Throwback Thursday livresque 2018-1

J’ai un peu de retard pour la première participation au Throwback Thursday livresque 2018… Pour le jeudi 4 janvier, le thème est « un livre dont j’ai envie de parler (donc tout simple, un livre de votre choix pour bien commencer 2018) ».

Comme j’avais eu un gros coup de cœur pour Roland est mort de Nicolas Robin, j’ai lu le nouveau roman de cet auteur français l’automne dernier : Je ne sais pas dire je t’aime de Nicolas Robin et l’auteur parle de la vie, les gens, l’amour avec tendresse et humour, j’aime énormément. 🙂

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Je ne sais pas dire je t’aime de Nicolas Robin

Je ne sais pas dire je t’aime de Nicolas Robin.

Anne Carrière, avril 2017, 250 pages, 18 €, ISBN 978-2-8433-7861-4.

Genre : littérature française.

Nicolas Robin : voir la chronique de lecture de Roland est mort. ❤

« Paris, tu l’aimes ou tu la quittes. » (p. 9, première phrase du roman).

Francine et Henri, retraités dynamiques, vont quitter Paris et s’envoler en Floride pour leurs 40 ans de mariage. Mais après un passage à la mairie pour un papier administratif, Francine apprend un secret. « Soixante-deux ans après sa naissance, à l’âge où on est présumé atteindre la sagesse, Francine découvre une réalité aussi tranchante qu’un couteau à huîtres. » (p. 12). Et refuse de partir.

Juliette vend des chaussures « dans un grand magasin parisien » mais « Ce n’est pas la vie dont elle avait rêvé. Elle a plus de trente ans, n’est pas mariée, n’a pas d’enfant et aspire à un autre avenir. » (p. 13).

Joachim, 32 ans, moniteur d’auto-école, sportif et passionné par les animaux, se fait larguer dans une émission télévisée mais il « se demande ce qu’il fait là » (p. 17) d’autant plus qu’il y a un débat électoral sur d’autres chaînes.

Ce même soir, Ben est devant la télévision. Au bout de sept ans, son couple bat de l’aile et il « oublie sa tristesse en regardant celle des autres, et ce soir il assiste à une tuerie de premier choix. » (p. 23).

« C’est une célibataire parmi des millions, mais les millions ont parfois du mal à se rencontrer. » (p. 67, Juliette).

« Il mettra fin à sept ans de vie commune et ne sait pas comment l’autre réagira. Il s’y attend sûrement. Il n’a fait aucun effort. » (p. 115, Ben).

Après avoir lu et adoré Roland est mort, j’ai voulu lire un autre titre de cet auteur et j’aime vraiment beaucoup son style, son humour. Il insiste ici sur certains points comme le monosourcil de Joachim ou la trentaine célibataire de Juliette pour montrer le côté répétitif des jours, de la vie, des petit soucis de tout un chacun. Et je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite mais chaque chapitre est lié au suivant (avec un mot clé ou une idée) ce qui crée un entrelacement et une continuité dans la vie de ces personnages tous Parisiens mais qui ne se connaissent pas et qui se croisent parfois sans se connaître. En fait, ce roman montre un échantillon de la « faune » parisienne et il y en a qui sont gratinés… (comme Évelyne, l’épouse de Daniel).

Je ne sais pas dire je t’aime est un roman choral, dramatique mais souvent drôle (comme le passage entre Juliette et Marie-Cécile/Jessica au bar), qui se déroule sur fond de campagne électorale présidentielle. « Qui sont ces gens égarés politiquement qui vadrouillent dans l’incertitude ? Ont-ils une vie ? des idéaux ? des plans de carrière élaborés ? » (p. 162).

Finalement (comme dans Roland est mort), l’auteur a beaucoup de tendresse pour ses personnages et traite avec humour des sujets graves, et ils sont nombreux ici alors que le roman n’est pas plombant du tout, au contraire : les relations enfants-parents, hommes-femmes ou hommes-hommes, la maltraitance des animaux, les enfants de la guerre avec le passé qui resurgit et qui fait qu’une vie s’écroule à cause des questions qui resteront sans réponse, l’homosexualité, la maladie (greffe), la mort, le suicide, la prostitution, le temps qui passe inexorablement avec la solitude, la politique avec ses espoirs et ses mensonges… Et surtout la difficulté de trouver l’amour et de dire « je t’aime » mais il ne faut jamais oublier que « chaque jour est une fête ! » (p. 178) et c’est peut-être ça le bonheur.

Une très belle lecture que je mets dans le challenge Feel good. Et encore un roman contemporain pour Un genre par mois de novembre.

Roland est mort de Nicolas Robin

Roland est mort de Nicolas Robin.

Anne Carrière, mars 2016, 185 pages, 17 €, ISBN 978-2-8433-7815-7.

Genre : ovni littéraire !

Nicolas Robin naît dans les Landes en 1976. Du même auteur : Bébé requin (2006), Super tragique (2007) et Je ne sais pas dire je t’aime (2017). Plus d’infos sur sa page FB.

« Roland est mort mais je m’en fous. Je ne le connaissais pas après tout. C’était le voisin d’à côté. Il avait l’air vieux, pas de cheveux. […] Il vivait seul avec son caniche et il écoutait des disques de Mireille Mathieu. » (p. 9-10). Lorsque les sapeurs-pompiers descendent le corps de Roland avec la voisine du dessous qui les suit, leur chef donne le caniche au voisin de palier, le narrateur. « Je me suis retrouvé de force avec le chien de Roland. Il a du caca au coins des yeux. Son pelage est rêche et délavé. D’un coup de langue, il me lèche la joue. Il pue. » (p. 14). Ce voisin narrateur dont on ne connaîtra pas le prénom, c’est un célibataire (son amoureuse l’a mis dehors), bientôt quarante ans, infographiste au chômage depuis qu’il a insulté son patron, quelques problèmes avec sa banque, et le voisin, il n’en veut pas du caniche ! Une femelle, qui s’appelle Mireille, lui apprend la voisine du dessous. « Roland est mort dans la plus grande solitude. Il ne laisse aucun contact, aucun ami. Il n’avait pas de vie sociale. Il n’avait qu’un caniche. » (p. 33). Le voisin va chez ses parents, ils ont une petite maison, un jardin, c’est bien pour le chien, mais mamie se traîne et a perdu la boule, le père a la tête dans les nuages depuis des années et la mère qui gère tout ne veut pas de chien en plus. « Maman veut savoir où j’en suis sur le marché de l’emploi. Mamie veut savoir où j’en suis sur le marché du célibat. C’est l’instant où tout se fige dans la salle à manger. » (p. 47). Le voisin décide alors de laisser Mireille à la SPA. « Mireille se paralyse contre le grillage. Elle me fixe de ses yeux noirs bordés de poils frisés. Elle me juge. Elle sait que je suis un type méprisable. […] Elle pense ‘Pourquoi tu m’abandonnes ?’. Elle pense ‘Pourquoi tu ne veux pas de moi dans ta vie ?’. Mireille a le museau triste des mal-aimés, de ceux qu’on quitte un jour […]. Elle pense ‘Pourquoi je ne suis pas assez bien pour toi ?’. Elle pense ‘Tu m’aimerais si je sentais bon et que j’étais jolie ?’ […] C’est là que se termine l’aventure entre Mireille et moi et pourtant j’hésite. » (p. 56) ; « En fait… je vais garder le chien. » (p. 57). Peu après, un agent des pompes funèbres sonne chez le voisin et lui donne l’urne avec les cendres de Roland. « Roland est mort et je le tiens entre les mains. […] La céramique est froide. Mon voisin est à l’intérieur. » (p. 69).

Chaque chapitre commence par « Roland est mort » qui donne son titre au roman et qui est presque le personnage principal. Ces événements, la mort de Roland, l’arrivée de Mireille, l’urne mortuaire (mais que va-t-il bien pouvoir en faire ?) sont l’occasion pour le voisin solitaire qui passe ses journées à boire du Campari et à mater des films pornos – « Ai-je raté ma vie ? » (p. 97) – de faire le point sur sa vie, son passé, son avenir. Et finalement, ces événements – et en particulier Mireille le caniche – vont modifier sa perception de la vie et même plus, bouleverser sa vie. Je ne vous en raconte pas plus mais c’est amené avec beaucoup d’humour, avec tendresse, avec une grande sensibilité, avec des mots parfois crus aussi, ce qui rend le roman incisif, rythmé et percutant, passionnant, enrichissant, et je l’ai dévoré alors que je l’avais découvert totalement par hasard ! Ce livre sur le deuil – et la solitude – est un livre drôle, vraiment drôle et il serait dommage de passer à côté. Et, promis, vous ne serez pas obligés d’écouter Mireille Mathieu !

Un roman exceptionnel qui ne rentre dans aucun challenge ! Peut-être le Feel good.