Throwback Thursday livresque 2018-32

Pour ce jeudi 9 août, le thème du Throwback Thursday livresque 2018 est « Asie ». Je n’ai pas su choisir entre le Japon et la Corée (du Sud) alors voici deux agréables romans pour l’été : Le démon de l’île solitaire d’Edogawa Ranpo, un roman policier japonais, et Séoul zone interdite de JUNG Myeong-seop, un roman post-apocalyptique sud-coréen. Vous pouvez voir les autres participations chez BettieRose. Bonne fin de semaine et bon weekend ensoleillé mais pas caniculaire j’espère !

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Séoul zone interdite de JUNG Myeong-seop

Séoul zone interdite de JUNG Myeong-seop.

Decrescenzo, janvier 2018, 218 pages, 18 €, ISBN 978-2-36727-049-4. Pyeswaeguyeok Seoul (2012) est traduit du coréen par HWANG Jihae et Julien Paolucci.

Genres : littérature coréenne, science-fiction, post-apocalyptique.

JUNG Myeong-seop… Je n’ai rien trouvé de précis donc voici ce qu’en dit l’éditeur : « est un jeune auteur coréen qui cultive un goût pour la littérature policière et de science-fiction. À travers la description de Séoul détruite et envahie par les zombies, l’auteur nous propose une vision sombre de la société future. ». Séoul zone interdite est son premier roman traduit en français et, pour découvrir son univers, vous pouvez lire une interview sur Keulmadang (excellent site consacré à la littérature coréenne).

Mars 2022. En Corée du Nord, la population a faim mais les émeutes sont violemment réprimées par le président Kim Jong-un qui ne veut pas perdre le pouvoir et qui appelle à l’aide la Chine. Mais « une faction de l’armée nord-coréenne s’insurge contre la présence de troupes étrangères sur son sol » (p. 8). Avril 2022. Un missile nucléaire nord-coréen explose sur Séoul (en Corée du Sud) : il y a des millions de morts et de blessés. « Mais l’horreur ne faisait que commencer. Quelques heures après le bombardement, les mort ont rouvert les yeux, et se sont jetés sur les survivants avec une agressivité extrême. On a d’abord parlé d’« infectés » puis de « zombies ». L’armée fut rapidement submergée par leur nombre. […]. » (p. 9). Séoul devient « Zone interdite » ! Dix ans après, des mercenaires, surnommés les « chasseurs de trésors » entrent illégalement dans la zone malgré le « haut rempart de béton bardé de barbelés électrifiés et de dispositifs anti-intrusion pour récupérer les objets personnels que les rescapés avaient laissés dans leur fuite. » (p. 9). Hyunjun est un de ces chasseurs de trésors lourdement armés. Lors d’une mission, il voit une fillette de dix ans et il en a la preuve puisqu’il l’a filmée avec la caméra de son casque ! Y aurait-il encore des survivants dans la zone ?

Eh bien, j’espère que les Nord-Coréens n’enverront pas de bombes nucléaires car je ne sais pas ce qu’ils mettraient dedans mais le résultat ne sera pas beau à voir ! L’objectif de l’auteur, dans ce roman post-apocalyptique (et pas dystopique comme je l’ai lu quelque part), était de déposséder les Sud-Coréens de leur capitale bien-aimée, Séoul (un quart des Sud-Coréens vit à Séoul). Ainsi, les zombies n’ont pas envahi le pays, pourchassant les survivants pour les dévorer, ces derniers se repliant – comme on le voit généralement – dans des enclaves où ils sont plus ou moins en sécurité ; au contraire, ce sont les zombies qui « vivent » enfermés dans Séoul, devenue une zone dangereuse subissant les effets de l’explosion nucléaire (quoique l’auteur ne s’attarde pas sur les retombées nucléaires dix ans après), et les Coréens sont protégés par un immense mur électrifié qui entoure la capitale contaminée. La vie a repris son cours, après l’horreur, différemment au niveau social et économique (il y a même des Nord-Coréens qui vivent au Sud, on les reconnaît à leur façon de parler) mais il faut bien continuer à vivre, travailler et pourquoi pas fonder une famille. La résilience, la bravoure, le travail, les missions à accomplir sont mis à l’honneur : ces notions ne sont pas exclusivement coréennes mais elles sont traitées de façon coréenne ce qui fait en partie l’originalité du roman.

En fait, avant d’avoir lu l’interview (citée et linkée plus haut), j’avais bien remarqué que l’auteur était fortement influencé par la culture populaire occidentale, en particulier tout ce qui est aventures action (les différentes missions dans la zone interdite et le « bouquet final ») et par les films américains de zombies. Et je me visualisais très bien cette histoire très violente au cinéma d’autant plus que j’ai déjà vu Dernier train pour Busan ! (부산행 Boo-san-haeng, un film d’horreur de Yeon Sang-ho sorti en 2016.). Mais Jung Myeong-seop n’écrit pas comme un Américain ou un Européen, il écrit et pense comme un Coréen et son roman est un des premiers romans de science-fiction coréens traduit en français, une curiosité donc ! Et puis, malgré la destruction de Séoul, le lecteur « vadrouille » dans les hauts lieux touristiques de la capitale et aimerait finalement les visiter en vrai avant leur éventuelle destruction…

J’ai repéré quelques fautes comme « Nous avons eu beau le supplié à genoux » page 65 (supplier) ou « Je retire la tête de la fenêtre et me fait tout petit » page 132 (fais) ou encore « Il a regrdé la fenêtre brisée » page 172 (regardé) : des détails me direz-vous (quoique les deux fautes de grammaire…) mais moi, s’il y a une faute, je ne peux pas m’en empêcher, je la vois !!!

Mais Decrescenzo est – et restera – un éditeur que j’aime : cette « petite » maison d’éditions publie uniquement de la littérature coréenne, c’est un pari osé en France où ce pays et cette littérature sont peu connus (moins que la Chine et le Japon en tout cas) mais c’est justement un bel objectif littéraire et culturel et, au vu de toutes les parutions depuis sa création en 2012, le pari est réussi !

Alors, c’est sûr que si vous n’aimez pas du tout la violence et les zombies, ce roman n’est peut-être pas fait pour vous… Mais pourquoi pas, pour découvrir une autre culture, pour comprendre les dessous d’une guerre – même si elle est éclair (euh, sans jeu de mot) – et les dessous de la politique et de la corruption (le roman touche à l’actualité récente du pays en fait). Ou bien, vous pouvez piocher dans les autres titres du catalogue 😉

Une lecture originale pour les Challenge de l’épouvante, Challenge de l’été, Challenge Chaud Cacao, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Lieu), Raconte-moi l’Asie #3, Rentrée littéraire janvier 2018, S3F4 #4 et Lire sous la contrainte (« tout au féminin »).

La vie rêvée des plantes de Lee Seung-U

La vie rêvée des plantes de Lee Seung-U.

Zulma, septembre 2006, 300 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-84304-372-7. Sikmuldeuleu Sasaenghwai (식물들의 사생활) est traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet.

Genre : littérature coréenne.

Lee Seung-U naît le 21 février 1959 à Jangheung (Corée du Sud). Il étudie la théologie et devient journaliste puis écrivain et professeur de littérature coréenne à l’université Chosun. Il reçoit de nombreux prix littéraires en Corée du Sud. Du même auteur : L’envers de la vie (Zulma, 2000), Ici comme ailleurs (Zulma, 2012), Le vieux journal (Serge Safran, 2013), Le regard de midi (Decrescenzo, 2014), La baignoire (Serge Safran 2016) et Le chant de la terre (Decrescenzo, 2017).

Depuis que son frère aîné est revenu de la guerre amputé des deux jambes, le narrateur est retourné aussi vivre chez leurs parents. « Ma mère passait ses journées dehors. Mon père ne disait jamais rien ; sa seule occupation était d’arroser les plantes et les fleurs dont le jardin débordait. » (p. 23).

J’aime la littérature coréenne, j’aime les éditions Zulma, j’aurais voulu aimer ce roman ! Mais je n’ai pas accroché… Et comme ce fut déjà le cas avec La baignoire, j’ai laissé tomber… Peut-être plus tard… Je le mets quand même dans le challenge Raconte-moi l’Asie #3.

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Le jeudi, c’est musée #13

CoreeLogo7Après les deux chroniques de lectures (Hiver à Sokcho d’Elisa Shua Dusapin et La baignoire de Lee Seung-u), voici le dernier article pour le Challenge coréen (je ferai tout de même un bilan) et aussi le dernier billet 2016 pour la rubrique Le jeudi, c’est musée.

Fin novembre, j’ai visité une exposition de peintures coréennes à l’École Supérieure d’Art et Design (ÉSAD) de Valence. Dix œuvres de Soo Kyoung Lee, artiste de Séoul née en 1969, étaient présentées sur le thème « Les errances de la couleur ». Les couleurs y étaient effectivement déployées dans des formes abstraites surprenantes. En voici trois, voyez par vous-mêmes !

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La baignoire de Lee Seung-u

CoreeLogo2Comme je le disais hier [lien], je voudrais parler de deux ou trois trucs coréens avant que le Challenge coréen ne se termine (le 31 décembre).

Voici donc une autre lecture :

baignoire-coreeLa baignoire de Lee Seung-u.

Serge Safran, mars 2016, 140 pages, 15,90 €, ISBN 979-10-90175-46-4. Yokjoga noingbang (2006) est traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet.

Genre : littérature coréenne.

Lee Seung-u naît le 21 février 1959 à Jangheung (Corée du Sud). Il étudie la théologie et devient journaliste puis écrivain et professeur de littérature coréenne à l’université Chosun. Il a reçu de nombreux prix littéraires en Corée du Sud mais toute son œuvre n’est pas encore traduite en français. Du même auteur : L’envers de la vie (Zulma, 2000), La vie rêvée des plantes (Zulma, 2006), Ici comme ailleurs (Zulma, 2012), Le vieux journal (Serge Safran, 2013) et Le regard de midi (Decrescenzo, 2014).

L’homme a rencontré une femme, durant un voyage d’affaires aux Caraïbes et aux pyramides mayas. Que fut leur histoire d’amour ? « Viens chercher ton rasoir et ton cadre », c’est le sms reçu « il y a quelques mois » (p. 13) mais que l’homme a ignoré… Il travaille en province et son épouse est restée à Séoul mais il est rappelé à la capitale au siège social de l’entreprise et se décide à aller dans l’appartement chercher son rasoir et son cadre.

D’emblée je suis surprise, l’auteur utilise le « vous » ce qui est surprenant pour le lecteur ! Ça peut être un bon point pour ce roman, une lecture différente. Mais, franchement, je n’ai pas accroché, je me suis ennuyée ferme, je suis passée à côté… Toutefois je souhaite dire que j’aime beaucoup cette collection avec ses couvertures de couleur orange. Et voici quelques extraits qui m’ont plu et que je veux garder en mémoire :

« L’homme est un être facilement influençable, ou qui aime se laisser influencer. » (p. 10).

Qu’est-ce que l’amour ? « C’est toujours une histoire en construction. » (p. 36).

RaconteMoiAsie2« Les coïncidences sont autant de causes et de prétextes. » (p. 59).

« […] le lecteur lira comme bon lui semble. » (p. 93).

Une lecture que je mets dans le challenge Raconte-moi l’Asie.

Hiver à Sokcho d’Elisa Shua Dusapin

CoreeLogo2Avant la fin de l’année, je voudrais parler de deux ou trois trucs coréens avant que le Challenge coréen ne se termine (le 31 décembre).

Voici déjà une lecture :

hiversokchoHiver à Sokcho d’Elisa Shua Dusapin.

Zoé, août 2016, 140 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-88927-341-6. Prix Robert Walser 2016.

Genres : premier roman, littérature coréenne (franco-suisse).

Elisa Shua Dusapin naît en 1992 de mère sud-coréenne et de père français, ainsi elle grandit entre la Corée du Sud, la France et la Suisse où elle vit actuellement. Elle est comédienne et étudiante en Lettres à l’université de Lausanne. Elle a coécrit un spectacle musical, M’sieur Boniface, et Hiver à Sokcho est son premier roman.

rentreelitteraire2016Une jeune Coréenne travaille dans l’hôtel du vieux Park depuis un mois : elle accueille les clients et fait les repas pour la pension. Arrive un Français, Yan Kerrand. Elle, qui vit seule avec sa mère, sait qu’elle a un père français qu’elle n’a jamais connu, elle a étudié la littérature coréenne et française mais elle est trop intimidée pour parler le français. « Il est arrivé dans un manteau de laine. Sa valise à mes pieds, il a retiré son bonnet. Visage occidental. Yeux sombres. Cheveux peignés sur le côté. Son regard m’a traversée sans me voir. » (p. 5, premières phrases du roman). Sokcho, une petite ville à 60 km de la Corée du Nord, est une station balnéaire et en janvier, il n’y a pas grand monde. Il vient de Normandie, elle a lu Maupassant ; il est dessinateur de bandes dessinées et a besoin de calme. « L’ultime et dixième tome de sa série la plus connue sortirait dans le courant de l’année suivante. À travers les commentaires des lecteurs et des critiques, j’ai compris qu’il s’agissait de l’histoire d’un archéologue qui parcourait le monde. Chaque album, un autre endroit, un voyage dans un lavis d’encre sans couleurs. Peu de mots, pas de dialogues. Un homme solitaire. » (p. 39). Mais arriveront-ils à communiquer ? Au même moment, Jun-Oh, le petit ami de la jeune Coréenne, part pour la capitale, il veut devenir mannequin.

DefiPremierRoman2016Les phrases sont souvent courtes, parfois juste un groupe de mots, sans verbe, ce n’est pas le genre de littérature que je préfère mais ce style correspond parfaitement à l’ambiance que l’auteur a voulu donner à son roman, froid, glacial même (j’avais froid rien que de lire les mots !). « Suintant l’hiver et le poisson, Sokcho attendait. Sokcho ne faisait qu’attendre. Les touristes, les bateaux, les hommes, le retour du printemps. » (p. 76). La ville attend mais la jeune Coréenne qu’attend-elle, que va-t-elle faire de sa vie ? Il y a aussi de belles virées dans le centre ville, dans le no man’s land entre le Sud et le Nord, dans la réserve naturelle de Seoraksan. L’auteur s’attache au travail d’imagination et de création, les décors, les détails, le personnage et la femme que Yan cherche, ce que cherche un auteur, « Une histoire qui ne se terminerait jamais. Qui raconterait tout. Elle serait comprise de tous. Une fable. Une fable absolue. » (p. 104). Et c’est bien là le problème : pudeur, froideur même, incompréhension entre deux mondes tellement différents… Hiver à Sokcho est un joli premier joli roman, agréable à lire, je dirais même maîtrisé au niveau du style et du choix des mots, mais les personnages s’effacent devant la ville, l’ambiance, la nourriture, les odeurs, et j’ai comme une sensation d’inachevé…RaconteMoiAsie2

Une lecture que je mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2016, Défi Premier roman 2016 et Raconte-moi l’Asie.

Des livres en cuisine – spécial Corée

CoreeLogo2Bon, je reviendrai sur le Challenge coréen qui a bien démarré (tout le monde est motivé au début) et dont je n’ai malheureusement pas bien pu m’occuper à cause de différents problèmes personnels depuis le début de l’année… (dont j’ai déjà un peu parlé ici, ici et ici).

Heureusement, pour relancer la machine, Bidib – du blog Ma petite médiathèque – propose un « partenariat gourmand » avec Des livres en cuisine. Merci Bidib d’avoir pensé à ce partenariat ! C’est « un événement interblog créé l’année dernière » et l’objectif est, pendant le mois de novembre, de parler de gastronomie et de recettes par les livres de cuisine [billet de Bidib].

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Il sera donc question dans ce partenariat gourmand de parler de livres de recettes coréennes mais aussi de BD, manhwa, romans, pièces de théâtre, poésie, etc. dans lesquels apparaissent des recettes coréennes. « Faites-vous plaisir et étonnez-nous ! », nous dit Bidib. 😉

Pour ceux qui sont vraiment très gourmands, il y a deux autres partenariats gourmands : un avec le challenge Il viaggio organisé par Eimelle et donc l’Italie, un avec le challenge Je lis aussi des albums organisé par Sophie Hérisson (lecture d’albums illustrés), et des challenges gloutons (je vous laisse consulter tout ça chez Bidib).

Je peux vous dire que la cuisine coréenne et délicieuse, les thés coréens aussi, alors lancez-vous !