Trois fois la fin du monde de Sophie Divry

Trois fois la fin du monde de Sophie Divry.

Noir sur blanc, collection Notabilia, août 2018, 240 pages, 16 €, ISBN 978-2-88250-528-6.

Genres : littérature française, science-fiction.

Sophie Divry naît en 1979 à Montpellier. Diplômée de l’École supérieure de Journalisme de Lille et de l’IEP de Lyon, elle vit à Lyon. Trois fois la fin du monde reçoit le Prix de la page 111 en 2018. J’ai déjà lu son premier roman, La cote 400, dans un genre totalement différent.

Lors du braquage d’une bijouterie, Tonio Kamal est tué par la police. Son jeune frère, Joseph, 22 ans, est alors seul au monde. « Notre mère est morte quand on avait vingt ans, on n’a jamais eu de père. Tonio assassiné, je suis désormais seul sur la terre, je n’ai plus d’amis, tous se sont détournés de moi, ni d’amantes, j’étais à ce moment-là célibataire, je n’ai plus qu’un immense chagrin qui me déchire, me révolte. J’en veux à mort aux flics, je m’en veux à moi aussi. » (p. 13). Joseph est condamné en tant que complice et mis en prison pour des années. « La peur et le chagrin, une sensation terrible d’abandon et d’impuissance me plonge dans des abîmes de noirceur. » (p. 23).

Ce premier tiers du roman sur le monde carcéral est terrible ! « Jamais de silence, jamais de paix. » (p. 50).

Lorsque la Catastrophe survient, Joseph peut s’enfuir. Il est un des rares survivants, apparemment immunisés. « La moitié de l’Europe irradiée, la moitié de la France évacuée. » (p. 69). Il n’a pas été évacué, il s’est réfugié dans une épicerie, ce qui lui a permis de se nourrir, puis il a découvert une petite ferme du causse dans le Lot et s’y est installé. « Joseph cherche la nourriture […] de quoi s’habiller, de quoi se chausser, de quoi se soigner, de quoi lire, tout ce dont un homme a besoin. » (p. 91). Il va réparer, piocher, planter pour vivre ! Mais « C’est pas drôle d’être tout seul quand même. » (p. 97).

Heureusement vont venir se réfugier près de lui un mouton qu’il appelle Chocolat et une jeune chatte tigrée qu’il appelle Fine. « Mes bêtes, mes braves bêtes, qu’est-ce que je serais sans elles… » (p. 152). Finalement la solitude, c’est la tranquillité et la liberté. « Parce que si un être étranger venait, ce serait la fin. Il faudrait fuir ou s’expliquer. Il faudrait quitter la ferme. » (p. 155).

Parfois Joseph pense aux survivants. « Que font-ils, les Autres ? Comment vivent-ils là-bas ? » Il ne sait pas du tout s’il y a encore des survivants, s’ils sont nombreux ou pas, où et comment ils vivent… Joseph est un homme qui lutte pour sa vie et qui a réappris seul à vivre en harmonie avec la nature, les saisons. Les moments avec Chocolat sont très beaux, ceux avec Fine le sont encore plus. Mais trois fois, le monde de Joseph va s’effondrer, trois fois, ce sera la fin de son monde…

Trois fois la fin du monde est un roman attachant et passionnant, à la fois réaliste et poétique. J’aime beaucoup le style de Sophie Divry et elle a fait fort, d’abord dans l’univers carcéral, puis dans un monde post-apocalyptique.

Avez-vous déjà ressenti une angoisse avant la fin d’une lecture ? J’ai déjà été triste de finir un roman, de quitter des personnages auxquels je m’étais attachée. Mais avec ce roman, j’ai vécu une angoisse terrible, à partir de la page 208, je me disais que tout était trop beau, que ça allait mal se finir… Je n’avais jamais été angoissée comme ça à la lecture de la fin d’un roman, ça a été une expérience enrichissante mais usante.

Je mets cette lecture dans les challenges Animaux du monde (pour le mouton Chocolat et la chatte Fine, très importants), Littérature de l’imaginaire #8 et Printemps de l’imaginaire francophone 2020.

Une longue impatience de Gaëlle Josse

Une longue impatience de Gaëlle Josse.

Noir sur blanc, collection Notabilia, janvier 2018, 192 pages, 14 €, ISBN 978-2-88250-489-0.

Genre : roman français.

Gaëlle Josse naît le 22 septembre 1960. Elle étudie le Droit, le journalisme et la psychologie clinique. Elle est auteur de poésie et de romans. Son blog, http://gaellejosse.kazeo.com/ (pas mis à jour depuis avril 2013).

Rue des Écuyers, avril 1950, « Ce soir, Louis n’est pas rentré. » (p. 13, première phrase du roman). Louis a 16 ans et personne ne l’a vu au lycée. Sa mère, Anne, a attendu toute la nuit ; « les petits » (Gabriel et Jeanne) étaient au lit et Étienne l’a cherché en vain. Il n’y a plus qu’une chose à faire : attendre… Mais, au fur et à mesure de l’introspection d’Anne, le lecteur comprend pourquoi Louis s’est enfui. « Je le cherche, comme n’importe quelle mère cherche son enfant et ne cesse d’errer, de renifler toutes les traces possibles, comme un animal, avant de connaître la vérité. » (p. 32). Ses recherches la conduisent à la Capitainerie de la ville voisine. « Louis, en mer. […] Embarqué. […] Les noms inconnus résonnaient en moi, comme les paroles d’une incompréhensible chanson. La Réunion, Durban, Buenos Aires, Valparaiso. » (p. 36). « Depuis, chaque jour, je l’attends. » (p 37).

Ce roman est une espèce de long monologue : la mère va attendre, ressasser, écrire des lettres à son fils « en mer »… Je reconnais que l’écriture de Gaëlle Josse est belle mais qu’est-ce que je m’ennuie ! C’est lent, c’est long pourtant le roman est court, je n’ai pas la patience pour ce genre de roman qui ne m’émeut pas plus que ça, mais j’aurai essayé. Une longue impatience est son 6e roman et le premier que je lis : pas sûre d’en lire un autre…

Une lecture que je mets dans le Challenge de l’été 2018, Rentrée littéraire de janvier 2018 et Lire sous la contrainte (session 39, tout au féminin).