Mardy & Ozgo – Le monde d’en dessous de Marie Lenne-Fouquet et Marie Morelle

Mardy & Ozgo – Le monde d’en dessous de Marie Lenne-Fouquet et Marie Morelle.

Sarbacane, collection Pépix, septembre 2020, 224 pages, 10,90 €, ISBN 978-2-37731-468-3.

Genres : littérature jeunesse française, roman mi-fantastique mi-fantasy.

Marie Lenne-Fouquet naît en 1984 dans les Deux-Sèvres. Elle est professeure et autrice pour la jeunesse. Plus d’infos sur son site officiel.

Marie Morelle, Parisienne ayant étudié les Beaux-Arts à Londres, est illustratrice pour la presse et pour la jeunesse. Plus d’infos sur son site officiel.

Mardy et Ozgo sont frères et viennent d’emménager dans une nouvelle maison avec leurs parents et leur sœur, Petite. Mais leur chat, Benjamin, a disparu depuis quatre jours et Mardy s’inquiète… « Maman, c’est vrai, ce qu’on lit dans les journaux ? Que tous les chats du village disparaissent, ces derniers temps ? » (p. 9).

Je ne dévoile rien sur les particularités de Mardy, Ozgo et Petite, vous les découvrirez en lisant ce roman.

Après avoir interrogé tous les voisins, dont certains ont perdu aussi leur chat, Mardy et Ozgo décident d’aller de nuit dans la forêt mais Petite étant réveillée, ils sont obligés de l’emmener avec eux. « Le petit convoi se mit en route et traversa le jardin. » (p. 39).

Mais, lors d’une pause, les deux garçons perdent le bébé, c’est-à-dire Petite. Dans la souche d’un arbre, ils découvrent « un monde […] un vrai monde » (p. 48). C’est le monde des Ploozes, des petites créatures vertes en forme de boules. D’ailleurs, il n’y a pas que Petite qui a disparu, emportée pour aller voir le roi Harold, tous les chats disparus sont là, nourris, choyés, un véritable paradis pour eux. « Non, il ne rêvait pas. Tout cela était bien réel. Et il fallait sauver Petite. » (p. 70).

Mardy et Ozgo vont-ils pouvoir récupérer leur petite sœur ? Ils vont être aidés par Le Bourlingueur. Et je ne vous en dis pas plus même si… « L’ignorance, c’est… c’est… c’est le pire des cauchemars ! » (p. 148).

En tout cas, vous ne regarderez plus les brins d’herbe, les poireaux et les framboises de la même façon après avoir lu ce roman !

Les personnages sont drôles ou inquiétants (j’ai bien aimé le bouledogue ronronnant et la nounou japonaise), l’histoire est très originale, les textes sont parfois accentués (pour que les enfants comprennent qu’un personnage crie par exemple) et les dessins bourrés de détails sont vraiment marrants.

Il y a bien quelques références (le facteur Cheval, princesse Mononoké) que certains enfants ne connaîtront pas mais ce sera l’occasion pour eux de demander ou de faire des recherches. Cependant, il y a un petit côté social et écologique que les enfants comprendront sans problème.

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 14, une histoire d’enlèvement ou de disparition mais il aurait pu aller dans d’autres cases), Challenge lecture 2022 (catégorie 22, un livre dont les personnages principaux sont d’une même fratrie mais il pouvait entrer dans d’autres catégories), Jeunesse Young Adult #11, Littérature de l’imaginaire #10 et Petit Bac 2022 (catégorie Prénom pour Mardy et Ozgo).

La baleine bibliothèque de Judith Vanistendael et Zidrou

La baleine bibliothèque de Judith Vanistendael et Zidrou.

Le Lombard, mai 2021, 80 pages, 14,75 €, ISBN 978-2-80367-796-2.

Genres : bande dessinée belge, conte.

Zidrou est le pseudonyme de Benoît Drousie, né le 12 avril 1962 à Anderlecht (Belgique), scénariste de bande dessinée belge. Il vit en Andalousie. J’ai déjà lu plusieurs bandes dessinées de lui (malheureusement pas toutes chroniquées sur le blog).

Judith Vanistendael naît le 20 août 1974 à Louvain (Belgique). Elle étudie les Beaux-Arts à Gand, à Berlin puis à Bruxelles et à Séville. Elle est dessinatrice mais aussi autrice. Son blog, en flamand, n’est plus mis à jour.

Au fond de l’océan, vit une baleine extraordinaire, elle a cent mille ans et les poissons (petits ou grands) aiment lui rendre visite. Pourquoi ? Parce que la baleine abrite « la plus grande bibliothèque des mers » (p. 5) avec « Des livres par milliers, bien rangés dans l’ordre de l’alphabet. De ‘Ah ! Ah !, le mangeur de rires’ à ‘Zzzix, le moustique électrique’. » (p. 5). Les poissons adorent lire et, parfois, c’est la baleine qui lit une histoire.

Celui qui conte cette histoire est un ancien facteur maritime. La poste terrestre est connue de tous, la poste aérienne est célèbre mais la poste maritime « est injustement méconnue » (p. 11). Une fois, il est monté dans sa barque pour livrer du courrier et sa fragile embarcation a été retournée par la baleine qui profitait d’une belle nuit. C’est comme ça qu’il a rencontré la baleine. Elle lui a posé plein de questions et elle lui a prêté un livre : « C’est l’histoire d’une sirène qui tombe amoureuse d’un pirate, dit-elle en rougissant. » (p. 30).

Lorsque lors d’une autre tournée, il revoit la baleine, il lui rend le livre prêté, lui offre un cadeau et elle lui propose de visiter la bibliothèque.

Quelle belle histoire avec des dessins magnifiques mais je ne pensais pas que ce serait si triste… Toutefois, cette bande dessinée – coup de cœur – est à lire absolument !

Dernière bande dessinée de l’année pour La BD de la semaine, que je mets aussi dans Contes et légendes 2021, Des histoires et des bulles (catégorie 17, une BD avec le nom d’un animal ou un animal dans le titre, 2e billet), Jeunesse young adult #11, Littérature de l’imaginaire #9 et Les textes courts.

Moi aussi de Hector Dexet

Moi aussi de Hector Dexet.

Amaterra, juin 2021, 36 pages, 13,90 €, ISBN 978-2-36856-271-0.

Genre : album illustré français.

Hector Dexet étudie le cinéma d’animation à l’école La Poudrière à Valence (c’est ma ville !). En 2012, il s’installe à Paris et devient illustrateur et auteur dans « un style éclatant de couleurs » pour « des ouvrages d’éveil ludiques et ingénieux » (source : l’éditeur). Il participe au magazine Georges. Plus d’infos sur son site officiel et sur son compte Instagram.

Moi aussi est un joli album cartonné pour montrer aux tout petits qu’en fait ils vivent et évoluent de la même façon qu’un chat, un chien ou d’autres animaux. Ils ont besoin de nourriture, d’affection, de découvertes du monde qui les entoure, etc.

Deux exemples :

« Petit chat, tu veux jouer ? Moi aussi ! »

« Petit éléphant, tu prends une douche. Moi aussi ! »

D’autres exemples sur le site de l’éditeur (ci-dessus) et plusieurs extraits du livre.

Un beau cadeau pour les 0-3 ans que je mets dans les challenges Jeunesse young adult #11 et Les textes courts.

Le Club des amis 1 de Sophie Guerrive

Le Club des amis 1 de Sophie Guerrive.

2024, septembre 2020, 56 pages, 12 €, ISBN 978-2-901000-44-0.

Genres : bande dessinée française, jeunesse.

Sophie Guerrive naît le 29 août 1983 à Marseille. Elle étudie les Arts décoratifs à Aix en Provence et à Strasbourg. Ses autres titres chez 2024 : Capitaine Mulet (2016), Tulipe (2016), Les voyages de Tulipe (2017), Tulipe et les sorciers (2019). D’autres titres chez Warum : Girafes, Chef Magik tomes 1 et 2, Delcourt : Crépin et Janvier, Ion : Marines, Médiévales, Batailles, entre autres. Elle est membre créatrice du Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme.

Crocus est un petit serpent qui parle aux plantes. Sa maman lui dit qu’il est assez grand pour découvrir le monde et se faire des amis. « Tu verras… Le monde n’est pas si grand qu’il paraît… Ne t’inquiète pas. Je reste ici. Méfie-toi des voitures et des méchants. » (la BD n’est pas paginée).

Mais « Où aller ? Où sont les amis ? ». Crocus rencontre Tulipe, un ourson qui parle aux arbres et qui se prépare à hiberner avec sa maman.

Mais tout à coup tous les trois se réveillent, de la fumée partout ! La cheminée est bouchée par une oiselle, Violette. Elle n’aime pas les grands voyages alors elle n’est pas partie en migration avec sa famille et se retrouve toute seule… Et voilà une nouvelle amie pour le Club des amis !

Lorsque le printemps arrive, tout craque, la neige, les arbres, la rivière, la nature revit mais Tulipe disparaît dans une grotte ! Heureusement tout se termine autour d’un bon repas avec les amis de Crocus !

Au printemps, j’ai déjà lu et apprécié Tulipe de Sophie Guerrive, une bande dessinée philosophique dans laquelle le lecteur (adulte) retrouve Tulipe, Crocus, etc. (adultes). J’apprécie ces dessins et cet humour faussement naïf qui donne, de façon colorée, une belle leçon de tendresse et d’amitié. Le Club des amis est une bande dessinée (jeunesse) à mettre entre toutes les mains ! J’ai hâte de lire le tome 2, normalement paru en octobre 2021.

Une très belle lecture pour La BD de la semaine, Des histoires et des bulles (catégorie 22, écologie, environnement), Jeunesse young adult #11 et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Les herbes folles de Lewis Trondheim

Les nouvelles aventures de Lapinot, 2 – Les herbes folles de Lewis Trondheim.

L’Association, collection 48CC, janvier 2019, 368 pages, 19 €, ISBN 978-2-84414-738-7.

Genres : bandes dessinée française, fantastique, écologie.

Lewis Trondheim, de son vrai nom Laurent Chabosy, naît le 11 décembre 1964 à Fontainebleau de parents libraires. Il étudie le dessin industriel puis le graphisme publicitaire. Son épouse est la coloriste Brigitte Findakly Il crée le fanzine Approximate Continuum Comics Institute H3319 soit ACCI H3319 (1988), L’Association (1990), l’OuBaPo c’est-à-dire l’OUvroir de BAnde dessinée Potentielle (1992), la collection Shampooing chez Delcourt (2005) et la revue Papier (2013-2015) chez Delcourt. Des bandes dessinées en ligne, Lapinot, Donjon (plusieurs séries), Les cosmonautes du futur, Le roi catastrophe, Les petits riens, Ralph Azham, L’atelier Mastodonte, Infinity 8, des one-shots, des collaborations en pagaille, Trondheim est un grand bosseur dont je suis fan (quel talent !) mais, bizarrement n’était pas encore sur le blog ! Plus d’infos sur son site officiel.

Dans cette bande dessinée au petit format paysage (11 x 16 cm), à l’italienne donc, Lapinot et son ami Richard sont confrontés à la végétation qui reprend ses droits et envahit la ville. Une histoire sans bulle et sans texte (muette) d’abord parue sur Instagram en 2018 (un dessin par jour).

L’éditeur nous dit « avec de l’amour et des bagarres, des phénomènes surnaturels et du vomi, de l’émotion et des coups de théâtre », c’est ça et bien plus encore !

En ville, tout est gris, des tas de voitures, des gens partout, des poubelles et des déchets sur les trottoirs, des animaux enfermés (en cage ou derrière des vitres), et tout à coup, au détour d’une rue, une plante, des fleurs, des papillons même ! Et puis, d’autres plantes, le long de gouttières, de barrières, de fenêtres, de poteaux de signalisation… Plus Lapinot avance plus la végétation reprend ses droits, c’est très beau, tout est verdoyant et coloré, mais quand même surprenant et un peu inquiétant, non ? Lapinot s’enfuit, appelle à l’aide mais il n’y a plus personne et, évidemment, plus de réseau ! Il réussit à rentrer chez lui mais l’immeuble est envahi par la végétation, carrément en ruine, et sur son lit il y a même un énorme nid avec trois œufs bleus qu’il récupère car plus rien n’est comestible… Et puis des créatures bizarres apparaissent. Heureusement il arrive à rejoindre son ami Richard. Mais tout cela ne serait-il pas un mauvais trip ?

Je n’ai pas lu Les nouvelles aventures de Lapinot, 1 – Un monde un peu meilleur (qui a un format classique) parce que la bibliothèque ne l’avait pas (je veux dire qu’il était emprunté) mais je le lirai assurément parce que ce tome 2 est une incroyable réussite et je ne peux que vous conseiller sa « lecture ».

Pour La BD de la semaine, Des histoires et des bulles (catégorie 41, une BD au format non standard), Jeunesse young adult #11, Lire en thème 2021 (le thème d’octobre est l’action se passe dans un lieu effrayant, ici une ville envahie par la végétation) et Littérature de l’imaginaire #9.

Airpussy d’Ulli Lust

Airpussy d’Ulli Lust.

L’employé du moi, novembre 2020, 40 pages, 13 €, ISBN 978-2-390040-76-7.

Genres : bande dessinée autrichienne, érotisme.

Ulli Lust, de son vrai nom Ulli Schneider, naît en 1967 à Vienne (Autriche) mais elle grandit dans un village près de la Tchéquie. Elle étudie le design et le dessin à Vienne. Elle est autrice, dessinatrice et éditrice de bandes dessinées. Elle vit et travaille à Berlin (Allemagne) et a reçu plusieurs prix littéraires. Plus d’infos sur son site officiel (anglais) et sur electrocomics (anglais et allemand).

Une jeune femme se réveille, elle est nue, elle jouit dans son bain, elle jouit en regardant par la fenêtre. Elle sort vêtue uniquement d’un manteau rouge et d’un grand chapeau. Elle jouit en pleine rue. Elle excite certains hommes, d’autres sont gênés par sa nudité, elle excite une autre femme qui promène un guépard.

Cette bande dessinée coquine et un poil provocante – au format carré – s’inspire du mythe de la déesse de la Terre qui devait faire l’amour avec un amant, au sortir de l’hiver, pour réveiller la Nature.

Allégorie ? Fantasme ? Cette quête de la sexualité et du plaisir, déjà parue en mai 2009 chez L’employé du moi, était épuisée et a été rééditée en novembre 2020.

Airpussy n’est pas dans mes lectures habituelles mais j’avais besoin d’une BD érotique pour Des histoires et des bulles (catégorie 31, une BD érotique, porno, hentaï) et je la mets également dans La BD de la semaine, Contes et légendes #3, Littérature de l’imaginaire #9 et Les textes courts.

Bel abîme de Yamen Manai

Bel abîme de Yamen Manai.

Elyzad, septembre 2021, 120 pages, 14,50 €, ISBN 978-2-49227-044-4.

Genres : littérature tunisienne, roman.

Yamen Manai naît le 25 mai 1980 à Tunis (Tunisie) dans une famille cultivée (parents professeurs). Dès l’enfance, il aime la lecture et la poésie. Il étudie les nouvelles technologies de l’information à Paris et écrit en français. Ses romans – qui ont reçu plusieurs prix littéraires – sont considérés comme des contes philosophiques qui amènent les lecteurs à réfléchir (dictatures, fanatismes religieux, écologie). Du même auteur, les deux très beaux romans, La marche de l’incertitude (2010) et La sérénade d’Ibrahim Santos (2011) et L’amas ardent (2017) que je n’ai pas lu.

La voix est celle d’un adolescent de 15 ans arrêté pour avoir tiré avec un fusil sur quatre hommes (qu’il a blessés). « Mon avenir était déjà condamné bien avant tout ça. Pourquoi ? Parce que je suis né ici, dans ce pays, parmi ces gens, parmi vous. » (p. 12). En prison, il répond aux questions de son avocat, maître Bakouche. Puis à celle d’un psy, le docteur Latrache. « Qu’on reprenne les choses dans l’ordre ? Quel ordre donnez-vous aux choses ? Dans ce pays sens dessus dessous, vous me semblez bien sûr de vous. » (p. 17).

Comme pratiquement tous les enfants qu’il connaît, il est battu dès l’enfance, par son père, professeur à l ‘université, par sa mère, par son grand frère… « Mais quand Bella est arrivée dans ma vie, je rêvais qu’elle était à mes côtés. » (p. 28). Enfin un peu d’amour dans sa vie.

Ce récit, dur, poignant, c’est « une déferlante de violence » (p. 31-32), « une folie contagieuse » (p. 32) parce que cet ado sensible (à la cause animale et à l’écologie, mais pas que) raconte des scènes de violence vraiment atroces comme ce caméléon jeté vivant dans un feu (p. 33) ou la façon dont les animaux du zoo sont traités (p. 35-36) ou la façon dont les enfants sont maltraités par tous (parents, frères plus grands, professeurs…).

Et malgré toutes ces horreurs, il développe de l’humour. « Vous connaissez Tchekhov, monsieur Bakouche ? […] Non, ce n’est pas la marque d’une vodka, c’est un écrivain russe. » (p. 38).

Mais, le drame… « Bella était mon amie. Bella était mon amour. Bella était tout ce qui a compté et qui ne comptera plus. » (p. 44).

Ce roman raconte la violence de tout un pays, la violence d’humains imbus d’eux-mêmes et de leur petit savoir, la violence que supportent les mal-aimés, ceux qui ne mouftent pas, ceux qui baissent la tête, ceux qui se laissent martyriser parce qu’il n’ont pas d’autres solutions… Bien sûr, tout cela est affreux mais l’auteur et le narrateur ado insistent bien sur Bella, c’est elle l’élément central, l’élément déclencheur, et si j’ai pleuré c’est sur son funeste sort… pas sur les humains.

Cet ado, malheureux comme les pierres, qui n’a pas sa langue dans sa poche, est d’une grande lucidité. « C’est grâce à Bourguiba. […] Mais si c’est un homme qui a libéré toutes ces femmes, c’est qu’elles n’étaient pas prêtes. Il fallait que ces femmes se libèrent elles-mêmes et d’elles-mêmes. » (p. 68-69). « J’espérais que ma mère se libère bien davantage. Ce n’est pas parce qu’elle travaillait qu’elle était libre. Sa vie était une forme d’esclavage. […] J’aurais tant aimé qu’elle se soulève, qu’elle se dresse contre les abus du paternel, pas forcément ceux qu’il commettait à mon égard, mais déjà ceux qu’il lui faisait subir. J’aurais aimé qu’elle lui réclame sa part de bonheur, d’amour […]. » (p. 70).

Bel abîme est le premier roman de cette rentrée littéraire d’automne que je lis. Il est construit comme un monologue puisque l’adolescent (dont on ne connaît pas le (pré)nom) répète les questions qui lui sont posées (par l’avocat ou le psy) avant d’y répondre (sincèrement et en dénonçant la violence et l’injustice). Ce roman court (à peine plus de 100 pages) est d’une rare intensité et suscite une grande émotion tant il est bouleversant.

Une lecture pour Challenge de l’été #2 (Tunisie) et À la découverte de l’Afrique (Tunisie). Elle l’a lu et aimé : Usva.

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Lundi Soleil 2021 #9 (2)

Nous sommes toujours dans le neuvième thème de Lundi Soleil 2021, celui de septembre qui est vert.

Comme il a beaucoup plu au printemps et en été, l’herbe était bien verte à Valence, pas besoin d’aller brouter chez le voisin !

Vous pouvez cliquer sur la photo.

Je vous souhaite une bonne semaine.

Un hiver de coyote de Marie-Lazarine Poulle

Un hiver de coyote de Marie-Lazarine Poulle.

Transboréal, collection Nature nomade, avril 2021, 200 pages, 13,90 €, ISBN 978-2-36157-291-4.

Genres : littérature française, premier roman.

Marie-Lazarine Poulle naît à Vernon dans l’Eure (Normandie). Sa passion, les animaux, la nature, les grands espaces. Elle étudie la biologie puis les neurosciences. Elle observe les renards, les goupils, les loups en France et voyage en Biélorussie, Chine, Grèce, Roumanie… Un hiver de coyote est son premier roman.

« Moins vingt-cinq au petit matin, -15°C au plus chaud de la journée. » (p. 11). Marie, jeune Française tout juste diplômée en biologie, est en Gaspésie avec sa petite chienne, Zorille. Elle va étudier les cerfs dans le ravage (lieu de rassemblement hivernal) de Bonnaventure et seconder Laurier Lachance qui étudie « la prédation exercée par les coyotes sur les cerfs au Québec » (p. 15). Mais l’accueil n’est pas des plus chaleureux… « Il comptait bien se débarrasser de moi au plus tôt, comme il l’avait fait avec les précédents incompétents envoyés par Philippe. […] Il n’y avait pas de place pour moi dans leur monde. » (p. 32). Marie va tout découvrir, le froid, l’humour québécois, les collègues qui l’ignorent ou se moquent d’elle, la motoneige, les trous d’eau…

En ce qui concerne les coyotes, « Des siècles de persécution à grand renfort de pièges, poisons, armes à feu et appâts explosifs les avaient aguerris. Ils résistaient à tout ! Personne, nulle part, n’était parvenu à les éradiquer ni même à réduire leur nombre. Au contraire, pendant que tous s’évertuaient en vain à les rayer de la carte, les coyotes avaient gagné du terrain. Beaucoup de terrain. » (p. 78). En fait « […] ils avaient pris la place et les habitudes des loups. » (p. 79).

Laurier et Marie vont-ils pouvoir travailler ensemble ? « Jour après jour, le ravage m’apprenaient les dangers et les bonheurs de l’hiver. » (p. 106). Et leur mission d’équiper les coyotes sera-t-elle couronnée de succès ? « Des ‘bestioles haïssables, moches et rabougries’ étaient parvenues à damer le pion au meilleur technicien faune sauvage du Québec ; il n’était pas question qu’elles entament aussi sa réputation ! » (p. 123).

J’imagine que les gros véhicules polluants, la chasse et le piégeage sont… normaux au Canada. Mais, à part ça, ce très beau récit, proche des romans de nature writing, se déroule d’’octobre à mars de l’année suivante, 6 mois de « huis-clos dans un espace immense » (p. 185), isolé, glacial et dangereux avec une phrase terrible : « La vie, la mort, le froid étaient si présents dans notre quotidien que l’un chassait l’autre. » (p. 126). Chaque partie est illustrée avec une empreinte d’animal différent, coyote, ours, loup, cerf, renard, caribou, les animaux emblématiques du Canada. À découvrir assurément !

Pour le Challenge Cottagecore (catégorie 2, Retour aux sources – Des histoires qui se déroulent en pleine campagne, dans la forêt, peut-être loin de la civilisation, c’est tout à fait ça), Challenge de l’été #2 (voyage au Québec), Challenge lecture 2021 (catégorie 54, un livre dont le titre comporte une saison, 2e billet) et Petit Bac 2021 (catégorie Météo pour Hiver).

Epsil∞n n° 1 (juillet 2021)

Epsil∞n n° 1 (juillet 2021).

Epsil∞n, édité par Unique Héritage Média (UHM), 100 pages, juillet 2021, 4,90 €.

Epsil∞n (prononcer epsilone) est une lettre grecque particulièrement utilisée en mathématiques et ∞ est le symbole de l’infini (lire l’éditorial d’Hervé Poirier, rédacteur en chef, p. 3).

Epsil∞n, sous-titré « nouveau magazine d’actualité scientifique » est une précieuse revue en cette période de troubles non seulement médicaux mais aussi sociologiques, économiques, politiques et surtout écologiques.

Douze journalistes de la rédaction de Science & Vie démissionnent (mars 2021) et créent Epsil∞n avec une campagne Ulule (mai-juin 2021). Un magazine français mais qui interroge des scientifiques du monde entier, un magazine scientifique parfait pour le XXIe siècle (mise en page, photographies, illustrations, ligne éditoriale), pour « décrypter le monde » avec « des infos fiables », « des points de vue singuliers » et « des rubriques décalées ».

Vous allez me dire que je suis plus littéraire (et vous aurez sûrement raison) mais la science m’a toujours intéressée (observation de la faune, de la flore, des nuages…) et, même si je n’étais pas vraiment douée en maths (j’ai cependant eu parfois de bons résultats), j’aimais la physique, la chimie, la biologie (j’ai peut-être manqué une vocation !). J’ai arrêté de lire Science & Vie il y a des années parce que j’avais l’impression que ce magazine était devenu trop compliqué pour moi mais j’ai compensé avec Futura Sciences (en ligne) et avec Sciences et Avenir (en ligne et magazine papier à la bibliothèque).

En fait, la science m’émeut comme par exemple les prénoms des dauphins (p. 13), la larve de rascasse « bébé monstre » (p. 18-19), le fait que « la majorité des espèces reste encore à découvrir » (p. 32-33), Mars (p. 38), Jupiter (p. 58-65), l’adolescence chez les animaux (p. 70-75)…

Deux gros articles. L’enquête « Comment la Chine va manipuler la météo » (p. 20-29) mais depuis les années 40, de nombres scientifiques (américains, européens, russes, australiens, saoudiens…) étudient l’ensemencement des nuages. Le dossier « Arbres – Voici le secret de leur triomphe » (p. 42-56), un arbre c’est « un peuple » (p. 48), une « métapopulation » (p. 50).

Un article qui me plaît beaucoup, le contre-pied « Il n’y a pas d’addiction aux écrans » (p. 30-31), eh oui ! On lit tous les jours, on écoute de la musique ou la radio tous les jours, on écrit tous les jours, et même on cuisine tous les jours, on travaille tous les jours, etc., est-on pour le coup addict ? Non, eh bien pour les écrans, c’est pareil ! Attention, depuis 2019, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a tout de même « intégré le trouble addictif aux jeux vidéo dans sa classification des maladies » (p. 30).

Pandémie de coronavirus oblige (depuis bientôt deux ans), le « Covid-19 – Pourra-t-on s’en débarrasser un jour ? » (p. 34-37), une analyse sérieuse bien loin des fake news qui circulent.

L’article le plus drôle, « Crise d’ado – Les animaux aussi » (p. 70-75) avec des illustrations amusantes et des sous-titres tout aussi amusants, « Ados chimpanzés, ils sortent en bande », « Ados chiens, ils n’écoutent plus rien », « Ados souris, elles abusent de l’alcool », « Ados éléphants, ils deviennent irascibles et obsédés » et « Ados vaches, elles changent de personnalité », une étude pourtant sérieuse et époustouflante. Qui a un animal de compagnie a bien dû se rendre compte du changement de comportement durant son adolescence.

L’article le plus surprenant, « Cancer, les bactéries pourraient le soigner » (p. 80-84) avec « sept bactéries mobilisées » pour « soigner le mal par le mal », ce qui fait froid dans le dos (comme quoi la science peut faire peur parfois).

Mon article préféré, pour moi qui aime bien avoir la tête dans les nuages et donc qui apprécie l’astronomie, « Face aux colères de Jupiter, première plongée dans la plus furieuse des planètes » (p. 58-65) avec des photos magnifiques envoyées par la sonde Juno (prises en haute définition avec sa Junocam) ! Il y a aussi un billet court sur Mars (p. 38).

Dans ce numéro, près de 90 scientifiques interrogés, du monde entier et je dirais que tous les domaines scientifiques (ou presque) sont présents, les sciences fondamentales (sciences formelles, sciences naturelles, sciences sociales) et les sciences appliquées (entre autres médecine, génétique, éducation, social…), il y en a ainsi pour tous les goûts, et ce premier numéro (vendu à un prix très raisonnable de 4,90 €) est divertissant (il faut, bien sûr, et pas seulement le cahier Pop’Science, p. 85-97) mais surtout instructif, parfaitement documenté et illustré (j’ai tout lu et je n’ai vu aucune faute d’orthographe ou de grammaire, très bon point !), sans être compliqué (j’ai tout compris même dans des domaines que je connais beaucoup moins !). Donc j’ai très envie de lire le deuxième numéro paru en août (mais après une lecture littéraire).

Vous aussi, vous souhaitez une agréable lecture, enrichissante, à petit prix ? Lisez ce premier numéro d’Epsil∞n !