Amelia Earhart, l’aviatrice qui voulait faire le tour du monde de Pascale Perrier et Isabelle Delorme

Amelia Earhart – L’aviatrice qui voulait faire le tour du monde de Pascale Perrier et Isabelle Delorme.

Oskar, collection Elles ont osé, septembre 2020, 80 pages, 9,95 €, ISBN 979-1-02140-715-2.

Genres : littérature française, jeunesse, Histoire.

Pascale Perrier naît en 1969. Après avoir étudié la linguistique (française), elle exerce comme professeur-documentaliste avant de se lancer dans l’écriture pour la jeunesse. Plus d’infos sur son site officiel.

Isabelle Delorme étudie l’Histoire et la bande dessinée, domaines dans lesquels elle est spécialisée.

Je remercie Pauline du blog Entre les pages car j’ai gagné ce livre en participant à un concours sur son blog : sa note de lecture, son billet pour le concours et le résultat du concours. J’ai été surprise et ravie d’avoir gagné : merci à Pauline et aux éditions Oskar (c’est bizarre, un éditeur qui n’a pas de site officiel…).

1937, Amelia Earhart est une des premières femmes aviatrices, à bientôt 40 ans, elle fait le tour du monde avec son copilote, Frederick Noonan, dans un bimoteur Lockheed Electra. Elle est spécialement suivie par Cathy White, une jeune journaliste, mais « Aux États-Unis, tout le monde suivait l’aventure de celle qu’on avait surnommée la petite reine de l’Amérique. Le président Roosevelt en personne lui avait prodigué ses encouragements, après l’avoir félicitée à plusieurs reprises pour ses précédents records. » (p. 6).

Malheureusement l’avion va manquer de carburant, l’Itasca, bateau de la Marine américaine, est invisible et l’île de Howland est minuscule donc difficilement visible… 2 juillet, 20 h 14, Amelia envoie son dernier message radio à l’Itasca ; 18 juillet, les recherches s’arrêtent. Le mari d’Amelia, George Putnam, est effondré. « Vous ne pouvez pas abandonner tout espoir, pas déjà ! » (p. 27). Et si elle était quelque part en mer sur un débris de l’avion ou réfugiée sur une île ?

J’ai aimé l’enfance d’Amelia, sa découverte des avions avec son père, son baptême de l’air avec Frank Hawks au-dessus de Los Angeles et sa volonté de devenir aviatrice. « Ma vie, maintenant, ce sera là-haut. » (p. 13), je trouve cette phrase particulièrement émouvante. Elle va prendre des cours de pilotage, dès janvier 1921, avec Anita ‘Neta’ Snook (il y avait donc déjà des femmes dans l’aviation, du moins aux États-Unis).

Amelia devient célèbre, elle participe à des meetings aériens, elle traverse les États-Unis avec sa mère à bord (plus de 10000 km), elle traverse même l’Atlantique (Canada-Pays de Galles). « Elle n’était que passagère et ne prit pas une part active à la traversée, mais sa présence en tant que femme dans l’avion en fit un moment historique. » (p. 18). Elle écrit son premier livre, 20 Hrs, 40 Min (20 heures 40 minutes), d’autres livres suivront.

Amelia était « Une belle femme, sportive, pétillante, une allure de garçonne avec ses cheveux courts et pourtant si féminine. De la volonté et du culot à revendre, du cœur aussi. » (p. 38). Elle s’est déjà sortie de situations désespérées alors peut-être qu’effectivement, comme le pensait George, elle a survécu quelque part puisque l’avion avait apparemment dévié de la trajectoire prévue… Les îles Marshall, Saipan occupé par les Japonais, les îles Phoenix… En tout cas, Amelia Earhart est restée dans les mémoires et le restera encore longtemps car, à notre époque, il y a encore des recherches pour savoir si l’Electra se serait écrasé sur un atoll et si Amelia et Fred auraient survécu ! Plusieurs pistes sont explorées.

Une lecture instructive et émouvante pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 38, un livre sur le thème du voyage et quel voyage !), Jeunesse Young Adult #10, Petit Bac 2021 (catégorie Voyage pour Tour du monde), Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

Sibir de Danièle Sallenave

Sibir : Moscou Vladivostok, mai-juin 2010 de Danièle Sallenave.

Gallimard, collection Blanche, janvier 2012, 320 pages, 19,50 €, ISBN 978-2-07013-641-4.

Genres : littérature française, récit de voyage.

Danièle Sallenave naît le 28 octobre 1940 à Angers (Pays de la Loire). Elle étudie à l’École normale supérieure (Lettres, Lettres classiques) et à l’Université Paris-Nanterre (histoire du cinéma). Elle est autrice (membre de l’Académie française depuis 2011 au fauteuil n° 30), traductrice (de l’italien), journaliste (France Culture, Le Messager européen, Le Monde, Les Temps modernes) et aussi professeure et chercheuse. Elle publie de nombreux livres depuis 1975 et reçoit plusieurs prix littéraires.

Mai 2010, Danièle Sallenave participe à un voyage avec d’autres auteurs français ; elle atterrit à Moscou et va prendre le Transsibérien pour rallier Vladivostok (10 000 km, 9 fuseaux horaires !). Elle a déjà voyagé en Russie depuis 1977. « Cela sert le cœur, de nostalgie, d’amour, d’une espèce de compassion positive, presque sans mots. » (p. 17).

Sibir signifie Sibérie en russe. Que voici un voyage magnifique, raconté au jour le jour, très instructif, d’autant plus que l’autrice se rappelle ses anciens séjours en Russie donc, en plus du récit de ce voyage en Transsibérien, il y a des tas de souvenirs, d’anecdotes historiques, politiques, architecturales, littéraires. Bien sûr, cela rend la lecture plus difficile mais c’est tellement passionnant et enrichissant !

C’est aussi une réflexion sur la mémoire et l’oubli pour aller de l’avant, pour construire l’avenir (mais comment faire abstraction des millions de morts, des déchets dangereux, etc. ?). « Tout cela caché, tapi, enfoui, rayonne dans l’ombre d’une lumière maléfique. » (p. 63).

Danièle Sallenave note que « à l’heure où l’Europe est travaillée par des revendications identitaires, ethniques, religieuses, linguistiques, la Russie semble affronter des problèmes très proches des nôtres. » (p. 82).

À chaque gare, les auteurs et les accompagnateurs sont accueillis en grande pompe mais le folklore paraît parfois… bancal ! Cependant, à chaque fois, les Russes sont gentils et accueillants.

« Et, appelée au secours, la mémoire du temps révolu ne suggère que des images de violence, peu accordées au calme des lieux, si provisoire soit-il. Pourtant elle est nécessaire : pris entre un avenir incertain et un passé dont personne ne nous parle, le moment présent n’est qu’une fragile passerelle, sur quoi s’exerce de surcroît la pression et le formatage du « discours touristique ». D’où le travail qu’il faut faire après un voyage pour le compléter, le contredire, et aussi s’y soustraire. » (p. 87).

J’ai aimé son honnêteté et sa lucidité. « Nous autres, Occidentaux un temps (ou longtemps !) séduits par le communisme, nous « en étions revenus » définitivement dans les années soixante-dix ou quatre-vingt (Gide, c’était dès la fin des années trente !). Mais cet élan, cette approbation plus tard suivis d’un rejet vif, prononcé, irréfutable, cela ne nous avait rien coûté : nous avions joué avec la vie des autres, nous avons été complices de leur mort. » (p. 145-146). Terrible…

Elle est aussi honnête sur le voyage en lui-même. « Une inquiétude récurrente me taraude : qu’est-ce que je vois, qu’est-ce que je comprends ? » (p. 187). Il est vrai, que lors d’un voyage, on ne peut pas tout voir, et puis ici, elle sent bien qu’on leur cache des choses. Et quand, en plus, on ne parle pas le russe couramment…

Elle n’omet (presque) rien. « C’est ça aussi, la Russie : une mafia arrogante, multimillionnaire, et les restes encore vivants du monde d’autrefois, de sa simplicité sans chichis… » (p. 297).

J’ai adoré ce voyage, l’Oural, la Sibérie, le Tatarstan, la Bouriatie… jusqu’à Vladivostok qui est à l’extrême sud-est de la Russie. Ce récit, intense, surprenant, tendre mais lucide, m’a fait penser à C’est bon d’être un peu fou, un film documentaire réalisé par Antoine Page (dont je vous ai parlé ici, en bas du billet).

J’ai noté des auteurs que je ne connaissais pas, comme Ğabdulla Tuqay (l’autrice écrit Tuqaï), un poète et éditeur tatar de Kazan et Ferdynand Antoni Ossendowski, un auteur et géologue polonais né dans l’empire russe, près de Ludza (Lettonie).

Sur la couverture, la photo représente un « nerpa, petit phoque du lac Baïkal » (p. 232) [infos et photos sur Wikipédia].

« On ne peut quitter l’Europe : le train la pousse devant lui dans sa lente progression, obstinée, vers l’est. » (p. 274). Alors, la Russie : européenne ou asiatique ?

Ce livre n’est pas récent mais ce voyage est intemporel et, malgré ce qu’il s’est passé durant 10 ans, je pense qu’il est toujours pertinent et d’actualité.

Un rêve… Parler russe et visiter la Russie !

Je mets cette lecture dans le Petit Bac 2020 (catégorie Lieu pour Sibir). Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 3.

Le tour du monde en 72 jours de Nellie Bly

Le tour du monde en 72 jours de Nellie Bly.

Points, juin 2017, 208 pages, 6,70 €, ISBN 978-2-7578-5980-3. Around the World in Seventy-Two Days (1890) est traduit de l’américain par Hélène Cohen.

Genres : récit de voyage, littérature américaine.

Nellie Bly (1864-1922) : je vous ai présenté cette journaliste d’investigation (une pionnière !) américaine ici et je remercie encore Noctenbule pour ce livre.

Après avoir écrit 10 jours dans un asile (Ten Days in a Mad-House, 1887), Nellie Bly a envie d’une autre aventure et, pourquoi pas, de vacances ! Elle décide de faire le tour du monde en 75 jours pour battre le record de Phileas Fogg, héros anglais littéraire de Jules Verne. Le New York World, journal pour lequel elle travaille, accepte la mission. « Pour tirer le meilleur de nos semblables ou accomplir soi-même un exploit, il faut toujours croire en la réussite de son entreprise. » (p. 16). Une seule robe (celle qu’elle porte mais elle est neuve et solide), un seul bagage (le sac qu’elle transporte avec ce qui lui est nécessaire), deux-cents livres (la monnaie en cours dans les pays gouvernés par la couronne britannique), quelques dollars (ils ne sont pas encore acceptés partout) et la voici partie pour l’aventure ! Avec bien sûr son passeport, n° 247 (peu de gens voyageaient à l’époque !), signé du secrétaire d’État. Elle embarque à bord de l’Augusta Victoria – qui la fera traverser l’Atlantique – le 14 novembre 1889 à 9 h 40. C’est pourquoi je publie cette note de lecture le 14 novembre à la même heure. 😉

C’est son premier voyage en bateau et elle a le mal de mer mais elle va, lors de son périple, s’habituer et même apprécier la vie à bord et sur le pont (sauf en cas de tempête bien sûr). « Pas une seule fois je ne doutais de succès de mon entreprise. » (p. 26). « Nous passions principalement nos journées à nous prélasser dans nos fauteuils sur le pont. Personne ne savourait le confort plus que moi. » (p. 88).

J’ai noté le voyage pour ne pas l’oublier. New York, traversée de l’océan Atlantique, Southampton et Londres (Angleterre), traversée de la Manche, Boulogne sur Mer, Amiens et Calais (France), Brindisi (Italie), Port Saïd et le Canal de Suez (Égypte), Aden (Yémen), Colombo (Ceylan devenu Sri Lanka), Penang (Malaisie), Singapour, Hong Kong (à l’époque britannique) et Canton (Chine), Yokohama, Kamakura et Tokyo (Japon), traversée de l’océan Pacifique, San Francisco, traversée en train des États-Unis d’est en ouest pour un retour à New York. Le tout en 72 jours, elle a fait mieux que prévu !

À Amiens, elle rencontre Jules Verne et son épouse qui l’ont invitée ! « Leur accueil chaleureux me fit oublier mon allure négligée. » (p. 45).

Lorsqu’elle est au Proche et Moyen Orient, j’avais l’impression d’être dans un roman d’Agatha Christie même s’il n’y avait pas de crimes ! Les descriptions des populations et des paysages sûrement.

Le voyage est raconté par Nellie Bly, comme un journal de voyage, et il est enrichi par des articles que le New York World publie pour donner des nouvelles à ses lecteurs. C’est passionnant de voir comment les Occidentaux considéraient les autres populations en cette fin de XIXe siècle et aussi de voir comment vivaient ces populations, pour la plupart colonisées par les Britanniques. Malheureusement, pressée par le temps, elle ne reste pas très longtemps dans chaque escale et ne peut parfois pas se rendre compte de la vie réelle. En plus, contrairement à ce qui est annoncé (faire le tour du monde « seule »), elle est rarement seule, à part dans sa cabine de bateau ou dans sa chambre d’hôtel, je veux dire qu’elle a toujours un guide ou un ami qu’elle s’est fait sur le bateau ou un diplomate qui lui fait visiter et lui sert d’interprète (mais sinon elle voyage seule dans le sens de sans chaperon et sans accompagnateur mais elle est Américaine et pas Anglaise). Son récit m’a encore plus intéressée lorsqu’elle arrive en Extrême-Orient ! À Colombo, elle découvre les catamarans. Elle passe Noël (1889) à Canton (Chine) et le réveillon du Nouvel An (1890) à bord de l’Oceanic en route pour Yokohama (Japon). Ah, le Japon… Elle visite la ville portuaire de Yokohama, une ville que j’ai beaucoup aimée (j’y suis allée deux fois), la ville de Kamakura et la statue géante de Bouddha (que j’ai visitées aussi, plus d’un siècle après elle) et Tokyo : « La capitale dispose d’une ligne de tramway, la seule de tout l’Orient […]. » (p. 183). J’ai pris la dernière ligne de tramway à Tokyo, la Toden Arakawa, elle est pittoresque et n’est plus utilisée que par les habitants du quartier, par ailleurs très agréable, et quelques touristes (des amis japonais un peu plus âgés que moi m’ont dit qu’ils prenaient cette ligne dans les années 70’ pour aller à l’université Waseda). Le Japon est le seul pays que Nellie Bly dit quitter à regret, je la comprends. Mais son seul regret durant ce voyage, c’est de ne pas avoir eu un Kodak pour prendre des photos. Ce qui n’était pas mon cas, j’avais mes appareils photos, donc voici une de mes photos du Bouddha Géant de Kamakura. 🙂

Trois phrases que je veux garder en mémoire :

« Je réponds toujours à ceux qui critiquent mon menton, mon nez ou ma bouche, qu’on ne peut échapper aux attributs que la vie vous donne, pas plus qu’on ne peut échapper à la mort. » (p. 157).

« La littérature permet l’accès aux cieux. » (p. 168) : inscription dans la salles des Bonnes Étoiles où sont corrigées les copies des étudiants de la salle des Examens à Canton.

« Plantez deux allumettes au bout d’une pomme de terre, un champignon à l’autre extrémité, et vous obtiendrez un Japonais ! » (p. 178). Ah ah ah, c’est à cause des « jambes maigrelettes » et du « chapeau en forme de bassine » !!!

Un petit truc qui m’a dérangée : « Mongoliens » (p. 159 et 166)… Si les anglophones disent effectivement « Mongolians » (ou aussi Mongols), la traduction française n’est pas Mongoliens mais bien Mongols ! Alors, une petite erreur de traduction ?

Je mets cette belle lecture dans les challenges Classiques et Raconte-moi l’Asie (car elle passe beaucoup de temps en Asie).

La fonte des glaces de Joël Baqué

La fonte des glaces de Joël Baqué.

P.O.L., août 2017, 288 pages, 17 €, ISBN 978-2-8180-1391-5.

Genre : roman français.

Joël Baqué naît le 23 décembre 1963 à Béziers ; il vit à Nice. Poésie (Angle plat aux éditions Hors jeu en 2002, Un rang d’écart aux éditions L’Arbre à Paroles en 2003, Start-up aux éditions Le Quartanier en 2007) et romans chez P.O.L. : Aire du mouton (2011), La salle (2015), La mer c’est rien du tout (2016).

L’auteur nous transporte en Afrique, en France et en Antarctique. Après la mort de son mari, comptable dans une bananeraie en Côte d’Ivoire, la mère retourne avec son fils, Louis, en France, à Carcassonne, et l’élève seule. Louis est un enfant calme, sensible et aimant. Bien que son père ait été écrasé par un éléphant, Louis aime et respecte les animaux. Il devient… boucher-charcutier ! Et rencontre, à Toulon, Lise, la fille de son patron, qu’il épouse mais ils n’ont pas d’enfant et personne à qui léguer la boutique. « Ils eurent ainsi de longues années d’un bonheur paisible jusqu’à ce qu’un petit point sombre repéré sur une radiographie mammaire de Lise fasse tache d’encre et assombrisse leurs vies. » (p. 42). Jeune veuf et jeune retraité, Louis déprime mais se crée « un emploi du temps et de nouvelles habitudes. » (p. 43). Un dimanche matin, après sa visite habituelle à la boulangerie-pâtisserie, Louis achète un oiseau empaillé dans une brocante. « Ce manchot empereur était certes bien conservé mais d’un usage incertain. Qui donc l’aurait acheté et pourquoi ? Difficile de se dire : un manchot empereur, ça sert toujours. Autant de questions que Louis ne se posa pas. Il s’entendit poser une question d’un tout autre ordre, comme s’il se ventriloquait lui-même. […] – Ah ! Attention, hein ! C’est pas un pingouin, c’est un manchot empereur ! Pas pareil, hein ! Pas pareil ! C’est bien mieux, un manchot empereur ! D’abord c’est plus gros et puis bientôt avec la fonte des glaces y en aura plus, vous pouvez voir ça comme un investissement ! » (p. 57-58). Cet oiseau empaillé va bouleverser la vie de Louis : une nouvelle passion, un voyage, des rencontres ! « L’irruption dans sa vie du manchot empereur avait changé les choses. » (p. 93). On retrouve donc Louis sur la banquise avec son guide Inuit, Ivaluardjuk, qui va faire une vidéo hilarante et la poster sur sa page FB.

Hum… Ce roman aurait pu me plaire : le style est relativement agréable et il y a une pointe d’humour – bon parfois c’est du gros cliché bien lourd (par exemple, avec les bibliothécaires : une fois, c’est amusant, trois fois, c’est exagéré) – et les retours en arrière ne m’ont pas dérangée mais… il y a tellement de digressions, de longueurs et de détails inutiles, que je me suis vraiment ennuyée… J’ai fait un effort pour aller au bout, à vrai dire j’ai lu une centaine de pages normalement et les presque deux-cents dernières pages en diagonale : j’ai donc rencontré Alice, visité Terre-Neuve, je suis montée à bord du Nathanaël et j’ai remorqué un iceberg, par contre je n’ai pas mangé de gâteau soviétique au beurre de je ne sais plus quoi donc je n’ai pas été malade, ni d’indigestion ou d’hallucinations ni de la lecture de ce roman, mais je suis déçue, très déçue… Alors, oui, Joël Baqué dénonce l’hystérie des réseaux sociaux et de la mise en célébrité des anonymes, oui, il crie au secours de la fonte des glaces (et du réchauffement climatique) et pour la sauvegarde de la banquise et de ses habitants, mais ça n’a pas été suffisant pour me faire apprécier ce roman trop longuet, trop laborieux. Les journalistes sont dithyrambiques à propos de cet auteur qui fut le plus jeune gendarme de France et qui se consacre désormais à la littérature : « drôle », « loufoque », « excellent », « réjouissant », « impérial » et même « précieux », bof, je ne suis pas convaincue du tout et je ne pense pas lire un autre titre de lui.

Je le mets quand même dans le challenge 1 % rentrée littéraire 2017.

Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa

Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa.

Actes Sud, juin 2017, 336 pages, 22 €, ISBN 978-2-330-07823-2. 旅猫リポート Tabineko ripôto (2015) est traduit du japonais par Jean-Louis de La Couronne.

Genres : littérature japonaise, littérature animalière.

ARIKAWA Hiro 有川 浩 naît le 9 juin 1972 à Kôchi (île de Shikoku). Habituellement elle consacre plutôt ses romans aux forces d’auto-défense japonaises avec des descriptions militaires et de la romance. Les mémoires d’un chat, totalement différent !, est son premier roman traduit en français.

Tokyo. Un chat errant d’un an, né au printemps. Un jeune homme, Satoru Miyawaki, célibataire, laisse le chat dormir sur le capot de son monospace et lui donne même à manger en échange de quelques caresses. Une nuit, ébloui par les lumières des phares, le chat est renversé par une voiture et gravement blessé à une patte arrière. Satoru l’emmène à la clinique vétérinaire puis l’installe chez lui. « […] j’avais pas encore de nom. D’ailleurs, même si j’en avais eu un, comment j’aurais pu lui dire ? Il ne comprend pas ma langue. Les humains, c’est vraiment des nuls, à part leur langue à eux, ils n’entravent rien. Pour ça, nous les animaux, on est totalement polyglotte, vous saviez ça ? » (p. 17). Le chat errant devient Nana car sa queue cassée ressemble au chiffre sept (nana signifie 7 en japonais). Mais, au bout de cinq ans de vie commune et de bonheur partagé, Satoru, pour un problème indépendant de sa volonté, ne peut plus garder Nana… Il va prendre la route avec Nana pour rendre visite à ses anciens amis (qui habitent loin de Tokyo, à Kyoto, ou même à la campagne, sur l’île de Hokkaido même) pour savoir qui peut prendre Nana.

Vous l’avez compris, avec l’extrait ci-dessus, c’est Nana qui parle, mais en fait il y a deux sortes de chapitres. Il y a ceux où Nana est le narrateur effectivement et c’est vraiment drôle : les chats ont un sacré humour et… peu de modestie ! « Quand même, tu peux te vanter d’avoir un chat exceptionnellement intelligent, tu ne trouves pas ? » (p. 80). Et il y a ceux où la narration est partagée par Satoru (la rencontre et la cohabitation, puis le voyage puisque le roman se transforme en road movie) et par les amis qu’il retrouve avec leurs souvenirs (enfance, adolescence, etc.) et là, le ton est beaucoup plus grave puisque Nana – et le lecteur par la même occasion – va découvrir la vie, le passé (pas joyeux joyeux…) de Satoru et peu à peu comprendre pourquoi il ne peut plus garder Nana. « J’ai un peu de mal à me séparer de Nana, je ne le nie pas. » (p. 140).

Quelques mots sur les amis de Satoru. Il y a l’ami de l’école primaire, Kôsuke Sawada, l’ami d’enfance donc, qui habite à Kyôto. Il y a l’ami du collège, Daigo Yoshimine, l’ami d’adolescence, qui habite à la campagne, dans une ferme, donc avec des animaux. Il y a ensuite les amis du lycée, Shûsuke Sugi et son épouse, Chikako, amis conservés à la fac, qui tiennent une auberge autorisée aux animaux au pied du Mont Fuji. Et on se rend compte de toute l’importance de la scolarité au Japon avant d’entrer dans le monde du travail !

Nana bien sûr est triste que son humain ne puisse plus le garder, mais c’est un animal doué d’une grande sensibilité alors il sait, et plus il en apprend sur Satoru plus il veut rester avec lui. « Un chat reste fidèle à ses convictions en toutes circonstances. » (p. 193). Mais quel bonheur pour lui, il voyage en voiture, il est avec Satoru, il rencontre des gens et d’autres animaux (fous rires assurés !), il va découvrir avec curiosité et ravissement la campagne, la mer, la montagne, la neige, vous imaginez comme c’est extraordinaire dans une vie de chat ! « En voyage, j’ai vu des tas de choses que je n’avais jamais vues avant. » (p. 232). Et pour Satoru, c’est l’occasion de se remémorer des souvenirs, heureux ou malheureux, de faire le point sur sa vie, de visiter le Japon, d’est en ouest, et du sud au nord, de parler des relations entre les parents et les enfants, entre amis, entre humains et animaux, et de revoir sa tante qui l’a élevé.

J’ai terminé ce très beau roman, ce merveilleux roman, en larmes mais ne vous inquiétez pas, ce n’est pas à cause du chat : sans rien dévoiler de trop, je préfère vous le dire car je sais que, sinon, vous serez nombreux à ne pas vouloir (pouvoir) lire ce roman alors qu’il ne faut pas passer à côté !

Tabineko ripôto est d’abord paru en feuilleton dans la revue hebdomadaire Shûkan Bunshun 週刊文春, entre octobre 2011 et avril 2012. Il a été joué au théâtre en 2013, et il a reçu 4 prix littéraires. Un album illustré par MURAKAMI Tsutomu 村上 勉est paru en 2014 et un film est prévu en 2018 avec l’acteur FUKUSHI Sôta 福士 蒼汰.

Une lecture pour les challenges Feel good et Raconte-moi l’Asie (Japon).

En coup de vent… /37

Vous aimez les surprises ? Moi oui ! Enfin… les bonnes surprises ! Ce soir, je rentre du travail (la reprise a été difficile hier matin…), j’étais passée à la poste pour récupérer un colis (j’étais contente d’avoir reçu ce paquet) puis j’arrive chez moi, j’ouvre la boîte aux lettres et… un autre paquet ! Sur le moment, j’ai cru que c’était déjà un premier roman de la rentrée littéraire pour les 68 premières fois. Mais non, c’était un super cadeau de Noctenbule du blog 22 h 05 rue des Dames. Merci, merci beaucoup, Noctenbule ! « Je t’envoie une ou deux petites cartes pour ton anniversaire » m’avait dit Noctenbule, mais dans le paquet, joliment décoré et timbré, j’ai trouvé 4 jolies cartes, 2 marques-pages (mon préféré est bien sûr celui d’inspiration asiatique que vous voyez à droite sur la photo ci-dessous), 3 sachets de thé ou infusion (je n’en connais aucun mais j’ai d’autres parfums de ces thés anglais bio Clipper), une recette de cuisine secrète, un ruban et un ballon bleus (que le matou a essayé de subtiliser !) et un petit paquet en papier kraft. Elle m’a gâtée, Noctenbule ; que je suis contente ! Dans le papier kraft, un livre et j’ai eu la surprise de découvrir un classique que je ne connaissais pas du tout : Le tour du monde en 72 jours de Nellie Bly (1864-1922) et, comme vous pouvez le voir sur la deuxième photo ci-dessous, Noctenbule a même prévu que ce tour du monde se ferait en ballon ! « Défier Jules Verne et son Phileas Fogg ? C’est l’ambitieux projet de Nellie Bly et de son journal, le New York World. C’est en femme, en journaliste et en solitaire qu’elle entame cette traversée en novembre 1889, chargée d’un unique sac à main. Une première. Et en 72 jours, elle boucle cette expédition, qui est autant une ode à l’audace et à la détermination qu’une lutte pour l’émancipation des femmes. » dit la 4e de couverture ; j’adore l’idée ! Alors, encore une fois, un gros merci Noctenbule, bises 🙂 Et pourquoi pas une lecture commune de ce récit de voyage pour le 14 novembre à 9 heures 40 (date et heure où Nellie Bly est partie en 1889) ?