Lucie ou la vocation de Maëlle Guillaud

Lucie ou la vocation de Maëlle Guillaud.

Héloïse d’Ormesson, août 2016, 208 pages, 16 €, ISBN 978-2-35087-374-9. Il est paru en poche, Points, septembre 2017, 216 pages, 6,60 €, ISBN 978-2-75786-606-1.

Genres : littérature française, premier roman.

Maëlle Guillaud, née en 1974, est éditrice et Lucie ou la vocation est son premier roman. Son deuxième roman, Une famille très française, est paru en 2018.

Lucie, étudiante, est encouragée par Mathilde à entrer au prieuré. Sa mère et Juliette, sa meilleure amie (ses chapitres sont en italique), essaient de l’en dissuader mais Lucie devenue Marie-Lucie après ses vœux ira jusqu’au bout.

J’ai lu ce roman en entier car le sujet est bien traité mais je ne comprends pas du tout ce besoin d’aliénation soi-disant au nom de la foi que Lucie n’a même pas lorsqu’elle entre au prieuré ! Cette vie en communauté faite de privations et d’obéissance est basée sur un incroyable conditionnement… En plus, Lucie découvre les malversations de certaines sœurs ou de la mère supérieure : malveillances, coups bas, espionnage des sœurs, humiliations, gavage… Pourquoi se mentir à soi-même et aux autres ? Pourquoi avoir tellement peur de la vraie vie qu’on préfère s’en occulter ?

Attention, je n’ai absolument rien contre la foi qui, je pense, est quelque chose de personnel et pas de collectif. Mais chacun fait comme il l’entend du moment qu’il ne dérange pas les autres.

Quelques extraits

« Ici, c’est chacun pour soi et Dieu pour toutes. » (p. 45).

« Mais derrière ces murs clos, mon univers est aussi vaste que l’infini. Ne le vois-tu pas ? » (Lucie à sa mère qui lui rend visite).

« Les mois passent, les saisons défilent, mais le quotidien, lui, est lustré par des journées identiques aux précédentes. » (p. 97).

« Qu’a-t-elle fait d’autre depuis qu’elle est ici sinon écouter et répéter les réponses qu’on lui dictait. Elle a gommé sa personnalité […] A-t-elle progressé dans sa foi ? Elle en doute. Elle est devenue un pantin réglé et formaté à souhait. Qui ne pense plus. N’a plus de désir. Ni de rêves. Ni d’envies. Même son amour du Seigneur lui a été soufflé. » (p. 187-188).

Ce roman faisait partie des 68 premières fois 2016 et je remercie Nicole qui me l’avait envoyé. Il entre dans les challenges Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 8, un livre dans votre pàl depuis plus de 5 ans), Challenge lecture 2022 (catégorie 21, un livre reçu mais il pouvait aller dans d’autres catégories) et Petit Bac 2022 (catégorie Prénom pour Lucie).

Grand Silence de Sandrine Revel et Théa Rojzman

Grand Silence de Sandrine Revel et Théa Rojzman.

Glénat, Hors collection, juin 2021, 128 pages, 23 €, ISBN 978-2-34404-105-5.

Genre : bande dessinée française.

Sandrine Revel, la dessinatrice, naît le 3 octobre 1969 à Bordeaux (Aquitaine) où elle étudie les Beaux-Arts. Elle est dessinatrice de bandes dessinées et d’albums destinés à la jeunesse. Plus d’infos sur son site officiel.

Théa Rojzman, la scénariste, naît en 1974 en France. Elle étudie la philosophie, la thérapie sociale en poursuivant une carrière d’artiste puisqu’elle est peintre, illustratrice et également autrice. Plus d’infos sur son site officiel.

Un mariage. Octave, un invité, s’isole avec Freddy, un enfant de 11 ans. Grand Silence…

Octave « n’est pas qu’un gros bourgeois, c’est le député des Hauts Sommets, figure-toi ! » (la mère de Freddy à son mari, p. 13).

Six ans après.

« Comment je me sens aujourd’hui ? […] Je vous demande seulement de ne pas utiliser de mots, c’est la consigne. Il faut se taire et aller chercher au fond de son cœur ce qu’on voudrait dire. » (l’institutrice, Maria, aux enfants, p. 23).

Parmi les enfants, Arthur. Son cousin Freddy, un adolescent violent et alcoolique, l’oblige à boire de l’alcool.

Quant à Octave, il sévit toujours… Sa nouvelle victime est Ophélie qui vit avec sa maman depuis la séparation d’avec le papa d’Arthur.

« Ça suffit, maintenant » (p. 70) ne signifie pas la même chose dans la bouche de la maman d’Ophélie ou dans celle de l’institutrice qui fut elle aussi victime.

Dans la postface, Théa Rojzman explique la difficulté de parler mais il faut en parler même si c’est insoutenable. Suivent quelques chiffres et des infos importantes.

Je n’ai pas vraiment de mots pour parler de cette bande dessinée avec très peu de textes, les bulles des enfants étant souvent vides puisqu’ils ne parlent pas de ce qu’ils ont vécu (et sur cette île, l’usine de Grand Silence rend leurs cris inaudibles). Quant aux adultes, beaucoup préfèrent ne pas voir, ne pas savoir, ne pas comprendre… puisque de toute façon ils ne peuvent pas entendre ce que les enfants ont à dire.

J’ai mis du temps à publier cette note de lecture mais, voilà, c’est chose faite. Si je dis que c’est une « belle bande dessinée », je sais que ça va choquer certains et je le comprends. Pourtant, c’est quand même une belle bande dessinée parce que les dessins ont une douceur et le texte est d’une grande justesse. Il faut oser dire les choses, il faut aussi oser les lire et en parler. Par exemple, France Inter dit « L’indicible mis en scène de façon subtile » (vu sur le site de l’éditeur), voilà, c’est ça, c’est subtil.

Pour La BD de la semaine, Des histoires et des bulles (catégorie 39, une BD sur l’éducation), Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 4, avec ses arbres nus et son coucher de soleil, la couverture rappelle l’hiver), Challenge lecture 2022 (catégorie 33, un livre qui parle d’un secret de famille), Jeunesse Young Adult #11 et Petit Bac 2022 (catégorie Lieu pour Grand Silence, une ville-île imaginaire). Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Les confluents d’Anne-Lise Avril

Les confluents d’Anne-Lise Avril.

Julliard, août 2021, 208 pages, 18 €, ISBN 978-2-26005-478-8.

Genres : littérature française, premier roman.

Anne-Lise Avril naît en 1991 en France. Elle aime lire, écrire et étudie le commerce puis se rend à Moscou en Russie. Elle se passionne pour la culture russe, la photographie, le voyage, l’écologie (elle travaille pour la reforestation). Les confluents est son premier roman.

2040. D’un côté la planète est ravagée par la pollution et la sécheresse, d’un autre côté des îles et des pays sont submergés par les eaux. Jaya quitte son île indonésienne. « Elle se préparait à passer d’un monde à l’autre. Ou bien peut-être à entrer dans le monde, pour la première fois. » (p. 11).

Après ce prologue, le roman est construit en 4 parties : le Désert (2009), la Forêt (2011), la Nuit (2013) et l’Île (2014) avec, à chaque fois, une incursion en 2040.

2009. Aqaba, Jordanie, une auberge aux portes du désert. Liouba est née à Moscou d’une mère Russe et d’un père Français. Jeune journaliste, elle a quitté Paris pour son premier reportage pour Terre d’exil. « Elle ne savait pas exactement comment faire. Elle apprenait. Savoir trouver une histoire. Savoir la raconter. Savoir ensuite la vendre à ceux qui seraient susceptibles de la lire. Tel était le métier qu’elle avait choisi et dont elle expérimentait la réalité pour la première fois. Elle pressentait qu’il y avait quelque chose à dire, ici, sans savoir encore précisément quoi, et elle savait que pour pouvoir le dire, il lui faudrait quitter Aqaba, aller à la rencontre du désert qui l’aimantait et comprendre ce que c’était que de vivre avec lui. » (p. 17). Aydin, un bédouin, l’emmène dans son village d’At-Tuweisa dans le désert de Wadi Rum à la recherche de « Une histoire. J’aimerais raconter comment les hommes vivent avec leur écosystème, s’y adaptent et sont marqués par lui. » (p. 24). En devenant journaliste, Liouba se sent proche de sa mère, Elena Azarova, qui était journaliste, et en plantant des arbres et en étudiant les plantes et les fleurs du désert, elle se sent proche de son père, Henri Darcet, qui était botaniste. La voilà son histoire, celle de Babak Majali et des bédouins des environs qui plantent des arbres dans le désert pour les générations futures. Ah, voir le désert en fleurs après la pluie ! Alors qu’elle termine d’écrire son reportage et s’apprête à quitter la Jordanie pour retourner à Paris, Liouba rencontre Talal Sariel. Francophone (son père était Français et sa mère était Turque), il est photographe, et revient de Gaza (il travaille pour un journal allemand). Spécialiste des « mouvements de population » (p. 43), il est « fasciné par l’idée du lieu qu’on va chercher quand on s’en va. Qu’est-ce qui nous motive à partir ? On part toujours vers quelque chose. Un ailleurs qui sera peut-être meilleur, ou peut-être pire, que l’endroit qu’on a quitté. On se met en marche avec espoir. Pour moi, cet espoir, ça pourrait tout à fait être un jardin dans le désert. » (p. 44). Talal explique à Liouba pourquoi les gens lisent des histoires de l’ailleurs (p. 45), je ne peux pas tout recopier, mais c’est très beau, ça me touche (moi qui suis allée voir ailleurs, quand c’était encore possible). Et pour montrer l’ailleurs, certains choisissent l’écriture, comme Liouba, d’autres choisissent la photographie, comme Talal, ils sont ainsi complémentaires et représentent à eux deux la dimension cosmopolite d’un monde en perdition. Mais ils doivent partir chacun de leur côté. « Le voyage noue des liens. Le voyage les déchire brutalement. » (p. 51).

2040. Après le départ des habitants puis de sa sœur, Aslam est seul sur l’île, seul à planter des pousses d’arbres dans la mangrove pour que la mer ne monte pas plus, « seul, dans l’infini silence insulaire, seul face à l’horizon vide. » (p. 58). Chapitre court mais d’une grande intensité dramatique. Est-ce que ce que font les humains pour arranger les choses (que ce soit en 2009 ou en 2040) est utile ?

2011. Monrovia, Liberia, où Talal doit rejoindre Liouba pour photographier « la forêt du mont Nimba, en Guinée » (p. 63) afin de documenter le reportage de la journaliste. Un magnifique voyage avec Issa leur guide et Daouda le porteur mais chacun doit de nouveau rentrer chez lui. « Ils étaient deux voyageurs. Voués à se comprendre. Voués à ne jamais se retrouver. » (p. 93).

2040. Quelques mois après avoir quitté son île natale, Jaya « avait rejoint à Jakarta, un groupe de travail formé par les communautés côtières impactées par la montée des eaux, puis avait été conviée, en tant que témoin et émissaire de l’Indonésie, à un voyage scientifique au cœur de l’Arctique. La mission rassemblait une centaine de chercheurs, de glaciologues et d’ingénieurs, ainsi que des représentants des principaux pays concernés par le sujet. Ultime tentative de préserver les littoraux du monde, à l’aune des dernières prévisions de l’augmentation du niveau des mers. » (p. 97). Jaya arrive donc à Ilulissat au Groenland et découvre la neige, la glace et l’hiver.

2013. Liouba est avec son amie Esya Kaminsky à « Dvinsky […] l’un des derniers bastions de la forêt primaire de la région » (p. 106) protégé par un activiste russe, ancien capitaine de la marine, Irek Babaï, « devenu un semeur de troubles, un élément subversif. Un homme recherché. » (p. 107). Avec son groupe de militants, il lutte contre la déforestation illégale de la forêt boréale. Pendant ce temps, Talal est à Alep en Syrie. Ici j’ai pensé à Le promeneur d’Alep de Niroz Malek (Le Serpent à plumes, 2015).

2014. Forêt de Mazumbai, Tanzanie. « Tous les pays de la Terre semblaient être liés par un métissage éternel. » (p. 168), c’est ma phrase préférée mais tout est très beau dans ce roman (ce que vous pouvez voir avec les extraits ci-dessus).

Un magnifique roman d’amour et d’écologie qui parle de symbiose, non seulement entre les humains mais aussi (et surtout) avec la Nature, en particulier les forêts et les océans (poumons indispensables de la Terre) et qui fait voyager. Très belle écriture, très belle lecture, je vous conseille fortement ce premier roman.

Pour À la découverte de l’Afrique (une partie du roman se déroule au Liberia, en Guinée et en Tanzanie), Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 29, un livre sur un thème ou une cause qui vous tient à cœur, ici l’écologie) et Challenge lecture 2022 (catégorie 3, un premier roman) et Littérature de l’imaginaire #10.

L’accident de chasse de David L. Carlson et Landis Blair

L’accident de chasse de David L. Carlson et Landis Blair.

Sonatine, août 2020, 472 pages, 29 €, ISBN 978-2-35584-781-3. The Hunting Accident (2015-2017) est traduit de l’américain par Julie Sibony.

Genres : bande dessinée états-unienne, roman graphique.

David L. Carlson est réalisateur, musicien et auteur (c’est son premier livre) et cofondateur de Opera-Matic, une compagnie d’opéra de rue à Chicago.

Landis Blair naît le 4 septembre 1983 à Waukegan (Illinois, États-Unis). Il est auteur et illustrateur sur The Envious Siblings: and Other Morbid Nursery Rhymes ou simplement illustrateur sur Caitlin Doughty, From Here to Eternity: Travelling the World to Find the Good Death et sur The Hunting Accident qui lui a demandé trois ans de travail. Plus d’infos sur son site officiel.

Hiver 1959. Après la mort de sa mère, Charlie Rizzo (il a dans les 10-12 ans) doit quitter la Californie pour rejoindre son père – qu’il n’a pas vu depuis longtemps – à Chicago. Il veut savoir pourquoi son père est aveugle et son père lui raconte… une histoire.

Automne 1925. Pour impressionner ses copains de Little Italy, Matt Rizzo a pris le fusil de son père en cachette et il est devenu aveugle suite à un accident de chasse.

Été 1961. Après des débuts difficiles, Charlie s’est habitué à son père (qui vend des assurances et qui consacre une partie de son temps à écrire) et à la vie à Chicago (sauf l’hiver). Avec Captain, le chien de son père, il découvre Little Italy et il est apprécié des voisins. Il s’est lié avec Steve Garza, un plus grand, qui est plutôt intéressé par l’assurance de sa mère que Charlie recevra à ses 18 ans… Il aime aussi beaucoup son cousin Bob, qui l’emmène aux montagnes russes ou à la pêche et il pratique des activités qu’il peut partager (grâce au son) avec son père, les claquettes, le violoncelle.

Mais, au contact de Steve et de Dominic, Charlie change et s’éloigne de son père même s’il l’aime. « Je serai toujours ton fils. Je ne vais pas partir. […] j’ai toujours pu compter sur toi. Je n’ai confiance en personne autant que toi. Je n’échangerais ça pour rien au monde. » C’était des paroles sincères mais Charlie, en grandissant, va s’éloigner encore plus, rejoindre le gang des Juniors JP’s, traîner au parc et s’acheter « une Buick Riviera 1968 flambant neuve » avec l’assurance touchée à ses 18 ans. Lorsque la police vient arrêter Charlie, son père lui dit la vérité, il n’y a pas eu d’accident de chasse…

« Chicago, 1935. »… Il raconte aussi Richard Loeb et Nathan Leopold, deux fils de riches qui ont kidnappé et tué pour le plaisir un jeune de 14 ans dans les années 20…, ses années de vagabondage, ses années de prison dans la même cellule que Leopold. C’est grâce à lui qu’il est resté en vie, qu’il a découvert le braille, qu’il a pu lire de la poésie et apprécier « la vérité de l’imagination de John Keats, et surtout lire Dante), « Mes plus belles années ».

L’accident de chasse n’est pas une bande dessinée de 48 pages qui se lit en moins d’une demie-heure, c’est une véritable œuvre littéraire et artistique. Et historique aussi puisque Rizzo (père et fils), Loeb, Leopold ont vraiment existé.

Des illustrations en noir et blanc sublimes, tellement riches en détails. De nombreux thèmes abordés, deuil, relations père-fils, mensonge, secret de famille, handicap (braille), délinquance, banditisme même, Histoire, littérature et poésie (avec de nombreuses citations et plusieurs extraits).

En un mot, L’accident de chasse – mi policier mi historique – est un chef-d’œuvre et mérite bien le Prix Ouest-France-Quai des Bulles 2020 et le Fauve d’or au Festival d’Angoulême 2021. Si vous ne l’avez pas lu, courez l’acheter !!!

Ma première note de lecture BD de l’année pour La BD de la semaine et Des challenges et des bulles (catégorie 20, une BD récompensée, 2e billet) et aussi pour Polar et thriller 2021-2022 et le nouveau challenge Le tour du monde en 80 livres (États-Unis). Plus de BD de la semaine chez Moka.

Zadig de Voltaire

Zadig de Voltaire.

Lu en numérique, 92 pages. Entre 60 pages (édition de 1747) et 200 pages (éditions contemporaines). Vous pouvez lire Zadig librement et en toute légalité sur Wikisource.

Genres : littérature française, classique, conte philosophique.

Voltaire naît le 21 novembre 1694 à Paris. Il est romancier, poète, dramaturge, philosophe et encyclopédiste. Il aime les arts, les sciences et il est parmi les philosophes les plus connus du siècle des Lumières. Il meurt le 30 mai 1778 à Paris. Je ne veux pas en dire des tonnes (vous pouvez trouver tout sur Voltaire sur Internet ou dans des dictionnaires et encyclopédies). Ses œuvres les plus célèbres sont Lettres philosophiques (1734), Zadig ou la destinée (1748), Micromégas (1752), Candide ou l’optimisme (1759) et L’ingénu (1767).

Le titre complet est Zadig ou la destinée, histoire orientale. Et c’est l’édition de 1747 que j’ai lue : cette édition contient une approbation, une épître dédicatoire (une lettre de Zadig à la sultane Sheraa, extrait ci-dessous) et 21 chapitres ; elle est parue sous le titre Memnon, histoire orientale. L’œuvre est rééditée en 1748. Il faut attendre l’édition de 1775 (que je lirai une prochaine fois) et même l’édition de 1785 pour que d’autres chapitres soient ajoutés.

« Charme des prunelles, tourment des cœurs, lumière de l’esprit, je ne baise point la poussière de vos pieds, parce que vous ne marchez guère, ou que vous marchez sur des tapis d’Iran ou sur des roses. Je vous offre la traduction d’un livre d’un ancien sage qui, ayant le bonheur de n’avoir rien à faire, eut celui de s’amuser à écrire l’histoire de Zadig, ouvrage qui dit plus qu’il ne semble dire. Je vous prie de le lire et d’en juger ; car, quoique vous soyez dans le printemps de votre vie, quoique tous les plaisirs vous cherchent, quoique vous soyez belle, et que vos talents ajoutent à votre beauté ; quoiqu’on vous loue du soir au matin, et que par toutes ces raisons vous soyez en droit de n’avoir pas le sens commun, cependant vous avez l’esprit très sage et le goût très fin, et je vous ai entendue raisonner mieux que de vieux derviches à longue barbe et à bonnet pointu. Vous êtes discrète et vous n’êtes point défiante ; vous êtes douce sans être faible ; vous êtes bienfesante avec discernement ; vous aimez vos amis, et vous ne vous faites point d’ennemis. Votre esprit n’emprunte jamais ses agréments des traits de la médisance ; vous ne dites de mal ni n’en faites, malgré la prodigieuse facilité que vous y auriez. Enfin votre âme m’a toujours paru pure comme votre beauté. Vous avez même un petit fonds de philosophie qui m’a fait croire que vous prendriez plus de goût qu’une autre à cet ouvrage d’un sage. ».

« Du temps du roi Moabdar […] à Babylone un jeune homme nommé Zadig, né avec un beau naturel fortifié par l’éducation. Quoique riche et jeune, il savait modérer ses passions ; il n’affectait rien ; il ne voulait point toujours avoir raison, et savait respecter la faiblesse des hommes. ». C’est qu’il lisait Zoroastre et appliquait ses principes, il était Sage. Mais alors que Zadig doit épouser sa bien-aimée, Sémire, qui l’aime en retour, Orcan, le neveu d’un ministre, jaloux et vaniteux, la fait enlever par deux hommes armés qui la blessent… En défendant Sémire, Zadig est blessé à l’œil gauche et Sémire, refusant d’épouser un borgne, épouse finalement Orcan.

Zadig épouse alors Azora, une citoyenne « la plus sage et la mieux née de la ville ». Mais, au bout de quelques mois, il la répudie car elle est « devenue trop difficile à vivre » et il se lance dans l’étude de la Nature pour nourrir et élever son âme et aussi pour vivre tranquille. Il se retire alors « dans une maison de campagne sur les bords de l’Euphrate ». Mais il ne va pas rester tranquille longtemps ! « […] qu’il est difficile d’être heureux dans cette vie ! » surtout lorsqu’on doit faire face à des médiocres, des sots, des envieux, des fanatiques et des procéduriers… Malheureusement « L’occasion de faire du mal se trouve cent fois par jour, et celle de faire du bien, une fois dans l’année, comme dit Zoroastre. ».

Enfin, reconnu à sa juste valeur par le roi Moabdar et la reine Astarté, Zadig pense « Je suis donc enfin heureux ! Mais il se trompait. ».

Il y a un petit côté « roi Salomon » chez Zadig : en appliquant les principes de Zoroastre, il démêle le vrai du faux, le bon du mauvais, et tire de bonnes conclusions avec subtilité et bonté mais qui ne peuvent plaire à tous…

En tout cas, c’est l’amour qui le condamne à mort et, grâce à son ami Cador, il fuit avec un serviteur et deux chameaux vers l’Égypte mais ils se retrouvent tous deux esclaves d’un marchand arabe, Sétoc : « et pourquoi ne le serais−je pas comme un autre, puisque je suis homme comme un autre ? Ce marchand ne sera pas impitoyable ; il faut qu’il traite bien ses esclaves, s’il en veut tirer des services. ».

Zadig est quelque peu poursuivi comme l’était Voltaire par le clergé et l’État : « Zadig marcha du côté de la Syrie, toujours pensant à la malheureuse Astarté, et toujours réfléchissant sur le sort qui s’obstinait à se jouer de lui et à le persécuter. Quoi! disait−il, quatre cents onces d’or pour avoir vu passer une chienne! condamné à être décapité pour quatre mauvais vers à la louange du roi! prêt à être étranglé parceque la reine avait des babouches de la couleur de mon bonnet! réduit en esclavage pour avoir secouru une femme qu’on battait; et sur le point d’être brûlé pour avoir sauvé la vie à toutes les jeunes veuves arabes! ».

Comme Flaubert a déclaré « Madame Bovary, c’est moi ! », Voltaire aurait pu déclarer « Zadig, c’est moi ! » mais il considérait son conte comme une « couillonnerie » (in L’encyclopédie des énigmes de docteur Mops et collectif) alors qu’en fait il utilise la science, le raisonnement et la philosophie de son époque (le siècle des Lumières).

Voltaire crée tout, un Orient imaginaire et fantaisiste inspiré des contes et des récits de voyages qu’il a lus. Il est parfois coquin (par exemple la jeune veuve Almona) mais, en tout cas, toujours philosophe. Et tout est bien qui finit bien, Voltaire créant ainsi une utopie (une des premières utopies littéraires avec La cité du Soleil de Tommaso Campanella écrite en 1602 puis réécrite en 1613 soit plus de 100 ans avant Zadig). Zadig signifie « le véridique » ou « l’ami » en arabe et « le juste » en hébreu et il est tout cela à la fois mais il faut qu’il se libère de ses imperfections et qu’il fasse face à l’adversité et à l’injustice. Sous couvert de récit oriental et d’aventures, Voltaire se moque de certains personnages français (comme Boyer qui devient Yébor) et critique la société et la politique françaises, sans oublier le clergé. Zadig est écouté et respecté pour ses bons avis mais il s’attire la convoitise, la jalousie voire la haine de certains.

À noter, l’ancien français comme fesant, bienfesant, parceque, long-temps.

C’est après avoir vu la série télévisée Les aventures du jeune Voltaire sur France2 (en février) et avoir suivi le MOOC 18e siècle, le combat des Lumières avec FUN MOOC (en mars) que j’ai décidé de relire Voltaire, que j’avais lu par obligation scolaire (au collège) mais aussi pour le plaisir car je trouvais son écriture plaisante, drôle et je sentais le potentiel de la compréhension augmenter lors de relectures. C’est pourquoi j’ai lu Zadig pour le Challenge lecture 2021 de mademoiselle Farfalle (catégorie 45, un livre que vous avez dû lire à l’école).

Je mets aussi cette lecture dans 2021 cette année sera classique (quoi de mieux comme classique pour finir l’année que Voltaire ?), Contes et légendes (comme c’est un « conte philosophique ») et Les textes courts.

Message personnel (Opcop 1) d’Arne Dahl

Message personnel (Opcop 1) d’Arne Dahl.

Actes Sud, collection Actes noirs, octobre 2014, 464 pages, 23 €, ISBN 978-2-330-03694-2. Viskleken (2011) est traduit du suédois par Rémi Cassaigne. Parution en poche dans la collection Babel noir, n° 168, novembre 2016, 576 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-330-07049-6.

Genres : littérature suédoise, roman policier.

Arne Dahl, de son vrai nom Jan Lennart Arnald, naît le 11 janvier 1963 à Sollentuna (comté de Stockholm, Suède). Il est d’abord critique littéraire et journaliste puis devient romancier (romans policiers) et scénariste. Il travaille également à l’Académie suédoise. Ses séries : A-gruppen (11 tomes entre 1999 et 2008, les 4 premiers sont traduits en français et parus chez Seuil), Opcop (4 tomes entre 2011 et 2014, tous traduits en français et parus chez Actes Sud). D’autres romans, nouvelles et poésie sont parus sous le nom de Jan Arnald entre 1990 et 2010 mais aucun titre n’est traduit en français. Plus d’infos sur son site officiel (euh… en suédois).

Les pages 9 et 10 présentent le groupe Opcop d’Europol. Le noyau central est à La Haye au Pays-Bas (11 membres, parmi les meilleurs d’Europe) et une antenne locale à Stockholm en Suède (3 membres). Je ne note pas leurs noms mais je suppose que le lecteur va les retrouver à un moment ou un autre dans ce roman ou dans les tomes suivants.

Dès la première page, j’ai été surprise par la construction ! Je vous explique avec cet extrait : «  Rien n’est plus froid, pensa l’observateur […]. Rien n’est plus froid que Londres […]. Cette grisaille, pensa l’observateur […]. Cette grisaille humide […]. Et pourtant, il faisait plus froid. Pourtant […]. Un froid différent. Un vent. Un vent qui ne semblait pas venir du dehors, mais de l’intérieur. De l’intérieur de son être, des profondeurs de l’histoire, du cœur même de l’humanité. […]. » (p. 13). Vous voyez ce que je veux dire ? Je ne sais pas pour vous, mais, de mon côté, je sais que ce roman va me plaire !

L’observateur, c’est Arto Södersted, à la fois suédois et finlandais, officier supérieur de la police criminelle, membre du groupe Opcop qui signifie « Overt Police Cooperation, collaboration policière ouverte au sein d’Europol [mais] à la base, c’était l’abréviation d’Operating Cops » (p. 37).

Dans Message personnel, Europol fête ses 10 ans (le 1er juillet 2009 donc). L’agence européenne chargée de faciliter l’échange de renseignements entre les polices de l’Union européenne s’occupe de « toutes les formes de criminalité transfrontalières » (p. 32), c’est-à-dire la criminalité internationale, la pédophilie et la pédopornographie, le trafic de stupéfiants, le terrorisme, de façon semblable à « une police supranationale opérationnelle, […] la première pierre d’un FBI européen. » (p. 33) en quelque sorte.

C’est donc de ces crimes et d’autres que traite ce premier roman sur l’Opcop, capitalisme, crise financière, mafias, criminalité économique donc, mais aussi criminalité aux personnes (trafics humains, pornographie…), politique, écologie… Cependant « […] nous n’approchons pas du sommet. Où sont les gros durs ? – C’est la criminalité de notre époque, j’en ai peur, dit Paul Hjelm. Les décideurs ne sont jamais visibles. Nous nous battons contre des fantômes, des ombres. Contre quelque chose d’aussi diffus que l’air du temps. » (p. 283) et je crains qu’en dix ans, avec l’explosion d’Internet, les choses aient encore empiré…

« Soudain, la situation de la banque s’est à nouveau dégradée. Rien n’a été dit publiquement, mais je me doute que la rumeur qui court ne vient pas de nulle part. […] Pourquoi feindre d’être plus mal en point qu’en réalité ? Parce qu’on peut ainsi faire de l’argent, pardi ! […] les vingt pays les plus riches du monde se réuniront pour discuter de la crise financière et des mesures à prendre pour y remédier. Alors, quantité d’argent sera débloqué. […] Des sommes folles seront débloquées. Des milliards de dollars. Les montants les plus stupéfiants que le monde ait jamais vus changeront de propriétaire, passeront du Trésor public dans des poches privées, et personne ne protestera. Un énorme flot d’argent coulera des caisses publiques des États vers les banques d’affaires, les banques d’investissement et les banques de l’ombre du monde entier. […] à des banques négligentes et des banquiers irresponsables […]. » (p. 116). Je comprends mieux maintenant à quel « jeu » joue les banques et les financiers de tous poils et j’ai fait quelques recherches sur la banque Lehman Brothers citée dans le roman – mais pas dans cet extrait – et dont la faillite en 2008 a précipité la crise économique mondiale. Les États qui versent de l’argent public aux banques privées le font-ils pour éviter des crises économiques supplémentaires ou pour enrichir les financiers et assurer en contrepartie leurs arrières ? Nous, pauvres contribuables dépossédés de cet argent, ne le saurons sans doute jamais…

« L’époque est particulière […]. Le capitalisme aurait pu s’arrêter et songer à son image. On aurait pu se dire : ‘On a gagné, on a vraiment gagné partout sur la planète. Personne ne remet plus en doute le fait qu’une société fondée sur l’offre et la demande soit la meilleure qui soit. Si on évitait de pousser cette logique à l’extrême, on rallierait aussi à notre cause l’ensemble des populations de la planète. Il existe une face terrible du capitalisme, totalement inhumaine – on le sait et on veut éviter de la montrer. Comme ça nous entraînerons les gens avec nous.’ Au lieu de quoi, on a fait exactement l’inverse. Au lieu de quoi, le capitalisme a tout écrasé sur son passage, et il n’y survivra pas. Le monde va s’embraser, et je suis le premier à le déplorer. » (p. 274).

Ce polar/thriller entraîne le lecteur de La Haye à Londres, New York, l’Italie du Sud, Riga… pour une première enquête dangereuse et passionnante dans les arcanes bancaires et mafieuses. « C’est fou comme tout se tient… […]. Nous vivons maintenant dans un monde étrange. Personne n’échappe à l’économie mondialisée. Même quand on vit dans un petit village du Tibet. » (p. 390). Et j’ai très envie de lire les autres tomes de la série Opcop soit Prenons la place des morts (Actes Sud, 2017 et Babel noir, 2019), Jeu du loup (Actes Sud, 2019 et Babel noir, 2021), Le dernier couple qui sort (Actes Sud, 2021).

Quelques fautes. Page 30, « Un page de démarrage de moteur de recherche. ». Page 113, « chardons ardents », j’ai bien vérifié, on ne dit que « charbon(s) ardent(s) », par contre il existe un Festival les Chardons ardents en Bretagne mais qui n’a rien à voir avec le sens utilisé dans le roman ! Pages 261-262, « et c’est alors que déboule de chinois ». Page 393, « Le secret bancaire lui interdit de dire révéler lesquelles. ». C’est surprenant de la part d’Actes Sud…

J’ai lu ce premier tome pour Le Mois Nordique (décembre) et je lirai les tomes suivants. Je mets aussi cette lecture dans le Challenge nordique, Polar et thriller 2021-2022 et Voisins Voisines 2021 (Suède).

L’idiot du village de Patrick Rambaud

L’idiot du village de Patrick Rambaud.

Grasset, janvier 2005, 198 pages, 16 €, ISBN 978-2-24644-891-4.

Genres : littérature française, roman, « fantaisie romanesque ».

Patrick Rambaud naît le 21 avril 1946 à Neuilly sur Seine (Île de France). Il étudie les lettres modernes à Paris, fait son service militaire puis devient correcteur pour une maison d’édition et travaille pour le magazine Actuel. Il écrit des romans, des pastiches, des scénarios, et reçoit le Prix Goncourt en 1997 pour La bataille. Il est membre de l’Académie Goncourt depuis 2008.

Paris, 1995. Le narrateur est en terrasse, il boit une bière et lit le journal Le Monde. Mais les actualités qu’il lit date du… « vendredi 8 mai 1953, dixième année, n° 2576. Pas de panique, cela doit être un fac-similé, un supplément au numéro du jour, un cadeau pour je ne sais quel anniversaire. » (p. 10). Eh bien, non, ce journal « a une odeur fraîche, il sort de l’imprimerie » (p. 11).

Mais, ça ne s’arrête pas là, le narrateur a des hallucinations, des moments qui se déroulent dans les années 50. « Assez ! J’invente, je télescope les époques. Ma bibliothèque envahissante s’y prête. » (p. 24-25). Il est diagnostiqué en surmenage et en arrêt pour un mois.

Les vacances à Trouville et les traitements de son ami Mansart n’y font rien… « Le passé que je revis par instants, dont je ne suis jamais l’acteur principal, s’avère trop précis pour être ma création. » (p. 45).

Paris, 1953. Voilà, ça devait arriver. Le narrateur n’a pas pu rentrer chez lui, l’appartement est occupé par la famille des années 50, avec une adolescente à queue de cheval qu’il a vue en hallucination. Il n’a pas d’argent d’époque, pas de lieu où aller mais il a dans sa sacoche un Polaroïd. Et il rencontre Jambe-de-laine, blessé en Indochine, qui l’emmène Chez la Mère Paul, le restaurant où il travaille « pour un salaire minime, mais logé, mais nourri. » (p. 58). Le narrateur travaille donc avec monsieur et madame Paul, Jambe-de-laine et Louise.

Ses connaissances de l’avenir vont-elles lui être utiles ? Mais il faut faire attention… « Ce serait dangereux d’aller trop loin dans mes visions » (p. 109). Et en plus, « Savoir, quel handicap. » (p. 144). Et pourra-t-il revenir auprès de Marianne, sa compagne, en 1995 ?

Que retient-on de notre histoire et de l’Histoire ? Il y a un petit côté fantastique voire science-fiction dans ce court roman puisque le narrateur est projeté de 1995 à 1953 et se revoit enfant [c’est pourquoi je mets ce roman dans le challenge Littérature de l’imaginaire #9]. Mais l’auteur écrit un récit plutôt ciblé sur les relations entre les humains et la société des années 50 (la nourriture riche et grasse, la guerre d’Indochine, le surprenant gouvernement de Paul Laniel, l’exécution des époux Rosenberg, Berlin séparé en deux zones, les grèves…). Le narrateur (il est le seul personnage dont on ne connaît pas le prénom ou le nom) semble incollable sur les événements mais il est finalement impuissant face à leur déroulement. L’idée est originale, le sujet bien traité, plutôt avec humour et j’ai beaucoup apprécié cette première lecture de Patrick Rambaud que je relirai assurément. Avez-vous déjà lu cet auteur et avez-vous un titre à me conseiller ?

Une petite faute, page 20, « Mais 1953 », en fait c’est le mois de « mai ».

Il reste très peu de temps pour terminer le Challenge lecture 2021 de mademoiselle Farfalle mais ne sont pas encore honorées 5 catégories (sur 60). J’ai lu ce roman exprès pour la catégorie 10, un livre d’un auteur possédant les mêmes initiales que vous. J’aurais pu choisir PV pour PatiVore mais mes initiales sont en fait PR et j’avais peu de choix : selon Wikipédia, il y a Pierre Rabhi (1938-2021), Patrick Rambaud (1946-), Pauline Réage (1907-1998) mais c’est un pseudonyme, Patrick Renou (1954-) et Pierre de Ronsard (1524-1585). J’ai choisi Patrick Rambaud, écrivain français que je n’avais encore jamais lu. Mais je ne voulais pas lire un de ses romans politiques alors je me suis tournée vers L’idiot du village disponible à la bibliothèque (Le maître m’aurait bien plu, j’essaierai de le lire plus tard).

La baleine bibliothèque de Judith Vanistendael et Zidrou

La baleine bibliothèque de Judith Vanistendael et Zidrou.

Le Lombard, mai 2021, 80 pages, 14,75 €, ISBN 978-2-80367-796-2.

Genres : bande dessinée belge, conte.

Zidrou est le pseudonyme de Benoît Drousie, né le 12 avril 1962 à Anderlecht (Belgique), scénariste de bande dessinée belge. Il vit en Andalousie. J’ai déjà lu plusieurs bandes dessinées de lui (malheureusement pas toutes chroniquées sur le blog).

Judith Vanistendael naît le 20 août 1974 à Louvain (Belgique). Elle étudie les Beaux-Arts à Gand, à Berlin puis à Bruxelles et à Séville. Elle est dessinatrice mais aussi autrice. Son blog, en flamand, n’est plus mis à jour.

Au fond de l’océan, vit une baleine extraordinaire, elle a cent mille ans et les poissons (petits ou grands) aiment lui rendre visite. Pourquoi ? Parce que la baleine abrite « la plus grande bibliothèque des mers » (p. 5) avec « Des livres par milliers, bien rangés dans l’ordre de l’alphabet. De ‘Ah ! Ah !, le mangeur de rires’ à ‘Zzzix, le moustique électrique’. » (p. 5). Les poissons adorent lire et, parfois, c’est la baleine qui lit une histoire.

Celui qui conte cette histoire est un ancien facteur maritime. La poste terrestre est connue de tous, la poste aérienne est célèbre mais la poste maritime « est injustement méconnue » (p. 11). Une fois, il est monté dans sa barque pour livrer du courrier et sa fragile embarcation a été retournée par la baleine qui profitait d’une belle nuit. C’est comme ça qu’il a rencontré la baleine. Elle lui a posé plein de questions et elle lui a prêté un livre : « C’est l’histoire d’une sirène qui tombe amoureuse d’un pirate, dit-elle en rougissant. » (p. 30).

Lorsque lors d’une autre tournée, il revoit la baleine, il lui rend le livre prêté, lui offre un cadeau et elle lui propose de visiter la bibliothèque.

Quelle belle histoire avec des dessins magnifiques mais je ne pensais pas que ce serait si triste… Toutefois, cette bande dessinée – coup de cœur – est à lire absolument !

Dernière bande dessinée de l’année pour La BD de la semaine, que je mets aussi dans Contes et légendes 2021, Des histoires et des bulles (catégorie 17, une BD avec le nom d’un animal ou un animal dans le titre, 2e billet), Jeunesse young adult #11, Littérature de l’imaginaire #9 et Les textes courts.

Un colosse de Pascal Dessaint

Un colosse de Pascal Dessaint.

Rivages, collection Littérature, mai 2021, 128 pages, 14 €, ISBN 978-2-7436-5297-5.

Genres : littérature française, roman, Histoire.

Pascal Dessaint naît le 10 juillet 1964 à Dunkerque dans le Nord (France). Issu d’une famille ouvrière, il étudie à Toulouse (DEA d’histoire contemporaine sur la révolution culturelle chinoise). Il est auteur en particulier de romans policiers mais pas seulement (également de nouvelles, de chroniques…) depuis 1992 et reçoit plusieurs prix. Il est cofondateur des éditions Le petit écart (2017). Plus d’infos sur son site officiel.

Village de Montastruc. Deuxième moitié du XIXe siècle. Un homme et un cheval labourent. L’homme, c’est Jean-Pierre Mazas, « plus de sept pieds sous la toise » (p. 11) soit 2,20 mètres, un géant ! Il vit à la métairie de Tifaut (qui dépend de Marc Teulade, le châtelain de Montastruc) avec son épouse et leurs enfants. « […] nous avons affaire à un phénomène, pas de doute. Un phénomène, c’est cela ! » (p. 18). Jean-Pierre naît le 14 février 1847 dans « la petite métairie de Castanet » (p. 22), dans « un village situé entre Albigeois et Languedoc, à la jonction du Tarn, du Lauragais et du Pays Tolosan. » (p. 21), bref dans le Sud-Ouest. Entre 1847 et 1864, « le petit Jean-Pierre » (p. 25-26) grandit puis « Le petit Jean-Pierre n’est plus petit. » (p. 26).

C’est une enquête que mène l’auteur sur les traces de Jean-Pierre Mazas. « Je pense à ce géant depuis des années, depuis qu’au musée du Vieux-Toulouse, j’ai découvert le moulage de son grand pied dans une vitrine, Jean-Pierre Mazas chaussait du 54. » (p. 31). Pourtant il n’a pas grand-chose, un certificat de naissance, un certificat de mariage, un certificat de décès sur lesquels il y a des erreurs, quelques articles de journaux qui se contredisent… Il donne cependant de précieuses informations historiques et les événements furent nombreux durant cette période de changements politiques et sociaux, et même des informations littéraires (Lamartine, Victor Hugo, Alexandre Dumas…).

Jean-Pierre se marie en novembre 1878 avec Marie-Adèle Gérémie (qui a 15 ans et demi). Le couple a deux fils, François et Jacques-Joseph (appelé simplement Joseph) et une fille, Rosalie-Victorine. Joseph dira en 1967 « Papa était un homme débonnaire et affectueux, et il a eu une vie héroïque ! » (p. 44). Jean-Pierre est paysan et métayer mais aussi lutteur.

La lutte est à la mode et Jean-Pierre participe à des combats entre 1877 (soit avant son mariage) et jusqu’en 1885. « Marie-Adèle aurait-elle été séduite par le géant à l’occasion d’une exhibition ? » (p. 57). Jean-Pierre devient le Colosse mais il continue de travailler la terre. Il est célèbre et prend le train pour Toulouse où il se bat contre le célèbre athlète parisien, Millehomme. « Et ce sera une lutte homérique ! » (p. 71).

Le lecteur découvre la Toulouse du début des années 1880 (en 1875 il y a eu une crue et la ville était ravagée), « On se régale. On va au spectacle. Toulouse bouillonne ! » (p. 67). Et Jean-Pierre ? « Jean-Pierre est devenu riche pour un paysan de l’époque, mais il reste un paysan. Jean-Pierre attire les foules. À l’occasion, on augmente le prix des places. Jean-Pierre gagne tous ses combats. » (p. 77). Mais plus âgé, blessé (son dos a lâché…), Jean-Pierre devient une attraction de foire comme s’il était un monstre… Et c’est à Paris que le célèbre médecin Édouard Brissaud lui demande de « se présenter un matin à la Salpêtrière pour un examen complet » (p. 110). Le rapport médical est publié en 1895, « Des pages et des pages d’observations minutieuses. » (p. 115).

C’est la belle couverture qui m’a d’abord attirée puis le résumé. Je n’avais jamais entendu parler de ce colosse avant ! Et j’ai beaucoup accroché à ce récit mi-fictionnel mi-historique vraiment émouvant et à l’âpre vie rurale du XIXe siècle. De plus, je n’avais jamais lu cet auteur (qui a pourtant publié près de 30 romans, plus de 20 nouvelles…) et j’ai apprécié son style et sa façon de faire des recherches sur cet inconnu qui fut célèbre, ce géant qui a dû souffrir le martyre dans ce corps trop grand… Je vous conseille fortement ce roman ! Si vous voulez consulter d’autres avis, vous les trouverez sur Bibliosurf.

Eh bien, ce titre ne rentre apparemment dans aucun challenge mais je vais tout de même tenter le Petit Bac 2021 (catégorie Être humain pour Colosse).

Lu par d’autres : Alex et + sur Bibliosurf.

L’aventure de la bande mouchetée d’Arthur Conan Doyle

L’aventure de la bande mouchetée d’Arthur Conan Doyle.

In Les aventures de Sherlock Holmes (p. 233-268), Archipoche, collection Classique, mars 2019, 393 pages, ISBN 978-2-37735-265-4. Nouvelles traduites de l’anglais par Jeanne de Polignac et Gaston Simoes de Fonseca. Préface et textes du cahier central illustré de Bernard Oudin.

Genres : littérature anglo-écossaise, littérature policière, nouvelle.

Arthur Conan Doyle naît Arthur Ignatius Conan Doyle le 22 mai 1859 à Édimbourg (Grande-Bretagne). Son père écossais catholique est peintre et sa mère, d’origine irlandaise, est mère au foyer (10 enfants). Il étudie chez les Jésuites mais devient agnostique. Il étudie ensuite la médecine et exerce tout en écrivant (romans, nouvelles, théâtre, entre autres). Il est anobli en 1902 par le roi Édouard VII (Chevalier de l’ordre du Très vénérable ordre de Saint-Jean) et meurt le 7 juillet 1930 à Crowborough (Sussex). Son œuvre est trop abondante pour que je la cite ici mais il est très connu pour Sherlock Holmes, le professeur Challenger et pour ses nouvelles et ses contes.

Cette enquête est une des premières de Sherlock Holmes et John Watson mais elle n’avait pas été relatée plus tôt parce que Watson était tenu au secret. Il explique bien sûr pourquoi il a été relevé de ce secret et lance immédiatement l’aventure de très bon matin.

Avril 1883. Une jeune cliente s’est présentée à l’aube à Baker Street et « Mme Hudson a donné le branle et, ayant été brusquement tirée de son lit, elle s’est vengée sur moi, et moi sur vous. » (p. 234).

La jeune femme, dans la trentaine, semble vieillie prématurément et a assurément très peur. « Je m’appelle Hélène Stoner, et je vis chez mon beau-père, le dernier rejeton d’une des plus vieilles familles saxonnes d’Angleterre, les Roylott, de Stoke Moran, famille fixée sur les confins ouest du Surrey. » (p. 237).

Après avoir perdu sa mère il y a huit ans, Hélène Stoner a perdu sa sœur jumelle il y a deux ans, dans des circonstances étranges et non élucidées. « Oh ! Dieu, Hélène ! C’était la bande ! La bande mouchetée » (p. 243) furent ses dernières paroles avant de rendre l’âme malgré les soins de leur beau-père, médecin. Ces bruits qu’elle entendait la nuit avaient-il un lien avec les bohémiens installés dans le parc du domaine ?

Or, s’étant installée tout récemment dans la chambre de sa sœur à cause de travaux dans la sienne, Hélène a entendu les même bruits et sifflements dont sa sœur lui avait parlé avant sa mort. Imaginez son angoisse !

Holmes et Watson étant d’accord pour s’occuper de cette « affaire bien obscure et sinistre » (p. 247), ils vont se rendre à Stoke Moran le jour même. Mais avant de partir, ils sont carrément menacés par « le docteur Grimesby Roylott, de Stoke Moran » (p. 248) qui a suivi sa belle-fille ! « Ça m’a l’air d’un homme fort aimable. […] Cet incident donne un charme de plus à notre enquête […] » (p. 249) ironise Holmes.

Lorsque je lis une histoire de Sherlock Holmes, je suis toujours épatée de la concision de John Watson (d’Arthur Conan Doyle donc) mais, le tout, en citant plein de détails, minutieusement, et en utilisant parfois l’humour. Il est bon ici de préciser que, n’ayant pas tous les détails importants, Héléna ne les connaissant pas non plus, Holmes a dû « raisonner sur des données insuffisantes » (p. 265) et « [ses] premières conclusions [étant] tout à fait erronées » (p. 265), il s’est d’abord lancé sur une fausse piste, ce qu’il reconnaît honnêtement devant Watson. De mon côté, je n’avais rien deviné (alors que j’avais déjà lu ce titre il y a des années !!!). Et vous ?

Pour le challenge Les classiques c’est fantastique #2, le thème de décembre est « Élémentaire mon cher Watson ! », j’en déduis donc – à la manière de Sherlock Holmes 😛 – qu’il faut lire un ou des titres de Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle. J’ai choisi L’aventure de la bande mouchetée parce que j’ai lu que c’était le titre préféré de l’auteur (et parmi les titres préférés des fans de Sherlock Holmes) mais je me suis rendu compte en rapatriant d’anciens billets sur le blog (hier) que je l’avais déjà lu en 2010, ce que j’avais complètement oublié !

Cette lecture entre aussi dans 2021 cette année sera classique, A year in England, British Mysteries #6, Challenge lecture de mademoiselle Farfalle (catégorie 17, un classique de la littérature anglaise – j’avais lu le tome 2 de La Source au bout du monde de William Morris mais je n’ai pas encore ouvert le carton dans lequel il y a le cahier avec la note de lecture au brouillon…), Les textes courts et Le signe des trois – Sherlock Holmes (un « vieux » challenge, créé en 2010, mais qui est toujours valide puisqu’il est illimité et pour lequel j’ai republié d’anciens billets).