Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley

Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley.

Pocket, août 2017, 320 pages, 4,95 €, ISBN 978-2-26628-303-8. Brave New World (1932) est traduit de l’anglais par Jules Castier.

Genres : littérature anglaise, science-fiction, utopie, dystopie.

Aldous Huxley naît le 26 juillet 1894 à Godalming (Surrey, Angleterre). Son père est l’écrivain Leonard Huxley. Il étudie la littérature anglaise à Oxford. Il est romancier, nouvelliste, poète, essayiste et scénariste. Il meurt à Los Angeles (Californie, États-Unis) le 22 novembre 1963 (le même jour que le président John Kennedy et l’écrivain C.S. Lewis).

Année 632 de N.F. (Notre Ford). Des étudiants visitent le Centre d’Incubation et de Conditionnement de Londres-Central. Tandis que les Alphas et les Bêtas n’ont qu’un seul œuf (et naissent donc uniques), les Gammas, les Deltas et les Epsilons subissent le procédé Bokanovsky : un genre de clonage (même si ce mot n’est jamais cité) qui engendre entre 8 et 96 embryons (bourgeons) bien utiles pour les travaux agricoles ou en usines. La devise planétaire de cet État Mondial est « Communauté, Identité, Stabilité. Des mots grandioses. » (p. 30).

En fait, conditionnement et prédestination pour tous sont la règle et tout le monde prend la soma (la drogue du bonheur). « Et c’est là, dit sentencieusement le Directeur, en guise de contribution à cet exposé, qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper. » (p. 40). Dans le monde d’avant (c’est-à-dire le nôtre), les gens étaient « fous, méchants et misérables » (p. 68), ils n’étaient pas « sains d’esprit, vertueux, heureux » (p. 68), c’est qu’ils n’étaient pas conditionnés pour lutter contre « leurs tentations et leurs remords solitaires, […] leurs maladies et leur douleur qui les isolait sans fin, avec leurs incertitudes et leur pauvreté […], en solitude, dans l’isolement désespérément individuel […]. » (p. 68). Or, c’est la stabilité qui compte. « Pas de civilisation sans stabilité sociale. Pas de stabilité sociale sans stabilité individuelle. » (p. 69). Dans Candide, Voltaire disait déjà « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. » (p. 5).

L’enseignement de Sa Forderie (il y en a dix dans le monde et l’actuel Forderie pour l’Europe occidentale est Mustapha Menier), en alternance avec les discussions de Henry Foster et le Prédestinateur Adjoint d’un côté, et de Lenina et Fanny de l’autre, c’est du pur surréalisme ! Et je ne vous dis pas de quelle façon sont traitées les femmes… Surtout celles qui sont « pneumatiques » dans un monde où la sexualité est totalement libérée : « Je l’ai eu par-ci, je l’ai eu par-là. » (p. 73). Et ce n’est pas mieux avec les « représentants des classes inférieures » (p. 97).

Cependant, il y a parfois des accidents dans le procédé des embryons. Par exemple, Bernard Marx n’a pas la bonne taille et il ressemble plus à un Epsilon qu’à un Alpha ; Elmholtz Watson est trop capable. Déficience physique pour l’un, excès mental pour l’autre… C’est que la motivation principale est « Tout le monde est heureux, à présent ! » (enseignée aux enfants dès l’âge de 5 ans). Mais eux ne sont pas heureux, car ils ont pris conscience d’être à part, d’être des individus différents. Grains de sable dans le rouage ?

J’aime bien le cynisme de Bernard Marx : à chaque fois qu’il entend quelqu’un prononcer par habitude (réciter) une leçon hypnopédique (enseignée à tous à leur insu pendant leur sommeil, dès l’enfance), il annonce la période et la durée de cette leçon.

Il y a en fait deux mondes : le monde de Notre Ford (clin d’œil à Our Lord), un État Mondial créé après la Guerre de Neuf Ans (apparemment nucléaire et bactériologique), et le monde des Sauvages, qui vivent dans des Réserves éloignées et que l’auteur aborde en deuxième partie du roman. Justement, pendant les vacances, Bernard Marx et Lenina Crowne se rendent en Amérique (au Nouveau-Mexique) pour visiter une Réserve de Sauvages : « pas de parfums, pas de télévision, pas même d’eau chaude. » (p. 136). Lenina est horrifiée par ce qu’elle voit (et sent !) chez ces Sauvages. « Mais c’est terrible, chuchota Lenina, c’est épouvantable ! Nous n’aurions pas dû venir ici. » (p. 147). Les Sauvages se reproduisent à l’ancienne (viviparité), ils sont moches, sales, vieux… Mais Bernard et Lenina vont avoir une sacrée surprise qui va changer leur vie ! « Eh bien, j’aimerais mieux être malheureux que de connaître cette espèce de bonheur faux et menteur dont vous jouissez ici ! » (John, p. 224). « Mais vous plaît-il d’être des esclaves ? […] Vous plaît-il d’être des bébés ? Oui, des bébés, vagissants, bavants […]. Oui, bavants […]. Vous ne voulez donc pas être libres, être des hommes ? Ne comprenez-vous même pas ce que c’est que l’état d’homme, que la liberté. […] Vous ne comprenez pas ? » (John, p. 264).

L’auteur s’est bien éclaté avec les noms de ses personnages : par exemple Lenina Crowne, Benito Hoover, Bernard Marx, Darwin Bonaparte… Il mixe prénom et nom de personnalités en vue au début du XXe siècle, politiques mais pas que (Lénine, Marx, Bakounine, Watson, Freud, etc.).

Aldous Huxley écrit Brave New World en 1931 (en 4 mois, dans le sud de la France) et le roman est publié en 1932 à Londres. Classé en dystopie, le roman est pourtant considéré par son auteur comme une utopie ! Préface de l’auteur de 1946. « À tout bien considérer, il semble que l’Utopie soit beaucoup plus proche de nous que quiconque ne l’eût pu imaginer, il y a seulement quinze ans. À cette époque, je l’avais lancée à six cents ans dans l’avenir. Aujourd’hui, il semble pratiquement possible que cette horreur puisse s’être abattue sur nous dans le délai d’un siècle. » (p. 20-21). Aldous Huxley n’a pas tort car par certains côtés, nous y sommes (le culte du bonheur, l’aseptisation, le monde séparé en deux…).

Dans Brave New World, l’auteur s’inspire énormément des œuvres de Shakespeare (puisque c’est le livre qu’a pu lire John durant son enfance et son adolescence). Le titre même, Brave New World, vient de The Tempest (La tempête) de Shakespeare (acte 5).

Il y a de nombreux extraits du Meilleur des mondes sur Wikiquote.

Une excellente relecture (je l’avais lu à l’adolescence) pour le Mois anglais que je mets aussi dans Cette année, je (re)lis des classiques, le Challenge de l’été (pour l’Angleterre), Littérature de l’imaginaire #8 et Summer Short Stories of SFFF – S4F3 #6.

11 réflexions sur “Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley

  1. nathaliesci dit :

    Lu il y a très très longtemps… Mais il est toujours quelque part sur une étagère, je vais le relire un jour ! Merci pour tes participations au challenge classique et désolée pour les mises à jour parfois un peu longues…

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    • Pas de problème, Nathalie, je sais que l’organisation d’un challenge, ce n’est pas toujours évident, et bonne continuation du challenge, j’espère que tu auras l’occasion de relire Le meilleur des mondes 🙂

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