Le jardin de Hye-young Pyun

Le jardin de Hye-young Pyun.

Rivages, collection Noir, octobre 2019, 160 pages, 21 €, ISBN 978-2-7436-4872-5. The Hole (2017) est traduit du coréen par Yeong-hee Kim et Lucie Modde.

Genres : littérature sud-coréenne, roman noir, thriller.

Hye-young Pyun 편혜영 naît en 1972 à Séoul (Corée du Sud). Elle étudie l’écriture créative et la littérature coréenne à l’université Yedae de Séoul et sa première nouvelle, Essuyer la rosée, est récompensée en 2000. D’autres nouvelles reçoivent également un prix ainsi que Le jardin (Prix Shirley Jackson en 2017). Elle est autrice (nouvelles, novellas, romans). Cendres et rouge (2010) est publié chez Philippe Picquier en 2012.

« Ogui ouvre lentement les yeux. Tout est blanchâtre autour de lui. Une lumière l’éblouit. Il ferme les yeux et les rouvre. Ça lui coût une peu. Il est rassuré, il sent qu’il est en vie. » (p. 7). En effet, Ogui est à l’hôpital, il se réveille après un long coma et ne sait pas où est son épouse. Pourtant le couple vient d’acheter une maison, il est professeur universitaire, elle est journaliste. « Comment la vie peut-elle changer du tout au tout aussi rapidement ? Comment peut-elle s’effondrer, se briser en mille morceaux et disparaître dans le néant ? » (p. 23).

Sa belle-mère lui rend visite tous les jours mais il ne peut pas communiquer sauf en clignant de l’œil pour dire oui. Après plusieurs mois de rééducation, il se sent déprimé… « Il s’est beaucoup investi dans sa rééducation, mais aucune fonction physique n’est revenue. » (p. 37).

Lorsqu’Ogui retourne dans sa maison, huit mois après, elle est réaménagée, avec un lit spécial, des appareils de rééducation, une infirmière à domicile, un kiné… Sa belle-mère s’occupe de tout et paye tout. C’est un peu bizarre, non ? En tout cas, elle décide de s’occuper du jardin. « Le jardin est sens dessus dessous. Comment a-t-il pu devenir une telle jungle en huit mois ? » (p. 56). Or son épouse avait une obsession pour le jardinage et ça le dérangeait.

De son côté, Ogui qui n’a rien à faire, pense et se souvient, son enfance, sa mère morte, son père plus que distant, ses études, sa rencontre avec son épouse, ses études, son métier de professeur de géographie… mais « Sa femme lui manque. Elle lui manque terriblement. » (p. 73).

Mais revenons au jardin puisque c’est le titre. Sa belle-mère y creuse un trou énorme… Le voisinage s’interroge. Veut-elle planter un arbre ? Elle dit que c’est pour créer un étang… Oqui est inquiet. « Lui qui pensait avoir connu beaucoup d’épreuves, il pressent aujourd’hui que beaucoup d’autres l’attendent. Et que les souffrances passées ne sont rien à côté de celles à venir. » (p. 101). Et il a bien raison !

Ce roman est comparé à Misery de Stephen King. Construit comme un thriller psychologique, il fait effectivement froid dans le dos ! Le suspense s’installe peu à peu jusqu’à la chute. Mais le récit, bien loin du classique états-unien, est très coréen, très troublant, donc totalement différent c’est pourquoi il est à découvrir absolument !

Pour le Challenge coréen #2 et Polar et thriller 2021-2022.

Ils l’ont lu : Alex, Alice, Dasola, Ingannmic, Lune, Richard, entre autres.

Ma sœur Mongsil de KWON Jung-saeng

Ma sœur Mongsil de KWON Jung-saeng.

Decrescenzo, juin 2021, 200 pages, 18 €, ISBN 978-2-367-27103-3. Mongsil eonni 몽실 언니 (1984, 1990, 2007, 2012) est traduit du coréen par PARK Mihwi et Jean-Claude de Crescenzo. Illustrations en couleurs de LEE Chul-soo.

Genres : littérature sud-coréenne, roman jeunesse, Histoire.

KWON Jung-saeng 권정생 naît le 10 septembre 1937 à Tôkyô, donc au Japon mais dans une famille coréenne qui retourne en Corée en 1946. Sa famille est très pauvre et l’adolescent doit travailler au lieu d’aller à l’école. Mais en 1967, il travaille comme gardien dans une église à Andong et publie son premier livre jeunesse en 1969, La crotte du chien (Gang-ajittong), ou Popo du chiot (Paquet, 2006). En 1971 et en 1973, il remporte des concours littéraires pour respectivement L’ombre de l’agneau, Ttallangi (Agiyang-ui geurimja, Ttallang-i) et Maman et la veste de coton (Mumyeong jeogori-wa eomma), carrière lancée avec succès. Il meurt le 17 mai 2007.

LEE Chul-soo naît en 1984, il est illustrateur. Vous pouvez voir ses œuvres sur la collection de Davidson Galleries.

Petit rappel historique. Le Japon occupa la Corée de 1910 à 1945 mais, « La Deuxième guerre mondiale terminée, le Japon défait, la Corée fut libérée du gouvernement colonial japonais. La Libération mit le pays entier en effervescence et la Corée vécut une période d’excitation, comme si elle espérait se débarrasser à coup sûr, une bonne fois pour toutes, de la tristesse accumulée en trente-cinq ans d’occupation. […] les Coréens survivants revinrent dans leur patrie. En dépit de leur espoir, ils ne découvrirent que misère et indifférence à leur sort. Rentrés les mains vides dans un pays dévasté […] en réalité, on les nommait ‘les mendiants du Japon’ […]. » (p. 11).

La famille de Mongsil, installée dans le village de Salgang, fait partie des « compatriotes rentrés au pays » (p. 11). Le père, Jeong, gagne difficilement sa vie, la mère, Milyang, mendie. Mais le petit frère, Jong-ho, meurt et, au printemps 1947, Milyang décide de fuir avec Mongsil (qui a 6 ans) dans un village de montagne, Daet-gol, et de vivre avec un autre homme. « Embarrassée, Mongsil sentit une vague d’émotions la submerger […]. » (p. 15). Mongsil a donc un beau-père, Kim, une grand-mère et vit dans une jolie maison avec de quoi manger chaque jour mais elle est triste pour son père parti loin chercher du travail…

Jeong Mongsil devient dont Kim Mongsil. Mais, en mai de l’année suivante, Milyang accouche d’un garçon prénommé Yeong-deuk qui devient le favori et Mongsil est alors négligée voire traitée comme la servante. « Mongsil éprouvait le plus souvent une peur chronique et une fatigue permanente. » (p. 22-23). D’ailleurs, après une chute (son beau-père l’a poussée), Mongsil a un problème au genou gauche et reste boiteuse… « Pourtant, elle était heureuse de pouvoir marcher de nouveau. Elle reprit les tâches ménagères. Malgré son handicap, elle passait ses journées à faire la vaisselle, à laver le linge et à s’occuper de toutes sortes de menues tâches. » (p. 29).

Et encore une année après, elle repart avec une tante qui est venue la chercher mais elle doit laisser Yeong-deuk, son petit frère qui a un an, et Soon-deok, sa meilleure amie. La tante amène Mongsil à Norusil où le père, Jeong, vit et travaille comme valet de ferme. Mongsil se fait une nouvelle amie, Nam-joo, et peut apprendre à lire et à écrire. Son père se remarie avec Bukchon mais Mongsil n’arrive pas à l’aimer. « Sa mère et Yeong-deuk lui manquaient toujours plus cruellement. » (p. 43). De plus des Coréens, des partisans communistes, descendent de la montagne et volent les habitants des villages de Norusil, Cachibawi-gol et Samgori.

Le soir, pendant que les hommes surveillent, Mongsil et Bukchon qui se sont rapprochées, vont apprendre à l’école. « Notre pays est divisé en deux. Nous devons nous poser des questions sur la stupidité de cette situation : est-ce que le Sud et le Nord se disputent avec leurs propres idées et leurs propres arguments ? Ou bien les deux parties du pays ne sont-elles pas manipulées par les idées des autres pays ? Quand on est ignorant de la réalité, on se laisse facilement duper. Si on ne veut pas le regretter par la suite, il faut d’abord enrichir ses connaissances. » (l’instituteur Choe, p. 54).

Cependant Jeong est mobilisé (la guerre entre le Sud et le Nord a commencé le 25 juin 1950, elle durera trois ans). Bukchon, fragile, accouche d’une petite fille, Nan-nam, et rend l’âme. « Cette nuit-là, les chars de combat de l’Armée populaire communiste apparurent sur la grande route récemment construite. » (p. 70). Mongsil a 9 ans et doit s’occuper de sa petite sœur mais « Mongsil faisait preuve de courage dans l’adversité et l’affrontait avec ténacité. » (p. 105).

Plusieurs fois édité en Corée du Sud, ce roman destiné à la jeunesse est toutefois éprouvant tant les épreuves traversées par Mongsil (et d’autres enfants) sont difficiles. La famille maltraitante, la pauvreté, les enfants qui travaillent, la guerre, le deuil, plusieurs thèmes sont abordés à tel point que ça peut paraître trop mais je pense que tout ça s’est passé tel quel dans de nombreuses familles…

Pour le Challenge coréen #2 bien sûr, Jeunesse young adult #10 et Petit Bac 2021 (catégorie Prénom pour Mongsil). En ce qui concerne Lire en thème : le thème de septembre est ‘une histoire qui se passe dans le milieu scolaire’ (lorsque Mongsil peut enfin aller à l’école, elle apprend à lire, à écrire et elle est même bonne élève), 1er thème secondaire = un enfant/ado sur la couverture (Mongsil), 2e thème secondaire = une histoire vraie/un témoignage (l’auteur s’est inspiré de ce qu’il a vécu enfant – ainsi que ce qu’on vécu de nombreux enfants – lorsque la famille quittait le Japon pour revenir en Corée avec en plus la guerre de Corée).

Trois contes coréens

Trois contes coréens découverts en juin grâce à un membre du Hanb(o)ok Club sur FB.

Le tigre et le kaki séché sur KBS World. Un énorme tigre qui vit dans la montagne décide de descendre au village pour manger. Un cochon ou un veau ou même un humain. « Il était tellement féroce que même son ombre faisait trembler de peur toutes les autres créatures. » Mais un kaki séché va tout changer !

Frère Lune et Sœur Soleil sur KBS World. « C’est mon dernier. Je t’ai donné tout ce que j’avais. Maintenant, laisse-moi rentrer chez moi ! ». Une femme pauvre est dévorée par un tigre qui a déjà mangé tous ses gâteaux de riz. Maintenant ses deux enfants, un garçon et une fille, doivent échapper au tigre mais comment ?…

Deux bons frères sur KBS World. Comment deux frères, bien qu’orphelins, vivent heureux car ils s’aiment et s’entraident sans rien demander en échange. « Toi en premier ! » « Non, toi d’abord ! ».

Les illustrations sont ⓒ YEOWON MEDIA HANKOOK GARDNER CO. LTD.

Depuis que j’ai lus ces contes (mi-juin), KBS World en a rajouté d’autres dans sa rubrique Il était une fois, profitez-en !

Pour le Challenge coréen #2, Challenge de l’été #2 (Corée du Sud), Contes et légendes #3, Jeunesse young adult #10 et Les textes courts.

PS : s’il n’y a pas de bande dessinée aujourd’hui, c’est parce que La BD de la semaine est en pause en juillet-août mais je publierai tout de même quelques notes de lectures de bandes dessinées pour garder le rythme.

Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seon Gu

Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seon Gu.

Sarbacane, février 2019, 64 pages, 15 €, ISBN 978-2-37731-216-0. Rest Stop (2016) est traduit du coréen.

Genre : bande dessinée sud-coréenne.

Mi-Jin Jung est scénariste et illustratrice.

Ja-Seon Gu est dessinatrice.

C’est Noël (il y a un sapin décoré) et un jeune homme dans une cabane isolée reçoit un chat, un chien, un hamster, une perruche. Chacun se raconte (le jeune homme est comme un psy), mange et laisse une lettre d’adieu pour leur humaine avant de partir. « C’est blanc ! C’est tout blanc !! » (p. 35).

Cette belle œuvre sud-coréenne n’est pas un manwha mais plutôt une bande dessinée à l’occidentale. C’est tout en douceur, très poétique, parfois drôle mais le message est clair, ces animaux partent pour leur dernier voyage et c’est finalement très triste…

Pour le Challenge coréen #2 et La BD de la semaine bien sûr mais aussi les challenges BD, Cottagecore (catégorie 2, Retour aux sources), Challenge lecture 2021 (catégorie 22, un livre dont l’histoire se passe à Noël), Des histoires et des bulles (catégorie 13, une BD dont les personnages sont des animaux) et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Moka.

Mémoires du masque (3 tomes) de Kim Jung-Han

Mémoires du masque de Kim Jung-Han.

Asuka (il n’y a plus de lien car la maison d’éditions a vécu de 2004 à 2009). La série (2004) est traduite du coréen par Chung Jin.

Genres : bande dessinée coréenne, manwha, policier, fantastique.

Kim Jeong-Han ou Kim Jung-Han (김정한) naît le 8 novembre 1970 en Corée du Sud. Il est manwhaga depuis 1993.

Tome 1, septembre 2004, 192 pages, 6,50 €, ISBN 978-2-84965-027-7. Renversée par un camion, In-Hae s’en sort avec « une lésion cérébrale infime et quelques ecchymoses » (p. 12) donc elle retourne au lycée le lendemain mais, depuis l’accident, elle fait des cauchemars et les filles dont elle rêve sont atrocement assassinées : Jung Da-Bin dans une baignoire, Sun-Young dans les couloirs du lycée… Et Kim Sang-Hyun, un lycéen, lui apprend qu’il se sent menacé et que son amie Mi-Jung a disparu. L’enquête n’avance pas d’autant plus que l’inspecteur Lee (pourtant le meilleur) est remplacé par une profileuse coréenne mais qui a vécu et étudié aux États-Unis, Lee Chae-Yeon. « Les tuer pour les tuer, ça ne colle pas… Il y a sûrement une raison. » (p. 160).

Tome 2, janvier 2005, 192 pages, 6,50 €, ISBN 978-2-84965-025-5. Sang-Hyun et In-Hae enquêtent de leur côté car elle peut voir le meurtrier. « Que je le veuille ou non, ma vie dépend de toi… Je vais te protéger quoiqu’il arrive. Alors, ne crains rien. » (p. 14). Je ne peux rien dire de plus sans vus dévoiler l’intrigue…

Tome 3, juillet 2005, 176 pages, 6,50 €, ISBN 978-2-84965-037-4. Tout s’accélère et… Rhaaa, je n’ai pas la suite, je pensais que c’était une trilogie ! J’ai trouvé la trace d’un tome 4 mais en coréen et je n’ai pas l’impression qu’il ait été traduit en français, rhaaa… !

Mémoires du masque est une très bonne série policière – tant au niveau des dessins que du scénario – avec un côté fantastique voire horreur mais je crains de ne jamais connaître la fin…

Je sais que c’est encore Un mois au Japon mais je voulais honorer le Challenge coréen #2 ! Je mets aussi dans La BD de la semaine et BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 58, un livre qui est dans votre PAL depuis longtemps, les trois y sont depuis leurs achats à leurs dates de parution), Des histoires et des bulles (catégorie 37, un manga non japonais, franga, manhua, manwha…) et Littérature de l’imaginaire #9 (pour le côté fantastique horreur). Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Challenge coréen #2

Une très bonne nouvelle alors que le Challenge coréen s’est terminé hier : Cristie crée le Challenge coréen #2 qui dure du 21 avril 2021 au 21 avril 2022. Bien sûr, je rempile car j’ai encore beaucoup de littérature coréenne et de manhwas à lire et j’ai très envie de (re)voir des films coréens à défaut de dramas (séries coréennes, beaucoup sont historiques ou dramatiques) malheureusement pas diffusés en France.

Logo, infos et inscription chez Cristie.

Le challenge commence pour tous avec la catégorie Débutant, c’est-à-dire un billet (autre que le billet de présentation) et ensuite les paliers augmentent de 5 en 5 :
Palier 1 = j’ai atteint 5 billets, je deviens Visiteur,
Palier 2 = j’ai atteint 10 billets, je deviens Voyageur,
Palier 3 = j’ai atteint 15 billets, je deviens Explorateur,
Palier 4 = j’ai atteint 20 billets, je deviens Amoureux,
Palier 5 = j’ai atteint 25 billets, je deviens Passionné.

Mes billets pour ce challenge

1. Mémoires du masque (3 tomes) de Kim Jung-Han (Asuka, 2004-2005, Corée du Sud)

2. Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seon Gu (Sarbacane, 2019, Corée du Sud)

3. Trois contes coréens : Le tigre et le kaki séché, Frère Lune et Sœur Soleil, Deux bons frères (KBS World, Corée du Sud)

4. L’azalée de Ga-Yan et Shin Ji-sang (Kidari Studio, 2017, Corée du Sud)

5. Ma sœur Mongsil de KWON Jung-saeng (Decrescenzo, 2021, Corée du Sud)

La douce main du temps de Kim Kwang-kyu

La douce main du temps de Kim Kwang-kyu.

L’Amandier, collection Accents graves Accents aigus, novembre 2013, 262 pages, 25 €, ISBN 978-2-35516-222-0. 시간의 부드러운 손 (Sigan-ûi budûlônum son, 1979-2007) est traduit du coréen par Cathy Rapin et Im Hye-gyông, édition bilingue.

Genres : littérature coréenne, poésie.

Kim Kwang-kyu 김광규 naît le 7 janvier 1941 à Séoul (Corée du Sud). Il étudie l’allemand et la littérature allemande à l’Université de Séoul. De 1972 à 1974, il étudie ensuite à Munich en Bavière (Allemagne) et délivre une thèse de doctorat sur Günter Eich. Dans les années 80, il enseigne l’allemand à l’université Hanyang à Séoul et traduit des poèmes allemands en particulier ceux de Bertolt Brecht, Heinrich Heine et Günter Eich. Depuis son retour d’Allemagne, en 1979, il est poète (à 38 ans, il est considéré comme poète tardif), il reçoit de nombreux prix littéraires et ses poèmes sont traduits en allemand, en anglais, en japonais et en espagnol.

Quatrième de couverture. « Ce recueil préfacé par les traductrices Cathy Rapin et Im Hye-gyong, est né de leur rencontre avec le poète Kim Kwang-kyu, figure reconnue de la littérature coréenne contemporaine et traduit en plusieurs langues. « Captivées » selon leurs propres termes par cette poésie « humaniste », par sa « musique comme un ruisseau pétillant », son « humour). aigre-doux et amer », « sa simplicité et sa force », elles nous ont donné le désir de faire partager aux lecteurs la découverte de ce poète, dont le texte est présenté en version bilingue. Il y a dans cette poésie, notent-elles encore, « une étrange alchimie » réunissant l’Orient et l’Occident autour de thèmes contemporains en prise avec la vie citadine et les réalités sociales et politiques. C’est dans une simplicité, qui n’hésite pas à puiser dans le langage quotidien, et une attention émouvante aux hommes, à la nature, aux détails de la vie, dans un fragile équilibre entre satire et émotion, lyrisme et retenue que ces poèmes nous donnent à entendre cette voix sensible et attachante. »

Bon, eh bien je me lance mais, d’abord, je précise que les poèmes de ce recueil proviennent de plusieurs recueils coréens parus entre 1979 et 2007 (j’ai dû chercher les infos pour les 4 recueils non traduits en français) :
우리를 적시는 마지막 꿈 Le dernier rêve qui nous arrose (1979)
아니다 그렇지 않다 Non ce n’est pas ça (1983)
크낙산의 마음 L’âme du mont Keunak (1986)
좀팽이처럼 Comme un mesquin (1988)
아니리 Aniri (1990)
누군가를 위하여 Nugunlalûl <uihayô (1993)
물길 Le chemin de l’eau (1994)
희미한 옛사랑의 그림자 Hûimihan yetsalangûi hûrimja (1995)
가진 것 하나도 없지만 Bien que je n’ai rien en ma possession (1998)
처음 만나던 때 Quand nous nous sommes rencontrés la première fois (2003)
시간의 부드러운 손 Sigan-ûi budûlônum son (2007) dont est issu le poème La douce main du temps

Dans la préface, Cathy Rapin et Im Hye-gyông, les deux traductrices, expliquent la place de la poésie en Corée, l’histoire de la poésie coréenne et leur(s) rencontre(s) avec Kim Kwang-kyu qui n’utilise pratiquement jamais de ponctuation. Les extraits du paragraphe de la quatrième de couverture, ci-dessus, sont d’ailleurs tirés de cette préface.

De bien jolis poèmes en vers libre ou en prose, dans un style considéré comme simple (dans le bon sens du terme) et descriptif, des poèmes parfois faussement naïfs, parfois drôles voire satiriques, résolument ancrés dans la Nature et dans la vie quotidienne ce qui inclut l’enfance, la famille, la mort, le monde du travail, la ville et son architecture (quasi carcérale), mais aussi la politique (la dictature) et l’évolution de la société avec un petit côté humaniste « contre l’aliénation sous toutes ses formes » (p. 17) et aussi écologique : « C’est le premier poète à écrire sur ces thèmes dits « écologiques » et sans avoir recours à la religion, dénonçant essentiellement un mode de vie qui aliène l’individu. » (p. 21). Et quelque chose que j’ai remarqué mais que ne disent pas les traductrices : l’importance des saisons et des éléments.

Malheureusement, je me dois de dire une chose : la préface est truffée de fautes d’orthographe et de grammaire… Exemples. Parfois il est écrit Kim Kwang-Kyu et parfois Kim Kwang-kyu, parfois avec tiret et parfois sans, « aux chutes inattendues et acide » (p. 9), « très bien accueilli par les critiques, certains de ses poèmes » (p. 11), « Cette relation privilégiée avec la littérature allemande et ce pays qui ne le quitte pas, l’incite » (p. 12, depuis quand met-on une virgule entre le sujet et le verbe ? Et puis je n’ai pas rêvé, il y a bien deux sujets ?), « quelques textes ont été publié » (p. 13, il y a vraiment un problème avec les pluriels !), « où sont rassemblés des expériences exemplaires » (p. 20, tiens, ici, ce n’est pas le pluriel mais le féminin), « exode rurale » (p. 21), « êtres humain » (p. 23) soit une dizaine de fautes dans une préface de 18,5 pages…

Heureusement, c’est plus soigné dans les poèmes. C’est que je ne voudrais pas vous éloigner de leur lecture ! Parce que c’est quand même rare la poésie coréenne en français donc il ne faudrait pas s’en priver. N’est-ce pas ? Et ces poèmes sont tous comme autant de petites histoires, réalistes ou amusantes. D’ailleurs, pour vous donner une idée, voici – parmi les 91 poèmes de ce recueil – 5 extraits.

« Des poissons bossus / vivent dans le Han / pondent des alevins bossus / qui halètent à bout de souffle / qui ne sortent pas des égouts de Séoul / qui ne rejoignent pas la mer / Un coin impossible à quitter / un coin impossible à rejoindre / est-ce là le pays natal ? » (Pays natal, p. 35).

« Les matins d’automne / les faisans criaillent / des poules faisanes / à la tête de leurs faisandeaux / descendent de la colline / vers la décharge / picorent / germes de soja et miettes d’anchois » (extrait de Faisans de Séoul, p. 85).

« Qui ne l’a su / ce que chacun éprouvait / ce que chacun vivait / qui ne l’a su / à l’époque tous / le savaient / faisaient comme si / et ce que / pas un ne pouvait dire / pas un ne pouvait écrire / a été transmis avec / notre propre langue / notre propre vocabulaire / qui ne l’a su / alors aujourd’hui / n’en parlez pas à la légère / pensez-y / à l’époque / que faisiez-vous ? » (À l’époque, p. 109).

« Pouf ! pouf ! le lapin qui bondissait / agonise dans un sous-marin / les panthères plus rapides que les chevreuils / sont en voix de disparition / hier et aujourd’hui / comme d’habitude / la tortue / cric croc ! va encore crapahuter dix mille ans / et qui lui reprochera sa lenteur ? » (La tortue, p. 191).

« Chemin parsemé de feuilles de chêne / devant le portail du temple / un jeune bonze / sous une bâche de plastique / mange une brochette de pâte de poisson / avale gloutonnement toute la soupe / tel un soldat de retour à la caserne / la froidure arrive tôt dans la montagne / l’hiver ne fait pas peur mais / force et vigueur sont nécessaires / pour pratiquer la méditation » (Devant le portail du temple, p. 209).

Alors, ça vous plaît ?

J’ai choisi ce recueil pour la case Poésie du Challenge du confinement (qui se termine dans quelques jours) et j’en profite pour mettre cette lecture dans le Challenge coréen.

Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-joo

Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-joo.

NiL, janvier 2020, 216 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-37891-061-7. Palsip yi nyeon saeng Kim Jiyeong (2016) est traduit du sud-coréen par Kyungran CHOI et Pierre Bisiou.

Genres : littérature sud-coréenne, premier roman.

Cho Nam-joo naît en 1978 en Corée du Sud. Elle est scénariste pour la télévision et Kim Jiyoung, née en 1982 est son premier roman.

Séoul, Corée du Sud. Kim Jiyoung a 35 ans ; elle est mariée depuis 3 ans à Jeong Dahyeon, 38 ans, qui travaille dans une grande entreprise de high tech et le couple a une fillette d’un an, Jeong Jiwon. Jiyoung travaillait dans une société de communication mais elle a arrêté de travailler pour s’occuper de Jiwon.

Automne 2015. Jiyoung a des comportements bizarres : elle parle comme sa mère, elle dort avec Jiwon en suçant son pouce puis elle déclare être Cha Seungyeon, une des amies du couple, décédée il y a un an… Elle parle et agit comme la morte et, surtout, elle sait des choses que seuls Daehyeon et Seugyeon savaient ! « Jeong Dahyeon s’est figé. Cela remontait à presque vingt ans. Une après-midi d’été, le soleil dardait ses rayons sur le stade qu’aucune ombre ne protégeait. Il ne se souvenait pas pourquoi il s’était trouvé là mais il avait croisé Cha Seungyeon qui, tout à trac, lui avait déclaré qu’elle l’aimait bien. Qu’elle l’aimait bien et qu’elle l’aimait tout court. Elle transpirait, bégayait, ses lèvres tremblaient. » (p. 14-15). Et il y a d’autres alertes…Que se passe-t-il ?

Flashback. Enfance de Jiyoung avec Kim Eunyeong, sa sœur aînée, et leur petit frère. Les deux filles vivent des injustices car les garçons sont prioritaires et sont toujours mieux traités que les filles : les filles souvent n’étudient pas, elles vont à l’usine pour payer les études de leurs frères, plus âgés ou plus jeunes, même s’ils sont moins doués pour étudier. École primaire, collège, premières règles, lycée… « Les filles, presque inconsciemment, entassaient petit à petit au fond de leur cœur la désillusion et la peur des hommes. » (p. 73). Heureusement Jiyoung et sa sœur, nouvelle génération de filles, ont pu faire les études qui les intéressaient.

Un truc bizarre. « […] en 2001, […] Kim Jiyoung eut vingt ans […] » (p. 81) mais si elle est née en 1982, en 2001, elle n’aurait eu que 19 ans, à moins que les 9 mois de grossesse compte dans l’âge de l’enfant comme au Japon ?

J’ai dévoré ce très beau roman, féminin, féministe, universel ! Un premier roman, en plus, très réussi. Les femmes sud-coréennes (et pas que) sont victimes de sexisme, de dénigrement, de violence ; elles doivent être au service de leurs parents, de leurs frères, puis de leur patron lorsqu’elles travaillent, et enfin de leur mari et leurs enfants. Quelle vie !… Cho Nam-joo s’est inspirée de tout ce qu’elle a trouvé comme témoignages et interviews pour rédiger cette somme littéraire passionnante sur les conditions peu avantageuses des femmes. Le message est clair, fort, mais pas vindicatif, ni violent. Si j’ai bien compris, un film adapté de ce roman est sorti au cinéma en Corée du Sud en 2019, peut-être verrons-nous ce film en France ?

Bien que des lois d’égalité hommes-femmes existent, la société sud-coréenne (et bien d’autres dans le monde, c’est pourquoi je pense que ce roman est universel) dénigre toujours la femme et la condition féminine. D’ailleurs mon passage préféré est : « Tel était le dilemme : en appliquant les lois vous passiez pour une profiteuse, en renonçant vous nuisiez aux conditions de travail d’autres collègues. » (p. 164).

Une lecture coup de poing, coup de cœur pour le Challenge coréen, le Challenge de l’été (Corée du Sud) et le Petit Bac 2020 (catégorie Prénom pour Jiyoung, j’ai lu que c’est un des prénoms féminins les plus donnés en 1982).

Corée, une guerre sans fin (documentaire)

J’ai regardé ce documentaire en replay sur Arte. Regardez-le aussi avant qu’il ne disparaisse (apparemment il est disponible jusqu’au 17 juillet 2020) ou alors vous aurez accès à la VOD ou au visionnage en DVD.

Corée, une guerre sans fin est un documentaire français réalisé par John Magio en 2017 ; il dure 89 minutes.

La Corée ou Choson, « pays du matin calme », n’a malheureusement pas été si calme au XXe siècle.

Toutes les guerres sont horribles mais la guerre de Corée, pendant la guerre froide, a été vraiment horrible et de nombreux militaires et civils sont morts dont certains exécutés (j’ai pris quelques notes : 36 000 GI et plus de 2 millions de Coréens sont morts…).

En voyant ce documentaire, on comprend mieux la fascination du leader nord-coréen (des trois leaders qui se sont suivis en fait) pour le nucléaire et la haine envers les Américains. Et aussi une menace qui pèse sur le monde depuis des décennies (nucléaire mais pas seulement).

Août 1945 : avec la capitulation du Japon, les Japonais quittent la Corée après 40 ans d’occupation, ça c’est la bonne nouvelle pour les Coréens !

Mais… Truman, président des États-Unis, d’un côté et Staline, leader de l’Union Soviétique de l’autre, se partagent en 30 minutes la Corée : une ligne droite est tracée au 38e Parallèle ! Au nord, Staline (puis Mao) soutient Kim Il-sung et les communistes ; au sud, les États-Unis soutiennent le premier président de Corée du Sud « libre », Rhee Syngman. Tout le monde pense que cette séparation est temporaire et que le pays sera réunifié jusqu’à ce que les soldats nord-coréens passent la « frontière » et s’abattent trois jours après sur Séoul. Truman, toujours président des États-Unis et l’ONU sont d’accord pour lutter contre la propagation de l’idéologie communiste et aider les Sud-Coréens.

Bien sûr, certains vont critiquer l’ingérence américaine sauf que si un pays appelle à l’aide, c’est logique d’y aller, non ? Donc près de 250 000 soldats non seulement américains (dont le célèbre général Douglas MacArthur, héros de guerre, basé au Japon), mais aussi anglais, australiens, français et d’une douzaine d’autres pays sont envoyés par l’ONU en Corée du Sud. Les soldats nord-coréens bien équipés avec les chars soviétiques ont envahi le sud ; il ne reste plus qu’une petite portion dans le sud-est, Pusan (renommée Busan). La guerre dure de 1950 à 1953. En Corée du Nord, il est enseigné que ce sont les Américains qui ont enclenché cette guerre… Il n’y a pas eu de cessez-le-feu, la guerre n’est pas finie…

Je ne vous raconte pas tout, il faut voir ce documentaire exceptionnel, objectif, passionnant, avec des images d’archives inédites et des témoignages émouvants. Plus tard, des journalistes ont enquêté sur les massacres de civils (des soldats Nord-Coréens pouvaient se cacher parmi eux donc personne n’était épargné, c’était les ordres mais c’était un crime de guerre…), en particulier sur le massacre de No Gun Ri dont j’avais déjà entendu parler car j’avais acheté Massacre au pont de NoGunRi de Park Kun-woong paru au premier trimestre 2007 aux éditions Coconino Press – Vertige Graphic qui, je le crains, n’existent plus… Mais si je retrouve ce manwha, je le lirai pour le Challenge coréen.

Cette nuit-là de Kim Sum

Cette nuit-là de Kim Sum.

Jentayu n° 2 : Villes et violence. Nouvelle traduite du coréen par Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel.

Genres : littérature sud-coréenne, nouvelle.

Kim Sum 김숨 naît en 1974 à Ulsan (Corée du Sud). Elle étudie le travail social à l’université de Daejeon. Elle débute sa carrière avec deux nouvelles, À propos de la lenteur (1997) et Le temps du Moyen-Âge (1998) pour lesquelles elle reçoit des prix. Elle publie des recueils de nouvelles (Chiens combattants, Le lit, Le foie et la vésicule biliaire) et des romans (Les idiots, Le fer, Mes magnifiques criminels, L’eau, L’abandon d’un chien jaune, Deux femmes face à face) pas traduits en français.

La nouvelle est lisible en ligne sur Jentayu ; merci !

Il fait nuit. Kyeong-suk est en voiture avec son mari qui conduit et leurs deux enfants à l’arrière. Lorsqu’il s’arrête à un feu rouge, un coursier en moto vient se mettre entre leur voiture et un taxi. Quand le feu passe enfin au vert, le taxi fonce mais c’est chaud entre la moto et leur voiture. Excédé, le mari sort brutalement et se met à hurler. « Kyeong-suk considéra avec inquiétude sa voiture dans laquelle se trouvaient ses deux enfants. Celle-ci était arrêtée dangereusement sur la ligne entre la deuxième et la troisième voie. La portière côté conducteur était grande ouverte. Son mari devait être drôlement en colère, il avait même oublié d’allumer ses feux de détresse. Kyeong-suk le tira par le bras mais en vain. » Mais à force d’injures, les deux hommes en viennent aux mains ! « Seulement alors se dit-elle que tout ça était de la faute du taxi, parti précipitamment en mordant sur la ligne de la voie dès que le feu était passé au vert, et lui en voulut terriblement. Si seulement ce taxi était resté sur sa voie, ils n’auraient pas failli avoir un accrochage avec la moto du coursier, et son mari et le coursier n’en seraient donc pas là, à s’écharper au milieu de la route à cette heure si tardive. » Comment Kyeong-suk va-t-elle bien pouvoir séparer son mari et cet homme ?

Parue dans le numéro 2 de la revue Jentayu « revue littéraire d’Asie », cette nouvelle symbolise bien le thème de ce numéro : villes et violence. Comment un homme, normal, marié, père de deux enfants, présents dans la voiture, va sortir de ses gonds et se mettre en colère contre un inconnu alors qu’il n’y a pas eu d’accident et que le frisson du démarrage au feu vert entre son véhicule et la moto est dû au taxi qui est parti à toute allure en débordant sur la ligne blanche.

Dommage que les recueils de nouvelles et les romans de Kim Sum ne soient pas traduits en français…

Pour La bonne nouvelle du lundi (il faudrait que je pense plus souvent à publier le lundi concernant des nouvelles) et le Challenge coréen.

Et merci aux éditions Jentayu pour cette nouvelle !