[Kokoro] de Delphine Roux

Kokoro[Kokoro] de Delphine Roux.

Philippe Picquier [lien], 114 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-8097-1111-0.

Genre : premier roman.

Delphine Roux naît en 1974 à Amiens. Elle est passionnée par la littérature jeunesse et par la littérature asiatique. Elle est formatrice, animatrice d’ateliers d’écriture et auteur d’histoires jeunesse comme Bonne nuit Tsuki-san, un album illustré paru en février 2015. [Kokoro] est son premier roman (il est possible de lire les 28 premières pages sur le site de l’éditeur).

Lorsque leurs parents meurent dans l’incendie d’un théâtre, Seki, l’aînée, a quinze ans et Koichi, son frère, a douze ans. « Depuis, ils ont le cœur en hiver. » (4e de couverture). Ils ont en fait vécu avec leur grand-mère paternelle et ils sont adultes maintenant. Koichi se laisse porter par la vie pourtant il était très actif lorsqu’il était enfant. « Mon vélo me sert à me rendre à la bibliothèque où je travaille, à la maison de retraite pour voir grand-mère. Et puis à l’ancienne maison, au cimetière. Le reste, je le fais à pied. » (p. 8).

C’est donc Koichi le narrateur. Il parle de lui, un peu, c’est qu’il ne se passe pas grand-chose dans sa vie, il est magasinier dans une bibliothèque et travaille au sous-sol ; de sa grand-mère qui se morfond à la maison de retraite dans laquelle l’a placée Seki et à qui il emmène des pâtisseries contre l’avis des infirmières ; de la perte d’êtres chers et du travail de deuil ; et bien sûr de sa sœur, Seki, qui le considère comme un enfant et qu’il ne voit pas beaucoup. Pas qu’ils soient brouillés, mais la vie les a séparés : Seki s’est donnée à fond dans ses études aux États-Unis puis dans son travail, elle est mariée à Hisao et le couple a deux jumelles, Asami et Asaka. Seki « est une jeune femme moderne » (p. 10), dynamique aussi bien dans son travail que dans ses activités (yoga, cinéma, calligraphie). Pour Koichi, la chose importante, c’est la bonne nourriture, ça lui rappelle sa mère qui cuisinait et ça réjouit sa grand-mère qui fut professeur de cuisine pendant quarante ans dans un lycée.

Trois extraits

« J’ai tout gardé. Seki voulait tout jeter. J’ai tout gardé. » (p. 35).

« […] j’observe la maison. Parfois, j’ai l’impression qu’elle aussi me regarde, qu’elle se souvient de moi. » (p. 71).

« Je savais qu’il faudrait du temps pour que les chocs de toutes ces années sourdes se muent en cicatrice au toucher. Je me disais qu’un jour viendraient les paroles libres, tranquilles. » (p. 106).

Mon passage préféré

« Je ne lis jamais. […] Je ne veux plus rentrer dans les histoires. La mienne, même minuscule, me suffit amplement. » (p. 44) dit Koichi. Pourtant page suivante, il vante la lecture de bien belle façon :

[monogatori, histoire]

« Les livres de la bibliothèque sont vivants de la vie des lecteurs. Cornés, tachés. Des passages soulignés, annotés. Cela ne me dérange pas. Les livres ne sont pas sacrés. Des pages assemblées, de l’encre. La même différence peut-être entre le corps et l’esprit. Parfois, je retrouve des listes de courses au cœur des feuillets, des mots jetés sur des bristols qui servent de marque-page. Je ne lis rien. L’intimité des emprunteurs ne m’intéressent nullement. » (p. 45).

68-premieres-foisJe profite de ce passage pour vous dire que chaque chapitre a une entête avec un mot en japonais (écrit en rômaji, c’est-à-dire en caractère latin) suivi de sa traduction en français. Par exemple, kokoro, le titre du roman, signifie cœur. J’ai simplement une remarque : la transcription (romanisation) choisie est la méthode Hepburn (méthode américaine créée fin du XIXe siècle) et je préfère la méthode Kunrei (méthode du ministère japonais de l’éducation créée de 1937 à 1954). Je vous explique pourquoi : vous avez par exemple kouen – soit jardin – (page 59) cependant la prononciation exacte n’est pas kouen (méthode Hepburn) mais kôen (méthode Kunrei), j’espère que vous saisissez bien la différence et les erreurs de prononciation que peut générer la méthode Hepburn (qui – comme pour l’anglais – n’utilise pas d’accent). Vous pensez peut-être que c’est un détail mais la méthode Hepburn a été normalisée en 1972 et la transcription devrait normalement porter un macron (comme ceci : kōen) et, depuis 1989, c’est la méthode Kunrei qui est préconisée par le gouvernement japonais (soit kôen) mais bizarrement la méthode Hepburn reste plus fréquemment utilisée !

RentreeLitteraire2015Mais revenons au roman. Par petites touches (les chapitres sont très courts : une page ou deux ; seuls quatre chapitres font trois pages), Koichi amène le lecteur à se souvenir avec lui de leur enfance, des parents disparus trop tôt, à vivre une vie simple avec lui, une vie triste mais quand même heureuse, rythmée par les visites à sa grand-mère bien-aimée aux Pins bleus, à comprendre sa sœur, sa vie, son ambition, sa détresse. Un roman tout en douceur, un brin mélancolique, un peu triste mais avec des anecdotes joyeuses tout de même. Un roman pratiquement contemplatif, tout en poésie, en délicatesse et en émotion, à tel point qu’on pourrait penser qu’il a été écrit par une Japonaise mais non, Delphine Roux est bien Française ! Franchement, à part le fait que le roman se lit (se déguste) un peu trop vite, je suis sûre qu’il plaira à tous ses lecteurs : FeelGood1il ne peut pas déplaire, ce n’est pas possible ! Parce qu’il met du baume au… kokoro 😉

Ce roman est le treizième lu dans le cadre de 68 premières fois et il faut lui donner une note alors je dirais… 15/20. Il entre aussi dans le challenge 1 % de la rentrée littéraire 2015 et dans le nouveau challenge Feel good.

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15 réflexions sur “[Kokoro] de Delphine Roux

  1. Je suis intriguée, il faudra que je le lise.
    Par ailleurs, je suis tout à fait d’accord avec toi concernant les 2 méthodes de transcription, je suis surprise que ce soit celle utilisée dans ce livre.

    J'aime

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