Yuri de Raphaël Haroche

Yuri est la première nouvelle du recueil Retourner à la mer de Raphaël Haroche (Gallimard, février 2017).

Je vous parlerai plus en détail de ce recueil lorsque j’aurai lu les 13 nouvelles mais pour l’instant, je voulais simplement parler de Yuri dans La bonne nouvelle du lundi.

Raphaël… Le chanteur ? Oui, le chanteur ! Que je suis depuis ses débuts car j’aime sa voix, ses textes, ses mélodies, les ambiances de ses chansons, leur profondeur dans une simplicité confondante de tendresse et de sincérité ! Bon, je sais qu’il y en a qui n’aime pas mais peut-être aimeront-ils les nouvelles ?

Je retrouve l’humanité de Raphaël dans cette première nouvelle, Yuri : Dans l’Aubrac, Tomek, un employé d’abattoir d’origine polonaise veut sauver un veau et l’offrir à sa fille pour ses 13 ans. « Voilà, tu seras bien ici, tu es trop joli, tu as de beaux yeux toi, tu me fais penser à quelqu’un. » (p. 17).

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à parler d’animaux et d’abattoir ? Les liens du sang d’Errol Henrot, L’été des charognes de Simon Johanin lu récemment (ma note de lecture arrive) et Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo qui est dans ma liste à lire. Il y en a sûrement d’autres. Les auteurs se sentent investis et veulent faire ouvrir les yeux sur ce monde intolérable…

Tomek n’est pas un employé violent et cruel envers les animaux, c’est rare ; il aime son épouse, leur fille, et veut aimer cet animal sans défense aux grands yeux tristes qui lui font penser à « quelqu’un ».

J’ai hâte de lire les 12 autres nouvelles de ce recueil, apparemment des tranches de vie, comme j’aime, et je vous en reparle tout bientôt ; bonne semaine 🙂

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La fonte des glaces de Joël Baqué

La fonte des glaces de Joël Baqué.

P.O.L., août 2017, 288 pages, 17 €, ISBN 978-2-8180-1391-5.

Genre : roman français.

Joël Baqué naît le 23 décembre 1963 à Béziers ; il vit à Nice. Poésie (Angle plat aux éditions Hors jeu en 2002, Un rang d’écart aux éditions L’Arbre à Paroles en 2003, Start-up aux éditions Le Quartanier en 2007) et romans chez P.O.L. : Aire du mouton (2011), La salle (2015), La mer c’est rien du tout (2016).

L’auteur nous transporte en Afrique, en France et en Antarctique. Après la mort de son mari, comptable dans une bananeraie en Côte d’Ivoire, la mère retourne avec son fils, Louis, en France, à Carcassonne, et l’élève seule. Louis est un enfant calme, sensible et aimant. Bien que son père ait été écrasé par un éléphant, Louis aime et respecte les animaux. Il devient… boucher-charcutier ! Et rencontre, à Toulon, Lise, la fille de son patron, qu’il épouse mais ils n’ont pas d’enfant et personne à qui léguer la boutique. « Ils eurent ainsi de longues années d’un bonheur paisible jusqu’à ce qu’un petit point sombre repéré sur une radiographie mammaire de Lise fasse tache d’encre et assombrisse leurs vies. » (p. 42). Jeune veuf et jeune retraité, Louis déprime mais se crée « un emploi du temps et de nouvelles habitudes. » (p. 43). Un dimanche matin, après sa visite habituelle à la boulangerie-pâtisserie, Louis achète un oiseau empaillé dans une brocante. « Ce manchot empereur était certes bien conservé mais d’un usage incertain. Qui donc l’aurait acheté et pourquoi ? Difficile de se dire : un manchot empereur, ça sert toujours. Autant de questions que Louis ne se posa pas. Il s’entendit poser une question d’un tout autre ordre, comme s’il se ventriloquait lui-même. […] – Ah ! Attention, hein ! C’est pas un pingouin, c’est un manchot empereur ! Pas pareil, hein ! Pas pareil ! C’est bien mieux, un manchot empereur ! D’abord c’est plus gros et puis bientôt avec la fonte des glaces y en aura plus, vous pouvez voir ça comme un investissement ! » (p. 57-58). Cet oiseau empaillé va bouleverser la vie de Louis : une nouvelle passion, un voyage, des rencontres ! « L’irruption dans sa vie du manchot empereur avait changé les choses. » (p. 93). On retrouve donc Louis sur la banquise avec son guide Inuit, Ivaluardjuk, qui va faire une vidéo hilarante et la poster sur sa page FB.

Hum… Ce roman aurait pu me plaire : le style est relativement agréable et il y a une pointe d’humour – bon parfois c’est du gros cliché bien lourd (par exemple, avec les bibliothécaires : une fois, c’est amusant, trois fois, c’est exagéré) – et les retours en arrière ne m’ont pas dérangée mais… il y a tellement de digressions, de longueurs et de détails inutiles, que je me suis vraiment ennuyée… J’ai fait un effort pour aller au bout, à vrai dire j’ai lu une centaine de pages normalement et les presque deux-cents dernières pages en diagonale : j’ai donc rencontré Alice, visité Terre-Neuve, je suis montée à bord du Nathanaël et j’ai remorqué un iceberg, par contre je n’ai pas mangé de gâteau soviétique au beurre de je ne sais plus quoi donc je n’ai pas été malade, ni d’indigestion ou d’hallucinations ni de la lecture de ce roman, mais je suis déçue, très déçue… Alors, oui, Joël Baqué dénonce l’hystérie des réseaux sociaux et de la mise en célébrité des anonymes, oui, il crie au secours de la fonte des glaces (et du réchauffement climatique) et pour la sauvegarde de la banquise et de ses habitants, mais ça n’a pas été suffisant pour me faire apprécier ce roman trop longuet, trop laborieux. Les journalistes sont dithyrambiques à propos de cet auteur qui fut le plus jeune gendarme de France et qui se consacre désormais à la littérature : « drôle », « loufoque », « excellent », « réjouissant », « impérial » et même « précieux », bof, je ne suis pas convaincue du tout et je ne pense pas lire un autre titre de lui.

Je le mets quand même dans le challenge 1 % rentrée littéraire 2017.

Les liens du sang d’Errol Henrot

Les liens du sang d’Errol Henrot.

Le Dilettante, août 2017, 192 pages, 16,50 €, ISBN 978-2-84263-916-7.

Genre : premier roman.

Errol Henrot naît en 1982. Il grandit au milieu des animaux et découvre « à quoi servaient ces curieux bâtiments à l’entrée de la ville, d’où sortaient des cris et des odeurs épouvantables. »

« La nature jouissait d’elle-même. Mais à l’autre bout de la ville, l’abattoir n’accordait aucune place à la rêverie. […] Les cris, les odeurs, les couleurs froides et contraintes, tout, dans ce tourbillon blême, avait pour dessein l’étouffement, la répression du mouvement. » (p. 12). Après le lycée, François choisit de ne pas faire d’études scientifiques et reste chez ses parents. C’est donc tout naturellement que son père le fait entrer à l’abattoir où il travaille depuis bientôt 40 ans. « Soit il quittait le foyer, soit il obéissait aux règles et assumait la décision de son père : exercer le même métier que lui. […] Puisqu’il vivait sans durée, il ne chercha pas la confrontation. » (p. 24-25). François a toujours été triste et s’est réfugié dans les livres. C’est donc avec des animaux blessés, terrorisés, au milieu du sang chaud, des excréments, des cris que va se faire sa vie, dans une totale déshumanisation. Il va devenir tueur, comme son père. « Les ouvriers de l’abattoir assimilaient toute la cruauté, et plongeaient dans le feu. Tout était possible dans un tel microcosme. » (p. 41). Et même si des éleveurs prennent soin de leurs animaux comme Robert avec ses cochons, François a bien compris que ça n’empêche pas les bêtes de finir à l’abattoir… « François s’était fait une promesse. […] Il ne participerait plus au monde. Pas d’humiliation, pas de blessures à infliger à l’autre, pas de déceptions. » (p. 64). Mais un jour, Angelica, sa copine, fait tout un discours à table alors que le sujet est tabou chez les parents de François. « […] On croit sentir encore la bête trembler. J’ai le sentiment qu’elle n’a pas fini de mourir. […] C’est pour cela que je ne tue pas mes animaux. La chair a de la mémoire. Elle continue de murmurer longtemps après la mort. Le temps n’a pas passé. Elle se souvient d’avoir hurlé. Hurlé à la mort. » (p. 87).

Quand j’ai reçu ce livre, dans le cadre des 68 premières fois 2017 – session d’automne, je vous en ai parlé ici. Le thème, difficile pour moi qui ne mange pratiquement plus de viande depuis des années (et encore de moins en moins), me… m’interloquait et j’ai carrément mis de côté mes deux lectures du weekend pour me plonger dans ce roman. C’était peut-être aussi pour le lire rapidement et… m’en débarrasser au plus vite, je ne sais pas trop. En tout cas, j’ai un jour préféré savoir et j’ai agi dans mon alimentation en toute connaissance de cause. Mais j’ai dû faire plusieurs arrêts tant ma lecture était empêchée, mes yeux et mes nerfs étant mis à rude épreuve…

Les liens du sang, c’est l’histoire d’une famille, ouvrière, pauvre, ne sachant pas comment communiquer (François a une sœur aînée partie depuis longtemps mais qui ne se gêne pas pour lui faire la morale), vivant presque dans l’indifférence les uns des autres, sans affection, sans haine, sans heurts. François est fragile, un peu lâche (c’est lui qui le dit), rêveur, il a été dépossédé de sa vie… Mais, après la mort du père, le travail devient dégoût et horreur quotidienne pour François d’autant plus quand il est témoin de la brutalité de ses collègues, que le directeur ne veut rien (sa)voir, que le rendement est infernal et que le directeur fait augmenter la cadence… Il en est de même pour la lecture, c’est violent, insoutenable, du moins ce qui se passe dans les abattoirs est insoutenable, je n’ose dire inhumain car cette façon de (mal)traiter les animaux est tellement humaine (et quand on voit les chiffres d’abattage, c’est… immonde !). Quant au roman, lui, il est très littéraire, profond, intense, réaliste, brutal, engagé et c’est ça aussi qui fait cette violence, cette fureur, cette envie de vomir, de tout casser, de fuir ! Et puis, il emmène le lecteur vers une secousse, un déclic, une issue poétique. Vous ne regarderez plus votre morceau de viande de la même façon.

$^^^^^^^^^^^^^^^^^ : ça, c’est un message écrit par le matou, et il a raison, le petit trésor, tout ça, ce n’est que pour gagner de l’argent sur la peau d’animaux qui sont devenus esclaves…

Un auteur à suivre, avec son écriture à la fois brutale et poétique, je me demande bien quel sujet il abordera dans son deuxième roman.

Si ce thème vous intéresse, il y a L’été des charognes de Simon Johannin chez Allia (premier roman d’un tout jeune auteur) et Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo chez Gallimard (Prix Livre Inter 2017), deux romans qui sont dans ma wishlist.

Une lecture pour les challenges 1 % rentrée littéraire 2017 et Défi Premier roman 2017. Je le mets aussi dans le Pumpkin Autumn Challenge dans le Menu 1 – L’automne frissonnant dans la catégorie Hurlons dans les bois : lire un livre angoisse, horreur ou thriller car, si ce roman n’est pas un roman d’horreur dans le sens classique du terme, il entre bien pour moi dans ce thème horreur et il est bien angoissant.

L’Étal de boucherie – Pieter Aertsen (1551)

Fanette et Filipin

Après avoir lu un article sur ce magazine Fanette et Filipin que je ne connais pas du tout, j’ai eu envie de le découvrir, au moins lire quelques infos supplémentaires, voir quelques extraits, feuilleter quelques pages. J’ai eu le plaisir de télécharger intégralement un ancien numéro, le n° 3 Hiver (2013-2014).

Les histoires / contes – Dans « Un frais matin d’hiver », graines pour les oiseaux, bataille de boules de neige entre Filipin et Queue blanche le lapin, et un magnifique lever de soleil sur la colline. Dans « Le petit cochon rose », le Prince de la forêt pense qu’il faudrait habiller les animaux pour qu’ils n’aient pas froid. Dans « Un oiseau reconnaissant », un pauvre jeune homme soigne une grue blessée puis reçoit une jolie jeune fille perdue dans la forêt. Dans « Le chamois solitaire », un malheureux chamois, seul rescapé d’une attaque de chasseurs, erre désespérément et trouve un nouveau troupeau qui l’accueille.

Les rubriques – Dans « Ma forêt en liberté », c’est l’histoire de « Museaufin et le hérisson », un renard affamé car tout est recouvert de neige et qui rencontre un hérisson. « La vie des animaux » parle de l’hibernation. « Enfants de la Terre », pour découvrir les enfants des autres pays, raconte « La petite danseuse de Bharata natyam » en Inde. Et une petite rubrique papeterie et parutions de livres des éditions Belle émeraude.

Les jeux – Différences, animaux cachés, un plateau de jeu à fabriquer « Le blaireau et la renarde », les dessins de forme (des dessins géométriques), des petits lutins à construire en feutrine, une séance de peinture pour une « promenade dans le monde magique de la couleur ».

Il y a même une jolie poésie, « Petits flocons brillants », des recettes (et j’ai bien envie de cuisiner ce Curry de lentilles) et « Le coin des parents » avec une intéressante « Promenade au royaume des contes ».

Fanette est une fillette très attachée à la Nature, aux animaux, aux saisons ; son meilleur ami est Filipin, un lutin des bois habillé de vert. Dans chaque numéro (52 pages), des histoires, des contes du monde entier, des animaux selon la saison, des rubriques pour « imaginer et s’émerveiller ».

Les dessins sont peints avec des couleurs pastels, je trouve que c’est poétique et reposant, aussi bien pour les enfants que pour les parents. Il y a un petit côté désuet qui me plaît bien mais qui déplaira peut-être à d’autres adultes.

Le magazine, basé dans un petit village de Savoie (Villard-sur-Doron), existe depuis janvier 2013. Il est préconisé pour les 3-10 ans et il y a beaucoup de textes donc bien sûr les plus jeunes liront avec des grands. En fait, les histoires et les rubriques sont répertoriées par couleur : bleu-vert à partir de 3 ans, mauve à partir de 6 ans, violet à partir de 7 ans, vert kaki à partir de 9 ans, ainsi le magazine suit l’enfant (et inversement) pour des années !

Fanette et Filipin se veut un magazine pour la jeunesse, un magazine « qui enchante l’imaginaire », alternatif, naturel, sans publicité et son seul défaut est qu’il coûte un peu cher : 12 € le numéro (mais par trimestre).

Sur la page FB du magazine, vous trouvez en plus des illustrations, des photos, un calendrier mensuel, des vidéos…

Une charmante revue à découvrir si vous avez des enfants ou des petits-enfants curieux qui aiment les belles histoires, les contes, les jeux et les animaux !

Je mets cette lecture dans le Pumpkin Autumn Challenge pour le Menu 3 – L’automne enchanteur dans la rubrique Féérique citrouille, bibbidi-bobbidi-boo : lire un conte féerique ou du Nature writing. Et on a ici plusieurs contes avec des animaux et la Nature 😉

L’éveil – stade 2 de Jean-Baptiste de Panafieu

L’éveil – stade 2 de Jean-Baptiste de Panafieu.

Gulf Stream, mars 2017, 232 pages, 17 €, ISBN 978-2-35488-457-4.

Genre : science-fiction.

Jean-Baptiste de Panafieu : voir L’éveil – stade 1.

La WOFF a enlevé Laura Goupil pour qu’elle crée un contre-virus et l’a emmenée à Bearsden dans le Maine, au nord-est des États-Unis, dans un laboratoire ultra-perfectionné et éloigné de tout. Les trois jeunes – Gabriel, Clément et Alya – et les trois animaux – Chou-K, Cabosse et Montaigne – (plus le chien Yéti en cachette) embarquent sur le cargo le Néréis qui se dirige vers New York pour retrouver Laura et la libérer. Dans les forêts du Maine, ce sont les ours, les loups, les castors, les ratons-laveurs et d’autres animaux sauvages qui se sont éveillés ! D’ailleurs les ours ont carrément créé une Compagnie des ours. « De leur vie passée, ils conservaient la mémoire de délicieux après-midi de sieste, de soirées passées à se gaver de myrtilles et de longues marches paisibles entre les arbres. Mais il leur revenait aussi les hurlements des tronçonneuses, le fracas effrayant des arbres s’abattant à terre, les aboiements des chiens et les coups de tonnerre des armes humaines. » (p. 20-21). Et dans le monde marin, ce sont les dauphins, orques, baleines… Tous sont aussi surpris que les animaux européens en prenant conscience d’eux-mêmes et du monde qui les entoure. « Que se passe-t-il ? Où suis-je ? Où sont les autres ? Qui suis-je ? Oui, c’est ça l’important ! Qui suis-je ? […] Réfléchir. Réfléchir ? Oui, c’est ça. Il se passe que je réfléchis. Je pense au lieu de farfouiller. Je pense que j’ai changé. Je sais qui je suis. » (p. 45). Grâce aux goélands qui ont traversé l’Atlantique sur l’ordre de Charles, le chef des corneilles françaises, les animaux américains éveillés apprennent qu’ils doivent protéger Lorragoupi. La protéger ou la tuer pour qu’elle ne crée pas un vaccin qui leur fera perdre leur éveil ?

Le scientifique joue parfois (souvent ?) à Dieu mais « Les virus artificiels étaient des outils puissants, mais difficiles à maîtriser. » (p. 80). Les jeunes et « leurs » animaux sont arrivés à Foxcroft, près de Bearsden, et ont contacté avec bien du mal les ours ; Yéti et le raton-laveur Kwatty, séparés du groupe, sont prisonniers de la meute de loups. Ours et loups sont tout aussi dangereux l’un que l’autre… Plus dangereux que les humains et leur folie ? Humains et animaux pourront-ils communiquer et trouver une association qui empêchera une guerre meurtrière entre toutes les espèces ?

Ce tome 2 se déroule l’année suivante. « Cela fait un an que cette histoire a commencé et j’avais envie de marquer cette date. Je pense maintenant que rien ne sera plus comme avant. Le virus ne pourra pas être arrêté et les animaux resteront éveillés. Il faudra apprendre à vivre avec. » (p. 127-128). Action et rebondissements pour ce deuxième tome plus violent avec des animaux bien plus dangereux et difficiles à convaincre que des animaux domestiques et des oiseaux urbains ! « Ils sentaient que le monde était en train de basculer, mais n’arrivaient pas à percevoir tous les enjeux des combats en cours, qui opposaient les animaux aux humains ou qui mettaient en jeu plusieurs espèces animales, sans oublier les conflits interhumains […]. » (p. 204).

L’auteur répertorie trois sortes d’animaux. Les animaux domestiques (chiens, chats, certains oiseaux comme le perroquet Montaigne) ou proches des humains (oiseaux, chevaux…) qui veulent des droits similaires aux humains (certains demandent même un droit de vote !), les animaux d’élevage qui ne veulent plus être maltraités et tués pour être mangés, et les animaux sauvages qui se divisent en prédateurs et en proies plus difficiles à aborder. Comment vont-ils s’entendre ? Vont-ils plonger le monde dans un chaos pire que ce que peuvent faire les humains ?

Il y a beaucoup d’émotion dans l’éveil de certains animaux (ruminants, ours, loups, dauphins…), de la poésie pour certains, de la sensibilité en tout cas, c’est vraiment très beau, comment ne pas se sentir proche de ces animaux même s’ils sont « dangereux » ? Comment ne pas avoir envie de communiquer avec eux ?

Le tome 3 est annoncé pour fin août ; j’espère que la bibliothèque l’aura rapidement ; ou alors je vais l’acheter si je ne peux pas attendre, je veux savoir, je veux connaître le dénouement ! Ah, mais que vois-je, la parution est repoussée à fin octobre, rhaaaaa !

En tout cas, une série (en trois tomes) à lire absolument si vous vous intéressez un tant soit peu aux animaux et à un futur fortement probable.

Pour les challenges Jeunesse & young adult (même remarque que pour le tome 1) et Littérature de l’imaginaire.

L’éveil – stade 1 de Jean-Baptiste de Panafieu

L’éveil – stade 1 de Jean-Baptiste de Panafieu.

Gulf Stream, septembre 2016, 272 pages, 17 €, ISBN 978-2-35488-441-3.

Genre : science-fiction.

Jean-Baptiste de Panafieu naît le 11 juin 1955. Il est agrégé en sciences naturelles, en génétique, biologiste, docteur en océanologie biologique, auteur et documentariste. Plus d’infos sur son site, http://www.jbdepanafieu.fr/.

Mars. Laboratoire Biokitech. Laura Goupil mène des expériences d’ingénierie neurogénétique sur des souris. Son objectif : trouver un remède à Alzheimer et à d’autres affections du cerveau humain. « Laura commençait à espérer que son virus puisse être un jour réellement utile. Mais pour les gens, par pour les souris ! » (p. 39-40). Profitant d’un coup de téléphone, la souris A27, dont la conscience s’est éveillée, s’enfuit. Tout à coup, le petit animal est dans un monde « inondé de lumière […] une pièce comme elle n’en avait jamais vue, d’une taille inimaginable. Un vaste sol vert s’étendait devant ses yeux. Le plafond bleu était immensément lointain. » (p. 11). Mais elle n’en profite pas longtemps car elle est attaquée par un chat qui lui aussi se retrouve éveillé, gisant dans l’herbe elle est mangée par une corneille, un rat et une chienne qui eux aussi se retrouvent éveillés. Ensuite, c’est l’effet boule de neige, la corneille s’accouple et pond des œufs, le rat mord un perroquet et se bat avec ses congénères, etc. Peu à peu, tous les animaux s’éveillent.

Le lecteur suit plus en détail quatre humains et trois animaux. Laura, la scientifique, vit avec son jeune frère, Gabriel, un lycéen et leur chat, Chou-K. Les meilleurs amis de Gabriel sont Clément, chez qui vit la chienne qui a mangé les restes de la souris A27, Cabosse, et Alya chez qui trouve refuge le perroquet gris du Gabon, Coco qui s’est lui-même rebaptisé Montaigne. Plus tard, viendra se rajouter un autre chien, Yéti, amoureux de Cabosse.

Le monde est petit, dit-on, mais l’épizootie va grandir pendant six mois, d’abord dans toute la France puis en Europe et dans le monde grâce aux personnes qui voyagent avec leur animal et aux nombreux moyens de transport. « Le virus s’étendait ainsi autour de la première colonie, comme un arbre qui pousse ses radicelles dans toutes les directions à la recherche d’eau et de sels minéraux. » (p. 71). Mais il ne touche que les animaux à sang chaud, mammifères, oiseaux, pas « les escargots, les vers et les insectes » (p. 77) : je pense que là, l’histoire aurait été un peu trop compliquée !

Malheureusement la plus grosse industrie alimentaire du monde, la WOFF (World Organisation for Food and Feed), américaine, vient de racheter la société française BESTALIM et le patron de la WOFF, Paul Jervson, n’est pas du tout content du virus qui éveille les animaux car cela implique une crise alimentaire et économique que son entreprise ne pourra sûrement pas affronter… Il exige donc que Laura crée un contre-vaccin et ses sbires ne sont pas commodes.

L’auteur montre bien tous les tenants et les aboutissants : d’un côté le monde scientifique qui joue à Dieu soi-disant pour le bien-être de l’humanité, d’un autre côté l’industrie agro-alimentaire et le cynisme de ses dirigeants qui ne pensent qu’à s’enrichir à tout prix, et puis au milieu non seulement les humains (considérés comme de simples consommateurs pas très futés, quoique certains soient différents, proches des animaux ou activistes ou indifférents) mais aussi les animaux qu’ils soient éveillés ou non mais qui tout à coup souffrent encore plus de leurs conditions (animaux maltraités, élevage intensif, mort certaine…). « Comme tout cela est effrayant ! » (p. 139).

Chaque expérience d’éveil se conclut par « Je me suis éveillé (ou éveillée) il y a trois jours. » : bien sûr, cette phrase est répétitive mais c’est pour montrer que pour chaque animal, quel qu’il soit, cet éveil est un événement extraordinaire, un monde inconnu, une nouvelle vie qui peut faire peur. Et que l’éveil se fait petit à petit, semaine après semaine, mois après mois. Mais que vont faire les animaux de cette conscience, de cette intelligence ? Chaque animal va réagir selon son vécu, son expérience (ou son inexpérience) des humains et ses aspirations premières (manger, dormir, jouer, élever les petits, communiquer ou pas, etc.). Alors, anthropomorphisme ? L’auteur est habitué aux animaux, il vit avec, il les observe, les étudie, il a même écrit plusieurs livres sur le monde animal, l’élevage, l’évolution des relations entre les humains et les animaux : je vais donc dire qu’il sait de quoi il parle, et puis il signe une fiction donc totale liberté même si tout est plausible.

J’ai beaucoup aimé le perroquet qui s’instruit de tout, documentaires animaliers, historiques… à la télévision, sur Internet, j’ai l’impression qu’il est le plus curieux, le plus intelligent et… le plus bavard ! D’ailleurs c’est lui qui dit : « Le danger ne vient pas seulement de la WOFF. Je crains aussi que les espoirs et les projets des animaux ne finissent par se révéler contradictoires. Ils sont tellement divers ! Ils n’ont pas les mêmes histoires, ni les mêmes relations avec les humains. Leurs trajectoires risquent de les mener à se dresser les uns contres les autres. Avec l’intelligence, ils ont rejoint les humains dans leurs qualités comme dans leurs défauts. » (p. 108-109).

Évidemment les relations entre les humains et les animaux changent, même pour ceux qui sont les plus difficiles à convaincre. « […] les animaux « éveillés » avaient largement gagné en intelligence et étaient capables de comprendre les humains, voire de communiquer avec eux. Les animaux discutaient aussi entre eux, un fait généralement négligé, peut-être parce qu’il était encore plus dérangeant. En effet, ces conversations strictement animales mettaient en évidence que leur vie ne se réduisait pas à leurs relations avec les humains. » (p. 132).

Vous l’avez compris, j’ai adoré ce premier tome, inventif, parfois drôle et ouvert sur les animaux ; je me sens proche des animaux et j’ai parfois l’impression que mes deux matous sont éveillés, enfin pas au point des animaux de ce roman mais un peu, ils m’écoutent, ils me comprennent, ils communiquent avec moi, à leur manière, je pense que tous ceux qui sont proches de leur chien ou de leur chat peuvent comprendre cet état d’esprit. Pour en revenir au roman, je dirais que l’auteur a pensé à tout et développe aussi bien les côtés scientifique et écologique que éthique et philosophique d’une façon assez pointue (mais quand même abordable !), surtout lorsqu’il donne la parole (et la réflexion) aux animaux, on voit qu’il connaît bien le monde animal et qu’il n’abuse pas de la fiction pour raconter n’importe quoi.

Heureusement que j’ai le tome 2 donc je peux continuer ma lecture sans attendre !

Pour les challenges Jeunesse & young adult (mais il ne fait pas réellement jeunesse, le récit est plutôt mature et complexe) et Littérature de l’imaginaire.

Denise au Ventoux de Michel Jullien

Denise au Ventoux de Michel Jullien.

Verdier, collection jaune, janvier 2017, 144 pages, 16 €, ISBN 978-25-86432-907-7.

Genre : roman dramatique.

Michel Jullien naît en 1962 près de Paris. Il étudie la littérature puis enseigne à l’université au Brésil. Lorsqu’il revient en France, il travaille dans l’édition et se consacre à la montagne (l’escalade) puis à l’écriture. Quatre autres romans sont parus chez Verdier : Compagnies tactiles (2009), Au bout des comédies (2011), Esquisse d’un pendu (2013) et Yparkho (2014).

Paul, le narrateur, travaille dans une banque. Il promène Denise trois fois par jour, le matin, en soirée après son travail et avant le coucher entre vingt-trois heures et minuit. Ils sont ensemble depuis trois ans, depuis que Valentine les a abandonnés pour voyager avec un Hollandais. Mais Denise n’est pas faite pour la capitale : c’est une grande chienne de 4 ans qui pèse 43 kilos, une Bouvier bernois… recalée de l’école des chiens d’aveugle de Paris pour « couardise urbaine » (p. 47). Paul décide d’emmener Denise faire de grandes balades au Ventoux. « […] Denise derrière son virage, elle me voyait avancer avec déjà le croupion émoustillé, le trognon de la queue remuant les joies d’usage et, au bout, l’inévitable toupet balayant les cailloux. » (p. 95).

L’auteur se montre ironique quand il décrit la vie de Denise ans l’appartement étroit de Valentine, un peu moins à l’étroit chez Paul mais ce n’est pas ça qui lui conviendrait. L’écriture est déroutante, serrée, c’est avec une grande précision et un peu de poésie qu’il raconte l’histoire d’amour de Denise qui s’est carrément « entichée de Paul » (nous dit l’éditeur) mais elle se montre joyeuse malgré la promiscuité et la solitude de la journée. Du côté du lecteur, il faut s’accrocher, le roman est court mais complexe, dense, intense. Et pour décompresser, une bonne idée : un long weekend au Ventoux, des balades dans la nature, pas de voitures, pas de frayeurs pour la chienne, une escapade à deux, le grand air, le bonheur ! … ? Non, le drame : j’ai terminé ce roman en larmes… Oui Denise au Ventoux est un roman difficile à lire, à appréhender, mais c’est un beau roman, sincère… et cruel. Je suis plutôt chat mais j’aime aussi les chiens, surtout les gros chiens, je les aime assez pour ne pas faire subir à un chien l’enfermement en appartement et la solitude.

Un roman paru en janvier et lu début juin (oui, je sais, je suis en retard dans mes notes de lecture…) pour le challenge Rentrée littéraire janvier 2017.