Jefferson de Jean-Claude Mourlevat

Jefferson de Jean-Claude Mourlevat.

Gallimard Jeunesse, mars 2018, 272 pages, 13,50 €, ISBN 978-2-07509-025-4.

Genres : littérature française, jeunesse, roman policier et fantastique.

Jean-Claude Mourlevat naît le 22 mars 1952 à Ambert dans le Puy de Dôme (Auvergne). Il étudie l’allemand et enseigne cette langue au collège. Il se lance ensuite dans le théâtre (clown, magie, mise en scène) puis se consacre à l’écriture dès 1997. Il est auteur de littérature jeunesse et a reçu plusieurs prix (Ado-Lisant, Incorruptibles, Sorcières, Utopiales…). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.jcmourlevat.com/.

Dans un monde parallèle à celui des humains, les animaux « marchent debout, parlent, peuvent emprunter des livres à la bibliothèque, être amoureux, envoyer des textos et aller chez le coiffeur. » (p. 9). Jefferson Bouchard de la Poterie (le héros de ce roman, un jeune hérisson de 72 cm) fait tout ça et c’est justement chez le coiffeur qu’il se rend de bon matin. Mais, sur la route, il manque se faire écraser par des chauffards (deux humains patibulaires). Quand il arrive au salon Défini-Tif, tout crotté, il découvre monsieur Edgar… mort ! « Il fit ce qu’il n’aurait jamais dû faire : il s’agenouilla près du corps, […], prit les ciseaux dans sa main droite et les arracha de la blessure en s’étonnant de la résistance opposée. » (p. 23). C’est à ce moment-là que la cliente endormie, une vieille chèvre, épouse du juge, se réveille et hurle en accusant Jefferson. « Il était le coupable désigné, évident, indiscutable, et sa fuite l’accusait. » (p. 29). Heureusement Jefferson peut compter sur son ami d’enfance (son meilleur ami), Gilbert, un cochon gourmand et déjanté. « […] j’ai bien réfléchi et mon idée, la voilà : la seule et unique façon de t’innocenter, c’est d’arrêter nous-mêmes l’assassin et de le livrer clé en main aux gendarmes. » (p. 48). Leur enquête les mène au pays des humains, à Villebourg, où ils se rendent grâce à un voyage organisé par les cars Ballardeau.

Ma phrase préférée (à propos de la consommation d’animaux chez les humains) : « C’est comme pour l’esclavage ou la torture, lança Mme Schmitt, on a pensé pendant des siècles que c’était normal… » (p. 183).

Jefferson est un roman jeunesse bien plus profond qu’une simple histoire d’animaux, le lecteur y côtoie l’amitié, la confiance, plusieurs notions comme la présomption d’innocence (ici bafouée à cause des affabulations d’une vieille bique, c’est le cas de le dire !) et des choses importantes comme l’honnêteté, le combat important pour la liberté et la fin des ignominies (l’abattage infâme des animaux d’élevage). Les voyageurs qui accompagnent Jefferson et Gilbert vont former une équipe exceptionnelle ! Le roman est de plus joliment illustré par Antoine Ronzon. Un roman (qui a reçu plusieurs prix en 2019) pour les petits et les grands !

Je le mets dans les challenges Jeunesse Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Prénom : ici Jefferson est un prénom) et Polar et thriller 2019-2020.

L’appel des loups, 2 – Le clan des Sangrenuit de Pascal Brissy et Sébastien Pelon

L’appel des loups, 2Le clan des Sangrenuit de Pascal Brissy et Sébastien Pelon.

Auzou, collection Pas à pas, janvier 2019, 64 pages, 5,95 €, ISBN 978-2-73386-274-2.

Genres : littérature française, roman jeunesse.

Pascal Brissy, né en 1969 à Lille, est un auteur jeunesse (Auzou, Hatier, Milan…). Ce premier tome de L’appel des loups est sélectionné pour le prix des Embouquineurs 2019/2020. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.pascalbrissy.com/.

Sébastien Pelon, né à Paris et diplômé de l’École supérieure des Arts appliqués Duperré, est illustrateur jeunesse pour plusieurs éditeurs. En 2018, il publie le premier album pour lequel il est auteur et illustrateur, Mes petites roues (Père Castor Flammarion). Plus d’infos sur son site officiel, https://www.sebastienpelon.com/.

Les deux loups, amis, Traqueur et Demi-Queue, accompagnent cinq louveteaux en forêt pour leur initiation. Cendre se joint à eux. « Qui peut me dire pourquoi nous n’allons pas plus loin ? – Là-bas, me répond l’un d’eux en désignant un rang de bouleaux blancs, ce n’est plus chez nous ! – On n’a pas le droit d’y aller ! ajoute un autre, c’est le terrain des Sangrenuit ! » (p. 10-11). C’est que chaque clan de loups a son propre territoire de vie et de chasse. Mais Lune et Ébène, deux louveteaux punis, se sont enfuis !

Comme dans le premier tome, le danger peut provenir des autres animaux (loups, ours…) mais aussi du ciel comme cet immense aigle royal au cri perçant ! En lisant ce roman, les jeunes lecteurs comprennent que toute bêtise, toute incartade peut être danger et mettre en danger tout le groupe !

J’ai bien aimé Vive-Griffe, la fille de Croc-Rouge (oui, le pluriel du tome 1 s’est transformé en singulier ici).

Tome précédent : L’ombre du grizzly. Tome suivant : Le piège de feu.

Une belle lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #9 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour Loup).

L’appel des loups, 1 – L’ombre du grizzly de Pascal Brissy et Sébastien Pelon

L’appel des loups, 1 – L’ombre du grizzly de Pascal Brissy et Sébastien Pelon.

Auzou, collection Pas à pas, septembre 2018, 64 pages, 5,95 €, ISBN 978-2-73386-245-2.

Genres : littérature française, roman jeunesse.

Pascal Brissy, né en 1969 à Lille, est un auteur jeunesse (Auzou, Hatier, Milan…). Ce premier tome de L’appel des loups est sélectionné pour le prix des Embouquineurs 2019/2020. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.pascalbrissy.com/.

Sébastien Pelon, né à Paris et diplômé de l’École supérieure des Arts appliqués Duperré, est illustrateur jeunesse pour plusieurs éditeurs. En 2018, il publie le premier album pour lequel il est auteur et illustrateur, Mes petites roues (Père Castor Flammarion). Plus d’infos sur son site officiel, https://www.sebastienpelon.com/.

Une nuit, dans le clan des Hurlevents. Grisepatte, le chef, annonce que Demi-Queue a disparu pendant la chasse. Cendre, sa sœur jumelle, et Traqueur, son meilleur ami (et le narrateur), partent à sa recherche mais ils vont devoir aller plus loin que le territoire de la meute, ce qui est interdit. « Les ours et les loups ne sont pas les meilleurs amis de la forêt. » (p. 15). Mais le danger ne vient pas que des ours : le territoire est celui des loups Sangrenuit, la meute de Crocs-Rouges, et celui de Fantôme, un grand loup blanc, solitaire et cruel.

Pour les animaux, le danger est partout : les écureuils et les lapins sont des proies pour les loups mais il est dangereux de se confronter aux autres loups et aux ours… Cependant tous les membres de la meute sont importants et l’amitié est plus forte que tout !

Tomes suivants : Le clan des Sangrenuit et Le piège de feu (l’auteur dit que le tome 4 est en préparation).

Une chouette lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #9 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour Grizzly).

Le château des animaux, 1 – Miss Bengalore de Delep et Dorison

Le château des animaux, 1 – Miss Bengalore de Delep et Dorison.

Casterman, septembre 2019, 72 pages, 15,95 €, ISBN 978-2-20314-888-8. Il existe une édition de luxe, 80 pages, 39 €, ISBN 978-2-20319-889-0 [lien éditeur].

Genres : bande dessinée française, fantastique.

Xavier Dorison naît le 8 octobre 1972 à Paris. Diplômé d’une école de commerce, il est scénariste (bandes dessinées, cinéma) et enseigne le scénario à l’école Émile Cohl à Lyon.

Félix Delep naît en 1993. Il est diplômé de l’école Émile Cohl et Miss Bengalore est sa première œuvre : magistrale ! Il est dessinateur et coloriste.

Jessica Bodard est coloriste ; elle a fait un travail phénoménal sur cet album.

France, XXe siècle, entre les deux guerres. Dans un château transformé en ferme, les humains ont disparu. Les animaux, enfin libres, se sont réjouis. Mais… La République des Animaux est en fait devenue une dictature sous les ordres du Président Silvio, un immense taureau, et de ses sbires, les chiens de la milice et le coq poteau de justice. Ainsi, la poule Adélaïde, qui a voulu conserver un de ses œufs au lieu de le transmettre, selon la loi, au Grenier central, est condamnée… « Mais… C’était le mien… » (p. 8) dit-elle avant de mourir sous les crocs des chiens… Une chatte, Miss Bengalore, veut se souvenir de ce jour « Comme du dernier jour où nous n’avons rien fait. » (p. 9). Mais Miss B élève seule ses deux chatons depuis que son mari est mort sur un échafaudage, et pire : elle a dû prendre sa place pour un travail qu’il lui est vraiment difficile… Mais l’oie Marguerite, la nounou de ses chatons, se rebelle : « Pourquoi on crèverait de faim quand vous, votre président et toute sa clique, vous vous gavez en permanence !!! » (p. 20) et c’est le carnage… Puis le président Silvio se montre dans toute sa splendeur : « Vous voyez bien par vous-mêmes, la Nature a choisi elle-même qui devait vous défendre ! Elle a rendu les chiens et les taureaux plus forts que les autres pour une seule raison : diriger. » (p. 31). Un soir, un rat saltimbanque, Azélar-Vieux-Gris, arrive à la ferme et raconte une histoire : l’histoire d’un petit homme qui ressemble à Gandhi. « Le roi est un tyran, il doit partir. » (p. 41). Le vieux rat préconise la vérité à la place de l’injustice et de son acceptation !

Dès que j’ai vu la vidéo (ci-dessous), j’ai su que Le château des animaux s’inspirait de La ferme des animaux de George Orwell (ce qui est revendiqué par l’auteur et l’éditeur). Et c’est une grande réussite que ce premier tome, les dessins sont superbes, les animaux très réussis, même les méchants, l’histoire est dense, elle fait réfléchir ; j’ai hâte de lire les trois tomes suivants : Les marguerites de l’hiver, La nuit des justes, Le sang du roi et j’espère qu’ils ne mettront pas trop longtemps à paraître.

Cette bande dessinée exceptionnelle, dans la sélection du Festival d’Angoulême 2020, est parfaite pour La BD de la semaine et le challenge BD 2019-2020, ainsi que pour le challenge Littérature de l’imaginaire #7.

La saga d’Atlas et Axis, intégrale de Pau

La saga d’Atlas et Axis, intégrale de Pau.

Ankama, collection Étincelle, novembre 2017, 272 pages, 19,90 €, ISBN 979-1-03350-478-8. Cette série est traduite (et adaptée) de l’espagnol par Pau, Domhnall Campbell et Élise Storme.

Genres : bande dessinée espagnole, fantastique.

Pau, de son vrai nom Rodríguez Jiménez-Bravo, naît le 1er janvier 1972 à Palma de Majorque en Espagne. Plus d’infos sur son ancien blog, http://escapulanews.blogspot.com/ (en espagnol) et sur son nouveau site, https://www.escapula.com/ (octobre 2019, toujours en espagnol). Pour ceux qui ne parlent pas espagnol (comme moi !), une interview de Pau sur ActuaBD.

Le village de Kanina a été attaqué alors que les habitants préparaient la fête des chiots. Atlas et Axis étaient en forêt. Canuto, mourant, leur apprend que « Un bateau est arrivé, ils nous ont attaqué par surprise… […] Vers le nord. Ils étaient tout blancs et fort poilus. Il y avait des chiens, des loups… […] Le bateau était noir et la voile rouge… Argh ! Leurs capes… retenues par des fibules comme celle-ci… » (p. 12) avant de rendre l’âme. Erika et Raposa ne sont pas parmi les cadavres : « Ils les ont sûrement emportés. » (p. 13). Erika est la sœur d’Atlas et Axis est amoureux d’elle. Les deux chiens sont inexpérimentés mais ils se mettent vaillamment en route ! Séparé d’Axis, Atlas continue seul et rencontre Mika, une chienne dont le village a aussi été massacré par les Vikiens. Puis, après avoir retrouvé par hasard Axis, ils repartent ensemble et rencontrent Miel, une charmante ourse qui tient un bar et qui les aide à aller au nord. Plus tard, Atlas entend parler de Khimera et il réagit que c’est la légende sur laquelle Canuto menait des recherches : la légende de l’os Khimera et de la gamelle d’abondance. « On dit que celui qui la trouvera n’aura plus à se soucier de chercher de la nourriture. » (p. 80). Atlas et Axis repartent à l’aventure avec un riche savant qui veut ramener un Tarse du Sabakistan. Avec leur nouvel ami, Tuman, un chien de traîneau, ils apprennent que « Il ne faut pas abuser des animaux. » (p. 109). Lui et sa meute sont les descendants de Chienghis Khan !

Dans le monde de Pangea, il n’y a que des animaux et les personnages principaux de cette histoire sont des chiens mais le lecteur rencontre brebis, chèvres, ourse, gloutons, loups, un vieux chat sage… Et même un survivant mammouth laineux et un féroce dinosaure ! Il y a de belles couleurs et une belle ambiance, avec des rencontres et des amitiés (j’aime bien Miel, la vieille ourse).

En fin de volume, un cahier spécial avec des images et des planches exclusives car Pau a commencé ses ébauches en 1995, a arrêté son projet devant le manque d’enthousiasme des éditeurs, a travaillé comme animateur dans un hôtel à Minorque (île espagnole dans les Baléares) puis a repris son idée de projet avec les chiens pendant des années jusqu’à ce qu’il trouve un éditeur, Ankama. Cette intégrale réunit 4 tomes : tome 1, 84 pages, novembre 2011, tome 2, 84 pages, février 2013, tome 3, 64 pages, novembre 2015 et tome 4, 64 pages, septembre 2016, soit un travail colossal durant des années ! Ci-dessous, les 4 visuels pour que vous ayez une idée des personnages, des aventures et de l’ambiance.

Cette bande dessinée qui mêle légendes et histoire (destruction de la Pangea en plusieurs continents qui se séparent et apparition des humains) est une belle réussite, idéale pour les jeunes lecteurs, je veux dire les ados. Mon personnage préféré est Tundra, le mammouth laineux (qui, comme ses ancêtres disparus, a bien du mal à supporté la chaleur). Il y a des pointes d’humour (humour cabot !) et l’auteur raconte avec subtilité pourquoi la haine, la guerre et la souffrance des animaux, c’est mal.

Pour La BD de la semaine et les challenges BD 2019-2020, Contes et légendes 2019 (pour la catégorie Épiques aventures), Jeunesse Young Adult #9 et Littérature de l’imaginaire #7.

Plus de BD de la semaine chez … (lien à venir).

West de Carys Davies

West de Carys Davies.

Seuil, janvier 2019, 190 pages, 19 €, ISBN 978-2-02-138142-9. West (2018) est traduit de l’anglais par David Fauquemberg.

Genres : littérature anglaise, aventure, premier roman.

Carys Davies naît au Pays de Galles et grandit dans les Midlands (centre de l’Angleterre). Elle passe dix ans aux States et vit maintenant à Édimbourg. Elle publie deux recueils de nouvelles avant West qui est son premier roman.

« Regarde bien la silhouette de ton père qui s’en va, Bess, regarde-la tant que tu peux, lança sa tante Julie depuis le porche, d’une voix forte, comme une proclamation. Regarde-le bien, Bess, cette personne, mon imbécile de frère John Cyrus Bellman, car jamais tes yeux ne se poseront sur un plus grand idiot que celui-là. À partir d’aujourd’hui, je le compte parmi les fous et les égarés. Ne t’attends pas à le revoir, et n’agite pas la main, ça ne ferait que l’encourager et lui donner à croire qu’il mérite ta bénédiction. Rentre dans la maison, ma fille, ferme la porte et oublie-le. » (p. 10-11).

XIXe siècle. Pennsylvanie. John Cyrus Bellman, veuf inconsolable (sa bien-aimée, Elsie, est morte depuis 8 ans), a 35 ans et le travail à la ferme n’arrive pas complètement à occuper son esprit (il élève des chevaux et des ânes et les fait s’accoupler pour vendre les mules et les bardots, pratiquement tous stériles mais plus costauds pour le travail). Après avoir lu un article dans le journal sur des os d’animaux gigantesques découverts dans l’Ouest, dans le Kentucky, il n’a qu’une idée en tête : aller dans l’Ouest, le plus loin possible s’il le faut et voir ces animaux ! Il laisse donc sa fille unique, Bess, 10 ans, avec sa tante Julie, une vieille fille religieuse et revêche… Bien sûr, avant de partir, Bellman a consulté d’anciennes cartes à la bibliothèque payante de Lewistown (Pennsylvanie) « mais toutes les deux sont pleines de blancs, d’espaces vides et de points d’interrogation. » (p. 16-17).

Bien sûr il y a une espèce de naïveté chez Bellman mais c’est un aventurier dans l’âme, inexpérimenté soit, mais il a tout prévu, tout préparé pendant des semaines, peut-être même des mois. « Julie pinça les lèvres, […] et dit qu’elle ne comprenait pas ce qui pouvait pousser qui que ce soit à parcourir cinq mille kilomètres en tournant le dos à sa propre maison, son église et sa fille qui n’avait déjà plus de mère. […] Bellman soupira. Il y avait dans son attitude comme une impuissance. Il faut que j’y aille. Il faut que j’aille voir. C’est tout ce que je peux te dire. Il le faut. Je ne sais pas quoi dire d’autre. » (p. 21).

Et Bellman est parti ! « Il était plein d’espoir et d’entrain […] » (p. 31), avançant sur son cheval avec son matériel, troquant avec les Indiens (il n’en avait jamais vu dans l’Est), mangeant à sa faim (il chasse et pêche selon ses besoins), écrivant à sa fille, mais aucune trace d’animaux gigantesques au bout de 2 000 km… et surtout l’hiver arrive (non, ce n’est pas une blague !). Lorsque Bellman rencontre Devereux, un négociant en fourrures, celui-ci lui conseille d’engager un jeune shawnee de 17 ans, Vielle Femme de Loin (il a reçu ce nom car il a un physique très disgracieux). Vielle Femme de Loin est impressionné par Bellman, grand gaillard aux cheveux rouges (roux) et accepte de lui servir de guide pour la deuxième partie du voyage.

Au cours de son périple, Bellman découvre des plantes et des animaux inconnus de lui, qu’il dessine. « Ces créatures inconnues et bizarres le confortaient dans sa foi, et il pressait le pas. » (p. 79). Mais toujours aucune trace de ce qu’il cherche… « Il commençait à se dire qu’il avait peut-être brisé sa vie en se lançant dans ce périple, qu’il aurait dû rester chez lui avec le petit et le familier, plutôt que de s’aventurer ici dans le grand et l’inconnu. » (p. 128). Vieille Femme de Loin ne dit rien (de toute façon, il ne parle pas la langue de Bellman) mais « C’était la vérité […] : non il n’avait jamais rien vu de semblable aux créatures que l’homme [Bellman] avait esquissées sur le sol. Mais il en avait entendu parler. D’aussi loin qu’il s’en souvenait, il avait toujours entendu des histoires de gigantesques créatures mangeuses d’hommes […]. » (p. 167). Alors, cette aventure ne serait pas pure folie ? Ces créatures existent ? Bellman va-t-il les voir ?

Affligeant : un jour Bess demande à sa tante Julie de l’emmener à la bibliothèque à Lewistown mais la réponse est cinglante… « Parce que tu crois peut-être, mon enfant, interrogea la sœur de Bellman, que j’ai le temps d’aller m’asseoir dans une bibliothèque ? » (p. 36)… Les mentalités ont changé, heureusement !

West, un premier roman…, mais quelle lecture ; gros coup de cœur ! Maîtrise, traduction sûrement parfaite, sobriété dans le choix des mots, mais puissance du récit, de l’aventure (ambiance western), relations entre les gens (ils parlent peu mais la narration est magnifique). West, c’est le roman d’un rêve, d’une volonté, d’une folie, mais il en faut des aventuriers comme Bellman, des défricheurs, des découvreurs, des originaux. Les chapitres s’alternant, le lecteur suit aussi Bess : la fillette grandit, supporte tant bien que mal sa tante, s’occupe surtout des animaux qu’elle aime vraiment, pense au voyage que fait son père, attend avec impatience les lettres qu’il lui a promises ; ces passages sont à la fois beaux et tristes. J’ai frémi, rêvé et réellement voyagé avec ce très beau roman que je vous conseille ab-so-lu-ment !

Un roman de la Rentrée littéraire janvier 2019 (oui, je sais, la nouvelle rentrée littéraire a commencé mais…) que je mets dans les challenges Voisins Voisines 2019 (Pays de Galles) et aussi Contes et Légendes (pour les légendes sur ces animaux gigantesques aux États-Unis et d’autres légendes amérindiennes qu’on entrevoit dans ce roman). Et bien sûr dans le Mois américain 2019.

 

Ivoire de Niels Labuzan

Ivoire de Niels Labuzan.

JC Lattès, janvier 2019, 350 pages (et pas 250 comme c’est écrit un peu partout, y compris sur le site de l’éditeur !), 18 €, ISBN 978-2-7096-6149-2.

Genre : littérature française.

Niels Labuzan naît en 1984 et vit à Paris. D’après ce que j’ai lu, il se rend au Botswana en 2017 pour observer les animaux et rencontrer ceux qui les protègent. Du même auteur : Cartographie de l’oubli (son premier roman paru en 2016).

Botswana, Afrique australe. Des braconniers dans la Garamba, ils tuent pour l’ivoire. « La matriarche tombe. […] Le reste du troupeau se disperse. Les plus jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes, leur mémoire aura des trous qui ne seront jamais remplis. » (p. 10). Putain, mais qu’on leur coupe les couilles à ces pourris pour qu’ils ne se reproduisent pas ! Et puis la tête aussi puisque c’est ce qu’ils font aux éléphants pour leur dérober leurs défenses ! Ah, mais c’est vrai que ces barbares, eux, n’ont rien de précieux, ils ne pensent pas, ne réfléchissent pas, seul l’appât du gain immédiat les intéresse, quelques dollars… Saloperies d’humains de merde ! Euh, suis-je toujours une personne non-violente ? 😛 « Les braconniers s’aventuraient de plus en plus loin et ce n’était pas bon signe. Pour ces hommes, Erin n’avait aucune pitié. Elle était d’accord avec la règle qui s’appliquait ici : tirer pour tuer. » (p. 14). Ah, je vois que des mesures sont prises !

Le lecteur va suivre Erin, une Anglaise qui s’occupe de ce parc au Botswana depuis cinq ans ; son plus proche collaborateur, Bojosi, un ancien pisteur devenu ranger, et son épouse Lebani ; Seretse, un enfant du pays qui a pu étudier, s’élever jusqu’au Ministère de l’Environnement et qui est motivé ; et à distance Simon, un scientifique qu’Erin a connu lors de ses études d’éthologie à Paris.

Les éléphants sont des animaux magnifiques, majestueux, qu’il faut protéger. « Au Botswana, du delta de l’Okavango à la rivière Chobe […]. Personne ne l’expliquait vraiment, mais ces animaux arrivaient à communiquer entre eux sur de très longues distances, s’échangeant l’information que sur cette terre ils pourraient vivre en paix. Sur tout le continent, on voyait d’ailleurs des troupeaux se mettre en mouvement pour tenter de la rejoindre. » (p. 33). N’est-ce pas merveilleux ? Que feront les humains lorsque ces animaux auront totalement disparu ? Lorsqu’il n’y aura plus d’animaux sauvages ? (et ça peut arriver plus vite qu’on ne le pense…). C’est une des réflexions du puissant roman de Niels Labuzan.

« Tant que l’homme pense que ses faiblesses peuvent être compensées par de la bile, du foie, des pattes, des griffes, qu’il lui suffit de consommer ou d’accumuler des parties animales pour guérir ou pour exister, tant que les pays consommateurs de cornes, d’ivoire, d’écailles et autres produits issus de la faune sauvage ne décident pas d’interdire ces pratiques et de les condamner, le braconnage prospérera toujours. » (p. 72). Que c’est lamentable, ces croyances stupides et inutiles… !

Ivoire parle plus particulièrement des éléphants et du trafic d’ivoire mais il est aussi question des rhinocéros et de leur corne qui contient de la kératine. Je n’ai jamais eu d’objets ni en ivoire ni en corne (et je n’en ai jamais vu dans ma famille, enfant et adolescente) et ça me réconforte, je ne participe pas à ce trafic immonde, interdit depuis 1989 par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) : l’auteur explique bien ça dans un chapitre pages 72 à 78, eh oui, ce roman est un peu documentaire aussi et je pense que c’est nécessaire.

Ivoire parle aussi un peu des chasses privées (par exemple avec des lions) et malheureusement, « Plus la mort est tragique, plus l’animal se débat, lutte, saigne, refuse de mourir, plus les pourboires sont importants. » (p. 194). Quelle ignominie, c’est révoltant et ce n’est à nouveau pas glorieux pour les humains, enfin je veux dire les barbares qui ont du fric et portent des armes à feu !

Vous l’avez compris, ce roman, aussi magnifique et majestueux que les éléphants dont il parle, raconte l’horreur pour moi mais, au-delà de mon avis personnel, le style de l’auteur est génial, fondu (je n’avais pas envie de dire fluide), magique quand il décrit les animaux et leurs lieux de vie. Protégeons ces animaux ! Protégeons leurs lieux de vie ! Arrêtons les braconniers, les contrebandiers, les revendeurs (la majorité d’entre eux sont en Asie et plutôt en Chine) ! La vie de ces animaux est plus importante (primordiale !) que l’argent (des bouts de papier !) ou que des superstitions débiles ! Je dirais même plus que la vie de ces animaux est plus importante que les humains car que feront les humains lorsqu’il n’y aura plus ni flore ni faune ni eau potable ni air respirable ?

Pour conclure, encore un dernier extrait : « Bien sûr, il y en a qui ne voudront pas entendre leur histoire. Ils diront que ce n’est pas important, que ça ne les concerne pas, que c’est loin et qu’ils ont autre chose en tête. C’est sans doute vrai. Il ne s’agit plus simplement des animaux, il s’agit de la fin, du constat que certains ne peuvent arriver qu’à une seule conclusion, la destruction systématique et irréversible ce ce qui nous entoure. » (p. 318).

Monsieur Labuzan, merci pour ce roman magistral, il ressemble à un très bon roman d’aventures (voire un thriller) et il est riche tant au niveau littéraire que documentaire, avec une remarquable sensibilité et une écriture d’une très belle qualité ; j’ai été en colère (pas contre vous), j’ai pleuré, mais j’ai aussi été charmée et envahie de toutes sortes d’images et d’émotions, je me suis sentie pourtant triste et impuissante alors j’espère que cette humble note de lecture attirera pas mal de lecteurs vers votre roman et vers la condition des éléphants (et des autres animaux pourchassés) pour une réelle prise de conscience et pourquoi pas des vocations comme celle d’Erin (même si elle en paie le prix…). Mais reste-t-il une lueur d’espoir ?

J’ai maintenant très envie de lire le premier roman de Niels Labuzan, Cartographie de l’oubli, que j’ai – il attend sur une étagère – donc c’est parfait !

Je voulais signaler que le groupe 68 premières fois (je n’ai plus participé l’année dernière et cette année, je manquais de temps et je voulais lire d’autres livres que des premiers romans, mais je continue de suivre de loin en loin) a rajouté quelques 2e romans dans sa sélection (depuis septembre 2018) et qu’il y a Ivoire dans la sélection du 1er trimestre 2019 (lien ci-dessus).

Une lecture coup de poing coup de cœur de la Rentrée littéraire janvier 2019 que je mets dans À la découverte de l’Afrique (un challenge ancien que j’honore de temps en temps).