur faux et menteur dont vous jouissez ici ! » (John, p. 224). « Mais vous plaît-il d’être des esclaves ? […] Vous plaît-il d’être des bébés ? Oui, des bébés, vagissants, bavants […]. Oui, bavants […]. Vous ne voulez donc pas être libres, être des hommes ? Ne comprenez-vous même pas ce que c’est que l’état d’homme, que la liberté. […] Vous ne comprenez pas ? » (John, p. 264).

L’auteur s’est bien éclaté avec les noms de ses personnages : par exemple Lenina Crowne, Benito Hoover, Bernard Marx, Darwin Bonaparte… Il mixe prénom et nom de personnalités en vue au début du XXe siècle, politiques mais pas que (Lénine, Marx, Bakounine, Watson, Freud, etc.).

Aldous Huxley écrit Brave New World en 1931 (en 4 mois, dans le sud de la France) et le roman est publié en 1932 à Londres. Classé en dystopie, le roman est pourtant considéré par son auteur comme une utopie ! Préface de l’auteur de 1946. « À tout bien considérer, il semble que l’Utopie soit beaucoup plus proche de nous que quiconque ne l’eût pu imaginer, il y a seulement quinze ans. À cette époque, je l’avais lancée à six cents ans dans l’avenir. Aujourd’hui, il semble pratiquement possible que cette horreur puisse s’être abattue sur nous dans le délai d’un siècle. » (p. 20-21). Aldous Huxley n’a pas tort car par certains côtés, nous y sommes (le culte du bonheur, l’aseptisation, le monde séparé en deux…).

Dans Brave New World, l’auteur s’inspire énormément des œuvres de Shakespeare (puisque c’est le livre qu’a pu lire John durant son enfance et son adolescence). Le titre même, Brave New World, vient de The Tempest (La tempête) de Shakespeare (acte 5).

Il y a de nombreux extraits du Meilleur des mondes sur Wikiquote.

Une excellente relecture (je l’avais lu à l’adolescence) pour le Mois anglais que je mets aussi dans Cette année, je (re)lis des classiques, le Challenge de l’été (pour l’Angleterre), Littérature de l’imaginaire #8 et Summer Short Stories of SFFF – S4F3 #6.

Et si les chats disparaissaient du monde… de Genki Kawamura

Et si les chats disparaissaient du monde… de Genki Kawamura.

Pocket, novembre 2018, 176 pages, 6,50 €, 978-2-26628-657-2. 世界から猫が消えたなら (Sekai kara neko ga kieta nara, 2012) est traduit du japonais par Diane Durocher.

Genres : littérature japonaise, fantastique.

Genki Kawamura 川村元気 naît le 12 mars 1979 à Yokohama (Kanagawa, Japon). Il travaille dans le monde du cinéma (scénariste, producteur) et c’est son premier roman (il a d’ailleurs été adapté au cinéma en 2016, bande annonce ci-dessous).

Le narrateur, un jeune homme de 30 ans, facteur de son métier, pense qu’il n’a qu’un rhume mais il souffre tellement qu’il consulte. « Ce n’était pas un rhume. Mais un cancer du cerveau de stade 4. » (p. 10). Il accuse le coup mais il n’a plus qu’une semaine à vivre, ou un peu plus ou un peu moins… Il reçoit alors chez lui la visite du diable qui lui annonce qu’il va mourir demain mais qui lui propose une solution : « Tu dois faire disparaître une chose de cette planète. En contrepartie, il te sera accordé un jour de vie supplémentaire. » (p. 18). Le jeune homme hésite puis accepte l’échange.

Téléphones, films, montres… « Qu’est-ce qui était le plus triste ? L’idée de ma propre mort, ou celle de la disparition de choses importantes ? » (p. 90).

Les quatre premiers jours sont faits de rêves et de souvenirs. De sa mère, décédée il y a quatre ans, et des deux chats qu’ils ont eus (l’un après l’autre) : Laitue et Chou (ce dernier vit d’ailleurs avec lui depuis le décès de sa mère). Et de son père, horloger, avec qui il a coupé les ponts.

Mais le diable annonce que le vendredi, les chats disparaîtront ! « Si les chats disparaissaient du monde… Que gagnerait-on ? Que perdrait-on ? » (p. 127). Pour le jeune homme, c’est un dilemme de trop, d’autant plus qu’il aime Chou plus que tout !

Lorsque j’ai vu ce roman (en poche) à la librairie en novembre 2018, j’ai craqué : chat sur la couverture, littérature japonaise et thème qui m’a plu, ce qui faisait trois bonnes raisons d’acheter ce livre ! J’ai choisi de le lire début avril lors d’un marathon de lecture et je n’ai pas été déçue : c’est beau, c’est triste, c’est… miaou ! Et puis, il y a une réelle réflexion sur la mort, le sens de la vie et ce qu’on peut faire sans risquer de nuire. Il y a tous ces petits bonheurs, ces petits riens tout au long d’une vie que le narrateur (et le lecteur aussi) laisse passer sans se rendre compte de leur importance et puis oublie… Ce roman est donc comme un conte philosophique qui remettrait gentiment sur le droit chemin avec un peu d’humour.

Quant au narrateur (on ne saura pas son nom), il décide d’écrire une lettre au jour le jour, un peu comme un journal ou un testament, et ce n’est que vers la fin du livre que le lecteur comprend à qui il l’écrit.

Une belle lecture pour les challenges Animaux du monde, Lire en thème (en avril, auteur découverte, encore jamais lu), Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour chat) et Un mois au Japon (qui continue d’ailleurs en mai).

La chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard

La chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard.

Fleuve, collection Outre-Fleuve, janvier 2017, 512 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-26511-633-7. Je l’ai lu en poche : Pocket, collection Imaginaire Fantasy, décembre 2017, 542 pages, 8,60 €, ISBN 978-2-266-28371-7. The House of Shattered Wings (2015) est traduit de l’américain par Emmanuel Chastellière.

Genres : science-fiction, fantasy.

Aliette de Bodard, bien que née à New York aux États-Unis, le 10 novembre 1982, est issue d’une famille noble française ; elle a grandi et étudié en France. Nouvelliste et romancière, elle a reçu de nombreux prix littéraires. Elle écrit en anglais et est traduite en français, ce qui lui permet de toucher les lecteurs anglophones et francophones. La chute de la Maison aux Flèches d’Argent, premier tome de la série Dominion of the Fallen, a reçu le Prix British Science-Fiction 2015. Plus d’infos sur son site officiel, https://aliettedebodard.com/ (en anglais).

En 1914, la Grande Guerre magique a opposé les Grandes Maisons – et leurs subordonnés dans les colonies – et tout est détruit. Les survivants évoluent dans Paris en ruines 60 ans après cette guerre. Philippe, un Annamite, un Immortel de la Cour de l’Empereur de Jade devenu presque mortel, et Ninon, une magicienne vivant dans un gang de rues, les Mambas rouges, cherchent à manger et des produits à revendre dans les décombres d’un grand magasin. Mais c’est une jeune Déchue qu’ils découvrent. « De près, le corps était vraiment dans un état pitoyable : des os cassés, et pas toujours de façon nette ; les mains écartées au-dessus de poignets disloqués ; le torse couvert de fluides inconnus et de sang. » (p. 14). Mais Séléné de la Maison Flèches d’Argent a senti la présence de la jeune Déchue et, récupérant le corps encore en vie malgré la lourde Chute, fait prisonnier Philippe. Séléné nomme la Déchue Isabelle et celle-ci ressent un lien avec Philippe qui, par la magie, est prisonnier dans Notre-Dame. « La Maison […] était une demeure immense et tentaculaire […] s’étirant sur toute l’île de la Cité, en grande partie dévastée. » (p. 52).

Parmi les personnages principaux, Séléné, Isabelle, Madeleine, Emmanuelle, Oris, Asmodée…, Philippe est mon préféré. « Il était encore suffisamment Immortel pour que son corps ne vieillisse pas, pour que ses pouvoirs soient toujours là, mais… » (p. 90).

Nous sommes dans un roman bien spécial…

– à la fois de science-fiction post-apocalyptique mais se déroulant dans le passé (1914 pour la Grande Guerre magique, 60 ans plus tard donc années 1970 pour nos personnages ce qui correspond à une uchronie) ;

– à la fois d’urban fantasy, c’est-à-dire fantasy urbaine : fantasy pour la magie et le surnaturel, urbaine pour le récit en centre urbain (Paris).

Et le roman est finalement un mélange de science-fiction, de fantasy et de fantastique !

J’ai eu cette impression étrange que le sort des Anges Déchus (les mêmes que ceux de la Bible) était véritablement lié aux humains et aux créatures vivant sur Terre ou créées comme les héros, les chimères… « Étoile-du-Matin. Lucifer. Le Porteur de Lumière, le Flamboyant, le Premier Déchu. » (p. 65).

Le pouvoir et la religion (une religion différente de celle qu’on connaît) sont les thèmes principaux de ce roman dans une cité en ruines… « C’est une ville fragile. Nous cherchons à éviter une nouvelle guerre des Grandes Maisons tout en guettant le moindre avantage. Personne ne voudrait faire de nouveau la guerre, bien sûr. Mais si nous avons l’occasion, même infime, de faire chuter les autres, si nous pouvons donner une leçon d’humilité à nos rivaux et même à nos alliés… nous la saisirons sans hésiter, et sans un regard en arrière. » (p. 166-167). Et qui va certainement le rester… « Il avait toujours su que les Maisons étaient corrompues, que leur pouvoir était bâti sur la mort et le sang ; mais trahir les siens… » (p. 305).

J’ai dévoré ce roman en un weekend, 10 chapitres le samedi (240 pages) et 14 chapitres le dimanche (300 pages) et j’ai hâte de lire la suite !

Une lecture pour le Challenge de l’été, Chaud Cacao (session 2) et Littérature de l’imaginaire.

L’élixir du diable de Raymond Khoury

L’élixir du diable de Raymond Khoury.

Pocket, octobre 2012, 480 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26622-921-0. The Devil’s Elixir (2011) est traduit de l’anglais par Jean-Jacques Marvost. Roman d’abord paru aux Presses de la Cité en novembre 2011.

Genres : littérature américano-libanaise, thriller.

Raymond Khoury naît en 1960 à Beyrouth au Liban qu’il quitte avec sa famille en 1975 pour les États-Unis. Avant de se lancer dans l’écriture, il fut architecte, manager et financier. Il actuellement vit à Londres avec son épouse et leurs deux filles. Du même auteur : dans la série « Reilly & Tess », Le dernier Templier (2005), La malédiction des Templiers (2010), Manipulations (2012) et Dossier Corrigan (2014) ; autres romans, Eternalis (2008) et Le signe (2009). Plus d’infos sur https://raymondkhoury.com/.

1741, Nueva España (actuel Mexique). Alvaro de Padilla et Eusebio de Salvatierra (surnommé Motoliano, l’homme pauvre), deux Jésuites, évangélisent les tribus indigènes. « Avec l’aide de certains des premiers convertis, Alvaro et Eusebio avaient établi leur mission dans une vallée couverte d’une épaisse forêt et nichée dans les plis des montagnes occidentales de la Sierra Madre, au cœur du pays wixaritari. » (p. 13). Mais, dans une tribu qui l’a initié, Eusebio découvre une plante qui ouvre les portes de l’esprit et Alvaro le met en garde. « Eusebio, prends garde, fit-il d’une voix sifflante. Le diable a planté ses griffes en toi, avec son élixir. Tu risques de te perdre, mon frère, et je ne peux rester sans réagir et le permettre, ni pour toi ni pour aucun autre membre de notre foi. Je dois te sauver. » (p. 17).

2006, Mexique. Sean Reilly du FBI et Jesse Munro de la DEA sont en commando pour récupérer, dans un laboratoire clandestin, McKinnon, un scientifique américain enlevé, mais l’opération ne se déroule pas comme prévu… « Les travaux de McKinnon allaient passer à la postérité. Un legs infâme, de l’avis général. » (p. 21) car « Les cartels mexicains menaient maintenant le jeu et à travers tous les États-Unis les bandes de motards, les bandes des rues et des prisons leur servaient de petits soldats. » (p. 28). Lorsque Michelle Martinez, une ancienne militaire, est attaquée dans sa maison devant son fils de 4 ans, Alex, elle appelle Reilly, son ancien collègue, à l’aide. Mais Reilly ne sait pas qu’Alex est son fils ; il vit maintenant avec Tess Chaykin qui a une fille de 14 ans, Kim.

Si vous n’y connaissez rien aux neurotoxiques, hallucinogènes et psychotropes, comme moi, vous apprendrez de nombreuses choses dans ce thriller haletant tout en vous baladant au Mexique, sans oublier de faire un tour chez Raoul Navarro, surnommé El Brujo, « le chaman, le sorcier, l’adepte de la magie noire » (p. 30) et surtout chef du cartel mexicain ! De l’action, de l’aventure, des courses poursuites, des rebondissements, tout ce qu’il faut pour un bon thriller (un peu ésotérique), avec une pointe de drame familial, « […] il passera par les cinq stades, exactement comme un adulte. Tu sais… déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. » (p. 119). Un roman finalement très visuel (aucune adaptation cinématographique ?) qui se dévore en un jour (ce fut ma lecture du dimanche pour le premier weekend à 1000 de l’année) et je lirai sûrement d’autres titres de Raymond Khoury.

Je ne sais pas pourquoi mais j’avais oublié de publier en février cette note de lecture pour le Mois du polar et le challenge Polar et Thriller, les deux organisés par Sharon.

Throwback Thursday livresque #57

Nouvelle participation pour le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose.

Thème du jeudi 16 novembre : « Coupable d’insomnie, de book hangover ou troubles divers » et je déclare Code 93 d’Olivier Norek, le premier roman de l’auteur, un excellent polar, coupable de m’avoir rendue Norek-addict, d’ailleurs les romans suivants de l’auteur devraient apparaître sur mon blog, je ne m’en sortirai pas 😛

Code 93 d’Olivier Norek

Code 93 d’Olivier Norek.

Michel Lafon, collection Thrillers/Polars, avril 2013, 304 pages, 18,95 €, ISBN 978-2-74991-778-8. Je l’ai lu en poche : Pocket, collection Thriller, octobre 2014, 360 pages, 7,40 €, ISBN 978-2-266-24915-7.

Genre : polar français.

Olivier Norek, né en 1975 à Toulouse, est lieutenant de la Police judiciaire en Seine Saint Denis depuis bientôt 20 ans (en ce moment en disponibilité). Il a travaillé dans l’humanitaire avant sa carrière de policier. Il est aussi romancier et co-scénariste avec Hugues Pagan de Flic tout simplement, un film réalisé en 2015 par Yves Rénier. Plus d’infos sur sa page FB.

« Coste ouvrit un œil. Son portable continuait à vibrer, posé sur l’oreiller qu’il n’utilisait pas. Il plissa les yeux pour lire l’heure, 4 h 30 du matin. Avant même de décrocher, il savait déjà que quelqu’un, quelque part, s’était fait buter. Il n’existait dans la vie de Coste aucune autre raison de se faire réveiller au milieu de la nuit. » (p. 17). Le capitaine Victor Coste, la trentaine, enquête sur la mort de Camille, une droguée de 20 ans que sa mère et son frère refusent de reconnaître à la morgue. Quelques mois plus tard, Bébé, un Black de deux mètres de haut, se réveille à la morgue, puis Franck, un toxico, est retrouvé cramé sur une chaise avec son portable qui sonne dans son estomac toutes les trois heures. Coste n’enquête pas seul, il a une équipe un peu hétéroclite : Ronan Scoglia, Sam (Samuel) Dorfrey, Mathias est muté et remplacé par Johanna De Ritter, tout juste sortie de l’école de police, et puis l’équipe va s’associer avec Marc Farel, un journaliste fouille-merde mais efficace. « Je voulais juste souligner que si les deux affaires ont un rapport, y a un enfoiré qui se fout largement de notre gueule. » (p. 93). « Le pouvoir est une source de tentation difficilement contrôlable. Une carte tricolore et une arme peuvent donner l’impression d’être supérieur, à bien des égards, aux autres et à la loi parfois. » (p. 186).

Ce premier roman d’Olivier Norek, c’est du lourd, du brut de décoffrage, pas de fioritures, en même temps on sent que les mots sont choisis, percutants, que les descriptions du paysage et de la météo, si elles ne paraissent pas indispensables au premier abord, sont importantes : elles plantent une ambiance toute particulière. « Tenter d’arriver sans déprimer dans cette nouvelle journée qui commence. » (p. 18). L’auteur ne cherche pas à préserver ses personnages ou les lecteurs, il est direct, franc, et utilise à bon escient un humour noir qui me plaît énormément. Tout est plausible, tout est sûrement vrai car, comme souvent, les auteurs de polars s’inspirent de la société qui les entoure et de faits réels (ici, on est à Bobigny en Seine Saint Denis), d’autant plus qu’Olivier Norek est un policier du 93 ! J’ai dévoré ce roman en une journée (à vrai dire le dimanche du weekend de Pâques, oui je sais, j’ai du retard à publier ma note de lecture…) et je ne pouvais pas le lâcher ! Et je me disais : pourquoi n’ai-je acheté que celui-ci, pourquoi n’ai-je pas acheté les deux autres ? En fait, je ne connaissais pas Olivier Norek mais, au printemps, j’ai vu plusieurs gags sur FB, de Nicolas Lebel (un autre auteur de polars), et ils ont attiré mon attention sur cet auteur que j’ai absolument voulu lire, d’où l’achat de Code 93, que je me suis fait dédicacer aux Quais du polar 2017 : j’ai eu avec Olivier Norek un échange court (il y avait du monde dernière moi) mais bien agréable, un auteur abordable et sympathique, tantôt sérieux tantôt drôle, un auteur authentique qui ne triche pas et qui met toutes ses tripes et son expérience dans ses romans ; j’en veux encore !

D’ailleurs, j’ai depuis lu Territoires, le deuxième tome des enquêtes de Coste et je publierai la note de lecture dès que possible mais je peux d’ores et déjà vous dire qu’il m’a scotchée autant que Code 93 ! Vous voulez du bon – de l’excellent même – polar français ? Lisez Olivier Norek ! Comme moi, vous deviendrez sûrement Norek-addict 😉

Une excellente lecture que je mets dans les challenges Défi Premier roman et Polar et thriller.

Il était une fois… peut-être pas d’Akli Tadjer

[Article archivé]

Il était une fois… peut-être pas est un roman d’Akli Tadjer paru aux éditions JC Lattès en août 2008 mais je l’ai lu en Pocket (mars 2011, 253 pages, 6,60 €, ISBN 978-2-266-18993-4) et je remercie Blog-o-Book de m’avoir envoyé ce très joli roman qui a reçu le Prix de la Révélation 2009 de AuFéminin.com.

Akli Tadjer est né en 1954 à Paris. Il est romancier et scénariste (épisodes de Maigret). Plusieurs de ses romans ont reçu des prix. Du même auteur : Les ANI du Tassili (1985), Courage et patience (2000), Le porteur de cartable (2002), Alphonse (2005), Bel-Avenir (2006) et Western (2009).

Mohamed a 42 ans, il est artificier depuis 18 ans, il vit à Paris. Il a élevé seul sa fille, Myriam, une charmante fillette à qui il racontait le soir des histoires : « Il était une fois… peut-être pas ». Des histoires magiques, des histoires d’amour, des histoires d’Algériens et de Français dont l’histoire pendant deux cents ans a emmêlé les vies et les destins : Awa et ses éventails, Hussein Dey, Madeleine, Marion, Adam, Aziz, Kamel… Mais Myriam n’a jamais rien su concernant sa mère. S’étant prise de passion pour les bateaux, la voile et la navigation dès l’enfance, Myriam le bac en poche a décidé d’étudier à La Navale, l’école de Commerce maritime de Toulon. Myriam a 20 ans, elle est partie, elle a laissé Mohamed à Paris, elle revient mais pas tous les weekends… Et ce weekend, Mohamed doit se mettre sur son 31 ! Myriam va lui présenter son petit ami ! « Elle va me le ramener pour le déjeuner, son gus. Elle m’a casé la nouvelle la semaine dernière. Simple comme un coup de fil. […] Le reste, c’était son prénom. Je ne l’ai pas retenu. Le reste, c’était son nom. Je l’ai encore moins retenu. Et tout le reste, je n’ai pas voulu l’entendre. » (p. 10). En fait, le gus, c’est Gaston Leroux, oui comme la chicorée, et aussi comme l’auteur de Rouletabille, ça dépend de votre culture. Un jeune homme d’un blond insignifiant, mais qu’est-ce qu’elle lui trouve ? « À première vue, il était de ses beautés ordinaires. Ni gros ni maigre. Ni grand ni petit. Ni beau ni laid. Et ses yeux étaient comme le temps entre gris et bleu. » (p. 14). Les deux hommes se jaugent mais Gaston est en admiration devant le père aimant dont lui a parlé Myriam, alors que ses parents ont fait preuve de racisme envers elle et qu’il a coupé les ponts avec eux. « Tu vois venir la suite, papa ? – Je vois surtout venir le pire. » (p. 22). Impossible pour Gaston de rester à Toulon et de reprendre l’horlogerie familiale ! Il va rester à Paris et apprendre un métier ! « Alors, c’est oui puisque tu ne dis pas non. » (p. 24). Il ne manquait plus que ça ! Mohamed doit héberger le jeune homme, le supporter, le conseiller !!! Mais pendant que Gaston est à Paris et travaille avec Mohamed, Myriam de retour à Toulon a rencontré Malik, un étudiant en théologie qui veut devenir imam et qui la transforme en bonne musulmane. Mohamed va craquer, c’est sûr ! Mais un matin, il rencontre Rachel, une belle psychanalyste juive (non pratiquante).

Mohamed, le papa-poule, sous la plume d’Akli Tadjer, trouve le ton juste. Je pense que vous vous en êtes rendus compte avec les extraits dont j’ai parsemés mon résumé. Il y a beaucoup d’humour et de tendresse, pour en arriver à des choses graves (guerre, massacre, intégrisme, asservissement de la femme). On aime nos enfants de toute notre âme mais un jour l’enfance puis l’adolescence prennent fin et ils deviennent des adultes qui vivent de leurs propres ailes et qui prennent leurs propres décisions. Mais en tout cas, ne pas raconter aux enfants leur histoire, celle de leur famille, de leurs ancêtres, leur mentir ou leur cacher des choses, c’est les éloigner de la vérité et risquer qu’ils cherchent cette vérité ailleurs et qu’ils se fourvoient. Pour moi, Akli Tadjer est un auteur humaniste qui met toute son âme dans une écriture fine et envoûtante, et j’aimerais beaucoup lire d’autres de ses romans. En avez-vous lu ? Lequel me conseilleriez-vous ?

PS : J’ai oublié de dire que, vu l’humour de Mohamed/Akli Tadjer, je le mets dans le challenge Rire et humour d’Hélène.