Challenge BD 4e édition – 2017-2018

Le Challenge BD 3e édition s’est bien passé même si j’aurais voulu lire plus de bandes dessinées ou du moins en chroniquer plus.

Quatrième édition donc pour le Challenge BD 2017-2018 géré par Marjorie du blog Chroniques littéraires. Infos et nouveaux logos chez Marjorie et sur le groupe FB.

Mes lectures pour ce challenge

1. La brigade chimérique de Serge Lehman et Fabrice Colin (L’Atalante, 6 tomes)

2. Conduite interdite de Chloé Wary (Steinkis)

3. Astérix chez les Pictes de Ferri et Conrad (Les éditions Albert René)

4. Au pays des mollahs de Hamid-Reza Vassaf (Même pas mal, Iran)

5. Madame, l’année du chat de Nancy Peña (La boîte à bulles)

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Le bateau-usine de Gô Fujio et Takiji Kobayashi

Le bateau-usine de Gô Fujio et Takiji Kobayashi.

Akata (annonce de parution, article plus long), septembre 2016, 185 pages, 7,95 €, ISBN 978-2-36974-150-3. Le manga, adapté du roman Kanikôsen (1929) de Takiji Kobayashi est traduit du japonais par Miyako Slocombe.

Genres : manga, gekiga, littérature japonaise.

FUJIO Gô 藤生 ゴオ est scénariste et mangaka (dessinateur de manga). Il est aussi connu sous le nom de HARA Keiichirô 原 恵一郎.

KOBAYASHI Takiji : je vous renvoie à Le bateau-usine.

Port de Hakodate, sud de Hokkaidô (île au nord du Japon). Le Kabuko Maru part en mer pour quatre mois. Bateau-usine ? Parce que tout se fait sur le bateau, pas seulement la pêche mais le nettoyage, la conservation, l’emballage, pas de temps de perdu ! Les pêcheurs, jeunes pour la plupart, sont originaires de plusieurs villages, ils veulent échapper à la vie de paysan ou à la mine. [Pour la mine, je les comprends ; pour la vie de paysan, c’est sûrement difficile mais moins difficile et dangereux que pêcheur sur des presque épaves !]. Tous ont le mal de mer. « Soulevé par une force extraordinaire, le bateau flottait un instant dans les airs, puis s’abaissait aussitôt pour retrouver sa position. » (p. 22). L’intendant Asakawa est extrêmement sévère (méchant ?) : beaucoup de pêcheurs sont maltraités et tombent malades. En plus, le bateau pêche dans le Kamtchatka, en concurrence avec les Russes, ce qui n’est pas très légal mais il faut ramener les plus beaux poissons qui font honneur au Japon : crabes, saumons, truites… Il n’y a que le travail qui compte, au point de ne pas porter secours à un autre bateau avec 425 hommes à bord… « C’est qu’un rafiot, il rapportera plus d’argent en faisant naufrage. » (p. 37). À cause d’une violente tempête, le bateau perd deux chaloupes, ce qui inquiète plus l’intendant que les pertes humaines…

Les hommes sont maltraités, mal nourris, pas soignés, ils sont tous éreintés et mécontents. « Pas question de mourir pour des choses qui ne sont pas à nous ! » (p. 70). Quelques étudiants ouvrent les yeux aux pêcheurs sur leurs conditions immondes. « Toutes les guerres du Japon qu’y a eu [*] jusqu’ici… en vrai quand on gratte un peu… on voit qu’elles ont toujours été décidées par deux ou trois richards qui trouvaient de bons prétextes. Ils trépignent d’excitation à l’idée de s’emparer d’un territoire prometteur… Ces types sont dangereux… » (p. 106). Les hommes se révoltent car ils ne veulent pas mourir en mer, ils font grève mais…

[*] J’ai l’impression qu’il y a une erreur ici : y a eu quoi ? Toutes les guerres. Donc eues, n’est-ce pas ?

Le rythme de ce manga est comme le rythme sur le bateau (prison flottante) : effréné. Le décor : le bateau et la mer, ça tangue, c’est poisseux, c’est horrible, c’est l’enfer ; le thème : l’exploitation, l’oppression d’êtres humains par d’autres plus riches ou aillant plus de pouvoir, la répression… Un récit puissant, intense qui respecte scrupuleusement le roman (d’après ce que je me rappelle de ma lecture), chef-d’œuvre de la littérature japonaise (ouvrière) des années 1920. L’éditeur dit qu’il a fallu deux ans et demi de travail pour proposer ce manga en français, bravo, c’est une totale réussite qui fait réfléchir et qui fait froid dans le dos ! Lisez aussi le roman d’origine Le bateau-usine de Takiji Kobayashi.

Dans la préface, Évelyne Lesigne-Audoly, qui avait traduit Le bateau-usine de Takiji Kobayashi en 2009, conseille de lire Le quartier sans soleil de Sunao Tokunaga, mais il est paru aux éditions Yago en 2011 et malheureusement cette maison d’éditions n’existe plus… Le bateau-usine est réédité aux éditions Allia en février 2015 (la couverture est moins jolie (ci-dessus) mais au moins il est réédité !) mais je n’ai pas trouvé trace de Le quartier sans soleil sur le site de cet éditeur, dommage…

Une lecture pour le challenge BD, Classiques, Raconte-moi l’Asie et Un genre par mois (BD, comics, manga).

Mes coups de… /1-2017 – Jirô Taniguchi

Je n’oublie pas cette rubrique dominicale même si je ne publie pas toutes les semaines…

jirotaniguchi2011

Photo de Jirô Taniguchi par Niccolò Caranti à Lucca Comics and Games 2011 (Wikimedia Commons)

Coup de blues

Gros coup de blues effectivement. Je viens d’apprendre le décès de Jirô Taniguchi ! Et, comme c’est le Mois Natsume Sôseki, maintenant en février, j’avais parlé de Jirô Taniguchi qui a dessiné l’excellente série de mangas Au temps de Botchan 坊っちゃんの時代 (Botchan no jidai) dans les années 80-90.

Jirô Taniguchi 谷口 ジロー est né le 14 août 1947 à Tottori. Il est mort hier, le 11 février 2017 ; il aurait eu 70 ans cette année. R.I.P. 😥 Né dans une famille pauvre, il lit et dessine beaucoup dès l’enfance. Il découvre d’abord le shônen (manga action aventure pour garçons) puis le seinen (manga pour adultes) et le gekiga (manga dramatique pour adultes, plus intellectuel, plutôt dans les années fin 50 à 70). À 21 ans, il sait ce qu’il veut faire : mangaka (dessinateur de manga) ! Il part à Tokyo où il devient assistant de mangakas, commence ses premiers mangas et découvre la bande dessinée européenne (il sera très influencé par la ligne claire). Quelques mangas érotiques dans les années 70 (des commandes), des mangas de tous genres (aventures, histoires policières, historiques, un peu politiques), puis des mangas sur les relations humaines, sur les relations des humains avec les animaux et avec la nature, sur la vie quotidienne, la famille, l’enfance, les souvenirs : tous des chefs-d’œuvres que je vous conseille fortement ! Il travaillait dans son atelier à Kumegawa, un quartier à l’ouest de Tokyo.

De nombreuses distinctions, des Prix prestigieux, des expositions ont accompagné l’auteur et son œuvre tout au long de sa vie, ainsi que quelques adaptations : drama au Japon (série télévisée), film en France (aviez-vu aperçu Jirô Taniguchi dans le train dans Quartier lointain, le film réalisé par Sam Garbarski en 2010 ?), théâtre et film d’animation prévu.

Son œuvre (sélection chronologique selon les parutions japonaises des mangas parus en français)

Années 70 : rien qui ne soit traduit en français.

Années 80 (plusieurs mangas non traduits en français) :

blanco1Blanco ブランカ (Buranka), 1984-1986 -> Le chien Blanco (Casterman, 1996, réédition 2009)

Enemigo sur un scénario de M.A.T., 1985 (Casterman, 2012)

Tokyo killers 海景酒店 (Kaikei shuten Hotel Harbour View) sur un scénario de Natsuo Sekikawa, 1986 (Kana, 2016)

K ケイ sur un scénario de Shirô Tôzaki 1986 (Kana, 2006)

Au temps de Botchan ぼっちゃんの時代 Botchan no jidai) sur un scénario de Natsuo Sekikawa (fresque évoquant l’ère Meiji et ses écrivains), 1987-1996 (Seuil, 2002-2006 et Casterman, 2011-2013)

Ice age chronicle of the Earth 地球氷解事紀 (Chikyû hyôkai-ji-ki), 1987-1988 (Casterman, 2015)

Encyclopédie des animaux de la Préhistoire 原獣事典 (Genjû jiten), 1987-1990 (Kana, 2006, one-shot)

Garôden 餓狼伝 (Garôden) sur un scénario de Baku Yumemakura, 1989-1990 (Casterman, 2011, one shot)

Années 90 (quelques mangas non traduits en français) :

homme-qui-marcheL’homme qui marche 歩くひと (Aruku hito), 1990-1991 (Casterman, 1995, one shot)

Kaze no shô, le livre du vent 風の抄 (Kaze no shô) sur un scénario de Kan Furuyama, 1992 (Panini Comics, 2004, one shot)

Terre de rêves 犬を飼う, (Inu o kau, littéralement Acheter / donc Élever un chien), 1991-1992 (Casterman, 2005, recueil de 5 nouvelles)

L’orme du Caucase 人びとシリーズけやきのき (Hitobito Shirîzu – Keyaki no ki, littéralement Série sur les humains – Le Zelkova du Japon) sur un scénario de Ryûichirô Utsumi, 1993 (Casterman, 2004, recueil de 8 nouvelles)

Le journal de mon père 父の暦 (Chichi no koyomi), 1994 (Casterman, 1999-2000, réédition 2004, one shot)

gourmetsolitaireLe gourmet solitaire 孤独のグルメ (Kodoku no gurume) sur un scénario de Masayuki Kusumi, 1994-1996 (Casterman, 2005, one shot)

Blanco 神の犬 ブランカII (Kami no inu Buranka II, littéralement Le chien divin, Blanca II), 1995-1996 (Casterman, 2010)

Icare イカル (Ikaru) sur un scénario de Mœbius, 1997 (Kana, 2005, one shot)

Quartier lointain 遥かな町へ (Harukana machi e), 1998 (Casterman, 2002-2003)

Tokyo est mon jardin 東京は僕の庭 (Tôkyô ha boku no niwa) avec Frédéric Boilet et Benoît Peeters (Kôrinsha, 1998) : Jirô Taniguchi a réalisé les trames de cet ouvrage publié uniquement au Japon (mais je voulais le mettre car je le connais)

Le sauveteur 捜索者 (Sôsakusha, littéralement L’enquêteur), 1999 (Casterman, 2007, one shot)

Années 2000 :

sommetdieux1Le sommet des dieux 神々の山嶺 (Kamigami no Itadaki) sur un scénario de Baku Yumemakura, 2000-2003 (Kana, 2004-2005)

Sky Hawk 天の鷹 (Ten no taka, littéralement Le faucon du ciel), 2001-2002 (Casterman, 2002)

Le promeneur 散歩もの (Sampo mono) sur un scénario de Masayuki Kusumi, 2003-2005 (Casterman, 2008)

L’homme de la toundra 凍土の旅人 (Tôdo no tabibito), 2004 (Casterman, 2006, recueil de 6 nouvelles)

Un ciel radieux 晴れゆく空 (Hareyuku sora), 2004 (Casterman, 2006, one shot)

seton-taniguchi1Seton シートン (Shîton) sur un scénario de Yoshiharu Imaizuma (sur l’artiste animalier canadien d’origine écossaise Ernest Thompson Seton), 2004-2006 (Kana, 2005-2008)

Ciel d’été 夏の空 (Natsu no sora), nouvelle de douze pages parue dans le recueil Japon dirigé par Frédéric Boilet – avec des auteurs français, belges et japonais – (Casterman, 2005)

La montagne magique 魔法の山 (Mahô no yama), 2005 (Casterman, 2007, one shot)

Les années douces センセイの鞄 (Sensei no kaban, littéralement Le sac du professeur) d’après le roman de Hiromi Kawakami, 2008 (Casterman, 2010-2011)

Un zoo en hiver 冬の動物園 (Fuyu no dôbutsuen), 2008 (Casterman, 2009, one shot)

Mon année sur un scénario de Jean-David Morvan (Dargaud, 2009, 1 volume – Printemps – paru sur 4 prévus)

À noter que, au Japon, est parue 谷口ジロー選集 (Taniguchi Jirô Senshû soit une Anthologie de Jirô Taniguchi avec deux mangas inédits : La lune finissante 秘剣残月 (Hiken zangetsu) et Une lignée centenaire 百年の系譜 (Hyakunen no keifu).

Années 2010 :

furari-taniguchiFurari ふらり。 (Furari.) inspiré de la vie de Tadataka Inô (célèbre géomètre et cartographe japonais, 1745-1818), 2011 (Casterman, 2012, one shot)

L’homme qui dessine : entretiens avec Benoît Peeters (Casterman, 2012)

Les enquêtes du limier 猟犬探偵 (Ryôken tantei) d’après le roman St-Mary no ribbon セント・メリーのリボン (Sento Merî no ribon) d’Itsura Inami, 2011-2012 (Casterman, 2013)

Les contrées sauvages 荒野より (Kôya yori), recueil de nouvelles, 2012 (Casterman, 2014)

Les gardiens du Louvre 千年の翼、百年の夢 (Chitose no tsubasa, hyaku nen no yume, littéralement Ailes de mille ans, rêve de cent ans), 2014 (Louvre éditions/Futuropolis, 2014, one shot)

tomojiElle s’appelait Tomoji とも路 (Tomoji) avec Jirô Taniguchi et Miwako Ogihara au scénario, 2014 (Rue de Sèvres, 2015, one shot)

Rêveries d’un gourmet solitaire 孤独のグルメ2 (Kodoku no gurume 2) sur un scénario de Masayuki Kusumi, 2014 (Casterman, 2016, one shot)

L’art de Jirô Taniguchi 谷口ジロー画集 (Taniguchi Jirô gashû), 2016 (Casterman, 2016, artbook)

Jirô Taniguchi était vraiment un grand mangaka, un grand homme et je suis sûre que, comme moi, vous êtes très tristes. Que diriez-vous de mettre Jirô Taniguchi à l’honneur dans vos lectures dans les semaines, les mois qui viennent ?

Beaux Arts hors-série Les secrets des chefs-d’œuvre de la BD de science-fiction

Beaux Arts hors-sériebd-sf Les secrets des chefs-d’œuvre de la BD de science-fiction. Janvier 2017, 156 pages, 7,90 €, EAN 9791020403094.

De Les pionniers de l’Espérance à Y le dernier homme, un grand tour d’horizon de la bande dessinée de science-fiction avec 10 titres à l’international ! Des extraits, des planches expliquées, des histoires complètes (en noir et blanc ou en couleurs), les trois secrets du succès pour chaque bande dessinée, la naissance de la revue Métal Hurlant en 1974, etc.

Les pionniers de l’Espérance de Roger Lécurieux et Raymond Poïvet : la « première grande bande dessinée française de science-fiction » débute en 1945 et continuera pendant 30 ans. Je ne connaissais pas.

L’Éternaute de Hector Oesterheld et Victor Solano López en 1957 : une bande dessinée argentine (attention aux flocons de neige !). Je ne connaissais pas non plus.

Les naufragés du temps de Jean-Claude Forest et Paul Gillon en 1964 : un space opéra poétique et sentimental (entre Chris et Valérie) avec un « réalisme magique ».

Lone Sloane de Jacques Lob, Benjamin Legrand et Philippe Druillet en 1966 : l’année de ma naissance mais je ne suis pas fan de Druillet, des couleurs éclatantes et des bulles partout !

Valérian et Laureline de Pierre Christin et Claude Mézières en 1967 : un célèbre titre de la revue Pilote que cette « première grande série populaire de science-fiction franco-belge » qui continue encore.

La trilogie Nikopol d’Enki Bilal en 1978 : pas fan du dessin sombre d’Enki Bilal mais c’est sa première œuvre. Je devrais peut-être essayer de relire cet auteur.

incal1L’Incal d’Alejandro Jodorowsky et Mœbius en 1980 : et par extension Les Méta-Barons. Pour moi, c’est le must : j’aime tous les titres de ces deux grands auteurs !

Transperceneige de Jacques Lob, Benjamin Legrand et Jean-Marc Rochette en 1982 : un excellent noir et blanc et un bon film post-apocalyptique réalisé par le Coréen Bong Joon-ho en 2013.

Akira de Katsuhiro Ôtomo en 1982 : un des premiers mangas arrivés en France : chef-d’œuvre ! Ainsi que le film d’animation réalisé par l’auteur lui-même en 1988.

Y le dernier homme de Brian K. Vaughan et Pia Guerra en 2002 : « une des dernières révélations de la BD de SF », une très bonne série effectivement mais je n’ai lu que les deux ou trois premiers tomes.

Il aurait pu y en avoir d’autres comme Aquablue, Arctica, Carmen Mc Callum, Neige, Nomad, Sillage, la Caste des Méta-Barons et les Technopères, les bandes dessinées de Léo (Antarès, Kénya, Terres lointaines…), celles de Christophe Bec (Carthago, Sanctuaire…) ou même le « classique » Yoko Tsuno et l’autre titre japonais emblématique Gunnm, etc. mais je vous laisse le plaisir de les découvrir vous-mêmes car la science-fiction est un univers riche en personnages, animaux et créatures, vaisseaux et planètes lointaines, « critiques » sociales et politiques, mondes détruits, rêve et imagination !

La photographe – 1 de Kenichi Kiriki

Photographe1La photographe, tome 1 de Kenichi Kiriki.

Komikku, collection Horizon, novembre 2015, 192 pages, 16 €, ISBN 979-10-91610-75-9. Tokyo shutter girl 東京シャッターガール (2012) et traduit du japonais par Patrick Honnoré et Yukari Maeda.

Genre : manga.

Kenichi Kiriki 桐木憲一 naît le 8 mars 1976 à Yamaguchi. Il est mangaka depuis la fin des années 90. Plus d’infos sur son blog et son compte Twitter. Plusieurs photos et illustrations sur Tokyo shutter girl.

Ayumi Yumeji est inscrite depuis trois mois au club photographie de son lycée. Passionnée, elle parcours la ville avec son appareil argentique pour photographier sur le thème de Tokyo intime. Car, avec son appareil, elle découvre des lieux par hasard ou remarque des choses qu’elle n’aurait pas vues auparavant.

Ce manga est un peu cher (16 €) mais c’est un grand format, de belle qualité, et il sert parfaitement de guide touristique pour découvrir différemment les quartiers de Tokyo. Une préface rédigée par les traducteurs, une postface rédigée par Rumiko Tezuka (la fille d’Osamu Tezuka), une carte de Tokyo pour repérer les quartiers, des notes pour chaque quartier avec plan et lieux de prise des photographies (je crois que l’appareil est un RolleiCord), et plus encore (comme promenade dans Kandâ et Jinbôchô sur les traces de Sôseki Natsume ou dans Kikuzaka sur les traces d’autres écrivains de l’ère Meiji ou dans Ikebukuro qui abrite la maison d’Edogawa Ranpo). Ainsi amateurs du Japon et amateurs de littérature sont tous les deux comblés ! Un seinen (manga pour adultes) à découvrir de toute urgence et à déguster sans modération, mais petit à petit, quartier par quartier. Défilent alors avec des dessins réalistes et sensibles des rues, des monuments, connus ou discrets, des événements spécifiques de chaque quartier, l’unique tramway encore en circulation, les fleurs de pruniers et de cerisiers, des rencontres, le développement des photos en chambre noire, etc., et puis la construction de la SkyTree puisque la tour grandit à chaque visite. Le bonheur : revoir des lieux connus (j’ai pu sentir, ressentir, me souvenir avec plaisir et une pointe de tristesse de ne plus y être) et se dire qu’il y a encore des lieux à découvrir, toujours, car Tokyo est en perpétuel changement tout en gardant sa tradition dans la modernité. Tokyo shutter girl a été adapté en série animée, en film et il existe une expo des photos. J’ai hâte de lire le tome 2 paru fin février (au Japon : 3 tomes en cours) mais les autres œuvres de Kiriki ne sont pas encore traduites en français.

Une petite vidéo pour avoir l’impression d’y être !

Le mystère de la chair de Junji Itô

[Article archivé]

Le mystère de la chair de Junji Itô.

Tonkam, collection Frissons, juin 2008, 224 pages, 9,35 €, ISBN 978-2-7595-0089-5. Itô Junji kyofu manga collection (伊藤潤二恐怖マンガ) est traduit du japonais par Jacques Lalloz.

Genres : manga, horreur.

ITÔ Junji (伊藤 潤二) est né le 31 juillet 1963 dans la préfecture de Gifu. Dentiste, mais dessinant depuis l’enfance, il publie son premier manga, Tomié (que je me souviens avoir lu), en 1987 et reçoit une mention spéciale du Prix Kazuo Umezu (auteur de L’école emportée). Dès le début des années 90, il se consacre au manga, se spécialisant dans l’horreur (kowaï) avec Spirale, Gyo, Le voleur de visages, La femme limace… Plusieurs de ses œuvres ont été adaptées au cinéma ou à la télévision.

La chevelure sous le toit (Yaneura no nagai kami 屋根裏の長い髪) – Après que son petit ami l’ait quittée, Chiémi Amano décide de couper ses longs cheveux mais elle est retrouvée décapitée et sa tête a disparu.

L’accord (Yurushi 許し) – Monsieur Fukatsu refuse de marier sa fille Misuzu à Kyosuké car ils ne sont pas du même rang social mais bizarrement il accepte que le jeune homme continue sa cour.

Le guêpier (Hachinosu 蜂の巣) – Deux jeunes gens, Yoriko et Takano, se fréquentent mais Takano est prêt à tout pour agrandir sa collection de nids de guêpes.

Les éphémères (Hakumei 薄命) – Une lycéenne, Chizuru, est devenue tellement jolie qu’elle en est « presque méconnaissable » mais la beauté est éphémère.

Les statues sans tête (Kubi no nai chôkoku 首のない彫刻) – Monsieur Okabé va exposer ses œuvres, des statues sans tête, et Shimada, membre du club des Beaux-Arts, l’aide à préparer mais le lendemain matin, le corps du professeur est retrouvé sans tête.

Le mystère de la chair (Niku iro no kai 肉色の怪) – Momoko Takigawa, une institutrice, se fait agresser un soir en rentrant chez elle. Dans sa classe, un enfant différent, Chikara Kawabé, terrorise les autres enfants.

Ces nouvelles sont parues dans le magazine Monthly Halloween entre novembre 1988 et juillet 1995 (ce magazine des éditions Asahi Sonorama, spécialisé dans l’horreur, et destiné à un lectorat féminin, est paru de janvier 1986 à décembre 1995). Fantôme, malédiction, désir à assouvir, vengeance, folie, tant de choses inexplicables peuvent pousser l’horreur à son paroxysme. C’est ce que nous dépeignent ces six nouvelles terrifiantes dans un noir et blanc d’une grande intensité. Plusieurs de ces nouvelles s’attachent au Beau, soit en tant que beauté corporelle (Les éphémères, Le mystère de la chair) soit en tant qu’Art (de la Nature avec Le guêpier, ou humain avec Les statues sans tête) mais le Beau est-il le Bien ? Et la beauté physique est-elle la seule qualité pour représenter un être ? Plusieurs de ces nouvelles parlent aussi de l’amour, un père pour sa fille (L’accord), une mère pour son fils (Le mystère de la chair), un homme pour une femme ou inversement mais en fait, c’est parfois lui-même que le personnage aime ! En fin de volume, une préface de Hideyuki Kikuchi (auteur de fantastique) fait honneur à Junji Itô pour sa finesse, son originalité et son imagination.

Une lecture pour le Marathon BD à bord du Vaisseau fantôme et Un samedi par mois, c’est manga que je mets aussi dans les challenges BD et Geek.

Les Japonais ne savent pas parler le japonais de Hebizo & Umino Nagiko

[Article archivé]

Les Japonais ne savent pas parler le japonais (日本人の知らない日本語 Nihonjin no shiranai nihongo) est un manga de Hebizo & Umino Nagiko. Media Factory – Clair de Lune, avril 2014, 144 pages, 13,90 €, ISBN 978-2-35325364). Ce manga, paru en 2009 au Japon, est traduit du japonais par Florence Guichard.

Hebizo (蛇蔵) est auteur et illustratrice. Plus d’infos sur http://hebizou.blog56.fc2.com/.

Umiko Nagiko (海野凪子) est scénariste. Elle est professeur de japonais. Plus d’infos sur http://uminonagiko.blog73.fc2.com/.

Nagiko est professeur de japonais pour les étrangers au Japon (shugakusei). Elle raconte sous forme d’anecdotes son expérience. « Que ressent-on en enseignant la langue japonaise à des étrangers ? » (p. 4) : les questions auxquelles il est difficile de répondre, l’écriture (ou plutôt les écritures), le langage honorifique, les façons d’apprendre le japonais, les règles, les coutumes, les particules, etc., et même des choses que les Japonais ne savent pas !

Sous-titré « Bien entendu, c’est faux ! Je plaisante ! C’est un essai version manga sur la redécouverte de la langue japonaise », ce manga atypique est destiné à un lectorat japonisant. En effet, les lecteurs qui n’ont pas étudié le japonais n’y comprendront pas grand-chose et ne trouveront pas ce manga amusant. Ce qui serait dommage car cet ouvrage très instructif est une mine d’or. Au niveau des dessins, ils sont mi-réalistes mi-chibi ; les seize premières pages sont en couleur, ensuite c’est en noir et blanc. À la fin de chaque chapitre, il y a un test. Alors, en route pour le japonais !

Je remercie F. pour ce manga vraiment intéressant. Il ne me reste plus qu’à acheter les deux autres tomes de la trilogie car j’ai l’impression qu’ils sont parus en même temps que ce premier tome, en avril 2014.

Avec un peu de retard, je présente ce manga pour Un samedi par mois, c’est manga (déjà que j’ai zappé juin et août…) et je le mets aussi dans les challenges BD, Geek et Petit Bac 2014 (catégorie Verbe).