West de Carys Davies

West de Carys Davies.

Seuil, janvier 2019, 190 pages, 19 €, ISBN 978-2-02-138142-9. West (2018) est traduit de l’anglais par David Fauquemberg.

Genres : littérature anglaise, aventure, premier roman.

Carys Davies naît au Pays de Galles et grandit dans les Midlands (centre de l’Angleterre). Elle passe dix ans aux States et vit maintenant à Édimbourg. Elle publie deux recueils de nouvelles avant West qui est son premier roman.

« Regarde bien la silhouette de ton père qui s’en va, Bess, regarde-la tant que tu peux, lança sa tante Julie depuis le porche, d’une voix forte, comme une proclamation. Regarde-le bien, Bess, cette personne, mon imbécile de frère John Cyrus Bellman, car jamais tes yeux ne se poseront sur un plus grand idiot que celui-là. À partir d’aujourd’hui, je le compte parmi les fous et les égarés. Ne t’attends pas à le revoir, et n’agite pas la main, ça ne ferait que l’encourager et lui donner à croire qu’il mérite ta bénédiction. Rentre dans la maison, ma fille, ferme la porte et oublie-le. » (p. 10-11).

XIXe siècle. Pennsylvanie. John Cyrus Bellman, veuf inconsolable (sa bien-aimée, Elsie, est morte depuis 8 ans), a 35 ans et le travail à la ferme n’arrive pas complètement à occuper son esprit (il élève des chevaux et des ânes et les fait s’accoupler pour vendre les mules et les bardots, pratiquement tous stériles mais plus costauds pour le travail). Après avoir lu un article dans le journal sur des os d’animaux gigantesques découverts dans l’Ouest, dans le Kentucky, il n’a qu’une idée en tête : aller dans l’Ouest, le plus loin possible s’il le faut et voir ces animaux ! Il laisse donc sa fille unique, Bess, 10 ans, avec sa tante Julie, une vieille fille religieuse et revêche… Bien sûr, avant de partir, Bellman a consulté d’anciennes cartes à la bibliothèque payante de Lewistown (Pennsylvanie) « mais toutes les deux sont pleines de blancs, d’espaces vides et de points d’interrogation. » (p. 16-17).

Bien sûr il y a une espèce de naïveté chez Bellman mais c’est un aventurier dans l’âme, inexpérimenté soit, mais il a tout prévu, tout préparé pendant des semaines, peut-être même des mois. « Julie pinça les lèvres, […] et dit qu’elle ne comprenait pas ce qui pouvait pousser qui que ce soit à parcourir cinq mille kilomètres en tournant le dos à sa propre maison, son église et sa fille qui n’avait déjà plus de mère. […] Bellman soupira. Il y avait dans son attitude comme une impuissance. Il faut que j’y aille. Il faut que j’aille voir. C’est tout ce que je peux te dire. Il le faut. Je ne sais pas quoi dire d’autre. » (p. 21).

Et Bellman est parti ! « Il était plein d’espoir et d’entrain […] » (p. 31), avançant sur son cheval avec son matériel, troquant avec les Indiens (il n’en avait jamais vu dans l’Est), mangeant à sa faim (il chasse et pêche selon ses besoins), écrivant à sa fille, mais aucune trace d’animaux gigantesques au bout de 2 000 km… et surtout l’hiver arrive (non, ce n’est pas une blague !). Lorsque Bellman rencontre Devereux, un négociant en fourrures, celui-ci lui conseille d’engager un jeune shawnee de 17 ans, Vielle Femme de Loin (il a reçu ce nom car il a un physique très disgracieux). Vielle Femme de Loin est impressionné par Bellman, grand gaillard aux cheveux rouges (roux) et accepte de lui servir de guide pour la deuxième partie du voyage.

Au cours de son périple, Bellman découvre des plantes et des animaux inconnus de lui, qu’il dessine. « Ces créatures inconnues et bizarres le confortaient dans sa foi, et il pressait le pas. » (p. 79). Mais toujours aucune trace de ce qu’il cherche… « Il commençait à se dire qu’il avait peut-être brisé sa vie en se lançant dans ce périple, qu’il aurait dû rester chez lui avec le petit et le familier, plutôt que de s’aventurer ici dans le grand et l’inconnu. » (p. 128). Vieille Femme de Loin ne dit rien (de toute façon, il ne parle pas la langue de Bellman) mais « C’était la vérité […] : non il n’avait jamais rien vu de semblable aux créatures que l’homme [Bellman] avait esquissées sur le sol. Mais il en avait entendu parler. D’aussi loin qu’il s’en souvenait, il avait toujours entendu des histoires de gigantesques créatures mangeuses d’hommes […]. » (p. 167). Alors, cette aventure ne serait pas pure folie ? Ces créatures existent ? Bellman va-t-il les voir ?

Affligeant : un jour Bess demande à sa tante Julie de l’emmener à la bibliothèque à Lewistown mais la réponse est cinglante… « Parce que tu crois peut-être, mon enfant, interrogea la sœur de Bellman, que j’ai le temps d’aller m’asseoir dans une bibliothèque ? » (p. 36)… Les mentalités ont changé, heureusement !

West, un premier roman…, mais quelle lecture ; gros coup de cœur ! Maîtrise, traduction sûrement parfaite, sobriété dans le choix des mots, mais puissance du récit, de l’aventure (ambiance western), relations entre les gens (ils parlent peu mais la narration est magnifique). West, c’est le roman d’un rêve, d’une volonté, d’une folie, mais il en faut des aventuriers comme Bellman, des défricheurs, des découvreurs, des originaux. Les chapitres s’alternant, le lecteur suit aussi Bess : la fillette grandit, supporte tant bien que mal sa tante, s’occupe surtout des animaux qu’elle aime vraiment, pense au voyage que fait son père, attend avec impatience les lettres qu’il lui a promises ; ces passages sont à la fois beaux et tristes. J’ai frémi, rêvé et réellement voyagé avec ce très beau roman que je vous conseille ab-so-lu-ment !

Un roman de la Rentrée littéraire janvier 2019 (oui, je sais, la nouvelle rentrée littéraire a commencé mais…) que je mets dans les challenges Voisins Voisines 2019 (Pays de Galles) et aussi Contes et Légendes (pour les légendes sur ces animaux gigantesques aux États-Unis et d’autres légendes amérindiennes qu’on entrevoit dans ce roman). Et bien sûr dans le Mois américain 2019.

 

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Ivoire de Niels Labuzan

Ivoire de Niels Labuzan.

JC Lattès, janvier 2019, 350 pages (et pas 250 comme c’est écrit un peu partout, y compris sur le site de l’éditeur !), 18 €, ISBN 978-2-7096-6149-2.

Genre : littérature française.

Niels Labuzan naît en 1984 et vit à Paris. D’après ce que j’ai lu, il se rend au Botswana en 2017 pour observer les animaux et rencontrer ceux qui les protègent. Du même auteur : Cartographie de l’oubli (son premier roman paru en 2016).

Botswana, Afrique australe. Des braconniers dans la Garamba, ils tuent pour l’ivoire. « La matriarche tombe. […] Le reste du troupeau se disperse. Les plus jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes, leur mémoire aura des trous qui ne seront jamais remplis. » (p. 10). Putain, mais qu’on leur coupe les couilles à ces pourris pour qu’ils ne se reproduisent pas ! Et puis la tête aussi puisque c’est ce qu’ils font aux éléphants pour leur dérober leurs défenses ! Ah, mais c’est vrai que ces barbares, eux, n’ont rien de précieux, ils ne pensent pas, ne réfléchissent pas, seul l’appât du gain immédiat les intéresse, quelques dollars… Saloperies d’humains de merde ! Euh, suis-je toujours une personne non-violente ? 😛 « Les braconniers s’aventuraient de plus en plus loin et ce n’était pas bon signe. Pour ces hommes, Erin n’avait aucune pitié. Elle était d’accord avec la règle qui s’appliquait ici : tirer pour tuer. » (p. 14). Ah, je vois que des mesures sont prises !

Le lecteur va suivre Erin, une Anglaise qui s’occupe de ce parc au Botswana depuis cinq ans ; son plus proche collaborateur, Bojosi, un ancien pisteur devenu ranger, et son épouse Lebani ; Seretse, un enfant du pays qui a pu étudier, s’élever jusqu’au Ministère de l’Environnement et qui est motivé ; et à distance Simon, un scientifique qu’Erin a connu lors de ses études d’éthologie à Paris.

Les éléphants sont des animaux magnifiques, majestueux, qu’il faut protéger. « Au Botswana, du delta de l’Okavango à la rivière Chobe […]. Personne ne l’expliquait vraiment, mais ces animaux arrivaient à communiquer entre eux sur de très longues distances, s’échangeant l’information que sur cette terre ils pourraient vivre en paix. Sur tout le continent, on voyait d’ailleurs des troupeaux se mettre en mouvement pour tenter de la rejoindre. » (p. 33). N’est-ce pas merveilleux ? Que feront les humains lorsque ces animaux auront totalement disparu ? Lorsqu’il n’y aura plus d’animaux sauvages ? (et ça peut arriver plus vite qu’on ne le pense…). C’est une des réflexions du puissant roman de Niels Labuzan.

« Tant que l’homme pense que ses faiblesses peuvent être compensées par de la bile, du foie, des pattes, des griffes, qu’il lui suffit de consommer ou d’accumuler des parties animales pour guérir ou pour exister, tant que les pays consommateurs de cornes, d’ivoire, d’écailles et autres produits issus de la faune sauvage ne décident pas d’interdire ces pratiques et de les condamner, le braconnage prospérera toujours. » (p. 72). Que c’est lamentable, ces croyances stupides et inutiles… !

Ivoire parle plus particulièrement des éléphants et du trafic d’ivoire mais il est aussi question des rhinocéros et de leur corne qui contient de la kératine. Je n’ai jamais eu d’objets ni en ivoire ni en corne (et je n’en ai jamais vu dans ma famille, enfant et adolescente) et ça me réconforte, je ne participe pas à ce trafic immonde, interdit depuis 1989 par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) : l’auteur explique bien ça dans un chapitre pages 72 à 78, eh oui, ce roman est un peu documentaire aussi et je pense que c’est nécessaire.

Ivoire parle aussi un peu des chasses privées (par exemple avec des lions) et malheureusement, « Plus la mort est tragique, plus l’animal se débat, lutte, saigne, refuse de mourir, plus les pourboires sont importants. » (p. 194). Quelle ignominie, c’est révoltant et ce n’est à nouveau pas glorieux pour les humains, enfin je veux dire les barbares qui ont du fric et portent des armes à feu !

Vous l’avez compris, ce roman, aussi magnifique et majestueux que les éléphants dont il parle, raconte l’horreur pour moi mais, au-delà de mon avis personnel, le style de l’auteur est génial, fondu (je n’avais pas envie de dire fluide), magique quand il décrit les animaux et leurs lieux de vie. Protégeons ces animaux ! Protégeons leurs lieux de vie ! Arrêtons les braconniers, les contrebandiers, les revendeurs (la majorité d’entre eux sont en Asie et plutôt en Chine) ! La vie de ces animaux est plus importante (primordiale !) que l’argent (des bouts de papier !) ou que des superstitions débiles ! Je dirais même plus que la vie de ces animaux est plus importante que les humains car que feront les humains lorsqu’il n’y aura plus ni flore ni faune ni eau potable ni air respirable ?

Pour conclure, encore un dernier extrait : « Bien sûr, il y en a qui ne voudront pas entendre leur histoire. Ils diront que ce n’est pas important, que ça ne les concerne pas, que c’est loin et qu’ils ont autre chose en tête. C’est sans doute vrai. Il ne s’agit plus simplement des animaux, il s’agit de la fin, du constat que certains ne peuvent arriver qu’à une seule conclusion, la destruction systématique et irréversible ce ce qui nous entoure. » (p. 318).

Monsieur Labuzan, merci pour ce roman magistral, il ressemble à un très bon roman d’aventures (voire un thriller) et il est riche tant au niveau littéraire que documentaire, avec une remarquable sensibilité et une écriture d’une très belle qualité ; j’ai été en colère (pas contre vous), j’ai pleuré, mais j’ai aussi été charmée et envahie de toutes sortes d’images et d’émotions, je me suis sentie pourtant triste et impuissante alors j’espère que cette humble note de lecture attirera pas mal de lecteurs vers votre roman et vers la condition des éléphants (et des autres animaux pourchassés) pour une réelle prise de conscience et pourquoi pas des vocations comme celle d’Erin (même si elle en paie le prix…). Mais reste-t-il une lueur d’espoir ?

J’ai maintenant très envie de lire le premier roman de Niels Labuzan, Cartographie de l’oubli, que j’ai – il attend sur une étagère – donc c’est parfait !

Je voulais signaler que le groupe 68 premières fois (je n’ai plus participé l’année dernière et cette année, je manquais de temps et je voulais lire d’autres livres que des premiers romans, mais je continue de suivre de loin en loin) a rajouté quelques 2e romans dans sa sélection (depuis septembre 2018) et qu’il y a Ivoire dans la sélection du 1er trimestre 2019 (lien ci-dessus).

Une lecture coup de poing coup de cœur de la Rentrée littéraire janvier 2019 que je mets dans À la découverte de l’Afrique (un challenge ancien que j’honore de temps en temps).

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Projet 52-2019 #28 et #29

Quel plaisir de ne pas allumer l’ordinateur ! Pendant plusieurs jours (voire semaines). Mais quand il s’allume, aïe, des tonnes de mises à jour… Comme je n’ai pas publié samedi dernier, voici les photos pour les deux thèmes :

Vingt-huitième semaine pour le Projet 52-2019 de Ma avec le thème amusant : pas facile à illustrer, je trouve… Ah, mais si, amusez-vous à retrouver les deux grenouilles amusantes que j’ai prises en photo mercredi !

Vingt-huitième semaine pour le Projet 52-2019 de Ma avec le thème rond : de beaux fruits d’été bien ronds chacun à leur façon… et colorés !

Abricots Lady Cot et pêches plates

Je vous souhaite un bel été et de bonnes vacances si vous êtes en congés (la météo annonce de nouveau caniculaire la semaine prochaine…) et, si vous voulez participer à ce projet photographique, allez voir Ma !

À la ligne : feuillets d’usine de Joseph Ponthus

À la ligne : feuillets d’usine de Joseph Ponthus.

La Table Ronde, collection Vermillon, janvier 2019, 272 pages, 18 €, ISBN 978-2-71038-966-8.

Genres : littérature française, premier roman.

Joseph Ponthus naît à Reims en 1978. Il étudie à Reims puis à Nancy (hypokhâgne, khâgne) puis travaille à Nanterre : éducateur spécialisé auprès d’adolescents en difficulté (paraît Nous, la cité, en 2012 aux éditions La Découverte). Installé à Lorient (Bretagne) après son mariage, il travaille en intérimaire et rédige son vécu professionnel qui deviendra À la ligne : feuillets d’usine.

« L’usine c’est pour les sous / Un boulot alimentaire / Comme on dit » (p. 11). Un homme, bientôt 40 ans, qui a fait des études (littérature à hypokhâgne), mais ne trouve pas de travail, se lance dans l’intérim pour avoir un salaire. « L’usine m’a eu / Je n’en parle plus qu’en disant / Mon usine » (p. 13-14). L’été, pendant trois semaines, pour les vacances, il travaille avec un groupe de handicapés dans le nord (il vit en Bretagne). « Faire la route / C’est presque aussi répétitif / Que trier les caisses les poissons les crevettes » (p. 37). Avant de retourner dans l’agroalimentaire avec les poissons panés et le tofu à égoutter puis les fruits de mer et les crustacés. « Ritournelles obsédantes / Ceux qui taffent / ceux qui cheffent / les cadences de production édictées d’en haut » (p. 90). Puis de travailler au nettoyage dans un abattoir (le sang, le gras…). « Et les collègues sont gentils […] / Et il paraît que l’abattoir paie bien […] / Et puis on s’habitue / Voilà tout » (p. 130). Embauche, débauche, embauche, débauche… « Je me dis qu’il faut avoir une sacrée foi dans la paie qui finira bien par tomber dans l’amour de l’absurde ou dans la littérature / Pour continuer » (p. 49).

Il découvre (et fait découvrir aux lecteurs) l’industrie agroalimentaire avec ses difficultés : horaires, travail de nuit et donc décalage, productivité, bruits, odeurs, précarité, « ambiance de merde (p. 43), etc. Dans ce roman atypique, largement autobiographique, il y a de nombreuses références musicales, littéraires, cinématographiques, même anciennes (par exemple Fernand Raynaud avec son célèbre 22 à Asnières entre autres) : c’est ça qui lui permet de tenir, les souvenirs, la culture.

Mon passage préféré est celui avec Pok Pok, le chiot de six mois (p. 154). Il y a même des passages émouvants dans ce récit (plutôt tragique). Par exemple, l’adieu avec les collègues (p. 167-169) et la lettre qu’il écrit à sa mère (p. 214-219). Et aussi de l’humour comme des jeux de mots, « road tripes » ou « En avant Marx » !

Bref, l’auteur vit grâce à un travail atroce, de la fatigue, des douleurs… Mais il faut « que la tête tienne bon sinon le corps lâche / Et que le corps tienne bon sinon la tête explose » (p. 184).

J’ai noté que « Le sang des bêtes est un documentaire réalisé en 1949 par Georges Franju dans les abattoirs de Vaugirard et de La Villette qui fait passer n’importe quelle vidéo de L.214 pour un épisode gentillet de La petite maison dans la prairie / Le sang des bêtes est insoutenable et c’est pour ça qu’il faut le voir […] » (p. 208). Ainsi, les gens savent ce qui se passe dans les abattoirs, comment sont maltraités les animaux depuis 70 ans… Que vous mangiez de la viande ou non, il faut lire ce livre ! « Hallucination du trop d’animaux morts / Pourquoi / Pour qui » (p. 228).

Comme vous le voyez, dans les extraits ci-dessus, il n’y a pas de ponctuation, pas de virgule, pas de point, et lorsque j’ai mis un « / » entre les groupes de mots c’est parce que l’auteur passe « à la ligne » ; cela donne un rythme particulier au récit et le lecteur est happé par les mots et l’ambiance.

À la ligne : feuillets d’usine est un « livre ouvrier » qui sort vraiment de l’ordinaire ; il a déjà reçu le Grand Prix RTL/Lire 2019 et il est sélectionné pour d’autres prix. Il le mérite amplement car c’est un livre bouleversant, énorme, un coup de cœur de ce début d’année ! Du même genre (roman dans un abattoir) : Les liens du sang d’Errol Henrot (un premier roman également) paru en août 2017.

Je mets cette lecture dans Lire en thème puisque le thème de mars est : auteur français. Et il y a finalement un challenge Rentrée littéraire janvier 2019.

 

Le renard sans le corbeau de Pascale Petit et Gérard DuBois

Le renard sans le corbeau de Pascale Petit et Gérard DuBois.

Notari, collection L’oiseau sur le rhino, octobre 2018, 36 pages, 15 €, ISBN 978-2-940617-27-2.

Genres : recueil de fables.

Pascale Petit naît en 1969 en France, elle vit dans les Yvelines, elle est poétesse et autrice pour la jeunesse.

Gérard DuBois naît le 13 janvier 1968 en France et il étudie les arts graphiques à l’École Estienne à Paris. Il est peintre et illustrateur. Il vit à Montréal au Québec. Plus d’infos sur son site officiel.

Je remercie les éditions Notari pour ce bel album illustré 🙂

Le corbeau échaudé par la fable du fromage avec le renard s’est fait la malle et le renard rencontre d’autres animaux. Le renard, qui rappelons-le est un beau parleur, a beau se montrer diplomate, ça se retourne toujours contre lui ! Une vache pimbêche. Un éléphant perché sur la branche à la place du corbeau. « Écoutez, dit le renard calmement : c’est un truc de ouf, vous êtes trop chelou, zarbi et disons-le : carrément relou ! » (p. 9-10). Une vieille tortue acariâtre. Une fourmi et une cigale qui ont changé le monde. « Je crois, se dit-il, que j’ai déconné. (p. 17). Un opossum perché. Un kakurlacko… Comment ça, vous ne savez pas ce qu’est un kakurlacko ? Mais lisez vite cet album ! Vous rencontrerez aussi des dodos pas si disparus que ça et un zhozhomme.

Depuis Jean de La Fontaine (1621-1695), la vie a évolué et donc les fables et les contes ont changé, pour le plus grand bonheur des lecteurs (petits et grands) mais au grand désespoir du renard. Je suis sûre que La Fontaine, homme brillant et facétieux, aurait apprécié ces nouvelles fables. Les illustrations sont à l’ancienne mais en lisant les extraits ci-dessus, vous avez dû remarquer que le langage est bien actuel, ce qui rend les rencontres de renard vraiment amusantes.

Mais finalement le renard s’ennuie sans le corbeau… (les classiques, c’est bien quand même !).

Une belle lecture pour les challenges Contes et Légendes 2019Jeunesse Young Adult #8 et Littérature de l’imaginaire #7.

Le premier amour de Grand Corbeau de Muriel Bloch

Le premier amour de Grand Corbeau de Muriel Bloch.

Didier Jeunesse, collection Il était une (mini) fois, janvier 2014, 32 pages, 3 €, ISBN 978-2-27807-076-3.

Genres : littérature jeunesse, conte.

Muriel Bloch naît en 1954. Elle passe un DEA de Lettres modernes sur Le flou au cinéma, incertitudes narratives et perceptives dans le cinéma expérimental des années 20 aux années 60. Elle travaille avec les enfants dans le monde de la culture et de l’art. Plus de quarante livres au compteur, la plupart des contes. Plus d’infos sur son site officiel.

Cette histoire est un conte inuit du Groenland d’après Raven and the Whale (2001) de Laura Simms.

Les Inuits pensent que Grand Corbeau, tantôt oiseau, tantôt homme, a créé le monde. Un matin, alors qu’il se promène en barque sur la mer Blanche, il voit une baleine à l’intérieur de laquelle il pénètre. C’est là qu’il rencontre une jeune danseuse et qu’il en tombe amoureux. « Sois le bienvenu. Je t’aurais volontiers suivi mais je ne peux pas m’en aller, je suis l’âme et le cœur de cette baleine. Par contre, toi, tu peux t’asseoir ici et me tenir compagnie, j’en serais ravie. » (p. 14-15). Mais Grand Corbeau va-t-il se contenter de cet amour platonique ?

Un conte dramatique et triste pour comprendre que la vie ne tient qu’à un fil (ou deux !) et qu’il est bon de respecter l’autre pour son bonheur et pour le nôtre sinon le pire peut arriver.

Une lecture émouvante pour les challenges  Contes et Légendes 2019Jeunesse Young Adult #8 et Littérature de l’imaginaire #7.

Le journal de Gurty : Parée pour l’hiver de Bertrand Santini

Le journal de Gurty : Parée pour l’hiver de Bertrand Santini.

Sarbacane, collection Pépix, novembre 2016, 176 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-84865-873-5.

Genre : littérature jeunesse.

Bertrand Santini naît à Aix en Provence et travaille d’abord comme graphiste (affiches de cinéma) puis comme scénariste (séries animées) avant de devenir auteur : plusieurs albums illustrés pour la jeunesse et des romans, Le Yark (2011), Jonas le requin mécanique (2014) et Hugo de la nuit (2016) qui ont reçu des prix littéraires.

Après avoir lu – et énormément apprécié – le premier tome de Miss Pook et les enfants de la lune, j’ai voulu lire d’autres romans de Bertrand Santini. Je me suis donc lancée dans la série Le journal de Gurty et j’ai vraiment bien ri avec le premier tome, Vacances en Provence. J’ai enfin lu le deuxième tome, Parée pour l’hiver et je lirai dès que possible les tomes suivants, Marrons à gogo (2017) et Printemps de chien (2018).

C’est l’hiver et la narratrice, Gurty, une petite chienne, est heureuse ! C’est que Gurty, comme tous les chiens, aime être heureuse ! Elle « adore être en vie, comme ça on peut se balader, faire des bises et manger des plats. Dans la vie, le plus génial, ce sont les vacances, car on peut tout le temps se balader, faire des bises et manger des plats. » (p. 7). Ça tombe bien, son humain, Gaspard est en vacances. C’est parti, Paris – Aix en Provence en train (comme pour les vacances d’été) ! Le lecteur suit donc Gurty et Gaspard entre le 4 et le 25 décembre. Gurty retrouve la maison de Provence qui sent bon, la maison de Pépé Narbier avec sa chienne, Fleur, et aussi « le pire chat du monde, Tête de Fesses, mon ennemi préféré » (p. 39) et le vilain écureuil qui fait hi hi.

J’ai bien ri avec les noms de clubs des chats (p. 77) et j’ai aussi beaucoup ri avec les œufs (p. 79) et l’omelette (p. 102-103).

Bref, on s’amuse encore beaucoup dans ce deuxième tome et tout serait parfait si ce n’est les horribles fiancées de Gaspard… Enfin surtout une, une certaine Myrtille… Gurty est alors « rayée de la carte, zappée, biffée, niée, jetée aux oubliettes, dans le trou des toilettes, remisée au placard, tirez la chasse, merci et bonsoir. » (p. 111). Vous l’aurez compris, Gurty est une chienne très intelligente qui, en plus d’écrire son journal chaque jour, a de l’humour, aime les listes et connaît pas mal de vocabulaire !

Vous avez envie d’être heureux, comme Gurty et Fleur, ce qui inclut de manger, jouer, courir, une vie de chien, quoi ! Alors lisez le Journal de Gurty ! Vous passerez un super moment. Et, en fin de volume, il y a un cahier de jeux de 14 pages !

Une lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #8 et Littérature de l’imaginaire 2018.