Les herbes folles de Lewis Trondheim

Les nouvelles aventures de Lapinot, 2 – Les herbes folles de Lewis Trondheim.

L’Association, collection 48CC, janvier 2019, 368 pages, 19 €, ISBN 978-2-84414-738-7.

Genres : bandes dessinée française, fantastique, écologie.

Lewis Trondheim, de son vrai nom Laurent Chabosy, naît le 11 décembre 1964 à Fontainebleau de parents libraires. Il étudie le dessin industriel puis le graphisme publicitaire. Son épouse est la coloriste Brigitte Findakly Il crée le fanzine Approximate Continuum Comics Institute H3319 soit ACCI H3319 (1988), L’Association (1990), l’OuBaPo c’est-à-dire l’OUvroir de BAnde dessinée Potentielle (1992), la collection Shampooing chez Delcourt (2005) et la revue Papier (2013-2015) chez Delcourt. Des bandes dessinées en ligne, Lapinot, Donjon (plusieurs séries), Les cosmonautes du futur, Le roi catastrophe, Les petits riens, Ralph Azham, L’atelier Mastodonte, Infinity 8, des one-shots, des collaborations en pagaille, Trondheim est un grand bosseur dont je suis fan (quel talent !) mais, bizarrement n’était pas encore sur le blog ! Plus d’infos sur son site officiel.

Dans cette bande dessinée au petit format paysage (11 x 16 cm), à l’italienne donc, Lapinot et son ami Richard sont confrontés à la végétation qui reprend ses droits et envahit la ville. Une histoire sans bulle et sans texte (muette) d’abord parue sur Instagram en 2018 (un dessin par jour).

L’éditeur nous dit « avec de l’amour et des bagarres, des phénomènes surnaturels et du vomi, de l’émotion et des coups de théâtre », c’est ça et bien plus encore !

En ville, tout est gris, des tas de voitures, des gens partout, des poubelles et des déchets sur les trottoirs, des animaux enfermés (en cage ou derrière des vitres), et tout à coup, au détour d’une rue, une plante, des fleurs, des papillons même ! Et puis, d’autres plantes, le long de gouttières, de barrières, de fenêtres, de poteaux de signalisation… Plus Lapinot avance plus la végétation reprend ses droits, c’est très beau, tout est verdoyant et coloré, mais quand même surprenant et un peu inquiétant, non ? Lapinot s’enfuit, appelle à l’aide mais il n’y a plus personne et, évidemment, plus de réseau ! Il réussit à rentrer chez lui mais l’immeuble est envahi par la végétation, carrément en ruine, et sur son lit il y a même un énorme nid avec trois œufs bleus qu’il récupère car plus rien n’est comestible… Et puis des créatures bizarres apparaissent. Heureusement il arrive à rejoindre son ami Richard. Mais tout cela ne serait-il pas un mauvais trip ?

Je n’ai pas lu Les nouvelles aventures de Lapinot, 1 – Un monde un peu meilleur (qui a un format classique) parce que la bibliothèque ne l’avait pas (je veux dire qu’il était emprunté) mais je le lirai assurément parce que ce tome 2 est une incroyable réussite et je ne peux que vous conseiller sa « lecture ».

Pour La BD de la semaine, Des histoires et des bulles (catégorie 41, une BD au format non standard), Jeunesse young adult #11, Lire en thème 2021 (le thème d’octobre est l’action se passe dans un lieu effrayant, ici une ville envahie par la végétation) et Littérature de l’imaginaire #9.

Airpussy d’Ulli Lust

Airpussy d’Ulli Lust.

L’employé du moi, novembre 2020, 40 pages, 13 €, ISBN 978-2-390040-76-7.

Genres : bande dessinée autrichienne, érotisme.

Ulli Lust, de son vrai nom Ulli Schneider, naît en 1967 à Vienne (Autriche) mais elle grandit dans un village près de la Tchéquie. Elle étudie le design et le dessin à Vienne. Elle est autrice, dessinatrice et éditrice de bandes dessinées. Elle vit et travaille à Berlin (Allemagne) et a reçu plusieurs prix littéraires. Plus d’infos sur son site officiel (anglais) et sur electrocomics (anglais et allemand).

Une jeune femme se réveille, elle est nue, elle jouit dans son bain, elle jouit en regardant par la fenêtre. Elle sort vêtue uniquement d’un manteau rouge et d’un grand chapeau. Elle jouit en pleine rue. Elle excite certains hommes, d’autres sont gênés par sa nudité, elle excite une autre femme qui promène un guépard.

Cette bande dessinée coquine et un poil provocante – au format carré – s’inspire du mythe de la déesse de la Terre qui devait faire l’amour avec un amant, au sortir de l’hiver, pour réveiller la Nature.

Allégorie ? Fantasme ? Cette quête de la sexualité et du plaisir, déjà parue en mai 2009 chez L’employé du moi, était épuisée et a été rééditée en novembre 2020.

Airpussy n’est pas dans mes lectures habituelles mais j’avais besoin d’une BD érotique pour Des histoires et des bulles (catégorie 31, une BD érotique, porno, hentaï) et je la mets également dans La BD de la semaine, Contes et légendes #3, Littérature de l’imaginaire #9 et Les textes courts.

Bel abîme de Yamen Manai

Bel abîme de Yamen Manai.

Elyzad, septembre 2021, 120 pages, 14,50 €, ISBN 978-2-49227-044-4.

Genres : littérature tunisienne, roman.

Yamen Manai naît le 25 mai 1980 à Tunis (Tunisie) dans une famille cultivée (parents professeurs). Dès l’enfance, il aime la lecture et la poésie. Il étudie les nouvelles technologies de l’information à Paris et écrit en français. Ses romans – qui ont reçu plusieurs prix littéraires – sont considérés comme des contes philosophiques qui amènent les lecteurs à réfléchir (dictatures, fanatismes religieux, écologie). Du même auteur, les deux très beaux romans, La marche de l’incertitude (2010) et La sérénade d’Ibrahim Santos (2011) et L’amas ardent (2017) que je n’ai pas lu.

La voix est celle d’un adolescent de 15 ans arrêté pour avoir tiré avec un fusil sur quatre hommes (qu’il a blessés). « Mon avenir était déjà condamné bien avant tout ça. Pourquoi ? Parce que je suis né ici, dans ce pays, parmi ces gens, parmi vous. » (p. 12). En prison, il répond aux questions de son avocat, maître Bakouche. Puis à celle d’un psy, le docteur Latrache. « Qu’on reprenne les choses dans l’ordre ? Quel ordre donnez-vous aux choses ? Dans ce pays sens dessus dessous, vous me semblez bien sûr de vous. » (p. 17).

Comme pratiquement tous les enfants qu’il connaît, il est battu dès l’enfance, par son père, professeur à l ‘université, par sa mère, par son grand frère… « Mais quand Bella est arrivée dans ma vie, je rêvais qu’elle était à mes côtés. » (p. 28). Enfin un peu d’amour dans sa vie.

Ce récit, dur, poignant, c’est « une déferlante de violence » (p. 31-32), « une folie contagieuse » (p. 32) parce que cet ado sensible (à la cause animale et à l’écologie, mais pas que) raconte des scènes de violence vraiment atroces comme ce caméléon jeté vivant dans un feu (p. 33) ou la façon dont les animaux du zoo sont traités (p. 35-36) ou la façon dont les enfants sont maltraités par tous (parents, frères plus grands, professeurs…).

Et malgré toutes ces horreurs, il développe de l’humour. « Vous connaissez Tchekhov, monsieur Bakouche ? […] Non, ce n’est pas la marque d’une vodka, c’est un écrivain russe. » (p. 38).

Mais, le drame… « Bella était mon amie. Bella était mon amour. Bella était tout ce qui a compté et qui ne comptera plus. » (p. 44).

Ce roman raconte la violence de tout un pays, la violence d’humains imbus d’eux-mêmes et de leur petit savoir, la violence que supportent les mal-aimés, ceux qui ne mouftent pas, ceux qui baissent la tête, ceux qui se laissent martyriser parce qu’il n’ont pas d’autres solutions… Bien sûr, tout cela est affreux mais l’auteur et le narrateur ado insistent bien sur Bella, c’est elle l’élément central, l’élément déclencheur, et si j’ai pleuré c’est sur son funeste sort… pas sur les humains.

Cet ado, malheureux comme les pierres, qui n’a pas sa langue dans sa poche, est d’une grande lucidité. « C’est grâce à Bourguiba. […] Mais si c’est un homme qui a libéré toutes ces femmes, c’est qu’elles n’étaient pas prêtes. Il fallait que ces femmes se libèrent elles-mêmes et d’elles-mêmes. » (p. 68-69). « J’espérais que ma mère se libère bien davantage. Ce n’est pas parce qu’elle travaillait qu’elle était libre. Sa vie était une forme d’esclavage. […] J’aurais tant aimé qu’elle se soulève, qu’elle se dresse contre les abus du paternel, pas forcément ceux qu’il commettait à mon égard, mais déjà ceux qu’il lui faisait subir. J’aurais aimé qu’elle lui réclame sa part de bonheur, d’amour […]. » (p. 70).

Bel abîme est le premier roman de cette rentrée littéraire d’automne que je lis. Il est construit comme un monologue puisque l’adolescent (dont on ne connaît pas le (pré)nom) répète les questions qui lui sont posées (par l’avocat ou le psy) avant d’y répondre (sincèrement et en dénonçant la violence et l’injustice). Ce roman court (à peine plus de 100 pages) est d’une rare intensité et suscite une grande émotion tant il est bouleversant.

Une lecture pour Challenge de l’été #2 (Tunisie) et À la découverte de l’Afrique (Tunisie). Elle l’a lu et aimé : Usva.

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Lundi Soleil 2021 #9 (2)

Nous sommes toujours dans le neuvième thème de Lundi Soleil 2021, celui de septembre qui est vert.

Comme il a beaucoup plu au printemps et en été, l’herbe était bien verte à Valence, pas besoin d’aller brouter chez le voisin !

Vous pouvez cliquer sur la photo.

Je vous souhaite une bonne semaine.

Un hiver de coyote de Marie-Lazarine Poulle

Un hiver de coyote de Marie-Lazarine Poulle.

Transboréal, collection Nature nomade, avril 2021, 200 pages, 13,90 €, ISBN 978-2-36157-291-4.

Genres : littérature française, premier roman.

Marie-Lazarine Poulle naît à Vernon dans l’Eure (Normandie). Sa passion, les animaux, la nature, les grands espaces. Elle étudie la biologie puis les neurosciences. Elle observe les renards, les goupils, les loups en France et voyage en Biélorussie, Chine, Grèce, Roumanie… Un hiver de coyote est son premier roman.

« Moins vingt-cinq au petit matin, -15°C au plus chaud de la journée. » (p. 11). Marie, jeune Française tout juste diplômée en biologie, est en Gaspésie avec sa petite chienne, Zorille. Elle va étudier les cerfs dans le ravage (lieu de rassemblement hivernal) de Bonnaventure et seconder Laurier Lachance qui étudie « la prédation exercée par les coyotes sur les cerfs au Québec » (p. 15). Mais l’accueil n’est pas des plus chaleureux… « Il comptait bien se débarrasser de moi au plus tôt, comme il l’avait fait avec les précédents incompétents envoyés par Philippe. […] Il n’y avait pas de place pour moi dans leur monde. » (p. 32). Marie va tout découvrir, le froid, l’humour québécois, les collègues qui l’ignorent ou se moquent d’elle, la motoneige, les trous d’eau…

En ce qui concerne les coyotes, « Des siècles de persécution à grand renfort de pièges, poisons, armes à feu et appâts explosifs les avaient aguerris. Ils résistaient à tout ! Personne, nulle part, n’était parvenu à les éradiquer ni même à réduire leur nombre. Au contraire, pendant que tous s’évertuaient en vain à les rayer de la carte, les coyotes avaient gagné du terrain. Beaucoup de terrain. » (p. 78). En fait « […] ils avaient pris la place et les habitudes des loups. » (p. 79).

Laurier et Marie vont-ils pouvoir travailler ensemble ? « Jour après jour, le ravage m’apprenaient les dangers et les bonheurs de l’hiver. » (p. 106). Et leur mission d’équiper les coyotes sera-t-elle couronnée de succès ? « Des ‘bestioles haïssables, moches et rabougries’ étaient parvenues à damer le pion au meilleur technicien faune sauvage du Québec ; il n’était pas question qu’elles entament aussi sa réputation ! » (p. 123).

J’imagine que les gros véhicules polluants, la chasse et le piégeage sont… normaux au Canada. Mais, à part ça, ce très beau récit, proche des romans de nature writing, se déroule d’’octobre à mars de l’année suivante, 6 mois de « huis-clos dans un espace immense » (p. 185), isolé, glacial et dangereux avec une phrase terrible : « La vie, la mort, le froid étaient si présents dans notre quotidien que l’un chassait l’autre. » (p. 126). Chaque partie est illustrée avec une empreinte d’animal différent, coyote, ours, loup, cerf, renard, caribou, les animaux emblématiques du Canada. À découvrir assurément !

Pour le Challenge Cottagecore (catégorie 2, Retour aux sources – Des histoires qui se déroulent en pleine campagne, dans la forêt, peut-être loin de la civilisation, c’est tout à fait ça), Challenge de l’été #2 (voyage au Québec), Challenge lecture 2021 (catégorie 54, un livre dont le titre comporte une saison, 2e billet) et Petit Bac 2021 (catégorie Météo pour Hiver).

Epsil∞n n° 1 (juillet 2021)

Epsil∞n n° 1 (juillet 2021).

Epsil∞n, édité par Unique Héritage Média (UHM), 100 pages, juillet 2021, 4,90 €.

Epsil∞n (prononcer epsilone) est une lettre grecque particulièrement utilisée en mathématiques et ∞ est le symbole de l’infini (lire l’éditorial d’Hervé Poirier, rédacteur en chef, p. 3).

Epsil∞n, sous-titré « nouveau magazine d’actualité scientifique » est une précieuse revue en cette période de troubles non seulement médicaux mais aussi sociologiques, économiques, politiques et surtout écologiques.

Douze journalistes de la rédaction de Science & Vie démissionnent (mars 2021) et créent Epsil∞n avec une campagne Ulule (mai-juin 2021). Un magazine français mais qui interroge des scientifiques du monde entier, un magazine scientifique parfait pour le XXIe siècle (mise en page, photographies, illustrations, ligne éditoriale), pour « décrypter le monde » avec « des infos fiables », « des points de vue singuliers » et « des rubriques décalées ».

Vous allez me dire que je suis plus littéraire (et vous aurez sûrement raison) mais la science m’a toujours intéressée (observation de la faune, de la flore, des nuages…) et, même si je n’étais pas vraiment douée en maths (j’ai cependant eu parfois de bons résultats), j’aimais la physique, la chimie, la biologie (j’ai peut-être manqué une vocation !). J’ai arrêté de lire Science & Vie il y a des années parce que j’avais l’impression que ce magazine était devenu trop compliqué pour moi mais j’ai compensé avec Futura Sciences (en ligne) et avec Sciences et Avenir (en ligne et magazine papier à la bibliothèque).

En fait, la science m’émeut comme par exemple les prénoms des dauphins (p. 13), la larve de rascasse « bébé monstre » (p. 18-19), le fait que « la majorité des espèces reste encore à découvrir » (p. 32-33), Mars (p. 38), Jupiter (p. 58-65), l’adolescence chez les animaux (p. 70-75)…

Deux gros articles. L’enquête « Comment la Chine va manipuler la météo » (p. 20-29) mais depuis les années 40, de nombres scientifiques (américains, européens, russes, australiens, saoudiens…) étudient l’ensemencement des nuages. Le dossier « Arbres – Voici le secret de leur triomphe » (p. 42-56), un arbre c’est « un peuple » (p. 48), une « métapopulation » (p. 50).

Un article qui me plaît beaucoup, le contre-pied « Il n’y a pas d’addiction aux écrans » (p. 30-31), eh oui ! On lit tous les jours, on écoute de la musique ou la radio tous les jours, on écrit tous les jours, et même on cuisine tous les jours, on travaille tous les jours, etc., est-on pour le coup addict ? Non, eh bien pour les écrans, c’est pareil ! Attention, depuis 2019, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a tout de même « intégré le trouble addictif aux jeux vidéo dans sa classification des maladies » (p. 30).

Pandémie de coronavirus oblige (depuis bientôt deux ans), le « Covid-19 – Pourra-t-on s’en débarrasser un jour ? » (p. 34-37), une analyse sérieuse bien loin des fake news qui circulent.

L’article le plus drôle, « Crise d’ado – Les animaux aussi » (p. 70-75) avec des illustrations amusantes et des sous-titres tout aussi amusants, « Ados chimpanzés, ils sortent en bande », « Ados chiens, ils n’écoutent plus rien », « Ados souris, elles abusent de l’alcool », « Ados éléphants, ils deviennent irascibles et obsédés » et « Ados vaches, elles changent de personnalité », une étude pourtant sérieuse et époustouflante. Qui a un animal de compagnie a bien dû se rendre compte du changement de comportement durant son adolescence.

L’article le plus surprenant, « Cancer, les bactéries pourraient le soigner » (p. 80-84) avec « sept bactéries mobilisées » pour « soigner le mal par le mal », ce qui fait froid dans le dos (comme quoi la science peut faire peur parfois).

Mon article préféré, pour moi qui aime bien avoir la tête dans les nuages et donc qui apprécie l’astronomie, « Face aux colères de Jupiter, première plongée dans la plus furieuse des planètes » (p. 58-65) avec des photos magnifiques envoyées par la sonde Juno (prises en haute définition avec sa Junocam) ! Il y a aussi un billet court sur Mars (p. 38).

Dans ce numéro, près de 90 scientifiques interrogés, du monde entier et je dirais que tous les domaines scientifiques (ou presque) sont présents, les sciences fondamentales (sciences formelles, sciences naturelles, sciences sociales) et les sciences appliquées (entre autres médecine, génétique, éducation, social…), il y en a ainsi pour tous les goûts, et ce premier numéro (vendu à un prix très raisonnable de 4,90 €) est divertissant (il faut, bien sûr, et pas seulement le cahier Pop’Science, p. 85-97) mais surtout instructif, parfaitement documenté et illustré (j’ai tout lu et je n’ai vu aucune faute d’orthographe ou de grammaire, très bon point !), sans être compliqué (j’ai tout compris même dans des domaines que je connais beaucoup moins !). Donc j’ai très envie de lire le deuxième numéro paru en août (mais après une lecture littéraire).

Vous aussi, vous souhaitez une agréable lecture, enrichissante, à petit prix ? Lisez ce premier numéro d’Epsil∞n !

Journal d’un jeune naturaliste de Dara McAnulty

Journal d’un jeune naturaliste de Dara McAnulty.

Gaïa, janvier 2021, 240 pages, 22 €, ISBN 978-2-84720-970-9. Diary of a Young Naturalist (2020) est traduit de l’anglais (Irlande du Nord) par Laurence Kiefé.

Genres : littérature irlandaise, roman autobiographique, journal.

Dara McAnulty naît en 2004 en Irlande du Nord. Son Journal d’un jeune naturaliste est mi-autobiographique mi-fictionnel puisqu’il grandit en fait à Belfast. Il est porteur de troubles du spectre de l’autisme (TSA). Naturaliste, militant pour l’environnement (principalement pour les oiseaux et en particulier pour les rapaces, mais aussi contre l’effondrement de la biodiversité), « il est le plus jeune auteur jamais sélectionné pour le prix Wainwright, pour UK Nature Writing, et il a remporté le prix 2020. […] Il est aussi le plus jeune récipiendaire de la médaille de la Royal Society for the Protection of Birds. » (source Wikipédia). Plus d’infos sur son site officiel, Naturalist Dara, sa page FB et son compte TW.

Dara McAnulty a 14 ans lorsqu’il commence son journal. « Ce journal relate un tournant de mon univers, du printemps à l’hiver, chez nous dans la nature, dans ma tête. Il parcourt l’Irlande d’ouest en est, du comté de Fermanagh au comté de Down. Il rend compte de déracinement d’un déménagement, de changement de comté et de paysage et, parfois, du déchirement de mes sens et de mon esprit. » (p. 9, début du livre). Ce journal, parsemé de poèmes britanniques, dure un an, couvrant les quatre saisons, printemps, été, automne, hiver.

Dara est un adolescent de 14 ans, son frère Lorcan en a 13 et sa sœur Bláthnaid en a 9. Les parents issus tous les deux du monde ouvrier ont étudié. Le père est « un scientifique, d’abord spécialiste des océans et maintenant de la défense de l’environnement. » (p. 10). La mère, Róisín, est universitaire, journaliste musicale et professeur à domicile. Si Lorcan est un musicien autodidacte et un grand sportif, Dara est passionné par la nature et tout ce qui la concerne, quant à Bláthnaid elle aime les insectes et elle est douée en circuits électriques. La famille vit avec Rosie, une levrette surnommée « chien-tigre » dans le village d’Enniskillen dans le comté de Fermanagh. « Non seulement notre famille est unie par les liens du sang, mais nous sommes tout autistes, tous sauf papa […]. » (p. 11).

Je voudrais donner les significations irlandaises des prénoms. Dara (Dáire) signifie « le chêne et aussi sage, fécond » (p. 231), Lorcan signifie « l’acharné » (p. 232), Bláthnaid signifie « celle qui s’épanouit du mot blath qui signifie fleur » (p. 229), Róisín signifie « petite rose » (p. 234). Il n’y a pas le prénom du père mais le nom de famille McAnulty (Mac An Ultaigh) signifie « fils de l’Ulster » (p. 233). J’ai senti la fierté pour eux d’être Irlandais et j’ai trouvé que les trois prénoms correspondaient bien aux enfants.

Au printemps 2018, Dara a 14 ans et, depuis l’âge de 3 ans, il aime particulièrement les oiseaux et, dans le jardin de leur maison, il y en a beaucoup, merles, pinsons, rouges-gorges, grives musiciennes… Le jardin, la forêt, le lac… tout cela est son univers et il comprend mieux les animaux que les humains. Lorsque la famille passe quelques jours sur l’île de Rathlin, Dara est un peu inquiet (comme lors de tout changement dans son quotidien) mais « Nous sommes dans un autre univers. Pas de voitures. Pas de gens. Rien que la nature dans toute sa splendeur. » (p. 27).

C’est fin mai que les parents annoncent le déménagement. « Changer de maison. Changer de comté, de paysage, d’entourage. Déménager. […] J’approuve d’un hochement de tête. Je comprends. Je comprends mais je me sentais la gorge en feu […]. » (p. 51). « Déni. Désarroi. […] angoisse de l’inconnu. » (p. 52).

En plus du déménagement, du changement de maison, de comté, de collège de repères, etc., Dara fait face aux transformations de l’adolescence. « Mercredi 25 juillet. Nous avons déménagé. C’est fait. Nous avons changé de comté et de maison. Je vis maintenant à Castlewellan, dans le comté de Down, dans un petit lotissement moderne. Il y a des arbres dans le jardin : un sorbier, un frêne, un cerisier et un sycomore. Les troncs sont couverts de lierre et le parc forestier est de l’autre côté de la rue. Les derniers jours ont été un véritable tourbillon […]. » (p. 105). Mais Dara, entouré par sa famille et toujours curieux, ne se laisse pas emporté par ce tourbillon, il découvre son nouvel univers. « L’odeur n’est pas la même, j’explique. Ça n’est pas forcément négatif, mais ce n’est pas pareil. Les bruits sont différents, aussi, mais là c’est positif. Ici, il y a vraiment beaucoup plus d’oiseaux, beaucoup plus d’insectes. » (p. 112). En plus, il se fait deux copains ! Jude, le voisin, puis Rory, son binôme au collège. « […] je suis revenu dans la vie que j’aime mener, il s’agit d’explorer, d’observer, d’apprendre. Je commence à m’ouvrir […], on partage des infos sur la vie qui se déroule sous nos yeux. Ça fait tellement de bien. » (p. 116).

Un de mes passages préférés. « Quand on est différent, quand on est exubérant et joyeux, quand on surfe sur la vague au quotidien, ça déplaît à beaucoup d’individus. Qui ne m’aiment pas. Mais je me refuse à modérer mon enthousiasme. Pourquoi le ferais-je ? » (p. 70). Oh, je ne suis pas autiste mais comme je me reconnais dans cet extrait ! Le fait d’être toujours de bonne humeur, dynamique, optimiste, dérange, vous ne pouvez pas savoir !, et pour certains c’est déstabilisant et stressant mais je ne vais pas changer pour devenir triste, maussade et pessimiste !

Ce roman est un mélange de journal intime, de souvenirs d’enfance, d’observations, en particulier des oiseaux mais aussi des mousses, des lichens, des insectes, etc., et source de nombreuses informations non seulement sur l’Irlande (histoire, société) mais aussi sur sa faune, sa flore, ses montagnes, ses lacs, de très belles balades, un magnifique voyage ! C’est que « La nature déclenche la créativité. » (p. 192, ma phrase préférée).

Dara, cet ado différent (et qui revendique cette différence et il a bien raison), qui lit des romans de fantasy en plus des documents sur la nature, qui écoute de la musique punk, qui aime (à petite dose) les jeux vidéos, mais surtout qui aime sa famille, les balades, les oiseaux, la Nature, y marcher, l’observer, la comprendre, la vivre, est vraiment très attachant. Et aussi, même s’il est devenu militant (un peu à l’insu de son plein gré), il est lucide quant à la politique et les beaux discours (inutiles et improductifs). Alors, autiste, oui mais heureux de vivre malgré ses angoisses, curieux, sensible, sincère, profondément humain dans le bon sens du terme (si tous les ados, si tous les humains même, étaient comme lui, le monde serait plus beau).

J’ai appris beaucoup de choses et j’ai mis un mot sur quelque chose que j’ai déjà observé plusieurs fois, la « murmuration d’étourneaux », mais ici on dit « nuage d’oiseaux » ou « ballet d’oiseaux » et je peux vous dire que c’est simplement magnifique et toujours émouvant.

En fin de volume, il y a un glossaire avec les significations de plusieurs mots irlandais (dont les prénoms que j’ai cités ci-dessus) mais, souvent, les mots sont déjà expliqués dans le journal. (ce qui n’est pas plus mal car je n’aime pas trop les glossaires en fin de livre, je préfère les notes en bas de page plus faciles à consulter durant la lecture).

Merci Dara, merci pour ce très beau livre, merci pour les souvenirs d’enfance et d’adolescence que ça a réveillés en moi : j’ai vécu en ville (dans un quartier en banlieue) mais il y avait (encore) des friches, un bois, un point d’eau et j’ai observé pas mal d’animaux dont des oiseaux et des insectes, et même encore maintenant j’aime m’arrêter, observer les nuages, les arbres, les animaux que je peux voir et ça me ravit bien plus que la folie des humains. À vrai dire je suis devenue écolo dans les années 80 alors que ce n’était pas à la mode mais j’ai arrêté de militer parce que (politiquement) c’est comme Don Quichotte qui se bat contre des moulins à vent… Cependant, mes chers lecteurs, je vous invite vivement à lire ce Journal d’un jeune naturaliste et à vous imprégner du miracle incessant de la Nature en espérant qu’elle survivra à tout ce que les humains lui font subir…

J’avais repéré ce titre chez Maeve, coup de cœur lors de son Mois irlandais en mars mais d’autres l’ont lu et apprécié comme Books, Moods and more ou Charlotte Parlotte, bon sang trop peu de lecteurs finalement alors lisez-le et parlez-en sur votre blog et sur les réseaux sociaux !

Je mets cette lecture dans Challenge Cottagecore (catégorie euh…, eh bien, ce livre entre dans les catégories 2, 3 et 4), Challenge de l’été #2 (un très beau voyage en Irlande du Nord), Challenge lecture 2021 (catégorie 20, un roman écrit par un auteur de moins de 20 ans) et Voisins Voisines 2021 (Irlande du Nord).

La sorcière des marais de Karine Guiton

Allez, La BD de la semaine étant toujours en pause estivale, je publie comme mercredi dernier une note de lecture d’un roman jeunesse plutôt que d’une bande dessinée.

La sorcière des marais de Karine Guiton.

Didier jeunesse, collection Mon marque-page, mai 2021, 128 pages, 12,90 €, ISBN 978-2-27809-844-6. Illustrations de Grégory Elbaz.

Genres : littérature française, premier roman, jeunesse, fantastique.

Karine Guiton naît en 1973 en Vendée. Elle ne veut pas lire durant l’enfance (sa mère est l’institutrice) mais elle devient bibliothécaire et se passionne pour les contes. Elle écrit d’abord des nouvelles pour adultes puis un album illustré pour la jeunesse en 2016, Les tourterelles, illustré par Maurèen Poignonec chez La Palissade. Le chameau de la bibliothèque est paru en juillet et La sorcière des marais paru en mai est son premier roman.

Grégory Elbaz naît en 1980 en France. Il étudie les arts plastiques à l’École de l’Image d’Angoulême. Il est illustrateur mais aussi dessinateur et scénariste de bandes dessinées.

Tex, un an, est le chat « roux de la tête aux pattes » (p. 11) de Zoé mais il a disparu et la fillette est inquiète. Aurait-il rencontré une minette ? Mais « Tex n’est pas revenu. Ni le lendemain. Ni le surlendemain. Personne ne l’a vu. » (p. 13). Zoé refuse de penser que Tex est mort et de se résigner à l’avoir perdu. Margot, sa meilleure amie, lui conseille d’aller voir Mirabella « parce qu’elle est un peu sorcière. » (p. 16).

Tex a disparu depuis un mois lorsque Zoé décide d’aller dans les marais pour voir Mirabella. Bien sûr Mirabella et Germain le canard aident Zoé. Comme le montre la couverture du roman, ils partent tous les trois en barque sur le marais. « Bienvenue dans le monde de Soumazalans. » (p. 44). Et arrivent à la nuit tombée chez le géant Miramar, le cousin de Zoé. Le lendemain, Pirati, le cochon muet, se joint à eux, direction le Royaume de la Reine des chats mais ils sont attaqués par le ragondin géant. « Si Tex était vraiment là-dedans, je n’avais pas le choix. Il était peut-être en danger. Je devais le sauver. » (p. 81).

Après avoir bien ri avec Le chameau de la bibliothèque, j’ai voulu lire La sorcière des marais (paru quelques mois avant) et je ne suis pas déçue. Pourtant ce premier roman est différent : les illustrations (d’un autre illustrateur) sont moins présentes et en noir et blanc ; quant à l’histoire, elle n’est pas drôle mais un peu angoissante (pour les plus jeunes lecteurs) et triste (faire son deuil).

Lorsqu’un chat disparaît, l’humain se pose des questions, s’inquiète, espère qu’il va revenir, mais ne pas savoir ce qui est arrivé au chat bien-aimé (ou à un autre animal d’ailleurs) est vraiment déprimant. Zoé a le courage d’aller au bout des marais (le côté fantastique, magique, se développe ici) pour découvrir ce qui est arrivé à Tex.

Pour le challenge Jeunesse young adult #10 et le Petit Bac 2021 (catégorie Gros mot pour Sorcière).

Le chameau de la bibliothèque de Karine Guiton

Pour changer de la bande dessinée le mercredi, voici un roman jeunesse amusant et illustré.

Le chameau de la bibliothèque de Karine Guiton.

Didier jeunesse, collection Mon marque-page, juillet 2021, 96 pages, 7,90 €, ISBN 978-2-27812-065-9. Illustrations de Laure du Faÿ.

Genres : littérature française, roman jeunesse, humour.

Karine Guiton naît en 1973 en Vendée. Elle ne veut pas lire durant l’enfance (sa mère est l’institutrice) mais elle devient bibliothécaire et se passionne pour les contes. Elle écrit d’abord des nouvelles pour adultes puis un album illustré pour la jeunesse en 2016, Les tourterelles illustré par Maurèen Poignonec chez La Palissade. La sorcière des marais, paru en mai 2021 chez Didier Jeunesse, est son premier roman et donc Le chameau de la bibliothèque son deuxième roman.

Laure Du Faÿ naît en 1979 à Tours et elle étudie les Arts décoratifs à Strasbourg. Elle est illustratrice pour la jeunesse (chez Amaterra, Bayard, Casterman, Milan, Nathan, Sarbacane, Tourbillon…).

Voici comment commence ce roman (et qui peut servir de résumé en fait). « Monsieur Mache est un chameau très distingué. Il porte un chapeau différent chaque jour et une écharpe de soie assortie. Tous les samedis, il emprunte sept livres à la bibliothèque du village. C’est le lecteur préféré de madame Floris, la girafe bibliothécaire : il est poli (même s’il a parfois mauvais caractère), cultivé et possède une mémoire d’éléphant. Mais monsieur Mache a tout de même un gros défaut : il ne rend jamais tous les documents qu’il a empruntés. Il en manque toujours un ! Chaque fois, le chameau a une bonne excuse : le livre a été volé par un pivert, brûlé dans un barbecue, écrasé par un hippopotame ou oublié dans un train fantôme… » (p. 9-10). Vous comprendrez donc pourquoi madame Floris convoque monsieur Mache dans son bureau ! Et lui retire sa carte de lecteur…

Attention, bibliothèque incroyable, fréquentée par des taupes, des zébus, des kangourous, bref des tas d’animaux, et dont certaines étagères très hautes ne peuvent être consultées que par la girafe et la famille Colibri.

Mais durant la réunion du club de lecture, les animaux s’inquiètent de ne pas voir monsieur Mache… C’est Kika, la fille de madame Floris, qui vend la mèche mais « sans lui, que deviendra le club de lecteurs ? » (p. 50). Et monsieur Mache ne peut pas vivre sans livres : « Grâce aux livres, je rêve, je m’évade. » (p. 80).

Lisez ce joli roman illustré pour savoir le fin mot de l’histoire ! Je l’avais repéré chez Sharon.

Le seul point faible… une faute… page 24, il est écrit suspens au lieu de suspense et je ne comprends pas pourquoi les auteurs et les éditeurs ne font pas la différence entre l’expression « en suspens » (dans l’indécision, dans l’incertitude) et le mot « suspense »… Bref, ça ne gâche pas la lecture mais mieux vaut corriger pour les jeunes lecteurs (sinon ils feront la faute à leur tour…).

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 2, un livre dont l’action se passe dans une bibliothèque ou une librairie, ici une bibliothèque, 3e billet), Jeunesse young adult #10 et Petit Bac 2021 (catégorie Gros mot pour Chameau, puisqu’on peut traiter quelqu’un de chameau = acariâtre, sans pitié).

Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi

Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi.

Ynnis, juin 2020, 464 pages, 14,95 €, ISBN 978-2-37697-101-6. Penguin Highway ペンギン・ハイウェイ (2010) est traduit du japonais par Yacine Youhat.

Genres : littérature japonaise, roman jeunesse, science-fiction.

Tomihiko Morimi 森見登美彦 naît le 6 janvier 1979 à Ikoma dans la Préfecture de Nara au Japon. Il fait des études agricoles à l’université de Kyôto. Ses titres précédents sont Taiyô no Tô soit La tour du soleil (2003, grand prix du roman fantasy japonais), Yojôhan Shinwa Taikei soit La Galaxie Tatami (2004, adaptation en anime par le studio Madhouse en 2010) et Yoru wa mijikashi arukeyo otome soit La nuit est courte. Marche, jeune fille (2017, prix Yamamoto Shûgorô). Penguin Highway remporte le Grand prix du roman de science-fiction japonais en 2021 (Grand prix Nihon SF 日本大賞 Nihon esu efu taishô).

Le narrateur, Aoyama, est un garçon de 9 ans en quatrième année d’école élémentaire. Il vit avec ses parents et sa jeune sœur dans une petite maison. « Certes, je suis un génie. Mais cela ne m’empêche pas d’étoffer sans cesse mes connaissances. […] Je le dois à toutes les notes que je prends sans faute tous les jours, ainsi qu’à mes nombreuses lectures. Il y a beaucoup de choses que je veux savoir. Je suis intéressé par l’espace, les organismes vivants, la mer ou encore les robots. […] Je n’ai encore jamais vu la mer mais j’ai pour projet d’y aller prochainement. Il est important de voir les choses en vrai. Observer le monde de ses propres yeux est une méthode inégalable. Être inférieur à autrui n’est pas honteux, mais être surpassé par la personne que l’on était hier l’est. Jour après jour, j’en apprends davantage sur le monde et m’élève au-dessus de celui que j’étais le jour précédent. » (p. 9-10), voici pour vous familiariser avec l’étonnant Aoyama, éveillé, curieux, intelligent (son seul défaut, ben oui, il en a un, il est un peu obsédé par les seins). Son père lui a offert un cahier et lui a dit : « Note tous les jours ce que tu découvres. » (p. 13).

Aoyama vit dans une petite ville avec pas grand-chose, une école, une ligne de bus, un parc Ornithorynque, une clinique dentaire, un centre commercial, une église (une vraie église avec une croix au sommet), un bar Au bord de mer, un canal et une forêt. Un matin de mai, les enfants vont à l’école et aperçoivent une colonie de manchots d’Adélie ! « On aurait dit des êtres vivants à peine débarqués d’une lointaine planète et totalement inadaptés à notre monde. » (p. 17). Que font ces manchots de l’Antarctique dans cette ville de banlieue qui n’est même pas en bord de mer ? Mais le soir, ils ont disparu… avant de réapparaître tout aussi subitement !

Aoyama a un meilleur ami, Uchida, avec qui il élabore le projet Amazone : remonter le long du canal pour trouver sa source et explorer les environs pour créer une carte. Uchida élève un bébé manchot trouvé sur le parking de son immeuble. « Peux-tu garder secrète la présence de ce manchot ici ? – Je te le promets. Je suis un garçon capable de garder un secret. » (p. 105). Il se lie avec une jeune femme qui travaille à la clinique dentaire (on ne saura pas son nom). Ensemble, ils vont étudier les manchots et attirer l’attention d’une copine de classe qui joue aux échecs, Hamamoto, qui fait des recherches sur une boule bizarre en suspension dans l’air qu’elle appelle la Mer. « Elle était sacrément étonnante. » (p. 156).

Pour Aoyama, Uchida et Hamamoto, c’est tout un été de mystères… « Il y en a de curieuses histoires depuis l’apparition des manchots, souffla ma mère. » (p. 331).

Je l’ai déjà dit, j’aime l’irruption du fantastique dans le quotidien dans la littérature japonaise (bon, il y a aussi d’autres genres que j’apprécie dans la littérature japonaise comme l’intime ou le polar, entre autres) mais le fantastique dans le quotidien, c’est quelque chose de récurent (y compris dans le polar ou autres genres littéraires japonais), Haruki Murakami est un des maîtres pour cela. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos manchots, ou à nos pingouins, ce n’est pas grave. En tout cas, vous pouvez vous joindre à Aoyama et à sa petite équipe pour enquêter, découvrir, comprendre, bon, peut-être pas tout, ça reste des enfants et les événements sont plutôt incompréhensibles ! Le mystère des pingouins, c’est l’intelligence et la fraîcheur dans cette chaleur estivale (je parle de l’été dans le roman mais c’est finalement l’été ici aussi), vous mangerez bien quelques glaces, ferez quelques balades en voiture avec le père, fuirez devant les tortionnaires de l’école (une bande de grands, bêtes et méchants), ah et, désolée, mais vous passerez chez le dentiste aussi. Action, aventure, fantastique, humour (japonais, ça change de l’humour anglais ou de l’humour belge, je vous préviens), amitié et mystère sont au rendez-vous de ce roman très bien écrit et surtout très bien traduit. Si vous n’aimez pas les enfants intelligents, extravertis, différents, Aoyama peut vous énerver mais ce serait vraiment dommage car, comme le dit l’éditeur, c’est une « œuvre poétique, intime et écologique […] qui a inspiré le film d’animation de Hiroyasu ISHIDA, lauréat du prix Satoshi Kon. » (et qui a aussi inspiré un manga de Keito Yano) alors ne vous privez pas et émerveillez-vous !

Le fait d’avoir vu la bande annonce (ci-dessous) me donne très envie de voir le film d’animation (en VO bien sûr).

En attendant, je mets cette lecture dans Challenge lecture 2021 (catégorie 12, un livre d’un auteur japonais, 3e billet), Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Pingouins).