Raven & l’ours 2 de Bianca Pinheiro

Raven & l’ours 2 de Bianca Pinheiro.

La boîte à bulles, juin 2018, 80 pages, 16 €, ISBN 978-2-84953-309-3. Bear 2 (2018) est traduit du portugais (Brésil) par Catherine Barre et Vincent Henry.

Genre : bande dessinée brésilienne.

Bianca Pinheiro naît le 21 septembre 1987 à Rio de Janeiro (Brésil). Elle étudie les arts graphiques à l’Université technologique fédérale du Paraná et commence à publier en 2012 (webcomics). Deux autres tomes sont parus au Brésil (2015 et 2016) ainsi que d’autres titres comme Dora, Mônica, etc. Plus d’infos sur son site officiel, sur son Instagram et sur le site officiel de Bear.

Nous suivons toujours Raven, la fillette qui cherche ses parents, et son ami, l’ours Dimas. Ils ont réussi à quitter la Cité des Énigmes mais le Grand roi G n’est pas prêt à perdre le pouvoir… « Tout un monde de méchanceté m’attend. » (p. 13). Après un bon repas dans le nouveau bar de Dame Pivara (une capivara), Raven et Dimas arrivent à Métodica. Mais cette ville n’est peuplée que d’enfants ; en deux semaines, les adultes sont tous redevenus des enfants suite à un sort. D’ailleurs Dimas se transforme rapidement en ourson (tout mignon mais tout aussi bougon que le Dimas adulte) et s’enfuit pour retrouver ses parents ! Le Grand roi G est également arrivé à Métodica, avec Zink le cosplayer de Lelda de son vrai nom Auguste (clin d’œil au jeu vidéo Zelda, comme dans le premier tome).

Et un petit groupe d’enfants fait la loi, en particulier Cadou qui a pris le poste de commissaire de son père et qui n’apprécie pas du tout les nouveaux venus. « Des étrangers partout ! La ville est pleine d’étrangers ! Mon père m’a toujours dit qu’ils posaient des problèmes. » (p. 29). Heureusement Raven rencontre Mélie, Nico et Lari, puis Douda, des enfants plus responsables. Parce que les adultes-enfants sont encore plus terribles que les enfants-enfants (vous suivez ?). La princesse Lia (clin d’œil à Star Wars) peut-elle les aider à contrer le sort ?

C’est toujours coloré, drôle, avec des clins d’œil (j’en ai cité deux ci-dessus mais peut-être qu’il y en a d’autres, liés à la culture brésilienne que je n’ai pas vus), et les thèmes abordés sur l’enfance et la relation parents-enfants sont à la fois touchants et dramatiques. En fin de volume, des bonus (story-bord, crayonnés, dessins…). Raven retrouvera-t-elle ses parents ? Le tome 3 est paru en mars 2021 et je le lirai dès que possible.

Une chouette suite pour La BD de la semaine, BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 16, un livre d’une autrice sud-américaine, 2e billet), Des histoires et des bulles (catégorie 8, une BD d’une femme comme scénariste, dessinatrice, coloriste), Jeunesse Young Adult #10 et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Willis from Tunis – 10 ans et toujours vivant ! de Nadia Khiari

Willis from Tunis – 10 ans et toujours vivant ! de Nadia Khiari.

Elyzad (site en cours de maintenance… voir la page FB), décembre 2020, 296 pages, 27 €, ISBN 978-9-97358-126-6.

Genre : bande dessinée tunisienne.

Nadia Khiari naît le 21 mai 1973 à Tunis (Tunisie). Elle étudie les arts plastiques à Aix en Provence (France) et devient professeur d’arts plastiques à Tunis. Elle est dessinatrice, peintre et elle crée le chat Willis from Tunis en janvier 2011.

Willis from Tunis est un matou qu’utilise Nadia Khiari pour commenter avec humour la révolution sur les réseaux sociaux. Je n’ai malheureusement pas lu ses précédents tomes auto-édités : Chroniques de la révolution (2011), Willis from Tunis 2 (2012) et Manuel du parfait dictateur (2015). Mais je pense que ce n’est pas gênant pour lire 10 ans et toujours vivant.

Donc je découvre Willis même si j’avais lu quelques articles sur lui et son autrice car ils furent largement plébiscités et récompensés. Nadia Khiari, c’est « une sorte de Louise Michel, porte parole de la société civile tunisienne… Et porte parole des femmes » (Plantu dans sa préface, p. 7). Siné dit que Nadia est « couillue » et que Willis est « anar, mal embouché, alcoolo, volontiers libidineux, révolutionnaire et n’a peur de rien non plus ! » (p. 65). Quant à Nadia Khiari, voici ce qu’elle dit : « La révolution, c’est bon mais c’est long. » (p. 9), eh oui, 10 ans après, Willis et son humour grinçant sont toujours là.

Cette bande dessinée épaisse (presque 300 pages) est un florilège des dessins parus entre le 13 janvier 2011 (le tout premier) et le 23 août 2020, et pour chaque début d’année, l’autrice publie un article qui résume la situation.

Quelques extraits.

2011. « Après l’ivresse de la révolution… La gueule de bois de la révolution… Merde… Merde… Meeeerde… » (18 novembre 2011, p. 35).

2012. « Hé patron, y a un artiste qui nous aime pas ! Faut vite le coffrer !! – Il a atteint au sacré ? – Non. – Il paye ses impôts ? – Oui. – Il picole ? – Non. – Des chèques impayés ? – Non. – Une vie sexuelle débridée ? – Non. – Il fume des pétards ? – Non. – T’es sûr que c’est un artiste ? » (30 juin 2012, p. 53).

2013. « Un cocktail molotov, c’est comme une bouteille à la mer… Mais dans ta gueule !! » (25 juin 2013, p. 81).

2014. « Que peut-on espérer en 2014 ? – Fais un vœu. – Fais pas chier. » (1er janvier 2014, p. 95).

2015. « En cas de crise, trouvez un bouc émissaire. – Les femmes sont la cause de nos problèmes, de la décadence, du chômage ! – Alors, pourquoi on en veut 4 ? » (24 décembre 2015, p. 146).

2016. « Couvre feu en famille… – Pourquoi vous m’avez fait naître dans ce monde de merde ? Hein ? – On t’a fabriqué pendant le couvre feu de janvier 2011… On y croyait encore. » (23 janvier 2016, p. 155).

2017. « Plus de la moitié des jeunes Tunisiens veulent émigrer… Et les autres… – Mais maman, donne moi mon passeport !! – Jamais ! Tu es à moi ! À moi !! » (29 mars 2017, p. 181) mais je ne résiste pas à en mettre un deuxième : « 35 % des jeunes sont au chômage… – Une solution, M. le président ? – Qu’ils vieillissent. Vite. » (5 mai 2017, p. 183).

2018. « ‘Utopie’ = mot inventé par Thomas More, en 1516, dans son livre ‘Utopia’ et signifie ’lieu qui n’est nulle part’. – Je connais, j’y vais tous les ans en vacances. » (5 octobre 2018, p. 2015).

2019. « T’as entendu les révélations sur les tentatives de coup d’État ? – Oui, c’est fou ! On aurait donc un État ?! » (4 septembre 2019, p. 241).

2020. « Aujourd’hui, je vois tout en noir… Fais-moi rire STP. – Il faut faire confiance à l’État. – Hahahahaha » (25 avril 2020, p. 275).

En fait, en lisant, je me suis dit que j’allais choisir un dessin par an mais j’étais limitée car il fallait que le texte soit compréhensible (et amusant) sans le dessin. C’est pourquoi je vous invite à découvrir vous-mêmes cette excellente bande dessinée inspirée et drôle.

Que je mets dans La BD de la semaine et les challenges BD et Des histoires et des bulles (catégorie 19, une BD de plus de 200 pages mais elle aurait pu entrer dans la catégorie 8, une femme scénariste et illustratrice et dans la catégorie 13, des animaux comme personnages). Plus de BD de la semaine chez Stéphie (lien à venir).

Tulipe de Sophie Guerrive

Tulipe de Sophie Guerrive.

2024, septembre 2019 (1ère édition en 2016), 160 pages, 17 €, ISBN 978-2-901000-12-9.

Genres : bande dessinée française, humour.

Sophie Guerrive naît le 29 août 1983 à Marseille. Elle étudie les Arts décoratifs à Aix en Provence et à Strasbourg. Ses autres titres chez 2024 : Capitaine Mulet (2016), Les voyages de Tulipe (2017), Tulipe et les sorciers (2019). D’autres titres chez Warum : Girafes, Chef Magik tomes 1 et 2, Delcourt : Crépin et Janvier, Ion : Marines, Médiévales, Batailles, entre autres. Elle est membre créatrice du Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme. Tulipe était dans la sélection officielle du 44e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (janvier 2017).

Tulipe est un ours, il vit avec ses amis (cliquez sur la planche) et il a tout compris à la vie. « Moi je ne me fatigue pas, j’écoute le vent dans les feuilles et je tourne autour de mon arbre en suivant son ombre. » (p. 30). Bon, lui et ses amis ne sont pas contre l’absurde et c’est tout le piment de la vie. Mais un jour, le serpent Crocus, qui s’ennuie ferme, décide de partir en voyage. Et puis un autre jour, le caillou disparaît dans un trou et le tatou Narcisse prend son courage à deux pattes pour le sauver. « Comment être sympa ? » demande ensuite Narcisse à chacun de ses amis (p. 51-54). En tout cas, chacun a la vie et l’avis différents mais est-ce que chacun a tort ou raison ? « Nous sommes bien peu de choses… » (Tulipe, p. 59), « Encore heureux… » (l’arbre, p. 59).

Je parlais récemment de l’absurde (Kafka, Ionesco, Cioran…) et ça m’a fait plaisir de lire cette bande dessinée. Pour les personnages, la vie serait longue, inintéressante, triste, stupide… Pas grave : « avec des pauses crêpes, ça va » (Crocus, p. 142). Qui est-on réellement ? S’imagine-t-on différent de ce que l’on est ? Comment est-on perçu par les autres ?

Avec des dessins tout simples, Tulipe et ses amis (animaux, végétaux, minéraux qui ont pratiquement tous des noms de végétaux), en méditant sur le sens de la vie et des petites choses de la vie (comme l’amitié, l’amour, la solitude, le doute, la déprime, le temps qui passe), nous donnent une belle leçon d’humilité, d’acceptation de soi et des autres. C’est finalement drôle, philosophique et j’ai beaucoup aimé la fin (non, non je ne dévoile rien) avec l’arbre. Et surtout j’ai très envie de lire les deux autres tomes de Tulipe !

Une excellente lecture pour La BD de la semaine que je mets dans les challenges Animaux du monde #3, BD, Challenge lecture 2021 (2e billet pour la catégorie 32, un livre dont le titre comprend le nom d’une fleur) et Jeunesse Young Adult #10. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Raven & l’ours 1 de Bianca Pinheiro

Raven & l’ours 1 de Bianca Pinheiro.

La boîte à bulles, juin 2017, 64 pages, 14 €, ISBN 978-2-84953-284-3. Bear (2014) est traduit du portugais (Brésil) par A. Blanzat, V. Henry et D. Pennaneac’h.

Genre : bande dessinée brésilienne.

Bianca Pinheiro naît le 21 septembre 1987 à Rio de Janeiro (Brésil). Elle étudie les arts graphiques à l’Université technologique fédérale du Paraná et commence à publier en 2012 (webcomics). Deux autres tomes sont parus au Brésil (2015 et 2016) ainsi que d’autres titres comme Dora, Mônica, etc. Plus d’infos sur son site officiel, sur son Instagram et sur le site officiel de Bear.

Raven a perdu ses parents et elle les cherche mais elle réveille un ours. « Petite, tu ne peux pas entrer comme ça dans la caverne d’un ours, réveiller cet ours et l’assaillir de questions ! ». Cependant, lorsque l’ours, Dimas, se rend compte que la fillette est toute seule, il décide de l’aider. Elle lui dessine ses parents et l’ours voit le dessin bouger ! C’est que Raven a un don.

Ils vont donc chercher les parents de Raven, du moins quand ils arrêteront de se disputer. « Je ne suis pas petite ! Et moi, je ne suis pas gros ! ». Et ils partent avec chacun un sac à dos à sa taille. En route, ils rencontrent un personnage bizarre qui les conduit dans sa ville, la Cité des Énigmes. Mais il faut résoudre une énigme pour pouvoir y entrer et pour recevoir chacune des informations des habitants… « Quelle ville horripilante ! La nuit est déjà tombée et personne ne veut nous aider gratuitement ! ».

Finalement ils rencontrent Bianca, l’Oracle, ouf, mais l’histoire n’est pas terminée, loin de là !

C’est coloré et drôle. Il y a des clins d’œil par exemple à Harry Potter, à Link du jeu vidéo Zelda ou à Mario le plombier moustachu ! En fin de volume il y a des croquis et quelques explications car cette bande dessinée fut d’abord un feuilleton hebdomadaire en ligne mais quel plaisir de pouvoir la lire intégralement sans attendre une semaine pour chaque page ! Et j’ai hâte de lire la suite ! Le tome 2 est paru en juin 2018 et le tome 3 paraît aujourd’hui le 10 mars 2021.

Une jolie lecture pour La BD de la semaine, Animaux du monde #3 (ours), Challenge lecture 2021 (catégorie 16, un livre d’une autrice sud-américaine), BD, Jeunesse Young Adult #10 et Les textes courts. Dommage que le Mois Amérique latine soit terminé… Plus de BD de la semaine chez Moka.

Gretch & Ferragus, dragons mégalos de Joshua Wright

Gretch & Ferragus, dragons mégalos, 1 – Carboniser pour mieux régner de Joshua Wright.

Robinson (Hachette BD), avril 2019, 48 pages, 10,95 €, ISBN 978-2-01-704466-6.

Genres : bande dessinée australienne, fantasy, humour.

Joshua Wright naît à Geelong (Victoria, Australie). Il étudie l’histoire et la littérature à l’université. Il devient auteur jeunesse en fantasy. Il travaille dans l’illustration et l’animation. Gretch & Ferragus est sa première bande dessinée (un deuxième tome est paru en Australie). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.joshuawright.net/.

Vous aimez les dragons ? Vous allez aimer Ferragus et Gretch ! Ils sont frère et sœur.

Ferragus : « Il est d’un naturel paisible. Ses cornes et ses écailles sont marron. Il est sans pitié, fainéant et possède un ego surdimensionné. »

Gretch est « sa sœur jumelle, Hildegard dont le pseudonyme est Gretch. C’est une psychopathe. Elle a des cornes et des écailles dorées. Elle est mince, active et âpres au gain. »

Ils vivent dans un monde médiéval mais résolument moderne ! (smartphone, selfie, réseaux sociaux…).

« Pour rappel : seuls les dragons ont le droit de s’appeler entre eux, par leur prénom. » [Ferragus]

« Les humains et toutes les autres vermines doivent s’adresser à moi en m’appelant ‘Gretch la Magnifique’. » [Gretch]

C’est drôle, c’est coloré, c’est idéal pour passer un bon moment, et puis c’est Australien alors ça change de la BD européenne, américaine, asiatique !

C’est aussi irrévérencieux. « Ferragus, tu deviendras aussi riche que moi le jour où tu comprendras que les autres sont tous des imbéciles. […] – Comment tu fais pour être toujours aussi haineuse ? – Facebook. »

Pour La BD de la semaine et les challenges Animaux du monde #3, BD, Challenge lecture 2021 (pour la catégorie 1, un livre dont les héros sont des jumeaux), Jeunesse Young Adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Moka.

Le talisman de Vaikom Muhammad Basheer

Le talisman de Vaikom Muhammad Basheer.

In Le talisman, Zulma, mars 2012, 192 pages, 18 €, ISBN 978-2-84304-577-6. Nouvelles traduites du malayalam (Inde) par Dominique Vitalyos (Grand Prix de traduction de la ville d’Arles).

Genres : littérature indienne, nouvelle.

Vaikom Muhammad Basheer naît le 21 janvier 1908 à Thalayolaparambu dans le district du Kottayam (Kerala, sud-ouest de l’Inde). Militant pour l’indépendance de l’Inde, il s’engage à l’âge de 16 ans et devient journaliste mais il vit dans la clandestinité puis il est arrêté. Il commence à écrire des nouvelles puis des romans dont peu sont traduits en français et reçoit la Padma Shri (un ordre honorifique civil) en 1982. Il meurt le 5 juillet 1994 à Beypore (Kerala).

Abdul Aziz est sous le manguier lorsqu’il reçoit une mangue sur la tête. Khan est « un beau chien blanc à grandes taches brunes » (p. 9) qui raffole des mangues et qui est tombé amoureux de la chienne des voisins. « Khan et Malou, c’était une histoire d’amour hindou-musulmane. Malou-aime-Khan-Khan-aime-Malou. » (p. 9). Mais six molosses hindous s’en sont pris à Khan et lui ont mis une dérouillée, le laissant presque sur le carreau. Khan en a gardé une haine de la gente féminine, canine et humaine !

En racontant l’histoire d’un chien mâle dans une famille musulmane et d’une femelle dans une famille hindou, l’auteur met en évidence les relations amoureuses contrariées à cause de l’ordre social et de la religion. Il m’a un peu fait penser à La Fontaine qui donne la parole à des animaux en place des humains.

Mais ce jour-là où la mangue tombe sur la tête d’Abdul Aziz, Khan n’a pas le cœur à la manger et le facteur arrive avec une lettre « de Shankara Ayyer, un vieux camarade de collège » (p. 11). Les deux amis, Abdul Aziz et Shankara Ayyer sont chauves et aspirent « ardemment à se voir repousser, de leur vivant, des cheveux sur le crâne. » (p. 11). Pourtant ils ont beau utiliser tous les produits miracles, « aucun résultat, pas l’ombre d’un duvet. » (p. 11). Puis arrive Sainul Abidin et son jeune assistant, il aurait un talisman pour empêcher Khan de mordre. « Quatre roupies quatre-vingt-quinze paisa. » (p. 15). Et miracle, il a aussi un talisman pour faire pousser les cheveux ! Mais quelle belle arnaque ! « En dépit des talismans, Khan avait mordu des femmes et ses propres cheveux ne repoussaient pas. Pourquoi ? » (p. 22). C’est avec l’humour malicieux d’un vieux sage que Vaikom Muhammad Basheer parle de la crédulité des humains.

Je continue ma découverte des auteurs indiens (ou sri-lankais) grâce à Zulma (bon plan de la part de l’éditeur d’avoir proposé des nouvelles librement pour donner envie aux lecteurs de lire le recueil complet). Ici, je me suis vraiment cru chez Abdul Aziz et son épouse Ummusalma, presque je cueillais une mangue sur l’arbre pour la manger !

Le talisman (Visappu) est une nouvelle de 24 pages parue en Inde en 1954, elle est donc un classique et entre dans le challenge 2021, cette année sera classique ainsi que dans Animaux du monde #3 (pour les chiens Khan et Malou), Les étapes indiennes #2, Mois des nouvelles et Projet Ombre 2021.

La girafe de Thomas Gunzig

La girafe de Thomas Gunzig.

In Le plus petit zoo du monde, Au Diable Vauvert, mars 2003, 196 pages, 17 €, 978-2-84626-048-0. En poche : Gallimard Folio, n° 4239, juin 2005, 192 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-07031-096-8.

Genres : littérature belge, nouvelle.

Thomas Gunzig naît le 7 septembre 1970 à Bruxelles (Belgique). Libraire (librairie Tropismes à Bruxelles), professeur de littérature, chroniqueur radio et auteur (romans, nouvelles, poésie, théâtre, scénario, littérature jeunesse).

Cathy et Bob se disputent, comme d’habitude « remarque puis discussion puis dispute puis insultes puis départ de Bob puis retour de Bob puis tirage de tête plus ou moins long puis subtils mouvements d’approche puis réconciliation » (p. 15). Mais, cette fois, au retour de Bob, son épouse est… partie ! Et elle a eu bien raison parce que se faire traiter de « grosse conne »… Mais le lendemain matin, Bob découvre une girafe morte dans le jardin ! La police, « les pompiers, la Croix Bleue, le service « catastrophes naturelles » de la Protection civile » (p. 18), tout le monde s’en fiche et l’envoie bouler. Mais, c’est qu’elle pue la girafe morte et que les voisins se plaignent de l’odeur !

La girafe est une nouvelle de 14 pages, je dirais surréaliste et je pense que les autres nouvelles de ce recueil sont du même tonneau (enfin, ici, plutôt du même zoo). On est dans de l’humour (belge ?) noir, dans l’absurde, dans le grinçant. J’aimerais lire d’autres titres de Thomas Gunzig, un particulièrement à me conseiller ?

Vous voulez découvrir l’univers de Thomas Gunzig ? Des nouvelles sur la revue littéraire en ligne Bon à tirer sont disponibles librement : La petite championne (n° 1, février 2001), Turbo diesel (n° 2, mai 2001), La nuit transfigurée (n° 3, novembre 2001) et des poèmes : Top chrono et autres poèmes (n° 4, février 2002) que je lirai à l’occasion.

Pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021, ah et Animaux du monde #3 aussi.

Général Leonardo 1 d’Erik Svane et Dan Greenberg

Général Leonardo 1 – Au service du Vatican d’Erik Svane et Dan Greenberg.

Paquet, mai 2006, 48 pages, 14,99 €, ISBN 978-2-88890-100-5.

Genres : bande dessinée danoise, Histoire.

Erik Svane naît au Danemark (il a la double nationalité, danoise et américaine). Il a vécu dans plusieurs pays en Europe et sur le continent américain. Il est journaliste (magazines BD européens et américains) et auteur : 2 tomes de Général Leonardo et La bannière étalée (essai, 2005).

Dan Greenberg naît en France. Il étudie le cinéma section animation. Il est dessinateur.

Fred Vigneau et Pascal Agunaou de Makma sont les coloristes.

Florence, XIVe siècle. Leonardo se livre à d’étranges expériences sur la crucifixion qui horrifie l’archevêque mais quoi de mieux que de rétablir la vérité ? « Vous pensez que les Romains n’ont jamais crucifié leurs victimes par les paumes ? – Sûrement que si, au début ! Mais ! Comme celles-ci n’ont pas dû tenir, ils ont dû améliorer le concept exactement de la même manière que je l’ai faite. » (p. 4). « Mais vous êtes complètement malade !?! Votre maison et jardin remplis de cadavres crucifiés ! » (p. 5). Comprenez bien la différence entre la crucifixion en croix et les crucifixions en masse ? Macabre, vous avez dit macabre ! Trois semaines après, Leonardo est convoqué au Saint-Siège.

Mais ce sont d’autres inventions que son linceul ou sa camera obscura « qui ont retenu l’attention des plus hautes instances de l’Église. » (p. 16). Mais Leonardo n’est pas d’accord. « Non, je ne veux rien avoir à faire avec votre croisade, et quand je dis non, c’est non ! » (p. 19). La riposte du Saint-Siège ne se fait pas attendre…

Histoire, religion et humour sont au rendez-vous dans cette agréable bande dessinée bien documentée. Mais de belles idées comme « unir la chrétienté » ou « l’avenir de nos enfants » aboutissent malheureusement à des conflits…

Un bon moment de lecture et je vous présenterai le tome 2 un prochain mercredi. Et je remercie Lydia.

Pour La BD de la semaine, les challenges BD, Jeunesse Young Adult #10 et Petit Bac 2021 (catégorie Prénom pour Leonardo). Et je rajoute le Challenge lecture 2021 puisqu’on peut lire autre chose que des romans (catégorie 36 pour le livre basé sur des faits réels). Plus de BD de la semaine chez Moka.

In nomine Tetris de Jean-Paul Didierlaurent

In nomine Tetris de Jean-Paul Didierlaurent.

In Macadam, Au Diable Vauvert, septembre 2015, 176 pages, 15 €, ISBN 978-2-84626-963-6.

Genres : littérature française, nouvelle.

Jean-Paul Didierlaurent naît le 2 mars 1962 à La Bresse dans les Vosges. Il est nouvelliste et romancier. Durant l’été 2014, j’avais beaucoup aimé Le liseur du 6h27, son premier roman mais je n’ai jamais relu cet auteur depuis alors qu’il a publié des recueils de nouvelles (pour lesquels il a reçu de nombreux prix) et deux autres romans : Le reste de leur vie (2016) et La fissure (2018).

J’ai d’abord été attirée par le titre, Tetris, le jeu ? Et lorsque j’ai vu le nom de l’auteur, je me suis dit que c’était l’occasion de le lire à nouveau. Cette nouvelle fait 15 pages et je veux la présenter dans le Mois des nouvelles et dans le Projet Ombre 2021.

L’auteur confine ses lecteurs dans le confessionnal du père Philibert Duchaussoy. Lorsqu’il écoute ses ouailles, le père Duchaussoy médite. « L’absolution est au pécheur ce que la vendange est à la vigne. Le prêtre adorait collectionner analogies et métaphores et en usait plus que de raison lors de ses sermons. » (p. 10).

Vous saurez tout sur la confession et l’absolution ! Et peut-être que vous aurez, vous aussi, le « pas léger des purs » (p. 12). D’autant plus que la gourmandise ne serait plus un péché !

Pourtant il s’ennuie, le père Duchaussoy. « Il se surprenait parfois à rêver d’un aveu hors du commun. Un viol, voire un bon meurtre par exemple, qui aurait réveillé son attention émoussée. » (p. 14).

Et, ah ah, vous allez bien rire ! Alors, diabolique le Tetris ?

Harpo de Fabio Viscogliosi

Harpo de Fabio Viscogliosi.

Actes Sud, collection Un endroit où aller, janvier 2020, 176 pages, 18 €, ISBN 978-2-330-13065-7.

Genres : littérature française, roman.

Fabio Viscogliosi naît en 1965 à Oullins près de Lyon (ses parents sont Italiens). Il est non seulement musicien et artiste mais aussi auteur et dessinateur (romans, bandes dessinées).

« Le 12 décembre 1933, en fin de journée, le grand comédien Harpo Marx est au volant d’une Citroën 5CV carrossée en Torpédo de couleur bleu pâle. » (p. 9). Voici comment débute ce court roman. Harpo a 45 ans et est « le premier artiste américain à se produire en Russie. » (p. 12). Et il a fait un triomphe « À Moscou, donc, puis Leningrad, et quelques autres villes – Novgorod, Vyshni Volochek, Kalinin, et Moscou à nouveau. » (p. 13).

Mais, au retour, au lieu de monter dans le paquebot prévu au Havre, « Pour une raison inconnue, il en a décidé autrement. » (p. 15). Direction Paris, achat de la Torpédo et Nationale 7 : « rendez-vous amoureux » ou « désir de rouler vers le Sud de la France, par fantaisie […]. » (p. 16) ? Nul ne sait.

C’est dans les vallons de l’Ardèche, sur la départementale 104, que survient l’accident… Heureusement Harpo est éjecté de l’automobile avant qu’elle ne termine sa course dans le ravin sous les yeux des choucas. Un homme attiré par les oiseaux trouve Harpo inconscient et le conduit à l’hôpital de Privas.

Les chapitres sont courts et, malgré le drame, le ton est vif, optimiste, drôle même. Harpo est un miraculé et il se rétablit mais « Pour tout dire, s’il ignore où il est, il ignore également qui il est. Harpo n’est plus Harpo. Harpo n’est plus personne. » (p. 25). Pourtant, dès qu’il a assez de forces, il s’enfuit de l’hôpital mais c’est l’hiver… Pendant ce temps-là, « À New York, on s’interroge. » (p. 41).

Pour quelqu’un qui habite la Drôme, les noms Ardèche, Privas, Valence, Grenoble, Vercors, Cheylard sonnent comme bien connus ! Et même les noms dans la voisine Haute-Loire, Estables, Velay, Mézenc… À partir ce ce moment, les chapitres alternent entre Harpo en France et ses amis et ses frères à New York. Un détective de la « Pinkerton’s National Detective Agency » (p. 56) est engagé.

J’ai particulièrement aimé la vie de Harpo chez Deshormes, la façon dont ils communiquent : « ils ont mis au point une langue intermédiaire, faite de mots anglais et français, auxquels se mêlent le mime et tout un jeu d’expressions, de mouvements des mains, e petits croquis, si nécessaire. » (p. 71-72). L’homme bourru et l’homme amnésique vont s’apporter beaucoup de choses l’un à l’autre et une belle amitié. « Si la mémoire lui fait toujours défaut, il se sent pourtant incroyablement vivant, en temps réel, comme si chacun des éléments qui l’enveloppent se chargeait d’une vérité supplémentaire. C’est probablement la nuit de Noël la plus simple et étrange qu’il ait jamais vécu. » (p. 75).

De son côté, le détective Dufresne, envoyé par l’agence Pinkerton, mène son enquête au Havre puis à Paris et en profite pour flâner et faire du tourisme mais après « un premier rapport plutôt optimiste […]. Le chief, à qui on ne la fait pas, a répondu que Dufresne ferait bien de se bouger les fesses, qu’il n’est pas en villégiature aux frais de la princesse, et que les clients attendent des réponses autrement substantielles. » (p. 115-116).

Dufresne va-t-il retrouver Harpo ? Harpo va-t-il retourner à New York et revoir ses proches ? Lisez ce « petit » roman, je dis petit dans le sens que le format est petit (10 x 19 cm) et qu’il a peu de pages mais c’est un grand roman ! Bien construit, original, enjoué, rythmé, pas un mot de trop, juste ce qu’il faut pour tenir le lecteur en haleine et lui faire lire ce roman d’une traite pour découvrir la France rurale des années 30.

Je connais un peu les frères Marx et leurs films comiques (XXe siècle) mais le premier prénom qui me vient à l’esprit est Groucho et je n’aurais pas pu citer les autres de mémoire. Alors, il y avait Chico (1887-1961), Harpo (1888-1964), Groucho (1890-1977), Gummo (1892-1977) et Zeppo (1901-1979) et ce chouette roman m’a donné envie de revoir quelques-uns de leurs films alors il faudra que je vois ce qu’il y a de disponible en DVD.

Eh bien, il est encore temps pour cette lecture du Challenge du confinement (case Contemporain) et Petit Bac 2020 (catégorie Personne célèbre).