Comme des bêtes de Violaine Bérot

Comme des bêtes de Violaine Bérot.

Buchet-Chastel, avril 2021, 160 pages, 14 €, ISBN 978-2-283-03487-3

Genres : littérature française, roman.

Violaine Bérot naît le 16 juin 1967 à Bagnères de Bigorre. Elle étudie la philosophie à Toulouse mais devient ingénieur en informatique puis professeur. Elle vit dans les montagnes des Pyrénées où elle s’occupe d’animaux et d’enfants. Du même auteur : Jehanne (Denoël, 1995), Léo et Lola (Denoël, 1997), Notre père qui êtes odieux (Baleine, 2000), Tout pour Titou (Zulma, 2000), L’ours, les raisons de la colère (Cairns, 2006), Pas moins que lui (Lunatique, 2013), Des mots jamais dits (Buchet-Chastel, 2015), Nue sous la lune (Buchet-Chastel, 2017) et Tombée des nues (Buchet-Chastel, 2018). Plus d’infos sur son blog.

« Depuis toujours / nous / les fées. / Depuis toujours / au-dessus du monde d’en bas / à observer ce qui se trame. / Nous / les fées / cachées dans la grotte / à l’aplomb de la paroi / discrètes / curieuses. / Nous / les fées / qui du monde d’en bas / aurions tant à raconter. » (p. 9-10).

Un village isolé dans la montagne.

Une institutrice se souvient avoir eu cet enfant en primaire il y a plus de vingt ans. L’enfant ne parlait pas, il grognait si quelqu’un l’approchait, il avait peur des autres et sa mère (Mariette) a refusé de le mettre dans un institut spécialisé puis il n’est jamais revenu à l’école et elle n’a pas eu de nouvelles car l’enfant (surnommé l’Ours) et sa mère habitaient isolés, éloignés du village d’Ourdouch. Mais Albert dit que l’Ours guérit ses bêtes.

Un homme se souvient aussi, il était en classe avec l’Ours. « Je me souviens qu’on avait une trouille énorme de lui. On évitait au maximum de le croiser quand on était seul. Et en même temps, il nous attirait terriblement. » (p. 21). Attraction et répulsion, fascination.

Mais un randonneur a trouvé une fillette de six ans qui jouait avec un âne. Quel lien a-t-elle avec l’Ours ? Est-elle sa fille ? Sa sœur ? S’est-il réellement occupée d’elle ? L’institutrice pense qu’il faut faire parler Mariette : « ce ne peut être que par elle que l’on connaîtra le fin mot de l’histoire. » (p. 15).

La construction de ce roman est impressionnante. Déjà, avant chaque chapitre, il y a une poésie de fées comme une chanson (extrait ci-dessus, en début de billet). Ensuite, chaque chapitre est un témoignage différent sur l’Ours, ce dont le narrateur se souvient, ce qu’il pense, et aussi, on apprend des choses dans le chapitre suivant, donc avec un autre témoin (par exemple, on apprend que l’institutrice s’appelle Mme Lafont lorsque le camarade de classe devenu adulte témoigne, ou que le couple qui a vendu la grange à Mariette s’appelle Dupuy lorsqu’Albert raconte comment l’Ours a soigné ses vaches). En fait, les gens de la vallée sont tous interrogés par les gendarmes. Les témoignages s’imbriquent les uns dans les autres, se complètent même si les avis divergent sur l’Ours et si les questions que chacun se pose sont différentes quant à la fillette.

« Ah, c’est une légende qui se raconte depuis toujours. Que les fées vivaient dans cette grotte parce qu’elle est inaccessible. Qu’elles volaient les bébés dans les villages pour les ramener là-haut. […] Non, on n’y croit pas vraiment, bien sûr. Mais n’empêche que c’est la tradition, la grotte aux fées c’est la grotte des bébés volés. » (un chasseur, p. 51-52).

« Non, j’idéalise pas. Mais c’est peut-être pas facile à comprendre pour vous qui venez de la ville. Les bêtes, les humains, le rapport vous le voyez plus trop. Tout ça c’est plus votre monde, je me doute bien. Pourtant j’idéalise pas, je vous promets. » (Albert dont l’Ours – lui le surnomme le Grand Muet – soigne les bêtes, p. 78).

« Mais non il n’a pas volé cet âne ! Je vous dis que nous l’avons racheté à son propriétaire ! Il n’a rien volé ! » (Mariette, p. 122).

Ouah, ce court roman, tellement profond et tragique, et en même temps tout en délicatesse, je n’ai jamais rien lu de tel. Une ode à la différence, au droit de vivre à la marge (sans faire de mal à quiconque bien sûr). Cette histoire dont l’intensité augmente à chaque page, à chaque interrogatoire, le tout entrecoupé par la poésie des fées, m’a bouleversée et j’espère qu’elle vous bouleversera aussi. Car le lecteur doit « écouter » tous les protagonistes (les malveillants, les neutres et les bienveillants) et tenter de se faire sa propre idée parmi les théories fumeuses voire les rumeurs nauséabondes (d’ailleurs, qui se comportent comme des bêtes ?).

Un roman coup de poing coup de cœur que je mets dans Challenge lecture 2021 (catégorie 43, un livre dont le nom de l’auteur commence par B) et Contes et légendes #3 (légendes de fées).

D’autres l’ont lu comme Héliéna, Joëlle, Mumu dans le bocage.

Une famille comme il faut de Rosa Ventrella

Une famille comme il faut de Rosa Ventrella.

Les Escales, janvier 2019, 288 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-36569-421-6. Je l’ai lu en poche : Pocket, juin 2020, 336 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-26630-702-4. Storia di una famiglia perbene (2018) est traduit de l’italien par Anaïs Bouteille Bokobza.

Genres : littérature italienne, premier roman.

Rosa Ventrella naît à Bari en Italie. Journaliste et éditrice, elle se lance dans l’écriture avec Une famille comme il faut (2018) suivi par La liberté au pied des oliviers (2019) que j’ai également acheté en poche.

« Je n’oublierai jamais le jour où mamie Antonietta m’a affublée du surnom de Malacarne : mauvaise viande, méchante chair. Mauvaise graine. » (p. 11).

San Nicola, un vieux quartier de Bari dans les Pouilles. Maria De Santis est la fille d’un pêcheur, Antonio. La famille comporte aussi la mère, Teresa, la grand-mère Antonietta et les deux frères aînés, Giuseppe et Vincenzo. La famille est pauvre et le père est un homme rude voire violent. « La laideur et la douleur étaient partout autour de moi. [mais] Je ne me rappelle pas avoir pensé que ces années étaient moches ou malheureuses. » (p. 22).

Les premiers souvenirs de Maria remontent à l’âge de 7 ans puis elle avance dans le temps. Elle a une amie, Maddalena, très belle mais jalouse de ses résultats scolaires, et un camarade de classe, Michele, un gros garçon adorable mais dont la famille est louche. Elle a 10 ans lors d’un mariage en 1985 et elle décide qu’elle ne veut pas se marier. « Moi, je ne voulais dépendre de personne. Soudain je perçus ma différence. » (p. 93).

Lorsqu’elle entre au collège privé du Sacro Cuore di Gesù, Giuseppe part pour le service militaire laissant sa famille et sa petite amie, Beatrice. « En quelques semaines, je fus entourées de filles d’ennemies déclarées. Les filles de l’élite d’un côté, qui n’acceptaient pas ma présence dans leur monde feint et ouaté, et les filles de cols blancs de l’autre, dont les sacrifices servaient à prouver que l’émancipation était possible, mais pas encore pour tout le monde. » (p. 160-161).

Les années passent. Après le collège, Maria entre au lycée scientifique Enrico-Fermy et passe tous les étés avec sa mère dans la campagne de Cerignola chez mamie Assunta. Les premiers émois amoureux, des deuils, des mariages, la découverte de la politique (à la fin du lycée, le petit-ami de Maria, Alessandro, fils de militaire, est communiste), l’université où elle étudie les lettres, l’histoire et le latin… « On prend chaque jour qui vient avec l’espoir qu’il soit meilleur que le précédent, dit maman. » (p. 270).

J’ai flashé sur la couverture (poche, en noir et blanc) alors j’ai acheté ce roman pour le Mois italien. J’ai d’abord été surprise d’une telle pauvreté dans les années 80 mais j’ai lu que Bari était une région très pauvre dans le sud est de l’Italie (le talon de la botte). Sur la côte Adriatique quand même.

Au début de la lecture, je me suis demandé si ce roman ne surfait pas sur la vague de L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante qui se déroule dans un quartier pauvre de Naples dans les années 50 (et je peux mieux comprendre la pauvreté après guerre que dans les années 80). Bon je n’ai pas lu Ferrante mais j’ai vu la saison 1 de la série et j’ai remarqué des similitudes (la pauvreté, la violence, l’histoire d’une fillette qui grandit, qui est très bonne élève, etc.) qui sont peut-être simplement les souvenirs de Rosa Ventrella (du moins en partie). Et, finalement, elle traite de nombreux sujets à travers ses personnages, enfants, adolescents et adultes, par exemple la mafia, la violence et la drogue avec la famille de Michele et les mauvaises fréquentations de Vincenzo, la féminité naissante et la jalousie avec Maddalena, le rejet des personnes différentes avec le jeune travesti surnommé Mezzafemmna… Beaucoup ont des surnoms, pas toujours agréables à porter.

Les femmes sont effacées, soumises, parfois laides, certaines furent belles mais elles ont vieilli… En tout cas, elle ne sont jamais rebelles sauf Maria, la Malacarne. Et c’est elle, la narratrice, l’observatrice, qui emporte ce roman et le lecteur dans son quartier, dans son apprentissage de la vie et c’est vraiment très bien écrit. C’est presque un coup de cœur. J’ai hâte de lire la suite, La liberté au pied des oliviers (même s’il sera trop tard pour publier dans le Mois italien…).

Pour le Mois italien déjà cité et le Challenge lecture 2021 (catégorie 30, un livre dont l’histoire se déroule dans un pays européen, 5e billet) et Voisins Voisines (Italie).

La gouvernante suédoise de Marie Sizun

La gouvernante suédoise de Marie Sizun.

Arléa, collection 1er mille, août 2016, 320 pages, 20 €, ISBN 978-2-36308-116-2. Ce roman a reçu le Prix Bretagne 2017 et le Prix Merlieux des Bibliothèques 2017. Il existe en poche chez Folio depuis mai 2018.

Genre : roman français.

Marie Sizun naît en 1940, elle grandit et étudie les Lettres classiques à Paris. Elle est professeur de littérature (France, Allemagne, Belgique). De retour en France, elle publie son premier roman, Le père de la petite (Arléa, 2005) puis La femme de l’Allemand (Arléa, 2007) et une dizaine d’autres titres et reçoit plusieurs prix littéraires.

Après avoir lu une nouvelle en janvier, L’indiscrète de Marie Sizun, j’avais très envie de découvrir des romans de cette autrice que je découvrais. Le premier que je lis est La gouvernante suédoise et La femme de l’Allemand suivra dans les prochaines semaines.

La narratrice (Marie Sizun) a 6 ans. Elle vit à Paris avec ses parents et son petit frère. Chaque année, sa mère l’emmène au cimetière de Meudon où sont enterrés les ancêtres de leur famille, les Sèzeneau, des gens qu’elle n’a pas connus… Après le divorce des parents, une vieille tante, Alice, 60 ans, vient s’installer chez eux. Si Alice, la cadette de sa famille, est née en France, ses frères et sœurs sont nés en Suède et Alice parle le suédois. Elle va raconter à la fillette son histoire (du moins en partie) et lui montrer des photos sépias. « Tout cela m’amusait assez ; mais, préoccupée de mes propres soucis, souvent j’écoutais mal. » (p. 15). Cependant, un jour, Alice laisse échapper un nom, Livia. « Livia ? […] C’était qui Livia ? […] – Livia ? Livia… Mais c’était la gouvernante suédoise. » (p. 16). La fillette découvre alors un secret de famille et l’origine suédoise de son nom, Bergvist.

Des années plus tard, devenue adulte, elle découvre des photos de son arrière-grand-père, de son épouse Hulda et de leurs enfants, quelques papiers et le journal de Hulda. L’ancêtre, c’est Léonard Sèzeneau, un Français exilé pour devenir professeur de français en Suède et qui a épousé une Suédoise de bonne famille, Hulda, dont il a eu quatre enfants et Livia est une gouvernante embauchée pour aider dans l’éducation des enfants.

1867-1868, Göteborg puis 1869-1874, Stockholm, Suède. Léonard, Hulda et leur petit Isidore s’installent « dans un des plus beaux quartiers de la ville, Östermalm, près de Strangatan » (p. 67). Puis Eugène naît et ensuite Louise. Deux bonnes, Anna et Christina, aident à la maison, il y a une cuisinière et un valet s’occupe de monsieur. La mer, les îles, le parc, le Théâtre national, « des concerts, des expositions de peinture, des librairies, des cafés… » (p. 68), la vie est belle et joyeuse pour Hulda et sa famille. Mais sur les photos, elle a toujours un regard triste. Et puis, lorsque Hulda est enceinte du quatrième enfant, sa mère et Léonard décident d’engager une gouvernante et il faut qu’elle parle français pour l’enseigner aux enfants. Ce sera Olivia Bergvist, 22 ans. « Je m’appelle Olivia, mais vous pouvez m’appeler Livia. C’est le nom que mon père me donnait. » (p. 81).

Livia s’entend bien avec tous chez les Sèzeneau et remplit parfaitement sa mission. Noël 1873, toute la famille est réunie, « la nuit magnifique, pleine d’étoiles » (p. 122) mais Léonard Sézeneau sait qu’il va falloir quitter la Suède… Eugénie naît en janvier et « La vie reprend, simple et tranquille, du moins en apparence. » (p. 127). En mars, il faut partir, pour Meudon, près de Paris. Livia est d’accord, ça fait partie de son contrat, mais Hulda est effondrée, ses parents, son bébé qui n’a que deux mois, sa vie en Suède… La vie a Meudon sera catastrophique, pauvre, froide, isolée… Hulda n’en peut plus, elle ne dort plus, elle ne vit plus… « Tout l’angoisse, tout la trouble. » (p. 223).

L’éditeur dit que Marie Sizun « brosse le portrait tout en nuances de ses ancêtres franco-suédois » qu’elle n’a pas connus. Cette histoire est donc en grande partie de la fiction car elle n’a que quelques photographies et quelques informations mais tout est tellement bien raconté qu’on a l’impression que tout est vrai ! Marie Sizun cisèle parfaitement son texte et ses personnages dans un récit intense et documenté mais raconte avec son propre univers que je qualifierais d’atmosphérique. J’avais en tout cas l’impression d’y être et d’observer cette famille, j’étais heureuse avec Hulda en Suède, j’étais seule et triste avec Hulda à Meudon. Mais, finalement, qui est le personnage principal, Hulda ou Livia ?

Je mets ce roman dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 30, un livre dont l’histoire se déroule dans un pays européen, la Suède), dans le Challenge nordique (Suède) et dans le Petit Bac 2021 (catégorie Adjectif pour suédoise).

Des copinautes qui l’ont lu : Aifelle, Mumu dans le bocage, Sylire.

La misère de Nikolaï Telechov

La misère de Nikolaï Telechov.

Bibliothèque russe et slave, 15 pages. La misère (Нужда 1903) est traduit du russe par S. Kikina et P.G. La Chesnais (in Mille nouvelles nouvelles tome 12, 1910).

Genres : littérature russe, nouvelle, classique.

Nikolaï Dmitrievitch Telechov (Николай Дмитриевич Телешов) naît le 10 octobre 1867 à Moscou (Russie). Dès l’âge de 10 ans, il assiste à des célébrations littéraires (statue de Pouchkine, discours de Dostoïevski et de Tourgueniev, rencontre avec l’éditeur Ivan Sytin avec qui il devient ami). Il fait des études à l’Académie pratique des sciences commerciales de Moscou pour devenir homme d’affaires. Il hérite de l’entreprise commerciale fondée par son père et il est chef de la Guilde du conseil des marchands de la société marchande de Moscou (1894-1898). Mais il est aussi écrivain, poète et fondateur du cercle littéraire moscovite Sreda (Среда) ou Mercredi littéraire moscovite (Московская литературная среда), un cercle littéraire et artistique (1899-1916) qui se déroule souvent chez Telechov lui-même. Ses premières histoires racontent la vie marchande et la vie bourgeoise (Coq, Drame bourgeois, Duel…) et il est comparé à Anton Tchekhov qu’il rencontre d’ailleurs et qui lui conseille un voyage en Sibérie, ce qui lui inspire plusieurs récits (À travers la Sibérie, Entre deux rives, Migrants, Pour l’Oural…). Il rencontre de nombreux écrivains et artistes grâce à son cercle littéraire (Ivan Bouvine, Alexandre Golovine, Maxim Gorki, Sergueï Rachmaninov, entre autres). Son épouse Elena Andreevna Karzinkina (1869-1943), issue elle aussi d’une célèbre dynastie de marchands, est diplômée de l’École de peinture, de sculpture et d’architecture de Moscou. J’imagine l’intensité de l’activité littéraire et artistique à cette époque ! Malheureusement Telechov est très peu traduit en français… (voilà pourquoi j’aimerais tellement pouvoir lire en russe, mais j’ai laissé tomber, c’est trop difficile d’apprendre seule…). Il meurt le 14 mars 1957 à Moscou.

Après L’anniversaire de Nikolaï Pavlov, voici donc un autre Nikolaï (moins connu que Nikolaï Gogol) de la littérature russe !

La misère se déroule en Sibérie, « après la fonte des neiges, au printemps » (p. 4). Dans un champ, vingt mille réfugiés attendent de passer un contrôle pour aller de l’autre côté du fleuve sur des bateaux à vapeur.

Nicolka, 5 ans, est maigrichon, il va mourir, c’est sûr, alors son père, Matveï hésite à payer le bateau pour lui, à quoi ça sert de payer s’il meurt… Et puis, comme il est malade, aura-t-il le droit de passer ? « il avait honte de le laisser mourant, mais comment faire ? » (p. 5). C’est le dilemme de Matveï et Arina, doivent-ils attendre que leur enfant meurt ou doivent-ils l’abandonner et partir avec les autres bouches à nourrir ? « Dieu a donné, Dieu a repris, dit-il, pour calmer sa femme. Si nous vivons… un autre Nicolka viendra au monde, et quant à celui-ci… c’est fini !… » (p. 7). Arina ne peut que pleurer en regardant les étoiles la nuit.

Effectivement, c’est vraiment la misère, une grande misère… C’est désespérant même pour le lecteur, plus de 100 ans après… Je comprends que les idées socialistes aient vu le jour… « C’est la volonté de Dieu !… Nicolka ne se remettra pas… C’est tout un… il mourra ! » (p. 14) se dit le père pour se rassurer recroquevillé au fond de la péniche…

Cette nouvelle est dramatique au possible mais Telechov a aussi écrit des nouvelles fantastiques. Il est parmi les auteurs de La grande anthologie du fantastique russe et ukrainien réalisée par Patrice Lajoye et André Cabaret parue aux éditions Lingva en septembre 2020 (je rappelle que Lingva est spécialisée dans la littérature russe, de Russie, d’Ukraine et de Biélorussie).

Voilà encore une découverte pour le Mois Europe de l’Est et les challenges 2021, cette année sera classique, Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

Deux gouttes d’eau de Jacques Expert

Deux gouttes d’eau de Jacques Expert.

Sonatine, janvier 2015, 336 pages, 19 €, ISBN 978-2-35584-316-7.

Genres : littérature française, roman policier.

Jacques Expert naît en 1956 à Bordeaux. Il est journaliste, producteur et directeur de programmes pour la télévision (TF1, M6, Paris Première, RTL). Deux gouttes d’eau est son troisième roman chez Sonatine après Adieu (2012) et Qui ? (2013) mais d’autres romans sont parus depuis 1989 chez d’autres éditeurs.

Après des années d’échecs et de déceptions, Sophie est enfin enceinte. C’est la première échographie à laquelle est présent Philippe Deloye, le futur papa. Et c’est une totale surprise, Sophie attend des jumeaux !

Des années plus tard, Élodie Favereau, 27 ans, est massacrée et décapitée à la hache dans son appartement de Boulogne-Billancourt. Les caméras de surveillance montrent Antoine Deloye, son compagnon. Le commissaire Étienne Brunet et le commissaire-divisionnaire Robert Laforge sont chargés de l’enquête. Mais Antoine Deloye, 28 ans, en larmes, nie toute implication. « Ce n’est pas moi […] C’est Franck […] Mon frère. Mon frère jumeau. C’est lui… Forcément… » (p. 26). Le problème, c’est que, s’ils ont deux caractères différents, les deux frères se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Et que Franck Deloye s’est présenté de lui-même au commissariat pour savoir ce que son frère avait encore fait ! « Plus tard, lorsqu’ils reparleront de cette première rencontre avec Franck Deloye, Laforge confiera à Brunet qu’à l’instant où il avait vu le frère d’Antoine, il avait compris que cette enquête en apparence si simple avait dérapé. Franck pouvait être l’assassin d’Élodie Favereau. Il ne lui accorde pas la moindre confiance. Et si Antoine disait la vérité ! La question s’impose à lui. » (p. 55).

Les chapitres concernant l’enquête alternent avec des chapitres en italique dans lesquels l’auteur présente l’enfance puis l’adolescence des jumeaux et les problèmes que leurs parents rencontrent. « […] ils se faisaient violence pour cacher leur désarroi quand ils étaient en leur présence. Ils s’ingéniaient à se comporter comme si tout allait bien. Mais quand ils se retrouvaient seuls, ils avaient des discussions interminables au cours desquelles ils tentaient maladroitement de se remonter le moral, de se dire qu’il n’y avait rien de si dramatique, finissant toujours pas conclure que la situation les minait de l’intérieur. » (p. 179-180).

Voici un roman rondement mené ! Je vous avoue que j’ai pensé Antoine innocent et Franck coupable, je ne sais trop pourquoi, peut-être que l’auteur veut emmener le lecteur à penser ça, puis à douter, à s’interroger sur la gémellité mais qui est coupable, Antoine, Franck ? C’est en lisant le roman, glaçant, intense et fascinant, que vous le découvrirez parce que Jacques Expert est véritablement un expert ! (bon, je sais, il était facile ce jeu de mots).

Un excellent roman policier (psychologique et machiavélique) pour Challenge lecture 2021 (catégorie 6, un livre dont le titre contient le nom d’une boisson pour Eau, mais j’aurais pu le mettre dans la catégorie 11, un livre dont le titre comprend un nombre), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Aliment/Boisson pour Eau) et Polar et thriller 2020-2021.

Mémoire de soie d’Adrien Borne

Mémoire de soie d’Adrien Borne.

JC Lattès, août 2020, 250 pages, 19 €, ISBN 978-2-70966-619-0.

Genres : littérature française, premier roman.

Adrien Borne est un journaliste français (RTL, RMC, Cnews, LCI). Il étudie l’Histoire à l’université Paris Nanterre puis le journalisme à Lille. Mémoire de soie, inspiré de la vie de son arrière-grand-père dans la Drôme, est son premier roman.

9 juin 1936. Émile a 20 ans. Il part pour deux ans de service militaire. Il quitte son village de La Cordot et la maison familiale en briques, une ancienne magnanerie, « ultime fierté familiale » (p. 13). Il prend un car pour Montélimar (Drôme) après avoir dit au revoir à sa mère, Suzanne. « L’armée, l’uniforme, la guerre jamais loin. » (p. 18). Suzanne glisse dans son sac un livret de famille. Le bus part. Son père, Auguste, brocanteur, est déjà dans son magasin. Avant de rejoindre la caserne, Émile passe quelques heures avec son meilleur ami, Simon.

Flashback, novembre 1918. Auguste avec son moignon au bras gauche a été réformé mais son jeune frère, Baptistin, a fait la guerre et, bien que plusieurs fois blessé, il a célébré l’Armistice et s’apprête à rentrer à La Cordot. C’était sans compter avec la grippe espagnole…

Revenons à Émile. Pourquoi dans le livret de famille est-il écrit Suzanne P, épouse L et Baptistin L ? « Émile, à cet instant, entame un chemin désordonné, un chemin confus. Il s’emporte de lui-même. Il s’afflige puis se raidit. Il s’agite et s’enorgueillit. » (p. 55-56).

Flashback, Auguste, 10 ans, et Baptistin, 5 ans, vivent à la magnanerie. Le Père n’est pas tendre avec eux, la Mère non plus… Ils sont enfermés, les papillons se posent sur eux, les chenilles grimpent sur eux, « L’épouvante. » (p. 61).

Quant à Suzanne, ses parents la place à l’âge de 13 ans, à Taulignan, un orphelinat-usine dans lequel quatre cents filles font de la soie. « Tu pars, c’est mieux pour tout le monde. » (p. 68).

Il n’y a pas de place pour les bavardages ou la tendresse. Mais le fil de l’histoire va se dérouler comme celui du ver à soie. Délivrant d’abord son superflu, le vulgaire, le rustique (la filoselle) puis le beau : « Le fil s’étire, le cocon s’abandonne, j’ai la main, je fais de la soie ou tout comme, elle prend forme sous mes yeux. » (Suzanne, p. 88).

Quel beau roman ! J’ai aimé les « complicités simples et douces » (p. 95) entre les deux frères, Auguste et Baptistin, l’histoire d’amour contrarié entre Baptistin et Suzanne à cause de la Mère et de la guerre (on ne sait laquelle des deux est la pire !). D’ailleurs, plus que les horreurs de la guerre, cette histoire raconte plutôt les horreurs vécues par les femmes seules, les orphelins, les rescapés aux corps cassés… « […] une terreur fabuleuse. Une terreur braquée sur le monde. Tragique. Permanente. » (p. 190). Les phrases sont courtes, percutantes, les mots soigneusement choisis. « Des anciens combattants pas rentrés entiers. Dans un même silence. Dans une même obsession. » (p. 191).

Le lecteur découvre peu à peu, par petites touches à la fois délicates et saisissantes, le(s) secret(s) de famille et les drames qui ont jonché la vie des ancêtres d’Émile. C’est terriblement tragique et déchirant. Un premier roman magistral ! Je suivrai cet auteur et j’espère que vous aussi !

Pour Animaux du monde #3 (papillons et vers à soie) et Challenge lecture 2021 (catégorie 41, un livre dont l’histoire comporte une naissance pour la naissance d’Émile en 1916).

Voix sans issue de Marlène Tissot

Voix sans issue de Marlène Tissot.

Au Diable Vauvert, mars 2020, 272 pages, 18 €, ISBN 979-10-307-0347-4.

Genre : littérature française, roman.

Marlène Tissot naît le 10 juin 1971 près de Reims (Champagne). Elle fait des études techniques (électrotechnique, électronique et programmation informatique) mais aime la littérature et l’écriture. Elle écrit dès le début des années 2000 sur Internet, dans des fanzines et publie son premier recueil de nouvelles en 2010 et son premier roman en 2012 (chez différents éditeurs et dans plusieurs revues). Elle vit à Valence et j’ai eu la chance de la rencontrer (photo ci-dessous), par contre je travaillais donc je n’ai pas pu assister à la discussion… Plus d’infos sur son site, Mon nuage.

Marianne Gilbert (devenue Mary) a 14 ans lorsque sa mère qui n’avait jamais rien voulu voir l’envoie en pensionnat. « Personne ne peut se douter. On dirait un père normal. » (p. 11). Puis Mary devient coiffeuse et rencontre Thomas mais comment vivre une histoire d’amour sereine après ce qu’elle a subi ?

Franck Delmer travaille de nuit, il est gardien de cimetière, ce qui lui convient très bien. « Je sais que mes problèmes ne sont pas de vrais problèmes, seulement des petites douleurs que parfois, sans doute, j’invente. » (p. 24-25).

Les Voix sans issue sont ici au pluriel. Mary violée par son père. Franck tabassé par sa mère… Comment devenir des adultes équilibrés ? Comment vivre un peu de bonheur ?

Mary voit Édouard, un psychiatre. Franck se réfugie dans les médicaments et l’alcool. « J’ai tranché net, conservé la moitié la moins abîmée. » (Mary, p. 69).

Et puis Ian surgit. Il s’est toujours senti « petit. Tout petit. » (p. 76) mais un jour il voit Mary dans le salon Chez Luigi et il entre pour qu’elle le coiffe. Grâce à elle, il a enfin « Une taille humaine. » (p. 76).

Corps brisé, cœur brisé, âme brisée, tout être fracassé peut vivre la résilience et éprouver de beaux sentiments, ressentir du bonheur. Voix sans issue est un message d’espoir !

Mon passage préféré. « C’est pas ton père, c’est les souvenirs qu’il faudrait tuer. » (Franck à Mary, p. 149).

Dommage, il y a quelques fautes comme « papa m’a repoussé […] m’a simplement giflée » (p. 38), « aller au restaurent » (p. 46), « en tôle » au lieu de en taule (p. 165).

Mais Voix sans issue, le premier titre que je lis de Marlène Tissot, est un beau roman courageux, sans voyeurisme, presque poétique, que je vous conseille chaleureusement.

Je veux mettre cette lecture dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 15, un livre féministe non seulement parce qu’il est écrit par une femme, mais aussi parce qu’il parle d’une femme brisée, et d’un homme brisé, et que la vie, l’amour, le bonheur sont possibles).

(Toujours) jeune, (toujours) jolie, maman (mais pas seulement) de Stéphanie Pélerin

(Toujours) jeune, (toujours) jolie, maman (mais pas seulement) ou Ivana, 2 de Stéphanie Pélerin.

Leduc, collection Diva Romance, mai 2018, 224 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-36812-305-8. Je l’ai lu en poche : Piment, avril 2019, 220 pages, 9,99 €, ISBN 978-2-298-15069-8.

Genres : littérature française, romance.

Stéphanie Pélerin est prof de français. Elle est aussi autrice et blogueuse et je la suis depuis des années, je suis sûre depuis au moins 2012, son blog était Mille et une pages sur CanalBlog (créé le 28 décembre 2008) et j’avais participé au challenge Un classique par mois en 2013 et en 2014 sur son nouveau blog (mais je ne peux pas dire depuis quelle date exactement je la suis). La suivre sur son blog, Mille et une frasques (romans et bandes dessinées mais pas que).

Ce roman est en fait la suite de (Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire (ou Ivana, 1) paru en juin 2016 (Mazarine) – et ma note de lecture doit traîner quelque part… – mais il peut se lire de façon indépendante.

Ivana et Bruno s’aiment mais pas facile la vie de couple, surtout avec des jumeaux de 5 ans, Raphaël et Émilie. Ivana a écrit un premier roman, Jeune, mignonne, mais carrément solo et elle va être interviewée à la radio par le célèbre Jérôme Steiner. « J’ai écrit l’histoire un peu barrée d’une nana qui se fait plaquer par son mec et qui fait l’expérience des sites de rencontres. Un peu la mienne, en somme. Même si j’ai pris de grandes libertés avec ma propre vie. » (p. 15). C’est Ivana qui parle pas Stéphanie mais on sent bien que l’autrice (Stéphanie donc) a mis beaucoup d’elle dans ce roman et s’est beaucoup amusée à l’écrire ce qui rend la lecture très agréable.

Longtemps prof de lycée, Ivana s’est tournée vers le collège pour avoir plus de temps à consacrer à l’écriture. Mais, un matin, une maman d’élève lui dit que sa fille, Jordane, est martyrisée par les autres élèves ; elle a plein d’hématomes sur les bras. Et ça stresse Ivana encore plus pour l’interview… « Écoute, pas de stress inutile. Tu y participes en tant que romancière qui donne du bon temps à ses lecteurs par le biais de la fiction. Pas comme grande spécialiste des relations amoureuses. Et ça tombe bien, hein, se met à pouffer Suzy. » (p. 36).

Tout pourrait aller super bien mais Bruno annonce qu’il doit accepter une mission à Poitiers pour redresser l’agence dans laquelle il travaille. « On ne maîtrise pas tout dans la vie et certaines choses sont inévitables quoi qu’on en pense. » (p. 110). Le problème, c’est que Bruno est là-bas avec sa boss, pire : chez sa boss !

Je ne suis pas une habituée des romances et, comme j’en lis très peu, je ne peux pas comparer avec d’autres titres mais j’ai aimé le ton juste, léger, enjoué, sincère et moderne. Les personnages sont attachants. C’est un roman de filles : il y a Ivana bien sûr, Suzy, sa meilleure amie qui habite dans le Sud, Sarah son amie qui habite Paris, et Lola, la fille de Bruno, dans les 25 ans.

Alors, cette note de lecture sera la dernière pour le Challenge du confinement et je triche un tout petit peu car j’ai lu ce roman non pas durant le deuxième confinement mais durant le premier mais vous ne m’en tiendrez pas rigueur (sinon il manquerait la case Romance et je ne pourrais pas honorer le quatrième et dernier module !).

Donc, une lecture divertissante, pas seulement durant un confinement mais tout au long de l’année, tiens sur la plage ou sous la couette, c’est comme vous voulez en fait, mais n’hésitez pas à découvrir Ivana car elle vaut le détour.

La cuillère de Dany Héricourt

La cuillère de Dany Héricourt.

Liana Levi, août 2020, 240 pages, 19 €, ISBN 979-1-03490-314-6.

Genres : littérature franco-anglaise, premier roman.

Dany Héricourt… Je n’ai rien trouvé de plus que ce qu’en dit l’éditeur : « De mère britannique et de père français, Dany Héricourt a grandi au Ghana et au Royaume-Uni, avant de s’installer en France. Après des études de théâtre, elle s’engage dans l’humanitaire. Aujourd’hui, elle travaille dans l’industrie du cinéma en tant que coach de jeu et de dialogue, elle a notamment collaboré avec Éric Rochant, Thomas Vinterberg et Ralph Fiennes, et adapté la série The Eddy pour Netflix. Elle est l’auteure de trois livres dans les domaines érotique, pratique et jeunesse. La cuillère (août 2020) est son premier roman. »

Voici le préambule que j’aime beaucoup. « Mon grand-père, qui est anglais, aime dire que la Grande Histoire engendre toutes les petites histoires de notre existence. Ma grand-mère, qui est galloise, réplique que c’est l’inverse, c’est la somme de toutes nos petites histoires qui fabrique l’Histoire avec un grand H. Alors, où naissent les petites histoires ? grogne mon grand-père. Dnas les draps, les perles et l’argenterie chez les fortunés. Dans la boue, les choux et les cailloux chez les gens comme nous, répond-elle. » (p. 11). Alors vous êtes plutôt du côté du grand-père ou de la grand-mère ? Moi, du côté grand-mère.

Hôtel des Craves, Pays de Galles. 1985. Dans la famille de Seren : le père (Peter), la mère (Kate), les grands-parents maternels (Pompom et Nanou), les deux frères (Dai et Al pour Aled) et le Labrador.

Seren (Madeleine Lewis-Jones) n’a pas encore 18 ans lorsque son père meurt. À côté de la tasse de thé que son père a bue, elle voit une cuillère qu’elle n’avait jamais vue auparavant. « Elle vient d’où cette cuillère ? » (p. 17).

Grâce à Pompom, Seren apprend que la cuillère est assortie à une coupelle, « un taste-vin bourguignon » (p. 21).

En septembre, Seren intégrera la Welsh Academy of Arts mais, durant l’été, elle décide d’aller en France.

« L’apparition de la cuillère est la seule chose intéressante qui soit arrivée depuis des semaines. Conclusion : quitte à me perdre, autant le faire en traquant ses origines. » (p. 54). Dans la vieille Volvo de son père, direction Paris et la Bourgogne. « Visite les caves, montre ta cuillère et ramène au moins une caisse de rouge, s’il te plaît. » (Pompom, p. 70).

Seren va faire le tour des châteaux, particulièrement ceux en B puisque les armoiries sur la cuillère sont B&B. Après que la Volvo soit tombée en panne, elle est accueillie par Colette et Pierre Courtois au château de Ballerey. « – C’est un château assez rustique. Tu en as visité combien pour l’instant ? – Ballerey est le cinquième. – Espérons que ce soit le bon ! » (p. 144).

Un très joli premier roman. Les chapitres sont courts, la lecture est légère et divertissante ; certains moments sont drôles comme par exemple au cinéma ou avec les Allemands naturistes.

Il y a un truc de bien dans ce roman, c’est que, comme il se déroule en 1985, pas de téléphone portable, pas d’Internet, Seren fait ses recherches dans des encyclopédies et des atlas.

Un roman sans prétention mais une lecture vraiment agréable que je mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2020, Petit Bac 2020 (catégorie Objet pour cuillère) et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Le bonhomme de neige de Jo Nesbø

Le bonhomme de neige de Jo Nesbø.

Gallimard, collection Série noire, mai 2008, 528 pages, 22 €, ISBN 978-2-07078-641-1. Snømannen (2007) est traduit du norvégien par Alex Fouillet.

Genres : littérature norvégienne, roman policier.

Jo Nesbø naît le 29 mars 1960 à Oslo (Norvège). Jeune footballeur, étudiant à la Norwegian School of Economics à Bergen, journaliste économique, auteur compositeur interprète du groupe de pop rock Di Derre, avec son frère Knut Nesbø, de 1992-1998 (j’ai écouté quelques titres, c’est pas mal), le voici maintenant romancier (romans policiers et littérature jeunesse) depuis 1997, nouvelliste et scénariste. C’est la première fois que je lis cet auteur mais j’ai vu (et apprécié) la série télévisée Occupied.

Le bonhomme de neige est le 7e tome de Une enquête de l’inspecteur Harry Hole. Zut, moi qui pensais commencer par le début… En tout cas, en 2017, ce roman est adapté au cinéma par Tomas Alfredson (réalisateur suédois) avec Michael Fassbender (acteur germano-irlandais) dans le rôle de l’inspecteur Harry Hole (mais je n’ai pas vu ce film).

5 novembre 1980, la neige arrive sur Lillestrøm. Sara Kvinesland rend visite à son amant avant qu’il ne déménage. Son fils l’attend dans la voiture. Lorsqu’elle revient quarante minutes plus tard, il lui dit qu’il a vu le bonhomme de neige et « Nous allons mourir. » (p. 17).

2 novembre 2004. Harry Hole, à 40 ans, est inspecteur principal à la Brigade criminelle d’Oslo. Son service doit enquêter sur une femme disparue depuis un an. « Elle était femme au foyer, et avait été vue pour la dernière fois au jardin d’enfants où elle avait déposé son fils et sa fille, le matin même. » (p. 27-28). Une nouvelle enquêtrice, Katrine Bratt, est affectée à la brigade.

Dans la nuit du 2 au 3 novembre, Birte Becker disparaît laissant seul son fils de 10 ans, Jonas. Le père, Filip, professeur, est à Bergen. Hole et son équipe sont sur l’affaire. En fait, un bonhomme de neige est apparu dans leur jardin et, au lieu de regarder la route, ses yeux en charbon sont dirigés vers la maison et autour du cou, il a l’écharpe rose de Birte…

« Ça, c’est une des vieilles affaires de Hole, non ? […] Il croyait qu’il y avait un tueur en série dans la nature. […] tu sais sans doute qu’il se trompait ? Et que ce n’’était pas non plus la première fois. Il est littéralement obsédé par les tueurs en série, Hole. Il se croit aux États-Unis. Mais il n’a pas encore trouvé le sien dans ce pays. » (p. 76). C’est que Harry Hole a suivi une formation au FBI et qu’il est spécialisé dans les tueurs en série. Et, surtout, il a reçu cette lettre : « La première neige ne tardera pas. Et il resurgira alors. Le bonhomme de neige. Et quand la neige aura disparu, il aura de nouveau pris quelqu’un. Ce que tu devrais te demander, c’est ceci : ‘Qui a fait le bonhomme de neige ? Qui fait les bonhommes de neige ? Qui a enfanté The Murri ?’ Car le bonhomme de neige lui-même ne le sait pas. » (p. 91) alors il est sûr qu’il y a un tueur en série !

Une femme disparue, une autre dont la tête est retrouvée sur un bonhomme de neige, une clinique de chirurgie plastique, le syndrome de Fahr, un flic kleptomane de Bergen disparu depuis plus de dix ans années, l’enquête suit plusieurs pistes. « Le meurtrier en série est un narcissique qui met en scène une pièce dans laquelle il tient le rôle principal ; l’invincible, le plus puissant, celui qui triomphe à la fin. » (p. 200).

Côté perso, Harry Hole se remet doucement de sa séparation d’avec Rakel qui compte épouser un autre homme mais ils continuent de se voir et Hole peut également voir Oleg, 12 ans, dont il s’est occupé comme d’un fils.

Une phrase à méditer. « Plus je vieillis, plus je suis d’avis que le mal est le mal, avec ou sans maladie mentale. » (Ståle Aune, p. 519).

L’enquête est assez rapide, elle dure 3 semaines (donc du 2 au 23 novembre) mais le roman trouve son épilogue en décembre. Une enquête violente, brutale, qui ne fait pas la part belle aux journalistes et à certains policiers prêts à balancer pour sauver leur peau… Mais Harry Hole semble invulnérable. Et les personnages qui l’entourent sont divers et attachants (pour la plupart). De plus, la musique a une grande importance (le lecteur sent que l’auteur est aussi musicien) et il y a une véritable bande son pop rock. Le bonhomme de neige est un polar dense et efficace et je lirai d’autres titres de Jo Nesbø, c’est sûr et certain !

Pour le Challenge du confinement (case Policier), Décembre nordique, Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Norvège). Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 17.