La girafe de Thomas Gunzig

La girafe de Thomas Gunzig.

In Le plus petit zoo du monde, Au Diable Vauvert, mars 2003, 196 pages, 17 €, 978-2-84626-048-0. En poche : Gallimard Folio, n° 4239, juin 2005, 192 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-07031-096-8.

Genres : littérature belge, nouvelle.

Thomas Gunzig naît le 7 septembre 1970 à Bruxelles (Belgique). Libraire (librairie Tropismes à Bruxelles), professeur de littérature, chroniqueur radio et auteur (romans, nouvelles, poésie, théâtre, scénario, littérature jeunesse).

Cathy et Bob se disputent, comme d’habitude « remarque puis discussion puis dispute puis insultes puis départ de Bob puis retour de Bob puis tirage de tête plus ou moins long puis subtils mouvements d’approche puis réconciliation » (p. 15). Mais, cette fois, au retour de Bob, son épouse est… partie ! Et elle a eu bien raison parce que se faire traiter de « grosse conne »… Mais le lendemain matin, Bob découvre une girafe morte dans le jardin ! La police, « les pompiers, la Croix Bleue, le service « catastrophes naturelles » de la Protection civile » (p. 18), tout le monde s’en fiche et l’envoie bouler. Mais, c’est qu’elle pue la girafe morte et que les voisins se plaignent de l’odeur !

La girafe est une nouvelle de 14 pages, je dirais surréaliste et je pense que les autres nouvelles de ce recueil sont du même tonneau (enfin, ici, plutôt du même zoo). On est dans de l’humour (belge ?) noir, dans l’absurde, dans le grinçant. J’aimerais lire d’autres titres de Thomas Gunzig, un particulièrement à me conseiller ?

Vous voulez découvrir l’univers de Thomas Gunzig ? Des nouvelles sur la revue littéraire en ligne Bon à tirer sont disponibles librement : La petite championne (n° 1, février 2001), Turbo diesel (n° 2, mai 2001), La nuit transfigurée (n° 3, novembre 2001) et des poèmes : Top chrono et autres poèmes (n° 4, février 2002) que je lirai à l’occasion.

Pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021, ah et Animaux du monde #3 aussi.

Général Leonardo 1 d’Erik Svane et Dan Greenberg

Général Leonardo 1 – Au service du Vatican d’Erik Svane et Dan Greenberg.

Paquet, mai 2006, 48 pages, 14,99 €, ISBN 978-2-88890-100-5.

Genres : bande dessinée danoise, Histoire.

Erik Svane naît au Danemark (il a la double nationalité, danoise et américaine). Il a vécu dans plusieurs pays en Europe et sur le continent américain. Il est journaliste (magazines BD européens et américains) et auteur : 2 tomes de Général Leonardo et La bannière étalée (essai, 2005).

Dan Greenberg naît en France. Il étudie le cinéma section animation. Il est dessinateur.

Fred Vigneau et Pascal Agunaou de Makma sont les coloristes.

Florence, XIVe siècle. Leonardo se livre à d’étranges expériences sur la crucifixion qui horrifie l’archevêque mais quoi de mieux que de rétablir la vérité ? « Vous pensez que les Romains n’ont jamais crucifié leurs victimes par les paumes ? – Sûrement que si, au début ! Mais ! Comme celles-ci n’ont pas dû tenir, ils ont dû améliorer le concept exactement de la même manière que je l’ai faite. » (p. 4). « Mais vous êtes complètement malade !?! Votre maison et jardin remplis de cadavres crucifiés ! » (p. 5). Comprenez bien la différence entre la crucifixion en croix et les crucifixions en masse ? Macabre, vous avez dit macabre ! Trois semaines après, Leonardo est convoqué au Saint-Siège.

Mais ce sont d’autres inventions que son linceul ou sa camera obscura « qui ont retenu l’attention des plus hautes instances de l’Église. » (p. 16). Mais Leonardo n’est pas d’accord. « Non, je ne veux rien avoir à faire avec votre croisade, et quand je dis non, c’est non ! » (p. 19). La riposte du Saint-Siège ne se fait pas attendre…

Histoire, religion et humour sont au rendez-vous dans cette agréable bande dessinée bien documentée. Mais de belles idées comme « unir la chrétienté » ou « l’avenir de nos enfants » aboutissent malheureusement à des conflits…

Un bon moment de lecture et je vous présenterai le tome 2 un prochain mercredi. Et je remercie Lydia.

Pour La BD de la semaine, les challenges BD, Jeunesse Young Adult #10 et Petit Bac 2021 (catégorie Prénom pour Leonardo). Et je rajoute le Challenge lecture 2021 puisqu’on peut lire autre chose que des romans (catégorie 36 pour le livre basé sur des faits réels). Plus de BD de la semaine chez Moka.

In nomine Tetris de Jean-Paul Didierlaurent

In nomine Tetris de Jean-Paul Didierlaurent.

In Macadam, Au Diable Vauvert, septembre 2015, 176 pages, 15 €, ISBN 978-2-84626-963-6.

Genres : littérature française, nouvelle.

Jean-Paul Didierlaurent naît le 2 mars 1962 à La Bresse dans les Vosges. Il est nouvelliste et romancier. Durant l’été 2014, j’avais beaucoup aimé Le liseur du 6h27, son premier roman mais je n’ai jamais relu cet auteur depuis alors qu’il a publié des recueils de nouvelles (pour lesquels il a reçu de nombreux prix) et deux autres romans : Le reste de leur vie (2016) et La fissure (2018).

J’ai d’abord été attirée par le titre, Tetris, le jeu ? Et lorsque j’ai vu le nom de l’auteur, je me suis dit que c’était l’occasion de le lire à nouveau. Cette nouvelle fait 15 pages et je veux la présenter dans le Mois des nouvelles et dans le Projet Ombre 2021.

L’auteur confine ses lecteurs dans le confessionnal du père Philibert Duchaussoy. Lorsqu’il écoute ses ouailles, le père Duchaussoy médite. « L’absolution est au pécheur ce que la vendange est à la vigne. Le prêtre adorait collectionner analogies et métaphores et en usait plus que de raison lors de ses sermons. » (p. 10).

Vous saurez tout sur la confession et l’absolution ! Et peut-être que vous aurez, vous aussi, le « pas léger des purs » (p. 12). D’autant plus que la gourmandise ne serait plus un péché !

Pourtant il s’ennuie, le père Duchaussoy. « Il se surprenait parfois à rêver d’un aveu hors du commun. Un viol, voire un bon meurtre par exemple, qui aurait réveillé son attention émoussée. » (p. 14).

Et, ah ah, vous allez bien rire ! Alors, diabolique le Tetris ?

Harpo de Fabio Viscogliosi

Harpo de Fabio Viscogliosi.

Actes Sud, collection Un endroit où aller, janvier 2020, 176 pages, 18 €, ISBN 978-2-330-13065-7.

Genres : littérature française, roman.

Fabio Viscogliosi naît en 1965 à Oullins près de Lyon (ses parents sont Italiens). Il est non seulement musicien et artiste mais aussi auteur et dessinateur (romans, bandes dessinées).

« Le 12 décembre 1933, en fin de journée, le grand comédien Harpo Marx est au volant d’une Citroën 5CV carrossée en Torpédo de couleur bleu pâle. » (p. 9). Voici comment débute ce court roman. Harpo a 45 ans et est « le premier artiste américain à se produire en Russie. » (p. 12). Et il a fait un triomphe « À Moscou, donc, puis Leningrad, et quelques autres villes – Novgorod, Vyshni Volochek, Kalinin, et Moscou à nouveau. » (p. 13).

Mais, au retour, au lieu de monter dans le paquebot prévu au Havre, « Pour une raison inconnue, il en a décidé autrement. » (p. 15). Direction Paris, achat de la Torpédo et Nationale 7 : « rendez-vous amoureux » ou « désir de rouler vers le Sud de la France, par fantaisie […]. » (p. 16) ? Nul ne sait.

C’est dans les vallons de l’Ardèche, sur la départementale 104, que survient l’accident… Heureusement Harpo est éjecté de l’automobile avant qu’elle ne termine sa course dans le ravin sous les yeux des choucas. Un homme attiré par les oiseaux trouve Harpo inconscient et le conduit à l’hôpital de Privas.

Les chapitres sont courts et, malgré le drame, le ton est vif, optimiste, drôle même. Harpo est un miraculé et il se rétablit mais « Pour tout dire, s’il ignore où il est, il ignore également qui il est. Harpo n’est plus Harpo. Harpo n’est plus personne. » (p. 25). Pourtant, dès qu’il a assez de forces, il s’enfuit de l’hôpital mais c’est l’hiver… Pendant ce temps-là, « À New York, on s’interroge. » (p. 41).

Pour quelqu’un qui habite la Drôme, les noms Ardèche, Privas, Valence, Grenoble, Vercors, Cheylard sonnent comme bien connus ! Et même les noms dans la voisine Haute-Loire, Estables, Velay, Mézenc… À partir ce ce moment, les chapitres alternent entre Harpo en France et ses amis et ses frères à New York. Un détective de la « Pinkerton’s National Detective Agency » (p. 56) est engagé.

J’ai particulièrement aimé la vie de Harpo chez Deshormes, la façon dont ils communiquent : « ils ont mis au point une langue intermédiaire, faite de mots anglais et français, auxquels se mêlent le mime et tout un jeu d’expressions, de mouvements des mains, e petits croquis, si nécessaire. » (p. 71-72). L’homme bourru et l’homme amnésique vont s’apporter beaucoup de choses l’un à l’autre et une belle amitié. « Si la mémoire lui fait toujours défaut, il se sent pourtant incroyablement vivant, en temps réel, comme si chacun des éléments qui l’enveloppent se chargeait d’une vérité supplémentaire. C’est probablement la nuit de Noël la plus simple et étrange qu’il ait jamais vécu. » (p. 75).

De son côté, le détective Dufresne, envoyé par l’agence Pinkerton, mène son enquête au Havre puis à Paris et en profite pour flâner et faire du tourisme mais après « un premier rapport plutôt optimiste […]. Le chief, à qui on ne la fait pas, a répondu que Dufresne ferait bien de se bouger les fesses, qu’il n’est pas en villégiature aux frais de la princesse, et que les clients attendent des réponses autrement substantielles. » (p. 115-116).

Dufresne va-t-il retrouver Harpo ? Harpo va-t-il retourner à New York et revoir ses proches ? Lisez ce « petit » roman, je dis petit dans le sens que le format est petit (10 x 19 cm) et qu’il a peu de pages mais c’est un grand roman ! Bien construit, original, enjoué, rythmé, pas un mot de trop, juste ce qu’il faut pour tenir le lecteur en haleine et lui faire lire ce roman d’une traite pour découvrir la France rurale des années 30.

Je connais un peu les frères Marx et leurs films comiques (XXe siècle) mais le premier prénom qui me vient à l’esprit est Groucho et je n’aurais pas pu citer les autres de mémoire. Alors, il y avait Chico (1887-1961), Harpo (1888-1964), Groucho (1890-1977), Gummo (1892-1977) et Zeppo (1901-1979) et ce chouette roman m’a donné envie de revoir quelques-uns de leurs films alors il faudra que je vois ce qu’il y a de disponible en DVD.

Eh bien, il est encore temps pour cette lecture du Challenge du confinement (case Contemporain) et Petit Bac 2020 (catégorie Personne célèbre).

(Toujours) jeune, (toujours) jolie, maman (mais pas seulement) de Stéphanie Pélerin

(Toujours) jeune, (toujours) jolie, maman (mais pas seulement) ou Ivana, 2 de Stéphanie Pélerin.

Leduc, collection Diva Romance, mai 2018, 224 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-36812-305-8. Je l’ai lu en poche : Piment, avril 2019, 220 pages, 9,99 €, ISBN 978-2-298-15069-8.

Genres : littérature française, romance.

Stéphanie Pélerin est prof de français. Elle est aussi autrice et blogueuse et je la suis depuis des années, je suis sûre depuis au moins 2012, son blog était Mille et une pages sur CanalBlog (créé le 28 décembre 2008) et j’avais participé au challenge Un classique par mois en 2013 et en 2014 sur son nouveau blog (mais je ne peux pas dire depuis quelle date exactement je la suis). La suivre sur son blog, Mille et une frasques (romans et bandes dessinées mais pas que).

Ce roman est en fait la suite de (Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire (ou Ivana, 1) paru en juin 2016 (Mazarine) – et ma note de lecture doit traîner quelque part… – mais il peut se lire de façon indépendante.

Ivana et Bruno s’aiment mais pas facile la vie de couple, surtout avec des jumeaux de 5 ans, Raphaël et Émilie. Ivana a écrit un premier roman, Jeune, mignonne, mais carrément solo et elle va être interviewée à la radio par le célèbre Jérôme Steiner. « J’ai écrit l’histoire un peu barrée d’une nana qui se fait plaquer par son mec et qui fait l’expérience des sites de rencontres. Un peu la mienne, en somme. Même si j’ai pris de grandes libertés avec ma propre vie. » (p. 15). C’est Ivana qui parle pas Stéphanie mais on sent bien que l’autrice (Stéphanie donc) a mis beaucoup d’elle dans ce roman et s’est beaucoup amusée à l’écrire ce qui rend la lecture très agréable.

Longtemps prof de lycée, Ivana s’est tournée vers le collège pour avoir plus de temps à consacrer à l’écriture. Mais, un matin, une maman d’élève lui dit que sa fille, Jordane, est martyrisée par les autres élèves ; elle a plein d’hématomes sur les bras. Et ça stresse Ivana encore plus pour l’interview… « Écoute, pas de stress inutile. Tu y participes en tant que romancière qui donne du bon temps à ses lecteurs par le biais de la fiction. Pas comme grande spécialiste des relations amoureuses. Et ça tombe bien, hein, se met à pouffer Suzy. » (p. 36).

Tout pourrait aller super bien mais Bruno annonce qu’il doit accepter une mission à Poitiers pour redresser l’agence dans laquelle il travaille. « On ne maîtrise pas tout dans la vie et certaines choses sont inévitables quoi qu’on en pense. » (p. 110). Le problème, c’est que Bruno est là-bas avec sa boss, pire : chez sa boss !

Je ne suis pas une habituée des romances et, comme j’en lis très peu, je ne peux pas comparer avec d’autres titres mais j’ai aimé le ton juste, léger, enjoué, sincère et moderne. Les personnages sont attachants. C’est un roman de filles : il y a Ivana bien sûr, Suzy, sa meilleure amie qui habite dans le Sud, Sarah son amie qui habite Paris, et Lola, la fille de Bruno, dans les 25 ans.

Alors, cette note de lecture sera la dernière pour le Challenge du confinement et je triche un tout petit peu car j’ai lu ce roman non pas durant le deuxième confinement mais durant le premier mais vous ne m’en tiendrez pas rigueur (sinon il manquerait la case Romance et je ne pourrais pas honorer le quatrième et dernier module !).

Donc, une lecture divertissante, pas seulement durant un confinement mais tout au long de l’année, tiens sur la plage ou sous la couette, c’est comme vous voulez en fait, mais n’hésitez pas à découvrir Ivana car elle vaut le détour.

QRN sur Bretzelburg de Franquin et Greg

Les aventures de Spirou et Fantasio, 18 – QRN sur Bretzelburg de Franquin et Greg.

Dupuis, novembre 1966, 64 pages, 10,95 €, ISBN 978-2-80010-020-3.

Genre : bande dessinée franco-belge.

André Franquin naît le 3 janvier 1924 à Etterbeek (Belgique). Spirou et Fantasio, Gaston Lagaffe, Modeste et Pompon, le Marsupilami, les Idées noires, c’est lui ! Il meurt le 5 janvier 1997 à Saint-Laurent-du-Var (France). Sa vie et son œuvre sur le site officiel.

Michel Louis Albert Regnier dit Greg naît le 5 mai 1931 à Ixelles (Belgique) mais il est naturalisé français. Il est scénariste et dessinateur ; il est le créateur d’Achille Talon en 1963 (dans Pilote) et il scénarise de nombreuses séries de bandes dessinées (Les As, Bernard Prince, Comanche, Luc Orient, Olivier Rameau, Zig et Puce, etc.). Il meurt le 29 octobre 1999 à Paris.

Fantasio a un nouveau transistor très puissant de la taille d’un caramel mais le marsupilami l’avale et la musique ne s’arrête pas ! Pour le marsupilami, Spip, Spirou et Fantasio, c’est l’enfer…

Pendant ce temps-là, à 200 mètres, Marcelin Switch est mécontent car il a des interférences. Et, après avoir cherché toute la nuit, au petit matin, « Le QRN, c’est vous ? » (p. 10). C’est que Marcelin est radio-amateur et il a capté un message du roi Ladislas de Bretzelbourg retenu prisonnier dans son château de Krollstadt.

Mais Fantasio est enlevé par la Bretzpolizei et conduit à la forteresse prison de Schnapsfürmich où il est soumis à la question par le général Schmetterling et le docteur Kilikil.

Évidemment Spirou, Spip et Switch vont se rendre à son secours au Bretzelburg. Et le marsupilami aussi, échappé de la clinique vétérinaire.

Une folle aventure ! Des militaires avec des chiens dangereux, une population déguenillée qui meurt de faim, un roi drogué et prisonnier, des escrocs qui vendent des armes… Une bande dessinée amusante pour dénoncer le totalitarisme et le sur-armement. Il y a beaucoup de textes pour une BD jeunesse mais elle est parue dans les années 60 et c’était une autre époque.

Pour La BD de la semaine et les challenges Animaux du monde (marsupilami, écureuil, chiens), BD, Cette année, je (re)lis des classiques (eh oui, cette BD est parue avant 1970 !), Challenge du confinement (case BD) et Jeunesse Young Adult #10. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

PS : suite à une info d’Argalit lit sur FB, je voudrais rajouter un événement dont je n’avais pas entendu parler. C’est Lisez-vous le belge ? qui se déroule du 16 novembre au 25 décembre 2020. Infos sur Le carnet et les instants (le blog des lettres belges francophones), sur PILEn et sur la page FB de Lisez-vous le belge ?.

Éloquence de la sardine de Bill François

Éloquence de la sardine : incroyables histoires du monde sous-marin de Bill François.

Fayard, octobre 2019, 224 pages, 18 €, ISBN 978-2-21371-294-9.

Genres : littérature française, essai, document, témoignage.

Bill François est scientifique, spécialiste du monde marin. Il est aussi un grand orateur (vidéos ci-dessous sur le livre) et a gagné le premier concours d’éloquence du Grand Oral de France2.

Lorsqu’il était enfant, en vacances au bord de la mer Méditerranée, Bill François observait « les crabes verts aux perruques d’algues, les crevettes translucides, les bigorneaux cracheurs de bulle, et même les anémones écarlates que je n’osais pas toucher […]. » (p. 10). Un jour, il rencontre une sardine et sa vocation de scientifique naît : l’envie de savoir comment les êtres marins communiquent, comment ils ressentent le monde. Adulte, il étudie donc l’hydrodynamique et la biomécanique.

Ce livre est un monde tellement inconnu (à part les documentaires que j’ai vus) pour moi qu’il m’a passionnée ! Bill François, en plus d’être un excellent orateur, est aussi un excellent conteur qui raconte des histoires vraies et des légendes (parfois les deux sont liées). Il y a une petite sardine qui accompagne le lecteur tout au long de sa lecture ainsi que de jolies illustrations de l’auteur. « L’océan regorge de ces histoires cachées, des ces êtres craintifs, qui ne demandent pourtant qu’à conter leurs récits. » (p. 36).

Je vais vous dire une chose : je suis contente de ne jamais manger ni mollusque ni crustacé, et très peu de poisson mais après ma lecture je n’ai plus envie du tout d’en manger. Par contre j’ai appris beaucoup de choses en peu de temps (une après-midi de lecture, ça se lit comme un roman !) et mon cerveau est rassasié ! Mais trait d’humour : Renaud a raison quand il dit que la mer « les poissons pètent dedans » (épisodes du banc de harengs suédois, p. 48-51).

Quel surprise que ce livre, conseillé par une amie ! J’y ai appris des choses surprenantes sur les êtres marins quels qu’ils soient, sur la communication, l’entraide, le partage ou pas, les poissons nettoyeurs avec des techniques commerciales (et les faux poissons nettoyeurs !), la transmission d’une culture (baleine) ou pas (poulpe) : « passation de savoir acquis, et non inné, véhiculé par la pédagogie et non par l’instinct » (baleines du golfe du Maine, p. 76).

Parfois (souvent ?), la légende rejoint la réalité : les méduses et le corail (p. 54-59), le pêcheur indonésien et son énorme perle d’huître (p. 82-84), le mollusque hillazone et le tekhelet (hébreu) à la fois noir, bleu et vert (p. 86-91), la nacre et la Toison d’or (p. 96-101).

Surprenant, passionnant, ce livre qui est à la fois un document scientifique et un recueil de témoignages, est surtout un très bel essai littéraire digne d’un roman ! Un beau livre à offrir même.

En plus, c’est drôle : saviez-vous que Gérard de Nerval « à la fin de sa vie victime de crises de folie » (p. 95) prit un homard comme animal de compagnie et le promenait en laisse (un ruban bleu) dans Paris ? « J’ai le goût des homards, disait le poète. Ils sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer… et n’aboient pas. » (p. 95).

C’est historique (attachez-vous bien !) : les Vikings mangeaient de la morue séchée grâce à Vinlandia (p. 108-113) et ils transmirent leur secret aux pêcheurs basques qui allèrent pêcher le cabillaud à Vinlandia (Terre Neuve et Nouvelle-Écosse plus précisément) dès 1390 ! « Ils avaient découvert un nouveau continent, mais surtout un incroyable coin de pêche à la morue, dont ils gardèrent le secret ; seule une poignée de cartes de l’époque en fait mention. Un bon coin de pêche ne se partage pas. Cent ans plus tard, quand les caravelles de Christophe Colomb prirent le large, leurs cales étaient déjà remplies de morue séchée, pêchée par les Basques en Amérique. » (p. 110) ! Et écologique : malheureusement, la belle histoire s’est transformée en catastrophe à cause de la surpêche et le cabillaud a quasi disparu… « À un rythme de deux millions de tonnes capturées chaque année, la merveilleuse abondance qui avait nourri l’humanité pendant six siècles s’effondra en une décennie. » (p. 112)…

Ce livre n’est donc pas qu’un recueil d’histoires amusantes et de légendes… Il y a aussi des faits réels historiques et des histoires émouvantes (tristes) comme celle de l’anguille Åke à Bantevik, un village suédois (p. 138-140) ou l’amitié entre l’orque Old Tom et George Davidson à Eden, en Nouvelle-Galles du Sud, Australie (p. 184-188).

« La mer nous parle. Pour que le dialogue soit plus complet, pourquoi ne pas lui répondre ? » (p. 177).

Une très belle lecture, enrichissante, différente de mes lectures habituelles, que je mets bien sûr dans Animaux du monde #3 mais aussi dans Challenge du confinement (case Essai), Contes et légendes #2 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal).

Deux vidéos (courtes) : remarquez l’humour et le sens de la poésie !

Cyniquetamere n° 1

Vous rappelez-vous de la nouvelle Le trompettiste de Léon Plagnol et du collectif Cyniquetamere dont je vous ai parlé en juin ? Voici le premier numéro de leur fanzine !

Cyniquetamere : poésies, inspirations, jeux littéraires et autres billevesées

N° 1 – voyage en terres cyniques

Obliques, août 2020, 24 pages , par François Lillart et Léon Plagnol.

Genre : fanzine.

Avec des contenus « alternatifs, désinvoltes, libres et poétiques » (p. 4).

Aux inspirations classiques (le maître, Diogène) ou contemporaines (les disciples, c’est-à-dire les auteurs), des nouvelles, des poèmes, de l’humour, des jeux (littéraires avec contraintes genre OULIPO ou musicaux ou autres), des dessins.

Le tout à lire entre les lignes ou une ligne sur deux, c’est selon votre humeur !

Les questions dangereuses de Lionel Davoust

Les questions dangereuses de Lionel Davoust.

Hélios (ActuSF), janvier 2019, 128 pages, 4,90 €, ISBN 978-2-36629-979-3.

Genres : littérature française, science-fiction, nouvelle.

Lionel Davoust naît le 10 novembre 1978 à Rennes. Il est romancier et nouvelliste dans les genres science-fiction et fantasy. Il est aussi traducteur (Jim C. Hines, Sean Russel, certains titres de Terry Pratchett, entre autres) pour L’Atalante. Je vous laisse consulter ses titres sur son site officiel, https://lioneldavoust.com/. J’ai déjà lu les deux premiers tomes de la trilogie Léviathan : La chute (Don Quichotte, 2011) et La nuit (Don Quichotte, 2012) et je (re)publie ici ces deux archives mais pourquoi n’ai-je jamais lu le troisième et dernier tome, Le pouvoir (Don Quichotte, 2013) ?

Novembre 1637. Une journée froide et pluvieuse au château de Déversailles pour l’enterrement de l’érudit Sigismond Frédéric en présence de la Reine, Léonie Lebensfreude de Légatine-Labarre. Mais, durant la cérémonie, le Dr Jean Lacanne, qui a étudié avec Sigismond Frédéric, est assassiné !

Le mancequetaire Thésard de la Maulière, ami du comte Batz d’Arctangente, mène l’enquête. « Pourquoi assassiner de la sorte un proche de la reine d’aussi mineure importance ? » (p. 17).

Dans cette histoire de France, différente de celle de notre passé, les mousquetaires sont des mancequetaires et les combats se font, non pas avec des épées, mais à coup de Questions auxquelles il vaut mieux Répondre juste et rapidement sinon forte douleur dans le lobe frontal !

Cette nouvelle (ou novella) classée en science-fiction aborde l’Histoire et le surnaturel de façon surprenante en mêlant action et aventure à la façon d’Alexandre Dumas et en ajoutant une pointe d’humour.

Les questions dangereuses fut d’abord publiée en 2011 dans une anthologie intitulée Dimension de capes et d’esprit dans laquelle Éric Boissau compilait des nouvelles mettant en scène des récits à la façon des romans de capes et d’épée.

En fin de volume, un entretien de Lionel Davoust mené par Nicolas Barret où le lecteur apprend beaucoup de choses sur l’auteur, son œuvre, ses goûts, son imagination et la création de ces Questions dangereuses qui font bien sûr penser au film Les liaisons dangereuses sauf qu’ici, ce ne sont pas les liaisons qui sont dangereuses mais les Questions.

Une curiosité à découvrir !

Pour les challenges Lire en thème février 2020 (auteur français), Littérature de l’imaginaire #8, Maki Project et Petit Bac 2020 (pour la catégorie Mot au pluriel avec Questions).

Propriété privée de Julia Deck

Propriété privée de Julia Deck.

Les éditions de Minuit, septembre 2019, 176 pages, 16 €, ISBN 978-2-70734-578-3.

Genre : littérature française.

Julia Deck naît en 1974 à Paris. Elle étudie les Lettres à la Sorbonne puis travaille dans la communication avant de se consacrer à l’écriture et d’étudier la psychologie. Avant Propriété privée : Viviane Élisabeth Fauville (Minuit, 2012, Prix du premier roman de l’université d’Artois 2013), Le triangle d’hiver (Minuit, 2014), Le procès Péchiney, in En procès (Inculte, 2016, collectif) et Sigma (Minuit, 2017).

Après trente ans de vie commune, un couple parisien rêve de devenir propriétaire et de vivre dans une maison écologique. Ça tombe bien, un projet démarre dans un écoquartier ; il faut bien attendre un peu que tout soit construit (environ trois ans) mais c’est exactement ce que ce couple veut ! Lui, c’est Charles Caradec, un professeur universitaire un peu en errance à cause de ses problèmes : il souffre de troubles compulsifs pour ne pas employer les « termes de maniaco-dépression, de névrose obsessionnelle (p. 40) ; elle, c’est Eva Caradec, urbaniste, elle travaille pour la ville de Paris sur de gros projets de réaménagement urbain : c’est elle la narratrice.

Les deux-trois premiers mois dans leur maison, tout va bien… Arrivent les Taupin avec leurs deux ados, les Lemoine qui sont tous deux kinés et qui ont eux aussi deux ados, etc. Mais c’est sans compter avec les Lecoq qui emménagent dans la maison mitoyenne avec leur bébé ! Arnaud Lecoq est taciturne et fort peu aimable ; Annabelle Lecoq est une catastrophe ambulante… Dès le jour de leur aménagement, elle vient faire chauffer le biberon du bébé dans leur micro-ondes (30 secondes et pas une de plus !) ; elle utilise leur paillasson car elle n’a pas encore retrouvé le leur… Elle est sans gêne, elle glousse tout le temps, elle espionne ; elle est sournoise pense Eva qui n’ose rien dire. « Les mots m’ont encore échappé. » (p. 27). Au bout de six mois, Charles, d’habitude très calme, n’en peut plus et propose de tuer leur gros chat roux pour se venger d’eux. Et puis, un jour, alors que Charles et Eva se sont disputés… « […] j’ai entendu un gloussement. D’abord j’ai cru que je l’avais inventé […]. Un second rire très net s’est fait entendre. […] Mon cœur s’est rétracté d’horreur. J’ai compris que je n’avais plus le droit de crier, qu’il faudrait ravaler ma rage jusque dans notre abri le plus intime parce que rien de ce qui se déroulerait ici ne demeurerait caché. Surtout j’ai compris que j’allais mordre la poussière. » (p. 39).

Durant l’hiver, un dysfonctionnement dans le chauffage écologique (pourtant si bien pensé par des professionnels grassement payés !) leur fait comprendre que cette maison n’est pas le paradis dont ils ont rêvé, d’autant plus que les travaux pour installer le gaz ne démarreront qu’au printemps suivant… Mais au printemps, les travaux traînent et les Lecoq organisent des barbecues (odeurs, fumée, bruits, déchets dans leur jardin). « J’ai claqué la fenêtre. Soudain je n’en pouvais plus de cette banlieue verdoyante où l’on suffoquait. » (p. 65). La guerre sera-t-elle déclarée entre les deux couples ?

On a tous connu des gens qui ne doutent de rien, qui sont envahissants, désagréables, bruyants, sans gêne… Ou alors, on en a entendu parler par des proches qui étaient à bout de nerfs. Parce que tous ces détails mis bout à bout, c’est réellement usant. Moi qui ai eu des voisins bruyants, très bruyants (cris, musique toute la nuit, etc.), j’ai compati avec Eva et Charles. Le ton de Julia Deck est mordant, sarcastique et les chapitres sont courts ce qui donne envie de lire très vite jusqu’au bout ! De plus, je n’avais jamais lu Julia Deck avant mais j’ai « fait sa connaissance » dans l’émission de rentrée de La grande librairie le 4 septembre 2019 (lien de la vidéo qu’il n’est pas possible de déposer ici) et sa façon de parler de son roman m’a donné très envie de le lire. C’est presque un roman policier, c’est en tout cas une satire de la bourgeoisie moderne, une jolie surprise pour moi (qui me donne envie de lire d’autres titres de Julia Deck) mais je n’en dis pas plus pour vous laisser le plaisir de découvrir les joies de la Propriété privée.

J’ai un point commun avec Eva : je n’aime pas les vide-greniers, « déballage d’objets inutiles » (p. 70).

Une agréable lecture que je mets dans le challenge 1 % Rentrée littéraire 2019.