Throwback Thursday livresque #46

Nouvelle participation pour le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose, avec de nouveau un chouette logo.

Le thème de ce jeudi 31 août est « Du bruit pour rien (un livre que tout le monde a aimé mais pas moi) ». Il est difficile de dire que tout le monde a aimé car, comme on le sait, rien ne peut plaire à tout le monde et il y en a toujours quelques-uns – voire plusieurs – à ne pas aimer et à le dire, et c’est tant mieux, ça fait avancer le Schmil… bon sang comment ça s’écrit ? Le Schmilblick !

Récemment, j’ai lu deux premiers romans de la rentrée littéraire (du début d’année) dans le cadre des 68 premières fois – 2017 et ces romans ont bien plu à plusieurs des participants mais pas à moi… À tel point que j’ai du mal à rédiger mes notes de lectures… Que finalement je vous livre ici !

De la bombe de Clarisse Gorokhoff paru chez Gallimard, collection Blanche, en mai 2017 (272 pages, ISBN 978-2-07272-385-8).

Ophélie, une Française de 25 ans qui vit en Turquie, dépose une bombe à l’Hôtel Four Seasons Bosphorus. « Le monde sera une donnée inconnue, un horizon frémissant. » (p. 11). Une bombe artisanale fabriquée par son amie, Derya, une jeune femme kurde dont le frère a été arrêté par la police turque. « Je vais me coucher sans somnifère, on verra bien dans quel monde je me réveillerai. » (p. 57). Ce roman, c’est de la bombe à ce que j’ai pu lire sur des blogs et sur FB… Ah bon ?! Je dirais que c’est un roman insipide, sans queue ni tête, qui se termine en road movie invraisemblable avec le cadavre de l’homme qu’elle a aimé dans la voiture… Qu’a voulu (dé)montrer l’auteur ? Parce que là, la morale de ce récit est que, en Turquie, il est possible de tout faire sans être ennuyé par la police, ou si peu, il reste toujours la fuite ! En plus il y a une histoire incompréhensible avec un bébé mouette et un chat (p. 229-231) : laissons la mouette et le chat à Luis Sepúlveda, s’il vous plaît ! Un roman qui m’a profondément ennuyée, que je me suis forcée à lire jusqu’au bout malgré ses presque 300 pages et que je ne conseille pas du tout : si vous êtes intéressés par la Turquie, lisez plutôt de la littérature turque !

Le cœur à l’aiguille de Claire Gondor paru chez Buchet-Chastel, collection Qui vive, en mai 2017 (96 pages, 10 €, ISBN 978-2-283-03054-7).

Leïla coud sa robe de mariage, une robe constituée des lettres de son fiancé, Dan, « parti au loin ». « Concentrée sur son ouvrage, les yeux rivés sur la pointe de l’aiguille, Leïla s’apaisait enfin. Ses pensées cessaient de s’éparpiller à tous vents. Aiguille, fil, papier, il suffisait de se laisser bercer par la cadence de ses gestes vifs. « (p 13). « Cinquante-six carrés blancs éparpillés sur le guéridon. Cinquante-six bouts de papier barrés de quelques signes. Cinquante-six lettres, à peine, plutôt des haïkus de lettres : une phrase ou deux, une signature, un baiser – les lettres de Dan, plus précieuses que tout. » (p. 19). « La boîte à chaussures qui avait contenu toutes les lettres de Dan se vidait lentement. » (p. 34). Oui, ben, la lecture n’avance pas non plus… ! Que c’est lent, que c’est barbant, heureusement qu’il y a peu de pages ! À chaque lettre, un souvenir, une sensation, une odeur, la fête foraine, l’enfance, leur rencontre, une histoire du pays que sa tante Fawzia racontait (ah oui, Leïla vit en France mais sa famille est originaire d’Afghanistan) avec le thé noir, « amer et rugueux » (p. 58). Ça aurait pu être beau, mais non… « De coudre le chagrin. » (p. 43). C’est moi qui suit chagrin avec ce roman, si pauvre, que beaucoup de lecteurs ont qualifié de sensible, émouvant, délicat, merveilleux, en veux-tu en voilà ! L’auteur donne plein de petits détails inutiles et ne dit rien en fait, elle reste muette sur tellement de choses… Dan est-il un militaire parti se faire tuer dans un pays en guerre ? A-t-il rejoint le camp islamiste pour s’aligner sur la religion d’origine de sa fiancée et ne jamais revenir ? Un livre qui ne dit rien n’apporte rien ; je suis donc passée complètement à côté de la délicatesse présumée de ce roman cousu de fil blanc !

Bien que non appréciés, ces romans vont quand même dans les 68 premières fois – 2017 et le challenge Défi Premier roman.

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La fin du monde a du retard de J.M. Erre

[Article archivé]

La fin du monde a du retard est un roman de J.M. Erre paru aux éditions Buchet-Chastel en février 2014 (401 pages, 20 €, ISBN 978-2-283-02731-8).

Genres : roman loufoque mi policier mi science-fiction.

J.M. Erre (je pensais que son prénom était Jean-Michel mais c’est Jean-Marcel) est né en 1971 à Perpignan (Pyrénées Orientales). Du même auteur : Prenez soin du chien (2006), Made in China(2008), Série Z (2010) et Le mystère Sherlock (2012). Suivre J.M. Erre sur sa page Facebook.

Le personnel et les malades de Saint-Charles sont en pleine préparation pour le centenaire de la clinique psychiatrique. Julius, un trentenaire qui croit au complot mondial qu’il explique par la mythologie, publie sur son site, La fin du monde a du retard. Il a prévu de s’évader mais, depuis une semaine, il y a une nouvelle pensionnaire : Alice, 25 ans, qui est restée huit semaines dans le coma. « Julius avait bien fini par se l’avouer : elle lui plaisait beaucoup, cette Alice. Depuis une semaine, il pensait à elle toute la journée, guettait ses allées et venues par son œilleton et n’en dormait plus la nuit. […] Il était amoureux. Et c’était une catastrophe. » (p. 22). Julius est amnésique mais il pense que la fin du monde est pour dans deux jours et il embarque Alice dans sa quête contre Tirésias en espérant qu’elle retrouvera la mémoire et des émotions. Mais attention : « Trop de complots tue le complot. » (p. 42) ! Cinq jours… Dans cinq jours, le commissaire parisien Joseph Gaboriau et le prêtre Jean-Bedel Saint-Freu de l’église Saint-Théodule seront tous deux à la retraite après des décennies de bons et loyaux services.

Ce roman démarre bien, j’abandonne toute logique et j’accepte que Julius m’ouvre les yeux sur le complot mondial ! Suis-je moi aussi enchaînée dans la grotte comme dans l’allégorie de Platon ? Julius est à fond dans la mythologie, antique, médiévale, avec les surhumains prométhéens et les surhumains apocalyptiques, qui correspondent tout bonnement à nos super-héros et super-méchants et donc l’auteur utilise des parallèles avec notre fiction, enfin surtout américaine mais pas que, dans la littérature, le cinéma, pour retrouver la magie d’antan, le surnaturel, l’extraordinaire. C’est donc toujours le Bien contre le Mal, une vision assurément manichéenne mais bien réelle. C’est hyper intéressant, et drôle aussi, avec un humour loufoque à la limite de l’absurde. Mais j’ai quand même moins ri qu’avec Le mystère Sherlock lu au printemps 2012 mais dont je n’ai pas publié de note de lecture (aïe, pas tapé !). Dans Le mystère Sherlock, J.M. Erre rendait hommage à Sherlock Holmes et aux Holmésiens ; dans La fin du monde a du retard, il rend hommage aux mythes et aux super-héros ; en fait dans chacun de ses romans, il met en avant un thème précis qu’il détaille avec érudition et humour.

Il y a donc ici nos deux « héros » et des genres de super-héros (les surhumains prométhéens, les gentils quoi !) : un commissaire flanqué d’un jeune inspecteur aux idées bizarres, un prêtre attendrissant, une mamie complètement décalée (pages 282 et suivantes), un geek fan de Star Wars surnommé Ours, deux espions (?) Raoul et Albert, une secte réfugiée dans les égouts mais bon sang, pourquoi la fin du monde a-t-elle du retard ?, et les super-méchants (les surhumains apocalyptiques, ceux qui veulent détruire le monde) avec l’ordre de Tirésias et leurs Régulateurs, brrr… Tout ça pour un roman déjanté (j’ai survécu avec nos héros à plusieurs explosions et à des courses poursuites effrénées) mais attention « Il n’y a pas de soluces pour franchir les niveaux dans le monde réel ! Pas d’astuces pour avoir toutes les munitions ! Et tu auras une seule vie ! Si tu es game over, c’est vraiment fini ! » (p. 173) : mais, ce n’est pas possible ! Comment va-t-on faire ? « Si cela peut vous rassurer, j’ai des informations qui prouvent que la fin du monde est seulement en retard, précisa Julius. » (p. 226) : ouf ! Me voilà rassurée ! Vous aussi, j’espère. C’est drôle, rocambolesque ; à lire absolument avant la fin du monde !

Ma phrase préférée

« Mon royaume pour une matraque ! » (Gaboriau excédé par le lieutenant Matozzi, p. 334).

Une lecture durant la Reading’s week # 3 que je mets dans les challenges ABC critiques 2013-2014 (lettre E), Geek, Paris, Petit Bac 2014 (catégorie Moment / temps), Rentrée littéraire d’hiver 2014, Thrillers et polars.