Throwback Thursday livresque 2018-2

Deuxième participation au Throwback Thursday livresque 2018… Pour ce jeudi 11 janvier, le thème est « possible (lueur d’espoir) ».

Je vous présente donc le beau roman français Une plage au Pôle Nord d’Arnaud Dudek et un extrait publié avec ma note de lecture : « Une longue histoire, assez compliquée. Bref. Il va mieux grâce à elle. Et elle grâce à lui. Je crois qu’ils… s’épaulent. Drôle de duo, hein ? Le jour et la nuit. Le pôle Nord et la plage de sable… » (p. 109) pour vous dire que l’amour est toujours possible à tout âge. 🙂

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Une plage au Pôle Nord d’Arnaud Dudek

Comme c’est l’hiver depuis hier, voici…

Une plage au Pôle Nord d’Arnaud Dudek.

Alma, janvier 2015, 168 pages, 16 €, ISBN 978-2-36279-135-2.

Genre : roman français.

Arnaud Dudek, né en mars 1979 à Nancy, est un écrivain français. Du même auteur : des nouvelles… Copenhague (Filaplomb, 2007) et Les vies imperméables (StoryLab, 2011), des romans chez Alma… Rester sage (2012), Les fuyants (2013) et Les vérités provisoires (2017), et aussi des textes pour des revues littéraires et des ouvrages collectifs.

Pierre Lacaze, juriste sur des projets de décrets – et dessinateur de bandes dessinées de science-fiction à ses heures perdues – reçoit à son bureau une lettre d’une inconnue. Françoise Vitelli dit avoir trouvé son appareil photos. Il n’a pas d’appareil photos mais la curiosité l’emporte et il téléphone à Madame Vitelli.

Arnaud Dudek n’a pas son pareil pour entrecroiser les destins de ses personnages, Pierre Lacaze, Jean-Claude Stillman et Françoise Vitelli étant les principaux. Il lie avec tendresse et humour les êtres quels que soient leur milieu social et leur âge avec une étonnante facilité. Et pour le plus grand bonheur des personnages et des lecteurs !

« Oui, à son âge. Elle avait une nièce à gâter, des écrivains à découvrir, des vêtements à essayer, elle ne se sentait pas encore prête à renoncer à tout. » (P. 52).

« Une longue histoire, assez compliquée. Bref. Il va mieux grâce à elle. Et elle grâce à lui. Je crois qu’ils… s’épaulent. Drôle de duo, hein ? Le jour et la nuit. Le pôle Nord et la plage de sable… » (p. 109).

J’aime beaucoup les éditions Alma, les couvertures sont sobres, la ligne éditoriale me convient parfaitement : je n’ai pas tout lu mais je peux dire que j’aime particulièrement Arnaud Dudek, Arnaud Modat et Thomas Vinau, trois grands noms trop méconnus de la littérature française contemporaine que je vous conseille plus que vivement.

Un très beau roman pour le challenge Feel good parce que ce roman fait vraiment du bien !

1er Grand Prix des Blogueurs Littéraires

Cette info est tombée sur mon mur FB grâce à Antigone, de l’excellent blog Les lectures d’Antigone, et à Leiloona, du tout aussi excellent Bricabook, merci Antigone et Leiloona !

Agathe The Book, un blog que je ne connaissais pas, crée le 1er Grand Prix des Blogueurs Littéraires. Ce prix annuel sera décerné le 20 décembre 2017 à un roman de langue française paru en 2017 (hors roman policier, jeunesse et poche).

Cliquez sur le lien du blog d’Agathe ou sur celui de la page FB pour avoir toutes les explications afin de voter pour votre roman 2017 préféré ou vos deux romans préférés !

L’organisatrice s’engage à respecter la confidentialité des blogueurs, de leur adresse mail et de leur vote mais je peux dévoiler pour qui j’ai voté, non ? (Agathe me dit oui).

J’ai donc voté pour Le camp des autres de Thomas Vinau (Alma) et Une toile large comme le monde d’Aude Seigne (Zoé). J’ai hésité avec La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez que j’ai adoré mais comme ma note de lecture n’est pas encore publiée et qu’il a déjà gagné un prix littéraire, je l’ai laissé tomber.

Allez voter vous aussi pour votre roman 2017 préféré !!!

20 décembre 2017 : le gagnant est… le roman Bakhita de Véronique Olmi (Albin Michel, août 2017) que je n’ai pas lu mais pourquoi pas, et en tout cas bravo 🙂

Le camp des autres de Thomas Vinau

Le camp des autres de Thomas Vinau.

Alma éditeur, août 2017, 200 pages, 17 €, ISBN 978-2-36279-217-5.

Genre : roman historique.

Thomas Vinau, né le 26 septembre 1978 à Toulouse, est poète, nouvelliste, romancier et publie dans de nombreuses revues. Ses précédents romans chez Alma sont Nos cheveux blanchiront avec nos yeux (2011), Ici ça va (2012) et La part des nuages (2014). Plus d’infos sur son blog, http://etc-iste.blogspot.fr/ et sa page FB.

Pour échapper à un père violent, Gaspard s’enfuit de la ferme dans la forêt avec son chien. « Il n’a plus froid. Il n’a plus mal. Il n’a plus peur. […] Soulève puis porte de ses deux bras le corps blessé de la bête. Pas à pas il avance. » (p. 16). L’enfant et le chien passent quelques nuits dans la forêt. « C’est long à traverser une nuit. » (p. 43). Ils sont retrouvés agonisants par un homme qui les recueille sans poser de questions et les soigne ; c’est un genre d’ermite, herboriste, il se fait appeler Jean-le-blanc, il vit sous terre dans une maison-terrier aménagée. « C’est quoi ce bonhomme ? Un sorcier ? Un contrebandier ? Un timbré ? » (p. 63). En tout cas, il va enseigner à Gaspard, la forêt, les animaux, les venins, les plantes… « Tu es un sorcier ? demande Gaspard bouche ouverte, pendant que la peur s’installe gentiment sur son échine. L’homme laisse exploser dans l’air un rire franc et dur comme un buis en tapant sur l’épaule de l’enfant. Ha ha oui un sorcier, ou peut-être même un démon… Tu crois aux démons petit ?… » (p. 73).

Ce roman a été une énorme claque littéraire ! Un gros coup de cœur. Les descriptions de la forêt, de jour et de nuit, sont époustouflantes, impressionnantes de précision et de force ! « Dans le ventre sauvage d’une forêt, la nuit est un bordel sans nom. Une bataille veloutée, un vacarme qui n’en finit pas. Un capharnaüm de résine, de viande, de sang et de sexe, de terre et de mandibules. Là-haut la lune veille sur tout ça. » (p. 31). « Les araignées tissent des dentelles sur lesquelles le petit jus de la nuit à laissé des milliers de perles. » (p. 52). C’est magnifique, n’est-ce pas ? Le texte est lumineux, les descriptions prennent aux tripes (j’ai senti les odeurs, le vent, la rosée… et j’ai tremblé avec Gaspard et son chien), le style profondément humain et ouvert vers les autres tout en poésie.

Un extrait un peu long mais je tiens absolument à le garder. « Le lièvre est à la forêt. La douceur et la bestialité, la langue chaude de la mère, les babines retroussées du père sont à la forêt. La viande est à la forêt. Le flux et le reflux du sang, les muscles, les odeurs, les souffles sont à la forêt. Toutes les bêtes sont à la forêt. Ce qui grouille, ce qui fouille, ce qui bondit, ce qui déploie, ce qui attaque, ce qui ronge, ce qui creuse, ce qui mord, ce qui broie est à la forêt. L’argent mort de la lune est à la forêt. La glaise, le vent, la brume et la rosée, toutes les obscurités appartiennent à la forêt. Elle est le foyer de tous ceux qui n’en ont pas. De tous ceux qu’on ne veut pas. De tous les chassés, les fuyards, les proies. L’ombre est à la forêt. L’ortie et la ronce, la chouette et le goupil, l’ours et le coucou, le loup et le hérisson, le givre et l’orage, la larve et le serpent. Longtemps elle a été l’ennemie des hommes, son piège, sa mère cruelle. Il s’en est extrait en s’unissant, à force de courage et de lutte, pour se déployer sous le ciel, à découvert. Il est devenu son conquérant. De ça comme du reste. Il l’a coupée en morceaux, l’a exploitée, l’a annihilée, a tenté de la domestiquer comme une vache. Mais la forêt n’a jamais perdu ses propres règles, son propre règne, son ventre de nuit sauvage. Elle est restée le souffle archaïque de nos cycles, l’haleine musquée de nos origines, la reine ombragée du vivant, la ruade. Nous nous sommes tenus à l’écart pour inventer nos propres nuits, nos propres lois de bêtes orphelines, nos merveilles, nos désastres, nos propres dieux et nos propres monstres, sans jamais cesser de la craindre avec vénération. Elle est alors devenue le refuge de ceux qui se refusaient à l’homme et de tous ceux que l’homme refusait. Elle est l’autre camp. Le camp des autres. » (p. 49-50).

L’histoire commence en avril 1907, dans une forêt entre la Somme et la Seine. « Tout un pays nouveau, immense, qu’il a le droit d’explorer, de mériter. Et de conquérir. » (p. 92). Gaspard va aussi découvrir la caravane à Pépère, des vagabonds, des gitans, des anarchistes, des déserteurs, des bagnards en cavale, des étrangers, bref les insurgés, les damnés de la terre, ceux qui font partie d’un autre monde, d’un autre camp. « Tu sais lire petit ?… J’apprends, répond Gaspard […]. C’est bien, petit. Il faut un grand courage pour attaquer ses chaînes avec de l’encre mais c’est à ce prix que tu pourras sortir de la geôle où tu es né ! » (p. 148). Cette année 1907 n’a pas été choisie au hasard par l’auteur : c’est l’année de création des Brigades du Tigre, une police moderne et mobile. « Fraîchement équipée, de téléphones et de télégrammes, d’appareils photo, de fiches anthropométriques, de Browning 1900 et de rutilantes Dion Bouton sorties tout droit des garages. Elle était fin prête pour l’action. Tous préparés mentalement et physiquement, pratiquant les techniques de combat de la savate et de la canne […]. » (p. 181).

Il y a en conclusion une postface appelée « lignes de suite » dans laquelle l’auteur explique pourquoi comment il a écrit ce livre que je vous conseille vivement car il m’a embarquée, subjuguée et, bien que je ne sois pas monomaniaque, je me suis procurée deux autres titres (Nos cheveux blanchiront avec nos yeux et Ici ça va) car ce fut pour moi une très belle découverte que l’écriture de Thomas Vinau ! Et je remercie PriceMinister de m’avoir envoyé ce roman dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire 2017.

Je le mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2017 et Un genre par mois (contemporain).

Arrêt non demandé d’Arnaud Modat

Arrêt non demandé d’Arnaud Modat.

Alma, janvier 2017, 160 pages, 17 €, ISBN 978-2-36279-211-3.

Genres : roman (nouvelles ?), ovni littéraire !

Arnaud Modat naît en 1979 à Douai et vit à Strasbourg. Du même auteur : La fée Amphète (2012) et Comic Strip (2012), deux recueils de nouvelles.

« La mer dans le ventre ». Dans l’école de Sébastien, pas de rédaction à la rentrée pour raconter ses vacances car trop d’enfants ne partent pas l’été… Mais lui veut raconter ses vacances, celles durant lesquelles « une chose [lui] est arrivée » et plus particulièrement cette soirée de juillet 1989 « qui a failli gâcher sa belle jeunesse » (p. 10) parce qu’à onze ans, il est trop grand pour colorier un soleil. Son récit entrecoupé de digressions et de définitions est vraiment drôle. Son père ne s’entend pas avec sa sœur, tante Sylvie, et encore moins avec son mari, Marc, un chasseur, et l’apéro tourne mal… « On m’a dit que c’était rien, que ça allait passer. » (p. 25).

Changement de décor. « Raoul ». Quentin et Aurore attendent leur premier enfant mais ils n’ont plus de sexualité et la sage-femme leur donne un conseil surprenant.

Changement de décor. « Tapage nocturne et neige précoce ». Henry, un écrivain local, dédicace son livre à Castorama. Rentré chez lui, il est sommé par sa compagne d’aller chez les voisins qui font trop de bruit et qui empêche le bébé de dormir mais… le son est vraiment bon !

Changement de décor. « J’existe ». Le Père Noël, enfin plus exactement Michel, un jeune sur-diplômé au chômage, répond à Joan, 5 ans. « Je suis heureux d’apprendre que tu as été bien sage, je te cite « surtout à la fin ». Il faut être sage toute l’année, mon coquin ! Tu ne peux pas te contenter de faire un effort avant les fêtes, afin de t’attirer mes faveurs et faire oublier toutes les saloperies que tu auras pu commettre auparavant. Ça ne marche pas comme ça. » (p. 74) et le reste de la lettre de plusieurs pages est gratiné ! C’est mon chapitre préféré !

Changement de décor. « La dernière nuit du hibou ». Changement de décor. « La fourchette à poisson ». Changement de décor…

En tout, six histoires (et un autoportrait) avec des décors différents et des personnages différents, alors véritable roman (comme c’est écrit en tout petit en haut de la couverture) avec comme lien la vie de l’homme (et de l’acteur) qui doit endosser tour à tour les différents rôles de sa vie (enfance, rencontre, couple, sexualité, père, responsabilité, séparation, solitude, mort) en six épisodes (comme les seconds rôles de Peter Cushing) ou recueil de nouvelles « déguisé » en roman ? Je ne sais pas mais, en tout cas, j’ai beaucoup ri surtout avec la lettre du Père Noël (extrait ci-dessus), humour noir et cynisme garantis ! Lucide, burlesque, un brin trash (la bagarre qui traumatise Sébastien), Arnaud Modat (comparé à Annie Saumont, grande nouvelliste française morte en janvier) a un style vif, un humour grinçant et interpelle joyeusement ses lecteurs. La fin de chaque histoire, c’est en fait comme : que feriez-vous si on vous demandait de descendre d’un train en marche alors que ce n’est pas votre arrêt ? Je suis curieuse de voir ce que fera ce jeune auteur à l’avenir.

Une lecture pour les challenges Défi Premier roman 2017 et Feel good.