Erectus 2 – L’armée de Darwin de Xavier Müller

Erectus 2 – L’armée de Darwin de Xavier Müller.

XO, février 2021, 496 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-37448-089-3.

Genres : littérature française, thriller, science-fiction.

Xavier Müller naît le 3 octobre 1973 en France. Il est Docteur en Physique, journaliste scientifique et romancier. J’ai lu il y a bientôt 10 ans son premier roman, Dans la peau d’un autre, un thriller à la fois scientifique et science-fiction (comme la série Erectus). Après avoir lu Erectus de Xavier Müller, j’avais très envie de lire la suite ! Lien vers le site consacré à la série Erectus.

Sept ans après l’arrivée du virus Krûger, Anna Meunier est directrice de la réserve du Kenya et du Center for Living Prehistory. C’est là que vit Yann, son ancien compagnon, rebaptisé Oreille-Cassée, avec son clan la Pierre-Levée. Anna élève donc seule leur fille, Alice, et garde espoir d’un vaccin (sur lequel travaille Linn Visnar, la scientifique suédoise qui a déjà créé un antidote). Mais un commando « rapide, brutal et sans scrupules » (p. 15) enlève des Erectus et c’est aussi le cas dans d’autres réserves dans le monde.

Anna vit avec Alice, 7 ans, mais aussi avec la famille Abiker, Mary et son fils, Kyle, qui a maintenant 21 ans, et le grand-père, Dany, rebaptisé Ny, le seul Erectus au monde à vivre avec des humains.

Lauryn Gordon, 24 ans, la fille de Stephen Gordon, qui vivait dans le mutisme depuis la mort de sa mère, fait irruption dans cet opus en chattant sur Internet sous le pseudonyme de LucyFer.

À Madagascar, une autre scientifique française, Estelle Naudin, 29 ans, microbiologiste, travaille avec un richissime Américain, Owen Firth. Un homme qui veut créer une armée d’Erectus améliorés, l’armée de Darwin. « La théorie de Firth était aussi éblouissante qu’audacieuse : puisque l’humanité allait droit dans une impasse – évolutive, biologique, écologique, idéologique… – alors il fallait incurver la course. » (p. 60). L’armée de Darwin c’est « les bataillons de ses fidèles serviteurs » (p. 65).

C’est un plaisir de retrouver les personnages du premier tome (auxquels je m’étais attachée) et quelques nouveaux (pas toujours du côté des gentils). Le variant du virus Krüger est baptisé virus Ganesh et un nouveau comité international nommé Krüger 2 est créé. Non seulement il faut faire avec les Erectus de la première vague (certains Sapiens veulent toujours les exterminer) mais aussi lutter contre des moustiques modifiés et les Erectus variants de la nouvelle vague (intelligents, manipulés, violents). Ce phénomène de variants n’est pas inconnu aux lecteurs… (même si ce que nous vivons est différent).

Un bon opus qui se lit d’une traite, ou presque, mais je trouve tout de même léger et péremptoire la rivalité que décrit l’auteur dans cet extrait. « Les manifestations géantes avaient débuté aux quatre coins de la planète. Partout, des rubans de contestataires envahissaient les rues des capitales, des villes et même des villages. Rubans verts pour les pro-erectus, écolos, collapsos, altermondialistes, zadistes, décroissants ou adeptes d’un retour à une nature toute-puissante. Face à eux, les rubans bleus des anti-E, inconditionnels de la castration des erectus, défenseurs des camps de relégation. Dans ce groupe majoritairement violent, on trouvait aussi les inévitables survivalistes tendance fasciste, raciologues convaincus que les gouvernements fricotaient pour mettre au pas le peuple. » (p. 182). Bref, d’un côté les gentils, les gens de gauche, et de l’autre les méchants, les gens de droite, je trouve ça très manichéen, très limité, même si je suis bien consciente que ces gens existent, mais cette dualité qui fonctionne sûrement pour la France ne peut pas être donnée comme telle pour tous les autres pays du monde.

Ce nouvel épisode est plus axé sur les humains, même si on entend un peu parler de flore et de faune, en particulier avec le trafic d’animaux ayant régressés et avec des animaux atrocement modifiés…

Mais gardons espoir. « La communauté internationale avait vaincu la première pandémie, elle l’emporterait sur la seconde… » (p. 245). Lucas Carvalho est bien optimiste alors qu’Anna et Alice sont toujours retenues à Sanya en Chine. Eh oui, dans le premier opus, l’auteur faisait voyager ses lecteurs en Afrique, en Europe et aux États-Unis, cette fois c’est en Afrique, en Europe et en Chine, entre autres.

Car tout est en marche pour l’armée de Darwin ! « Chaque mort est un ennemi en moins, chaque régression est un soldat qui viendra agrandir notre armée. » (Owen Firth, p. 311). Une guerre ultime entre Sapiens, Erectus et Ganesh ? Après tout, tous veulent « vivre libres sur une planète saine. » (p. 392).

J’ai une question : y aura-t-il un tome 3 ?

Pour les challenges À la découverte de l’Afrique (Kenya, Madagascar), Littérature de l’imaginaire #9, Polar et thriller 2020-2021 et Printemps de l’Imaginaire Francophone (ma note de lecture a 3 jours de retard mais j’ai bien lu ce roman en avril, durant le PIF).

Erectus de Xavier Müller

Erectus de Xavier Müller.

XO, novembre 2018, 440 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-84563-617-0.

Genres : littérature française, thriller, science-fiction.

Xavier Müller naît le 3 octobre 1973 en France. Il est Docteur en Physique, journaliste scientifique et romancier. Il me semblait bien que cet auteur me disait quelque chose ! J’ai lu il y a bientôt 10 ans son premier roman, Dans la peau d’un autre, un thriller à la fois scientifique et science-fiction (comme Erectus).

Province de Mpumalanga, Afrique du Sud, 13 juin. Petrus-Jacobus Willems, le gardien, et sa chienne boerbel Chaka entendent l’alarme. Les scientifiques fuient et il est chargé de fermer le laboratoire. « Contentez-vous de tout fermer et barrez-vous. » (p. 14). Mais, avant de partir, le gardien vole un singe capucin et un chimpanzé mord Chaka…

Pretoria, Afrique du Sud, 10 juillet. La virologue Cathy Crabbe et son assistant, Mike Jones, analysent des cellules d’éléphanteau du Wildlife Center du Parc Kruger. L’éléphanteau est-il malade, serait-ce « une variante du virus Ebola » (p. 27) ? En tout cas l’agent pathogène provoque des métamorphoses, non seulement sur l’éléphanteau mais aussi sur Kanzi, un gibbon du laboratoire. Cathy rédige donc une déclaration de maladie inédite et donne le nom de virus Kruger.

Que je déteste les tests sur les animaux ! Ils mènent à la catastrophe… Mais j’ai bien aimé comprendre tout ce qui se met en place dans un tel cas de contamination, tout ce qui se déclenche jusqu’à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et surtout le choix des membres d’une équipe restreinte, les risques encourus comme « le risque de contamination, le risque écologique, le risque sanitaire » (p. 91).

Faut-il accepter la « règle implicitement admise : la loi de Dollo. En substance cette loi pose que l’évolution est un phénomène à sens unique. Une flèche pointée vers le futur. Pour vous donner un exemple concret, les serpents ne récupéreront jamais les pattes de leurs ancêtres lézards. Ou bien ce serait au prix de millions d’années d’adaptation à un nouvel environnement… L’idée d’une possible régression des espèces serait… comment vous dire… » (Nicolas Barenski, directeur du Museum d’histoire naturelle de Paris, p. 40) ou penser que l’éléphanteau et le gibbon aient pu être transformés par un virus « en un genre de cousin[s] de [leur] version ancestrale. » (p. 39).

En tout cas, s’il y a une scientifique qui défend la théorie de la régression, de l’évolution à contre-sens, c’est la Française Anna Meunier, trentenaire, paléontologue marginalisée par ses confrères et pourtant « Brillante, maligne, réalise. » (p. 41). Mais elle travaille sur des fouilles à Kaimana en Nouvelle-Guinée. Anna abandonne le fossile complet de l’archéoptéryx qu’elle vient de découvrir avec ses étudiants pour suivre Lucas Carvalho, biologiste de l’OMS, en Afrique du Sud.

Le responsable du Wildlife Center du Parc Kruger, Dany Abiker, présente l’éléphanteau, surnommé Quatre-Défenses par son petit-fils, Kyle, aux deux scientifiques. L’éléphanteau est devenu un gomphotherium (un de ses lointains ancêtres). Dany Abiker a construit un enclos dans lequel vivent une girafe et son girafon devenus des giraffokeryx qui « vivaient il y a trente millions d’années » (p. 76), quatre gomphotheriums adultes et un dinohippus, l’ancêtre du zèbre. « […] le virus qui avait contaminé ces animaux provoquait bien une régression évolutive semblable à celle subie par son dinosaure à plumes en Nouvelle-Guinée. Cela expliquait l’anomalie chronologique. Restait à prouver la récurrence du phénomène. Le virus avait frappé dix millions d’années auparavant et aujourd’hui. À deux reprises, donc. Au moins deux… » (p. 77). Mais « il y a un détail qui cloche. […] Le zèbre a régressé de vingt-cinq millions d’années, environ. Le gomphotherium aussi. Mon fossile de dix et les fleurs d’acacia de cent trente ! […] ces bonds paraissent aléatoires. Cela peut frapper une large palette d’espèces sur un delta de plusieurs millions d’années. […] Nous devons stopper ce virus avant qu’il n’infecte la planète. » (p. 83).

Quant aux moqueries de certains collègues scientifiques sur le « virus des cavernes » (p. 34), je me demandais s’il y avait des cavernes au Parc Kruger, eh bien la réponse est simple : « Nulle part vous ne trouverez de cavité souterraine dans la région. » (Dany Abiker, p. 113). Il faut croire que certains scientifiques malgré leur intelligence scientifique sont stupides…

Je précise que ce roman est paru en novembre 2018 soit deux ans et un trimestre avant la pandémie du coronavirus mais ce virus Kruger (de fiction ?) qui se transmet, non seulement aux animaux et aux végétaux mais aussi aux humains, nous questionne sur d’autres virus comme le sida, Ebola, la grippe aviaire et bien sûr les coronavirus découverts plus récemment. « Nous ignorons tout ou presque des mécanismes biologiques de la régression. Nous présumons juste qu’elle est causée par le réveil de gènes silencieux qui peuplent notre génome. » (p. 172).

Les personnages oscillent entre leur vie professionnelle intense (et indispensable pour l’humanité) et leur vie privée. Par exemple, Anna Meunier a un amoureux, Yann Lebel, chercheur océanographique qui va d’ailleurs se retrouver face à un pakicetus, l’ancêtre de la baleine, et Stephen Gordon, le patron de Lucas Carvalho à Genève, s’occupe de Lauryn, sa fille devenue mutique depuis que sa maman est morte. Cela les fait paraître plus humains, plus proches du lecteur.

J’ai dévoré ce roman, en deux fois, et j’ai pris moins de notes la deuxième fois mais j’ai tout de même noté deux extraits. Le premier au sujet du laboratoire Futurabio qui crée des produits à partir de la Nature donc sensés être bons et sains (et bio en plus). « […] deux hypothèses. La première partait du postulat que Futurabio avait découvert le virus dans le parc Kruger et construit un labo pour l’étudier en 2011. Leur erreur aurait alors été d’embaucher comme agent de sécurité un trafiquant d’animaux sauvages qui avait exporté le virus. La seconde hypothèse supposait que Futurabio était la source même du problème. Ses chercheurs auraient créé le Kruger, ou modifié un virus préexistant, et, intentionnellement ou non, l’auraient laissé s’échapper dans la nature. Dans les deux scénarios, leur responsabilité était engagée […]. » (p. 228-229).

Le deuxième concerne la gestion russe du virus après qu’il ait contaminé des humains. « Donc l’humanité s’apprête à vivre terrée à l’intérieur de ses frontières pendant les mois à venir, l’économie est en train de s’effondrer, et tout ce que propose l’OMS, si je vous suis bien, c’est : ‘Il nous faut plus de lits pour accueillir les malades infectés !’ Et ensuite monsieur Gordon, que ferez-vous de ces… erectus ? » (Andreï Akoulov, responsable russe au siège de l’OMS à New York, p. 266).

Je ne suis pas surprise de voir que tout est plausible, tout est possible, et que le monde est en train de vivre ça depuis un peu plus d’un an avec un autre virus et, que la contamination soit « naturelle » ou créée par des scientifiques, qu’elle apparaisse sur un continent ou sur un autre, elle a vite fait le tour du monde pour devenir une pandémie. L’auteur met dans ce roman de la science (pour nous faire réfléchir) et de la fiction (pour nous divertir) et livre un très bon roman cauchemardesque. On sait tous maintenant qu’un virus dans la vraie vie peut être lui aussi cauchemardesque mais laissez-vous quand même tenter par Erectus !

Il existe un mini-site consacré à Erectus et un deuxième tome, Erectus – L’armée de Darwin, paru en février 2021, que je veux lire absolument.

Pour les challenges À la découverte de l’Afrique, Animaux du monde #3, Challenge lecture 2021 (catégorie 39, un livre dont le titre est dans une langue étrangère, Erectus étant du latin), Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Être humain avec Erectus pour Homo Erectus), Polar et thriller 2020-2021 et Printemps de l’Imaginaire Francophone (un auteur à découvrir absolument avec Dans la peau d’un autre ou avec Erectus).

Ça n’arrivera pas de Nicolas Beuglet

Ça n’arrivera pas de Nicolas Beuglet.

XO, novembre 2020, 33 pages, uniquement en numérique.

Genres : science-fiction, nouvelle.

J’ai découvert Nicolas Beuglet à l’automne 2019 avec la première enquête de Sarah Geringën, une inspectrice d’Oslo en Norvège. J’ai lu les trois tomes à la suite : Le cri, Complot, L’île du Diable. Je les ai beaucoup aimés et je souhaiterais lire son premier roman, Le premier crâne, malheureusement introuvable… Son nouveau roman, Le dernier message, avec une nouvelle enquêtrice écossaise, Grace Campbell, est paru en septembre 2020 et je l’emprunterai à la bibliothèque. En attendant, l’auteur propose une nouvelle (merci à l’auteur et à l’éditeur pour cette nouvelle disponible librement dans plusieurs formats).

Et voici ce qu’en dit l’éditeur : « Et si on se projetait en 2022 ? Qu’en sera-t-il de la pandémie, du vaccin, des restrictions de liberté ? Dans cette fiction, Nicolas Beuglet déroule le scénario qu’il redoute. Histoire, dit-il, d’éveiller les esprits… Glaçant. »

Vendredi 20 mai 2022. Jean Cassini, écrivain, va au supermarché et sa fille Maïa, adolescente, lui pose cette question, déchirante : « Tu crois qu’un jour, tout redeviendra comme avant ? » (p. 6). C’est que, en 2020, Jean avait dit à sa fille « Ça n’arrivera pas. » (p. 6) mais… Maïa n’est pas vaccinée donc elle n’a pas le droit d’aller au lycée, elle doit rester chez elle, et ses amis vaccinés ne veulent pas venir la voir parce que « le vaccin n’est pas efficace à cent pour cent, alors on ne sait jamais… » (p. 7).

Le vaccin, Covax, n’étant efficace qu’à 70 % en moyenne, la population, y compris les vaccinés, est obligée de porter un masque et de respecter la distanciation sociale. De plus, le taux de contamination est passé au-dessus de 25 % ! Alors à quoi sert le vaccin ?

L’Union européenne doit mettre en place sur l’intégralité des résidents un « système d’identification électronique plus communément appelé (e-ID) » (p. 11). Cette identification électronique est mondiale et l’Europe a du retard… On y vient à ça, peut-être pas en 2022 mais c’est sûr qu’avec les nouvelles technologies, on y vient ! En tout cas, dans la nouvelle, la population est constamment surveillée y compris les vaccinés (caméras, téléphones, alertes, restrictions de sortie…).

Mais pour ceux qui ne sont pas vaccinés (542 000 personnes en Europe sur 443 millions d’habitants), comment ignorer « les regards de reproche ou parfois même de pitié de ses concitoyens » (p. 15) ?

Et à ceux qui se posent des questions pour le futur, il y a toujours quelqu’un qui rétorque « Tu sais bien que ça n’arrivera pas. » (p. 20). En Chine oui (avec le crédit social). « Mais en France dans le pays des droits de l’homme […]. » (p. 21). En sommes-nous si sûrs ? Allons-nous devoir renoncer à une partie de nos libertés ? Allons-nous nous habituer pour notre sécurité, pour l’économie ?

Voilà le monde que l’auteur imagine, pire qu’il craint de voir arriver. Parce que ce coronavirus, les masques, les contrôles, ce n’est pas de la fiction, nous sommes en plein dedans ! Le problème est : jusqu’où cela ira-t-il ? Cela peut aller très loin vu les sources (reconnaissance faciale, identité numérique…) que l’auteur cite à la fin (p. 33) et cette anticipation peut très bien ne pas être fictive du tout ! Avec cette question (que nous n’aurons peut-être plus le droit de poser un jour) : faut-il – à cause du principe de précaution dont nous entendons beaucoup parler – préférer la sécurité à la liberté ? Et, si nous réfléchissons bien : cette histoire se déroule sur une journée, une seule journée durant laquelle tout peut basculer.

Durant le premier confinement, j’avais lu Contagions de Paolo Giodano, disponible en ligne, un des premiers livres parus sur le coronavirus et qui permettait de comprendre mieux ce qui arrivait dans le monde. Avec cette nouvelle, le lecteur est projeté dans un futur (proche) fort possible et fort effrayant. Quant à la couverture, elle est toute simple mais vraiment bien pensée.

Tout le monde peut lire cette nouvelle qui fait froid dans le dos (en cliquant sur XO).

Je mets cette lecture dans le Challenge du confinement (case Nouvelle), Littérature de l’imaginaire #8 et Maki Project.

Alors que je termine ma note de lecture – samedi soir 20 h 45 – le journal sur Arte commence et j’apprends une info : 400 000 morts en Europe (au moment où vous lisez, le nombre est bien sûr supérieur) et moins de 10 minutes après, une autre info : le laboratoire états-uniens Gilead a vendu à l’Europe son vaccin (remdesivir) pour des millions d’euros mais il n’est pas efficace ! Vous ne trouvez pas que Gilead ressemble à Galead de The Handmaid’s Tale ?

L’île du Diable de Nicolas Beuglet

L’île du Diable de Nicolas Beuglet.

XO, collection Thriller, septembre 2019, 320 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-37448-134-0.

Genres : littérature française, roman policier.

Nicolas Beuglet… Je remets ce que j’ai écrit pour Le cri et Complot. Il vit dans la région parisienne. Il a travaillé pour la télévision. Il est maintenant écrivain. Son premier roman, Le premier crâne, est paru en avril 2011 chez Michel Lafon mais sous le pseudonyme de Nicolas Sker et j’ai très envie de le lire mais il n’est pas facile à trouver et il n’existe pas en poche… Peu d’infos sur cet auteur apparemment discret mais il a une page FB pour ses livres.

Environ un an après les événements tragiques du Complot, Sarah Geringën sort de prison et apprend que son père, André Vassili, est mort dans la nuit. « Elle avait grandi à côté de ce père, sans jamais vraiment le connaître. Quand il travaillait encore et que sa sœur et elle étaient des petites filles, ses reportages de guerre le menaient au bout du monde. Lorsqu’il rentrait, il ne parlait que très peu et ne participait pas à la vie de famille. Depuis sa retraite, il était une présence calme et toujours distante. Un être déjà absent de son vivant. » (p. 15). Mais Sarah est sous le choc lorsqu’elle apprend qu’il a été assassiné et même torturé. Sarah n’a pas le droit d’enquêter sur cette affaire mais son supérieur, le commissaire Stefen Karlstrom, a « mis en place une configuration spéciale » (p. 20) : un jeune diplômé de 32 ans, prometteur, Adrian Koll, officiellement en charge de l’enquête ; le légiste Thobias Lovsturd (avec qui Sarah a déjà travaillé dans Le cri) ; et une petite jeune qui débute, Erika Lerstad, pour le côté scientifique. « Fais en sorte d’être discrète, et sois prudente, c’est tout ce que je te demande. Ce qu’on a fait à ton père, c’est de la haine à l’état brut. » (p. 21). Mais Sarah découvre des choses étranges… Et si « son père n’était pas celui qu’il prétendait être » ? (p. 29).

De son côté, Christopher, rejeté il y a un an par Sarah qui ne voulait pas l’obliger à l’attendre, enquête, en bon journaliste d’investigation, sur l’absence de Sarah du centre de réadaptation de Hemsedal et sur la mort du petit Matts. « Christopher, qui avait cru pouvoir démentir haut la main les insinuations du journaliste Tomas Holm et sauver Sarah de la diffamation, était aujourd’hui rongé par la peur de découvrir une indicible vérité. Mais il ne pouvait plus faire marche arrière. » (p. 84). Quant au chef de police Stefen Karlstrom, il enquête, avec une autre équipe, sur des ravisseurs qui ont enlevé une jeune femme.

Sarah Geringën et Adrian Koll doivent se rendre en Russie. « Oui, je pourrais retourner à Oslo, couvrir mes arrières, argumenta Adrian. Mais je ne veux pas être un petit inspecteur de quartier. Je veux qu’un jour on me confie les plus grosses affaires. Et on ne les donne qu’à ceux qui ont fait preuve d’audace, de ténacité et de courage. » (p. 184-185). Ils doivent retrouver l’île du Diable, sur l’Ob, ou l’île de Nazino. Qu’est-ce que le père de Sarah a à voir avec cette île inconnue ?

Dans ce troisième volume des enquêtes de Sarah Geringën, Nicolas Beuglet fait fort… et encore violent (mais en moins de pages, environ 180 pages de moins que dans Le cri et Complot, ce qui donne un récit plus condensé et dense). En découvrant la mythologie russe avec Rod, le dieu primordial, créateur de l’univers, et son épouse Rojanice : « sous le visage masculin se cache une femme… » (p. 193), le lecteur retrouve la religion et le féminisme des deux précédents tomes. Mais l’auteur parle surtout d’épigénétique, un terme que je découvre grâce à ce roman, ainsi que ses implications dans les vies de chaque être humain et, comme je sais que l’auteur s’inspire toujours de fait historiques et scientifiques réels, j’ai fait quelques recherches, même si c’est un peu compliqué pour moi (et peut-être pour vous aussi !). « L’épigénétique (du grec ancien ἐπί, épí, « au-dessus de », et de génétique) est la discipline de la biologie qui étudie la nature des mécanismes modifiant de manière réversible, transmissible (lors des divisions cellulaires) et adaptative l’expression des gènes sans en changer la séquence nucléotidique (ADN). ‘Alors que la génétique correspond à l’étude des gènes, l’épigénétique s’intéresse à une « couche » d’informations complémentaires qui définit comment ces gènes vont être utilisés par une cellule ou… ne pas l’être.’ » (source : Wikipédia).

Encore un très bon thriller mais, attention, « les fantômes hantent l’île du Diable pour l’éternité » (p. 206) pour les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Polar et thriller 2019-2020. J’ai lu ce thriller d’épouvante pendant le Rat-a-week de l’épouvante – du 13 au 20 octobre 2019 mais je n’ai pas pu publier cette note de lecture avant le 20 octobre.

Complot de Nicolas Beuglet

Complot de Nicolas Beuglet.

XO, collection Thriller, mai 2018, 496 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-84563-981-2.

Genres : littérature française, roman policier.

Nicolas Beuglet… Je remets ce que j’ai écrit pour Le cri. Il vit dans la région parisienne. Il a travaillé pour la télévision. Il est maintenant écrivain. Son premier roman, Le premier crâne, est paru en avril 2011 chez Michel Lafon mais sous le pseudonyme de Nicolas Sker et j’ai très envie de le lire mais il n’est pas facile à trouver et il n’existe pas en poche… Peu d’infos sur cet auteur apparemment discret mais il a une page FB pour ses livres.

Environ un an après l’affaire 488 (dans Le cri), Christopher et son fils adoptif, Simon, ont rejoint Sarah en Norvège et ils se sont installés sur la petite île de Grimsøya qui « se traversait en moins de dix minutes à pied et n’abritait pas plus de quarante-cinq maisons disséminées à l’abri des indiscrets parmi l’abondante végétation d’épicéas et de bosquets au feuillage persistant. » (p. 10). Décembre 2018. Un hélicoptère militaire atterrit dans leur jardin, au grand désarroi de Simon, et emmène Sarah Geringën dans la ville de Vardø dans la mer de Barents. « Vardø […] La dernière ville de Norvège avant la Russie à l’est de l’Arctique au nord. Jamais elle n’aurait cru se rendre un jour dans ce port de glace perdu sur des terres abandonnées par la vie. » (p. 25). Elle est ensuite conduite sur l’île de Hornøya qui abrite une réserve ornithologique. « Tout devint clair : les Forces spéciales, l’urgence et le sceau du secret […]. Aux pieds de Sarah, assassinée, gisait Katrina Hagebak, la Première ministre norvégienne. » (p. 44). Ses trois gardes du corps ont été égorgés pour l’un, poignardés pour les deux autres ; il n’y a « aucune trace d’effraction nulle part » (p. 47) et tout a été retourné dans la maison : cambriolage ? « Il était évident que Katrina Hagebak n’était pas la femme publique que l’on croyait connaître. » (p. 79).

Mais Sarah met le Ministre de l’Intérieur en colère en refusant de croire à la piste de nationalistes russes (trop facile, trop évident) et le ministre envoie l’inspecteur Peter Gen pour la remplacer ! « […] pour la première fois, ce n’était pas le comportement du coupable qui la questionnait le plus mais celui de la victime : qu’est-ce qui avait poussé Katrina Hagebak à vouloir effacer les indices laissés par son meurtrier ? » (p. 148).

Une deuxième enquête à haut risque pour l’inspectrice Sarah Geringën qui pensait avoir un peu de calme dans sa vie, dans son couple, en s’installant à Grimsøya ! Christopher sera mêlé malgré lui à l’enquête et, encore une fois, l’auteur s’est inspiré de faits réels, ce qui donne vraiment de la consistance à ses personnages et à son histoire. Le thème du féminisme (avec une pointe de mysticisme comme dans Le cri) est abordé de façon incroyable ! « Etta la cité réveillera, Ada la science embrasera et Ludmilla tous les réunira. » (p. 341).

En bon thriller qui se respecte, le lecteur est convié au voyage, ici dans la cité antique de Byblos (devenue Dbeil) au Liban. Mais je vous laisse découvrir tout le reste en lisant ce roman, à la hauteur de Le cri, un excellent thriller sur la plus grande imposture historique et religieuse au monde ! D’ailleurs, j’ai souri lorsque l’auteur parle de Lise Meitner car j’ai récemment lu Le Prix de Cyril Gely, très bon roman sur la place de la femme dans la science.

Encore un thriller parfait pour le challenge Polar et thriller 2019-2020.

Le cri de Nicolas Beuglet

Le cri de Nicolas Beuglet.

XO, collection Thriller, septembre 2016, 496 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-84563-820-4.

Genres : littérature française, roman policier.

Nicolas Beuglet vit dans la région parisienne. Il a travaillé pour la télévision. Il est maintenant écrivain. Son premier roman, Le premier crâne, est paru en avril 2011 chez Michel Lafon mais sous le pseudonyme de Nicolas Sker et j’ai très envie de le lire mais il n’est pas facile à trouver et il n’existe pas en poche… Peu d’infos sur cet auteur apparemment discret mais il a une page FB pour ses livres.

Après une dispute avec son mari, Sarah se retrouve dans sa voiture en pleine nuit sous la neige lorsqu’un appel d’un collègue l’envoie à l’hôpital psychiatrique de Gaustad près d’Oslo. Sarah Geringën est inspectrice de police et se rend sur place avec Thobias Lovsturd, légiste, mais ils n’ont pas très envie d’enquêter dans cet établissement : Gaustad détient « le sinistre record d’Europe de lobotomies » (p. 24). « L’hôpital semblait figé dans le passé. Tant et si bien que, sans l’écran d’ordinateur qui dépassait du meuble de l’accueil, on aurait pu se croire à la fin du XIXe siècle. » (p. 26). Un patient amnésique et inconnu de 76 ans interné pour « de récurrents troubles de la personnalité » (p. 33) se serait étranglé lui-même et serait mort d’une crise cardiaque mais il a une inscription bizarre sur le front : 488. Et, durant l’enquête, Sarah et Thobias découvrent bien d’autres choses… « – 488 était-il là hier soir – Oui, il a crié, comme tous les soirs… Son cri à lui. Un truc moche… Vraiment moche… » (p. 63). Vous comprenez le titre du roman, Le cri.

Le cri (Skrik) d’Edvard Munch (Norvège, 1893)

« La vie nous tuerait tous si nous n’avions pas l’oubli, madame Geringën. Cet oubli qui fait que nous ne pensons pas chaque seconde à l’absurdité de notre existence. Nous vivons sans savoir d’où nous venons et nous mourons sans savoir où nous allons. Comment vivre entre les deux ? Comment ne pas être paralysé par cette absence de sens ? » (p. 126).

Avec les résultats de leurs recherches, toujours secrètes, les scientifiques veulent (en temps voulu) « briser une fois pour toutes les résistances athéistes » (p. 441).

Dans cet excellent thriller scientifique et mystique, le lecteur voyage avec Sarah, de la Norvège aux îles de l’Ascension, en passant par la France où elle rencontre Christopher, un journaliste d’investigation français dont le frère a été assassiné. Le cri, c’est la peur, la folie, la folie des hommes et la folie des débuts de la psychiatrie, un roman inspiré de faits réels et ça fait froid dans le dos, c’est même plus qu’effrayant ! Mais je ne veux pas en dire plus, j’ai dévoré ce roman, et j’espère que vous aussi vous le dévorerez. Ont suivi Complot en mai 2018 (que j’ai dévoré aussi récemment) et L’île du Diable qui vient de paraître, en septembre 2019 (et que je veux absolument lire).

Ce très bon roman a reçu plusieurs prix : Prix du Polar des Petits Mots des Libraires 2017, Prix du Roman Populaire 2017, Prix des nouvelles voix du polar 2018 (catégorie roman français, Pocket), Prix Polar en Nivernais 2018 et c’est largement mérité !

Une lecture parfaite pour Polar et thriller 2019-2020.

Dans la peau d’un autre de Xavier Müller

[Article archivé]

Dans la peau d’un autre est un roman de Xavier Müller paru aux éditions XO le 16 juin 2011 (430 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-84563-484-8).

Xavier Müller a un doctorat en science physique ; il est journaliste scientifique et auteur de nouvelles et de romans.

« Existe-t-il deux Français qui ont le même nombre de cheveux ? » (p. 12).

Maxence (Max) Lance, 24 ans, est étudiant en neurobiologie. Il est en 3e année et obtient un stage sur la « tentative d’influence des neurones miroirs à l’aide de la stimulation magnétique transcrânienne » dans le laboratoire universitaire du Professeur Léonard Gamblin. Il a une liaison avec une étudiante allemande, Andrea Becker, mais il n’a pas trop le temps pour la bagatelle car la nuit, il travaille dans un cabaret où il hypnotise les clients.

Le 2 juillet 1999, il soutient sa thèse puis se rend au cabaret mais après le spectacle, quelqu’un lui tape sur l’épaule.

Max reprend conscience dans une voiture qui roule à 130 km/heure sur l’autoroute. Il croit à une blague d’étudiants mais sa corpulence a changé et ses papiers sont au nom de Philippe Mahieu ! De plus, on est le 25 avril 2009. Il apprend que ses parents sont morts et qu’il a disparu subitement en juillet 1999. « Juillet : c’était le mois que je venais de quitter. » (p. 33). « Je devais accepter l’évidence : Maxence Lance avait quitté 1999 en même temps que j’arrivais en 2009. » (p. 35).

Philippe Mahieu est neurobiologiste : il travaille au LNI (Laboratoire de Neurobiologie Intégrative) ; il éprouve de l’intérêt pour l’hypnose, et aussi incroyable que cela puisse paraître, il fréquente Andrea Becker depuis 8 mois !

« Plus j’avançais dans l’assemblage du puzzle qu’avait laissé Mahieu, plus je voyais la silhouette d’un chercheur hors pair se dessiner. » (p. 59).

Alors qui est-il ? Max Lance ? Ou Philippe Mahieu ?

« Je recommençais à vivre comme tout le monde et non plus comme la victime d’un phénomène fantastique qui devait se méfier de quiconque lui adressait la parole. » (p. 138-139).

Mais Max n’est pas comme tout le monde et après la publication d’un article dans la célèbre et sérieuse revue Science Inside World, l’acharnement de ses collègues scientifiques et de la journaliste Claire Delcourt ruine sa carrière…

Max retourne au cabaret du quartier de Pigalle où il hypnotisait avant de disparaître. Le vieil Amaury, aveugle, l’héberge et lui donne du travail. Son premier spectacle sera dans un village normand où Béatrice Vincent l’accueille. Mais Claire Delcourt ne lâche pas le morceau !

J’ai été emballée par l’idée de départ et je peux vous dire que ce roman tient son rôle de thriller à la perfection.

Si vous n’êtes pas fan de neurobiologie et d’hypnose, et si vous n’y connaissez pas grand chose aux neurones, rassurez-vous : ce thriller, bien que scientifique, n’est absolument pas ardu et se lit très bien. C’est même un excellent thriller avec du suspense, des questionnements, des rebondissements, une course-poursuite, et quelques moments de repos à la campagne (envie de traire les vaches ?).

Grâce à ce thriller à la limite de la science-fiction, j’ai découvert la science de l’hypnose et les neurones miroirs, car oui : ils existent vraiment (article Wikipédia).

Un livre pour se détendre et pour apprendre donc ; le thriller de l’été, idéal sur la plage, mais pas que.

Je remercie Newsbook de m’avoir envoyé ce thriller. Du coup je le présente dans le challenge Thriller de Cynthia.