Tout ce qui est sur Terre doit périr (La dernière licorne) de Michel Bussi

Tout ce qui est sur Terre doit périr (La dernière licorne) de Michel Bussi.

Presses de la Cité, octobre 2019, 608 pages, 22 €, ISBN 978-2-25819-208-9.

Genres : littérature française, thriller.

Michel Bussi naît le 29 avril 1965 à Louviers (dans l’Eure). Il est professeur de géographie et auteur de romans policiers mais Tout ce qui est sur Terre doit périr est son premier thriller. Ce roman est d’abord paru sous le titre La dernière licorne sous le pseudonyme de Tobby Rolland en mai 2017 (aux Presses de la Cité). Plus d’infos sur l’auteur sur son site officiel, https://www.michel-bussi.fr/, et sur ce roman de même.

Aman est avec sa mère sur le mont Ararat et elle reçoit un collier pour ses 10 ans : « C’est le secret transmis par notre plus vieil aïeul, Aman. […] – Il fut le premier à monter jusqu’ici ? – Non, Aman… Non. Il ne monta pas sur l’Ararat. Il en descendit ! » (p. 18).

Zak Ikabi, à la chapelle Sixtine, au Vatican, prépare son plan. « Derrière ces lambris, tous les secrets du monde. Un en particulier. Le Livre d’Enoch. » (p. 41).

Kyrill Eker et ses mercenaires lourdement armés font un carnage dans la cathédrale Sainte-Etchmiadzine, la plus ancienne église chrétienne, qui se situe dans la banlieue d’Erevan. « Ce ne sera pas long. Les clés du reliquaire. Celui qui contient le fragment de l’arche. » (p. 29).

« Zak fut parcouru d’un frisson. Cette aventure ne faisait que commencer, il en était conscient. La course poursuite était engagés. Il avait appris, quelques jours auparavant, l’effroyable massacre dans la cathédrale arménienne Sainte-Etchmiadzine. Les tueurs étaient à la recherche des fragments de l’arche, des extraits du récit d’Enoch sans doute aussi, des preuves, de toutes les preuves. Ils étaient nombreux, puissants, déterminés. Lui était seul. Contre une armée. » (p. 49). Zak se considère comme un Nephilim, un gardien, un protecteur.

Mais, depuis le XIXe siècle, il y a comme une malédiction sur ceux qui recherchent l’arche de Noé au mont Ararat : « assassinés, disparus, agressés, au mieux dépouillés de leurs biens. Un incroyable cumul de coïncidences. » (p. 90-91). « Désinformation. Disparition. Mort. […] Quelle était la part de superstition ? De réalité ? De hasard ou de complot ourdi au fil des décennies pour protéger un secret immémorial ? » (p. 91).

Mais d’après un rapport (RS2A-2014) du DIRS rédigé par Cécile Serval et Arsène Parella, les glaces de l’Ararat vont fondre… Les glaces de l’Ararat, c’est « Huit cent mille mètres cubes. Et […] si la communauté internationale ne réagit pas, dans quelques décennies, ces mètres cubes de glace n’existeront tout simplement plus. » (p. 107). Poursuivis par les tueurs de Kyrill, mandatés par Cortés (un fou furieux avec son théorème !), les deux scientifiques français vont devoir suivre Zak contre leur gré.

Le roman fait aussi des excursions dans le passé. 4371 avant J.-C., nord de la Mésopotamie. « Les hommes sont plus forts que les animaux. C’est cela l’important, Gana. Nous sommes les dieux ! » (Bilik à sa jeune sœur, p. 195).

Connaissiez-vous la république autonome de Nakhitchevan ? Moi non, mais j’ai vérifié, elle existe vraiment ! Elle se situe dans le Caucase aux frontières arménienne, turque, iranienne, azérie et elle est autonome mais pour des raisons administratives, elle dépend de l’Azerbaïjan. Cette région est peuplée de Kurdes mais pas que, elle est cosmopolite.

Et le Parlement mondial des religions ? Il existe aussi, et même depuis 1893 ! Je n’en avais jamais entendu parler ! Il rassemble des représentants de toutes les religions du monde. En fait, il a été recréé en 1993 et ses représentants luttent aussi pour des questions écologiques comme le climat.

Bref, Tout ce qui est sur Terre doit périr est en tout point un thriller : Michel Bussi, en bon conteur, balade son lecteur de l’Arménie au Vatican, de la Russie (Kaliningrad) à la France, de Hong Kong au Nakhitchevan, de la Turquie au mont Ararat, tout ça en près de 600 pages (en plus de 760 pages si vous avez l’édition poche de Pocket parue en octobre 2019), le tout en restant tranquillement dans son fauteuil ou son canapé. L’auteur, professeur et géographe, explique dans un avant-propos que les situations historiques, géo-politiques et religieuses sont vraies, il a simplement fictionnalisé quelques personnages pour relier tout son récit.

Je ne dirais pas que c’est un thriller ésotérique car il est différent des autres thrillers ésotériques (que j’ai lus), il est plus profond au niveau religion et plus marqué histoire et politique y compris avec le Parlement mondial des religions qui essaie de tirer les ficelles ou avec les peuples qui habitent dans le Caucase (on apprend pas mal de choses sur les Arméniens et les Kurdes et on comprend pourquoi ils ont été – et sont encore – persécutés). C’est que plusieurs secrets sont bien gardés, au Vatican ou ailleurs, et que tous veulent qu’ils le restent ! C’est noir, c’est intrigant, c’est dépaysant aussi, et le lecteur s’instruit en lisant donc c’est plus qu’une lecture loisir vite lue vite oubliée. D’ailleurs, par rapport à l’ancien titre, La dernière licorne, c’est que si sur les cinq continents, il existe une légende du déluge, il existe aussi une légende de la licorne parce que la licorne existe, si si ! Licorne signifie unicorne, eh bien, dans la Préhistoire il y a eu tsintaosaurus, dans l’Antiquité l’ibex et plus proche de nous le rhinocéros, le narval et même des chèvres ! Vous ne me croyez pas ? Lisez ce thriller et faites quelques recherches !

Et voici un extrait du Livre d’Enoch. « Je fus enlevé ainsi jusqu’au ciel, et j’arrivai bientôt à un mur bâti avec des pierres de cristal. Des flammes mobiles en enveloppaient les contours d’un palais grandiose. Ses toits étaient formés d’étoiles filantes et d’éclairs de lumière. » (p. 322). Délire du grand-père de Noé ? Ce texte (devenu apocryphe, mais il existe réellement et il est consultable librement sur Internet) a été rédigé il y a environ 5 000 ans et on a comme l’impression de lire un récit contemporain sur quelqu’un qui expliquerait avoir été enlevé par des extra-terrestres, incroyable !

Trois extraits que je veux garder

« Ils sont les gardiens, je suis le conservateur. » (Parastou Khan, p. 357).

« Notre réussite est plus importante que tout ce que vous pouvez imaginer. Pas seulement pour le Kurdistan… Pour… Pour l’ensemble de l’équilibre du monde ! […] Tel est le véritable objectif des Nephilim, Cécile : protéger un secret qui fait tenir le monde en équilibre. Une clé de voûte. Enlevez cette pierre, tout s’effondre… » (Yalin, p. 439).

« Avant ces cinq siècles de guerre, se lamentait un vieil édenté, le Kurdistan était la plus riche de toutes les régions d’Asie occidentale. Trop riche, même ! Pétrole. Eau. Vallées et vergers. Trop de convoitises pour les voisins ! C’est pour cela qu’on a écartelé le Kurdistan en quatre pays. Avec la complicité de la France et de l’Angleterre, d’ailleurs professeur… Arsène acquiesça – D’un point de vue historique, je suis entièrement d’accord avec vous. » (p. 458).

Un roman trépidant que je mets dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Contes et légendes 2020 (pour l’arche de Noé et surtout les licornes).

Euh… j’avais oublié le challenge Polar et thriller 2019-2020 !

Dîner avec Edward d’Isabel Vincent

Dîner avec Edward : histoire d’une amitié inattendue d’Isabel Vincent.

Presses de la Cité, mars 2018, 192 pages, 17 €, ISBN 978-2-258-14507-8. Dinner with Edward, a Story of an Unespected Friendship (2016) est traduit de l’anglais (Canada) par Anouk Neuhoff.

Genres : littérature canadienne, récit, mémoires.

Isabel Vincent naît en 1965 à Toronto (Canada). Elle est journaliste à New York. Dîner avec Edward est en partie autobiographique, elle le dédie d’ailleurs à sa fille Hannah.

Isabel et Valerie, la quarantaine, sont amies de longue date. Mais Valerie va retourner au Canada et laisser son père, Edward, 93 ans, seul depuis la mort de son épouse bien-aimée, Paula (la deuxième fille d’Edward et Paula vit en Grèce). Elle demande alors à Isabel d’aller dîner avec lui. « J’ignore si la perspective d’un bon repas suffit à me tenter, ou si je me sentais tellement seule que même la compagnie d’un nonagénaire déprimé me semblait séduisante. » (p. 13). Isabel n’est pourtant pas seule : elle a quitté Toronto avec son mari, photographe, et leur fille, Hannah, 8 ans, pour Manhattan, car elle a trouvé « un poste de reporter d’investigation au New York Post » (p. 22) mais son mari ne se plaît pas dans cette grande ville impersonnelle et son couple bat de l’aile… depuis longtemps déjà.

Contre toute attente, le dîner se passe délicieusement bien ; Isabel et Edward vont se revoir pour beaucoup d’autres dîners ; ces soirées deviennent indispensables à l’équilibre d’Isabel qui va peu à peu se confier au vieil homme. Je ne dirais pas qu’Edward est toujours de bon conseil, il est parfois (souvent ?) vieux jeu, mais j’ai bien aimé l’amitié qui se crée entre ces deux personnes que cinquante ans séparent, ils m’ont touchée. Par contre, les dîners sont un peu trop copieux pour moi et composés de trop d’aliments que je ne mange pas (bœuf, flet, calamars, huîtres, crevettes, côtelettes d’agneau et pieds de cochon dans le même repas !, crabe…), je veux bien faire un petit effort pour le poulet ou pour la moruette (cabillaud) mais je me serais vraiment sentie mal à l’aise durant ces dîners ! Heureusement, les plats n’étaient pas là durant ma lecture, qui fut agréable.

Quelques remarques

« Nous vivons à la communication, or personne ne sait plus communiquer, m’avait-il dit un jour. […] Les gens ne se confrontent plus à la réalité. C’est dommage. » (p. 52). Je ne suis pas tout à fait d’accord avec Edward, la communication existe depuis toujours et elle continuera d’exister, de façon différente, et les gens sont confrontés chaque jour à la réalité, tout ce qui est progrès, technologie, virtuel, c’est la réalité, bon il y a bien sûr des gens déconnectés mais c’est principalement par choix.

« Edward était un homme à qui rien n’était impossible. » (p. 111). Il y a des gens comme ça, rares, est-ce leur force de caractère, leur charisme, rien ni personne ne leur résiste. Tant mieux pour Edward, qui était un homme bien, et pour Paula, elle fut peut-être une des rares épouses heureuses avec son mari pendant de si longues années !

« Pour Edward, être digne signifiait rechercher toujours la vérité et demeurer intègre. » (p. 128). Edward était un homme d’un autre temps mais j’apprécie son état d’esprit, d’autant plus qu’il se rapproche du mien.

Pages 77-78, il y a un clin d’œil à Nellie Bly car Isabel habite dans le quartier où Nellie Bly, journaliste elle aussi, s’était fait internée en 1887 pour écrire un livre, 10 jours dans un asile, livre que je lirai car Noctenbule me l’avait envoyé fin 2017 (mais j’ai déjà lu Le tour du monde en 72 jours de Nelly Bly) et c’est encore Noctenbule qui m’a envoyé ce Dîner avec Edward 😉

Eh bien, je remercie encore Noctenbule (sa note de lecture) pour cette charmante lecture qui m’a ouvert l’appétit (malgré les plats proposés que je ne mange pas) et pour cette paire improbable qui m’a séduite par leur spontanéité, leur sincérité et les balades dans New York. Dîner avec Edward peut sûrement devenir un livre doudou pour de nombreux lecteurs !

Une lecture que je mets dans le Challenge de l’été, Feel good et Rentrée littéraire janvier 2018.

La dernière expérience d’Annelie Wendeberg

La dernière expérience (Une enquête d’Anna Kronberg et Sherlock Holmes, 2) d’Annelie Wendeberg.

Presses de la Cité, collection Sang d’encre, mai 2017, 304 pages, 19 €, ISBN 978-2-25813-696-0.

Genres : littérature allemande, roman policier.

Annelie Wendeberg naît en Allemagne de l’Est, avant la chute du Mur (en 1989, elle va casser sa petite pierre avec un marteau). Elle étudie la biologie marine, travaille comme microbiologiste sur les questions environnementales aux États-Unis et se consacre maintenant à l’écriture. Plus d’infos (en anglais) sur http://www.anneliewendeberg.com/.

Il vaut mieux avoir lu le premier tome de la série, Le diable de la Tamise, pour suivre ce qui arrive dans cette deuxième enquête mais il peut se lire quand même indépendamment.

Octobre 1890. Depuis six mois qu’Anna Kronberg s’est enfuie de Londres, elle mène une existence paisible dans sa maison du Sussex, dans les Downs. Mais, ce jour-là, elle se réveille avec une arme sur la tempe et elle est enlevée par James Moriarty, l’ennemi juré de Sherlock Holmes. Elle ne peut pas se défendre car il détient déjà son père, Anton, en Allemagne, et elle se retrouve enfermée dans une chambre d’une grande maison dans un lieu inconnu. « La seule chose qui m’appartenait vraiment en ces lieux, c’était moi. On m’avait même privée de mes effets personnels. J’étais convaincue que c’était délibéré. » (p. 23). Moriarty veut qu’Anna travaille sur les bacilles de la peste pour une arme biologique : autant être équipé en vue de la prochaine guerre, n’est-ce pas ? « Une guerre voit le jour quand la balance se met à pencher d’un côté. Et ce déséquilibre se produit au moment précis où l’événement de trop atteint le plateau. Cela peut correspondre au premier coup de feu. » (Moriarty, p. 61). Anna va devoir survivre, manipuler et jouer à un jeu dangereux… Et comment va-t-elle contacter la seule personne qui peut l’aider, c’est-à-dire Sherlock Holmes ?

Une enquête tout aussi intéressante que la première mais cette fois-ci, Anna n’a pas besoin de se déguiser en homme (les mentalités changeraient-elles peu à peu ?). Dans la première enquête, c’est le choléra qui était traité, ici c’est la peste, mais c’est tout aussi dangereux pour Anna – et la population – même si, au bout d’un certain temps, Moriarty fait pour que la jeune femme se sente moins prisonnière, ce qui n’est qu’une impression… « Verrou et geôlier faisaient partie du décor. Sans eux, la prison continuait à exister. » (p. 147). Vous vous doutez bien que Sherlock Holmes va retrouver Anna ! Et que Moriarty ne va pas être content ! « Moriarty était de plus en plus obsédé par Holmes. Ma tension croissait avec la sienne, mais pour une raison bien différente. » (p. 251). Mmm ? Vous découvrirez tout en lisant ce très bon tome 2 des enquêtes d’Anna Kronberg et Sherlock Holmes ! Enquêtes gardées secrètes par John Watson à la demande exprès de la jeune femme. Mais laissez-vous entraîner dans les dangers de l’Angleterre de la fin du XIXe siècle et dans les tréfonds de l’âme des grands méchants de l’époque ! De mon côté, il faut absolument que je lise le tome 3, L’héritier de Moriarty (Presses de la Cité, avril 2018).

L’auteur est Allemande et a étudié aux États-Unis, comme son héroïne, mais l’action du roman se déroule à Londres en 1890 avec Sherlock Holmes donc je l’ai lu pour le Mois anglais. Je mets aussi cette lecture dans British Mysteries #3, Polar et thriller et Voisins Voisines 2018 (Allemagne).

Le diable de la Tamise d’Annelie Wendeberg

Le diable de la Tamise (Une enquête d’Anna Kronberg et Sherlock Holmes, 1) d’Annelie Wendeberg.

Presses de la Cité, collection Sang d’encre, mai 2016, 256 pages, 19 €, ISBN 978-2-25811-689-4.

Genres : littérature allemande, roman policier.

Annelie Wendeberg naît en Allemagne de l’Est, avant la chute du Mur (en 1989, elle va casser sa petite pierre avec un marteau). Elle étudie la biologie marine, travaille comme microbiologiste sur les questions environnementales aux États-Unis et se consacre maintenant à l’écriture. Plus d’infos (en anglais) sur http://www.anneliewendeberg.com/.

Anna Kronberg a 27 ans, elle est docteur spécialisée dans les maladies infectieuses et travaille à l’hôpital Guy à Londres. Le problème est qu’elle est une femme, elle s’est déguisée en homme pendant toutes ses études, chez elle en Allemagne puis à Boston aux États-Unis, et doit continuer à se déguiser en homme ici en Angleterre ; elle se fait appeler Anton qui est en fait le prénom de son père, menuisier en Allemagne. « Une des premières choses que j’ai apprises en tant qu’adulte, c’est que, pour les gens qui ont toujours vécu dans la peur et les préjugés, la connaissance et les faits n’ont strictement aucune importance. » (p. 12). Été 1889, l’inspecteur Gibson de Scotland Yard fait appeler le Docteur Kronberg pour un possible cas de choléra. « J’étais spécialiste en bactériologie et épidémiologie, le meilleur expert de toute l’Angleterre. » (p. 13). C’est à l’usine de traitement des eaux où le cadavre a été trouvé qu’elle fait la connaissance de Sherlock Holmes. « Cet homme avait découvert mon secret le mieux gardé en quelques minutes alors que les autres n’y voyaient que du feu depuis des années. » (p. 23). Elle craint d’être dénoncée… « Je perdrais mon travail, mon diplôme et mon permis de séjour, et je passerais quelques années en prison. » (p. 23). Chaque fois qu’Anna quitte le rôle d’homme médecin pour redevenir femme, sa vie change… « […] dès que je regagnais la rue, j’avais l’impression de me retrouver sur le marché de la reproduction sexuelle. Certains des hommes que je croisais se penchaient vers moi ou tendaient la main pour me toucher l’épaule ou la taille de façon presque machinale. En tant que femme, je rencontrais plus d’obstacles sur ma route qu’en tant qu’homme. » (p. 80).

À travers ce roman, le lecteur se rend bien compte de la condition des femmes au XIXe siècle, même pour les plus brillantes. Ce roman dénonce aussi le comportement abominable de certains médecins et aliénistes dans les différents hôpitaux. « De toute évidence, le respect et la compassion avaient déserté cet endroit depuis longtemps. Pourquoi des gens normaux se transformaient-ils délibérément en tortionnaires ? Cela leur donne du pouvoir, me dis-je […]. » (p. 229).

Mais, en dehors de l’asexualité et du déguisement d’Anna/Anton, qui concerne finalement Sherlock Holmes aussi (on sait qu’il aimait se grimer), cette fiction est la formidable rencontre – gardée secrète par Watson – entre le fameux détective et Anna Kronberg : elle est observatrice et a l’esprit affûté alors Sherlock Holmes la respecte (peut-être même un peu plus). Je dis « fiction » mais j’ai toujours eu l’impression que Sherlock Holmes a vraiment existé et que toutes ses enquêtes sont vraies ! Ainsi, le journal d’Anna retrouvé plus d’un siècle plus tard semble véridique aussi, c’est une lecture réellement surprenante ! Dans laquelle on apprend plein de choses sur la médecine à la fin du XIXe siècle, sur le choléra, ses causes et ses effets. Je me suis laissée entraînée dans cette lecture avec grand plaisir, enfin avec un peu d’effroi pour la pollution de la Tamise et des bas-fonds de Londres très bien retranscrits.

J’ai également lu le 2e tome, La dernière expérience (mai 2017) que j’ai autant apprécié et j’ai hâte de lire le 3e tome de ces enquêtes d’Anna Kronberg et Sherlock Holmes : L’héritier de Moriarty (avril 2018).

Bien que l’auteur soit Allemande et ait étudié aux États-Unis, comme son héroïne, l’action du roman se déroule à Londres en 1889 avec Sherlock Holmes donc je l’ai lu pour le Mois anglais. Je mets aussi cette lecture dans British Mysteries #3, Polar et thriller et Voisins Voisines 2018 (Allemagne).

L’élixir du diable de Raymond Khoury

L’élixir du diable de Raymond Khoury.

Pocket, octobre 2012, 480 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26622-921-0. The Devil’s Elixir (2011) est traduit de l’anglais par Jean-Jacques Marvost. Roman d’abord paru aux Presses de la Cité en novembre 2011.

Genres : littérature américano-libanaise, thriller.

Raymond Khoury naît en 1960 à Beyrouth au Liban qu’il quitte avec sa famille en 1975 pour les États-Unis. Avant de se lancer dans l’écriture, il fut architecte, manager et financier. Il actuellement vit à Londres avec son épouse et leurs deux filles. Du même auteur : dans la série « Reilly & Tess », Le dernier Templier (2005), La malédiction des Templiers (2010), Manipulations (2012) et Dossier Corrigan (2014) ; autres romans, Eternalis (2008) et Le signe (2009). Plus d’infos sur https://raymondkhoury.com/.

1741, Nueva España (actuel Mexique). Alvaro de Padilla et Eusebio de Salvatierra (surnommé Motoliano, l’homme pauvre), deux Jésuites, évangélisent les tribus indigènes. « Avec l’aide de certains des premiers convertis, Alvaro et Eusebio avaient établi leur mission dans une vallée couverte d’une épaisse forêt et nichée dans les plis des montagnes occidentales de la Sierra Madre, au cœur du pays wixaritari. » (p. 13). Mais, dans une tribu qui l’a initié, Eusebio découvre une plante qui ouvre les portes de l’esprit et Alvaro le met en garde. « Eusebio, prends garde, fit-il d’une voix sifflante. Le diable a planté ses griffes en toi, avec son élixir. Tu risques de te perdre, mon frère, et je ne peux rester sans réagir et le permettre, ni pour toi ni pour aucun autre membre de notre foi. Je dois te sauver. » (p. 17).

2006, Mexique. Sean Reilly du FBI et Jesse Munro de la DEA sont en commando pour récupérer, dans un laboratoire clandestin, McKinnon, un scientifique américain enlevé, mais l’opération ne se déroule pas comme prévu… « Les travaux de McKinnon allaient passer à la postérité. Un legs infâme, de l’avis général. » (p. 21) car « Les cartels mexicains menaient maintenant le jeu et à travers tous les États-Unis les bandes de motards, les bandes des rues et des prisons leur servaient de petits soldats. » (p. 28). Lorsque Michelle Martinez, une ancienne militaire, est attaquée dans sa maison devant son fils de 4 ans, Alex, elle appelle Reilly, son ancien collègue, à l’aide. Mais Reilly ne sait pas qu’Alex est son fils ; il vit maintenant avec Tess Chaykin qui a une fille de 14 ans, Kim.

Si vous n’y connaissez rien aux neurotoxiques, hallucinogènes et psychotropes, comme moi, vous apprendrez de nombreuses choses dans ce thriller haletant tout en vous baladant au Mexique, sans oublier de faire un tour chez Raoul Navarro, surnommé El Brujo, « le chaman, le sorcier, l’adepte de la magie noire » (p. 30) et surtout chef du cartel mexicain ! De l’action, de l’aventure, des courses poursuites, des rebondissements, tout ce qu’il faut pour un bon thriller (un peu ésotérique), avec une pointe de drame familial, « […] il passera par les cinq stades, exactement comme un adulte. Tu sais… déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. » (p. 119). Un roman finalement très visuel (aucune adaptation cinématographique ?) qui se dévore en un jour (ce fut ma lecture du dimanche pour le premier weekend à 1000 de l’année) et je lirai sûrement d’autres titres de Raymond Khoury.

Je ne sais pas pourquoi mais j’avais oublié de publier en février cette note de lecture pour le Mois du polar et le challenge Polar et Thriller, les deux organisés par Sharon.

Le chat et moi de Nils Uddenberg

[Article archivé]

Le chat et moi est un roman de Nils Uddenberg paru aux Presses de la Cité en juin 2014 (165 pages, 21 €, ISBN 978-2-258-10915-5). Guben och Katten (2012) est traduit du suédois par Carine Bruy.

Genres : littérature suédoise, roman autobiographique, essai.

Nils Uddenberg est né le 27 juillet 1938 à Lund (Suède). Il a été professeur de psychiatrie et de philosophie empirique. Il a écrit plusieurs ouvrages (psychiatrie, philosophie, sciences humaines, mythes, bonheur) mais Le chat et moi est sa première fiction.

Ce roman est joliment illustré par Ane Gustavsson. Elle est aussi musicienne (altiste) et elle vit à Arvika dans le Värmland (Suède).

En octobre, l’auteur, retraité, et son épouse rentrent d’un voyage en Namibie (Afrique) et retrouvent leur maison à Lund (Suède). Quelle ne fut pas leur surprise de découvrir un chat dans leur jardin ! « […] j’ai vu un chat assis sur le portail, qui me considérait de ses grands yeux jaunes et ronds. C’était un petit animal tigré brun et gris, sans aucune tache blanche. » (p. 9-10). « Les yeux des chats ont quelque chose de particulier. » (p. 11). L’animal est attendrissant mais l’auteur ne veut pas du tout de chat ! Il pense que son « style de vie est tout simplement incompatible avec le fait d’avoir un chat. » (p. 13). Mais le petit chat ne se formalise pas, il reste là et comme l’hiver approche, il est inconcevable pour le couple de laisser mourir l’animal. « […] nous étions cuits ! Son art de la séduction avait brisé notre résistance. Il avait gagné. Je pense même qu’il n’avait jamais douté de sa victoire finale. Sinon, il n’aurait pas fait preuve d’une détermination si méthodique. » (p. 21). Et voilà Minette, puisque c’est une femelle, installée dans leur maison et dans leur vie ! « Les chats peuvent supporter beaucoup de choses. Mais lorsqu’ils ont le choix entre le bon et le meilleur, ils choisissent le meilleur. » (p. 50). « Minette, elle, est un cadeau de la vie. » (p. 63). « J’ai tellement soif de comprendre Minette […] ». (p. 125).

Déformation professionnelle oblige, l’auteur – qui était médecin psychiatre – analyse son comportement, le comportement de Minette et leurs relations. On humanise nos chats mais nous comprennent-ils ? Sont-ils reconnaissants ? Aimants ? Ont-ils une vie psychique semblable à la nôtre comme le pensait Doris Lessing ? Cet ouvrage, mi-roman (autobiographique) écrit sur un ton humoristique mi-essai se lit avec plaisir (surtout quand on est un amoureux des chats !) mais, même si l’auteur cite Montaigne, T.S. Eliot, Doris Lessing, Jean Cocteau…, je suis un peu restée sur ma faim : il est trop court et se termine d’un coup. Cependant, la lecture est agréable, le propos est à la fois mignon et instructif alors je me suis laissée attendrir moi aussi !

Une lecture pour les challenges ABC critiques 2013-2014 (lettre U), A reading’s week, Le mélange des genres (catégorie Autobiographie et témoignage) et Premier roman. Pour le chat : Animaux du monde, Petit Bac 2014 (catégorie Animal) et Totem. Pour la Suède : Nordique, Tour du monde en 8 ans et Voisins voisines.