L’été à Pékin d’Élise Fontenaille

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L’été à Pékin est un roman d’Élise Fontenaille paru aux éditions du Rouergue dans la collection Dacodac en avril 2010 (45 pages, 5 €, ISBN 978-2-8126-0122-4).

Élise Fontenaille est née à Nancy (Meurthe et Moselle) en 1962. Elle a publié de nombreux romans jeunesse et a reçu plusieurs prix.

« Aujourd’hui, c’est la pire journée de ma vie » (p. 7) : voici comment débute ce court roman. Pauline vit la rentrée des classes toute seule car sa meilleure amie, Nikita, est partie à Pékin, en Chine, avec son père, journaliste. Il reste à Pauline, Mesrine, le canari que Nikita lui a confié. « Ne sois pas triste, Pauline, deux ans ça passe vite ! Je t’écrirai tous les jours. » (p. 8). Pourtant, au bout de quelques jours, les nouvelles s’estompent… Nikita a de nouveaux amis au Lycée français et s’éclate bien à Pékin. « Avec sa nouvelle vie, elle ne va pas tarder à m’oublier, Nikita. » (p. 15). Mais Pauline va tout faire pour que Nikita ne l’oublie pas et pour lui rendre visite l’été suivant.

Un roman jeunesse agréable à lire ; sur l’amitié, la réconciliation (avec Clarisse), la satisfaction de travailler et d’apprendre de nouvelles choses (les maths pour l’école et le chinois pour le plaisir). « Depuis que je me suis mise à travailler, il se passe une chose étrange : je ne sens plus le temps passer. » (p. 23). « […] je ne suis plus jalouse, je n’ai plus le temps. » (p. 24). Quelques infos disparates sur la Chine (habitat, nourriture, Jeux Olympiques).

Une petite lecture pour les challenges A reading’s week, Cartable et tableau noir, Jeunesse & young adults # 3 et Petit Bac 2014 (catégorie Lieu).

Le héron de Guernica d’Antoine Choplin

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Le héron de Guernica est un roman d’Antoine Choplin paru aux éditions du Rouergue en août 2011 (160 pages, 16 €, ISBN 978-2-8126-0248-1). En fait, je l’ai lu en gros caractères paru aux éditions À vue d’œil en mai 2012 (287 pages, 16 €, ISBN 978-2-84666-697-8).

Antoine Choplin naît en 1962 à Châteauroux dans l’Indre. Il vit dans la région grenobloise. Il est poète et romancier. Il organise le Festival de l’Arpenteur (juillet).

1937. Basilio est un jeune homme du village de Guernica (Espagne). Il rencontre le père Eusebio pour lui montrer une de ses peintures représentant un héron cendré. Le prêtre lui annonce qu’un grand peintre, Picasso, s’intéresse à Guernica et va présenter une œuvre à Paris à l’Exposition internationale des Arts et Techniques ; il lui demande s’il est d’accord de s’y rendre, pour voir la peinture et pourquoi pas montrer la sienne à Picasso : après tout, lui, y était à Guernica alors que Picasso non. Quelle expérience pour Basilio qui n’est jamais sorti de son village !

Le jeune homme passe sa première nuit à Paris sur un banc du Jardin du Luxembourg et, le lendemain matin, va au Trocadéro. « La Tour Eiffel s’était mise à peser de toute sa hauteur sur le paysage et capturait incessamment son regard. » (p. 13). Va-t-il pouvoir rencontrer Picasso et lui montrer son héron cendré ?

Flashback. Basilio à Guernica. Le jeune homme travaille à la ferme de Julian et peint pendant son temps libre. « C’est bien toi, Basilio, n’est-ce pas ? […] On m’a dit que tu avais un fameux coup de pinceau. » (p. 64).

Le lendemain du bal, Basilio va s’installer près du pont de Renteria sur la Mundaca pour peindre encore le héron cendré. L’installation, l’attente, l’observation : ce passage est superbe ! « Doucement Basilio a redressé le torse, puis la nuque. Comme pour emprunter au héron quelque chose de son allure, de sa droiture, de son élégance hiératique. Comme chaque fois, il s’émerveille de la dignité de sa posture. […] qu’il voudrait rendre par la peinture. Cette sorte de dignité, qui tient aussi du vulnérable, du frêle, de la possibilité du chancelant. » (p. 90). « Le regard du héron. Ça aussi, Basilio voudrait en témoigner au mieux. Rendre quelque chose de cette inquisition pure, de ce miroir aux énigmes du monde. » (p. 91).

Pendant qu’il peint le héron, trois avions allemands, des Heinkel, larguent leurs bombes sur Guernica. Basilio s’inquiète pour celle qu’il aime, Célestina et aussi pour son oncle handicapé, Augusto. « Basilio ne voit pas tomber la bombe. Il ne distingue pas non plus son point d’impact. Le bruit de l’explosion emprunte à la brisure, au déchirement bref, au tranchant métallique. Durant une seconde, il se croit touché lui aussi, pénétré au ventre, au front par les éclats de quelque chose. » (p. 175).

Un de mes passages préférés. « On va prendre des photographies, Basilio. Pour témoigner de ce massacre auprès du monde entier. C’est ça qu’on va faire. – Mais il y a tous ceux qui l’ont vu de leurs propres yeux. Toi, moi, les autres. – Ça suffit pas. Il faut des documents. Sinon on nous croira jamais. Allez, suis-moi. » (dialogue entre le père Eusebio et Basilio après le bombardement des avions, p. 187).

Au moment où il prend les premières photographies de sa vie, les bombardiers en plein vol au-dessus de Guernica, la bicyclette couchée au milieu de la place, Basilio comprend l’importance de ces images, de ce qu’elles vont montrer, de ce qu’elles doivent montrer.

Bon sang, un roman si court et de cette ampleur ! Le silence, et puis des petits pas, des regards, pour un récit tout en finesse, avec des petits coups de pinceau pas trop amples pour ne pas effrayer… le héron ? le lecteur ? Une petite ville tranquille. Et puis la fureur de la guerre, le bruit, les bombes, le feu, la destruction, la peur, la mort. Au calme de la rivière avec l’observation de la faune et de la flore, l’auteur renvoie la fureur de la guerre et les horreurs de la ville bombardée : des cadavres, des cris, des pleurs, des taurillons en proie aux flammes (passage éprouvant), des bâtiments détruits, des vies détruites…

Ce roman est un coup de cœur et j’ai hâte de lire le nouveau roman d’Antoine Choplin, La nuit tombée, et aussi son premier roman, Cour Nord.

J’ai lu ce roman durant le Marathon d’automne et je le présente dans les challenges Animaux du monde (pour le héron cendré bien sûr mais aussi pour les mouettes et les taurillons) et Tour du monde des genres en 365 jours (pour l’Histoire).

Et je vous invite à voir ma photo de héron.