Challenge Littérature de l’imaginaire #9

Ma Lecturothèque annonce le challenge Littérature de l’imaginaire #9 pour 2021. J’aime ce challenge auquel je participe depuis des années : #4 en 2016 avec 13 lectures, #5 en 2017 avec 16 lectures, #6 en 2018 avec 45 lectures (un exploit), #7 en 2019 avec 24 lectures, #8 en 2020 avec 72 lectures (un record durant l’année spéciale).

Infos, logos et inscription (jusqu’au 1er avril 2021) chez Ma Lecturothèque + quelques infos ici + le lancement ici + la chrobox pour déposer les liens.

Le but du challenge est toujours de lire de la littérature de l’imaginaire : science-fiction, fantasy, fantastique et leurs sous-genres : anticipation, dystopie, uchronie, bit-lit, horreur…

Les échelons
Échelon 1 : Atterrissage dans l’irréel = au moins 12 livres
Échelon 2 : Plongée dans l’inconnu = au moins 30 livres
Échelon 3 : Immersion dans le vide = au moins 48 livres
Échelon 4 : Absorption dans l’étrange = au moins 60 livres
Échelon 5 : Fusion dans l’utopique = au moins 72 livres
Échelon 6 : Je lis donc je chronique = au moins 100 livres
Échelon 7 : Synchronisation avec la page = au moins 130 livres

Les catégories

Catégorie A : Ange gardien de la simplicité – Le challenge reste comme il était jusque-là, à savoir tous les supports sont acceptés et vous lisez tous les genres des lectures de l’imaginaire.

Catégorie B : Cerbère des mots – On bannit les BDs et les mangas, la place est réservée aux romans uniquement. Tous genres confondus.

Catégorie C : Dragon de la multidisciplinarité – Vous devrez choisir un genre en début de challenge entre la Fantasy et la SF. Ils ont tous deux des sous-genres, dans cette catégorie vous devrez lire un livre par sous-genre. À vous de voir ce que vous lisez pour le reste de la catégorie. Fantasy : Dark Fantasy / Heroic Fantasy / La Fantasy épique (dans laquelle je regroupe volontairement la High Fantasy et le Sword & Sorcery) / Light Fantasy / Romantic Fantasy / Science Fantasy. Science-fiction : Anticipation / Cyberpunk / Hard-Science ou Voyage dans le temps (au choix) / Space Opéra / Steampunk / Uchronie.

Catégorie D : Elfe de l’incontournable – Vous lirez ce que vous voudrez durant ce challenge dans le genre que vous voulez MAIS il vous sera obligatoire de lire 3 livres écrits par des auteurs que l’on qualifie de « classiques » de l’imaginaire. Les incontournables quoi.

Je m’inscris, comme d’habitude en Échelon 1 (même si je lis plus) et en Catégorie A.

Mes lectures pour ce challenge

1. James Day de Patrick Cialf (Ymaginères, 2011, France)

2. Rétrocession de Southeast Jones (Nouveau Monde, 2015, Belgique)

3. L’empire de sable de Kayla Olson (Robert Laffont, 2017, États-Unis)

4.  La princesse au visage de nuit de David Bry (L’homme sans nom, 2020, France)

5. Helstrid de Christian Léourier (Le Bélial, 2019, France)

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La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins

La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins.

Denoël, collection Lunes d’encre, août 2017, 480 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-20713-552-5. The Library at Mount Char (2015) est traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque. Je l’ai lu en poche : Folio SF, n° 633, mai 2019, 576 pages, 9,10 €, ISBN 978-2-07284-464-5.

Genres : littérature états-unienne, roman, fantasy.

Scott Hawkins naît en 1969 aux États-Unis. Il est informaticien spécialisé dans les systèmes Unix et Linux. La bibliothèque de Mount Char est son premier roman.

Carolyn, ensanglantée et pieds nus, marche sur la Highway 78, elle retourne chez elle à Garrison Oaks. À la première page, il y a cette phrase que je note telle quelle : « Le poignard d’obsidiennetours dans la ce avec lequel elle avait tué le détective Miner était niché au creux de ses reins, secret et affûté. » (p. 13). Hum, soit il y a des mots en trop soit il manque des mots mais j’espère qu’il n’y a pas d’autres erreurs de ce genre… (en fait il n’y en a pas).

Carolyn avait 8 ans lorsque ses parents sont morts assassinés. Avec quelques autres enfants américains, elle a été recueillie par Père. « Vous êtes maintenant des Pelapi, dit Père. C’est un mot très ancien. Il signifie quelque chose comme « bibliothécaire » et quelque chose comme « élève ». Je vous emmènerai dans ma maison. Je vous élèverai à l’ancienne, comme j’ai moi-même été élevé. Je vous enseignerai les choses que j’ai apprises. » (p. 17). Voici comment Carolyn est devenue « bibliothécaire ».

Les (12) enfants : Carolyn, Margaret, David, Michael, Emily, Jennifer, Alicia, Rachel, Peter et Richard (des jumeaux), Lisa, Jacob (dans l’ordre où leurs prénoms apparaissent). Ils ont été éduqués à la dure avec chacun une matière (un catalogue). Pour Carolyn, ce fut les langues, toutes les langues du monde entier et même les oubliées. Ils n’ont absolument pas le droit de partager les uns avec les autres ce qu’ils étudient.

Un quart de siècle après, Père a disparu et les enfants maintenant adultes le cherchent, chacun selon les capacités acquises mais… « Il n’est dans aucun avenir et il n’est pas mort. Comment est-ce possible ? » (p. 37). La Bibliothèque leur est devenue inaccessible… Même le fidèle Nobununga n’a pas pu y entrer. Et si David avait tué Père ? « Uzan-iya, disait-on dans les steppes de l’Himalaya il y avait six mille ans de cela. Uzan-iya – l’instant où le cœur pour la première fois a des envies de meurtre. » (p. 134).

En parallèle, Erwin Leffington « Ancien de la 82e division aéroportée, aujourd’hui enquêteur spécial pour la Sécurité intérieure » (p. 253) enquête sur Carolyn et ses frères et sœurs, ainsi que sur Steve Hogdson suspecté d’avoir tué Miner.

Dans ce roman vraiment étrange (et super violent), il y a un taureau dans lequel on fait des barbecues, des chiens dangereux, un lion et sa fille (mes personnages préférés), des « bibliothécaires » troublants… L’auteur, pour un premier roman, a une imagination débordante et va très loin dans l’horreur donc à ne pas mettre entre toutes les mains. Le lecteur peut être un peu perdu au début de la lecture mais il faut persévérer car ce roman foisonnant se mérite ! Il est classé en fantasy et a reçu un prix fantasy (Elbakin 2018) mais il y a un côté science-fiction indéniable et résolument un côté terrifiant : en littérature comme en musique, il existe la fusion des genres et ça vaut le coup de tester. Je dirais donc que La bibliothèque de Mount Char est un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) qui ne plaira pas à tout le monde mais laissez-lui sa chance !

Je mets cette lecture dans les challenges Animaux du monde #3 (pour le lion et la lionne, je ne donne pas leurs noms humains car ils ne les aiment pas), Challenge du confinement (case Fantasy), Littérature de l’imaginaire #8.

La Source au bout du monde (tome 1) de William Morris

La Source au bout du monde (tome 1) de William Morris.

Aux Forges de Vulcain, novembre 2016, 400 pages, 28 €, ISBN 978-2-37305-016-5. The Well at the World’s End (1896) est traduit de l’anglais par Maxime Shelledy et Souad Degachi. Je l’ai lu en poche : Libretto, octobre 2017, 464 pages, 11,30 €, ISBN 978-2-36914-378-9.

Genres : littérature anglaise, fantasy, classique.

William Morris naît le 24 mars 1834 à Walthamstow dans l’Essex (Angleterre). Dès l’enfance, il aime les merveilles, la forêt, les histoires de chevaliers, les Waverley Novels de Walter Scott et même Les mille et une nuits. Il étudie la théologie à Oxford puis l’architecture et la peinture. Il épouse Jane Burden (je le signale car Jane et William sont parmi les personnages d’Arcadia de Fabrice Colin) et le couple a deux filles, Alice (Jenny) et Mary (May). Fabricant et designer textile, imprimeur et éditeur avec Kelmscott Press (sa maison d’éditions fondée en 1891) qui a édité les œuvres de Geoffrey Chaucer dont la plus célèbre est Les Contes de Canterbury (XIVe siècle), architecte, peintre et dessinateur, romancier, poète, traducteur (de textes anciens de l’Antiquité et du Moyen-Âge), essayiste (essais sur l’Art et sur le socialisme) et conférencier, ce touche à tout membre de la Confrérie préraphaélite est un socialiste utopiste et libertaire. Du même auteur : News from Nowhere soit Nouvelles de nulle part, une utopie (1890). Il est considéré comme le père de la Fantasy et La Source du bout du monde a inspiré, entre autres, C.S. Lewis (Les chroniques de Narnia) et J.R.R. Tolkien (Bilbo le Hobbit, Le seigneur des anneaux…). Retrouvez William Morris sur The William Morris Society (Angleterre) et The William Morris Society (États-Unis) et ses œuvres en ligne sur Wikisource.

« Il y avait jadis une petite contrée sur laquelle régnait un petit souverain, un roitelet que l’on appelait le roi Pierre même si son royaume n’était pas bien grand. Il avait quatre fils nommés Blaise, Hugues, Grégoire et Rodolphe. Ce dernier était le benjamin, âgé de vingt et un hivers, et Blaise, qui en avait vécu trente, était l’aîné. » (p. 11). Voici comment débute ce roman et j’aime beaucoup le ton.

Le domaine s’appelle les Haults-Prés – en anglais Upmeads – (champs, bois, ruisseaux et petites collines) mais il est petit et les fils rêvent de voyages et d’aventures. Rodolphe (en anglais Ralph) – alors que ses frères sont partis, l’un au nord, l’un à l’est, l’un à l’ouest, chacun sur son cheval et accompagné d’un écuyer – a dû rentrer au château avec son père… Tôt le lendemain matin, il s’enfuit avec « son armure, sa lance et son épée [et] son destrier, un beau et robuste cheval gris pommelé nommé Faucon. » (p. 21). Il va à « Bourg-la-Leyne, au-delà de laquelle s’étendait, vers le sud, un monde dont Rodolphe ignorait presque tout, et qui lui semblait un endroit fabuleux, regorgeant de merveilles et d’aventures extraordinaires. » (p. 22). C’est là qu’il entend parler de la Source au bout du monde, une eau magique aux propriétés miraculeuses.

Dans ce monde imaginaire, inspiré du Moyen-Âge, Rodolphe devient un chevalier errant. Tout le monde lui parle de dangers mais pour l’instant les rencontres sont plutôt agréables voire charmantes et bienveillantes. Y aurait-il anguille sous roche ? C’est alors qu’il croise des hommes en armes et certains sont manifestement hostiles. En tout cas, partout où Rodolphe va, il observe, il questionne, il en voit et en entend des vertes et des pas mûres (guerres, bûchers, esclaves…). « Il lui sembla que le monde était pire que ce à quoi il s’attendait. » (p. 110). Mais lorsqu’il entend parler de la dame d’Abondance, il en tombe amoureux sans l’avoir jamais vue et ne pense qu’à une chose, qu’elle vienne vers lui. « Elle me racontera tout lorsque je la verrai. Je n’ai pour l’heure à réfléchir qu’à la façon dont je la retrouverai et ferai en sorte qu’elle m’aime. Elle m’indiquera ensuite le chemin menant à la Source au bout du monde, dont je boirai l’eau afin de ne jamais vieillir et d’obtenir, comme elle, la jeunesse éternelle. Nous pourrons alors nous aimer pour toujours et à jamais. » (p. 159). Quel jeune homme rêveur ! Et peut-être même naïf ? « […] le regard amoureux de Rodolphe, qui la bénit et manqua verser des larmes de bonheur. » (p. 203).

Ce que raconte la jeune femme surnommée la dame d’Abondance à Rodolphe ressemble à un conte. Cependant, au lieu d’une princesse ou d’une bergère, le lecteur a ici un jeune fils de roi, instruit comme l’était les jeunes hommes de son époque mais immature, en quête d’aventure et d’amour (je dirais même en quête d’absolu). « M’est avis, messire, répondit Richard, que cette femme qui mourut assassinée ne descendait pas seulement de la race d’Adam, mais qu’il y avait en son sang quelque brassage avec celui des fées. Qu’en dites-vous ? » (p. 308-309).

J’en dis que ce roman n’est pas facile à lire car la police de caractère est toute petite ! Toutefois, il est vraiment agréable de se plonger dans sa lecture et dans ses merveilles et j’ai hâte de lire le deuxième tome pour la suite des aventures de Rodolphe !

La Source au bout du monde est ici traduit intégralement pour la première fois en français. Une traduction partielle avait été effectuée par Maxime Shelledy et Le Puits au bout du monde était paru Aux Forges de Vulcain en deux tomes, La Route vers l’amour en 2012 et La Route des dangers en 2013 (c’est-à-dire les deux premières parties sur quatre). Ensuite La Source au bout du monde a été traduit à nouveau par Maxime Shelledy et Souad Degachi et est paru Aux Forges de Vulcain en 2016 avec des illustrations et des lettrines (il y a aussi de petites lettrines dans l’édition Libretto que j’ai lue).

Je mets cette lecture dans les challenges Animaux du monde #3 (il y a beaucoup de chevaux, que serait un chevalier sans son cheval ?), Cette année, je (re)lis des classiques #3, Challenge du confinement (case Fantasy), Les classiques c’est fantastique (en décembre, des contes pour les fêtes), Contes et légendes #2 et Littérature de l’imaginaire #8.

 Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 21.

Dodoma (trilogie) de Jun Shiraishi

Dodoma de Jun Shiraishi.

Komikku, c’est le lien FB (il n’y a pas de site alors ce n’est pas évident d’avoir des infos…). ドードーマ (Dôdôma, 2014, Tokuma Shoten) est traduit du japonais par Yohan Leclerc.

Tome 1 : Mana, Tome 2 : Shino, Tome 3 : Mana et Shino

Genres : manga, shônen, science-fiction, fantasy.

SHIRAISHI Jun 白石 純. Pas d’infos sur lui ! Tout ce que je peux dire c’est que c’est un jeune mangaka.

Tome 1, mai 2016, 192 pages, 7,90 €, 978-2-37287-097-9.

« Orbis, pays de l’arbre de vie. » (p. 7). Mana (11 ans) et son frère aîné, Shino (13 ans), vivent dans cette cité de pierres créée, selon la légende, par les dieux après un déluge et où les humains ont pu se réfugier. Ils sont orphelins et vivent avec la famille de leur oncle Yû. Il y a 300 personnes, adultes et enfants. Mais un jour, des visiteuses, Olivia et Chloé, qui parlent une langue incompréhensible viennent « du dehors » : comment est-ce possible, sont-ce des déesses ? Puis la cité est attaquée par des êtres bizarres, géants, masqués, les Dodomas, et de nombreux habitants sont tués, y compris des enfants… Mana fuit avec Shino blessé mais les combats font rage.

Tome 2, juillet 2016, 190 pages, 7,90 €, ISBN 978-2-37287-132-7.

Shino est gravement blessé mais il a fusionné avec le Dodoma contre lequel il s’est battu alors comment le déplacer pour l’emmener à l’Oasis ? Survient, une vieille femme, un genre d’elfe, Agatha, la suivante de Zena Kronos, venue récupérer la princesse Olivia Leonore et elle fera tout pour les empêcher d’atteindre l’Oasis qui est « une zone de non-agression ». « Chloé, accompagne-le ! Il ne doit pas mourir ! » (Olivia, p. 49).

Tome 3, décembre 2016, 187 pages, 7,90 €, ISBN 978-2-37287-133-4.

Alors que la troupe – qui s’est agrandie – est en route pour la mer afin d’aller au Ciel, trois Dodomas ennemis les attaquent (une sphère, un équidé et un être étrange). Mais Olivia et son peuple ne pensent en fait qu’à une chose, se battre pour le pouvoir alors sauveront-ils les humains ? En tout cas, l’amour entre les deux frères est puissant.

Dodoma, c’est des dessins à la fois plein de poésie et de fulgurance lors des combats. Les dessins sont alors tout en vitesse, c’est assez impressionnant. C’est une histoire intrigante avec des créatures venues d’ailleurs et c’est aussi une histoire de trahison. Dodoma est à la fois de la science-fiction (monde post-apocalyptique, êtres venus d’ailleurs, technologie Dodoma) et de la fantasy (liaison entre les humains et l’arbre de vie, liaison entre l’arbre de vie et la planète). Les tomes sont agrémentés de travaux préparatoires et de yonkomas amusants (strips verticaux de 4 cases).

Lus aujourd’hui et note de lecture de ces 3 tomes rédigée pendant la lecture ; si seulement je pouvais faire comme ça à chaque fois, j’aurais moins de retard dans la rédaction et la publication de mes chroniques !

Une lecture agréable et divertissante pour les challenges BD, Challenge du confinement (case Manga), Jeunesse Young Adult #10 et Littérature de l’imaginaire #8.

Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 6.

La fée des glaces de Maxence Fermine

La fée des glaces de Maxence Fermine.

Michel Lafon, novembre 2013, 158 pages, 9,95 €, ISBN 978-2-7499-1978-2.

Genres : littérature française, jeunesse, fantasy.

Maxence Fermine naît le 17 mars 1968 à Albertville (Savoie). Je l’ai découvert avec Neige et Le violon noir en 1999 aux éditions Arléa puis L’apiculteur en 2000 chez Albin Michel. Depuis, j’ai lu une grande partie de ses romans mais pas tous.

Pour ses 13 ans, Malo part en vacances dans les Alpes chez la sœur de son père, Reine Dumont qu’il a surnommée Tante Urticaire car elle pique quand on l’embrasse. Dès le premier jour, un moniteur sympa lui apprend le snowboard mais la météo change tout à coup pendant qu’ils pique-niquent. « Le jour blanc est un phénomène étrange. Tout devient alors uniforme, et celui qui est pris dans ce piège paraît enfermé lui-même dans une gangue de brouillard inextricable. » (p. 15). Malo perd de vue le moniteur et tombe dans une crevasse. Puis il se réveille dans une immense cavité dans laquelle l’attend Léa, une fée des glaces. Pour la troisième fois, Malo est dans le Royaume des Ombres et ici, c’est le Royaume des Ombres de l’Hiver. « Il ne faut pas juger les gens sur leur apparence. Cela ne sert à rien qu’à se perdre. » (p. 119).

La magie a moins opéré dans ce troisième tome des aventures de Malo dans le Royaume des morts. Le roman comporte moins de pages mais il m’a paru plus long… Comme si l’histoire tirait sur la corde. Bien sûr la lecture est toujours agréable et le merveilleux est au rendez-vous mais Malo a grandi, il n’est plus un petit garçon, et en tant que lectrice, je m’attendais peut-être à quelque chose de plus impressionnant. Parce que là, il ne se passe pas grand-chose finalement…

Une lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8 et S4F3 #6.

La poupée de porcelaine de Maxence Fermine

La poupée de porcelaine de Maxence Fermine.

Michel Lafon, mai 2013, 170 pages, 9,95 €, ISBN 978-2-7499-1969-0.

Genres : littérature française, jeunesse, fantasy.

Maxence Fermine naît le 17 mars 1968 à Albertville (Savoie). Je l’ai découvert avec Neige et Le violon noir en 1999 aux éditions Arléa puis L’apiculteur en 2000 chez Albin Michel. Depuis, j’ai lu une grande partie de ses romans mais pas tous.

Malo passe les vacances de la Toussaint avec ses parents mais il pleut. Sa mère, maussade, ne pense qu’au shopping, et son père est accaparé par le congrès de son Club de porteurs de cravates. Depuis son retour du pays des ombres, il y a environ un an, Malo ne pense qu’à revoir Lili. « Il pensait à elle tous les jours et espérait chaque matin retrouver le passage menant à elle. » (p. 14). Heureusement pour Malo, il y a une fête foraine ! Mais il suit deux étranges nains, Duredoreille et Surdaud, qui transportent une poupée en porcelaine, et se retrouve de nouveau au pays des ombres d’Écosse dans le palais des glaces. « Pour la seconde fois de son existence, il emprunta le toboggan et perdit connaissance. » (p. 36).

Un corbeau le met en garde : « Ici, rien ne se passe comme tu t’y attends. Le temps n’existe pas, la couleur est rare, quant aux petites marchandes de rêves, elles ne courent pas les rues… Ce nouveau voyage n’est pas un rêve… La deuxième fois, on ne rêve plus. » (p. 41).

Au manoir de Darkhouse, Malo est accueilli par Sir Luke, 27e du nom, fabricant de jouets, qui ressemble à un mage noir. Malo et Louison, la poupée qui a pris vie, pourront-ils s’enfuir et retrouver Lili, la petite marchande de rêves ? « Il faut que tu sois prudent. N’oublie pas que tu te trouves au Royaume des Ombres et qu’il faut respecter certaines règles ! Ici, l’imaginaire, c’est le réel. » (p. 64).

Maxence Fermine aurait-il un petit côté Peter Pan ? Ce deuxième tome, moins enfantin, plus sombre, que le premier – La petite marchande de rêves – m’a plus accrochée et je vous parlerai cet après-midi du troisième tome, La fée des glaces, paru en novembre 2013. Mais je préfère tout de même ses romans pour adultes.

Une lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8 et S4F3 #6.

Arcadia de Fabrice Colin

Arcadia (l’intégrale) de Fabrice Colin.

Bragelonne, collection Steampunk, septembre 2018, 420 pages (poche), 9,90 €, ISBN 979-10-281-0522-8.

Genres : littérature française, fantasy, science-fiction.

Fabrice Colin naît le 6 juillet 1972 à Paris. Il est auteur de romans et de nouvelles de l’imaginaire (science-fiction et fantasy) et se tourne vers le roman policier et la littérature jeunesse. Il est aussi scénariste pour la bande dessinée et la radio. Bien qu’il publie depuis 1997 et que je connaissais certains de ses titres comme Confessions d’un automate mangeur d’opium ou Big Fan ou La poupée de Kafka, j’ai l’impression que je n’avais jamais lu cet auteur ! Plus d’infos sur son site officiel (consultez plutôt « biblio & co » car le blog n’est plus à jour depuis mars 2017).

Rome, Italie, 23 février 1821. Le poète anglais John Keats meurt près de son ami Joseph Severn. « Les yeux du poète se ferment. Il exhale un dernier souffle. » (p. 17).

Londres, Angleterre, décembre 1872. William Morris et Jane Burden épouse Morris rendent visite à leur ami, le peintre Dante Gabriel Rossetti, un artiste préraphaélite qui a reçu la visite d’un esprit. « L’Esprit a besoin de personnages de votre trempe, Gabriel. […] Il m’a parlé de John Keats, poursuit Rossetti. Du rôle que John Keats pouvait exercer sur nos œuvres, de son esprit immortel. Je n’ai pas eu le cœur de le contredire […]. Soyez ses chevaliers, m’a-t-il confié encore. Vous seuls pouvez soutenir son âme, vous seuls pouvez l’aider à revivre. Pour qu’enfin résonne la musique du sommeil. » (p. 27).

140 ans plus tard, à Paris. « […] tout ce qui formait l’ossature de la société a disparu. Ce qui nous reste ? Une poignée de survivants incapables de comprendre ce qu’ils font là, incapables de savoir s’ils ont été choisis, sélectionnés, élus par quelque chose ou par quelqu’un, ou si tout n’a été qu’en définitive que le fruit du plus complet hasard. » (p. 44). Parmi ces survivants, Alex, Guillaume, Estel surnommée Campa et Gabriel, passionnés de peinture et de poésie. C’est que « Keats est passé dans l’autre monde. […] Le monde des rêves et de la mort. » (p. 59).

Mais Paris est sous les eaux à cause d’une pluie incessante… « Paris est devenue une ville morte, enfin pleinement féerique. Comme si son âme s’était révélée. » (p. 70).

Arcadia est un monde magique, baroque, avec des symboles, des rêves, des légendes arthuriennes… « On n’a pas le droit de se souvenir des morts. Ça nous empêche d’être heureux et ça ne sert à rien pour les gens qui sont partis, étant donné qu’ils ne sont pas vraiment partis : juste figés dans le passé. » (p. 102). Arcadia est-il le monde réel et Ternemonde le monde des rêves voire un monde parallèle ? Fabrice Colin embarque ses lecteurs pour un voyage onirique et mélancolique. « le monde va changer, dans les jours à venir. Il va se modifier considérablement. Toute chose arrive à son terme […] Il est logique que le réalité tente de résister. » (p. 178-179). « […] les souvenirs, les défaites, les souffrances : c’est comme si rien de tout ça n’avait jamais existé. » (p. 275).

En mettant en parallèle passé, présent, futur, légende, réalité, rêve, en parlant de poésie, littérature, peinture, mythologie (nombreuses références), l’auteur montre que les combats que nous menons (contre nous-mêmes, contre les autres, contre le dragon, contre la Nature) sont les mêmes que les combats qui ont déjà été menés et ceux qui seront encore menés. « Nous allons réenchanter le monde, chevaliers. » (p. 302).

Alors, nous lecteurs, réenchantons le monde avec ce diptyque atypique et fusionnant (trop pour certains) ! Cette intégrale réunissant le premier tome, Vestiges d’Arcadia, paru aux éditions Mnémos en mai 1998 (que j’ai trouvé plutôt fantasy) et le deuxième tome, La musique du sommeil, paru aux éditions Mnémos en juillet 1998 (que j’ai trouvé plutôt science-fiction).

Une lecture pour les challenges Contes et légendes #2 (légendes et mythologie arthuriennes en particulier) et Littérature de l’imaginaire #8.

L’académie diplomatique d’Isuldain – Les ombres assassines d’Arthur Ténor

L’académie diplomatique d’Isuldain – Les ombres assassines d’Arthur Ténor.

Scrineo, août 2018, 176 pages, 12,90 €, ISBN 978-2-36740-628-2. Ce roman a été sélectionné pour le Prix Littéraire de l’Imaginaire BooktubersApp (PLIB) en 2019 et pour le Prix Livre Élu en Livradois-Forez en 2019-2020.

Genres : littérature française, jeunesse, fantasy.

Arthur Ténor, de son vrai nom Christian Escaffre, naît en 1959 dans l’Allier (Auvergne). Il était instituteur avant d’être écrivain jeunesse spécialisé dans l’imaginaire. Son premier roman paraît en 1998. Depuis, plus de 100 romans sont parus et il a reçu plusieurs prix littéraires. Du même auteur chez Scrineo : Les Fabuleux (2013), Le royaume des Sept Tours (2015), Pourquoi ? Le combat des anges (2017), Le collectionneur de monstres (2019), entre autres. Plus d’infos sur son blog.

Dans l’Empire d’Isuldain, à Éa-Kyrion, la capitale, « la ville aux mille dômes » (p. 29). De nuit, un rôdeur s’introduit dans la villa de maître Gouhni. Il tue les cinq veilleurs et maître Gouhni mais un mystérieux homme a raison de lui. « Tu avais raison, Athia, c’était une ombre assassine de la secte d’Anghor, déclara le justicier dans la langue des elfes. » (p. 12). Au même moment, un des silos à grains du Grand Marché est incendié et la nurserie des dragons sentinelles est attaquée. Parmi les spectateurs, impuissants, Memnéphiphéon (surnommé Phéon), un Elfide des Songes novice à l’Académie diplomatique. C’est donc sur des attaques terroristes que se déroule ce premier chapitre. Phéon partage sa chambre avec Mythrite, fille d’Akréon, une Sorcière, Éléona, une Elfide (heureusement, Özgorde, son dragon qui était à la nurserie est sain et sauf), Orhass, un Magicien, et Ivaar, fils d’Igmar le Preux, un Maraudeur. Leur mentor Méléandion, un humain, « dignitaire de la très puissante Confrérie des Magiciens » (p. 21) leur assigne un dernier locataire (car la chambrée est complète à six), un sang-gris ! « Déjà qu’à cinq on manque de s’étriper à chaque minute, si en plus un monstre mi-homme mi-orque nous rejoint… » (p. 25).

On devine dès le début que l’auteur parlera d’amitié, d’acceptation de l’autre, de solidarité, de confiance et de courage. C’est sûr que chacun a son histoire, ses traditions, ses a priori, et que ça ne va pas être facile surtout s’ils pensent être en compétition les uns avec les autres… C’est que le corps diplomatique est très important pour l’équilibre de l’Empire. Et, avec Anghor, un dieu ancien, oublié depuis des siècles, violent, fourbe, sorti de l’oubli par des fanatiques religieux sanguinaires, l’auteur parlera aussi des problèmes de société, de religion et de misogynie (ce dieu déteste les femmes et la féminité).

Mais, alors que les jeunes de la chambrée vont à la rencontre de leur sixième camarade, ils sont témoins d’un autre attentat : un homme lance des fioles qui explosent et s’enflamment au contact des passants. Akron, c’est le sang-gris, éberlué et indigné de voir ça dans cette belle cité, va être le seul à intervenir.

Akron, « éduqué par un maître-instructeur qui fut mentor auprès du roi de Ligourie » (p. 37) fait la connaissance de ses camarades de chambrée. « […] Akron éprouva une vive émotion, celle de prendre enfin conscience qu’une nouvelle vie commençait pour lui, avec de nouveaux compagnons d’apprentissage, point trop laids de surcroît. Cela ne lui était jamais arrivé d’en gagner cinq d’un coup. » (p. 37).

Il y a quatre chambrées de six élèves donc vingt-quatre novice d’accès (leur première année), « jeunes esprits issus de tous les horizons de l’Empire » (p. 39). Voilà, on est dans une histoire genres Harry Potter pour l’école et le Seigneur des anneaux pour la fantasy et toutes ses créatures. La chambrée de Phéon et ses camarades s’appelle les Crépusculaires (nom donné par Akron). Les autres chambrées se nomment les Vaillants, les Bienveillants et les Perspicaces.

Mon passage préféré : « Les humains sont ainsi faits qu’ils éprouvent une aversion quasi instinctive envers leurs semblables, dès lors qu’ils présentent une singularité. C’est assez curieux d’ailleurs et difficile à comprendre : ils détestent l’uniformité et ne peuvent tolérer la différence. Si un jour tu trouves une explication, n’hésite pas à m’en faire part. » ( Éléona à Akron, p. 78-79).

Je n’en dis pas plus, lisez ce roman et vous passerez un bon moment de lecture ! Belle couverture, en tout cas, avec les six membres des Crépusculaires. J’aurais voulu en savoir un peu plus sur eux, leur passé, leur motivation, on en sait un peu sur Akron mais pas sur les autres, peut-être y aura-t-il une suite ?

Pour les challenges Jeunesse Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8 et Summer Short Stories of SFFF – S4F3 #6.

Summer Short Stories of SFFF – S4F3 #6

16 juillet : le logo est enfin arrivé !

Sixième saison pour le Summer Short Stories of SFFF ou S4F3 en abrégé. J’ai participé en 2018 (13 lectures) et en 2019 (seulement 2 lectures) et j’espère faire mieux cette année que l’été dernier. Le challenge dure du 21 juin au 23 septembre. L’objectif est de lire de la littérature de l’imaginaire (science-fiction, fantastique, fantasy = SFFF) avec des livres, anthologies, essais et recueils de nouvelles entre 80 pages et moins de 350 pages. Nouveau : il y a 10 épreuves – appelées Déca-Star –, une par semaine, mais je ne sais pas si je vais y participer.

Infos, logo (euh… pour l’instant il y n’a pas de logo pour 2020, je le rajouterai plus tard) et inscription chez Lutin82 (Albédo) + ici pour les épreuves.

Mes lectures pour ce challenge

1. L’académie diplomatique d’Isuldain – Les ombres assassines d’Arthur Ténor (Scrineo, 2018, France)

2. Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley (Pocket, 2017, Angleterre)

3. L’ambre du Diable (Une aventure de Lucifer Box, 2) de Mark Gatiss (Bragelonne, 2016, Angleterre)

4. La poupée de porcelaine de Maxence Fermine (Michel Lafon, 2013, France)

5. La fée des glaces de Maxence Fermine (Michel Lafon, 2013, France)

6. La Méthode Sisik de Laurent Graff (Le Dilettante, 2018, France)

7. Les attracteurs de Rose Street de Lucius Shepard (Le Bélial, 2018, États-Unis)

J’ai fait mieux qu’en 2019 alors je suis contente 🙂

Le livre de M de Peng Shepherd

Le livre de M de Peng Shepherd.

Albin Michel Imaginaire, juin 2020, 592 pages, 24,90 €, ISBN 978-2-22644-293-2. The Book of M (2018) est traduit de l’américain par Anne-Sylvie Homassel.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, premier roman.

Peng Shepherd naît à Phoenix en Arizona où elle vit mais elle a aussi vécu à Beijing, Kuala Lumpur, Londres, Los Angeles, Washington DC et New York (source : son site). Elle est diplômée du NYU MFA (écriture créative et arts). Le livre de M est son premier roman et a reçu le Prix Neukom en 2019 (bien mérité !). Son deuxième roman, The Cartographers, va paraître. Plus d’infos sur son site officiel, http://pengshepherd.com/.

Depuis deux ans, les humains perdent leur ombre puis, plus ou moins vite, perdent aussi leurs souvenirs, leur être intérieur. Beaucoup se suicident ou deviennent dangereux. Ce phénomène est appelé l’Oubli. Mais tout le monde n’est pas touché ; il y a donc des survivants avec leur ombre et des survivants sans ombre. « Pourquoi avait-il fallu que les ombres soient ce lieu du corps où gisent les souvenirs ? Pourquoi l’Oubli épargnait-il certaines personnes ? Et lorsqu’on en était affecté, pourquoi la disparition des souvenirs se produisait-elle à des délais aussi variables ? Et quand cet effacement s’accomplissait, pourquoi la terre elle-même semblait oublier, de même que les hommes ? » (Ory, p. 12).

Dans ce roman de science-fiction, pas d’explosions nucléaire ou bactériologique rendant la Terre inhabitable, pas de zombies ou d’extraterrestres envahisseurs ou de robots détruisant l’humanité. C’est un des points forts du Livre de M : un monde post-apocalyptique totalement différent des autres déjà vus (lus) auparavant. Quoique j’ai pensé, durant ma lecture, à L’aveuglement de José Saramago (écrivain portugais) qui raconte la fin du monde à cause d’une cécité fulgurante (roman paru en 1995 et adapté en un excellent film, Blindness, réalisé par Fernando Meirelles en 2008).

Un autre point fort du Livre de M, ce sont les personnages qui sont vraiment très bien créés et suivis par Peng Shepherd (j’ai vraiment eu l’impression qu’elle aimait chacun d’entre eux) : je ne suis pas restée sur ma fin au sujet des personnages, de leur passé et leur histoire alors que la majorité d’entre eux perdaient la mémoire !

D’ailleurs, revenons au résumé et aux personnages. Le lecteur suit donc quelques personnages principaux, très bien choisis et représentatifs de l’humanité : un Indien – d’Inde, pas d’Amérique – (Hemu Joshi) avec lequel tout commence et sa doctoresse indienne (Avanthikar), un Américain d’origine chinoise (Ory), une Américaine noire (Max), un couple d’homosexuels (Paul et Imanuel), un groupe d’Américains classiques (Ursula et sa bande dans leur van), une Iranienne (Naz) principalement, les chapitres alternant avec l’un ou l’autre.

Il y a d’abord Orlando Li Zhang (Ory) et son épouse Maxine Webber (Max) de Washington : ils sont dans un hôtel en forêt dans le Great Falls National Park, au-dessus d’Arlington (Virginie), pour célébrer le mariage de leurs amis (Paul et Imanuel). Ils apprennent ce qui se déroule à Boston puis dans plusieurs États et, peu à peu, les convives partent. Deux ans après, il ne reste plus qu’Ory et Max mais celle-ci a perdu son ombre depuis 7 jours et il n’y a plus rien à manger… C’est en allant à Arlington qu’Ory rencontre un groupe de 12 personnes dont 4 ont encore leur ombre, conduit par Ursula : ils veulent aller à la Nouvelle-Orléans rejoindre Celui qui Rassemble (il a d’autres surnoms). Mais, lorsqu’il rentre à l’Elk Cliffs Resort, Max a disparu avec son petit magnétophone à cassettes sur lequel elle va s’enregistrer pour garder sa mémoire.

Premier flashback. Mahnaz (Naz) Ahmadi est une Iranienne championne de tir à l’arc. Elle a quitté Téhéran pour Boston où elle s’entraîne pour les Jeux Olympiques. Elle est avec son entraîneur et ses coéquipières lorsque les infos montrent le premier homme sans ombre : Hemu Joshi a perdu son ombre au marché aux épices de Pune en Inde. Or, Boston sera la première ville touchée aux États-Unis.

« Ce qu’on a oublié, ça ne manque pas, non ? » (Max, p. 136). Eh bien, essayez de vivre sans votre mémoire, sans le souvenir qu’il faut manger, dormir ou respirer tout simplement !

Je vais mettre ce roman dans le challenge Les étapes indiennes. Bien sûr Peng Shepherd n’est pas une autrice indienne mais une partie du roman se déroule en Inde où tout commence – ce qui apporte et peu d’exotisme – et se rapporte régulièrement à des légendes indiennes (voir ci-dessous avec Hemu et ARI). C’est que, en Inde, le « Jour sans Ombre » existe vraiment à cause de l’angle de la Terre ; c’est un jour célébré mi-mai, lorsque le soleil est au zénith mais, normalement, l’ombre revient ! « Tous les ans, juste avant midi, d’immenses foules se rendaient sur les parvis des marchés pour attendre le moment où le soleil passait si exactement au-dessus d’eux que leur ombre disparaissait pendant quelques stupéfiantes secondes. » (p. 50). Pas de magie dans cet événement : « Une explication parfaitement scientifique. » (p. 50) sauf si les ombres ne reviennent pas ! J’ai remarqué une petite erreur : un des deux frères de Hemu s’appelle Vinay et quelques lignes plus bas, Vijay… (p. 52).

Deuxième flashback. Peu avant l’Oubli, un Américain de la Nouvelle-Orléans a également perdu la mémoire mais dans un grave accident de voiture. Il est surnommé ARI pour « Amnésie Rétroactive Intégrale ». ARI et le docteur Zadeh se rendent en Inde pour rencontrer Hemu Joshi et la doctoresse Avanthikar. Peut-être pourront-il comprendre ce qu’est l’Oubli et y remédier ? Mais « Il n’y a dans aucun champ de la connaissance humaine quelque chose qui puisse l’expliquer. Psychiatrie, neurologie, physique, biologie… » (docteur Zadeh, p. 214). Hemu, bien qu’amoindri par son état, raconte pourtant à ARI des légendes indiennes (d’où le challenge Contes et légendes #2). D’abord le Rigveda, en particulier la légende de Sanjna qui est tellement aveuglée par son époux bien-aimé, Surya, le Soleil, qu’elle crée une ombre identique à elle, Chaaya, pour la remplacer !

Ensuite (c’est ma préférée), celle de Gajarajan, un éléphanteau sauvé du massacre, et de sa jeune sœur (qu’il n’a pas connue), Manikan qui peint et qui est en liaison avec Gajarajan (d’où le challenge Animaux du monde) : cela prouverait-il que la mémoire peut se transmettre d’un être à un autre même à distance mais… comment ?

En tout cas, de bête curieuse qui attire les journalistes du monde entier, Hemu devient bien malgré lui, cobaye scientifique avant de totalement perdre pieds… Typique de notre société.

Vous êtes bien plongé dans cet incroyable roman ? Alors, en route pour la Nouvelle-Orléans ! Malgré les dangers et même si vous avez oublié pourquoi vous y alliez ! « On le saura bien assez tôt. On y arrivera. » (p. 240).

Ce résumé et cette présentation peuvent vous paraître un peu long mais je voulais vraiment vous parler des personnages principaux et aussi de la complexité et de la richesse de ce roman de science-fiction atypique. Ory aime Max, Imanuel aime Paul, Naz aime sa sœur Rojan, ARI aime l’humanité, mais pourront-il sauver ceux qu’ils aiment ? Amour et violence se côtoient tout au long du roman avant un final ahurissant mais plausible. Et j’avais réellement l’impression d’y être ! Un premier roman innovant, rythmé, exceptionnel !

Je tiens à remercier les éditions Albin Michel Imaginaire car j’ai reçu ce livre avant sa parution [mon billet ici] et, je voudrais dire que faire paraître ce roman après le confinement et une pandémie mondiale, c’est assurément gonflé mais n’hésitez pas à investir dans Le livre de M car c’est une excellente lecture ! Science-fiction mais pas que : vous découvrirez pourquoi lors de la lecture.

En plus des challenges cités dans le billet, je mets bien sûr cette lecture dans Littérature de l’imaginaire #8.