La girafe de Thomas Gunzig

La girafe de Thomas Gunzig.

In Le plus petit zoo du monde, Au Diable Vauvert, mars 2003, 196 pages, 17 €, 978-2-84626-048-0. En poche : Gallimard Folio, n° 4239, juin 2005, 192 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-07031-096-8.

Genres : littérature belge, nouvelle.

Thomas Gunzig naît le 7 septembre 1970 à Bruxelles (Belgique). Libraire (librairie Tropismes à Bruxelles), professeur de littérature, chroniqueur radio et auteur (romans, nouvelles, poésie, théâtre, scénario, littérature jeunesse).

Cathy et Bob se disputent, comme d’habitude « remarque puis discussion puis dispute puis insultes puis départ de Bob puis retour de Bob puis tirage de tête plus ou moins long puis subtils mouvements d’approche puis réconciliation » (p. 15). Mais, cette fois, au retour de Bob, son épouse est… partie ! Et elle a eu bien raison parce que se faire traiter de « grosse conne »… Mais le lendemain matin, Bob découvre une girafe morte dans le jardin ! La police, « les pompiers, la Croix Bleue, le service « catastrophes naturelles » de la Protection civile » (p. 18), tout le monde s’en fiche et l’envoie bouler. Mais, c’est qu’elle pue la girafe morte et que les voisins se plaignent de l’odeur !

La girafe est une nouvelle de 14 pages, je dirais surréaliste et je pense que les autres nouvelles de ce recueil sont du même tonneau (enfin, ici, plutôt du même zoo). On est dans de l’humour (belge ?) noir, dans l’absurde, dans le grinçant. J’aimerais lire d’autres titres de Thomas Gunzig, un particulièrement à me conseiller ?

Vous voulez découvrir l’univers de Thomas Gunzig ? Des nouvelles sur la revue littéraire en ligne Bon à tirer sont disponibles librement : La petite championne (n° 1, février 2001), Turbo diesel (n° 2, mai 2001), La nuit transfigurée (n° 3, novembre 2001) et des poèmes : Top chrono et autres poèmes (n° 4, février 2002) que je lirai à l’occasion.

Pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021, ah et Animaux du monde #3 aussi.

Pourquoi les chiens ont la truffe humide de Kenneth Steven et Øyvind Torseter

Pourquoi les chiens ont la truffe humide de Kenneth Steven et Øyvind Torseter.

Cambourakis, janvier 2016, 32 pages, 16 €, ISBN 978-2-36624-034-4. Historia om korleis hunden fekk våt snute (2012) est traduit du norvégien par Aude Pasquier.

Genres : littérature norvégienne, album illustré.

Kenneth Steven naît en Norvège. Il est écrivain et poète. Il vit en Écosse. Du même auteur : À l’ouest du monde (Autrement, 2008).

Øyvind Torseter naît le 2 octobre 1972 à Oslo en Norvège. Il étudie l’illustration en Norvège puis en Angleterre. Il est écrivain pour la jeunesse, auteur de BD et illustrateur.

Alors qu’il pleut à verse sur Terre, Noé construit une très haute arche en bois pour accueillir les animaux. Il essaie d’embarquer le plus d’animaux possible. Le dernier à embarquer est le chien de Noé ; sa particularité est d’avoir une très grosse truffe noire toute douce. Mais, au bout de vingt jours, l’arche prend l’eau…

Voici l’histoire de l’arche de Noé revisitée pour comprendre pourquoi les chiens ont la truffe humide.

Une jolie histoire que je mets dans les challenges Animaux du monde #3, Contes et légendes #2, Jeunesse Young Adult #10 et bien sûr Décembre nordique.

La guérilla des animaux de Camille Brunel

La guérilla des animaux de Camille Brunel.

Alma, août 2018, 280 pages, 18 €, ISBN 978-2-36279-285-4.

Genres : littérature française, roman, science-fiction.

Camille Brunel naît en 1986 à Châlons sur Marne (devenue Châlons en Champagne). Il étudie la Littérature comparée à la Sorbonne (2006-2009) puis devient professeur de Lettres modernes en lycée (2009-2016). Il est critique cinéma, journaliste (il écrit pour Usbek & Rica) et écrivain. Il milite pour la cause animale. La guérilla des animaux – que j’ai très envie de lire depuis sa parution – est son premier roman. J’avais lu une de ses nouvelles : Et si Laïka était revenue vivante de son voyage dans l’espace. Son nouveau roman est Les métamorphoses (Alma, août 2020) que j’ai très envie de lire aussi.

Isaac Obermann, un jeune Français, passe la nuit dans la jungle, dans le Parc national de Ranthambore, lorsque des braconniers tuent une tigresse enceinte. Isaac, caché dans un banian, hésite… « Cela dura quatre minutes, puis il perfora le thorax de la chasseuse en un premier coup de feu qui excita les chauves-souris. Le temps que le second chasseur comprenne ce qui venait de se passer, il était touché aussi ; que le troisième comprenne ce qui venait de se passer et saisisse son fusil, son corps s’effondrait sur celui du tigre ; que le plus jeune saisisse son fusil et repère Isaac, ce dernier le tenait en joue et lui ordonnait, en anglais, de s’immobiliser. » (p. 16-17).

De retour à Paris, Isaac développe ses idées sur la cause animale, il est convaincu que les animaux méritent de vivre sans être tués, mais personne ne le comprend (ou tout le monde s’en fiche) alors il part à Ucluelet sur l’île de Vancouver. Là, il rencontre les dauphins, les baleines et les orques. « La rencontre des baleines était un spectacle parfait : le plus beau possible. » (p. 33). Mais la catastrophe de Fukushima a envoyé des milliers de tonnes de déchets et de l’eau radioactive…

Et l’amer constat d’un capitaine de bateau de Sea Shepherd, « Ne répète à personne ce que je vais te dire, mais écoute-le bien : la vie sauvage n’est pas en train de s’éteindre, elle est éteinte. […] Cette vie sauvage constitue désormais l’exception. On ne se bat plus pour la restaurer – pour ça il faudrait des siècles, et des forces telles qu’elles ne sauraient dépendre de notre piètre désir de bipèdes – mais pour en retarder l’extinction. » (p. 39). Quelle tristesse.

Je comprends pourquoi comment Isaac est devenu un activiste ! « […] il ne restera plus que de l’humain. Pas forcément du petit, mais certainement du laid. Du triste. De l’expliqué, du fabriqué. Du plastique, du béton et les propriétés. » (p. 57). « On a trop longtemps considéré que les crimes contre l’humanité ne visaient que les humains, alors que les massacres de loups, de bovins, de baleines, constituent des crimes contre l’humanité aussi […]. » (p. 93). Lors d’une conférence à la Sorbonne, Isaac dit que puisque les humains mangent des animaux morts, ce sont des charognards. « Ce n’était plus très drôle. Le regard des étudiants était devenu aussi opaque que celui des statues de Socrate, Richelieu et Descartes qui ornaient les niches de l’amphithéâtre. » (p. 109). Il ne mâche pas ses mots lors d’une autre conférence à Brasilia : « L’époque dura longtemps où l’on craignait que l’humanité disparaisse. Pour être honnête, j’ai désormais peur que l’humanité ne disparaisse pas, et qu’elle se contente de continuer dans ces conditions-là. » (p. 120). Peut-être qu’il en faut des agitateurs dans son genre pour jeter des pavés dans la mare, pour déstabiliser les pensées, adulés par certains, décriés par d’autres, mais sans qui les idées n’avancent pas (comme les droits et l’égalité des animaux).

Après Brasilia, Isaac continue de voyager, avec Yumiko Ivanovitch, la prof qui l’avait invité. Vietnam, Chine, Kirghizistan, Hongrie, Sibérie, Afrique, ils vont partout où les animaux ont besoin d’être défendus, libérés, et n’hésitent pas à mettre le feu et à tuer des humains (collectionneurs, chasseurs, braconniers…). Ils vont mener la guérilla des animaux. « On libérait tout ce qui bougeait. On tuait les chasseurs, parfois la tête dans le piège à loups, gare aux éclaboussures. » (p. 175).

Le lecteur est emporté dans un maelstrom de violence mais pour la bonne cause selon Yumiko et Isaac, devenus des Bonnie & Clide de la cause animale mais c’est sûrement trop tard. « Il n’y a plus d’éléphants, Isaac. » (p. 195). Parfois la parole est donnée aux animaux, une baleine, un éléphant, et ces passages sont très émouvants.

Si l’histoire d’Isaac débute à notre époque, elle continue dans le futur (8 milliards d’habitants sur Terre puis 9 milliards, séisme qui détruit le barrage des Trois-Gorges en Chine, épidémie d’Ebola qui décime 8 millions de personnes depuis 2020, disparition de la banquise, guerre de l’eau entre autres). « […] dans une situation aussi sombre que la nôtre, il faut des extrémistes pour reprendre espoir. » (Timmy, la nouvelle génération, vers 2045, p. 257).

Un premier roman, énorme, militant, activiste même, qui secoue bien le cocotier (attention de ne pas vous prendre une noix de coco sur la tronche !), d’une logique implacable et d’une grande violence. En le lisant, j’ai parfois pensé à Les liens du sang d’Errol Henrot et à À la ligne de Joseph Ponthus (deux romans sur le monde des abattoirs et de l’industrie agro-alimentaire), et même à Cadavre exquis d’Agustina Bazterrica, et bien sûr à Ivoire de Niels Labuzan et à Éloquence de la sardine de Bill François.

Est-ce qu’un jour une « Déclaration Universelle des Droits de l’Animal » (p. 200) existera ? Est-ce que les abattoirs et les laboratoires utilisant des animaux seront fermés ? Est-ce que des Casques Bleus iront de part le monde empêcher que des animaux soient tués ? En tout cas, un jour il faudra peut-être choisir son camp…

Pour les challenges Animaux du monde #3, Challenge du confinement (case SF) et Littérature de l’imaginaire #8. Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 18.

Below Zero de C.J. Box

Below Zero de C.J. Box.

Calmann Lévy, janvier 2012, 360 pages, 25,10 €, ISBN 978-2-70214-274-5. Below Zero (2009) est traduit de l’américain par Aline Weill.

Genres : littérature états-unienne, roman policier, Nature writing.

C.J. Box – pour Charles James Box – naît le 9 novembre 1958 à Cheyenne (Wyoming, États-Unis) où il vit avec son épouse. Il étudie la communication à l’Université de Denver (Colorado) et exerce différents métiers avant de devenir journaliste puis écrivain : son garde-chasse, Joe Pickett, enquête dans 20 romans (entre 2001 et 2020) dont les 13 premiers sont à ce jour traduits en français (depuis 2003, d’abord au Seuil puis chez Calmann Lévy) mais c’est la première fois que je lis cet auteur. Il y a aussi quelques autres romans (au Seuil) et des recueils de nouvelles (non traduits en français). Plus d’infos sur son site officiel.

Marshall et Sylvia Hotle font du camping à Keystone dans le Dakota du sud. « On a troqué une vie de fermiers contre une existence dans ce Module. Et maintenant, on fait la tournée. » (p. 15). « C’est notre tournée à nous, expliqua Marshall. On va rendre visite à nos enfants dans six États différents : on part avant la neige, on se cale sur les grands marchés aux puces de Quartzsite, on va aux rassemblements de Fleetwood pour voir les tout derniers modèles et causer avec les autres propriétaires de Modules. On est un peu comme un club, les fidèles du Fleetwood. » (p. 16).

Une vie proche de la Nature me direz-vous. Pas du tout ! Leur Module est même très polluant : « Vingt-quatre à vingt-neuf litres au cent […]. » (p. 16). C’est ce qui leur coûtera la vie car Dave Stenson alias Stenko prône le Below Zero. Stenko voyage avec son fils, Robert, un écolo convaincu (voire extrémiste), et une ado de 14 ans qu’il a sauvée de la prostitution et considère comme sa fille. Cet ancien bandit de Chicago fait tout pour que l’environnement soit respecté.

Cinq jours plus tard, à Saddlestring, dans le Wyoming, les deux sœurs Pickett, Sheridan (17 ans) et Lucy (12 ans) font du cheval lorsque Jason Kiner leur apprend qu’une certaine April a appelé mais… C’est impossible, April était leur sœur (elle avait été recueillie par la famille Pickett) et a été tuée il y a six ans ; leur père était présent !

De son côté, le père en question, Joe Pickett, garde-chasse réputé, est à Baggs où il poursuit l’Archer fou, un cinglé qui tue et torture des animaux… « Les hommes qui n’ont aucun scrupule à tuer ou à martyriser les animaux pour le plaisir sont capables de tout. Ce type était comme ça ; Joe le sentait. » (p. 149).

Un passage que j’aime bien. « Alors, si tu es aussi intelligent avec tes ordinateurs, tes iPhones et toute ta technique, pourquoi ne règles-tu pas les problèmes dont tu te plains ? Tu n’as qu’une envie : rejeter la faute sur les autres – sur moi – et passer ton temps à râler. C’est ton tour maintenant, alors pourquoi ne les résous-du pas, tous ces problèmes ? » (p. 314, Stenko à Robert).

Mais c’est quoi le Below Zero ? C’est un terme utilisé par les écologistes pour calculer la compensation carbone afin que chacun ait un impact minimum sur l’environnement. Robert a en fait créé un logiciel qui calcule l’empreinte carbone de tout et de tout un chacun. Vous consommez trop, vous êtes tués, voici la vie de Stenko et Robert, qui traînent avec eux, à l’insu de son plein gré, une ado déboussolée qui… pourrait-elle être April ?

L’auteur nous emmène dans les Rocheuses et c’est magnifique, magique, mais parfois dangereux surtout quand il y a des tueurs dans le coin. Below Zero (paru en juin 2009 aux States) est le 9e tome des aventures et enquêtes de Joe Pickett mais c’est le premier que je lis. J’ai très envie de lire d’autres titres et tant pis pour la chronologie ! La Nature (et ses aléas, ses dangers), les animaux (parfois dangereux) et les personnages tiennent une grande place dans ce roman à l’intrigue sauvage, violente mais très agréable à lire et je pense que c’est aussi le cas dans les autres titres mettant en scène le garde-chasse Joe Pickett, son épouse Marybeth et leurs filles. J’ai aimé l’amitié entre Joe Pickett et Nate Romanowski, un marginal recherché par la police mais qui aime la Nature et les animaux (il vit avec un faucon). En tout cas, j’ai apprécié les thèmes abordés ici (l’écologie mais aussi la famille, l’amitié, le respect de la Nature et des animaux) et j’espère retrouver tout ce « petit » monde dans les autres romans (si vous en avez un en particulier à me conseiller ?).

Une excellente lecture pour Animaux du monde #3 (faucon et animaux des Rocheuses) et Polar et thriller 2020-2021.

Le secret de l’ivoire de Jacques Ortet et Arnold Berssenbrugge

Le secret de l’ivoire de Jacques Ortet et Arnold Berssenbrugge.

Bookelis (ou ici) en auto-édition, septembre 2020, 72 pages, 18 €, ISBN 979-10-359-2149-1.

Genre : bande dessinée franco-néerlandaise.

Jacques Ortet est le scénariste. Du même auteur : Les aventures de Jak et Bil au Kazakhstan – Le trésor de Gengis Khan (2018) : l’auteur a vécu 4 ans au Kazakhstan ; peut-être a-t-il vécu également au Gabon ? Je n’ai pas trouvé d’infos sur lui.

Arnold Berssenbrugge est un illustrateur, apparemment néerlandais. Plus d’infos sur son site, son Instagram, son Pinterest entre autres.

Jak et son oiseau Bil (un calao bicorne) sont dans l’avion pour le Gabon ; Jak vient faire un reportage photos. « […] le Gabon est un pays de l’or noir avec le pétrole et aussi de l’or vert avec l’industrie forestière » (p. 1). La faune et la flore sont très riches et il n’y a que deux millions d’habitants. Mais à la sortie de l’aéroport, Jak voit un homme se faire enlever puis à l’hôtel, c’est Bil qui est enlevé ! « J’aime bien le Gabon mais l’accueil est à revoir. » (Bil, p. 11).

C’est amusant : la façon dont la population utilise le mot « présentement » à tout bout de champ !

Quelle aventure ! Jak, Bil et Dinara (une amie retrouvée par hasard) vont mettre à jour un trafic international d’ivoire. « Résumons un peu, l’enlèvement de Bil, les bateaux avec les défenses d’éléphants, le message codé… » (p. 24).

Je ne suis pas fan des dessins, j’ai l’impression qu’ils sont faits à l’ordinateur, ils sont… trop lisses, je préfère les vrais dessins dessinés à l’ancienne, mais l’histoire vaut le coup parce que le lecteur découvre le Gabon (voir la carte du périple ci-dessous) et l’auteur en profite pour dénoncer les trafics animaliers. « En fait, ce sont les acheteurs d’ivoire eux-mêmes qui exterminent ces animaux… Si personne n’achetait d’ivoire, on ne tuerait pas ces créatures… » (p. 53).

Action et suspense sont au rendez-vous dans cette BD réalisée comme un thriller, un road movie même ; dépaysement aussi bien sûr ; et un trait d’humour et de jeux de mots, par exemple un scientifique s’appelle Justin Peuh Zinzin (p. 25).

Apparemment la prochaine aventure se déroulera en Écosse. « Alors, à bientôt en Écosse ? » (p. 59).

Les dernières pages donnent la carte du Gabon (quel périple !) et des « photos » souvenirs du voyage.

Pour À la découverte de l’AfriqueAnimaux du monde #3 (Bil, le calao bicorne, et les animaux du Gabon, hippopotames, crocodiles, antilopes, singes…), BD, Challenge du confinement (case BD), Jeunesse Young Adult #10 et Polar et thriller 2020-2021.

Le lièvre d’Amérique de Mireille Gagné

Le lièvre d’Amérique de Mireille Gagné.

La Peuplade, août 2020, 184 pages, 18 €, ISBN 978-2-924898-77-2.

Genres : littérature québécoise, roman.

Mireille Gagné naît le 12 novembre 1982 à L’Isle aux Grues (Québec, Canada). Elle étudie la communication à l’université de Sherbrooke (Québec). Elle est poétesse (5 recueils de poésie entre 2006 et 2020), nouvelliste (2 recueils de nouvelles, un en 2010 et en en 2018) et romancière : Le lièvre d’Amérique, en lice pour le Prix Inrockuptibles 2020 premier roman, le Prix Première Plume 2020 du Furet du Nord et le Prix Wepler 2020, est son premier roman. Plus d’infos sur son site officiel.

Le lièvre d’Amérique (Lepus americanus), herbivore, est un cousin du lapin qui « préfère fuir plutôt que de se cacher pour échapper aux prédateurs. » (p. 7). La légende du lièvre blanc est inspirée de la légende algonquienne Nanabozo.

Diane vient d’être opérer et doit rester allongée. « En fonction de leur bagage génétique, les humains ne réagissent pas tous de la même manière au traitement. Certains ont des symptômes plus intenses que d’autres, mais ceux-ci s’estompent au cours des mois à venir. » (p. 51).

Eugène, 16 ans, s’installe avec ses parents à la Pointe aux Pins ; leurs voisins : Diane, 15 ans, et ses parents. Diane fait découvrir à Eugène l’île et les oiseaux. « J’ai compris que tu étais ici pour rester. » (Diane, p. 18).

Diane est la déesse romaine de la chasse et du monde sauvage ; le père de Mireille Gagné était guide de chasse. Je pense qu’il y a un lien si l’héroïne s’appelle Diane et que le lièvre est présent tout au long du roman.

Le roman est composé de six parties avec à chaque fois quatre chapitres qui reviennent dans le même ordre. Un chapitre scientifique sur le lièvre d’Amérique (vie, comportement, reproduction) et c’est super intéressant. Un chapitre sur Diane adulte qui vient de subir une opération génétique et ressent des effets secondaires (pas prévus ?). Un chapitre sur l’adolescence de Diane et ses souvenirs avec son ami Eugène. Un chapitre très court de Diane sans aucune ponctuation. À la suite de ces chapitres, une illustration sombre en double page s’intercale avec les chapitres suivants (lièvre, vie actuelle, souvenirs, Diane) et ainsi de suite.

Le langage est parfois surprenant : par exemple, les Québécois disent « au gym » alors que nous disons « à la gym » mais rien de rédhibitoire, c’est compréhensible et sinon, il y a un lexique bien utile en fin de volume (parce que, oui, il y a des mots québécois totalement inconnus !).

Ce roman rythmé, envoûtant, considéré au Québec comme « une fable animalière néolibérale [qui] s’adresse à celles et ceux qui se sont égarés », est surprenant, pratiquement kafkaïen (aliénation, transformation). Il est en tout cas d’une grande originalité (je sais, ce n’est pas original de dire ça) et d’une belle poésie que ce soit dans l’animal ou dans l’(in)humain. Le lecteur est continuellement questionné : que serait-il prêt à faire pour être plus performant en particulier au travail ? Accepterait-il de devenir un humain augmenté (transhumanisme) ? Moi, non, c’est clair ! Je préfère m’égarer, dans la Nature, dans la lecture ! Et vous ?

Cet éditeur, La Peuplade, basé à Saguenay au Québec, que j’ai découvert il y peu, est idéal pour Québec en novembre (mais il n’y a pas que des auteurs québécois au catalogue).

Une étrange et édifiante lecture que je mets aussi dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2020, Animaux du monde #3 (lièvre, oiseaux), Challenge du confinement (case Contemporain), Contes et légendes (Nanabozo), Littérature de l’imaginaire #8 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour lièvre).

Charlock 1 de Sébastien Perez et Benjamin Lacombe

Charlock 1 – La disparition des souris de Sébastien Perez et Benjamin Lacombe.

Flammarion Jeunesse, septembre 2020, 80 pages, 8,50 €, ISBN 978-2-08151-906-0.

Genres : littérature française, jeunesse, roman policier.

Sébastien Perez naît à Beauvais. « C’était un matin d’hiver, il n’y a pas si longtemps de cela. » dit-il sur son site. Il est auteur ; il aime le fantastique et l’humour.

Benjamin Lacombe naît le 12 juillet 1982 à Paris. Il étudie à l’École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris. Il est illustrateur (jeunesse et adulte) et auteur (jeunesse et bande dessinée).

« Charlock est un chat. » (p. 7). Et un chat bleu, ce qui n’est pas banal. « Charlock est très observateur et répond toujours présent pour résoudre les enquêtes, même les plus difficiles. » (p. 8).

Paris, 1975. Charlock vit depuis deux ans avec Mamzel Marcelle. Lorsque son humaine n’est pas là, il s’ennuie un peu mais un jour, il rencontre une toute petite souris, Magali, et « ils devinrent bons amis. » (p. 23). Mais, lorsque Magali disparaît, Charlock rameute ses copains du quartier avec Choupachoups le lapin voisin. « Elle est peut-être allée chasser des oiseaux ? demande le chat Mallow. – Ou bien croquer les mollets du facteur ? ajoute Wawa le chihuahua. – Je suis sûr qu’elle admire la vue en haut d’un arbre, dit à son tour Cacahuète le cacatoès. » (p. 34-35). Mais Magali n’est nulle part et Charlock se résigne à la chercher au Royaume des souris mais dans le grenier, qu’il ne connaît pas, il fait très noir… Mais c’est là qu’il apprend que les souris disparaissent. Pourquoi ? Comment ?

La disparition des souris est le premier tome des enquêtes de Charlock (clin d’œil à Sherlock bien sûr). Déjà, le livre est très beau (format poche plus grand, 14 x 19 cm), avec de jolis rabats (soulevez-les, il y a des illustrations et du texte en-dessous) et de magnifiques illustrations en couleurs de Benjamin Lacombe dont certaines sont pleine page ou double page. Le récit de Sébastien Perez est précis et pétillant pour les enfants (dès 8 ans) et drôle ; il revisite la légende de Hamelin. Les animaux sont attachants, complémentaires et ont chacun leurs particularités ; ils enquêtent ensemble mais c’est plutôt Charlock qui réfléchit. « Élémentaire mon cher Wawa ! » (p. 48).

C’est après avoir vu un billet chez Sharon que j’ai eu envie de lire Charlock (je sais que, comme moi, elle aime les chats). Bien m’en a pris ! Et heureusement j’ai le tome 2 : Le trafic de croquettes !

Une chouette lecture pour 1 % Rentrée littéraire 2020, Animaux du monde #3, Challenge du confinement (case Jeunesse), Jeunesse Young Adult #10 et Polar et thriller 2020-2021.

Wily Fox mène l’enquête, 2 d’Adam Frost

Wily Fox mène l’enquête, 2 – Un parfum de mystère d’Adam Frost.

Thomas Jeunesse, octobre 2017, 128 pages, 6,90 €, ISBN 978-2-35481-435-9. Investigates Fox A Whiff of Mystery (2015) est traduit de l’anglais par Paolia Appelius. Illustré par Emily Fox.

Genres : littérature anglaise, roman jeunesse, roman policier.

Adam Frost naît le 21 août 1972 à Epping (Angleterre). Il est auteur pour la jeunesse depuis 2005. Plus d’infos sur son site officiel.

Emily Fox, diplômée de l’Université Falmouth, est illustratrice. Plus d’infos sur son site officiel.

Après la lecture de Wily Fox mène l’enquête, 1 – Une ombre au tableau d’Adam Frost, j’ai embrayé avec le tome 2.

Wily Fox est invité à la soirée de lancement du nouveau parfum, Odorissimo, d’Adolfo Aroma, le célèbre parfumeur, un lapin italien. « Ce parfum séduira dans les terriers tous les goupils qui ont du style et les belettes qui en jettent par son attaque de sous-bois mouillé sur un cœur de marron éclaté. » (p. 4). Le détective londonien est donc à Pise. Mais Fabio furet, le chef de la sécurité d’Adolfo, n’est pas content qu’un renard vienne mettre le museau dans son travail. Mais la soirée ne se passe pas comme prévu et la formule d’un parfum unique, Utopia, créé par le père d’Adolfo, est volée…

Dans la liste d’une centaine d’invités, Albert l’assistant de Wily Fox à Londres, repère trois suspects : Bianca Blaireau, reporter à Pise, Joey La Fouine, ancien gangster reconverti dans le monde de la mode, et Wanda Rouquine, une panda rousse, propriétaire d’une chaîne de magasins mode et parfums en Chine.

Wily Fox se rend à Venise car la Princesse de Parmesan est la seule à posséder un flacon d’Utopia. « C’est « une vieille antilope de quatre-vingt-deux ans » (p. 28).

Mais Marius Molosse et Érica Écureuil de la MOTUS (Milice des Officiers de Terrain Ultra Secrète) lui mettent à nouveau des bâtons dans les roues… La MOTUS enquête sur « Trois gibiers de potence connus sous le nom de Gang des Pattes Noires » (p. 49) qui ont tenté de cambrioler des banques. Non, ils ne sont pas sur la même enquête.

Wily Fox peut partir en Chine sur les trace du « hon sêng zha » (p. 49). Direction Chengdu !

Je ne veux pas répéter ce que j’ai déjà dit pour le premier tome mais encore une belle histoire et une belle enquête pour Wily Fox ! Et des gadgets que n’aurait pas renier James Bond ! Idéal pour démarrer le roman policier pour les enfants à partir de 8 ans mais les grands y trouvent leur compte aussi.

Une lecture idéale pour Animaux du monde #3, British Mysteries #5, Challenge du confinement (case Jeunesse), Jeunesse Young Adult #10, Petit Bac 2020 (catégorie crimes et justice avec mystère), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Éloquence de la sardine de Bill François

Éloquence de la sardine : incroyables histoires du monde sous-marin de Bill François.

Fayard, octobre 2019, 224 pages, 18 €, ISBN 978-2-21371-294-9.

Genres : littérature française, essai, document, témoignage.

Bill François est scientifique, spécialiste du monde marin. Il est aussi un grand orateur (vidéos ci-dessous sur le livre) et a gagné le premier concours d’éloquence du Grand Oral de France2.

Lorsqu’il était enfant, en vacances au bord de la mer Méditerranée, Bill François observait « les crabes verts aux perruques d’algues, les crevettes translucides, les bigorneaux cracheurs de bulle, et même les anémones écarlates que je n’osais pas toucher […]. » (p. 10). Un jour, il rencontre une sardine et sa vocation de scientifique naît : l’envie de savoir comment les êtres marins communiquent, comment ils ressentent le monde. Adulte, il étudie donc l’hydrodynamique et la biomécanique.

Ce livre est un monde tellement inconnu (à part les documentaires que j’ai vus) pour moi qu’il m’a passionnée ! Bill François, en plus d’être un excellent orateur, est aussi un excellent conteur qui raconte des histoires vraies et des légendes (parfois les deux sont liées). Il y a une petite sardine qui accompagne le lecteur tout au long de sa lecture ainsi que de jolies illustrations de l’auteur. « L’océan regorge de ces histoires cachées, des ces êtres craintifs, qui ne demandent pourtant qu’à conter leurs récits. » (p. 36).

Je vais vous dire une chose : je suis contente de ne jamais manger ni mollusque ni crustacé, et très peu de poisson mais après ma lecture je n’ai plus envie du tout d’en manger. Par contre j’ai appris beaucoup de choses en peu de temps (une après-midi de lecture, ça se lit comme un roman !) et mon cerveau est rassasié ! Mais trait d’humour : Renaud a raison quand il dit que la mer « les poissons pètent dedans » (épisodes du banc de harengs suédois, p. 48-51).

Quel surprise que ce livre, conseillé par une amie ! J’y ai appris des choses surprenantes sur les êtres marins quels qu’ils soient, sur la communication, l’entraide, le partage ou pas, les poissons nettoyeurs avec des techniques commerciales (et les faux poissons nettoyeurs !), la transmission d’une culture (baleine) ou pas (poulpe) : « passation de savoir acquis, et non inné, véhiculé par la pédagogie et non par l’instinct » (baleines du golfe du Maine, p. 76).

Parfois (souvent ?), la légende rejoint la réalité : les méduses et le corail (p. 54-59), le pêcheur indonésien et son énorme perle d’huître (p. 82-84), le mollusque hillazone et le tekhelet (hébreu) à la fois noir, bleu et vert (p. 86-91), la nacre et la Toison d’or (p. 96-101).

Surprenant, passionnant, ce livre qui est à la fois un document scientifique et un recueil de témoignages, est surtout un très bel essai littéraire digne d’un roman ! Un beau livre à offrir même.

En plus, c’est drôle : saviez-vous que Gérard de Nerval « à la fin de sa vie victime de crises de folie » (p. 95) prit un homard comme animal de compagnie et le promenait en laisse (un ruban bleu) dans Paris ? « J’ai le goût des homards, disait le poète. Ils sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer… et n’aboient pas. » (p. 95).

C’est historique (attachez-vous bien !) : les Vikings mangeaient de la morue séchée grâce à Vinlandia (p. 108-113) et ils transmirent leur secret aux pêcheurs basques qui allèrent pêcher le cabillaud à Vinlandia (Terre Neuve et Nouvelle-Écosse plus précisément) dès 1390 ! « Ils avaient découvert un nouveau continent, mais surtout un incroyable coin de pêche à la morue, dont ils gardèrent le secret ; seule une poignée de cartes de l’époque en fait mention. Un bon coin de pêche ne se partage pas. Cent ans plus tard, quand les caravelles de Christophe Colomb prirent le large, leurs cales étaient déjà remplies de morue séchée, pêchée par les Basques en Amérique. » (p. 110) ! Et écologique : malheureusement, la belle histoire s’est transformée en catastrophe à cause de la surpêche et le cabillaud a quasi disparu… « À un rythme de deux millions de tonnes capturées chaque année, la merveilleuse abondance qui avait nourri l’humanité pendant six siècles s’effondra en une décennie. » (p. 112)…

Ce livre n’est donc pas qu’un recueil d’histoires amusantes et de légendes… Il y a aussi des faits réels historiques et des histoires émouvantes (tristes) comme celle de l’anguille Åke à Bantevik, un village suédois (p. 138-140) ou l’amitié entre l’orque Old Tom et George Davidson à Eden, en Nouvelle-Galles du Sud, Australie (p. 184-188).

« La mer nous parle. Pour que le dialogue soit plus complet, pourquoi ne pas lui répondre ? » (p. 177).

Une très belle lecture, enrichissante, différente de mes lectures habituelles, que je mets bien sûr dans Animaux du monde #3 mais aussi dans Challenge du confinement (case Essai), Contes et légendes #2 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal).

Deux vidéos (courtes) : remarquez l’humour et le sens de la poésie !

Wily Fox mène l’enquête, 1 d’Adam Frost

Wily Fox mène l’enquête, 1 – Une ombre au tableau d’Adam Frost.

Thomas Jeunesse, octobre 2017, 126 pages, 6,90 €, ISBN 978-2-35481-404-5. Investigates Fox A Brush with Danger (2015) est traduit de l’anglais par Paolia Appelius. Illustré par Emily Fox.

Genres : littérature anglaise, roman jeunesse, roman policier.

Adam Frost naît le 21 août 1972 à Epping (Angleterre). Il est auteur pour la jeunesse depuis 2005. Plus d’infos sur son site officiel.

Emily Fox, diplômée de l’Université Falmouth, est illustratrice. Plus d’infos sur son site officiel.

À Londres. Wily Fox, un renard, a son agence de détective privé ; sa secrétaire est madame Mangouste ; son assistante, Albert, est une taupe qui vit en sous-sol ; ses clients sont des animaux. « Il y avait déjà une longue file d’attente à la réception : des moutons, des souris, des chouettes, des ocelots, des autruches et des tas d’autres animaux. » (p. 5). La première cliente est Nini Le Chic, une caniche française, qui possède une galerie d’art à Paris : Dimitri Vatrovitch, un ours brun galeriste en Sibérie, veut absolument récupérer un tableau qu’elle a récemment acheté ; elle a reçu des menaces. « Je veux garder le tableau, mais je veux aussi savoir pourquoi ce Dimitri tient tant à le récupérer. Il y a quelque chose de louche là-dessous. » (p. 11).

À Paris. Le tableau concerné est de petite taille et son titre est « Cloporte nerveux sous le regard d’un campagnol » (p. 16), un tableau de Khandhusky (joli clin d’œil à Khan – husky et à Kandinsky). Alors qu’Érica Écureuil, Brigadière junior de la MOTUS (Milice des Officiers de Terrain Ultra Secrète) et son supérieur, le bouledogue français, Marius Molosse, sont sur place, deux loups avec « un accent russe très prononcé » (p. 22) font irruption dans la galerie d’art et le Khandhusky disparaît !

Wily Fox se déplace avec une Vespa spéciale : elle roule bien sûr mais elle peut voler et servir de sous-marin ce qui sauvera la vie du détective. Le lecteur lit d’ailleurs un vrai thriller puisque, après Paris, Wily Fox se rend (en Vespa aérienne) à Moscou. Et il résout les affaires plus vite que la lumière !

Si le personnage principal d’Adam Frost est un renard, c’est parce que son livre préféré durant l’enfance était Fantastique Maître Renard de Roal Dahl. Wily Fox mène l’enquête, c’est de jolies illustrations, de l’humour, de l’action, du suspense, des gadgets dignes de James Bond et un peu de charme !

Les enfants vont adorer et les grands y prendront plaisir aussi.

Lien vers le tome 2, Wily Fox mène l’enquête, 2 – Un parfum de mystère.

Une lecture idéale pour Animaux du monde #3, British Mysteries #5, Challenge du confinement (case Jeunesse), Jeunesse Young Adult #10, Petit Bac 2020 (catégorie objet pour tableau), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).