Cartographie de l’oubli de Niels Labuzan

Cartographie de l’oubli de Niels Labuzan.

JC Lattès, août 2016, 522 pages, 20 €, ISBN 978-2-70964-937-7.

Genres : littérature française, Histoire.

Niels Labuzan naît en 1984 et vit à Paris ; il est écrivain et il a voyagé en Afrique. Après avoir eu un coup de cœur pour Ivoire de Niels Labuzan en 2019 (son deuxième roman), j’ai voulu lire Cartographie de l’oubli, son premier roman paru 3 ans avant. Celui-ci se déroule aussi en Afrique mais il est différent car c’est un roman historique qui se déroule de 1889 à 2004.

Juin 1889. Jakob Ackermann, originaire de Brême, défiguré à l’âge de 7 ans à cause d’un jeu qui a mal tourné avec sa chienne, Friza, a maintenant 19 ans et il est soldat. L’Allemagne, surpeuplée, a besoin « de colonies de peuplement ». Ce sera la création de Windhuk en Afrique du sud-ouest et ça démarre avec Jakob et une vingtaine d’autres soldats allemands.

Janvier 2004. C’est la journée de commémoration pour se souvenir du massacre des Hereros à Okahandja en Namibie. Le narrateur est métis. « Chez moi, les hommes sont blancs, les femmes sont noires. Depuis deux générations. » (p. 46). Il participe au devoir de mémoire mais se sent-il Allemand, Africain ?

Été 1891. Damaraland. « Curt Von François étendait insidieusement son ombre sur l’Afrique. » (p. 30). L’Afrique du sud-ouest découvre la civilisation européenne et des Allemands deviennent Africains. Mais quel sera le devenir des peuples indigènes ? Les Hereros acceptent des accords mais les Damaras, habituellement soumis, ne respectent pas le traité. « La colonisation prenait une autre tournure. Il ne s’agissait plus simplement d’implanter des Allemands ou de faire briller une quelconque idée, il s’agissait de la terre, de ses ressources, et de qui était le plus fort pour en jouir, peu importe les moyens employés. » (p. 41).

Mars 1893. Le chef Nana, Hendrik Witbooi, tient tête à l’armée allemande… « […] les victoires de Witbooi étaient sues par les autres peuples. » (p. 80).

1904. Les Hereros se regroupent alors que le gouverneur veut les parquer dans des réserves. C’est leur chef, Samuel Maharero, et le massacre qui sont commémorés cent ans plus tard, en 2004. « Il n’y avait rien à faire, l’Afrique n’appartenait plus aux Africains, elle était aux Européens qui avaient gagné le droit de vie et de mort en ce début de siècle. Cela prendrait du temps, mais tant qu’il y avait des survivants, l’espoir n’était pas perdu. Un instant, il imagina bénéficier de l’aide des Britanniques, eux aussi détestaient les Allemands, mais il dut s’avouer que ça n’arriverait pas. Une grande puissance n’allait pas en défier une autre pour la survie de quelques indigènes. Il devait être réaliste. » (p. 414).

La vie est rude avec la chaleur, la poussière, et on se demande ce que les Allemands sont venus faire dans cette galère ! Il y a quelques passages avec la faune africaine « oryx, impalas, koudous, autruches » (p. 103) mais aussi bœufs, chèvres et chevaux (sûrement importés avec les soldats) mais cette histoire est surtout une histoire humaine. Cependant, un événement surprenant : début 1897, il y a eu une peste bovine (p. 219-221) : « Cette maladie était un fléau, un fléau venu d’un autre pays. » (p. 230) ; tout ça n’est donc pas nouveau…

La colonisation allemande (durant le IIe Reich) est moins connue que les autres colonisations européennes. Je connais (un peu) l’histoire des Boers en Afrique du Sud mais je ne savais pas que les Allemands avaient colonisé, à la fin du XIXe siècle, d’autres pays du sud-ouest comme la Namibie. Cette colonisation, c’est une histoire d’envahissement, de propagande, de mépris, de profit (les matières premières) et de rentabilité. « Savoir-faire allemand et main-d’œuvre africaine. » (p. 142). Le roman est parfois un peu long mais c’est une belle réussite pour un premier roman et il est passionnant : j’ai appris pas mal de choses et j’ai bien aimé le personnage de Jakob Ackermann qui aime ce pays. J’ai moins aimé l’extermination génocidaire des Hereros et des Namas qui précède de 30 ans celui des Juifs d’Europe (durant le IIIe Reich… Je remercie Niels Labuzan d’avoir mis en lumière cette partie de l’Histoire que je ne connaissais pas du tout et j’attends avec impatience son 3e roman !

Je mets cette lecture dans Animaux du monde #3 et À la découverte de l’Afrique.

La Californie de Bruno Masi

La Californie de Bruno Masi.

JC Lattès, février 2019, 187 pages, 17 €, ISBN 978-2-7096-6184-3.

Genres : littérature française, roman.

Bruno Masi naît en 1975 à Toulon. Il est journaliste, auteur et responsable pédagogique à l’INA.

4 juillet, Marcus Miope a 13 ans. Il rêve d’aller en Californie (d’où le titre). Il ne supporte pas son frère aîné, Dimitri, (qui est plutôt dégueulasse, fainéant et violent). Annie, sa mère, est fantasque, parfois elle a un copain, souvent elle picole ; elle va… disparaître ! « Aujourd’hui, je sais qu’elle me fixait pour ne pas m’oublier. » (p. 14). Annie est partie depuis plusieurs jours. « Les jours passaient, sa présence s’était diluée, il ne restait que certains gestes ou images que je maintenais gravés dans mon cerveau en fermant les yeux très fort. » (p. 30). En plus, l’été, les vacances, pour Marcus, c’est la solitude et l’ennui, même si Marcus rencontre Penelope, une adolescente norvégienne avec laquelle il vit ses premiers émois. « Juillet et août, c’est deux pansements que l’on tire et qui retiennent nos côtes pour nous empêcher de respirer. » (p. 58). Sinon, il fait des balades à vélo avec son copain, Virgile, ou ils vont voir les voitures passer sur l’autoroute. Marcus est désabusé… « Construire, c’est ça : accumuler les briques factices de notre bonheur. » (p. 111). « Annie était partie. Elle ne reviendrait pas ce soir, ni demain, ni jamais. » (p. 121-122). « Je croyais que le monde était écrit pour moi. Mais je n’étais au final qu’un figurant. » (p. 146).

Je pense que l’histoire se déroule dans la deuxième moitié des années 80 : Marcus écoute au début du roman La fièvre dans le sang d’Alain Chamfort (titre sorti en 1986) et on sait que Laurent Fabius est premier ministre (p. 49) : j’ai vérifié, il l’a été de janvier 1984 à mars 1986. Alors petit problème, si l’histoire se déroule en juillet 1986, Fabius n’est plus premier ministre… Et il y a d’autres anachronismes comme Sex Machine de Crawling Chaos (p. 33) : album sorti en 2003 et « Un énorme soleil rouge […] semblable à un ciel de manga. » (p. 42) : pas sûre que les mangas étaient autant démocratisés dans les années 80 (peut-être l’auteur pense-t-il aux dessins animés ?) et « […] un portefeuille vide (ni carte, ni argent) » (p. 57) : les cartes bancaires existaient déjà, oui, mais elles n’étaient pas courantes (seulement quatre grosses banques les proposaient, je doute que Dimitri en ait possédé une…) et leur utilisation s’est démocratisée dans les années 90 avec l’installation de terminaux de paiement chez les commerçants et le code à quatre chiffres. Un collègue me dit aussi qu’il y a un problème de date avec le fait que Marcus possédait des figurines Star Wars alors qu’il avait 6 ans.

Avec tout ça, j’ai été suspicieuse pendant toute la lecture et j’ai vérifié pas mal de dates ! Ce qui, bien sûr, a gâché mon plaisir de lecture ! Dommage, ce roman avait du potentiel… Il a obtenu le Prix Marcel Pagnol.

Une petite question : y avait-il des MP (militaires américains) (p. 94) en France dans les années 80 ? En Allemagne, oui, mais en France, je n’en ai aucun souvenir…

La faute de grammaire qui tue : « Faîtes ce que vous avez à faire […]. » (p. 65) : mais pourquoi les gens confondent le faîte (sommet) de l’arbre avec le verbe faire ?

Pas sûre que je lise son premier roman Nobody (même s’il se déroule à Tchernobyl) ou son nouveau roman, 8 kilomètres, paru en janvier 2020…

Pour le Petit Bac 2020 (catégorie lieu pour Californie).

La geisha de Yokohama de Charles Haquet

La geisha de Yokohama de Charles Haquet.

JC Lattès – éditions du Masque, collection Labyrinthes, août 2005, 288 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-70243-200-6.

Genres : littérature française, roman policier.

Charles Haquet naît le 8 août 1966 à Caen (Calvados). Il est journaliste (grand reporter à L’Express) et romancier. Il est spécialiste en économie et en politique internationale et il a écrit des reportages sur l’Europe et l’Asie (il voyage beaucoup au Japon). Du même auteur : L’œil du Daruma (2001), Crime au Kabuki (2006), Cargo (2007), Le samouraï d’Urakami (2012), Les Fauves d’Odessa (2014) et Intrigue au Kodokan (2020) pour les romans, plus quelques essais et plusieurs pièces radiophoniques.

Un avant-propos explique la situation du Japon en ce temps d’ouverture à l’Occident : Histoire, situation politique et religieuse. En arrivant au pouvoir, l’empereur Mitsuhito a investi le shintô comme culte officiel. Le bouddhisme zen n’est plus autorisé (40 000 temples sont détruits !) et quelques communautés tentent de survivre. « C’est dans l’une d’elle que commence notre histoire… » (p. 14).

Un monastère à Kanazawa au printemps 1879. Le moine Kodebu, qui est cuisinier, observe les moines en cueillant des feuilles de fougères. « Qu’ils sont drôles ! On dirait des poussins qui sortent de l’œuf. » (p. 20).

Mais un cri retentit et Kodebu voit une bagarre sur le sommet de la tour de la Grande Pagode, pourtant interdite. Une des silhouette attrape l’autre et la jette par-dessus la rambarde devant Kodebu horrifié. Le mort assassiné est Chitose et l’autre fuit… « Un tengû… Mais quel est ce sortilège ? » (p. 24).

Nakamura, le prêtre supérieur, s’entretient avec Kodébu car il y a eu un autre crime, un moine poignardé. « Deux crimes en trois semaines, c’est plus que notre communauté n’en a connu durant cinq siècles. » (p. 33). Kodebu est investit d’une mission ; enquêter ; ça tombe bien , son ami Tosude, un ancien samouraï, errant depuis la mort de son daimyo (son maître), un rônin donc, arrive le lendemain !

Dans le train qui le conduit à Yokohama, Tosude rencontre Fumiko, une apprentie geisha, une maiko donc, en fuite. En fait, elle lui raconte des bobards et il risque sa vie pour elle, il est même arrêté…

Elle est en fait à la poursuite de son amant, Kagano, qui l’a volée et qui s’est enfui.

Les chapitres alternent entre la vie au monastère et les voyages (en parallèle) de Fumiko et de Tosode.

« J’ai vu bien des choses curieuses dans ma vie de guerrier, mais un tengû, ça, jamais, pensa-t-il tout haut. Il regarda autour de lui, légèrement nerveux. Il ne se sentait pas bien dans ce monastère. Un malaise indéfinissable qui ne faisait que croître. Était-ce la muraille d’enceinte qui créait cette sensation d’oppression ? L’ambiance austère ? Ou les moines eux-mêmes… Tosode fronça les sourcils. Son instinct lui commandait de se méfier de cette communauté. » (p. 104-105).

Le lecteur est confronté d’un côté au calme (tout relatif avec ces crimes…) du monastère (qui peut paraître austère effectivement) et de l’autre la vie de plaisir dans les okiyas (maisons de thé avec geishas). Il y a un peu de violence et même des yakuzas.

Mon passage préféré est un dialogue entre Jochô, le moine archiviste, et Tosode. « Vous voulez écrire une phrase à la surface de l’eau. Mais les lettres à peine tracées se fondent déjà dans le courant… Vous vivez dans un monde d’illusions, Tosode San. Il faut s’en détacher pour trouver la Voie. – La Voie ? – Oui, ricana le vieux sage. Cette Voie que certaines personnes cherchent au loin toute leur vie, alors qu’ils pourraient la trouver devant leur porte… – Mais que… – Gardez-vous simplement d’aimer ou de haïr et tout deviendra lumineux. […] – Le conflit entre le pour et le contre, voilà la maladie de l’esprit, repris Jochô. Croyez-moi, monsieur le samurai, il n’y a pas de bien et de mal, pas de bons ou de mauvais événements. Tout ce qui a été accompli, oubliez-le sans regrets. Tout ce qui n’est pas encore arrivé, laissez-le survenir sans plus y songer. Alors vous trouverez la quiétude. – Il faut se forcer à ne pas agir… – Ne vous forcez pas, Tosode San. Laissez votre nature vous submerger. N’intervenez pas. Vous n’y parviendrez pas en pensant, vous n’y parviendrez pas ne ne pensant pas. Le samurai était plus habitué aux coups de sabre qu’aux traits d’esprit. Aussi les paroles de Jochô lui semblèrent-elles particulièrement obscures.++ » (p. 206-207).

Il est dommage que je n’aie pas lu le premier tome de cette histoire, L’œil du Daruma, paru en 2001, tome dans lequel Kodebu et Tosode se rencontrent sûrement et, en tout cas, mènent une première enquête pour savoir qui a tué le daimyo de Tosode. Je ne me rappelle plus si j’ai acheté ce roman (en général je fais attention si c’est une série) ou si quelqu’un me l’a offert. Peut-être que j’aurai l’occasion de lire L’œil du Daruma et les tomes suivants, Le samouraï d’Urakami (2012) et Intrigue au Kodokan (2020). Car cette plongée dans le Japon de la fin du XIXe siècle est passionnante même si l’enquête est plutôt simple (mais pas simplette).

Il reste peu de jours pour Un mois au Japon, qui heureusement a continué en mai, et j’ai encore au moins deux billets à publier avant dimanche… Je mets cette agréable lecture aussi dans le challenge Polar et thriller 2019-2020.

Ivoire de Niels Labuzan

Ivoire de Niels Labuzan.

JC Lattès, janvier 2019, 350 pages (et pas 250 comme c’est écrit un peu partout, y compris sur le site de l’éditeur !), 18 €, ISBN 978-2-7096-6149-2.

Genre : littérature française.

Niels Labuzan naît en 1984 et vit à Paris. D’après ce que j’ai lu, il se rend au Botswana en 2017 pour observer les animaux et rencontrer ceux qui les protègent. Du même auteur : Cartographie de l’oubli (son premier roman paru en 2016).

Botswana, Afrique australe. Des braconniers dans la Garamba, ils tuent pour l’ivoire. « La matriarche tombe. […] Le reste du troupeau se disperse. Les plus jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes, leur mémoire aura des trous qui ne seront jamais remplis. » (p. 10). Putain, mais qu’on leur coupe les couilles à ces pourris pour qu’ils ne se reproduisent pas ! Et puis la tête aussi puisque c’est ce qu’ils font aux éléphants pour leur dérober leurs défenses ! Ah, mais c’est vrai que ces barbares, eux, n’ont rien de précieux, ils ne pensent pas, ne réfléchissent pas, seul l’appât du gain immédiat les intéresse, quelques dollars… Saloperies d’humains de merde ! Euh, suis-je toujours une personne non-violente ? 😛 « Les braconniers s’aventuraient de plus en plus loin et ce n’était pas bon signe. Pour ces hommes, Erin n’avait aucune pitié. Elle était d’accord avec la règle qui s’appliquait ici : tirer pour tuer. » (p. 14). Ah, je vois que des mesures sont prises !

Le lecteur va suivre Erin, une Anglaise qui s’occupe de ce parc au Botswana depuis cinq ans ; son plus proche collaborateur, Bojosi, un ancien pisteur devenu ranger, et son épouse Lebani ; Seretse, un enfant du pays qui a pu étudier, s’élever jusqu’au Ministère de l’Environnement et qui est motivé ; et à distance Simon, un scientifique qu’Erin a connu lors de ses études d’éthologie à Paris.

Les éléphants sont des animaux magnifiques, majestueux, qu’il faut protéger. « Au Botswana, du delta de l’Okavango à la rivière Chobe […]. Personne ne l’expliquait vraiment, mais ces animaux arrivaient à communiquer entre eux sur de très longues distances, s’échangeant l’information que sur cette terre ils pourraient vivre en paix. Sur tout le continent, on voyait d’ailleurs des troupeaux se mettre en mouvement pour tenter de la rejoindre. » (p. 33). N’est-ce pas merveilleux ? Que feront les humains lorsque ces animaux auront totalement disparu ? Lorsqu’il n’y aura plus d’animaux sauvages ? (et ça peut arriver plus vite qu’on ne le pense…). C’est une des réflexions du puissant roman de Niels Labuzan.

« Tant que l’homme pense que ses faiblesses peuvent être compensées par de la bile, du foie, des pattes, des griffes, qu’il lui suffit de consommer ou d’accumuler des parties animales pour guérir ou pour exister, tant que les pays consommateurs de cornes, d’ivoire, d’écailles et autres produits issus de la faune sauvage ne décident pas d’interdire ces pratiques et de les condamner, le braconnage prospérera toujours. » (p. 72). Que c’est lamentable, ces croyances stupides et inutiles… !

Ivoire parle plus particulièrement des éléphants et du trafic d’ivoire mais il est aussi question des rhinocéros et de leur corne qui contient de la kératine. Je n’ai jamais eu d’objets ni en ivoire ni en corne (et je n’en ai jamais vu dans ma famille, enfant et adolescente) et ça me réconforte, je ne participe pas à ce trafic immonde, interdit depuis 1989 par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) : l’auteur explique bien ça dans un chapitre pages 72 à 78, eh oui, ce roman est un peu documentaire aussi et je pense que c’est nécessaire.

Ivoire parle aussi un peu des chasses privées (par exemple avec des lions) et malheureusement, « Plus la mort est tragique, plus l’animal se débat, lutte, saigne, refuse de mourir, plus les pourboires sont importants. » (p. 194). Quelle ignominie, c’est révoltant et ce n’est à nouveau pas glorieux pour les humains, enfin je veux dire les barbares qui ont du fric et portent des armes à feu !

Vous l’avez compris, ce roman, aussi magnifique et majestueux que les éléphants dont il parle, raconte l’horreur pour moi mais, au-delà de mon avis personnel, le style de l’auteur est génial, fondu (je n’avais pas envie de dire fluide), magique quand il décrit les animaux et leurs lieux de vie. Protégeons ces animaux ! Protégeons leurs lieux de vie ! Arrêtons les braconniers, les contrebandiers, les revendeurs (la majorité d’entre eux sont en Asie et plutôt en Chine) ! La vie de ces animaux est plus importante (primordiale !) que l’argent (des bouts de papier !) ou que des superstitions débiles ! Je dirais même plus que la vie de ces animaux est plus importante que les humains car que feront les humains lorsqu’il n’y aura plus ni flore ni faune ni eau potable ni air respirable ?

Pour conclure, encore un dernier extrait : « Bien sûr, il y en a qui ne voudront pas entendre leur histoire. Ils diront que ce n’est pas important, que ça ne les concerne pas, que c’est loin et qu’ils ont autre chose en tête. C’est sans doute vrai. Il ne s’agit plus simplement des animaux, il s’agit de la fin, du constat que certains ne peuvent arriver qu’à une seule conclusion, la destruction systématique et irréversible ce ce qui nous entoure. » (p. 318).

Monsieur Labuzan, merci pour ce roman magistral, il ressemble à un très bon roman d’aventures (voire un thriller) et il est riche tant au niveau littéraire que documentaire, avec une remarquable sensibilité et une écriture d’une très belle qualité ; j’ai été en colère (pas contre vous), j’ai pleuré, mais j’ai aussi été charmée et envahie de toutes sortes d’images et d’émotions, je me suis sentie pourtant triste et impuissante alors j’espère que cette humble note de lecture attirera pas mal de lecteurs vers votre roman et vers la condition des éléphants (et des autres animaux pourchassés) pour une réelle prise de conscience et pourquoi pas des vocations comme celle d’Erin (même si elle en paie le prix…). Mais reste-t-il une lueur d’espoir ?

J’ai maintenant très envie de lire le premier roman de Niels Labuzan, Cartographie de l’oubli, que j’ai – il attend sur une étagère – donc c’est parfait !

Je voulais signaler que le groupe 68 premières fois (je n’ai plus participé l’année dernière et cette année, je manquais de temps et je voulais lire d’autres livres que des premiers romans, mais je continue de suivre de loin en loin) a rajouté quelques 2e romans dans sa sélection (depuis septembre 2018) et qu’il y a Ivoire dans la sélection du 1er trimestre 2019 (lien ci-dessus).

Une lecture coup de poing coup de cœur de la Rentrée littéraire janvier 2019 que je mets dans À la découverte de l’Afrique (un challenge ancien que j’honore de temps en temps).

Presque ensemble de Marjorie Philibert

Presque ensemble de Marjorie Philibert.

JC Lattès, janvier 2017, 373 pages, 19 €, ISBN 978-2-7096-5858-4.

Genre : premier roman.

Marjorie Philibert naît le 24 juillet 1981 à Tel Aviv (Israël) : son père est un diplomate français et sa mère est Vietnamienne. Elle passe son adolescence à Rabat (Maroc) puis étudie les Lettres et le journalisme à la Sorbonne à Paris. Elle est journaliste, chroniqueuse, elle coécrit deux livres et Presque ensemble est son premier roman.

« C’est beau un monde qui joue. » (p. 11). Nicolas et Victoire se rencontrent dans un bar parisien le soir de la finale de la Coupe du monde de football en 1998. Ah non, pas du foot !!! Mais en fait, c’est simplement l’occasion de leur rencontre et ensuite, plus de foot, ouf !

Flash-backs : les parents d’Antoine, les parents de Victoire, les années 80 et 90, enfance, adolescence, études… Pour Antoine, c’est la sociologie et il est ami avec Stéphane qu’il a rencontré au cours d’anthropologie. Pour Victoire, c’est la psychologie et elle est amie avec Claire qui étudie avec elle. Ensemble, ils vont former deux couples. « Ils eurent leurs premières disputes. Elles partaient souvent d’un rien. » (p. 124) et « Ils ne se réconcilieraient jamais réellement, laissant plutôt mourir le conflit, qui continuait à flotter entre eux, comme une cigarette mal éteinte, dont l’odeur finit par devenir insupportable. » (p. 125). Avec les années 2000 et le succès d’Internet, Victoire trouve un emploi de journaliste pour un site touristique de luxe, Évasions, et Nicolas de même pour une revue de sociologie en ligne, Turbulences.

Nicolas et Victoire mènent une vie tranquille et il ne se passe pas grand-chose, à part les voyages lointains de Victoire. Je m’ennuie un peu, c’est assez plat, sans relief, sans âme… « Un dimanche, ils décidèrent de prendre un chat. » (p. 211). Ah, enfin, le voilà le fameux chat du sous-titre « Même le chat ne sauvera pas leur amour » ! Ptolémée, donc, un chaton noir de deux mois. Mais un tout petit chapitre lui est consacré (pages 211 à 214) et puis… plus rien ! Il réapparaît à la fin de leur histoire mais pas longtemps…

Nicolas et Victoire sont empêtrés dans leur petite vie étriquée, leur couple et leurs histoires d’adultères. « Ils avaient cru qu’ils compteraient pour d’autres, et que leur valeur en serait mathématiquement augmentée ; à l’inverse, ils avaient été, plus que jamais, jetables, ceux qu’ils avaient croisés s’étant dispersés avant de les oublier. » (p. 295-296). Et comme on ne peut pas empêcher l’inéluctable…

Tout ça pour ça… « Drôle et mordant » annonce l’éditeur ! Bof, je n’ai pas ri, même pas souri, et je n’ai pas trouvé ça mordant du tout, j’ai plutôt eu l’impression d’une longue litanie sur la vie de couple et sur la vie tout court… Je l’ai lu jusqu’au bout et le seul intérêt que j’ai vu est au niveau sociologique (le désenchantement des années 1990 aux années 2010), mais je n’ai pas ressenti d’empathie ou de la tendresse pour ces personnages fades et ennuyeux contrairement à ceux de Brillante de Stéphanie Dupays ou de Lithium d’Aurélien Gougaud qui pourtant étaient loin de mon univers.

Une petite réflexion sur la couverture : Victoire est blonde alors pourquoi avoir mis une photo avec une femme brune sur le bandeau ?

Je remercie Colette de m’avoir envoyé ce roman dans le cadre des 68 premières fois 2017 et je le place dans le Défi Premier roman 2017 et Rentrée littéraire janvier 2017 de MicMélo.

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet

neparlepasauxinconnusNe parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet.

JC Lattès, janvier 2017, 383 pages, 19 €, ISBN 978-2-7096-5937-6.

Genre : premier roman.

Sandra Reinflet, née en 1981, est voyageuse (elle a voyagé à travers l’Europe et a rencontré plus de 80 femmes de son âge), photographe (elle a publié des livres de ses photos de voyages), artiste (en 2014, elle a enregistré chaque mois une chanson avec un musicien différent) et romancière (Ne parle pas aux inconnus est son premier roman) : découvrez tout ça sur son site, Inventeuse d’histoires vraies.

Camille vient de réussir son bac, mention bien en plus. C’est la fête, soirée de folie, alcools et concert de Skin to Skin : la bassiste et chanteuse du groupe est Eva, une Polonaise, chérie de Camille depuis quelques mois. « Fêter. Profiter. S’éclater. » (p. 18). Au point de ne se rappeler de rien le lendemain ?… « Effacer. Zapper. Rembobiner. » (p. 31). Il faut dire que Camille étouffe avec sa famille (ses parents et sa jeune sœur Émilie, des ringards) dans cette ville triste et grise (Thionville). Les règles, toute une liste de « Ne pas… » que sa mère a érigée, les interdictions de sortir, ce n’est pas pour elle, et elle s’ennuie ferme, sauf lorsqu’elle est avec Eva. Les problèmes de Camille, c’est qu’elle a un an d’avance en classe (ça gêne vis-à-vis des autres), qu’elle n’est pas jolie et qu’elle n’est jamais habillée à la mode… Elle aimerait être dessinatrice et écrire des bandes dessinées, mais pour sa mère, c’est impossible, ce n’est pas un vrai métier et ça sert à quoi de rêver ? Heureusement, dans la vie de Camille, il y a Eva ! Mais c’est les vacances d’été et Eva ne répond plus, elle est partie sans prévenir avec ses parents… En Pologne, à Cracovie ? « À quoi ça sert d’aimer les gens si après ils disparaissent en te laissant encore plus seule qu’avant ? » (p. 69). Camille retrouvera-t-elle Eva ?

68premieresfois2017Voilà, ça c’est la première partie du roman et ça démarre pas mal, le style n’est pas très recherché, mais on parle d’une ado rebelle de 17 ans, donc c’est supportable. Ensuite, lorsque Camille fugue pour traverser l’Europe (Allemagne, Croatie, Serbie, Hongrie, Slovaquie, Pologne), le roman devient une road story (mais y a pas de mot pour road movie littéraire ?) et là, ça devient un peu du grand n’importe quoi, ça dérape légèrement et de plus en plus lourdement… Je comprends que l’auteur ait voulu prendre le contre-pied d’une des consignes maternelles « Ne pas parler aux inconnus » (Combien de fois a-t-on tous entendu cette petite phrase lorsqu’on était enfant, « Ne parle pas aux inconnus ! » ? Mais alors, comment on fait pour demander un renseignement ou pour lier connaissance avec les autres ?). L’auteur, donc, a voulu que Camille rencontre plein d’inconnus, des étrangers dans d’autres pays et qu’elle communique avec eux (malgré la barrière de la langue), le postulat de départ est intéressant mais il y a un hic : ils sont tous la gentillesse même, ils la transportent dans leur voiture ou leur camion, lui offrent à manger et des vêtements, l’hébergent gracieusement chez eux, lui achètent même des billets de bus, train et avion, ouah, ils ont le cœur sur la main, ces étrangers d’Europe de l’Est, et dépensent l’argent facilement, et tout cela sans rien demander en échange, même pas une petite partie de jambes en l’air, c’est que vu ce qui s’est passé durant la soirée de fête après le bac, Camille, elle s’en fout de ce qui lui arrive, une langue, un doigt, un sexe, qu’est-ce que ça peut faire, hein ? Elle est jeune, elle est libre, elle veut vivre comme elle l’entend mais finalement, il y a beaucoup d’insouciance, elle se laisse faire, elle ne décide pas vraiment, elle suit, elle subit et elle a bien de la chance dans son périple ! Un roman divertissant, sans plus, qui fait un peu réfléchir sur nos relations avec les autres, y compris avec sa famille, qui se lit bien mais qui n’a rien de spécial pour moi.

premierroman2017Mon passage préféré : « Lasha croit que le mur qui séparait l’Est de l’Ouest est maintenant autour de chacun de nous. Qu’il nous encercle. Plus haut, plus solide , plus perfide qu’avant parce qu’invisible. » (p. 231).rentreelitt01-2017

Je remercie l’équipe des 68 premières fois 2017 de m’avoir envoyé ce roman qui entre dans les challenges Défi Premier roman 2017 et Rentrée littéraire janvier 2017.