La mort du temps d’Aurélie Wellenstein

La mort du temps d’Aurélie Wellenstein.

Scrineo, mai 2017, 288 pages, 16,90 €, ISBN 978-2-36740-500-1.

Genres : science-fiction, littérature jeunesse.

Aurélie Wellenstein, née en 1980 à Paris, a publié des romans de fantasy : Le roi des fauves (2015), Les loups chantants (2016), Le Dieu Oiseau (2018), des romans jeunesse : Le cheval de l’ombre (2013), Chevaux de foudre (2015), La fille de Tchernobyl (2016) et des nouvelles. Plus d’infos sur http://lafilleperchee.com/.

Paris, l’été. Callista Sirahaj, 16 ans, entend ses parents se disputer comme d’habitude. Alors elle a préparé son sac, elle va fuguer avec sa meilleure amie, Emma. Mais… « le bruit devint assourdissant. […] Une boule de lumière surgit à l’horizon, l’obligeant à plisser les yeux. L’éclair aveuglant s’élargit en un cercle concentrique, comme l’onde de choc d’une bombe. » (p. 6). Une explosion nucléaire ? Un puissant tremblement de terre ? Lorsque Callista se réveille, il y a très peu de survivants et il se passe des choses étranges. « Les gens se battaient, couraient, hurlaient, oscillaient entre la folie et la révolte, questionnaient le vide : ‘Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui se passe ?’ » (p. 19). Après ces événements horribles et la fuite chaotique, « le silence. Profond. Effroyable. Surnaturel. » (p. 27). Callista veut aller vers l’est, dans les Vosges, où elle espère retrouver Emma mais il n’y a plus de réseau, plus vraiment de routes, tout est défoncé et peuplé d’horribles créatures. « Il y avait peu de corps dans cette région rurale, mais nul survivant non plus. Était-il réellement possible que le séisme ait secoué la Terre entière ? » (p. 97).

L’auteur balade ses lecteurs d’abord dans un Paris en ruines, secoué de flashs temporels et de séismes spatio-temporels ensuite sur la route entre Paris et un village des Vosges, Xertigny. « Tous ces gens… Tous ces gens, anéantis d’un seul coup. » (p. 64). Dans un monde où les temps et les espaces ont fusionné… Ainsi Callista rencontre entre autres Roland de Forceval, un chevalier né en 1199, qui a fusionné avec son cheval, Tyrael, puis Gascogne, un chasseur transformé en homme-loup.

Et, comme Callista, le lecteur s’interroge sur le monde, la vie… « Là. Pas là. Vivant. Mort. » (p. 171).

En commençant La mort du temps, j’ai vraiment pensé au premier tome d’Autre-Monde de Maxime Chattam mais le traitement des personnages est différent et l’histoire est également différente, plus science-fiction post apocalyptique que la fusion fantasy fantastique horreur de la série Autre-Monde. Et puis, ici, il n’y a qu’un tome au déroulement surprenant mais qui trouve une fin finalement logique.

Une chouette lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #7, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (encore pour la catégorie « Passage du temps »), Printemps de l’imaginaire francophone 2018 et que je mets aussi dans le Challenge de l’épouvante parce qu’il y a des choses effrayantes dans ce roman.

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Là-bas, août est un mois d’automne de Bruno Pellegrino

Là-bas, août est un mois d’automne de Bruno Pellegrino.

Zoé, janvier 2018, 224 pages, 17 €, ISBN 978-2-88927-507-6.

Genres : littérature suisse, roman, biographie.

Bruno Pellegrino, né en 1988 à Morges, vit à Lausanne. Il est membre fondateur de l’AJAR (1), un collectif d’auteurs romands fondé en 2012. Bizarrement, il est écrit sur la 4e de couverture que Là-bas, août est un mois d’automne est son premier roman alors qu’ont déjà été publiés Atlas nègre (Tind, 2015), un roman d’aventure autobiographique mi carnet de voyage mi conte initiatique, Électrocuter une éléphante (Paulette, 2017), un roman humoristique rédigé comme une conférence, et Stand by 1/4 avec Aude Seigne (2) et Daniel Vuataz (Zoé, 2018), la première partie d’un roman sous forme de feuilleton prévu en 4 parties. Quant à L’idiot du village (Buchet-Chastel, 2011), c’est un recueil de nouvelles qui a reçu le Prix du jeune écrivain. (1) J’avais beaucoup apprécié Vivre près des tilleuls de l’AJAR en mai dernier. (2) J’ai a-do-ré Une toile large comme le monde d’Aude Seigne en octobre 2017.

Gustave et Madeleine Roud vers 1907, photographie de Georges Nitsche, Lausanne, fonds Gustave Roud, CRLR

Gustave, c’est Gustave Roud (1897-1976), un poète et photographe romand que je ne connaissais pas avant d’avoir ce roman en main. Bruno Pellegrino s’est inspiré de la vie de Gustave et de sa sœur Madeleine (de 4 ans son aînée) pour faire l’éloge de la liberté et de la lenteur. « Il consigne, de toute urgence, le nom des choses qui prennent fin. » (p. 12). Gustave est passionné par les fleurs et les corps presque nus aux champs (qu’il photographiait), Madeleine par l’espace et la conquête spatiale. « Elle ne regarde pas les hommes. » (p. 21), « salue quelques têtes connues » (p. 22), « Madeleine la discrète, la secrète, le mystère Madeleine. » (p. 23). J’ai appris que, sur Mir, la zinnia est la première espèce à éclore en orbite, en janvier 1976, à bord de la Station spatiale internationale, ça m’a émue.

Zinnias à fleurs doubles

Là-bas, août est un mois d’automne est un beau roman nostalgique qui raconte l’enfance de Madeleine et Gustave, la maladie et la mort de leur mère (en 1933), la ferme de leur enfance qu’ils quittent à la mort de leur grand-père maternel, les saisons et les avancées spatiales, les livres de la bibliothèque de leur père… « Elle sort les livres, les feuillette, les pose à côté d’elle, n’en range aucun. » (p. 49). Et leur goût pour le thé. « Madeleine et Gustave se shootent au thé. Ces gestes qu’on accomplit ici, lents et précis, soignés, délicats, vastes et tranquilles, sont les gestes des parents et des tantes, perpétués dans le calme de la chambre basse. » (p. 55-56).

J’utiliserais aussi ces adjectifs « lent et précis, soigné, délicat, vaste et tranquille » pour décrire Là-bas, août est un mois d’automne alors si vous avez besoin d’aventures et d’action, passez votre chemin ! Mais si vous avez envie de découvrir Madeleine et Gustave et la vie en Suisse à leur époque (entre le début du XXe siècle et la fin des années 70), ce livre tout en douceur est fait pour vous !

Une lecture pour les challenges Petit Bac 2018 (pour la catégorie « Passage du temps » avec au choix août, mois et automne !), Rentrée littéraire janvier 2018, Voisins Voisines 2018 (Suisse) et je suis vraiment en retard pour publier cette note de lecture car j’ai lu le livre en février pour le premier Weekend à 1000 de l’année…

L’élixir du diable de Raymond Khoury

L’élixir du diable de Raymond Khoury.

Pocket, octobre 2012, 480 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26622-921-0. The Devil’s Elixir (2011) est traduit de l’anglais par Jean-Jacques Marvost. Roman d’abord paru aux Presses de la Cité en novembre 2011.

Genres : littérature américano-libanaise, thriller.

Raymond Khoury naît en 1960 à Beyrouth au Liban qu’il quitte avec sa famille en 1975 pour les États-Unis. Avant de se lancer dans l’écriture, il fut architecte, manager et financier. Il actuellement vit à Londres avec son épouse et leurs deux filles. Du même auteur : dans la série « Reilly & Tess », Le dernier Templier (2005), La malédiction des Templiers (2010), Manipulations (2012) et Dossier Corrigan (2014) ; autres romans, Eternalis (2008) et Le signe (2009). Plus d’infos sur https://raymondkhoury.com/.

1741, Nueva España (actuel Mexique). Alvaro de Padilla et Eusebio de Salvatierra (surnommé Motoliano, l’homme pauvre), deux Jésuites, évangélisent les tribus indigènes. « Avec l’aide de certains des premiers convertis, Alvaro et Eusebio avaient établi leur mission dans une vallée couverte d’une épaisse forêt et nichée dans les plis des montagnes occidentales de la Sierra Madre, au cœur du pays wixaritari. » (p. 13). Mais, dans une tribu qui l’a initié, Eusebio découvre une plante qui ouvre les portes de l’esprit et Alvaro le met en garde. « Eusebio, prends garde, fit-il d’une voix sifflante. Le diable a planté ses griffes en toi, avec son élixir. Tu risques de te perdre, mon frère, et je ne peux rester sans réagir et le permettre, ni pour toi ni pour aucun autre membre de notre foi. Je dois te sauver. » (p. 17).

2006, Mexique. Sean Reilly du FBI et Jesse Munro de la DEA sont en commando pour récupérer, dans un laboratoire clandestin, McKinnon, un scientifique américain enlevé, mais l’opération ne se déroule pas comme prévu… « Les travaux de McKinnon allaient passer à la postérité. Un legs infâme, de l’avis général. » (p. 21) car « Les cartels mexicains menaient maintenant le jeu et à travers tous les États-Unis les bandes de motards, les bandes des rues et des prisons leur servaient de petits soldats. » (p. 28). Lorsque Michelle Martinez, une ancienne militaire, est attaquée dans sa maison devant son fils de 4 ans, Alex, elle appelle Reilly, son ancien collègue, à l’aide. Mais Reilly ne sait pas qu’Alex est son fils ; il vit maintenant avec Tess Chaykin qui a une fille de 14 ans, Kim.

Si vous n’y connaissez rien aux neurotoxiques, hallucinogènes et psychotropes, comme moi, vous apprendrez de nombreuses choses dans ce thriller haletant tout en vous baladant au Mexique, sans oublier de faire un tour chez Raoul Navarro, surnommé El Brujo, « le chaman, le sorcier, l’adepte de la magie noire » (p. 30) et surtout chef du cartel mexicain ! De l’action, de l’aventure, des courses poursuites, des rebondissements, tout ce qu’il faut pour un bon thriller (un peu ésotérique), avec une pointe de drame familial, « […] il passera par les cinq stades, exactement comme un adulte. Tu sais… déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. » (p. 119). Un roman finalement très visuel (aucune adaptation cinématographique ?) qui se dévore en un jour (ce fut ma lecture du dimanche pour le premier weekend à 1000 de l’année) et je lirai sûrement d’autres titres de Raymond Khoury.

Je ne sais pas pourquoi mais j’avais oublié de publier en février cette note de lecture pour le Mois du polar et le challenge Polar et Thriller, les deux organisés par Sharon.

Le petit terroriste d’Omar Youssef Souleimane

Le petit terroriste d’Omar Youssef Souleimane.

Flammarion, janvier 2018, 224 pages, 17 €, ISBN 978-2-0814-1242-2.

Genres : littérature franco-syrienne, roman autobiographique, récit.

Omar Youssef SOULEIMANE naît en 1987 près de Damas en Syrie. Il passe une partie de son enfance à Riyad en Arabie Saoudite où son père travaille. De retour en Syrie, il étudie, devient journaliste et poète (six recueils en arabe d’abord puis, après son exil, en français ou en bilingue pour lesquels il reçoit plusieurs prix) mais, ayant manifesté contre le gouvernement, il fuit en Jordanie et en France où il reçoit l’asile politique. Le petit terroriste est le premier livre qu’il publie hors poésie.

Quatre heures du matin, Omar débarque à Paris, il pense à sa mère. « Voit-elle la même lune que moi ? » (p. 9). Je trouve cette phrase (cette pensée) très belle, émouvante, je sens que ce roman va me plaire. Une association d’aide aux Syriens lui a trouvé une chambre de bonne rue de Paradis. Joli nom de rue, n’est-ce pas ? Il songe aux « […] raisons qui m’ont fait venir à Paris. Comment j’ai imaginé cette ville. Comment je me retrouve là dans une réalité qui n’est pas la mienne. » (p. 10). Il est originaire d’Al-Qutayfah, une petite ville au nord de Damas, mais quand les services secrets sont venus pour l’arrêter (il est journaliste militant), il était à Homs et il a pu fuir en étant grimé en Occidental en pleine Révolution arabe à Damas. « Nous marchons des heures durant. Je n’éprouve aucun sentiment. Mon corps est derrière moi. Je suis un vide qui marche dans le néant. » (p. 19). Il devient un réfugié et transite par la Jordanie où il est considéré comme un terroriste : de réfugié il devient un étranger et demande l’asile à l’ambassade de France. « De la langue française, je ne connais que six mots. ‘Bonjour’, ‘bonsoir’, ‘au revoir’, ‘merci’, ‘pardon’ et ‘liberté’ » [ce dernier mot c’est parce qu’il connaît le poème de Paul Éluard]. Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie. » (p. 35). C’est magnifique, le pouvoir d’un mot, le pouvoir de la poésie, et voilà comment il est arrivé à Paris ! « Paris n’est pas une ville, mais un monde. Je ne sais pas où elle commence et où elle finit. Moi qui ai vécu la grande partie de ma vie dans une ville de cinquante mille habitants, je suis perdu dans un voyage dans le temps. À Paris, chaque rue est une époque. Des bâtiments, espacés de dix mètres, le sont de dix siècles. » (p. 41). Quelle belle vision de Paris ! Le roman autobiographique – ou récit comme indiqué sur la couverture – alterne entre son arrivée, sa nouvelle vie à Paris et ses souvenirs d’enfance en Syrie et en Arabie Saoudite (dont une visite à la Mecque avec son père et son petit frère). Le jeune Omar rêve d’être poète mais les poètes sont considérés à la fois comme faibles et à la fois comme dangereux et ils sont parmi les gens surveillés par la « Commission de l’obligation du bien et de l’interdiction du mal ».

Ce livre a quelque chose de spécial, indépendamment de lui, c’est le premier que j’ai lu dans mon nouvel appartement la dernière semaine d’avril et il m’a énormément plu donc j’y vois un bon signe pour mes prochaines lectures. Je dois dire que dans l’ancien appartement, je n’avais pas réellement trouvé de place idéale (bien installée, bonne lumière) pour lire… (à part le balcon quand il faisait beau et jour) mais, dans le nouvel appartement, plusieurs bonnes places se profilent déjà alors qu’il y a encore un bordel monstre. Mais c’est du livre dont je veux vous parler ici !

Il a été écrit directement en français et il est agrémenté de jolis poèmes en bilingue (français et arabe). Pourquoi le petit terroriste ? Parce qu’Omar a été éduqué (pendant 4 ans) à Riyad en Arabie Saoudite dans la pure tradition salafiste du djihadisme. « Ma famille m’a toujours appelé le petit Omar […] j’ai décidé d’en changer : je m’appellerais désormais le petit terroriste, en signe de ma découverte de la vraie religion, dans ce monde du Mal. » (p. 124). Mais Omar a lu de la poésie (dont Liberté de Paul Éluard que vous retrouverez ci-dessous) et il a commencé à se poser des questions, à s’interroger, il a voulu lire sans préjugés, il a voulu comprendre, réfléchir par lui-même, je pense que ce n’est pas unique mais c’est quand même rare avec une éducation aussi rigoriste alors bravo Omar, tout mon respect !

L’auteur défend l’idée de pouvoir critiquer la religion, toutes les religions, mais la pensée idéologique n’est pas la même partout et c’est souvent impossible (dangereux) dans certains pays et censuré dans d’autres… « Le Prophète a dit : ‘Celui d’entre vous qui voit un mal qu’il le change par sa main. S’il ne peut pas alors par sa langue et s’il ne peut pas alors avec son cœur et ceci est le niveau le plus faible de la foi. » (p. 132-133). Bon, les mentalités ont changé au fil des siècles mais globalement, le fonctionnement est vraiment différent en Occident (non seulement avec le christianisme mais aussi avec toute la philosophie) et en Asie (avec le taoïsme, le bouddhisme, etc.) : le cœur d’abord (amour, bienveillance, tolérance, etc.), la langue ensuite (dialogue, communication, philosophie, etc.) et malheureusement la main, ça peut arriver aussi, mais combien de violences et de guerres auraient été évitées avec le cœur et la parole ? Quant au terme de terroriste, pourquoi polémiquer ? Puisque les musulmans sont appelés à lutter et à terroriser l’ennemi d’Allah donc la dénomination de terroristes ne les gêne pas, au contraire ! (p. 129) et leur mot d’ordre est de combattre (p. 187-188). Je tire mon chapeau à Omar Youssef Souleimane qui explique avec pudeur et sincérité ces choses déplaisantes qu’à part les spécialistes aguerris personne n’a envie d’entendre… Mais il est d’autres choses dont il parle, avec tout autant de sincérité, et un peu d’humour, ce sont ses premiers désirs, ses premiers plaisirs, ses premiers émois amoureux et sexuels et il se demande « Pourquoi les délices occupent-ils une place si importante ? » (p. 190) alors que c’est l’enfer qui l’attend ! Mais refusant d’être terrorisé par cet hypothétique enfer et libéré des contraintes qui lui ont été inculquées, il comprend qu’il est un hérétique, un infidèle, un apostat. Lire son parcours, sa pensée, c’est, à mon avis, se libérer de certaines craintes, c’est se libérer et s’ouvrir aux autres, ouvrir son cœur, son âme, et franchement quel enfer est pavé de liberté, d’ouverture d’esprit, de cœur aimant et de belles âmes ?

Un très beau roman/récit, bouleversant, profondément intime, parfois drôle, qui m’a beaucoup émue et que je voudrais que tout le monde lise ! Oui, oui, lisez-le, tous ! Bref, un coup de cœur (peut-être le premier depuis le début de l’année). À ceux qui auront la chance d’être à Saint Malo au Festival internationsl Étonnants Voyageurs du 19 au 21 mai, vous pourrez rencontrer Omar Youssef Souleimane et vous faire dédicacer son livre !

Une magnifique lecture que je mets dans les challenges Lire sous la contrainte #38 (son « è »), Petit Bac 2018 (pour la catégorie « gros mot » avec terroriste), Raconte-moi l’Asie #3 (Syrie et Arabie Saoudite) et Rentrée littéraire janvier 2018.

Illustration de Fernand Léger (1881-1955)

Liberté de Paul Éluard (1895-1952)
Sur mes cahiers d’écolier / Sur mon pupitre et les arbres / Sur le sable sur la neige / J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues / Sur toutes les pages blanches / Pierre sang papier ou cendre / J’écris ton nom
Sur les images dorées / Sur les armes des guerriers / Sur la couronne des rois / J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert / Sur les nids sur les genêts / Sur l’écho de mon enfance / J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits / Sur le pain blanc des journées / Sur les saisons fiancées / J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur / Sur l’étang soleil moisi / Sur le lac lune vivante / J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon / Sur les ailes des oiseaux / Et sur le moulin des ombres / J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore / Sur la mer sur les bateaux / Sur la montagne démente / J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages / Sur les sueurs de l’orage / Sur la pluie épaisse et fade / J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes / Sur les cloches des couleurs / Sur la vérité physique / J’écris ton nom
Sur les sentiers éveillés / Sur les routes déployées / Sur les places qui débordent / J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume / Sur la lampe qui s’éteint / Sur mes maisons réunies / J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux / Du miroir et de ma chambre / Sur mon lit coquille vide / J’écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre / Sur ses oreilles dressées / Sur sa patte maladroite / J’écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte / Sur les objets familiers / Sur le flot du feu béni / J’écris ton nom
Sur toute chair accordée / Sur le front de mes amis / Sur chaque main qui se tend / J’écris ton nom
Sur la vitre des surprises / Sur les lèvres attentives / Bien au-dessus du silence / J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits / Sur mes phares écroulés / Sur les murs de mon ennui / J’écris ton nom
Sur l’absence sans désir / Sur la solitude nue / Sur les marches de la mort / J’écris ton nom
Sur la santé revenue / Sur le risque disparu / Sur l’espoir sans souvenir / J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie / Je suis né pour te connaître / Pour te nommer
Liberté.
In Poésie et vérité (1942, recueil clandestin)
In Au rendez-vous allemand (1945, Éditions de Minuit)

Louise et Hetseni de Sophie Rigal-Goulard

Louise et Hetseni – Dans les plaines sauvages de Sophie Rigal-Goulard.

Rageot, mai 2018, 160 pages, 11,90 €, ISBN 978-2-70025-562-1.

Genres : littérature jeunesse, aventure, Histoire, fantastique.

Sophie Rigal-Goulard dit qu’elle est « née en 67 dans le 67 » mais elle habite dans le 13 (logique puisque 6+7=13). Après un bac scientifique et un DEUG d’économie, elle devient institutrice puis se lance dans l’écriture jeunesse en 2000. Plus d’infos sur http://www.sophie-rigal-goulard.fr/.

Avril 1851, un convoi de chariots traverse le Grand Ouest pour la Californie, eldorado pour beaucoup de colons : « des terres vierges et riches de promesses » (p. 8). Le jeune Jonas Pellman, qui vient de perdre sa mère dans l’Illinois, voyage avec son père, Cody Pellman ; à 11 ans, il est effrayé par les histoires de massacres perpétrés par les Indiens qu’il entend. « Un Indien, c’est un animal sauvage, prêt à t’égorger avec ses dent s’il le faut, après t’avoir scalpé sur toute la surface de ton crâne » (p. 9). Plaines sauvages, chaleur, poussière, bourrasques de vent, violents orages… Lorsqu’il est enlevé par les Cheyennes, il devient Hetseni, « celui qui devait venir » (p. 83).

À notre époque, à Paris, Louise Boyer, une collégienne de 12 ans, lit en cachette le nouveau roman que son père, Franck Boyer, écrit. « Mon père s’est enfin remis à écrire. Même si ce ne sont que quelques lignes… Depuis sa séparation avec ma mère, il ne produisait plus grand-chose. » (p. 13). L’histoire est celle de Jonas-Hetseni et, bizarrement, Louise et Jonas sont en contact par la voix ! « Je serais juste un personnage d’histoire, sans existence propre ? […] Tout est bien réel pourtant. […] Ce n’est pas un rêve ! » (p. 38).

Pour Sophie Rigal-Goulard, c’est un rêve d’enfance de pouvoir communiquer avec les personnages des livres qu’elle lisait et qu’elle appréciait, et c’est donc une façon d’honorer ce rêve que d’avoir fait communiquer Louise et Jonas-Hetseni. Ce roman jeunesse (la tranche d’âge préconisée par l’éditeur est 9-12 ans) va au-delà du simple roman d’aventures et les adultes qui aiment l’Ouest américain, les Indiens et les westerns peuvent le lire aussi avec plaisir et émotion. Car par ce récit inspiré de récits historiques et la relation « fantastique » entre Louise et Jonas à travers l’espace et le temps, cette histoire est une réflexion sur les peuples indiens dont les colons prennent les territoires, les Grandes Plaines, et massacrent les bisons. Qui sont les sauvages ? « Ce qui m’inquiète aujourd’hui, c’est la façon dont on occupe leurs territoires en bafouant les traités… Nous devons rester vigilants pendant notre voyage. » (p. 56-57). C’est aussi, par l’intermédiaire de l’écrivain et de Louise, une réflexion sur le laborieux et solitaire travail d’écriture et sur l’impatience du lecteur à lire la suite d’une histoire, à en savoir toujours plus (Louise se renseigne sur le Grand Ouest, sur les faits historiques, elle rencontre même Mathias Stelman, un nouvel élève franco-américain qui arrive tout droit des plaines le long du Missouri !). « Ce n’est pas simple pour moi de lire ce que mon père écrit puisqu’il quitte de moins en moins son bureau. […] J’ai été à deux doigts de demander à mon père ce qu’il envisageait pour la suite. Et puis… j’ai préféré me taire. » (p. 84). De son côté, Jonas-Hetseni doute : « Être « Hetseni » me terrifie » (p. 90) mais il découvre avec curiosité et émerveillement la façon de vivre des Indiens, les enfants (ka’êškone) qui aident les femmes, les adolescents et les hommes qui s’affairent plus loin du campement souvent à la chasse, le Grand Esprit des Plaines, les chevaux, les bisons, « la beauté du paysage » (p. 103), les symboles, les rituels, les épreuves initiatiques pour devenir un homme, un guerrier. Et puis, comme il comprend qu’il n’est pas maître de son destin puisque, plus d’un siècle et demi plus tard, c’est un homme inconnu de lui qui l’écrit, il va vouloir choisir sa voie, sa vie et c’est ce qui fait le piquant de ce roman.

Je remercie NetGalley et Rageot puisque j’ai pu lire ce roman en numérique le jour de sa parution en librairie (9 mai) dans le cadre du NetGalley Challenge 2018. Je le mets aussi dans les challenges Jeunesse Young Adult #7, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (pour la catégorie Prénom) et Printemps de l’imaginaire francophone 2018.

Mois espagnol #4

Pas question que je rate le Mois espagnol 2018 de Sharon car j’ai déjà participé aux trois premières éditions en 2015, 2016 et 2017 ! En plus, ce mois correspond également au Défi littéraire de Madame lit qui a choisi la littérature espagnole pour mai. Donc hola et vamos, désolée mais je n’ai pas étudié l’espagnol et mon vocabulaire est très pauvre 😛

Mes billets pour ce challenge

Et voici les deux magnifiques logos repérés chez Cannibal Lecteur :

Nos mères d’Antoine Wauters

Nos mères d’Antoine Wauters.

Verdier, janvier 2014, 148 pages, 14,60 €, ISBN 978-2-86432-745-5.

Genre : littérature belge.

Antoine Wauters naît à Liège (Belgique) le 15 janvier 1981. Il est écrivain et scénariste. Précédemment publiés : Debout sur la langue (Maelström, 2008) et chez Cheyne éditeur : Césarine de nuit (2012), Ali si on veut avec Ben Arès (2012) et Sylvia (2014).

Au Proche-Orient, un père vient de mourir à la guerre ; sa jeune veuve, prisonnière de ses souvenirs, cache leur fils, Jean, au grenier, pour le protéger. Jean est livré à lui-même, à la solitude, à l’ennui, au manque d’amour… Puis Jean est recueilli par Sophie, en Europe. Saura-t-il faire face à sa nouvelle vie et se (re)construire ?

Ce roman a reçu deux prix : Prix Première de la RTBF 2014 et Prix Révélation de la SGDL 2014 mais je l’ai trouvé très « dur » et, pourtant, il ne m’a pas émue plus que ça… J’ai quand même noté quelques extraits :

« diluer nos souffrances en fragmentant nos vies. » (p. 9).

« Chaque fois les mêmes mots. Ils montent et viennent à nous. Du bas de leur détresse, du début de la folie, ils nous rejoignent. » (p. 13).

« Le soir, elles baignent dans la lumière presque orangée qu’il y a ici sur les hauteurs, dans ce village de petite taille et de petite montagne que nous n’allons jamais quitter, dit-on. » (p. 35).

« Ils existent. Ce sont les enfants de la ruine et de l’oubli. » (p. 37).

« Autant vous le dire : je n’ai pas la moindre idée de ce que je fais là, je veux dire ici dans ce village d’Europe encore plus minuscule que le nôtre, et tellement pluvieux, plus froid, si vous pouviez voir ça. » (p. 71).

« Quelque chose ne va pas chez Sophie. Je le vois bien, quelque chose cloche. » (p. 101).

« Les fils mentent mais les mères aussi. » (p. 125).

Avez-vous lu ce roman ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Ai-je raté quelque chose ?

Avec un peu de retard pour le Défi littéraire de Madame lit (avril = littérature belge) et pour le challenge Voisins Voisines 2018 (Belgique).