Un gentleman à Moscou d’Amor Towles

Très belle couverture !

Un gentleman à Moscou d’Amor Towles.

Fayard, collection Littérature étrangère, août 2018, 576 pages, 24,00 €, ISBN 978-2-21370-444-9. A Gentleman in Moscow (2016) est traduit de l’américain par Nathalie Cunnington.

Genres : littérature américaine, roman historique.

Amor Towles naît et grandit à Boston (Massachusetts, États-Unis). Il étudie d’abord à l’Université de Yale puis passe un master d’anglais à l’Université de Stanford. Il travaille dans l’investissement à New York jusqu’au début des années 2010 puis se lance dans l’écriture. Rules of Civility (2011) – en France : Les règles du jeu (Albin Michel, 2012) – qui a reçu le Prix Scott Fitzgerald, et Eve in Hollywood (2013) sont parus avant A Gentleman in Moscow (2016). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.amortowles.com/.

Juillet 1918. Le Comte Alexandre Ilitch Rostov est installé à Paris lorsqu’il apprend l’exécution du tsar et de la famille royale. Moins d’un mois plus tard, il arrive au domaine familial des Heures dormantes et fait évacuer sa grand-mère avec deux domestiques. Juin 1922. Rostov a trente ans et il est sur le banc des accusés : dans sa jeunesse, en 1913, il a écrit un poème intitulé « Où est-il à présent ? » qui déplaît aux nouveaux maîtres du Kremlin. Depuis septembre 1918, il vit dans une suite de l’Hôtel Metropol à Moscou. « […] plusieurs représentants du régime actuel arborant le bouc de rigueur décidèrent qu’en punition du crime de ma naissance dans les rangs de l’aristocratie je devais être condamné à passer le reste de mes jours… dans cet hôtel. » (p. 27). Comme il a quand même des amis en haut-lieu, il est assigné à résidence par le « Comité exceptionnel du Commissariat du peuple aux Affaires internes ». Plus dans la suite prestigieuse du deuxième étage mais dans une chambre de neuf mètres carrés au cinquième étage, en fait dans l’étroit grenier du beffroi auparavant aménagé pour les domestiques des voyageurs puis laissé à l’abandon. Ses compagnons : le chat bleu de Russie de l’hôtel, Koutouzov, borgne, et des livres.

Un gentleman à Moscou est un excellent huis-clos humain, intimiste et historique, dans l’hôtel Metropol, dans son bar le Chaliapine et dans ses deux restaurants réputés, le Boyarski et le Metropol surnommé le Piazza. C’est d’ailleurs au Piazza que Rostov fait la connaissance d’une fillette toujours vêtue de jaune, « fille d’un bureaucrate ukrainien veuf » (p. 57). Nina Koulikova a neuf ans et leur longue amitié va enchanter et bouleverser la vie de l’aristocrate ! « […] au Metropol, il y avait des pièces derrière des pièces, des portes derrière des portes… » (p. 84).

Mais j’ai encore plus aimé la belle rencontre avec Abram, l’ouvrier qui s’occupe des abeilles au sommet de la tour Choukhov (attention, Rostov est toujours dans l’Hôtel Metropol !).

Des passages extraordinaires avec par exemple les grands vins qui, par souci d’égalité, n’ont plus d’étiquettes au Boyarski (p. 183-184) ! ou la nouvelle utilisation incessante du mot camarade. « Ah, camarade, songea le comte. En voilà un mot qui marquera son époque… Quand le comte était enfant à Saint-Pétersbourg, on l’entendait rarement. Il rôdait derrière les usines, sous les tables des tavernes, laissant parfois son empreinte sur les pamphlets à l’encre encore fraîche qui séchaient par terre dans les sous-sols. À présent, trente ans plus tard, c’était le mot qu’on entendait le plus souvent dans la langue russe. » (p. 230).

Le Comte Alexandre Ilitch Rostov a trente ans lorsqu’il est condamné et assigné à résidence. D’autres n’ont pas cette chance : ils tomberont malades ou deviendront fous ou mourront dans des camps en Sibérie ou ailleurs. « Qui aurait pu imaginer, Sasha, quand tu t’es retrouvé assigné à résidence au Metropol il y a des années de cela, que tu venais de devenir l’homme le plus verni de toute la Russie ? » (p. 369). Nota : Sasha est un surnom pour Alexandre, c’est le petit nom affectueux qu’utilisent les amis du comte. Il passera trente-deux ans assigné au Metropol ; il verra défiler des petites gens et des nantis, des responsables du Parti et des artistes ; fin gourmet et œnologue, il travaillera au restaurant ; pendant plus de trente ans, il « verra » défiler l’histoire de l’Union soviétique en restant spectateur plutôt que protagoniste même si, malgré son peu de marge de manœuvre, il pourra faire des choses comme entretenir une liaison avec Anna Urbanova une actrice, recueillir la jeune Sofia qu’il fera passer pour sa nièce puis pour sa fille, aider son ami poète Michka (Mikhail Fiodorovitch Minditch) envoyé dans un camp en Sibérie ou enseigner les secrets des langues et des cultures française, anglaise et américaine à Ossip Ivanovitch qui conclura son apprentissage par « Hollywood est la force la plus dangereuse qui soit dans toute l’histoire de la lutte des classes. » (p. 372), devenir ami avec l’Américain Richard Vanderwhile, etc.

Un gentleman à Moscou ressemble étrangement à de la littérature russe, c’est un roman riche, dense mais fluide, somptueux, très agréable à lire (le comte n’est pas dénué d’humour), bref une merveille, un coup de cœur que je vous conseille très fortement si vous aimez la Russie et tout ce qui fait la Russie (les gens, l’histoire, la littérature, la poésie, la gastronomie, la musique…). « Car lorsque la vie empêche un homme de poursuivre ses rêves, il fera tout pour les poursuivre quand même. » (p. 422).

« Quand on a vécu éloigné pendant des dizaines d’années d’un endroit qu’on a aimé, la sagesse vous dicte de ne jamais y retourner. » (p. 571).

Une lecture pour 1 % Rentrée littéraire 2018, Défi littéraire de Madame lit (novembre est consacré à la littérature américaine) et Petit Bac 2018 (catégorie lieu avec Moscou).

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2e Grand Prix des Blogueurs Littéraires

L’année dernière j’ai été ravie de participer au 1er Grand Prix des Blogueurs Littéraires organisé par Agathe. Alors je rempile cette année avec le 2e Grand Prix des Blogueurs Littéraires. Pour cette édition 2018, vous pouvez consulter le blog dédié et la page FB.

Premier tour (jusqu’au 20 novembre)

Choisir mes deux romans préférés de littérature française de 2018…

Le roman du premier semestre 2018 :

Rupture de Maryline Desbiolles (Flammarion, janvier 2018) mais j’ai hésité avec Faire mouche de Vincent Almendros (Minuit, janvier 2018).

Le roman du deuxième semestre 2018 :

Aïe… Choix difficile entre La vraie vie d’Adeline Dieudonné (L’iconoclaste, août 2018) et Miss Sarajevo d’Ingrid Thobois (Buchet-Chastel, août 2018)… J’opte finalement pour Miss Sarajevo d’Ingrid Thobois (Buchet-Chastel, août 2018).

Vous aussi, vous pouvez voter pour vos deux romans préférés, allez-y !

Deuxième tour (du 25 novembre au 15 décembre)

Il faudra choisir un seul roman parmi les 10 titres les plus proposés par tous les blogueurs participants.

Infestation d’Ezekiel Boone

Infestation d’Ezekiel Boone.

Actes Sud, collection Exofictions, septembre 2018, 384 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-330-10886-1. Skitter (2017) est traduit de l’américain par Jérôme Orsoni.

Genres : littérature américaine, thriller, science-fiction, horreur.

Ezekiel Boone – de son vrai nom Alexi Zentner – naît en 1950 à Kitchener (Ontario, Canada). Il étudie à l’Université Cornell à Ithaca dans l’État de New York (États-Unis). Ithaca où il vit avec son épouse et leurs deux filles. Il est romancier et nouvelliste. Infestation est la suite d’Éclosion (le premier roman écrit sous le pseudonyme d’Ezekiel Boone). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.alexizentner.com/.

Après avoir dévoré en un jour le premier tome, Éclosion, pour le Marathon de l’épouvante – automne 2018 (catégorie Cimetières et Outre-tombe : horreur, thriller, fantôme, possession…), j’ai dévoré ce deuxième tome en un jour aussi.

Winthrop Wentworth Jr, 19 ans, après un tour du monde avec des amis, vient de passer deux semaines dans la Wind River Range dans le Wyoming, sans contact avec l’extérieur. Il n’est donc pas au courant de la catastrophe mondiale. Mais, de retour dans la civilisation, à Lander, un trou perdu de six ou sept mille habitants, il se rend compte que tout est brûlé, détruit. « Peut-être que l’apocalypse zombie avait finalement eu lieu pendant qu’il se baladait dans la nature. » (p. 10).

C’est avec plaisir que je retrouve Melanie Guyer, la biologiste spécialiste des araignées, à Washington DC ; Mike Rich et Leshaun DeMilo, les deux agents fédéraux, à Minneapolis ; Stephanie Pilgrim, la première femme présidente des États-Unis, et son assistant, Manny (ex-mari de Melanie Guyer) ; etc. (enfin je retrouve les survivants !) et que je découvre de nouveaux personnages.

Est-ce que les araignées sont toutes mortes. Est-ce que les nids ont tous été brûlés dans le monde (de rares endroits ont été épargnés) ? Y a-t-il des humains mordus et infestés et donc des milliers, des millions d’araignées qui vont naître ? « […] l’enfer à huit pattes […] une armée. Des envahisseurs. Des colons. Écumant la terre. » (p. 46). Partout dans le monde, c’est la chasse aux œufs ! Les nids, du plus petit au plus gros, sont brûlés mais est-ce possible de tous les trouver avant que les œufs n’éclosent ? Et quand ils écloront, comment seront les araignées ? Certains veulent utiliser le nucléaire comme la Chine… Mais Stephanie Pilgrim refuse. « […] si je commence à me servir de notre arsenal nucléaire, on ne pourra pas faire machine arrière. Quel en sera le prix ? » (p. 174).

L’auteur balade à nouveau ses lecteurs à travers le monde, États-Unis (plusieurs États dont Hawaii), Brésil, îles Hébrides (Écosse) avec le couple d’amoureux et le grand-père, Japon, Norvège, France, Allemagne, Inde, Pérou… « Partout où les araignées passaient, elles laissaient derrière elles une traînée de soie, comme une rumeur qui collait aux arbres et aux buissons, enveloppant les hommes, les femmes et les enfants qui se trouvaient incapables de bouger, incapables même de crier. » (p. 326).

De même que pour Éclosion, Infestation est à la fois un thriller et un roman de science-fiction post-apocalyptique horrifique. J’ai passé un super moment d’horreur avec ces deux tomes et j’attends le troisième et dernier tome avec impatience : apparemment, c’est l’apocalypse avec Zero Day paru aux États-Unis en février 2018 et peut-être en France au printemps 2019 ?

Une lecture effrayante que je mets dans le Challenge de l’épouvante, Défi littéraire de Madame lit (le mois de novembre est consacré à la littérature américaine ; né Canadien, l’auteur vit aux États-Unis et est considéré comme un auteur américain), Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Titre mot unique), Polar et thriller 2018-2019 (ce roman est bien construit comme un thriller, il y a des policiers et des agents fédéraux).

Éclosion d’Ezekiel Boone

Éclosion d’Ezekiel Boone.

Actes Sud, collection Exofictions, avril 2018, 368 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-330-09667-0. The Hatching (2016) est traduit de l’américain par Jérôme Orsoni.

Genres : littérature américaine, thriller, science-fiction, horreur.

Ezekiel Boone – de son vrai nom Alexi Zentner – naît en 1950 à Kitchener (Ontario, Canada). Il étudie à l’Université Cornell à Ithaca dans l’État de New York (États-Unis). Ithaca où il vit avec son épouse et leurs deux filles. Il est romancier et nouvelliste. Éclosion est le premier roman qu’il écrit sous le pseudonyme d’Ezekiel Boone. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.alexizentner.com/.

J’ai choisi ce roman pour le Marathon de l’épouvante – automne 2018. Il entre dans la troisième catégorie, Cimetières et Outre-tombe (horreur, thriller, fantôme, possession…).

Éclosion commence comme un thriller et se transforme rapidement en un roman de science-fiction horrifique.

Pérou, près du parc national de Manú. Après la visite du Machu Picchu, le guide Miguel et le groupe de cinq Américains se sont engagés dans la jungle mais les touristes sont tellement bruyants que Miguel n’a aucun animal à leur montrer alors que la jungle, c’est « le bourdonnement incessant des insectes, le mouvement, la chaleur, et la vie qui semblait présente partout, tout cela était devenu un bruit de fond. […] Mais aujourd’hui, c’était différent. Le bruit de fond avait disparu. C’était inquiétant […]. » (p. 12). Aucun animal jusqu’à ce qu’une nuée noire ressemblant à une vague d’eau s’abatte sur eux et les dévore.

Minneapolis, Minnesota. Mike Rich et Leshaun DeMilo, deux agents fédéraux, planquent dans leur voiture et se font tirer dessus par des trafiquants. L’avion du milliardaire Henderson s’écrase en centre ville, pas très loin.

Kanpur, Inde. La Dr Basu et son assistant, Faiz, qui travaillent au Centre national de recherche appliquée en génie parasismique, remarquent des tremblements réguliers qui ne sont pas dû à des tremblements de terre.

Washington DC. Melanie Guyer, « biologiste spécialisée dans les usages médicaux du venin d’araignées » (p. 35) reçoit de Nazca une « boîte en bois [vieille de] dix-mille ans [contenant un sac] probablement au moins aussi vieux. […] fossilisé ou pétrifié ou un truc préservé dans le genre. » (p. 50). Que contient précisément ce sac ? « Le sac d’œufs, il est en train d’éclore. » (p. 51).

Maison Blanche. Lors d’une simulation, la première femme présidente des États-Unis, Stephanie Pilgrim, son assistant, Manny (ex-mari de Melanie Guyer) et les militaires assistent sur grand écran à une véritable explosion nucléaire dans l’Ouest de la Chine.

Et justement, dans la province de Xinjiang, en Chine, un accident dans une mine paralyse toute la région et les militaires empêchent quiconque de partir mais un homme vole un camion, force le barrage et s’enfuit. « Son téléphone portable ne fonctionnait toujours pas et personne n’avait de réseau, mais il était assez malin pour savoir que quand les soldats débarquent et qu’on dresse des barbelés, que tes responsables essaient de te rassurer en te disant que tout se passe comme d’habitude, c’est que quelque chose d’anormal est en train d’arriver et qu’il est grand temps de s’inquiéter. » (p. 66).

L’auteur balade ses lecteurs à travers le monde, Pérou, États-Unis, Chine, Inde, îles Hébrides (Écosse), etc., dans une série d’événements qui ne sont apparemment pas liés mais… « Je pense que c’est pire. Je pense que c’est pire que tout ce que nous pouvons bien imaginer en ce moment même. » (p. 160).

Il en profite pour parler de faits de société importants comme la relation de l’humain à la Nature (de façon universelle), l’évolution de la condition des femmes (politique, armée), l’homosexualité et les survivalistes (du moins aux États-Unis).

Ne lisez pas ce paragraphe si vous détestez les araignées et si vous avez peur des araignées ! Toutefois, cette lecture est pour le challenge de l’épouvante donc il faut bien avoir un peu (beaucoup !) peur quand même. Mais, pour quelqu’un comme moi qui n’aime pas les araignées… Le verbe aimer n’est sûrement pas approprié… Je suis d’accord pour dire que les araignées ont une certaine beauté et qu’elles sont fascinantes et puis elles mangent les moustiques et tous ces insectes qui embêtent les humains… Enfin pas dans ce roman… Dans Éclosion, elles mangent les humains et elles pondent des œufs dans le corps des humains qu’elles ne mangent pas… Parce qu’elles les mangeront de l’intérieur lorsque les œufs écloront ! Bref, ce premier tome d’une trilogie annoncée – à classer à la fois en thriller et en science-fiction post-apocalyptique – se lit d’une traite, genre en apnée, et en surveillant qu’il n’y a pas d’araignée dans le coin sinon hurlement assuré ! « À présent, il fallait vraiment vivre dans une bulle pour ne pas être au courant pour les araignées. » (p. 282). Je n’ai qu’une hâte : embrayer avec le tome 2, Infestation, qui sera encore sûrement plus effroyable et savoir quand paraît le tome 3 !

Une lecture effrayante que je mets dans le Challenge de l’épouvante, Défi littéraire de Madame lit (le mois de novembre est consacré à la littérature américaine ; né Canadien, l’auteur vit aux États-Unis et est considéré comme un auteur américain), Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Titre mot unique), Polar et thriller 2018-2019 (ce roman est bien construit comme un thriller, il y a des policiers et des enquêtes, policière et fédérale).

Les montagnes hallucinées, 1 de Gô TANABE

Les montagnes hallucinées, 1 de Gô TANABE.

Ki-oon, collection Les chefs-d’œuvre de Lovecraft, octobre 2018, 310 pages, 15 €, ISBN 979-10-327-0362-5 (extrait de 28 pages sur le site de l’éditeur). Kyoki no sanmyaku nite Lovecraft kessakushu, vol 1 & 2 (Kadokawa, 2016-2017) est traduit du japonais par Sylvain Chollet.

Genres : manga, science-fiction, fantastique, horreur.

TANABE Gô [ça m’énerve que ça soit transcrit Gou… Il y a une différence entre gô et gou !] naît en 1975. Scénariste et dessinateur, il est considéré comme un maître du fantastique horreur avec des adaptations de nouvelles japonaises, américaines ou russes. Parmi ses titres : The Outsider (アウトサイダー) d’après H.P. Lovecraft, Anton Tchekhov et Maxime Gorki (Glénat, 2009), Kasane 累 巻之壱 (2 tomes, Kana, 2010) et Mr Nobody (3 tomes, Doki Doki, 2014).

Expédition Miskatonic en Antarctique, janvier 1931. Le camp du Pr Lake ne donne plus de nouvelles… L’équipe qui part à la rescousse est horrifiée : humains et chiens « mutilés d’atroce façon » (p. 18) et au loin, des « montagnes noires sans nom » (p. 21), terrifiantes, hallucinées. « Ça ne peut pas être la tempête… qui a provoqué ces atrocités ! » (p. 255).

Le voyage à bord du voilier l’Arkham, les icebergs, l’Antarctique inexploré, l’installation du camp, l’île de Ross, les technologies plus modernes par rapport aux précédentes expéditions, les premiers forages, la deuxième base reliée par avion, les conditions météorologiques épouvantables, le glacier Beardmore, les fossiles… Tout y est pour le plus grand bonheur des lecteurs ! « Une mer gelée se dévoile ! […] C’est à couper le souffle ! […] Nous abordons enfin ce monde mort depuis des éternités ! » (p. 63).

Êtes-vous prêts à explorer ce monde inconnu avec Lovecraft et Tanabe-san ?

Des dessins réalistes, sombres, voire effrayants, certains en pleine page ou en double page, c’est très impressionnant ! Par exemple, la découverte et la visite de la grotte (chapitre 6 Les Anciens et chapitre 7 Des spécimens complets, pages 138 à 173) sont stupéfiantes.

Ce beau manga de collection – avec sa couverture reliée, effet cuir – plaira autant aux lecteurs fondus de l’univers de Lovecraft (fantastique, science-fiction, horreur) qu’à ceux qui vont le découvrir, du moins j’espère car c’est une très belle adaptation, fidèle à l’œuvre originale. Un deuxième tome est à paraître et, même si je connais la fin de l’histoire, j’ai hâte de le lire, en fait de découvrir les dessins de Gô Tanabe.

Pour les fans de Lovecraft ou pour ceux qui veulent en savoir plus : le challenge Printemps Lovecraft est terminé (il y a lieu en 2017) mais les liens sont toujours valides et le groupe FB fonctionne encore un peu ; Les montagnes hallucinées de H.P. Lovecraft (le roman écrit en 1932), Les montagnes hallucinées de Lovecraft et Culbard (une bande dessinée, anglaise, parue en 2010) et Le guide Lovecraft de Christophe Thill (un essai, d’un spécialiste français, paru en mai 2018).

Pour les challenges BD, Cette année, je (re)lis des classiques, Challenge de l’épouvante et Marathon de l’épouvante – automne 2018, Littérature de l’imaginaire et Un max de BD en 2018. Je suis à la bourre, en ce mercredi soir et je pense que c’est trop tard pour donner mon lien pour La BD de la semaine mais vous pouvez découvrir d’autres bandes dessinées chez Stéphie.

Miss Sarajevo d’Ingrid Thobois

Miss Sarajevo d’Ingrid Thobois.

Buchet-Chastel, collection Qui vive, août 2018, 224 pages, 16 €, ISBN 978-2-283-03095-0.

Genre : roman français.

Ingrid Thobois naît en 1980 à Rouen. Elle voyage beaucoup. Après avoir enseigné le français en Afghanistan, elle publie son premier roman, Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés (Phébus, 2007, Prix du premier roman). Suivent des livres de photographies, des livres jeunesse et d’autres romans comme L’ange anatomique (Phébus, 2008), Sollicciano (Zulma, 2011) et Le plancher de Jeannot (Buchet-Chastel, 2015) avant Miss Sarajevo. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.ingridthobois.com/.

Printemps 1993. Rouen. Famille Sirvins. Le père, Charles, professeur de radiologie. La mère, « mère au foyer d’ascendance aristocratique et militaire » (p. 52). Le fils, Joaquim, 19 ans. La fille, Viviane, 16 ans, morte, défenestrée, du neuvième étage… « Mais, Viviane, ce matin-là, était seule avec Joaquim dans l’appartement ! » (le père, p. 21). « Viviane, ce matin-là était seule avec Joaquim dans l’appartement… » (le médecin, p. 21). Un soupçon jamais répété mais… « À partir de ce jour, Joaquim erra seul dans le silence cathédrale de son crâne transpercé par ses premiers acouphènes. » (p. 23).

Après un prologue avec Nicéphore Niépce et sa première photographie réussie (non cramée au développement), le Point de vue du Gras (1827) et la découverte du drame de 1993, le lecteur suit Joaquim qui abandonne ses études de photographie aux Gobelins à Paris et qui part comme photographe de guerre. À deux époques : six mois après la mort de sa sœur avec son premier voyage, à Sarajevo et vingt-cinq ans après où il doit retourner à Rouen. « De la guerre, Joaquim attend un électrochoc, un saccage en bonne et due forme. » (p. 84) car « Quand on n’a jamais connu que la paix, la guerre est affaire de fiction, de lointain, objet de fantasme ou de réflexion. » (p. 117).

J’ai vraiment beaucoup aimé Miss Sarajevo, carrément un coup de cœur, car ce roman est d’une grande richesse : l’auteur traite de la famille, du manque d’amour, des non-dits, de la dureté (apparente ?) du père, de la maladie (anorexie chez la fille, Alzheimer chez la mère), du suicide, du deuil, de la solitude, de la mémoire (Joaquim note absolument tout dans des carnets), du souvenir, de la photographie, de la guerre avec ses horreurs, et avant tout de la vie qui continue car « Sous les bombes se prépare un concours de beauté. » (p. 142) ! Avec treize concurrentes et « Toutes ignorent la portée symbolique de leur acte, et le retentissement planétaire qu’il aura. » (p. 177).

Et puis, je me suis attachée à Joaquim ; en fait je me rends compte que si j’apprécie tout particulièrement les romans avec le thème du temps, j’aime aussi beaucoup les romans sur le thème de la photographie. Et je me dis qu’en fait, les deux thèmes sont liés : prendre une photographie, c’est un instantané de vie à un moment précis, c’est comme arrêter le temps, c’est pouvoir le « revivre » plus tard en regardant la photographie. Ou alors « On ne conserve jamais que des traces de nos expériences fondatrices, des clichés flous, des images en apesanteur, si fragile qu’à s’en saisir on risquerait de les pulvériser. » (p. 33). Car « Photographier, ce n’est pas raconter la vérité. C’est délimiter par un champ l’opération d’exister, et la fixer. C’est inventer un monde de gestes dépourvus de leurs conséquences : un éclair sans la foudre, une chute sans impact – la grâce d’un basculement fondu au noir. Ce choix de l’éternité au détriment du vivant […]. » (p. 47).

Dans toute cette violence, il y a une sorte de douceur. Est-ce dû à une douceur naturelle chez Joaquim ? Est-ce dû à la tendresse de la famille qu’il rencontre à Sarajevo ? Vesna, la mère, Zladko son fils et Inela sa fille qui participe au concours de Miss Sajarevo. Ingrid Thobois réussit un coup de maître avec ce beau roman intime, tout en pudeur, qui m’a émue. Je ne connaissais pas Ingrid Thobois, à tel point que j’ai pensé que Miss Sarajevo était son premier roman !, et je suis ravie d’avoir découvert cette autrice grâce aux Matchs de la rentrée littéraire 2018 (dont je vous parlais ici) et grâce à Antigone qui le proposait.

Parmi mes phrases préférées : « […] on n’oublie jamais rien ; on escamote ou on fuit ; » (p. 26) ; « […] les voyages, comme les enfants, assomment ceux qui ne les ont pas faits. » (p. 40-41). « Le soir est d’une beauté incompréhensible. » (p, 134, Sarajevo détruite).

Un petit défaut : « […] une question sémantique : on parle de veufs et d’orphelins mais il n’existe aucun terme pour désigner, dans pareille situation, les parents et ce qu’il reste des fratries amputées. » (p. 24-25). J’ai déjà lu ça il y a trois ans dans Camille, mon envolée de Sophie Daull.

Une excellente lecture pour les challenges 1 % rentrée littéraire 2018 et Petit Bac 2018 (Catégorie Lieu).

En coup de vent…/ 72 – Jean-Baptiste Andrea

Bonjour, vous rappelez-vous de Ma reine de Jean-Baptiste Andrea, un premier roman paru en août 2017 chez L’iconoclaste ? Bon, j’ai dit et redit (ici, ici et ici en bas) que je ne l’avais pas aimé mais au moins, j’en ai parlé et, si je vous en reparle, c’est que j’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur hier soir à la médiathèque La Passerelle à Bourg lès Valence (Drôme). Un auteur, Jean-Baptiste Andrea donc, d’une grande gentillesse, « intelligent et drôle » – sic une collègue sous le charme 😉 –, très abordable, naturel et j’ai été touchée par son état d’esprit et ses idées : discussions sur le roman, sa création, les personnages (Shell et Viviane), la Provence, la littérature (c’est un grand lecteur), le cinéma (il a réalisé trois films, a aussi scénarisé et aime regarder des films voire des séries), l’écologie, le bien-être animal, la mort, le bouddhisme, etc. Il a même parlé bagnoles avec un collègue (ah, les hommes…), collègue que je remercie au passage car il m’a remplacée pour que je puisse assister à la rencontre (sinon, j’aurais raté une heure sur les deux…).

Jean-Baptiste Andrea (l’auteur, à gauche) et François (le bibliothécaire, à droite)

Une fierté pour l’auteur : son roman traduit en italien, allemand, roumain, espagnol (Mexique), coréen (Corée du Sud) et chinois (j’espère que je n’en oublie pas), une belle consécration (presque) internationale !

Une bien belle rencontre qui – si elle ne me fait pas aimer plus le roman – me donne toutefois envie de le relire. Si, si ! Car, vous le savez, il est passé après Neverland de Timothée de Fombelle qui m’avait tellement émue qu’il n’y avait pas de place pour Ma reine juste après et aussi je l’ai lu très vite, pour le travail, et je ne l’ai peut-être pas apprécié à sa juste valeur, en tout cas c’est ce que je pense après avoir entendu l’auteur en parler, donc si j’ai l’occasion de le relire, je le ferai et, on ne sait jamais, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, mais je ne promets rien 😛 L’auteur m’a demandé ce qu’il me restait de ma lecture, un peu plus d’un an après, eh bien il me reste la colline avec la nature, la grotte, le berger avec son patou, ce qui est pas mal finalement.

Par contre, je lirai assurément le deuxième roman qui se déroulera en montagne et qui est annoncé pour septembre 2019. Patience donc…

J’espère que vous aurez l’occasion de rencontrer Jean-Baptiste Andrea, même si vous n’avez pas encore lu (ou pas aimé) son roman car c’est vraiment quelqu’un de bien 🙂

Je vous souhaite une bonne fin de semaine. Et je vous mets le lien de Martine (avec une belle photo différente de la mienne car elle était sur le côté).